Partie
protectrice»
de l'œil.
(Tutamina
ocuti. )
Sourcils.
Usage des sourcils.
.|# PHEWS ÉLKMK.M'AIftK
sourcils garantissent l'œil de l'impression d'une lumière trop vive, surtout lorsque celle-ci vient d'un lieu élevé : nous rendons cet effet plus marqué en fronçant le sourcil.
Les paupières sont au nombre de deux chez l'homme , distinguées en supérieure et en inférieure, en grande et en petite , palpebr a major , palpe br a minor.
La forme des paupières est accommodée à celle du globe de l'œil, de manière qu'étant rapprochées, elles couvrent complètement la face antérieure de cet organe. Le lieu où elles se rencontrent n'est point au niveau du diamètre transverse de l'œil ; il est beaucoup au-dessous : c'est à tort que Haller le nomme œquator oculL
Plus l'ouverture qui sépare les paupières a d etendue, plus l'œil nous paraît grand : aussi le jugement que nous portons sur le volume de l'œil est-il souvent inexact : il n'exprime le plus souvent que l'étendue de l'ouverture des paupières (i). PaupMres. Le bord libre des paupières est épais, résistant, garni de poils plus ou moins longs, plus ou moins nombreux, d'une couleur ordinairement semblable à celle des cheveux; ces poils sont placés trèsprès les uns des autres. Ceux de la paupière supérieure forment une légère courbure, dont la concavité est en haut; ceux de la paupière inférieure
(i) Bichat.
en ont une en sens opposés. INous attachons une idée de beauté à des cils longs et bien fournis, ce qui s'accorde avec l'utilité qui en résulte. Semblables à tous les autres poils , les cils sont enduits d'une humeur onctueuse , qui sort de petits follicules situés dans l'épaisseur des paupières * autour de leur bulbe.
Entre la ligne qu'occupent leâ cils et la face in- Marge terne, il y a une surface plane, par laquelle les ^p*" 1 "*'* 8,
paupières se touchent quand elles sont rapprochées. Je nomme cette surface la marge de la paupière.
Les paupières sont composées d'un muscle a structure
/%■• .. , . t l* i • i . i \ des paupière».
fibres semi-circulaires (orbiculaire des paupières ) , d'un fibro-cartilage (cartilage tarse), d'un ligament (ligament large de la paupière) , d'un grand nombre de follicules (glandes de Méibomius), d'une portion de membrane muqueuse. Toutes ces parties sont liées entre elles par un tissu cellulaire, dont les lamelles sont très-minces et très-flexibles.
La peau des paupières fine 5 et demi-transpa- Peau rente, se prête aisément à leurs mouvements; e,p,upièr<s ' elle présente des plis transversaux. Le muscle orbiculaire des paupières, par sa contraction, les rapproche, ou, comme on dit, ferme les yeux, en même temps qu'il porte les paupières un peu en dedans.
Le fibro-cartilage s'appelle le cartilage tarse; Ca t r a l j^ ge celui de la paupière supérieure est beaucoup
plus grand que celui de l'inférieure. Ils ont pour usage de maintenir les paupières tendues et toujours adaptées à la forme de l'œil ; en outre , ils soutiennent les cils , logent dans leur épaisseur les follicules et garantissent l'œil des chocs extérieurs. La présence du cartilage tarse dans les paupières n'est pas indispensable, puisqu'il manque chez plusieurs animaux, dont les paupières n'en remplissent pas moins bien leurs fonctions.
Ligament Le ligament large n'est autre chose que du tissu tïcspaûpRrcs. cellulaire , qui de la base de l'orbite se rend au bord du cartilage tarse : il paraît destiné à limiter le mouvement par lequel les paupières se rapprochent.
Tisau Le tissu cellulaire , extrêmement fin et dédt^panpieTc». ucat » ne contient point de graisse , mais une sérosité hmpide, qui, dans certains cas, s'accumule dans les aréoles de ce tissu; les paupières sont alors gonflées et d'une couleur bleuâtre ; cette couleur et ce gonflement se voient à la suite des excès de tout genre, après les grandes maladies et pendant la convalescence , chez les femmes lorsqu'elles ont leurs règles, etc. La finesse, la laxité du tissu cellulaire des paupières, l'absence de la graisse de ses aréoles , étaient nécessaires pour le libre exercice de leurs mouvements. Leur face oculaire est recouverte par la membrane muqueuse conjonctive.
DK PHYSIOLOGIE. 5l
Indépendamment des parties qui viennent d'être indiquées, la paupière supérieure a un muscle qui lui est propre, et qu'on nomme élévateur de la pau» pière supérieure.
Les paupières couvrent l'œil dans le sommeil, le u»age» de* garantissent du contact des corps étrangers qui i >îu,,>lrrrs * voltigent dans l'air ; elles le préservent des chocs par leur rapprochement presque instantané; leurs mouvements habituels, qui reviennent à des intervalles à peu près égaux, s'opposent aux effets du contact prolongé de l'air sur la conjonctive ; ce mouvement, nommé clignement, dépend en partie du nerf clignement, facial, et en partie du nerf de la cinquième paire. Il cesse quand le nerf facial est coupé; il cesse ou
ne se montre que très-rarement, et seulement par l'effet d'un rayon direct de lumière solaire, quand le nerf de la cinquième paire est divisé. La perte du mouvement des paupières par la section ou la paralysie du nerf facial s'entend facilement, puisque ce nerf envoie des filets au muscle orbiculaire. Il est beaucoup plus difficile de comprendre comment la section de la cinquième paire arrête le clignement, car ce nerf, presque entièrement destiné à la sensibilité, n'envoie aucune branche aux muscles qui font mouvoir les paupières.
Les paupières ont aussi l'usage de modérer l'effet d'une lumière trop vive sur l'organe de la vue : en se rapprochant , elles ne laissent passer que la
quantité de ce fluide nécessaire à la vision , mais insuffisante pour blesser l'œil. Au contraire, lorsque la lumière est faible, nous écartons largement les paupières, afin d'en laisser pénétrer le plus possible dans l'intérieur de l'œil.
Usages Lorsque les paupières sont rapprochées, les cils (1rs cils, forment une espèce de grille , qui intercepte unr partie de la lumière qui se dirige vers l'œil. Sontils humides , les petites gouttelettes placés à leur surface décomposent la lumière à la manière du prisme, et le point d'où part celle-ci paraît irisé. Divisant en faisceaux la lumière qui pénètre dans l'œil, les cils font paraître, pendant la nuit, les corps en ignition, comme s'ils étaient environnés d'une auréole lumineuse. Cette apparence disparaît dès qu'on renverse les paupières, ou seulement que les cils prennent une autre direction. Les cils écartent de l'œil les atomes de poussière qui voltigent dans l'air. La vision est toujours plus ou moins altérée chez les personnes qui sont privées de cils.
(Mandes de On appelle glandes de Méibomius dès follicules *i^dc u-uw composés qui sont logés dans l'épaisseur des carufpffiv. tilages tarses. Il y en a de trente à trente-six à la paupière supérieure, et de ringt-quatre à trente à l'inférieure. Au centre de chaque follicule composé il existe un petit canal central, autour duquel sont placés les follicules simples , et dans lequel est
versée la matière qu'ils sécrètent. Ce canal cen- t %
■ de 1 humeur
tral est toujours rempli par cette matière, nommée de« paupière*». humeur de Méibomius, ou chassie. A l'instant du réveil on en trouve souvent une certaine quantité desséchée et accumulée au grand angle de l'œil, ainsi que sur la marge des paupières. Cette matière est-elle de nature onctueuse? Des recherches particulières me font croire qu'elle n'est qu'albumineuse. Chaque canal central s'ouvre par un orifice à peine visible sur la face interne de la paupière, près de sa jonction avec la marge. Ces ouvertures, très-rapprochées les unes des autres, régnent dans toute la longueur du bord de cette marge ; une légère pression suffit pour en faire sortir l'humeur sécrétée; or, comme il y a pression sensible des paupières quand elles se portent au-devant de l'œil, ce mouvement doit contribuer à l'excrétion de l'humeur. Son usage principal me paraît être de favoriser les frottements réciproques des paupières et du globe de l'œil. La paupière supérieure, exerçant plus de frottements que l'inférieure, devait avoir des follicules plus nombreux et plus considérables : c'est en effet, ce qui existe.
Appareil lacrymal.
On vient de voir comment les sourcils et les Appareil paupières garantissent l'œil contre les corps étran- Iac,îrn "'
54 PKÉCIS ÉLÉMENTAIRE
gers, le contact trop prolongé de l'air, les effets nuisibles . d'une lumière trop vive. L'œil avait besoin d'une autre sorte de protection. Il fallait que la surface par laquelle pénètre la lumière fût toujours lisse et d'un poli parfait , et que les mouvements qu'il fait dans toutes les directions n'éprouvassent aucun empêchement. Un petit appareil, dont le mécanisme est fort curieux, est destiné à ce double usage ; c'est l'appareil sécréteur des larmes. Il se compose de la glande lacrymale, de ses canaux excréteurs, de la caroncule lacrymale , des conduits lacrymaux et du canal nasal.
ciand.? Logée dans la petite fossette que présente la voûte de l'orbite, à sa partie antérieure et externe, la glande lacrymale est peu volumineuse; elle reçoit une branche de la cinquième paire, fait anatomique qui mérite , depuis mes derniers travaux sur ce nerf, une attention particulière. Son usage est de sécréter les larmes.
Cette glande était connue des anciens, mais ils en ignoraient la fonction; ils la nommaient innominée supérieure, par opposition à la caroncule, qu'ils nommaient innominée inférieure. Ils attribuaient la formation des larmes, les uns à la caroncule, les autres à une glande qui n'existe point chez l'homme, et qui se voit chez certains animaux (la glande de Hardérus),
Les canaux excréteurs des larmes sont au nom- canaux
ii. , excréteurs
bre de six ou sept. Us naissent des petits grains de la glande glanduleux qui, par leur assemblage, forment la lacrymak * glande ; ils marchent quelque temps dans les intervalles des lobules qu elle offre ; bientôt ils l'abandonnent , se placent sur la conjonctive , et viennent percer cette membrane très-près du cartilage tarse de la paupière supérieure , vers son extrémité externe. On peut les rendre sensibles, soit en les insufflant, soit en soulevant la paupière supérieure et comprimant la glande, ce qui donne lieu à la sortie des larmes par les orifices de ces canaux , soit en laissant macérer l'œil dans i eau teinte par du sang, soit enfin en les injectant avec du mercure. Les larmes sont versées par ces conduits à la surface de la conjonctive.
A l'angle interne de l'œil, on voit un corps sail- Caroncule lant, dont la couleur rosée indique l'énergie des forces générales, dont la pâleur, au conlraire, indique un état de débilité et de maladie : c'est la caroncule lacrymale. Ce corps, peu volumineux, a pour base de sa composition sept ou huit follicules, qui sont rangés suivant une ligne demi-circu laire, dont la convexité est en dedans. Ils ont chacun une ouverture à la superficie de la caroncule lacrymale ; ils contiennent un petit poil : ces ouvertures sont tellement disposées qu'elles complètent , avec celles des glandes palpébrales , un cercle qui embrasse toute la partie anté-
laci ynialc.
Points lacrymaux.
Conduits lacrymaux.
heure de l'œil quand les paupières sont écartées.
A l'endroit où elle quitte le globe de l'œil pour se porter vers la caroncule, chaque paupière offre sur sa face interne, près de son bord libre, une petite ouverture nommée point lacrymal, orifice externe des conduits lacrymaux. Les points lacrymaux sont continuellement ouverts ; ils sont tous deux dirigés vers l'œil. Sont -ils doués d'une faculté contractile qui se manifeste lorsqu'ils sont touchés par l'extrémité d'un stylet? Quelque soin que j'aie mis pour apercevoir ces contractions, je n'ai jamais pu y réussir : une circonstance aura pu en imposer à cet égard. Quand on renouvelle plusieurs fois le contact de l'extrémité d'un stylet, la membrane muqueuse qui revêt les points lacrymaux se gonfle , comme elle le ferait dans tout autre lieu, et alors l'ouverture est réellement rétrécie ; mais il ne faut pas confondre ce phénomène avec une contraction.
Par l'intermédiaire des conduits lacrymaux, les ouvertures dont nous venons de parler conduisent dans un canal qui règne depuis le grand angle de l'œil jusqu'à la partie inférieure des fosses nasales. Les canaux lacrymaux sont très-étroits ; ils laissent à peine passer une soie de cochon ; ils ont trois à quatre lignes de longueur; ils sont placés dans l'épaisseur de la paupière, entre le muscle orbiculaire et la conjonctive. Ils s'ouvrent tantôt isolé-
ment, tantôt réunis, dans la partie supérieure du canal nasal.
C'est à tort que les anatomistes distinguent deux Sa £ t l ^^j >al parties dans le conduit qui s'étend du grand angle nawi. de l'œil au méat inférieur des fosses nasales. Ce canal a partout à peu près les mêmes dimensions, et rien ne justifie le nom de sac lacrymal qu'on a donné à sa partie supérieure , pour réserver le nom de canal nasal au reste de sa longueur. Toutefois ce canal est formé par la membrane muqueuse des fosses nasales . qui se prolonge dans le conduit osseux, pratiqué le long du bord postérieur de l'apophyse montante de l'os maxillaire, et de la . moitié antérieure de l'os unguis. Il a pour usage de verser les larmes dans les fosses nasales.
On doit ranger parmi les organes de l'appareil lacrymal la conjonctive , membrane du genre des conjonctive, muqueuses , qui recouvre la face postérieure des paupières et la face antérieure du globe de l'œil. Cette membrane a plus d'étendue que le chemin qu'elle parcourt, ce qui est très-favorable aux mouvements des paupières et de l'œil. La manière lâche dont elle adhère aux paupières ainsi qu'à la sclérotique est encore bien disposée pour se prêter à ces mouvements. La conjonctive passe-t-elle au devant de la cornée transparente , ou bien s'arrêtet-elle à la circonférence de cette portion de l'œil pour s'unir avec la membrane qui la revêt? C'est ce qui n'est pas complètement démontré. On
pense en général quelle recouvre la cornée; mais plusieurs anatomistes croient que la cornée est recouverte par une membrane particulière , unie à la conjonctive par sa circonférence sans en être une continuation.
Usage de la La conjonctive garantit la face antérieure de conjonctive, j^.j ^ ^ sécrète un fluide muqueux qui se mêle
aux larmes; elle jouit de la faculté absorbante (i), supporte les frottements quand l'œil se meut, et facilite même ce mouvement en raison de l'humidité et du poli de sa surface.
Sensibilité C'est à la conjonctive qu'appartient l'extrême conjonctive, sensibilité de l'œil, sensibilité qui se manifeste par . la douleur que cause le moindre contact d'un corps irritant , même en vapeur. Cette sensibilité est de beaucoup supérieure à celle de toutes les parties l'œil , sans en excepter la rétine. Elle dépend de la branche ophtalmique de la cinquième paire. Si ce nerf est coupé sur un animal vivant, la conjonctive devient entièrement insensible ît toute espèce de contact, même à ceux qui la détruisent chimiquement ; par exemple , quelques atomes d'ammoniaque, mis sur la conjonctive, déterminent immédiatement une rougeur et une inflammation des plus vives avec un écoulement abon-
(i) On empoisonne facilement un animal en appliquant sur ses conjonctives des ^substances vénéneuses, de Pacide prussique, par exemple.
dant de larmes; au contraire, un œil dont le nerf ophtalmique est coupé reste sec et insensible au contact de l'ammoniaque. Ce contact n'y produit aucun indice d'inflammation (i).
De la sécrétion des larmes et de leurs usages.
Ce n'est point ici le lieu de décrire la sécrétion % Sécrétion
il nage».
des larmes et
des larmes, de faire connaître en quoi elle se rap- <ic 1™™ proche des autres sécrétions, en quoi elle en diffère; il suffit de savoir que la glande lacrymale les forme sous l'influence de la cinquième paire (2),
(1) J'ai observé un fait fort remarquable dans ces expériences {voyez ii? on Journal de Pltysiologie , tom. 4 * i8a4)« La section du nerf ophtalmique est constamment suivie chez les animaux d'une violente inflammation avec suppuration abondante de la conjonctive ; plus tard il se forme une ulcération de la cornée avec écoulement des humeurs de l'œil ; mais la surface de l'œil n'en reste pas moins complètement insensible. Les auteurs qui ont le courage de proposer des explications des phénomènes morbides devraient faire rentrer de pareils faits dans leurs doctrines : une inflammation des plus vives avec abolition complète de la sensibilité !
(a) J'ai eu plusieurs fois l'occasion de piquer sur l'homme vivant le nerf lacrymal au moyen d'une aiguille fine, à laquelle j'appliquais ensuite le galvanisme, et j'ai observé constamment qu'au moment où le nerf est touché par la pointe de l'aiguille, les larmes coulent en abondance, comme si on introduisait un corps irritant dans l'écartement des
Sécrétion des larmes.
IVéleudu
canal où coulent 1rs larmes.
et qu'elle les verse, au moyen des conduits dout nous avons parlé, sur la conjonctive à la partie externe et supérieure de l'œil. Mais comment se comportent-elles lorsqu'elles sont arrivées dans ce lieu? C'est ce que nous allons chercher à faire connaître : nous dirons d'abord qu'elles coulent pendant le sommeil autrement que pendant la veille ; en effet , dans ce dernier état, les paupières s'éloignent et se rapprochent alternativement l'une dé l'autre ; la conjonctive est exposée au contact de l'air, l'œil se meut continuellement; rien de tout cela n'existe daus le sommeil.
Les physiologistes supposent que les larmes coulent dans un canal triangulaire, qui est chargé de les transporter vers le grand angle de l'œil , où elles sont absorbées par les points lacrymaux. Ce canal est formé, disent-ils : « i° par le bord des paupières, dont les surfaces, arrondies et convexes , ne se 0 touchent que par un point; 2 0 par la face antérieure de l'œil, qui le complète en arrière. Ce ca- » nal a son extrémité externe plus élevée que l'in- » terne. Cette disposition, jointe à la contraction
• du muscle orbiculaire, dont le point fixe est à
• l'apophyse montante de l'os maxillaire, dirige
• les larmes vers les points lacrymaux. »
paupières sur la conjonctive, et peut-être plus abondamment encore. Un malade sur lequel je faisais cet essai, disait qu'avec mon aiguille y ouvrais le robinet des larmes.
DE PHYSIOLOGIE. 6î
Cette explication est défectueuse. Les paupières se touchent, non par un bord arrondi, niais par leurs marges, qui sont planes : le canal dont on parle n'existe donc pas. En effet , lorsqu'on examine les paupières par leur face postérieure quand elles sont rapprochées, à peine voit-on la ligne qui indique leur point de contact. D'ailleurs, en admettant l'existence du canal, il ne pourrait servir à l'écoulement des larmes que durant le sommeil; il resterait toujours à savoir commeut elles marchent pendant la veille.
Dans le sommeil, et dans tous les cas où les pau- Marche <ie«
larmes
pières sont rapprochées, les larmes, dont la sécré- pendant le tion paraît moins active que pendant la veille, se répandent de proche en proche sur toute la surface de la conjonctive oculaire et palpébrale ; elles se portent en plus grande quantité dans les points où elles éprouvent le moins de résistance. La route qui leur présente le moins d'obstacles, étant l'endroit où la conjonctive passe de l'œil aux paupières, elles arrivent aisément jusqu'aux points lacrymaux. Ainsi répandues sur la conjonctive, les larmes se mêlent avec le mucus de cette metnbrane, et sont soumises à l'absorption qu'elle exerce.
Dans la veille, les choses ne se passent pas de Marche
. , . . . des larmes
cette manière. La portion de conjonctive qui est en durant la . contact avec l'air laisee évaporer les larmes qui la vc,Uc *
6a PRÉCIS ÉLKMENTÀIKL
recouvrent; elle se sécherait bientôt si, par le mouvement des paupières, les larmes n'étaient pas renouvelées : c'est là, je crois, le principal usage du clignement. Les larmes, étendues ainsi sur la partie de la conjonctive exposée à l'air, y forment une couche uniforme qui donne à l'œil son poli et son brillant ; l'augmentation ou la diminution d'épaisseur de cette couche influe beaucoup sur l'expression des yeux : dans les regards passionnés, où les yeux brillent d'un vif éclat , elle paraît sensiblement plus épaisse.
De faibles courants de larmes s'établissent quelquefois sur la cornée , pour les voir il faut regarder un ciel pur mais peu éclairé; elles entraînent des parcelles d'humeur sébacée que M. Ribes nomme globules des larmes.
Usage de Dans l'état ordinaire de la sécrétion, les larmes Mèibomius, n'ont aucune tendance à couler sur la face externe au a c!i V un <*e * a paupière inférieure. Je ne sais sur quoi l'on larmes. ge f on( |e pour attribuer à l'humeur de Méibomius d'agir comme une couche d'huile, qui, mise au bord d'un vase, s'oppose à l'écoulement du fluide aqueux qui en dépasse le niveau. Je doute que cette humeur puisse remplir cet usage, car elle paraît soluble dans les larmes.
Absorption Les larmes qui ne s'évaporent point ou qui ne
de* larme» , ... ,
par i«s sont point reprises par la conjonctive, sont absorlacrymaux, bées par les conduits lacrymaux, et transportées
dans le méat inférieur du nez par le canal nasal, transport dr S
larmes dan»
Gomment se fait ce transport, on 1 ignore. On a le* fosses
i * 'j i» i» ii» nasales.
voulu tour a tour en donner 1 explication par la théorie du siphon, des tubes capillaires, des propriétés vitales, etc. : ces explications sont incertaines (î). L'absorption des larmes par lespoints lacrymaux est bien évidente lorsqu'elles sont très-abondantes ou qu'elles roulent dans les yeux; alors le transport se fait avec une telle promptitude qu'il oblige presque immédiatement à se moucher : cet effet se remarque au théâtre dans les instants pathétiques.
Appareil de la vision.
L'appareil de la vision se compose de l'œil et du nerf optique.
La position de l'œil à la partie la plus élevée du Appareil corps; la possibilité qu'a l'homme d'apercevoir en même temps cles deux yeux un même objet; la coupe oblique de la base de l'orbite; la protection que l'œil trouve dans cette cavité contre les chocs
de la vision.
(î) L'explication de l'absorption des larmes par la capillarité des conduits lacrymaux est celle qui réunit le plus de probabilités en sa faveur. En effet, puisque l'orifice des conduits lacrymaux est formé par un orifice toujours ouvert, le liquide doit être attiré dans le conduit par la seule capillarité.
Cornée transparente*
Humeur aqueuse.
Cristallin.
64 PltÉCIS ÉLKMENTAUiE
extérieurs; la présence d'une grande abondance de tissu cellulaire graisseux, qui forme un coussin élastique au fond de l'orbite, etc., sont autant de circonstances qu'il ne faut pas négliger, mais que nous ne pouvons qu'indiquer.
L'œil est composé de parties qui servent différemment à la vue. On peut les distinguer en parties réfringentes et en parties qui ne jouissent pas de cette propriété.
Les parties réfringentes sont :
A. La cornée transparente , corps réfringent , convexe-concave, qui, par sa forme, sa transparence et son insertion sur la sclérotique , a beaucoup de ressemblance avec le verre qu'on place audevant du cadran des montres.
B. \J humeur aqueuse, qui remplit les chambres de l'œil ; liquide qui n'est point purement aqueux . comme son nom l'indique, mais qui est composé d'eau et d'un peu d'albumine (1).
C. Le cristallin, que l'on compare à tort à une lentille. La comparaison serait exacte si l'on ne s'en rapportait qu'à la forme; mais elle est complètement défectueuse dès l'instant que l'on a égard à la structure. En effet, le cristallin est composé de
(1) D'après M. Berzélius, l'humeur aqueuse est composée d'eau, 98,10; albumine, un peu; muriates et lactates, 1 , 1 5; soude, avec une matière soluble seulement dans l'eau, 0,75 : total, 100,0.
couches superposées , mais non régulièrement l« crbuiun concentriques, dont la consistance va croissant une lentille, depuis la surface jusqu'au centre, et qui ont des épaisseurs, des courbures, et par conséquent des puissances réfringentes différentes. En outre, le cristallin est enveloppé d'une membrane qui n'est pas sans influence sur la vision. Une lentille, au contraire, est partout homogène, à sa surface comme dans chacun des points de son épaisseur ; elle a partout la même puissance de réfraction: aussi n'a-t-elle qu'un seul foyer, tandis que par sa structure le cristallin peut en avoir un grand nombre. Toutefois remarquons que la courbe de la face antérieure du cristallin n'est pas semblable à celle de sa face postérieure. Cette dernière appartiendrait à une sphère plus petite que celle à laquelle appartiendrait la courbe de la face antérieure. On avait cru le cristallin composé en grande partie d'albumine; mais, d'après une nouvelle analyse de M. Berzélius, il n'en contient pas : il est formé presque entièrement d'eau et d'une matière particulière qui a la plus grande analogie ( la couleur exceptée ) , par ses pro- Co m position priétés chimiques, avec la partie colorante du sang. ducriîîSubi.
D. Derrière le cristallin se trouve Y humeur vitrée , ainsi appelée à cause de sa ressemblance avec du verre fondu ( i ) .
(1) D'après M. Berzélius, l'humeur vitrée contient : eau, i. 5
Membrane de l'humeur aqiMMise.
Ca psi île cristalline.
Canal goudronné.
Membrane liyaloïde.
G6 PRÉCIS ÉLÉMIiNTAIHli
Chacune des parties que nous venons d'indiquer est enveloppée par une membrane très-mince et transparente comme elle : au-devant de la cornée se voit la conjonctive; derrière elle, existe la membrane de l'humeur aqueuse , qui tapisse toute la chambre antérieure de l'œil , c'est-àdire la face antérieure de l'iris et la face postérieure de la cornée. Le cristallin est entouré de la capsule cristalline, qui adhère par sa circonférence à la membrane qui revêt l'humeur vitrée. Celleci, en passant de la circonférence du cristallin sur les faces antérieure et postérieure de cette partie > laisse entre ses deu\ lames un intervalle qui a été nommé canal goudronné. Jusqu'ici l'on avait pensé que ce canal ne communiquait point avec la chambre de l'œil; mais M. Jacobson assure qu'il présente un grand nombre de petites ouvertures par lesquelles l'humeur aqueuse peut y entrer et en en sortir. Nous avons inutilement cherché à voir ces ouvertures.
L'humeur vitrée est entourée d'une membrane nommée kyalçïde. Cette membrane u'est pas une simple enveloppe; elle s'enfonce dans la masse, la partage en diverses portions en formant des cellules. Les détails que l'anatomie appreud tou-
98,40; albumine, 0,16; muiiates et tactates, 1,4»: soude, avec une matière animale soluble seulement dans Peau , 0,02 : total, 100,0.
DK PHYSIOLOGIE. 67
chant lu disposition de ces cellules, n'ont jusqu'ici rien ajouté à ce que l'on sait des usages de l'humeur vitrée.
L'œil n'est pas seulement composé de parties réfringentes ; il présente encore des membranes qui ont chacune une destination particulière , et qui sont :
A. La sclérotique, enveloppe extérieure de l'œil, Sciù.otiqur. membrane de nature fibreuse : elle est épaisse
et résistante; elle a évidemment pour usage de protéger les parties intérieures de l'organe; elle sert en outre de point d'insertion aux divers muscles qui donnent le mouvement à l'œil.
B. La choroïde, membrane vasculaire et ncr- ^•»«»«»'^veuse, formée de deux lames distinctes; elle est imprégnée d'une matière noire, nécessaire à l'exercice complet de la vision.
C. Viris, qui se voit derrière la cornée transpa- !«• rente , est diversement coloré selon les individus ;
il est percé , dans son centre , d'une ouverture nommée pupille , qui s'agrandit et se resserre sui- Pupille vant certaines circonstances que nous indiquerons. L'iris adhère, par sa circonférence, à la sclérotique au moyen d'un tissu cellulaire d'une nature particulière , qu'on nomme le ligament ciliaire ou irien. La face postérieure de l'iris est recouverte d'une matière noire assez abondante.
Derrière la circonférence de l'iris il existe un grand nombre de lignes blanches , disposées en
Procès ciihites.
Couleur de l'iris.
Nature du tissu de l'iris.
t)8 PRÉCIS KM? MKNTA1RK
manière de rayons qui tendraient à se réunir au centre de l'iris, si on les prolongeait : ce sont les procès ciliaires. On n est d'accord ni sur la structure ni sur les usages de ces corps : les uns les croient nerveux, les autres musculaires, les autres glandulaires ou vasculaires. Le fait est qu'on ne sait pas encore à quoi s'en tenir sur leur véritable structure. Nous verrons plus bas qu'il en est de même pour leurs usages.
La couleur de l'iris dépend de celle de son tissu , qui est variable, et de celle de la couche noire de sa face postérieure , dont la couleur perce à travers l'iris. Dans les yeux bleus, par exemple, le tissu de l'iris est blanc; c'est la couche noire postérieure qui paraît à peu près seule, et détermine la couleur des yeux.
Les anatomistes varient sur la nature du tissu de l'iris : les uns le croient semblable à celui de la choroïde, c'est-à-dire principalement composé de vaisseaux et de nerfs; les autres ont cru y voir un grand nombre de fibres musculaires : ceuxci envisagent cette membrane comme un tissu sui getieris, ceux-là la confondent avec le tissu érectile. M. Edwards a démontré que l'iris est formé de quatre couches faciles à distinguer, et dont deux sont la continuation des lames de la choroïde; une troisième appartient à la membrane de l'humeur aqueuse, et une quatrième, qui forme le tissu propre de l'iris.
DE rilYSIOLOGlE. 6t)
D'après les dernières recherches sur l'anatomie de l'iris, il paraît certain que cette membrane est musculaire, et quelle est composée de deux plans de libres, l'un extérieur, rayonné, qui dilate la pupille, l'autre circulaire, concentrique , qui la resserre. Les fibres circulaires externes paraissent être soutenues par une espèce d'anneau que Mum I.s forme chaque fibre rayonnée, et dans lequel elles glissent dans les mouvements de contraction et de # resserrement de la pupille. L'iris reçoit les vaisseaux et les nerfs ciliaires, les derniers viennent de deux sources : i° le ganglion ophthalmique , 2 0 le nerf nasal de la cinquième paire.
Entre la choroïde et l'hyaloïde existe une mem- De la rëiino. brane nerveuse, connue sous le nom de rétine; elle offre une légère opacité et une teinte lilacée; elle est formée par l'épanouissement des filets qui composent le nerf optique (1). La rétine présente, en dehors et à deux lignes du nerf optique, une tache jaune, et à côté un ou plusieurs plis. Ces choses ne se voient que chez l'homme , chez les singes et quelques reptiles.
L'œil reçoit un grand nombre de vaisseaux {ar-
(i) Plusieurs auteurs ayant récemment élevé des doutes sur la nature nerveuse de la rétine, j'ai prié M. Lassaigne d'en faire l'analyse. Ce savant chimiste a trouvé qu'il existe une grande analogie entre cette membrane et la pulpe blanche du cerveau ; qu'elle en diffère, cependant par une plus grande proportion d'eau, et par moins de matière grasse phosphorée et d'albumine.
teret et veines ciliaires) , et beaucoup de nerfs, dont la plupart viennent du ganglion ophthalmique.
Nerf optique.
Origine^ Ce nerf paraît le principal moyen de communioptique, cation de l'œil et du cerveau. Il ne naît pas de la couche optique, comme on le professait il n'y a pas encore long-temps; mais il tire son origine, i* de la paire antérieure des tubercules quadrijumeaux ; 2° du corpus geniculatum externum, éminence qui se voit au-devant et un peu en dehors de ces mêmes tubercules ; 3° et enfin de la lame de substance grise, placée entre l'adossement des nerfs optiques et les éminences mamillaires, et que Ton connaît sous le nom de tuber cinereum.
E uieni r des e ^ t * eux neI * s °P t ^ < l ues sc rapprochent, et panerfs raissent se confondre sur la face supérieure du
optiques. r
corps du sphénoïde. Se croisent-ils, ne font-ils que s'adosser, ou se confondent-ils réellement? Wollaston supposait que l'entrecroisement n'existe que pour leur moitié interne : l'anatomie n eclakcit pas la question. La pathologie fournit des preuves en faveur de chacune de ces opinions : ainsi, l'œil droit étant atrophié depuis long-temps, le nerf optique du même côté a été vu atrophié dans toute sa longueur. Dans d'autres cas, où le même œil droit était atrophié, c'était la portion antérieure du nerf de ce cAté et en même temps la portion postérieure du nerf gauche qui présentaient une
atrophie évidente. Quelques-uns ont pensé que Enticcrowe