‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 3)Chapitre 23 sur 29 · I. Les artères du cerveau sont volumineuses · texte numérisé non relu

I. Les artères du cerveau sont volumineuses

Artères du

Elles sont au nombre de quatre ( les deux carotides cervcau internes et les deux vertébrales); elles affectent une disposition sur laquelle nous insisterons à l'article de la Circulation artérielle.

Nous dirons seulement ici qu'elles sont principalement placées à la partie inférieure de l'organe, qu'elles y forment un cercle parla manière dont elles s'anastomosent, et qu'elles se réduisent en vaisseaux capillaires avant de pénétrer dans le tissu du cerveau.

Quelques auteurs estiment que le cerveau reçoit Le cerveau à lui seul la huitième partie du sang qui part du c^pd^îang. cœur; mais cette estimation ne peut être qu'ap- . proximative, la quantité de sang qui se porte au cerveau varie suivant un grand nombre de circonstances. On sait par des dissections faites récemment que les artères cérébrales sont accompagnées par des filets du nerf grand sympathique ; ces filets peuvent être suivis assez aisément sur les principales branches de ces artères. Il est présumable qu'ils les accompagnent jusqu'à leurs dernières divisions; mais il ne faut pas conclure NerCs des arde cette disposition, qui est générale pour toutes Vraies'* les artères , que le cerveau reçoit des nerfs. Les filaments du grand sympathique n'ont ici, comme ailleurs, de relations évidentes qu'avec les parois artérielles.

Les veines cérébrales ont aussi une disposition

Veiuc* particulière : elles occupent la partie supérieure de cerubraie». ]» or g ane . e j] es ne présentent pas de valvule ; elles

se terminent dans des canaux situés entre les lames de la dure-mère, etc.. Nous reviendrons sur ce point, à l'article Circulation veineuse. Il n'existe point de vaisseaux lymphatiques dans le cerveau, du moins personne ne les y a remarqués.

Observations faites sur le cerveau de l'homme et sur celui de» animaux vivants.

Sur les enfants nouveau-nés, dont le crâne est * a %VanT* l: encore en partie membraneux, et sur les adultes, à

la suite des plaies et des maladies qui ont mis le cerveau à nu, on remarque qu'il éprouve deux mouvements distincts. Le premier, généralement obscur, est isochrone au battement du cœur et des artères; le second, beaucoup plus apparent, est en rapport avec la respiration , c'est-à-dire que l'organe s'affaisse, revient sur lui-même dans l'instant de l'inspiration, tandis qu'il présente un phénomène opposé, c'est-à-dire qu'il se gonfle visiblement dans le moment de l'expiration : selon que les mouvements de la respiration sont plus ou moins étendus, ceux du cerveau sont plus ou moins manifestes. Ces deux espèces de mouvements, mais surtout le dernier, sont très-faciles à voir sur les animaux, et je ne conçois pas comment ils ont pu être révoqués en doute dans ces

derniers temps. Ils doivent être très-peu sensibles quand le crâne est intact, car pour s'affaisser le cerveau doit sans doute supporter la pression atmosphérique ; mais rien n'est démontré à cet égard. Ce genre de gonflement et d'affaissement alternatif existe dans le cervelet et la moelle épinière. {V oyez mon Journal de Physiologie.)

Le cerveau, le cervelet et la moelle épinière, Pr^non^que entourés du fluide céphalo-spinal, remplissent fort *Te P r°eau. C exactement les membranes sacciformes qui les entourent ; ils exercent même une certaine pression sur leur surface. La pression a sa source dans l'effort du sang qui pénètre leur parenchyme, d'où il résulte que la substance cérébrale, incapable d'effort par elle-même, est incessammenle pressée entre l'effort du sang, et la résistance des enveloppes membraneuses ou osseuses.

Et, comme l'effort du sang varie suivant plusieurs circonstances, la pression que subit le cerveau varie dans la même proportion.

11 paraît que cette pression est indispensable aux fonctions de l'organe. Toutes les fois qu'elle est subitement diminuée ou augmentée, les fonctions sont suspendues ; si la diminution ou l'augmentation se fait par degré, les fonctions cérébrales persistent. Un des moyens les plus simples de diminuer cette pression est de faire une ponction derrière l'occipital dans l'intervalle qui le sépare delà première vertèbre. Le liquide céphalo-spinal s'é-

chappc ordinairement sous la forme de jet, et aussitôt les fonctions cérébrales sont évidemment troublées. J'ai vu cependant des animaux auxquels j'avais soustrait le liquide dont je parle, continuer de vivre sans dérangements très-apparents dans les fonctions nerveuses.

Le cerveau est Examiné sur Tanimal vivant, le cerveau présente ,,c ^ n 0 $ " b f c " ,Ht des propriétés remarquables, et bien éloignées de ce que l'imagination pourrait nous représenter. Qui croirait, par exemple, que la plus grande partie des hémisphères, sinon la totalité, est insensible aux piqûres , déchirements , sections , et même aux cautérisations? C'est pourtant un fait sur lequel l'expérience ne laisse aucun doute. Qui penserait qu'un animal peut vivre plusieurs jours et même plusieurs semaines après la soustraction totale des hémisphères ? et cependant plusieurs physiologistes et nous-même avons vu des animaux de différentes classes dans cette situation. Mais ce qui est moins connu, et qui pourra surprendre davantage , c'est que la soustraction des hémisphères sur certains animaux , tels que des reptiles, produit si peu de changement dans leurs allures habituelles; qu'il serait difficile de les distinguer d'animaux intacts.

Les lésions de la surface du cervelet montrent • aussi que cet organe n'est point sensible ; mais les blessures plus profondes, et surtout celles qui in-

téressent les pédoncules, ont des résultats dont nous parlerons plus tard.

Il n'en est pas de même de la moelle épinière : Sensibilité de

i j .1 ii la moelle épi-

la sensibilité de cette partie du cerveau est des plus nièie.

prononcée, avec cette circonstance remarquable, qu'elle est exquise sur la face postérieure, beaucoup plus faible sur la face antérieure, et pour ainsi dire nulle au centre même de l'organe. Aussi est-ce de la partie postérieure de la moelle que naissent les nerfs qui sont plus particulièrement destinés à la sensibilité générale.

Une sensibilité très-vive se fait aussi remarquer Sensibilité du à l'intérieur et sur les côtés du quatrième ventri- Jentricuîc. cule; mais cette propriété diminue à mesure que l'on avance vers la partie antérieure de la moelle allongée ; elle est déjà très-affaiblie dans les tubercules quadrijumeaux des mammifères.

Nous renvoyons à un autre article les propriétés du cerveau qui ont rapport aux mouvements.

Les usages que remplit le cerveau dans l'économie animale sont extrêmement importants et multipliés. Il est l'organe de l'intelligence; il dirige nos moyens d'agir sur les corps extérieurs ; il exerce une influence plus ou moins marquée sur les phénomènes les plus intimes de la vie ; il établit une relation mystérieuse, mais réelle, entre les divers organes, ou, en d'autres termes, il est l'agent principal des sympathies. Nous ne l'envisagerons ici que sous le premier rapport.

Usages du cerveau.

nous est le plus cher, avec qui nous avons les habitudes les plus intimes, qui peut être certain de se connaître soi-même ? Ne sommes-nous pas souvent surpris par le développement subit de facultés que nous ne nous soupçonnions pas? Et, dès-lors, qui peut entreprendre avec quelque espoir de succès de tracer l'histoire de l'esprit humain?

Quoi qu'il en soit, l'étude de l'intelligence ne fait pas en ce moment partie essentielle de la physiologie : une science s'en occupe spécialement , c'est V idéologie. Les personnes qui veulent acquérir des notions étendues sur ce sujet intéressant à tant d'égards, doivent consulter les ouvrages de Bacon, de Locke, de Condillac, de Cabanis, de Dugald Stewart, Kent, Destutt Tracy, Thurot. Nous nous bornerons ici à présenter quelques-uns des principes fondamentaux de cette science d'après les idées des philosophes désignés par l'épithète de sensualités.

Les innombrables phénomènes qui forment l'intelligence de l'homme (1) ne sont que des modifications de la faculté de sentir. En prenant cette expression dans son acception la plus étendue et la plus générale.

On reconnaît quatre modifications principales de la faculté de sentir :

(1) L'intelligence de l'homme est encore nommée esprit, moral, facultés de l'âme, facultés intellectuelles , mentales; fonctions cérébrales, etc.

i°. La sensibilité, ou l'action du cerveau, par laquelle nous éprouvons des impressions , soit du dedans, soit du dehors ;

2°. La mémoire, ou la faculté de reproduire des impressions ou des sensations précédemment reçues;

3*. La faeulté de sentir des rapports entre les sensations, ou le jugement; 4°. Les désirs, ou la volonté.

De la sensibilité.

Ce que nous avons dit des sensations en général Sensibilité, s'applique entièrement à la sensibilité ; c'èst pourquoi nous nous bornons ici à faire observer que cette faculté s'exerce de deux manières bien différentes. Dans la première , l'acte se passe à notre insu, nous n'en avons aucune connaissance, c'est un des nombreux phénomènes de notre exis- Deuxm'odc.s

i , » a. . avec ou sans

tence qui ne sont pas destines a nous être jamais conscience, connus; dans la seconde, nous en sommes avertis, nous en avons conscience , nous percevons la sensation, et alors nous la rapportons à une cause extérieure ou intérieure. Cette cause nous la plaçons dans un lieu, etc., etc. Il ne suffit donc pas qu'un corps agisse sur l'un de nos sens, qu'un nerf transmette l'impression produite au cerveau ; ce n'est pas assez même que cet organe reçoive eette impression : pour qu'il y ait réellement seni. 16

2/f2 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

Sensibilité, sation, il faut que le cerveau perçoive l'impression reçue par lui. Une impression ainsi perçue forme ce qu'on nomme, en idéologie, une perception ou une idée.

Chacun peut constater sur soi-même l'existence de ces deux modes de la sensibilité. U n'est pas difficile de se convaincre, par exemple, qu'une foule de corps agissent continuellement sur nos sens sans que nous en ayons aucune connaissance : cet effet dépend en grande partie de l'habitude.

Ses degré». La sensibilité varie à l'infini : chez certains, elle est en quelque sorte obtuse ; chez d'autres, elle a un degré d'exaltation extraordinaire : en général, une bonne organisation tient le milieu entre ces deux extrêmes.

Dans l'enfance et la jeunesse, la sensibilité est vive; elle se conserve à un degré un peu moins marqué jusque passé l'âge adulte ; dans la vieillesse, elle éprouve une diminution évidente; enfin, le vieillard décrépit paraît insensible à toutes les causes ordinaires des sensations.

S ég? bmJ a ^ ve ° ^ ue ^ es P art * es du système nerveux la sensibilité est-elle plus particulièrement en rapport? Nous pouvons répondre aujourd'hui avec quelque précision à cette question importante. Déjà nous avons signaléla classe des nerfs qui concourent spécialement à ce phénomène. Ce sont les racines postérieures qui naissent de la moelle épinière et la branche supérieure de la cinquième paire. J'ai

montré par des expériences que si ces nerfs sont Nc^d* la coupés, toute sensibilité est éteinte dans les parties ^"k^ 11 ** où ils se distribuent.

L'expérience m'a appris également que si Ton coupe les cordons postérieurs de la moelle, la sensibilité générale du tronc est abolie. Quant a celle de la tête et plus particulièrement de la face et de ses cavités, j'ai montré qu'elle dépend de la cinquième paire. Si ce nerf est coupé avant la sortie du crâne, touteja sensibilité de la face est perdue. Ce même résultat arrive si le tronc du nerf est coupé sur les côtés du quatrième ventricule.

Enfin il faut descendre au-dessous du niveau de cordon» p0! ila première vertèbre cervicale pour qu'une section U £Z %*> latérale de la moelle ne soit pas suivie de la perte me^e • de la sensibilité générale de la face et de celle des sens. Comme l'origine de la cinquième paire se rapproche beaucoup des cordons postérieurs de la moelle, qui paraissent les principaux organes de la sensibilité du tronc, il est probable qu'il y a continuité entre ces cordons et la cinquième paire ; mais ce fait n'est encore démontré ni par l'anatomie, ni par les expériences physiologiques.

Ce n'est donc pas dans le cerveau proprement l c siège d« i* dit ni dans le cervelet que réside le siège principal n Ctpt'aL de la sensibilité ni des sens spéciaux. le cerveau.

J'en donne encore une démonstration que je regarde . comme satisfaisante. Enlevez les lobes du cerveau et ceux du cervelet sur un mam-

mifère, cherchez ensuite à vous assurer s'il peut éprouver des sensations , et vous reconnaître/, facilement qu'il est sensible aux odeurs fortes, aux saveurs, aux sons, et aux impressions sapides. Il est donc bien positif que les sensations n'ont pas leur siège dans les lobes cérébraux et cérébelleux^ Triple »ié R e Je n'ai pas cité la vue dans l'énumération des

tir la vue dans . j r • », » CT * l

it- cerveau, sens que je viens de faire : c est quen effet la vue est dans un cas particulier. 11 résulte des expériences de MM. Rolando et Flourens, que la vue est abolie par la soustraction 'des lobes cérébraux. Si le lobe droit est enlevé, c'est l'œil gauche qui n'agit plus, et vice versa.

Le lecteur peut d'autant plus compter sur I;» réalité de ce fait, que j'ai douté quelque temps de son exactitude, et que j'ai du, pour m éclairer, le \ cri fier un grand nombre de (ois.

La blessure de la couche optique sur les mammifères est aussi suivie de la perte de la vue pour l'œil opposé. Je n'ai jamais vu que la blessure du tubercule optique ou quadrijumeau antérieur altérât la vue chez les mammifères; mais cet effet est très-apparent chez les oiseaux. Dans ces derniers, la soustraction des hémisphères rend l'œil insensible à la lumière la plus vive.

Ainsi les parties du système nerveux nécessaires à l'exercice de la vue sont multiples; il faut, pour que ce sens soit exercé, intégrité des hémisphères, des couches optiques, et peut-être des tubercules

DE 1M1YSIOLOGIE.

quadrijumeaux antérieurs, et enfin de la cinquiè- Triple siège me paire. Remarquons que I influence des hemi- i c cerveau, sphères et des couches optiques est croisée, tandis que celle de la cinquième paire est directe.

Si nous cherchons pourquoi le sens de la vue diffère autant des autres sens par rapport au nombre et à l'importance des parties nerveuses qui y concourent, nous trouverons que bien rarement la vue consiste dans une simple impression de la lumière; que même cette impression peut avoir lieu sans que la vue existe ; qu'au contraire l'action de l'appareil optique est presqne toujours liée à un travail intellectuel ou instinctif, par lequel nous établissons la distance, la grandeur, la forme, le mouvement des corps, travail qui nécessite probablement l'intervention des parties les plus importantes du système nerveux, et particulièrement celle des hémisphères cérébraux.

De la mémoire.

Won seulement le cerveau peut percevoir des Mémoire, sensations, mais il lui appartient encore de reproduire celles qu'il a déjà perçues. Cette action cérébrale se nomme mémoire quand elle fait renaître les idées acquises il n'y a pas très-long-temps ; elle s'appelle souvenir quand les idées sont plus anciennes. Un vieillard qui se rappelle les événements de sa jeunesse a des souvenirs; un homme qui se

Mémoire, retrace les sensations qu'il a éprouvées l'année pré-

sou v#*n ir

reminiscencr. cédertte, a de la mémoire.

La réminiscence est une idée reproduite, et qu'on ne se rappelle pas avoir eue précédemment.

De même que la sensibilité , dans l'enfance et dans la jeunesse la mémoire est très-développée : aussi est-ce durant ce temps de la vie que nous acquiérons les connaissances les plus multipliées , mais surtout celles qui ne demandent pas une réflexion très-grande : telles sont les langues, l'histoire, les sciences descriptives, etc. JLa mémoire s'affaiblit ensuite avec les progrès de l'âge : elle diminue chez l'adulte ; elle se perd presque entièrement Mémoire se- chez le vieillard. On voit cependant des individus ion les âges. ^ conservent une mémoire fidèle jusqu'à un âge

très-avancé; mais si cet avantage ne dépend pas d'un grand exercice, comme on l'observe chez les acteurs, il n'existe souvent qu'au détriment des autres facultés intellectuelles.

Plus les sensations sont vives, et plus on se les rappelle aisément. La mémoire des sensations internes est presque toujours confuse ; certaines maladies du cerveau détruisent complètement la mémoire.

Diverses sor- L a mémoire s'exerce d'une manière pour ainsi

tes de me- 1

moire. ^re exclusive sur des sujets très-différents : il y a la mémoire des mots, celle des lieux, celle des noms, des formes, celle de la musique, etc. Un homme présente rarement toutes ces mémoires réunies ;

DE PHYSIOLOGIE. k/|7

elles ne se montrent guère qu'isolément, et près- / que toujours elles forment le trait le plus marquant de l'intelligence dont elles font partie.

Les maladies nous offrent aussi des analyses influence d<»

. , , . , * . maladies «ir

psycologiques de la mémoire : tel malade perd la i a mémoire, mémoire des noms propres; tel autre eclle des substantifs; un troisième celle des nombres, et ne peut compter au-delà de trois ou quatre. Celui-ci oublie jusqu'à sa propre langue , et perd ainsi la faculte de s'exprimer sur aucun sujet. Dans tous ces cas, après la mort, on observe des lésions plus ou moins grandes du cerveau, ou de la moelle allongée ; mais l'anatomie morbide n'a pas encore pu établir de relation directe et constante entre le lieu lésé et l'espèce de mémoire abolie , de sorte que nous ignorons encore s'il existe quelque partie du cerveau qui soit plus particulièrement destinée à exercer la mémoire (1).

(i) La Phrénologie, pseudo-science de nos jours, comme étaient naguère Vastrologie , la nécromancie , l'alchimie , prétend localiser dans le cerveau les diverses sortes de mémoires; mais ses efforts se réduisent à des assertions qui ne soutiennent pas un instant l'examen. Les cranologues, à la tête desquels est le docteur Gall, vont beaucoup plus loin; ils n'aspirent à rien moins qu'à déterminer les capacités intellectuelles par la conformation des crânes, et surtout par les saillies locales qui s'y remarquent. Un grand mathématicien offre cerlainc élévation non loin de l'orbite; c'est là, n'en doutez point, qu'est l'organe du calcul.

Du jugement.

jugcmeni. La plus importante des facultés intellectuelles est, sans contredit, le jugement. C'est par cette faculté que nous acquérons toutes nos connaissances ; sans elle, notre vie serait purement végétative, nous n'aurions aucune idée de l'existence des corps ni de la nôtre, car ces deux genres de notions, comme toutes nos connaissances, sont la conséquence immédiate de notre faculté de juger.

Porter un jugement, c'est établir un rapport entre deux idées, ou entre deux groupes d'idées.

Un artiste célèbre a telle bosse au front, c'est là qu'est le siège de sou talent! Mais, répondra-t-on , avez-vous examiné beaucoup de têtes d'hommes qui n'ont pas ces capacités? Êtes-vous sûr que tous n'en rencontriez pas avec les mêmes saillies, les mêmes bosses? N'importe, dit lecranologue, si la bosse s'y trouve le talent existe, seulement il n'est pas développé; mais voila un grand géomètre, un grand musicien qui n'ont pas votre bosse ; n'importe, répond le sectaire, croyez! mais quand il y aurait toujours, reprend le septique , telle conformation réunie avec telle aptitude, il faudrait encore prouver que ce n'est pas une simple coïncidence , et que le talent d'un homme tient réellement à la forme de son crHne. Croyez, vous dis-je* répond le phrénologue ; et les esprits qui accueillent avec empressement le vague et le merveilleux croient! Us ont raison, car ils s'amusent, et la vérité ne leur inspirerait que de l'ennui.

Quand je juge qu'un ouvrage est bon, je sens que v l'idée de bonté convient au livre que j'ai lu; j'établis un rapport, je me forme une idée d'un genre différent de celle que font naître la sensibilité- et la mémoire.

Une suite de jugements qui s'enchaînent les uns les autres forment un raisonnement.

On conçoit combien il importe de ne porter que importance des jugements justes, c'est-à-dire] de n'établir que jugements des rapports qui existent réellement. Si je juge sa- ,uMC8 ' lutaire une substance vénéneuse, je cours le danger de perdre la vie; le jugement faux que j'aurai porté me sera nuisible. Il en est de même de tous ceux du même genre. Presque tous les malheurs qui accablent moralement l'homme ont leur source dans des erreurs de jugement; les crimes, les vices, la mauvaise conduite, proviennent de faux jugements.

Il existe une science dont la prétention estd'en- Logique, seignerà raisonner juste, c'est la logique: mais le jugement sain, ou le bon sens, le jugement erroné, ou l'esprit faux, tiennent à l'organisation. Il^est impossible de se changer à cet égard : nous restons tels que la nature nous a faits.

Certains hommes sont doués du don précieux de trouver des rapports qui n'avaient pas encore été aperçus. Si ces rapports sont très-importants, s'ils procurent de grands avantages à l'humanité, ces hommes ont du génie; s'ils sont moins utiles, s'ils

25p PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

Esprit, génie, portent sur des objets d'une importance moindre, ces hommes ont de l'esprit, de Y imagination. % C'est principalement par la manière de sentir les rapports ou de juger, que les hommes diffèrent entre eux.

La vivacité des sensations paraît nuire à l'exactitude du jugement; c'est pourquoi cette faculté se perfectionne avec l'âge.

On ignore quelle partie du cerveau sert de siège plus particulier au jugement ; on croit depuis longtemps que ce sont les hémisphères, mais rien ne le prouve directement.

Du désir ou de la volonté.

Désir, On donne le nom de volonté ou désir à ce phéoonté * nomène intellectuel par lequel nous éprouvons des désirs. En général, la volonté est la conséquence de nos jugements; mais elle a ceci de remarquable, en ce que notre bonheur ou notre malheur y est nécessairement lié.

Lorsque nous satisfaisons nos désirs, nous sommes heureux; nous sommes malheureux , au contraire, si nos désirs ne sont point accomplis : il importe donc de donner à nos désirs une direction telle que nous arrivions au bonheur. Il ne faut donc pas désirer, par exemple, des choses qu'il est impossible de posséder; il faut éviter avec plus de soin encore de vouloir les choses qui nous sont

nuisibles : car, dans ce cas, nous ne pouvons Momie échapper au malheur, soit que nos désirs soient ou non satisfaits. La morale , qui est à la fois notre intérêt du présent et celui de l'avenir, donne la meilleure direction possible à nos désirs, et nous conduit sûrement au bonheur.

On confond ordinairement les désirs avec l'action cérébrale qui préside à la contraction volontaire des muscles : je crois avantageux pour l'étude d'en établir la distinction.

Telles sont les quatre facultés simples de l'esprit. En se combinant, en réagissant les unes sur les autres, elles constituent l'intelligence de l'homme et des animaux les plus parfaits, avec cette différence que, chez ces derniers, elles restent à peu près dans leur état de simplicité, tandis que l'homme en tire un tout autre parti , et s'assure ainsi la supériorité intellectuelle qui le distingue.

La faculté de généraliser, qui consiste à créer F ac uîté de de$ signes pour représenter les idées, à penser au ^"ab^tralre? moyen de ces signes, et A former des idées abstraites, est ce qui caractérise l'intelligence humaine, et qui lui permet d'acquérir cette extension prodigieuse qu'on lui voit chez les nations civilisées. Mais cette faculté comporte nécessairement l'état de société : un homme qui aurait toujours vécu isolé, et qui n'aurait eu, même dans ses premières années, aucun rapport avec ses semblables, comme on en a plusieurs exemples, ne différerait pas beau-

importance coup des animaux, car il resterait borne aux quatre» des sp|cs°et facultés simples de l'esprit. Il en est de même des ab»tracUous. individus auxquels la nature, par une organisation vicieuse, a refusé la faculté d'employer des signes et celle de former des abstractions ou des idées générales : ils restent toute leur vie dans un véritable abrutissement, comme on l'observe chez les idiots.

influence du En général, les circonstances physiques au mi-

bien-étre sur *

le développe- heu desquelles 1 homme se trouve place , influent teiiigence. beaucoup sur le degré de développement de son intelligence. S'il se procure aisément sa subsistance, s'il satisfait de même toutes les nécessités physiques de la vie, il sera dans la position la plus avantageuse pour cultiver son esprit et pour laisser un libre essor à ses facultés mentales : c'est là l'inappréciable privilège d'un petit nombre d'habitants des pays civilisés. Mais si l'homme ne peut que très-difficilement pourvoir à sa subsistance et à ses autres besoins, son intelligence, toujours dirigée vers le même but, pourra atteindre un certain développement dans ce sens, mais restera sur tout autre point dans un état d'imperfection * ou d'infériorité relative : c'est ce qui arrive chez le paysan esclave, l'ouvrier pauvre et laborieux, qui parvient à grand'peine à faire vivre sa famille.

L'intelligence de tout homme est limitée, soit pour le nombre des facultés , soit pour le degré de chacune d'elles. Nul ne peut dépasser le point

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'qui lui est départi par son organisation ; en vain s efforcerait-il de conquérir les aptitudes que la natuçc ne lui a pas accordées. Mais chacun peut, en exerçant les facultés qu'il possède, les étendre et les porter à un point de perfection loin duquel elles seraient restées si elles n'avaient point été fréquemment mises en jeu; c'est vers ce but important que doit être dirigée l'éducation.

Certains philosophes, ou plutôt certains rêv OUrS, Les hommes supposent que tous les hommes naissent égaux ^ùxeTca^en capacité intellectuelle , que l'éducation et les dt ^ï ac " circonstances au milieu desquelles ils se sont trouvés font leurs différences. Mais rien de plus contraire à la vérité qu'une telle supposition ; depuis l'idiot, qui ne peut parvenir à manger seul, et idiot, homme qu'il faut nourrir comme un enfant à la mamelle, c 8 cnie ' jusqu'à l'homme de génie dont les découvertes améliorent la condition sociale, il y a une foule de nuances intermédiaires, qui sont le partage individuel de l'humanité.

Tel homme a toutes ses facultés à un degré très- Hommes inminime ; tel autre a plusieurs facultés éminentes, com * >kl8 ' tandis qu'il est inférieur ou même incapable sur le reste; un troisième n'a pour ainsi dire qu'une fâculté, il est tellement mal partagé relativement aux autres qu'il semble en être dépourvu. Enfin, il est des hommes privilégiés chez lesquels la nature a réuni à un haut degré toutes les capacités de l'esprit humain ; ces hommes , si heureusement

Hommes organisés jouissent d'immenses avantages incon-*

complets. & , , . .,

nus au reste des humains; ils peuvent, par exemple, comprendre tout le monde, et se faire comprendre de chacun, ce qui est refuséjaux intelligences vulgaires. Ces hommes complets sont très-rares. L'intelligence Ce qui est vrai des hommes pris individuelle-

dillerc selon 1 . , . ,

les races hu- ment sans distinction de race, lest aussi des

marnes.

variétés de l'espèce humaine. Les récits des voyageurs et des historiens permettent d'établir une sorte d'échelle de capacité intellectuelle , depuis la variété'caucasique à laquelle nous appartenons, jusqu'au sauvage océanique féroce et stupide, qui n'a jamais pu s'élever jusqu'à se servir d'un canot. Les différents états de civilisation qui s'observent à la surface du globe parmi les nombreuses races d'hommes , seraient ainsi, non point des nuances]accidentelles,'conséquence des mœurs» des coutumes , des climats, mais des résultats immédiats et nécessaires de l'organisation.

Il faudrait maintenant énumérer et décrire successivement les diverses facultés de l'esprit humain; mais j'ai dit plus haut pour quels motifs cette tentative a été jusqu'ici l'écueil des idéologues les plus distingués ; il serait par trop téméraire à nous d'entreprendre une tâche aussi difficile, et peutêtre même impossible à accomplir.

Usage des fa- Toutefois par ses sens et son intelligence l'hom- ^ectucliel! 1 nic acquiert des idées ou des connaissances sur les corps qui l'environnent, et sur les phéno-

mènes qu'ils présentent ; ainsi se forme son sa- Savoir ou voir, dont 1 étendue varie suivant ses aptitudes ^viKi". 1 et 1 exercice qu elles xmt reçu , c'est-à-dire suivant son expérience. Il dépend de nous, avec des facultés données, d acquérir plus ou moins de connaissances , et d'augmenter ainsi l'intensité de notre existence et les chances de notre bonheur ; car, en général, plus l'homme est instruit et plus il est heureux; le malheur au contraire a presque toujours sa source dans l'ignorance.

Il est un grand nombre de points sur lesquels notre esprit n'a que peu ou point de prise, et qui cependant nous intéressent vivement. Poussés par l'admiràblè faculté que nous possédons, de rechercher les causes , nous imaginons là où tout devrait nous porter à sentir notre impuissance, ou bien si nous n'imaginons pas nous-mêmes, nous admettons ce qui a été imaginé par d'autres d'un esprit plus fertile ou plus audacieux; ainsi naissent les hypothèses, les systèmes, les doctrines, enfin lés croyances, qui se partagent , avec le savoir, Croyances, l'esprit de tout homme, et qui souvent en occupent une part trop considérable, même dans les meilleures têtes.

Ainsi la somme des idées que notre intelligence Croire c'est nous procure se compose de ce qui est réel, ou de ce que nous savons pour l'avoir appris, et de ce que nous croyons ou de ce que nous avons imaginé, ou admis sans preuve, c'est-à-dire de ce que nous

ignorer.

ignorons, en sorte que croire, créer un système , une doctrine , c'est rigoureusement ne pas savoir ou ignorer.

Je suis loin de prétendre que tout ce que nous croyons soit faux ou simplement imaginaire; car il est possible de croire à une chose vraie et réelle, mais cette chose ne devient telle qu'autant qu'elle acquiert les caractères d'un fait suceptible de preuves expérimentales et vérifiables.

jEsprit positif". Sous ce point de vue les hommes forment deux classes bien distinctes, et destinées à ne jamais se rapprocher : les uns ne recherchent que la vérité, le positif, l'expérimental ; les autres se complaisent dans le vague, l'imaginaire, le merveilleux, l'absurde même; ils y attachent d'autant plus d'importance et d'intérêt que leur croyance étant Esprit ami leur propre ouvrage , ou s'adaptant parfaitement à

du vague et #

du merveii- leur esprit, fait en quelque sorte partie d euxmêmes: aussi mettent-ils à la soutenir et à la défendre une chaleur, une énergie, une ténacité extrême; aussi est-il impossible de leur démontrer qu'ils sont dans l'erreur.

Ces deux genres d'esprit se sont montrés , mais avec des avantages différents, dans toutes les voies parcourues par l'intelligence de l'homme. Le premier a fondé et perfectionné les sciences et toutes les connaissances positives; le second a brillé d'un vif éclat dans les arts d'imagination ; cette carrière est son domaine, c'est là qu'il doit s'exercerpour le plus

grand avantage de tous. Malheureusement les hommes qui possèdent ce genre d'esprit, cultivent aussi la philosophie naturelle ; mais, loin de concourir à ses progrès, là, comme ailleurs, les idées suppléent les faits ; les produits de leur imagination deviennent les grands phénomènes de la nature; activité funeste, zèle stérile, qui peuvent aller jusqu'à anéantir les sciences dont ils s'occupent , en élevant à leur place des échafaudages fantastiques, qui s'évanouissent au premier regard d'un esprit positif ami de la réalité !

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