DE L'INSTINCT ET DES PASSIONS
La nature n'abandonne point les animaux à eux- instinct
, J» J •* ' • et passions.
mêmes : chacun d eux doit exercer une série déterminée d'actions, d'où résulte ce merveilleux ensemble qui règne parmi les êtres organisés. Pour porter les animaux à exécuter ponctuellement les actes qui "leur sont dévolus, la nature leur a donné l'instinct, c'est-à-dire des penchants, des inclinations, des besoins, au moyen desquels ils sont incessamment excités et même forcés de remplir les intentions de la nature.
L'instinct peut exister de deux manières diffé- Dc«x espèce*
, - — d'instinct.
rentes, avec ou sans connaissance du but. Le premier est l'instinct éclairé, le second est l'insdnct aveugle ou brut : l'un est l'apanage de l'homme, i. 1 7
)gle
ïiî>8 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
l'autre appartient plus particulièrement aux animaux.
En examinant avec soin les phénomènes nombreux qui dépendent de l'instinct, nous verrons qu'il a dans chaque animal un double but : i* la conser- Doubiebutde vation de l'individu , 2° la conservation de l'espèce.
Chaque animal y travaille à sa manière et selon son organisation : aussi y a-t-il autant d'instincts différents qu'il y a d'espèces ; et comme l'organisation varie danfc les individus, l'instinct présente des différences individuelles quelquefois très-prononcées.
Chez l'homme, on reconnaît deux genres d'instinct : l'un tient évidemment à son organisation, à sa condition d'animal ; il le présente, quel que soit l'état où il se trouve. Ce genre d'instinct est à peu près celui des animaux.
L'autre genre d'instinct naît de l'état social ; sans doute il dépend de l'organisation : quel phénomène vital n'en dépend point? mais il ne se développe qu'autant que l'homme vit dans une société civilisée ; encore faut-il qu'il y jouisse des avantages que cet état procure, instinci Au premier, qu'on peut appeler instinct animât,
animal. •
se rapportent la faim, la soif, le besoin des vêtements, celui d'habitation, le désir du bien-être ou des sensations agréables , la crainte de la douleur et de la mort, le désir de nuire aux animaux ou à >es semblables, s'il y a quelques dangers à en
craindre ou des avantages à tirer du mal qu'on leur fera ; les désirs vénériens, l'intérêt qu'inspirent les enfants; la tendance à l'imitation, à vivre en société, qui conduit à parcourir les différents degrés de la civilisation, etc. Ces divers sentiments instinctifs portent continuellement l'homme à concourir à l'ordre établi parmi les êtres organisés. De tous les animaux l'homme est celui dont les besoins naturels sont les plus nombreux et les plus variés, ce qui est en rapport avec l'étendue de son intelligence : n'eût-il que ces besoins , il aurait encore une suprématie marquée sur les animaux.
Lorsque l'homme vit en société, qu'il satisfait aisément à tous les besoins dont nous venons de parler, il a du loisir, en d'autres termes, il a du temps et des facultés d'agir plus que ses premiers besoins n'exigent: alors naissent de nouveaux besoins, qu'on pourrait nommer sociaux: tel est celui de sentir vivement l'existence, besoin qui devient d'autant plus difficile à satisfaire qu'il est plus souvent satisfait, parce que, comme nous avons déjà dit, les sensations s'émoussent en se répétant.
Ce besoin d'exister vivement, joint à l'affaiblissement continuel des sensations, cause une inquiétude machinale , des désirs vagues, excités par le souvenir importun des sensations vives précédemment éprouvées : l'homme est forcé, pour sortir
de cet état, de changer continuellement .d'objet, ou d'outrer les sensations du même genre. De là inconstance, viennent une inconstance qui ne permet pas à nos •
1 nnm * " vœux de s'arrêter, et une progression de désirs qui, toujours anéantis par la jouissance, mais irrités par le souvenir, s'élancent jusque dans l 'infini : de là naît l'ennui, qui tourmente et poursuit l'homme civilisé et heureux.
Le besoin de vives émotions est balancé par l'amour du repos ou la paresse, qui agit si puissamment dans la classe opulente de la société , sur-
insiinct tout dans les pays méridionaux. Ces deux senti-
du repos on .
paies**-. ments contradictoires se modifient 1 un 1 autre, et de leur réaction réciproque résulte le désir du pouvoir, de la considération, de la fortune, etc., qui nous donnent les moyens de les satisfaire tous les deux (1).
Os sentiments instinctifs ne sont pas les seuls qui naissent dans l'état social : il s'en développe une foule d'autres, moins importants à la vérité, mais tout aussi réels ; en outre , les besoins . naturels s'altèrent jusqu'au point de devenir méconnaissables : la faim est souvent remplacée par un goût capricieux ; les appétits vénériens par des désirs bixarres ou ignobles, etc. Les besoins naturels influent sur les besoins sociaux ; ceux-ci, à leur tour, modifient les premiers; et si
'i)Lerov, Ltttrts sur l'Instinct iUs Animaux.
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Ton ajoute que l'âge, le sexe, le tempérament, etc. , altèrent fortement toute espèce de besoin , on aura une idée de la difficulté que présente l'étude de l'instinct de l'homme : aussi cette partie de la physiologie est-elle" à peine ébauchée.
Remarquons cependant que le développement Instinct des besoins sociaux entraîne le développement de l'intelligence; il n'y a aucune comparaison, sous le rapport de la capacité de l'esprit, entre un homme de la classe aisée de la société, et l'homme dont toutes les forces physiques suffisent à peine à subvenir à ses premiers besoins. Les instincts, les dispositions innées occupent beaucoup en ce moment les phrénologistes ; leurs efforts sont particulièrement dirigés vers le triple but de reconnaître , de classer les dispositions instinctives, et surtout de leur assigner des organes distincts dans le cerveau; mais il faut convenir qu'ils soqt encore loin de voir leurs tentatives couronnées d'une apparence de succès.
Des passions.
Eu général, on entend par passion un sentiment Des passion*, instinctif devenu extrême et exclusif. L'homme passionné ne voit, n'entend, n'existe que par le sentiment qui le presse; et comme la violence de ce sentiment est quelquefois telle qu'il devient pénible, on l'a nommé passion ou souffrance. j{
Les passions ont le même but que l'instinct; ^ lésion*.
Passions animales.
Passions social en.
comme lui, elles portent les animaux à agir selon les lois générales de la nature vivante.
Chez l'homme existent des passions qu'il a en commun avec les animaux, et qui consistent dans les besoins animaux exagérés ; mais il en a d'autres, qui ne se développent que dans l'état de société : ce sont les besoins sociaux très-accrus.
Les passions animales se rapportent au double but que nous avons indiqué en parlant de l'instinct, c'est-à-dire la conservation de l'individu, et la conservation de l'espèce.
À la conservation de l'individu appartiennent la peur, la colère, la tristesse, la haine, la faim excessive, etc. ;
A la conservation de l'espèce, les désirs vénériens devenus extrêmes, la jalousie, la fureur ressentie quand les petits sont en danger, etc.
La nature a attaché une grande importance à ce genre dépassions, qu'elle reproduit dans toute leur force chez l'homme civilisé.
Les passions qui appartiennent à l'état de société ne sont que les besoins sociaux portés à un degré très-élevé. L'ambition est l'excès de l'amour du pouvoir ; l'avarice, l'exagération du désir de la fortune ; la haine, la vengeance, le désir naturel et impétueux de nuire à qui nous nuit; la passion du jeu, presque tous les vices, qui sont aussi des passions, desvinoyens de sentir vivement l'exis-
)gle
tence-; l'amour violent , une exaltation des désirs vénériens qui trouble , agite , pervertit et souvent anime notre vie d'un bien-être ineffable, etc.
Parmi les passions, les unes s'apaisent ou s'étei- Le» passion» gnent quand elles sont satisfaites, les autres S'irrî- le bonheur ou
« i ii , • • * le malheur.
tent a mesure quelles sont assouvies : aussi le bonheur est-il souvent amène par les premières , comme on le voit dans l'amour et la philanthropie, tandis que le malheur est nécessairement attaché aux dernières : les ambitieux, les avares, les envieux, en fournissent des exemples.
Si les besoins développent l'intelligence, les passions sont le principe ou la cause de tout ce que l'homme fait de grand, soit en bien ou en mal. Les grands hommes dans tous les genres, les grands criminels et les conquérants, sont des hommes passionnés.
Parlerons-nous du siège des passions? Dironsnous avec Bichat qu'elles résident dans la vie organique; ou bien, avec les anciens et quelques modernes, que la colère est dans la tête, le courage dans le cœur, la peur dans le ganglion semilunaire, etc.?
Mais les passions sont des sensations .internes ; elles ne peuvent avoir de siège. Elles résultent de l'action du système nerveux, et particulièrement de celle du cerveau : elles ne comportent donc aucune explication. Il faut les observer, les diriger,
Prétendu siège des passions.
les calmer ou les entretenir, mais non chercher à les expliquer (i).