‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 5)Chapitre 28 sur 64 · PA ER · texte numérisé non relu

PA ER

sible ou très difficile de l’artère pulmonaire aux veines; d

suis assuré que le passage d’une injection aqueuse est Tue ne à

certains cas où il existait, avant la mort, une expectoration

abondante, l’injection passait dans les bronches. Enfin j'ai de fortes raisons pour soupçonner que la plupart des lésions or-

ganiques du poumon consistent dans un empêchement plus ou moins grand du passage du sang, à travers les capillaires

pulmonaires, et par suite dans un épanchement des divers

éléments du sang dans le parenchyme des poumons.

État des capillaires pulmonaires dans le cadavre.

La ténuité extrême des particules de sang est

378 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE calibre des capillaires des pourais qu'il est possible de comprendre l'utilité des globules du sang

indispensable €t Ia ténuité de leur volume. Si la partie solide et

pour son passage | à iravers les capillaires du poumon.

sur le passage du sang à travers le poumon.

non soluble du sang n'avait pas été partagée en masses aussi petites, elle n'aurait pas pu traverser les vaisseaux qui joignent lessartères et les veines. L'expérience le prouve: j'ai injecté dans les veines d’un animal de la poudre “ne soufre et de charbon, suspendue dans un peu d’é gommée ; les animaux sont morts très rt ment , et à l'ouverture de leur corps j'ai trouvé les

capillaires pulmonaires bouchés par la poudre injectée, et qui s'était trouvée trop grossière pour les traverser. ”

Si même le sang est trop visqueux, et que ses particules se séparent avec “une certaine dif-. ficulté , la circulation s'arrête, parceque le sang ne traverse plus le poumon; il s’y engorge et s'y épanche. Plusieurs maladies graves doivent peut-être leur origine à cette cause ; on fait du moins périr presque immédiatement des animaux

en introduisant des liquides plus visqueux que le

sang dans la circulation ; tels sont l'huile, le mucilage, et même le mercure métallique, comme l'a observé M. Gaspard. (Voyez mon Journal de Physiologie, tome 1.)

DE PHYSIOLOGIE. 379 A bsorption des veines pulmonaires.

De même que les autres veines, les pulmonaires absorbent, et tranéportent au cœur les substances | qui se sont trouvées'en contact avec le tissu spon- gieux des lobules du poumon.

I suflit d’inspirer une seule fois de l'air chargé de nes odorantes, pour que les effets s’en | mañifestent dans l'économie animale.

Les gaz délétères, les substances médicamenteuses répandues dans l'air, les miasmes putrides, certains poisons où médicaments appliqués sur la langue, produisent de cette manière des

effets qui nous étonnent par leur promptitude.

La manière dont s'exécute cette absorption , long-temps inconnue , et objet d’une multitude de Suppositions et d’hypothèses, est extrêmement Simple ; tout dépend des propriétés physiques des parois vasculaires : si un gaz ou une vapeur pénèêtre dans le poumon, ces corps traversent les

seaux , et se mêlent au sang ; si c’est un liquide , à

il s'imbibe dans les mêmes parois, arrive jusque

dans la cavité des vaisseaux, il y esthientôt entraîné

par le sang qui s’y meut, et comme ces parois

sont très minces, le passage ou, ce qui est la même.

chose, labsorption se fait très rapidement.

Dans les cas d’épidémies , de fièvres dites conta-

Absorption des veines pulmonaires.

Action de l'oreillette et du ventricule gauches,

vieuses il est d’une haute imporiage de rechercher les matières qui, sous forme de vapeur, gaz, miasme, etc., peuvent se répandre dans l'air et arriver dans le poumon. Le médecin qui visite des malades atteints de maladies graves où il y a des émanations fétides, fait toujours bien d'éviter de les respirer. |

' . 4 , Passage du sang artlériel à travers les cavités gauches du cœur.

Le mécanisme par lequel le sang traverse l'oreillette et le ventricule gauches est le même que celui par lequel le sang veineux traverse les cavités droites. Quand l'oreillette gauche se dilate, le sang des quatre veines pulmonaires s'y précipite et la.remplit; quand elle vient ensuite à se contracter, une partie du sang passe dans le ventricule , une autre partie reflue dans les veines pulmonaires ; quand le ventricule se dilate , il recoit le sang qui vient de l'oreillette, et une petite quantité de celui de l'aorte; quand il se contracte ; la valvule mitrale est soulevée , elle ferme l’ouverture ortculo-ventriculaire, et le sang ne peut retourner dans l'oreillette, il s'engage dans l’aorteen soulevant les trois valvules sygmoïdes , qui avaient été abaissées pendant la dilatation du ventricule.

Il faut remarquer cependant que les colonnes charnues, n’existantpas dans l'oreillette gauche, ne

re -

peuvent avoir sur le sang l'influence dont nous avons parlé pour la droite, et que le ventrieule artériel étant beaucoup plus épais que le veineux, comprime le sang avec une force bien plus grande que le droit , ce qui était indispensable , à raison du trajet qu’il doit faire parcourir à ce liquide.

. Cours du sang dans l'aorte et ses divisions.

Malgré les différences qui existent entre cette artère et la pulmonaire , les phénomènes du cours du sang y sont à peu près les mêmes : ainsi une ligature étant appliquée sur ce vaisseau prés du cœur, sur un animal vivant, il se resserre dans toute son étendue, et le sang, à l'exception d’une certaine quantité qui reste dans les principales artères, passe dans les veines en peu d'instants.

Quelques auteurs mettent en doute le fait du resserrement des artères; pour les convaincre, faites l'expérience suivante : Mettez à découvert l'artère carotide d’un animal vivant, dans une étendue de plusieurs pouces ; prenez avec-un compas la dimension transversale du vaisseau, liez-le en même temps à deux points différents, vous aurez ainsi une longueur quelconque d’artère pleine de sang; faites aux parois de cette portion d’artère

une petite ouverture, aussitôt vous verrez le sang

sortir presque en totalité, et même être lancé à une certaine distance. Mesurez ensuite la largeur

Cours du sang dans l'aorte.

Expériences sur le resserremenË des artères.

Cours avec le compas, et vous ne douterez pas que l’ar- Fe lot. tère ne se soit de beaucoup resserrée, si l’expuision prompte du sang ne vous avait déjà convaincu. Cette expérience prouve aussi, contre l'opinion de Bichat, que la force avec laquelle les artères reviennent sur elles-mêmes est suffisante pour expulser le sang qu’elles contiennent; j'en donnerai tout à l’heure d’autres preuves.

Pendant la vie, cette expulsion presque totale ne peut arriver, parceque le ventricule gauche envoie à chaque instant de nouveau sang dans l'aorte , et que ce sang remplace celui qui passe continuellement dans les veines.

Chaque fois que le ventricule pousse du sang dans l'aorte , elle est distendue, ainsi que ses divisions d’un certain calibre; mais la dilatation va en s’affaiblissant à mesure que les artères deviennent plus petites ; elle cesse tout-à-fait dans celles qui sont très peu volumineuses. Ces phénomènes sont, comme on voit, les mêmes qué nous avons décrits en:parlant de l'artère pulmonaire ; l’explication que nous en avons donnée doit être réproduite ici. | | | Le poli de la surface intérieure. des artères doit être très favorable au mouvement du sang : on sait du moins que s’il diminue, comme cela arrive dans ” certaines maladies , le cours du liquide est plus ou moins gêné, et peut même cesser entièrement:

C'est probablement aussi la raison pour laquelle le sang ne coule pas long-temps à travers un tube où l’on a introduit l'extrémité d’une artère ouverte. IL est très probable que le frottement du sang contre les parois des artères, son adhésion à ces parois , sa viscosité , etc. , doivent avoir aussi une | grande influence sur son mouvement ; mais il est | impossible d'apprécier ces diverses causes réunies | ou séparées.

naine de ces phénomènes communs aux deux artères , ilen est quelques uns de particuliers à l'aorte, et qui dépendent des anastomoses existantes entre ses branches, et des courbures multipliées qu'offrent la plupart d’entre elles.

Partout où une artère présente une courbure, il, y a, chaque fois que le ventricule se contracte , une tendance au redressement ou même un redressement véritable du vaisseau, tendance qui se manifeste par un mouvement apparent, nommé | par quelques auteurs locomotion de l'artère, et qui a été regardé comme la cause principale ‘du | pouls. Ce mouvement est d'autant plus marqué, | qu'on l'observe plus près du cœur et dans une plus

grosse artère. La: crosse de l'aorte est le lieu où

ilest le plus apparent : il est facile de s’en rendre raison. #5 | | Une conséquence à déduire lle ce fait c'est qu’il | est mécaniquement impossible que les courbures

Effets des courbures

des

artère

58/4 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE des artères, particulièrement quand elles sont anguleuses, ne ralentissent pas le cours du sang. Bichat s’estentièrement trompé à cet égard, quand il assure que les courbures artérielles ne peuvent en rien l’influencer. Cela ne pourrait arriver, ditil, qu’autant que les artères seraient vides quand le cœur y envoie du sang; et comme elles sont constamment pleines, cet effet ne peut avoir lieu. Mais, puisque chaque courbure entraîne une dépense de force employée à redresser le vaisseau , ou seulement à tendre à le redresser, il y a nécessairement moins de force pour le mouvement du liquide, et par conséquent ralentissement de son mouvement. | HR Il est beaucoup plus difficile d’expliquer l’inanastomoses. fluence des diverses anastomoses ; on voit bien qu'elles sont utiles , et que, par leur secours, les. artères se suppléent mutuellement dans la distri-: bution du sang aux organes ; mais on ne saurait : dire avec exactitude quelles modifications elles impriment à la marche du sang.

Si les dimensions’, les courbures, et probablement les anastomoses des artères, ont une aussi “grande influence sur le cours du sang , il-est im-possible que tous les organes , où chacune de ces: choses présente une disposition différente, recoivent du sang avec la même vitesse, et par conséquent avec la même force. Le cerveau, par exemple,

pan 7

a quatre artères volumineuses pour lui seul ; mais Les organes \ ‘ : : reçoivent ces artères font de nombreux circuits, présentent le sang avec

même plusieurs courbures anguleuses avant de ne pénétrer dans le crâne , et quand elles y sont parvenues, elles s’anastomosent tres fréquemment ; et enfin , elles n'entrent dans le tissu de l’organe que lorsqu'elles sont devenues d’une petitesse extrême : le sang ne doit donc s’y répandre que lentement. L'expérience le prouve : lorsqu'on enlève une tranche de substance cérébrale; il n’y à presque point d'écoulement de sang.

Le rein, au contraire, à une seule artère courte et volumineuse , qui s'enfonce dans son parenchyme | alors que ses divisions sont encore très grosses : le

sang doit donc le traverser avec rapidité, aussi ce liquide coule-t-il en abondance de la plus légère blessure faite au rein.

Ainsi, par le concours des circonstances qui modifient le cours du sang artériel , se trouve résolu un problème d’hydraulique très compliqué, sa-

voir, la distribution continue , eltres variée pour la quantité et la vitesse, d’un même fluide contenu dans un seul système de tuyaux dont les parties sont tres inégales pour la longueur et pour la capacité, el au moyen d’un seul agent alternatif d’impulsion.

Au nombre des phénomènes du cours du sang artériel, nous avons placé la dilatation et le resserrement des artères.

586 PRÉCIS SLÉMENTAIRÉ Bichât n’admet pas l’existence de ces phéno-

méènes. Cet auteur ne veut pas que les artères se dilatent dans l'instant où le ventricule se contracte, et il nie formellement qu’elles se resser- : rent pour pousser le sang dans toutes les parties ; je crois cependant qu'avec un peu d'attention il est possible de voir distinctement sur une artère mise à nu ces deux phénomènes. Ils sont, par exemple , évidents dans les grosses artères, telles , que l'aorte pectorale ou abdominale, surtout dans les grands animaux ; mais, pour les rendre apparents sur des artères plus.petites , il faut faire l’expérience suivante.

Expériences Mettez à découvert sur un chien l'artère et la

sur le cours du sang dans l'aorte.

veine crurale dans une certaine étendue, passez ensuite derrière ces deux vaisseaux une ligature dont vous nouerez fortement les extrémités à la partie postérieure de la cuisse ; de cette maniere le sang artériel n’arrivera au membre que par l’artère crurale, et ne retournera au cœur que par la veine ; mesurez avec un compas le diamètre de l’artère , puis pressez-la entre les doigts, pour y intercepter le cours du sang , et vous la verrez peu à peu diminuer de volume au-dessous de l’endroit comprimé , et se vider dwsang qu’elle contenait. Laissez ensuite le sang y pénétrer de nouveau en cessant de la comprimer, vous la verrez bientôt se distendre à chaque contraction

du ventricule , et reprendre les dimensions qu'elle avait précédemment.

… Mais, tout en considérant comme certaines la contraction et la dilatation des artères, je suis loin de penser, avec quelques auteurs du siècle dernier, qu'elles se dilatent d’elles-mêmes, et qu'elles se contractent à la manière des fibres musculaires ; je suis certain, au contraire, qu’ellessont passives dans les deux cas, c’est-à-dire que leur dilatation etleurresserrement ne sont qu’un simple effet de l'élasticité de leurs parois, mise en jeu par le sang que le cœur pousse continuellement dans leur cavité.

Il n'y a, sous ce rapport, aucune différence entre les grosses et les petites artères. J’ai constaté , par des expériences directes, que dans aucun point les artères ne présentent d'indices d’irritabilité, c’est-à-dire qu'elles restent immobiles sous l’action des instruments piquants, des caustiques et du courant galvanique (1).

Ne reconnaissant point la contractilité des parois

(1) Le docteur Hastings, d'Édimbourg , ne trouve pas moins de quatre espèces de contractions dans les grosses artères, 1° l’annulaire ; 2° la rampante; 5° la crispation, etune quatrième , Caraclérisée par une contraction et une dilatation alternative. Enfin ,‘selon le même auteur, le cœur n’aurait point ou peu d'influence sur la circulation. Il est difficile de s’abuser plus complètement.

Dilatation et resserrement des artères,

Expériences sur les artères.

Opinion

de Bichat sur le cours dusang artériel.

Élasticité des parois artérielles.

artérielles, Bichat a dû nécessairement rejeter le phénomène important qui en est l'effet. Il ne croyait done pas que le sang coulât ou se müt d'une manière continue dans ces vaisseaux; il pensait que la masse entière du liquide était déplacée dans l'instant où le ventricule se contracte, et immobile dans l’instant de son relâchement , comme il arriverait si les parois des artères étaient inflexiblies.

Cette opinion vient d'être soutenue tout récemment par un médecin anglais , M. le docteur Johnson ; il a même fait construire une machine qui , selon lui, rend la chose évidente : mais il sufit,, d’ouvrirune artère sur un animal vivant pour voir que le sang sort par un jet continu-saccadé, si l'artère est grosse, et continu-uniforme ; Si l'artère est petite. Or, l’action du cœur étant intermittente , elle ne peut produire un écoulement continu. Il est donc impossible que les artères n’agissent pas sur le sang.

L’élasticité des parois artérielles représente celle du réservoir d'air dans certaines pompes à jeu alternatif, et qui pourtant fournissent le liquide d'une manière continue ; et en général on sait, en mécanique , que tout mouvement intermittent peut être transformé ‘en mouvement continu, en. employant la force qui le produit à comprimer un ressort qui réagil ensuile avec continuité.

Passage du sang des artères dans les veines.

Quand une injection est poussée, sur le cadavre, dans une artère, elle revient promptement par la veine correspondante : la même chose à lieu , et encore plus facilement , si l'injection se fait dans l'artère d’un animal vivant. Sur les ani-

maux à sang froid, et même sur des animaux à

sang chaud, on voit, à l’aide du microscope, le sang passer des artères dans les veines; la communication entre ces vaisseaux est donc directe et extrêmement facile; il est naturel de penser que le cœur, après avoir poussé le sang jusqu'aux dernières artérioles, continue de le faire mouvoir dans les radicules veineuses , et jusque dans les veines. Harvey et un grand nombre d’anatomistes célèbres le pensaient ainsi. Bichat, dans ces derniers temps, s’est élevé avec force contre cette doctrine ; il a donné des limites à l'influence du cœur ; il veut qu’elle cesse tout-àfait à l'endroit où le sang artériel se transforme en sang veineux , c'est-à-dire dans les innombrables petits vaisseaux qui terminent les artères et commencent les veines. Selon lui, à cet endroit, l’action seule des petits vaisseaux est la cause du

mouvement du sang.

M, Nous avons déjà combattu cette erreur en

parlant du cours du sang dang le poumon : les

Passage du sang des artères dans les veines.

Action des capillaires sur le sang.

mêmes raisonnements s'appliquent parfaitement

ici. Bichat dit que cette action des capillaires consiste dans une espèce d’oscillation ,; de vibration insensible des parois vasculaires. Or, je demande comment une oscillation , ou une vibration insensible des parois peut déterminer le mouvement d’un liquide contenu dans un canal?

ensuite , si cette vibration est insensible , qui en.

a révélé l'existence ? Ne compliquons donc pas une question simple, par des suppositions vagues

et dénuées de preuves, et admettons l'explica-.

tion qui se présente naturellement à l'esprit ; savoir, que la cause principale qui fait passer le sang des artères dans les veines est la contraction du cœur (1).

(1) Voici comment s’exprime sur ce sujet l’auteur de l’article le plus récent sur la circulation :

«Nous croyons donc que les artères agissent dans la cir- »culation, non par une action d’irritabilité du genre de celle »qu’on observe dans le cœur, non par une simple élas- »ticité, mais par une action de contraction qui est en quel- » que chose organique et vitale. Cette action de contraction » est plus grande dans les petites artères que dans les grosses, »qui semblent davantage ne développer qu’une pure élasti- »cité , et elle fonde une seconde cause de la circulation arté- »rielle. Sans contredit le cœur est la principale, puisque

» C’est lui qui imprime la première impulsion au liquide, et

» que de plus, en dilatant l'artère, il meten jeu sa force » d’élasticité et de contractilité ; mais enfin cette dernière dort

DE PHYSIOLOGIE. 991 Voici d’ailleurs quelques expériences qui me paraissent rendre le phénomène évident.

"+ © : + Après avoir passé une ligature autour de la Expérience

cuisse d’un chien, comme je l’ai indiqué tout

sur le passage du sang des

à l'heure, c’est-à-dire sans comprendre ni l’ar- artères dans

tère ni la veine crurales, appliquez une ligature séparément sur la veine près de l’aine , et faites ensuite une légère ouverture à ce vaisseau : aussitôt le sang s’échappera en formant un jet assez élevé. Pressez ensuite l'artère entre les doigts pour empêcher le sang artériel d'arriver au membre, le jet de sang veineux ne s’arrêtera pas pour cela , il continuera quelques instants ; maisil iraen diminuant , et l'écoulement finira par s'arrêter, quoique la veine soit pleine dans toute sa longueur. Si pendant la production de ces phénomènes on examine l'artère , on verra qu'elle se resserre peu à peu , et qu'elle finit par se vider complètement ; c'est alors que le sang de la veine s'arrête : à cette époque de l’expérience , cessez de comprimer l'artère , le sang poussé par le cœur s’y précipitera , et aussitôt qu'il sera arrivé dans les dernières divisions , le sang recommencera à couler par l'ouverture de la veine , et petit à petit à» à » aussi entrer cn ligne de compie..» ( Nouveau Dict. de médecine , tom. v, pag. 520.)

Ce langage peut-il être celui de la vérité ?

les veines.

le jet se rétablira comme auparavant. Maintenan? comprimez de nouveau l'artère ET, ce qu elle se soit vidée , ensuite n y laissez pénétrer que lentement le sang artériel : dans ce cas, l’écou-

lement du sang par la veine se fera, mais il n’y

Communication entre les artères et les vaisseaux lympbatiques.

Gonflement de quelques organes par l’'accumulation du sang

aura pas de jet, tandis qu'il se développera dès que l'artère sera entièrement libre. On obtiendra des résultats analogues en poussant une injection d’eau tiède dans l'artère, au lieu d’y laisser le sang pénétrer ; plus l'injection sera poussée avec

force , et plus le liquide sortira avec promptitude :

par la veine.

J'ai dit, en parlant des vaisseaux lymphatiques,

qu'ils communiquent avec les artères, et que les

injections passent aisément des unes dans les autres ; cette communication devient encore plus évidente quand on injecte quelques substances salines ou colorantes dans les veines d’un animal vivant. Je me suis assuré plusieurs fois que ces substances passent dans les lymphatiques en moins de deux ou trois minutes, et que leur présence est facile à démontrer dans la lymphe qu’on extrait de ces vaisseaux.

Tant que les veines qui sortent des organes sont libres, le sang qui y arrive par les artères traverse leur parenchyme , et ne s’y accumule point ; mais si les veines sont comprimées , ou ne peuvent se vider du sang qu’elles contiennent, le

Cor

DE PHYSIOLOGIE. 399 sang arrivant toujours par les artères, et ne trouvant plus à s'échapper dans les veines , s’accumule

‘dans le tissu de l’organe , en distend les vaisseaux sanguins , et augmente plus ou moins son volume, surtout si ses propriétés physiques peuvent se prêter à ces changements. Ce phénomène peut être observé sur beaucoup d'organes ; mais comme il est plus apparent au cerveau, il y a été plus souvent remarqué.

Ce gonflement du cerveau par la gêne de la circulation arrive chaque fois que le cours du ne est plus difficile dans le poumon , et, comme cela à lieu en général dans l'expiration , le cerveau se gonfle dans cet instant , d'autant plus que l’expiration est plus complète et plus prolongée. Dans les jeunes animaux , où le cerveau reçoit proportionnellement plus de sang artériel , le gonflement est plus marqué. (Voyez De l’influence des muscles inspirateurs et des expirateurs sur le mouvement du sang.) |

Remarques sur les mouvements du cœur.

À. L’oreillette et le ventricule droits, l’oreillette et le ventricule gauches , dont nous avons étudié séparément l’action, ne forment réellement qu'un même organe , qui est le cœur.

Les oreillettes se contractent et se dent «# semble ; il en est de même des ventricules, dont les mouvements sont simultanés. Quand on parle de la

Mouvement du cœur.

394 PRÉCGIS ÉLÉMENTAIRE contraction du cœur, c’est celle des ventricules que l’on désigne ; leur resserrement est aussi n0Mmé systole ; leur dilatation , diastole.

La contraction des oreillettes est généralement

Le

rapide et brusque, souvent elle a lieu deux fois pour une seule contraction des ventricules. Leur dilatation est plus lente, parcequ’elle dépend de l’abord du sang des veines caves ou pulmonairess mais si ces veines sont pleines, le sang s’y précipite, et les distend avec promptitude. L’effort des colonnes sanguines qui cherchent à, s’introduire dans les oreillettes est quelquefois 4 considérable , que toute contraction cesse dans les parois oriculaires , et qu’il n’y a plus que leur élasticité de mise en jeu. J'ai vu souvent ce phénomène chez des animaux, et je me suis plusieurs fois as! suré qu'il arrive aussi chez l’homme. Ici, comme: dans maintes autres circonstances , l’élasticité! remplace avec avantage la contractilité.

B. Chaque fois que les ventricules se contrac-: tent, la totalité du cœur est brusquement por-: tée en avant, et la pointe de cet organe vient) frapper la paroi latérale gauche de p poitrine, ; vis-à-vis l'intervalle des sixième et septième vraies: côtes.

Ce déplacement en avant du cœur dans la systole a donné lieu à une longue et vive controverse ; les uns prétendaient que le cœur se raccout-

cissait en se contractant; les autres soutenaient qu'il s’alongeait, et qu'il devait nécessairement le faire : car sans cela il n’aurait pas pu frapper la paroi du thorax, puisqu'il en est éloigné de plus d’un pouce dans la diastole. Un grand nombre d'animaux furent inutilement sacrifiés pour étudier le mouvement du cœur ; dans le même instant ceux-ci voyaient le cœur se raccourcir, et ceux-là le voyaient s’alonger. Ce que les expériences ne purent faire, un raisonnement très simple le fit. Bassuel intervint dans la dispute, et montra que, si le cœur s’alongeait dans la systole , les valvules mitrales et tricuspides , retenues abaissées par les colonnes charnues, ne pourraient fermer les ouvertures oriculo-ventriculaires. Les partisans de l’alongement ne persistèrent plus ; mais il restait à

démontrer comment, les ventricules se racourcissant , le cœur se porte en avant.

Senac fit voir que cela dépendait de trois causes, 1° la dilatation des oreillettes qui se fait pendant | la contraction du ventricule; 2° la dilatation de | l'aorte et de l'artère pulmonaire, par suite de l’in- | troduction du sang que les ventricules y ont poussé; 3° le redressement de la crosse de l'aorte par l’effet | de la contraction du ventricule gauche.

| CG. Le nombre des battements du cœur est con- han | sidérable, il est en général d’autant plus grand mouvements

du cœur en

qu'on est plus jeune. une minute,

LA

Force avec laquelle les ventricules se contractent.

590 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE A Ja naissance , il est de. . 130 à 140 par minute. VE ba UT ARINENE CURE Wii M MN 1 CNE OP MRORRE 100 110 PT Fiche A ANREEL 2 g0 100 AT ANS CL. € + mou 85 90 ALTO ANS is neue « © Me 680 85 À l’âge adulte... . . . . TS 80 À Ja première vicillesse. . 65 7 D A ja vieillesse confirmée. Go 65

Mais ces nombres varient suivant une infinité de circonstances, le sexe, le tempérament, la disposition individuelle, etc. |

Les affections de l’âme ont une grande influence sur la rapidité des contractions du cœur; chacun sait qu’une émotion, même légère, modifie aussitôt les contractions, et le plus souvent les accélére. Les maladies apportent aussi de grands changements à cet égard.

D. Beaucoup de recherches ont été faites pour savoir quelle est la force avec laquelle les ventricules se contractent. Pour apprécier celle du ventricule gauche, on a fait une expérience qui consiste à croiser les jambes, en posant sur un genou le jarret de l’autre jambe, et à suspendre au bout du pied de cette dernière un poids de 25 kilogr. Ce poids considérable, quoique placé à l'extrémité d’un aussi long levier, est soulevé à chaque contraction du ventricule, à rai-

DE PHYSIOLOGIE. 397 Ù son du redressement qui tend à s’opérer dans la courbure accidentelle qu'éprouve l'artère popli-

N nière. 4

| Cette expérience montre que la force de con- H traction du cœur est assez grande; mais elle ne ! peut donner cependant aucune évaluation exacte. | Les physiologistes mécaniciens ont fait de grands ! efforts pour l’exprimer en nombre : Borelli coml pare la force qui entretient la circulation à celle l qui serait nécessaire pour soulever un poids de | 180,000 liv.; Hales le croit de 51 liv. 5 onces; et Keil le réduit de 5 à 8 onces. Où trouver la vérité | dans ces contradictions?

Il paraît impossible de savoir au juste la force {que le cœur développe en se contractant; car { elle doit varier suivant une multitude de causes, [telles que l’âge, le volume de l'organe, la taille de l'individu , sa disposition particulière , la | quantité de sang, l’état du système nerveux, | l'action des organes, l’état de santé ou de mala- ! die, etc.

| Tout ce qui a été dit sur la force du cœur n’a À rapport qu’à sa contraction; sa dilatation a été re- | gardée comme un phénomène actif, et j'ai moi- | même professé cette opinion. Je ne la partage plus

M dilatation du cœur, il m'a semblé que la contrac- Fa Æ

| tée quand les jambes sont croisées de cette ma-

N aujourd’hui; en étudiant de nouveau avec soin la

Dilatation du cœur.

Dilatation du cœur.

Cause des mouvements du cœur.

tion comprime les fibres de cet organe , que leur élasticité est mise en jeu sous cette influence, et qu'aussitôt qu'elle cesse , les fibres reprennent leur longueur naturelle avec d'autant plus d'énergie qu’elles ont été plus comprimées : il se développe , comme on à VU, un phénpmine de ce genre immédiatement après la contra action d'un faisceau de fibre musculaire par l'effet du courant galvanique. À cette cause physique de la dilatation des cavités du cœur, il faut joindre, pour les oreil-

lettes , l'effort de lacolonne de sang qui tend à s’in-” troduire dans leur cavité, et qui est sans contredit la raison la plus puissante de l’écartement de leurs parois. Pour les ventricules, il faut tenir compte |

dela contraction des oreillettes, qui poussent avec

plus ou moins de force le sang dans leur cavité.

La contraction du ventricule droit est donc, par l'intermédiaire de l’artère et des veines pulmonaires, l’une des causes de la dilatation de l'oreillette gauche. La contraction du ventricule gauche agit de même pour la dilatation de l'oreillette droite, par l'intermédiaire du sang qui remplit les artères et les veines. Enfin la contraction de chaque oreillette contribue à élargir le ventricule auquel elle aboutit.

B. Depuis les premiers jours de l'existence de l'embryon jusqu’à l'instant de la mort par décrépitude, le cœur se meut. Pourquoi se meut-il ?

DE PHYSIOLOGIE, 399 Telle est la question que se sont faite les philosophes et les physiologistes anciens et modernes. Le pourquoi des phénomènes n'est pas facile à donner en physiologie; presque toujours ce que l'on prend pour tel n’est que l'expression des phénmomènes en d’autres termes; et c’est une chose remarquable que la facilité avec laquelle nous

explications du mouvement du cœur en sont une des preuves les plus palpables.

Les anciens disaient qu'il y avait dans le cœur une vertu pulsifique, un feu concentré qui donnait le mouvement à cet organe. Descartes imagina quil se faisait dans les ventricules une explosion aussi subite que celle de la poudre à canon. Le mouvement du cœur fut ensuite attribué aux esprits animaux, au fluide nerveux, à l'âme, au président du système nerveux (1), à l’archée : Haller le considéra comme un effet de l’irritabilité. Tout récem- | ent M. Legallois a cherché à prouver, par des lexpériences, que le principe ou la cause du mouvement du cœur avait son siége dans ia moelle épinière.

| Ces expériences de M. Legallois consistent à dé- (tr uire successivement, sur des animaux vivants, la | oelle épinière par l'introduction d’une tige métallique dans le canal vertébral. Le résultat est que

| (1) Wsrrer, Præses systematts nervost.

Cause des mouvements du cœur.

nous laissons abuser sous ce rapport : les diverses -

Expériences de Legallois sur les mouvements du cœur.

Expériences » de Legallois sur les mouvements du cœur.

400 PRÉGIS ÉLÉMENTAIRE »

la forceavec laquelle le ventricule gauche se contracte diminue à mesure que la destruction de la moelle est plus considérable, et, quand elle est complète, le cœur n’a plus assez de force pour entretenir la circulation, et pousser le sang jusqu aux extrémités des membres.

De ces expériences, qui ont été multipliées et variées d’une manière très ingénieuse, M. Legallois conclut qué la cause du mouvement du cœur est dans la moelle épinière; et, comme on lui faisait remarquer que cet organe se contracte encore long-temps apres la destruction complète de la moelle, que même ses mouvements continuent régulièrement après qu'il a été tout-à-fait séparé du corps, M. Legallois répondait que ces mouvements n'étaient plus la contraction véritable du cœur, qu'ils n'étaient qu’un simple effet de l'irritabiis de l'organe.

Pour faire admettre cette explication, M. Legal- | lois aurait dù montrer, par des expériences, en, quoi diffère l'irritabilité des fibres musculaires de leur contraction : cette distinction importante ! n'ayant pas été établie, on ne peut, selon moi, conclure du beau travail de M. Legallois autre: chose, sinon que la moelle épinière influe sur la! force avec laquelle le cœur se contracte; mais on} ne peut en déduire qu’elle est la cause du mouve-

ment du cœur.

Les oïganes qui transmettent au cœur DL fluence de la moelle épinière et du cerveau sont des filaments nerveux, provenants de la huitième paire, et peut-être,un grand nombre de filets des ganglions cervicaux du grand sympathique.

par l'extraction des ganglions cervicaux , et même du premier thoracique, si réellement ces organes avaient une action sur le mouvement du cœur , mais je n’ai rien obtenu de satisfaisant; les animaux sont presque tous morts des suites de la plaie inévitable pour une opération aussi laborieuse. Je n'ai jamais remarqué aucune influence directe sur le cœur.

Remarques sur le mouvement circulaire du sang ou la circulation.

Nous connaissons maintenant tous les anneaux de la chaîne circulaire que le système sanguin représente; nous savons comment le sang est porté du poumon vers toutes les autres parties du corps, et comment de ces parties il revient au poumon. Examinons ces phénomènes d’une manière générale, afin de faire ressortir les plus importants.

À. La quantité de sang contenu dans le système sanguin est trés considérable. Plusieurs auteurs l'ont estimée de vingt-quatre à trente livres. Il ne

1 A : C AE r . “ ne J'ai, à diverses reprises, cherché à déterminer Expériences

sur les ganglions du grand sympathique.

Quantité du sang.

TS ue

# 102 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE peût y avoir rien d’exact dans cette évaluation, car la quantité du sang varie suivant un grand à 0 RTE nombre de causes. La jeunesse et l'enfance doi- D . vent avoir plus de sang que l’âge avancé; il est titédusang. plus-que probable que les individus replets, dont “le corps est bien développé et la vie active, ont plus de sang que les personnes débiles, dont le corps est maigre; de même les personnes que l’on nomme pléthoriques, sujettes à des saignements de nez ou à des flux hémorroïdaux , doivent aussi , selon toutes ces apparences, avoir une dose de sang plus considérable que les personnes qui ne présentent pas les mêmes dispositions.

Des expériences que j'ai faites sur des animaux m'ont donné des résultats fort analogues à ces conjectures relatives à l’homme. Un chien de taille moyenne ne fournit, par une hémorragie rapide qui le fait périr, qu'environ une livre de sang, s'il est maigre et faible ; s'il est vigoureux et en bon état, il peut en fournir plus du » double. ;

On a quelques données sur le rapport de la masse du sang artériel et celle du veineux. Ce dernier, contenu dans des vaisseaux dont la capacité totale est supérieure à celle des artères, est nécessairement plus abondant, sans qu'on puisse dire au juste de combien sa masse est plus considérable

que celle du sang artériel.

DE PHYSJOLOGIE.: 403

B. Le volume des organes, ét même celui de tout le corps, est généralement en rapport avec la quantité du liquide qui circule. Les hommes remarquables par les dimensions considérables du corps offrent une énorme quantité de sang, comme

il est facile de s’en assurer par les nombreuses sai-

gnées qu'ils supportent dans certaines maladies . et par l'examen de leurs vaisseaux sanguins après leur mort. Chez ce genre de personnes, l'aorte et ses divisions, le système veineux sont quelquefois deux ou trois fois plus spacieux que les mêmes organes dans une personne de même taille, mais d'une corpulence médiocre.

Sur les animaux vivants, les dimensions de plusieurs organes peuvent être augmentées à volonté. Prenez, par exemple, les trois dimensions de la rate d’un chien, puis, l'abdomen étant ouvert , injectez une pinte de sang d’un autre chien dans ses veines, vous verrez la rate grandir gra- duellement , et avoir acquis, à la fin de l’injection, un tiers ou une moitié en sus de ses dimensions premières, |

Faites l'expérience opposée : après avoir mesuré la grandeur de la rate d’un animal, saignez- le jusqu’à défaillance, et vous verrez la rate diminuer sensiblement de volume à mesure que le sang s’écoulera, Des observations analogues peuvent être faites sur le foie , mais comme le tissu de cet organe

Volume des organes en rapport

avec celuidu sang.

Volume de la rate en rapport avec celui du sang.

Rapport du canal digestif avec le volume du sang.

Influence de la rate sur la circulation.

est moins extensible que celui de la rate, les chansements de volume sont moins marqués.

Il est facile de s'assurer que la longueur du canal intestinal et l'épaisseur de ses parois sont aussi en proportion du sang qui circule. Chez les individus forts et vigoureux, pléthoriques, où l'abdomen est très développé, les intestins ont des parois fort épaisses , une cavité large , et une longueur qui peut dépasser douze mètres ; chez les hommes maigres, dont le ventre est creux au lieu de faire saillie , et chez lesquels le sang est fort peu abondant, les parois du canal digestif sont minces, la cavité est très étroite, et la longueur totale du canal n'excède quelquefois pas cinq mètres. On peut faire aisément des observations analogues sur la peau.

C. Ce qui vient d’être dit sur les dimensions de la rate, par rapport au volume du sang, est de nature à jeter quelques lumières sur les fonctions

de ce singulier organe. D'après ce que nous avons .

dit, la rate est un véritable réservoir à parois élastiques, qui presse incessamment sur le sang qu'il contient, et qui tend à le faire passer dans le système de la veine porte. Le peu d'épaisseur et d’élasticité des parois de cette veine, l'absence des valvules à son intérieur, doiverit permettre facilement au sang pressé par la rate d'y pénétrer. La rate doit d'autant plus facilement expulser le sang qu'elle

contient, que non seulement elle est très élastique, et tend ainsi physiquement à revenir sur elle-même, mais qu'en outre elle est douée d’une force contractile d’un genre particulier, et qui se met en évidence sous l'influence de certaines substances, la noix vomique , par exemple.

D. Le cercle circulatoire du sang étant continu , et la capacité du canal étant très variable, la vitesse de ce fluide doit être très différente ; car la même quantité doit passer par tous les points dans un temps donné : c’est ce que l’observation confirme. La vitesse est grande dans le tronc et les principales divisions des artères aorte et pulmonaires ; elle diminue beaucoup dans les divisions secondaires ; elle diminue encore au moment du passage des artères dans les veines; elle va ensuite en augmentant à mesure que, des racines des veines, le sang passe dans des racines plus grosses, et enfin dans les grosses veines; mais jamais la vitesse ne peut être aussi grande dans les veines caves que dans l'aorte.

Dans les troncs et les principales divisions artérielles, le cours du sang est, non seulement continu sous l'influence du resserrement des artères, mais il est en outre saccadé par l'effet de la contraction des ventricules. Cette saccade se manifeste dans les artères, par une dilatation simple

Vitesse du mouvement du sang.

Différents modes du mouvement

du sang.

Du pouls.

Influence présumée du battement des artères sur l'action des organes.

dans celles qui sont droites, et par une dilatation et un mouvement de redressement dans celles qui sont flexueuses.

Le premier phénomène, auquel se joint quelqueéfois le second, forme le pouls. 11 n’est facile de l'étudier sur l’homme ou les animaux qu'aux endroits où les artères sont accolées à un os, parcequ’alors elles ne fuient point le doigt qui s'applique dessus, comme le font celles qui flottent entre les parties molles.

Le plus souvent, le pouls fait connaitre les modifications principales de la contraction du ventricule gauche, sa promptitude, son intensité, sa faiblesse, sa régularité ou son irrégularité. On connaît aussi, par le pouls, la quantité du sang. Si

elle est grande, l'artère est ronde, grosse et résis-

tante ; si le sang est peu abondant, l'artère est petite et se laisse facilement déprimer. Certaines dispositions dans les artères influent aussi sur le pouls, et peuvent le rendre différent dans les principales artères.

Le battement des artères se fait nécessaire-

ment sentir aux organes qui les avoisinent, et d'autant plus que les artères sont plus volumineuses, et que les organes cèdent moins facilement. La secousse qu'ils en éprouvent est généralement considérée comme favorisant leur action, quoiqu'il n’en existe aucune preuve positive.

ar 7e

Sous ce rapport , aucun organe ne doit être influencé davantage que le cerveau. Les quatre artères cérébrales se réunissent en cercles à la base du

crâne , et soulèvent le cerveau à chaque contrac-

tion du ventricule , comme il est facile de s’en convaincre en mettant à nu le cerveau d’un animal, ou en observant cet organe dans les plaies de tête. C’est probablement pour modérer cette secousse que sont utiles les nombreuses courbures anguleuses des artères carotides internes et des vertébrales, avant leur entrée dans le crâne; cour-

ures qui doivent aussi nécessairement ralentir le cours du sang dans ces vaisseaux.

Quand les artères pénètrent encore volumineuses dans le parenchyme des organes, comme au foie , au rein , €te., l'organe doit aussi recevoir une secousse à chaque contraction du cœur. Les organes où les vaisseaux ne pénétrent qu'après s'être divisés et subdivisés ne doivent éprouver rien de semblable.

E. Depuis le poumon jusqu’à l'oreillette gauche, le sang est de même nature ; cependant il arrive quelquefois qu’il n’est pas semblable dans les quatre veines pulmonaires (1). Si, par exemple , un poumon est altéré au point que l’air ne puisse pénétrer dans ses lobules, le sang qui le traverse ne sera pas changé de veineux en artériel; il arrivera

(1) Voyez les expériences de Legallois.

Influence présumée du battement des arlères sur Paction des organes.

Nature du sang dans les différentes parties du cercle qu’il parcourt.

Séparation des éléments du sang des capillaires.

au cœur sans avoir subi cette transformation ; mais, par son passage à travers les cavités gauches , il se mélangera intimement avec celui du poumon opposé. Du ventricule gauche jusqu'aux dernières divisions de l'aorte, le sang est nécessairement homogène ; mais, arrivé à ces petits vaisseaux, ses éléments se partagent : il existe du moins un grand nombre de parties, telles que les membranes séreuses , le tissu cellulaire , les tendons, les aponévroses , les membranes fibreuses , etc. , où l'on ne voit jamais pénétrer la partie rouge du sang , et où les capillaires ne contiennent que du sérum.

Ce partage des éléments du sang ne se fait cependant que dans l'état de santé; quand les parties que je viens de nommer deviennent malades,, il arrive souvent que leurs petits vaisseaux se remplissent | de sang avec tous ses éléments.

On a cherché à expliquer cette analyse particulière du sang par les petits vaisseaux. Boerhaave, qui admettait dans le sang plusieurs espèces de #lobules de grosseur différente , disait que les globules d’une certaine grosseur ne pouvaient passer que dans des vaisseaux d’un calibre approprié : nous avons vu que les globules , tels que Boerhaave les admettait, n'existent point.

Bichat croyait qu'il existait dans les petits vaisscaux une sensibilité particulière par laquelle ils

Lu +

| DE PHYSIOLOGIE. | 409 ne se laissaient pénétrer que par la partie du sang en rapport avec elle. Nous avons déjà combattu plusieurs fois des idées de ce genre ; elles ne sont pas plus admissibles ici, car les liquides les plus lirritants , introduits dans les artères , passent aus-

|sitôt dans les veines sans que les capillaires s’opposent à leur passage.

| F. L'une des idées les plus singulières qu’ait en- | fantées l'imagination des physiologistes, est que les | corps vivants ne sont pointsoumis aux lois physiques, } que la vie est en opposition constante avec ces lois ; €omme si une telle opposition était possible, | comme si un phénomène pouvait être opposé à {un phénomène.

Pour cette raison, que le simple bon sens re- | pousse , l'influence de la pesanteur , et par consé-

| circulation, à été peu étudiée ; cependant nul doute | que cette influence n'existe, et qu’elle ne soit très | puissante. L'empirisme médical ou chirurgical est | forcé de la reconnaître. Dans une foule de cas il | est de toute évidence que le sang se meut plus difficilement quand il marche contre sa propre pesanlteur, tandis que ce liquide arrive et séjourne plus facilement dans les parties où ilest porté par son | propre poids.

| Durant le sommeil et dans la position horizon- | tale, le sang se dirige vers la tête en quantité plus

| quent celle des diverses positions du corps sur la

Effet de la pesanteur sur la circulation.

Éléments dusang qui s'échappe des petits Vaisseaux.

% 410 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE considérable. Un jeune médecin, M. Bourdon, a remarqué sur lui-même qu'étant couché sur un côté, le sang s’accumulait dams les parties les

plus déclives de la tête, gonflait la pituitaire de ce à

côté, et interceptait le passage de l’air par la narine correspondante ; qu’en se retournant sur le

côté opposé, la narine précédemment obstruée M redevenait libre , tandis que celle qui était devenue M

la plus déclive offrait les phénomènes énoncés.

Ainsi les puissances qui font circuler le sang ont \ souvent à surmonter les effets de la pesanteur de +1

liquide ; ainsi la gravitation universelle exerce ur influence remarquable sur la circulation. Ce fait mérite toute l’attention des médecins, car, pour

peu que les fonctions se dérangent , les effets des M lois physiques s’y font plus manifestement sentir. À

G. En traversant les petits vaisseaux, le sang se

dépouille de ses éléments ; tantôt c’est le sérum qui M s'échappe et se répand à la surface d’une mem-

brane . tantôt c’est la matière grasse qui se dépose

dans des cellules: ici c’est le mucus, là c’est la W fibrine ; ailleurs ce sont les substances étrangères 1 qui avaient été accidentellement mêlées au sang à artériel. En perdant ces divers éléments , le SE à

prend les qualités de sang veineux.

En même temps que le sang artériel fournit à

ces pertes, les petites veines absorbent les substances avec lesquelles elles sont en contact. Par.

DE PHYSIOLOGIE. AA exemple , dans le canal intestinal elles s'emparent des boissons ; d’un autre côté, les troncs lymphatiques versent la lymphe et le chyle dans le système veineux ; il est donc certain que le sang veineux ne peut être homogène , et que sa composition doit varier dans les différentes veines ; mais arrivés au cœur, par les mouvements de l'oreillette et du wentricule droits, et la disposition des colonnes charnues,tous les éléments se mêlent, et, lorsqu'ils sont intimement mélangés, ils passent dans l’artère

ulmonaire.

H. C’est une loi générale de l’économie, qu'aucun organe ne peut continuer d'agir s’il ne recoit du sang artériel ; il en résulte que la circulation tient sous sa dépendance toutes les autres fonctions ;

mais, à son tour, la circulation ne peut continuer sans la respiration , qui forme le sang artériel, sans l’action du système nerveux, qui a la plus grande influence sur la vitesse du cours du sang et sur sa répartition dans les organes. En effet, sous l'action du système nerveux, les mouvements du cœur se précipitent ou se ralentissent , et par con- séquent la vitesse générale du cours du sang ; ensuite, quand les organes agissent volontairement ou Fm l'observation apprend qu'ils reçoivent une plus grande quantité de sang , sans qu’il y ait pour céla accélération du mouvement de la circulation générale ; et si leur action de-

Eu

Influence du système nerveux sur le mouvement du sang.

Influence du système nerveux sur le mouvement du sang.

Sentiments instinctifs qui avertissent des modificatons de la circulation.

+ a 2 PRÉCIS ÉLÉMÉENTAIRE vient prédominante , les artères qui s'y portent prennent un accroissement considérable; si, au contraire, l’action diminue ou cesse entièrement, les artères se rétrécissent, et ne laissent plus parvenir à l'organe qu'une petite quantité de sang. Ces phénomènes sont manifestes pour les muscles : Ja circulation y devient plus rapide quand ils se contractent ; s'ils sont souvent en contraction , leurs artères croissent en volume ; s'ils sont grise : les artères deviennent très petites et le pouls s’y fait à peine sentir.

Le système nerveux peut donc influencer la circulation de trois manières : 1° en modifiant les mouvements du cœur; 2°en modifiant les capiilaires des organes, de manière à y accélérer ou ralentir le cours du sang; 5° enfin en produisant les mêmes effets dans le poumon, c’est-à-dire en rendant plus ou moins facile le cours du sang à travers cet organe.

L’accélération des mouvements du cœur devient sensible pour nous par la manière dont la pointe de cet organe vient frapper les parois pectorales ;

la gêne de la circulation capillaire se fait recon-= | naître par un sentiment d’engourdissement , de | fourmillement particulier ; et enfin , quand Ja cir

culation pulmonaire est difficile, nous en sommes avertis par une oppression , une suffocation plus ou moins forte.

Il est probable que la distribution des filets du | grand sympathique dans les parois des artères a quelque usage important ; mais on ignore complétement cet usage : aucune expérience n’a encore éclairé sur ce point,

La composition du sang doit exercer une grande influence sur le mode d’action des organes, mais nous n'avons encore que des notions fort impar- | faites sur les variations chimiques que ce liquide peut éprouver. Si l’on s’en rapportait même à quelques travaux sur le sang, ce fluide serait con- | stamment le même. Probablement que les progrès | de l’analyse animale nous sortiront bientôt de ces idées inexactes ; quelques faits semblent du moins | l’annoncer.

Introduisez dans la veine jugulaire d’un chien | quelques gouttes d’eau qui aura séjourné sur des matières animales en putréfaction, une heure | après cette introduction l’animal sera abattu , couché; une fièvre ardente l’agitera; il vomira des | matières noires et fétides; ses évacuations alvines | seront de même nature; son sang aura perdu la facuité de se coaguler, il s’extravasera dans les | divers tissus ; enfin la mort ne se fera pas long- | temps attendre.

Le Ces phénomènes, qui ont la plus grande ana- | logie avec certaines maladies de l’homme, telles | que le vomissement noir des contrées méridio-

de la composition du sang sur l’action des organes.

Expériences sur la composition du sang.

Expériences sur la composition

du sang.

l14 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

nales, la fièvre jaune , etc. , paraissent bien avoir pour source commune une altération de la composition chimique du sang; je crois même avoir remarqué que les dimensions des globules diminuent à mesure que les accidents se développent, ce qui serait en harmonie avec le passage du sang à travers les parois des petits vaisseaux et les di-

verses hémorragies qui en sont l'effet. ( Voyez mon.

Journal de physiologie, tom. ret 2.) Il est un mode d’altération que l’on peut facilement apprécier, je veux dire les proportions res-

pectives du sérum et du caillot. J’ai voulu voir:

sur des animaux quels seraient les effets de la di-

minution graduelle de la partie solide et non so-

luble du sang. A ceteffet j'ai pris un chien bien portant , et je lui ai fait une saignée de huit onces:

le sang, examiné le lendemain, offrait fort peu.

de sérum, un huitième environ. J’ai remplacé le

sang tiré par une injection d’une demi-livre d’eau

à 30° R. dans la veine jugulaire : l'animal n’a rien.

offert de particulier. Le lendemain j'ai répété la saignée et l'injection ; le sang offrait un quart de

sérum et trois quarts de caillots. Deux jours en=.

suite , j'ai fait encore et la même soustraction de

sang et la même introduction d’eau, et j'ai cons,

tinué de cette manière de deux jours l’un jusqu'au

dixième jour ; alors le sang de l'animal ne pres,

sentait plus qu’à peine un quart de caillot pours,

DE PHYSIOLOGIE. vu trois quarts de sérum ; mais aussi l'animal était faible, se remuait avec peine, semblait avoir perdu son instinct, ses habitudes caressantes $ ses facultés cérébrales étaient diminuées , etsemblaient engourdies, enfin il n’était plus le même.

Nul doute donc qu’une certaine composition du sang ne soit une des conditions importantes de l'exercice des diverses fonctions.

Ge sont les diverses remarques que j'ai faites sur ce sujet qui m'ont conduit à essayer sur l’homme l'injection de l’eau dans les veines. L'individu sur lequel j'ai fait cet essai était hydrophobe , et sur le point de mourir; l'introduction d'environ une pinte d'eau à 30° à calmé, comme par enchantement, l’état de fureur et de rage où il se trou-

| vait. (Voyez mon Journal de physiologie, t. 3.)

De l'influence des muscles inspirateurs et des expirateurs sur le mouvement du sang.

Le cœur, avons-nous démontré » est le principal agent de la circulation ; dans la plupart des | cas, sa force motrice est la seule qui détermine la | progression du sang, mais il existe d’ autres puis- | sances qui interviennent souvent avec énergie , et | qui exercent une grande influence sur le cours du | Sang jusqu'au point de le suspendre complètement. | Ces puissances sont les mêmes qui attirent l'air | dans la poitrine, et qui l’en font sortir.

des mouvements de la respiration sur le cours dû sang,

L] Influence des mouvements de Ja respiration sur le cours du sang.

Dans la dilatation du thorax, le sang des veines caves supérieures et des veines caves inférieures et de proche en proche celui des autres veines est attiré vers le cœur. Le mécanisme de cette aspiration est semblable à celui qui attire l’air dans les poumons; c’est, pour ainsi dire, une inspiration

du sang veineux ; au contraire, durant l’expira-

tion, tous les organes pectoraux étant comprimés, le sang veineux est repoussé, il reflue dans les veines jusque vers les organes, et le sang artériel arrive à sa destination avec plus de promptitude, parcequ’à la pression du ventricule gauche s'ajoute celle des muscles expirateurs.

Ces divers phénomènes sont peu marqués dans

la respiration calme, mais ils deviennent très manifestes dans les respirations forcées où dans les grands efforts musculaires quis’accompagnent souvent de la contraction énergique des forces expiratrices et du resserrement de la glotte.

La connaissance de ces faits résulte des travaux de Haller (1), Lamure (2) et Lorry (3); elle donne le moyen d'expliquer plusieurs phénomènes qui ont beaucoup embarrassé les physiologistes. Je vais entrer dans quelques détails à raison de l'im-

(1) Elementa physiol., tom. 2.

(2) Académie des sciences , année 1749.

(3) Savants étrangers , tom. 3.

portance du sujet. Je les extrais d’an Mémoire imprimé dans mon Journal de Physiologie.

Si on observe pendant quelque temps la veine jugulaire externe d’un individu dont le cou est maigre, Ou, mieux encore, si l'on met à découvert cette veine sur un chien, on a bientôt reconnu que le sang se meut dans sa cavité, sous diverses influences. En général, quand la poitrine se dilate pour inspirer, la veine se vide brusquement, s’aplatit, et ses parois s'appliquent quelquefois exactement l’une contre l’autre. La veine > AU Contraire, se gonfle et se remplit de sang quand la poitrine se resserre. Ces effets sont d'autant plus marqués que les mouvementsrespiratoires sont plusétendus. Ceux qui dépendent de l'expiration sont beaucoup plus prononcés si l’animal fait des efforts (ax

(1) Les mouvements respiratoires ne sont pas les seules causes du mouvement du sang dans les jugulaires ; avec un peu d'attention on reconnaît que les contractions de l’oreillette droite y influent sensiblement, ce qui produit une espèce de palpitation irrégulière dans le vaisseau.

Quand l'oreillette se contracte, le sang est repoussé vers la tête; le sang est au contraire attiré vers le cœur par sa dilatation. Quand le hasard fait coïncider la dilatation de la poitrine et de l'oreillette ou le resserrement de ces parties, le mouvement du sang dans les jugulaires est régulier, c’està-dire que le vaisseau se vide ou se remplit brusquement. Mais comme les mouvements de l'oreillette sont bien plus | fréquents que ceux du thorax, il arrive nécessairement défaut 2. Fr

Expériences sur l'influence de la respiration sur le cours du sang.

Mécanisme de l'influence des mouvements de la respiration sur la circulation.

10 PRÉCIS ÉLEMLNIAIKE

L’explication de ces phénomènes, telle qu'elle a été donnée par Haller et Lorry, est très simple et satisfaisante au premier aperçu. Quand la poitrine se dilate, elle aspire le sang des veines caves , et de proche en proche celui des veines qui y aboutissent. Le mécanisme de cette aspiration est à peu près semblable à celui par lequel l'air est attiré dans la trachée-artère. Quand la poitrine se resserre, au contraire, le sang est refoulé dans les veines caves par la pression que supportent tous les organes pectoraux, vaisseaux, Cœur, poumons et autres, de la part des puissances expiratrices, et de proche en proche aussi parvient aux veines qui s’y terminent. De là l'alternative de vacuité et de plein qu'offrent les jugulaires.

Pour montrer que ce phénomène est exactement en rapport avec un phénomène semblable qui se passe dans les veines caves, j'introduis une sonde de gomme élastique dans la veine jugulaire , et je la fais pénétrer jusqu'à la veine cave, ou même jusque dans l'oreillette droite: on voit alors que le sang coule par l'extrémité de la sonde, seulement dans le moment de l'expiration. Dans l'inspiration, au contraire , l'air est brusquement attiré dans Île

de coïncidence entre eux, et dès lors les battements des jugulaires deviennent très irréguliers, phénomène qui est surtout apparent dans les maladies graves, et que Haller a

nommé pouls veineux.

cœur, et donne lieu à des accidents particuliers , dont il sera question plus tard. On obtient des résultats entièrement analogues si on introduit la sonde dans la veine crurale, en la dirigeant vers l'abdomen.

Aucun doute donc touchant le genre de modifications que larespiration exerce sur le cours du sang dans les principaux troncs veineux.

On peut de même facilement reconnaître, en ouvrant une artère des membres, par exemple, que l'expiration accélère sensiblement le mouvement du sang artériel, particulièrement dans les grandes expirations et dans les efforts ; et comme on ne peut pas faire faire à volonté de grandes expirations ou des efforts aux animaux soumis à l’expérience, on peut, suivant le procédé de Lamure, comprimer avec les mains les côtés du thorax , et l'on voit le jet du sang artériel grandir ou diminuer, en raison de la pression que l’on exerce.

Puisque la respiration produit cet effet sur le cours du sang dans les artères, il devenait probable qu'elle pouvait influencer la marche du sang veineux, non plus par l'intermédiaire des veines , comme nous venons de le voir tout à l'heure, mais par le moyen des artères. Une pareille conjecture méritait d'être soumise à l'expérience.

Je plaçai donc une ligature sur l’une des veines Jugulaires d’un chien; le vaisseau se vida au-des-

Mécanisme de Pinfluence

des mouvements de la respiration sur la circulation.

Expériences sous de la ligature , et se gonfla beaucoup au-des-

Pinfuence sus, comme cela arrive constamment. Je piquai

te légèrement avec une lancette la portion distende due, de manière à faire une très petite ouverture: : a HE j'obtins de cette manière un jet de sang que les a CITC

du sang. mouvements ordinaires de la respiration ne modifiaient pas sensiblement, mais qui triplait ou quadruplait de grandeur si l'animal faisait quelque effort un peu énergique.

On pouvait objecter que l'effet de la respiration ne s'était pas transmis par les artères à la veine ouverte, mais bien parles veines qui étaient restées libres, et qui auraient transporté le sang repoussé des veines caves vers la veine liée, au moyen des anastomoses ; il était facile de lever cette difficulté.

Le chien n’a pas, comme l’homme, des veines jugulaires internes volumineuses , qui reçoivent le sang de l’intérieur du crâne; chez cet animal, la veine jugulaire interne n’est, pour ainsi dire, qu'un vestige, et la circulation de la tête et du cou se fait presque entièrement par les veines jugulaires externes, qui sont en effet très grosses, proportions gardées. En liant à la fois ces deux veines, j'étais bien sûr d'empêcher, en très grande partie, le reflux dont il vient d’être question ; mais bien loin que cette double ligature diminuât le phénomène dont je viens de parler, lé jet devint au contraire plus étroitement en rapport avec les mouvements de

DE PHYSIOLOGIE. 421 la respiration, car il était évidemment modifié mème par la respiration ordinaire; ce qui, comme On à vu, n'avait pas lieu dans le cas d’une seule ligature. Pour rendre la chose plus évidente , je pouvais d’ailleurs agir sur la veine crurale : cette veine et toutes ses branches étant garnies de valvules qui s'opposent, pour ainsi dire, à tout reflux ; si le phénomène de l'accroissement du jet se montrait durant l'expiration, on pouvait être bien sûr que l'impulsion serait venue du côté des artères.

C'est en effet ce que j'observai dans plusieurs expériences. La veine crurale étant liée et piquée audessous de la ligature, le jet qui se forma s’accrut sensiblement dans les grandes expirations, dans les efforts et les compressions mécaniques des parois du thorax avec les mains.

Ces expériences , ainsi que les précédentes, apportent nécessairement un changement notable dans l'explication du gonflement des veines durant l'expiration. D’après Haller, Lamure et Lorry, ce gonilement a lieu par le simple refoulement du sang des veines caves dans les branches qui s’y ouvrent médiatement ou immédiatement ; mais il est clair qu'il faut y joindre l’arrivée dans la veined’une plus grande quantité de sang provenant des artères.

La même modification devra être introduite dans l'explication des mouvements du cerveau, en rap-

Expériences sur l'influence des mouvements de la respiration sur la circulation du sang.

Expériences

sur l'influence

des

mouvements de

larespiration sur

la circulation

du sang.

port avec la respiration. 11 ne faudra donc plus attribuer le gonflement de cet organe, dans le moment de l'expiration, au seul reflux du sang dans les veines, ni son affaissement, dans le moment de l'inspiration , à la seule aspiration du même fluide vers la poitrine ; mais il faudra faire entrer, comme élément important de cette explication, l'influence de la respiration sur la marche du sang artériel, et sur celle du sang veineux, par l'intermédiaire des artères.

On devra , ce me semble, comprendre le phénomène de cette manière : dans le moment d'une forte expiration ou d’un effort, tous les organes pectoraux ou abdominaux sont comprimés, Îe sang artériel est chassé plus particulièrement dans les branches de l'aorte ascendante (1). Ce sang arrive donc avec plus d’abondance vers la tête, et tend à passer plus promptement dans les veines qui doivent le ramener vers le cœur; ce qui arriverait aussitôt si les veines étaient libres. Mais loin de là, la pression exercée sur les organes pectoraux à aussi fait refluer le sang veineux dans les vaisseaux qui le contiennent, bien que ce mouvement rétrograde ne s’étende pas très loin.

Cependant le sang qui reflue dans les veines à

(1) L’aorte abdominale est'aussi comprimée , et admet le

sang avec une difficulté relative au degré de pression qu’elie éprouve, comme l’a bien décrit Lorry. Mém. cité.

DE PHYSIOLOGIE. 425 bientôt rencontré le sang qui arrive du côté des artères ; le vaisseau se distend, et le cours du liquide est généralement suspendu dans les veines. Dés lors, il est tout simple que le cerveau se gonfle et se distende. |

Mais ce qui se passe dans le cerveau doit aussi se passer dans les autres organes, avec les modifications en rapport avec la disposition de leurs vaisseaux sanguins : la moelle épinière tout entière grossit, la rate s'alonge, la face rougit et se gonfle dans les cris, la course prolongée , les efforts musculaires , les passions violentes ; les veines des membres se gonflent dans les mêmes circonstances: et si Vous engagez une personne que l’on saigne à souffler fortement, le jet du sang de la veine ouverte augmente sensiblement. Un individu affecté d’un phlegmon dans un membre, ou même d’un simple panaris, éprouve une douleur vive dans la partie malade, s’il veut soulever un fardeau, courir, crier, etc. Tous ces phénomènes, et beaucoup d’autres analogues , dépendent évidemment de l’accu. mulation du sang dans les organes, par l'expiration qui y pousse le sang artériel, et qui s'oppose à ce que le sang veineux puisse en sortir.

I résulte de ces faits, que l’une des conséquences des grandes expirations et des violentsefforts est la suspension plus ou moins prolongée de la circulation; suspension d'autant plus complète que l’ex-

Expériences sur l’influence des mouvements de la respiration sur la circulation du sang.

Expériences sur l'influence des mouvements de la respiration sur la circulation du sang.

piration ou l'effort est plus violent. De là probablement l'impossibilité de soutenir de grands efforts au-delà de quelques secondes, et la nécessité des grandes inspirations qui les suivent immédiatement.

Plusieurs phénomènes circulatoires paraissent liés avec cette stagnation momentanée du sang dans les divers tissus : les hémorrhagies nasales ou autres qui suivent quelquefois un effort violent ; les sueurs abondantes des bateleurs durant leurs exercices ; les céphalalgies instantanées qui suivent, chez certains individus, l'expulsion des matières fécales ; l'érection à peu près constante qui accompagne le supplice de la corde, etc.

Il n’est pas nécessaire, pour que les effets de l’expiration se manifestent , que la glotte se ferme hermétiquement, ainsi que plusieurs auteurs l'ont pensé, car souvent des efforts considérables ont

lieu concurremment avec des cris formés de sons

raves, qui permettent une issue facile à l'air expiré.

On en trouve encore une preuve palpable dans la pratique vétérinaire, où l'on introduit une canule métallique assez large entre les cartilages thyroïde et cricoide des chevaux corneurs, afin de leur rendre la respiration plus facile. Malgré cette voie

toujours libre pour l'entrée et la sortie de Pair des

poumons, Cés animaux n'en continuent pas moins leurs pénibles travaux. Une autre preuve pourrait

se tirer des expériences dans lesquelles on comprime avec les mains les côtés du thorax, et où l'on accélère par ce moyen le cours du sang artériel ou veineux. Dans ce cas, rien n’annonce que la glotte se ferme dans l'instant où l’on rétrécit la poitrine. Je me suis d’ailleurs assuré de ce fait par une expérience que voici.

Je pratiquai une ouverture de plus d’un pouce de long et de quatre à cinq lignes de large, à la trachée-artère d’un chien; je liai ensuite une de ses veines jugulaires, et je fis au-dessus de la ligature une petite ouverture par laquelle il s’établit aussitôt un jet continu assez considérable de sang veineux. Ce jet augmenta sensiblement chaque fois que l’animal faisait des efforts > OU que je comprimais le thorax (1).

(1) Mon confrère de Kergaradec vient de faire sur luimême les expériences suivantes ; elles s’accordent parfaitement avec les faits que je viens de rapporter.

«A. J’ai réuni 5 poids de 20 kilog.= 100 kilog. au moyen d’une corde , et je les ai soulevés de terre en respirant, et sans respirer. Dans l’un comme dans l’autre cas , j'ai eu besoin de m’aider de mes coudes arc-boutés contre mes genoux. C'était le maximum de la force que je pouvais déployer sans imprudence.

LU

(" »B, Dans une balance dont les plateaux sont soutenus par des chaînes de fer , j’ai placé successivement, et j’ai enlevé de terre, en tirant sur l’autre extrémité du fléau, un poids

de 69 kilog. 5 hectogrammes, pendant que je suspendais ma

Expériences sur l'influence des mouvements de larespiration sur la circulation du sang.

| 1426 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE Expériences Je dois prévenir, en terminant cet article, que l'influence les divers phénomènes décrits sont d'autant plus TR apparents que la quantité du sang est plus COnSsI- OL . dérable. Si vous cherchez à les étudier sur un te 2bimal qui à naturellement peu de sang ou quien

du sang.

respiration ; lorsque je respirais, je ne pouvais plus en enlever que 69 kilog. 3 hect.

» C. J'ai placé entre mon bras et ma poitrine cinq planches métalliques pesant ensemble 83 liv. 10 onces. A grande peineje les ai enlevées de terre en respirant. J’éprouvais peutêtre un peu moins de difficulté lorsque je retenais ma respiration ; la différence n’était pourtant pas très grande.

» D. Les pieds are-boutés contre un corps solidement fixé, j'ai poussé avec force un meuble très pesant que repoussait sur moi une personne dont les pieds étaient également arc-

boutés. Je respirais, et pourtant j'ai pu vaincre une résis-

tance assez grande.

| » E. J'ai saisi avec les mains un corps fixé à une hauteur telle que j'avais peine à y atteindre en m’élevant sur la pointe

des pieds. Je me suis énsuite enlevé de terre en fléchissant

les bras sur les avant-bras, sans qu’il me fût nécessaire d'in-

| ierrompre ma respiration. J’ai obtenu le même résultat, soit

que je m’aidasse de mes genoux pour grimper contre le plan

près duquelje m’exerçais, soit que je m’élevasse directement,

4 sans autre moyen que la contraction des muscles du bras.

»F. Je me suis assuré que, sans recourir à l’occlusionde la

glotte, il est très possible, en sautant, de parvenir à une# grande hauteur perpendiculaire ou de franchir un espace assez considérable. »

” Voyez Biblioth. médic., décemb. 1820.

a perdu accidentellement une certaine dose, à peine pouvez-vous les reconnaître , et vous pourriez douter même de leur réalité, comme cela est arrivé à plusieurs auteurs estimables. Mais injectez , en proportion convenable, de l’eau dans le système circulatoire , et vous verrez aussitôt tous les phénomènes devenir évidents. Ce fait, que j'ai plusieurs fois montré dans mes cours, est important à connaître sous le point de vue des phénomènes dont je viens de parler ; il donne en outre une nouvelle preuve des soins qu’on doit apporter à noter toutes les circonstances physiques quand il s’agit d'étudier une fonction animale.

De la transfusion du sang et de l’infusion des médicaments.

Telle est l'opposition que les hommes de génie mranstusion

rencontrent quelquefois dans leurs contemporains, FU

qu'il fallut trente années à Harvey avant qu’il pût faire admettre sa découverte , dont les preuves les plus évidentes percaient de toutes parts ; mais, dès que la circulation fût reconnue, une sorte de délire s'empara des esprits, on crut avoir trouvé le moyen de guérir toutes les maladies , et éme de rendre l’homme immortel, La cause de ious nos maux fut attribuée au sang : pour les guérir, il ne s'agissait que d'ôter le mauvais sang ,

du ur des animaux,

128 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE et de le remplacer par du sang pur, tiré d’un animal sain.

Les premières tentatives furent faites sur des animaux ; elles eurent un plein succes. Un chien, ayant perdu une grande partie de son sang , reçut, par la transfusion , celui d’une brebis ,ets’en trouva bien. Un autre chien, vieux et sourd , recouvra , par ce même moyen , l’usage de l’ouie ; et sembla rajeunir. Un chevalde vingt-six ans, ayant reçu dans ses veines le sang de quatre agneaux, reprit de nouvelles forces.

pe On ne tarda pas à tenter sur l’homme la transsurlhomme. fusion. Denys et Emerez, l’un médecin, l’autre chirurgien de Paris, furent les premiers qui osèrent l'essayer. Ils introduisirent dans les veines d'un jeune homme imbécile le sang d'un veau , en quantité supérieure à celle qu’on avait tirée des veines du jeune homme , qui parut recouvrer la raison. Une lèpre, une fièvre quarte, furent aussi guéries par ce moyen ; et plusieurs autres transfusions furent! faites sur l’homme sain sans qu'il en résultât au-cune suite fâcheuse.

Cependant de tristes événements vinrent calmer] l'enthousiasme général causé par ces succès répé=| tés. Le jeune idiot cité tomba, peu de temps après | l'expérience , dans un état de frénésie. Il fut sot mis une seconde fois à la transfusion, et mourut aussitôt, atteint d’un pissement de sang, et}

dans un état d’assoupissement et de torpeur. Un jeune prince du sang royal en fut aussi la victime. Le parlement de Paris défendit la transfusion. Peu de temps après, G. Riva ayant fait en Italie la transfusion sur deux individus qui en moururent, le pape fit la même défense.

Depuis cette époque, la transfusion a été regardée comme inutile et même dangereuse ; cependant, puisqu'elle paraît avoir réussi dans certains cas, il serait très intéressant que quelqu'un d’habile en fît l'objet d’une série d’expériences. J’ai eu occasion d'en faire un certain nombre , et je n’ai jamais vu que l'introduction du sang d’un animal dans les

veines d'un autre eût des inconvénients graves, | même quand on augmente beaucoup, par ce moyen, | la quantité de sang.

Mais pour que les transfusions se fassent sans conditions

pour que la transfusion

inconvénients, il faut que le sang passe immé- | diatement du vaisseau de l'animal qui donne dans émssisse. | celui de l'animal qui recoit. Si le sang est reçu dans un vase ou dans une seringue , et injecté en- | suite, il-se coagule plus ou moins, et devient

| dès lors une cause de mort pour l’animal sur le- | quel la transfusion est faite, parcequ’il bouche es vaisseaux pulmonaires. Toutes les expériences | où l’on n’a pas tenu un compte scrupuleux de cette | circonstance, ne peuvent avoir aucune valeur. J'ai | vu la transfusion manquer, et. causer la mort ,

Infusion des médicaments.

parceque le sang avait à traverser un petit tube de deux pouces de long, où il se coagulait en partie avant de passer dans la circulation nouvelle qui de vait le recevoir.

Peu de temps après la découverte de la circulation , on essaya de porter directement les médicaments dans les veines : il en résulta des avantages dans certains cas et des inconvénients dans d’autres; ce moyen tomba bientôt dans l'oubli , mais il a été et est encore employé avec succès dans les expériences sur les animaux. C’est un excellent artifice pour juger promptement du mode d'action d'un médicament ou d’un poison. C’est par ce procédé qu'on administre les médicaments aux grands animaux à l’école vétérinaire de Copenhague ; on y trouve l’avantage d’une action très prompte et d’une grande économie dans la quantité des médicaments employés.

Un médecin américain vient de donner au

monde savant l’exemple d’un beau dévouement pour les progrès des connaissances : il s'est injecté dans les veines une certaine quantité d'huile purgative; heureusement que le hasard a mis quelques

difficultés dans l'introduction du liquide, car il.

aurait été infailliblement victime de son amour,

pour la science (1). La quantité d'huile intro-,

(1) Nous avons dit que les liquides visqueux, tels que

DE PHYSIOLOGIE. 451 duite peut être évaluée, d’après le récit de l’auteur, à environ deux gros. | Pendant les premiers moments qui suivirent ne l'injection, M. Hales n'éprouva rien de Particulier. de ricio dans « La première sensation extraordinaire que j'é- nn ot

prouvai, dit-il, était un sentiment Piticuliérg: homme un goût huileux à la bouche. Un peu après midi,

pendant qne je lavais le sang de’mes bras et de

mes mains, et que je parlais de très bonne hu-

meur , Je sentis un peu de nausée , avec des érue-

tations et de l’ébranlement dans les intestins , puis

une sensation singulière impossible à décrire me sembla monter rapidement à la tête; au même

instant je sentis une légère roideur des muscles de

la face et de la mâchoire, qui me coupa la parole

au milieu d’un mot, accompagnée d’un sentiment | de frayeur et d’un léger évanouissement : je m’assis, et au bout de quelques instants je me trouvai

un peu rétabli. A midi un quart j'avais toujours

le goût d'huile, avec un peu de sécheresse dans la

bouche ; je pris l'air, ce qui me fit du bien ; après

m'être reposé quelques moments, mon pouls bat- | tait soixante-quinze pulsations par minute. À

midi trente-cinq minutes le dérangement des in-

testins continue et augmente ; légères douleurs,

|Phuile, ne peuvent traverser les capillaires pulmonaires , qu'ils arrêtent ainsi la circulation, et causent immédiatement [a mort. (Voyez Journal de Physiologie, t. E}

comme si j'avais pris un purgatif; forte nausée ,

étourdissement; mon bras est enroidi, ce que

j'attribue au bandage. À midi et trois quarts dé-

rangement plus grand encore des intestins; nausée plus forte, encore plus de goût d'huile; bouche moins sèche; cinq minutes plus tard, envies d’aller à la garde-robe , mais sans effet; légères dou? leurs de tête. À une heure vingt minutes la douleur des intestins augmente , elle est aggravée par la pression ; besoin urgent d'aller à la garde-rôbe, sans aucun effet, semblable à celui que procure une purgation ; la nausée continue. À deux heures

mieux , presque plus de nausée; besoins constants d’aller à la garde-robes , mais inutiles ; ils se répétèrent encore deux fois très forts dans le courant de la journée. Get état se dissipa plus tard. »

M. Hales resta malade pendant près de trois semaines , et fut long-temps à recouvrer ses forces et sa santé.

L’injection des médicaments dans les veines peut être regardée aujourd’hui comme la seule ressource efficace pour quelques cas extrêmes où les secours ordinaires de la médecine sont insuffisants.

Sur l'introduction de L’air dans les veines.

Je ne puis comprendre par quelle inadvertance Bichat répète , dans vingt endroits de ses ouvrages,

er

qu'une bulle d’air entrée accidentellement dans les veines produit inopinément Ja mort. Rien n’est plus inexact que cette assertion ; chacun peut aisé- |, ment s’en assurer en Poussant avec une seringue de l’air dans une veine. J'ai annoncé ce fait dès l’annce 1809, dans un Mémoire lu à la premiére classe | de l’Institut ; et depuis cette époque Nysten a publié un travail spécial sur cette question. Ia non | Seulement injecté de l'air atmosphérique dans le | système veineux » Mais encore la plupart des gaz | connus. Il a constaté que plusieurs gaz , tels que l'oxigène , l’acide carbonique, qui se dissolvent dans le sang, peuvent être portés dans la circulation en assez grande quantité sans inconvénient grave, qu'au contraire les $aZ peu ou point solubles | causent souvent des accidents , et mêmela mort.

| J'ai montré fréquemment dans mes cours une | différence importante qui résulte du mode d'intro- | duction de l’air danses veines. S’il est introduit lentement, rien de fâcheux n’en résulte ; s’il est poussé | d'un seul Coup, l'animal ne tarde Pas à éprouverune accélération remarquable de la respiration ; on en | tend un bruit particulier dans sa poitrine » effet des | chocs que l'air épouve dans les veines caves, l’o- 'reïlleitte droite, le ventricule et l'artère pulmo- |naire ; bientôt l’animal pousse des cris aigus, et ne tarde pas à mourir. L'ouverture de son Corps montre que le Cœur, Surtout à droite, l'artère

454 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE pulmonaire, etc. soni distendus fortement par de: l'air ou par une mousse sanguine légère, presque entièrement formé par le gaz. Celui-ci se retrouve dans le tissu cellulaire du poumon, où il a produit l'emphysème de cet organe , ‘ei dans les artères de toutes les parties du corps , et particulierement celles du cerveau (1). #4 Ces effets mortels de l'introduction brusque de l'air dans les veines se sont vus plusieurs fois sur l’homme : dans certaines opérations chirurgicales, une veine du cou est ouverte , au moment de l'inspiration l'air extérieur est attiré dans la

(a) Certains animaux reçoivent des quantités énormes d’air introduits brusquement dans leur veine sans périr. Je me rappelle en avoir poussé, avec toute la force ettoute la promptitude dont je suis capable, jusqu'à vingt où vingt-quatre Litres dans les veines d’un très vieux cheval sans qu'il mourût de suite; mais ilsuccomba eñfin. En l’ouvrant nous trouyâmes tout le système circulatoire plein d'air mêlé au sang , et, ce qui nous frappa, le système lymphatique distendu par une énorme quantité de lymphelégèrement colorée en jaune, et mêlée aun peu d’air. J'ai répété plusieurs fois cette observation , quiest de nature à jeter quelques lumières sur l'utilité encore ignorée du système lymphatique. On pourrait croire, d’après ces faits, qu’il sert de réservoir pour le trop plein du système circulatoire dans certaines circonstances. Cependant dans les pléthores artificielles , que j'ai souvent produites avec l’eau, je w’ai jamais observé la distension du système

lymphatique. &

DE PHYSIOLOGIR A5

veine ouverte en quantité plus ou mdins considérable, le bruit de l’air agité et choqué dans le cœur se fait entendre, et le malade meurt. L’ou: verture montre les phénomènes décrits ci-dessus. Pareil accident se voit quelquefois dans les salgnées

… qui sont faites à la jugulaire du cheval, au mocn où le vétérinaire soulève la veine pour la piquer avec une épingle, et fermer l'ouverture précédemment faite. (Voyez Journal de Phystologie, tom. 1.5)

Page 1