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particulière de la part des membranes, sont ensuite versés dans la cavité de l’amnios.
Qu'était le germe avant son apparition ? existait-il ou s'est-il formé à cet instant ? La petite masse légèrement opaque qui le compose contient-elle les rudiments de tous les organes du fœtus et de l'adulte, ou bien ceux-ci sont-ils créés à l'instant où ils commencent à se montrer ? Quelle peut être une nutrition aussi compliquée, aussi importante , qui se fait sans vaisseaux , sans nerfs, sans circulation apparente? Comment le cœur commence-t-il à se mouvoir avant l'apparition du
système nerveux? D'où vient le sang jaunâtre qu'il
contient d’abord ? etc. , etc. Il est imposstble dans l'état actuel de la science de répondre à aucune de ces questions.
On n’est guère instruit sur ce qui se passe dans l'embryon, où les organes ne sont encore qu'ébauchés; cependant on y reconnaît une sorte de circulation. Le cœur envoie du sang dans les gros vaisseaux et dans le placenta rudimentaire ; probablement que du sang retourne au cœur par des veines, etc. Mais quand le nouvel être est parvenu à l'état de fœtus, que la plupart des organes sont bien apparents , alors il est possible de reconnaître quelques unes des fonctions particulières à cet état.
Des fonctions du fœtus, la circulation est la
mieux connue ; elle est plus compliquée que celle de l'adulte, et se fait d’une manière tout-à-fait différente.
En premier lieu, il serait impossible de la partager en veineuse et en artérielle; ear le sang du fœtus a sensiblement partout la même apparence, c'est-à-dire une teinte rouge brunâtre : du reste, il se comporte à peu près comme le sang de l’adulte , il se coagule, se sépare en eaillot et en sérum , etc. Je ne sais pourquoi de savants chimistes ont cru qu'il ne contient pas de fibrine.
L'organe le plus singulier et l’un des plus importants de la circulation du fœtus est le placenta ; il succède à ces filaments qui , durant le premier mois de la grossesse, recouvrent l'œuf. D'abord fort petit, il acquiert promptement une étendue considérable. Par sa.face extérieure , il adhère à l'utérus, présente des sillons irréguliers , qui indiquent sa division en plusieurs lobes où cotylédons , dont le nombre et la forme n'ont rien de fixe. Sa face fœtale est recouverte par le chorion et l’amnios , excepté à son centre, qui donne insertion au cordon ombilical. Des vaisseaux sanguins, divisés et subdivisés, forment son parenchyme. Ils appartiennent aux divisions des artères ombi- licales et aux radicules de la veine du même nom. Les vaisseaux d’un lobe ne communiquent point
avec ceux des lobes voisins ; mais ceux du même
FD
Du placenta.
Cordon ombhilical.
Yésicule ombilicale.
Veine ombilicale.
cotylédon ont des anastomoses fréquentes, car rien n’est si facile que de faire passer des injections des uns dans les autres.
Le cordon ombilical s'étend depuis le centre du placenta jusqu’à l’ombilic de l'enfant ; sa longueur est souvent de près de deux pieds ; il est formé par les deux artères et la veine ombilicale réunies par un tissu cellulaire très serré ; il est recouvert par les deux membranes de l'œuf. Dans les premiers mois de la grossesse, une vésicule , à laquelle viennent se rendre de petits vaisseaux, prolongement de l’artère mésentérique et de la veine mésaraique , se trouve dans l'épaisseur du cordon, entre le chorion et l’amnios, non loin de l’ombilic. Cette vésicule n’est point l’analogue de l’allantoïde ; elle représente la membrane du jaune des oiseaux et des reptiles, et la vésicule ombilicale des mammifères (1). Elle contient un fluide jaunâtre qui paraît être absorbé par les veines répandues dans ses parois.
Née du placenta, et parvenue à l’ombilic, la veine ombilicale s'engage dans l'abdomen , et parvient jusqu’à la face inférieure du foie; là, elle se divise en deux grosses branches, dont l’une se
(1) Voyez le Mémoire de M. Dutrochet, sur les enveloppes de l’œuf, inséré parmi ceux de la Société médicale d'Émulation, tom. VIII, et les belles recherches de M. Cuvier sur le même sujet (Annales du Muséum, 1817).
distribue dans le foie de concert avec. la veine porte, tandis que l’autre se termine brusquement à la veine cave, sous le nom de canal veineux. Cette veine a deux valvules, l’une à l'endroit de sa bifurcation , et l’autre à sa jonction avec la veine cave.
Le cœur et les gros vaisseaux du fœtus viable sont bien différents de ce qu'ils seront après la naissance ; la valvule de la veine cave est très développée ; la cloison des oreillettes présente une ouverture trés large, garnie d’une valvule en croissant, et nommée trou Botal. L'artère pulmonaire,
après avoir envoyé deux petites branches aux pou-
mons, Se termine presque aussitôt dans l'aorte, à la partie concave de sa crosse : elle est nommée : dans cet endroit, canal artériel,
Un dernier caractère propre aux organes circulatoires du fœtus, c’est l'existence des artères ombilicales qui naissent des iliaques internes , se portent sur les côtés de la vessie, s’accollent à l'ouraque , sortent de l'abdomen par l’ombilic , et vont gagner le placenta, où, elles se distribuent comme il a été dit plus haut,
D'après cette disposition de l’appareil circulatoire du fœtus, il est évident que le mouvement du sang doit y être tout autre que dans l’adulte. Si nous supposons que le sang part du placenta, il est clair qu'il parcourt la veine ombilicale jus.
Canal
veineux.
Cœur du fœtus.
Trou Botal.
Canal artériel.
Artères ombilicales.
Circulation du fœtus.
Circulation du fœtus,
qu’au foie ; là, une partie du sang passe dans le foie, et l’autre dans la veine cave ; ces deux routes le conduisent au cœur par la veine cave inférieure; arrivé à cet organe, il pénètre dans l'oreillette droite et dans la gauche, en traversant le trou Botal au moment où elles se dilatent. À cet instant, le sang de la veine cave inférieure se mêle inévitablement avec celui de la supérieure. En effet,
A 1bafe . . # \ comment deux liquides de même nature, ou à
peu près, pourraient-ils rester isolés dans une
cavité où ils arrivent en même temps, et qui se contracte pour les expulser ? Je n'ignore pas que Sabatier, dans son beau Mémoire sur la circulation du fœtus , a soutehu l'opinion contraire ; mais j'avoue que ses raisons ne changent pas mon sentiment à cet égard.
Quoi qu'il en soit , la contraction des oreillettes succède à leur dilatation ; le sang est poussé dans les deux ventricules au moment où ils se dilatent ; ceux-ci, à leur tour, se resserrent et chassent Île sang ; le gauche dans l'aorte. et le droit dans la pulmonaire ; mais comme cette artère se termine à l'aorte, tout le sang des deux ventricules passe dans l'aorte, à l’exception d’une très petite partie qui va aux poumons. Sous l’influence de ces deux agents d’impulsion , le sang parcourt toutes les divisions de l'aorte et revient au cœur par les veines caves ; mais en outre il est porté au .
placenta parles artères ombilicales, et il revient au fœtus par la veine du cordon.
IL est facile de concevoir l'utilité du trou Botal et du canal artériel : l'oreillette gauche , ne recevant point ou ne recevant que très peu de sang du poumon, ne pourrait point en fournir au ventricule gauche, si elle n’en recevait par l'ouverture de la cloison des oreillettes. D’un autre côté , le poumon n'ayant aucune fonction , si tout le sang de l'artère pulmonaire s’y était distribué , la force d’impulsion du ventricule droit aurait été inutilement consunée , tandis que par le moyen du canal artériel la force des deux ventricules est employée à faire mouvoir le sang dans l'aorte ; sans cette réunion de l’action des deux ventricules, il est probable que le sang n’aurait pu parvenir jusqu'au placenta et revenir ensuite au cœur.
Les mouvements du cœur sont très rapides chez le fœtus ; ordinairement ils dépassent cent vingt par minute : la circulation a nécessairement une vitesse proportionnée.
Maintenant se présente à examiner une question délicate. Quels sont les rapports de la circulation de la mère avec celle du fœtus ? Pour arriver à quelque notion précise sur ce point, il faut examiner d'abord le mode de jonction du placenta et de l'utérus.
Les anatomistes ont varié à cet égard. On a êru
Usage du trou Botal.
Rapports de la circulation de la mère avec celle du fœtus.
Expériences SsUF lacisculation
” du fœtus.
long-temps que les artères utérines s’anastomosaient directement avec les radicules de la veine ombilicale, et que les dernières divisions des artéres du placenta s’abouchaient avec les veines de la matrice ; mais l'impossibilité reconnue de faire passer dans la veine ombilicale des injections poussées dans les veines utérines , et réciproquement à faire parvenir des matières liquides , injectées dans les artères ombilicales jusque dans les veines de l'utérus, a fait renoncer à cette idée. Il est assez généralement admis aujourd’hui qu’il n'existe point d’anastomose entre les vaisseaux du placenta et ceux de l'utérus. J'ai fait quelques recherches sur cette question ; en voici les principaux résultats :
J'ai d’abord répété les tentatives d’injections du placenta par les vaisseaux de l’utérus, mais sans aucun succès; je les ai même faites sur des animaux vivants sans mieux réussir; je me suis servi de matières vénéneuses dont les effets m'étaient connus, de matières odorantes , et rien ne m'a fait soupconner une communication directe.
Dans les chiennes, vers le milieu de leur gestation , on voit un grand nombre d’artérioles qui, sortant du tissu de l’utérus, s’enfoncent dans le placenta, où elles se divisent en plusieurs ramifications. À cette époque, il est impossible de séparer ces deux organes sans déchirer ces artérioles et produire une hémorrhagie considérable; mais à la
fin de la gestation, en tirant tant soit peu l'utérus, Expériences ces petits vaisseaux se séparent du placenta avec ja ctrenlation leur division , et il n'y a aucun écoulement de '°!* sang.
Quand on injecte dans les veines d’un chien une certaine quantité de camphre, le sang prend aussitôt une odeur camphrée très forte. Après avoir fait cette injection sur une chienne pleine , j'ai extrait un fœtus de l’utérus , au bout de trois ou quatre minutes son sang n'avait aucune odeur de camphre ; mais celui d’un second fœtus, extrait après un quart d'heure , avait une odeur de camphre prononcée. Il en fut de même des autres fœtus.
Ainsi , malgré le défaut d’anastomose directe entre les vaisseaux de utérus et ceux du placenta, il est impossible de douter que le sang de la mére, ou quelques uns de ses éléments , ne passe au fœtus avec une certaine promptitude; il est probablement déposé par les vaisseaux utérins À la surface ou dans le tissu du placenta , et absorbé par les radicules de la veine ombilicale.
Il est beaucoup plus difficile de savoir si le sang du fœtus revient à la mère. Sur les animaux, parmi les petits vaisseaux qui vont de l'utérus au placenta, on n'en voit aucun qui ait l’apparence de veine. Chez la femme, de larges ouvertures qui communiquent avec les veines utérines se voient sur la partie de l’utérus, où est adhérent le pla-
on
HE centa; mais on ignore si ces orifices veineux sont On destinés à absorber le sang du fœtus ou à laisser échapper le sang de la mère à la surface du placenta : j'admettrais plus volontiers cette seconde idée, mais il n’en existe cependant aucune preuve.
J'ai souvent poussé dans les vaisseaux du cordon ombilical, en les dirigeant vers le placenta , des poisons très actifs ; je n'ai jamais vu la mère en éprouver les effets, et si celle-ci meurt d’hémorrhagie, les vaisseaux du fœtus restent pleins de sang.
Puisque l’anastomose des vaisseaux de l'utérus n'existe point, il n’est guère présumable que la circulation de la mère influe sur celle du fœtus autrement qu'en versant du sang dans les aréoles du placenta : le cœur du fœtus serait alors le principal mobile du sang chez celui-ci. On cite cependant des fœtus bien développés venus au monde sans cœur; mais ces observations sont-elles bien exactes ? Il existe des cas bien constatés de placentas entièrement séparés de fœtus mort, et qui ont continué seuls à se développer. M. Ribes vient d'en observer récemmentun cas où le cordon ombilicalétait rompu et parfaitement cicatrisé. Comment s'était faite alors la circulation dans cet organe?
Concluons que les rapports de la circulation de la mère avec celle du fœtus demandent de nouvelles expériences.
Quelques auteurs ont avancé que le placenta était au fœtus ce qu'est le poumon à l'enfant qui respire; d’autres ont cherché à expliquer le volume considérable du foie en lui attribuant la formation du sang. Ces assertions n’ont aucun fondement. Une épaisse obscurité environne ce qui regarde les fonctions des capsules surrénales, du thymus , de la thyroïde, dont les dimensions sont considérables dans le fœtus; ce sujet a souvent exercé l'imagination des physiologistes sans aucun profit réel pour la science.
Malgré l’autorité imposante de Boerhaave, il est impossible d'admettre que le fœtus avale continuellement l’eau de l’amnios, qu'il la digère et s'en nourrit. |
Son estomac contient, il est vrai, une matière visqueuse en quantité assez considérable ; mais elle ne ressemble en rien au liquide amniotique ; elle est très acide, gélatiniforme ; du côté du pylore elle est grisâtre et opaque ; il paraît qu’elle est chymifiée dans l'estomac, qu’elle passe dans l'intestin grêle, où, après avoir subi l’action de la bile et peut-être du suc pancréatique, elle fournit un chyle particulier. Le résidu descend ensuite vers le gros intestin , où il forme le méconium, qui est évidemment le résultat de la digestion qui s'est opérée pendant la grossesse. D'où vient la matière digérée? [l paraît probable qu'elle est sécrétée par
Digestion du fœtus.
Chyle et 1ymphe chez le fœtus.
Absorption veineuse du fœtus,
Exhalations du fœtus.
l'estomac lui-même, ou qu’elle descend de l’æsophage ; rien ne s'oppose cependant à ce que dans cerlains cas le fœtus n'avale quelques gorgées d’eau de l’amnios, les poils analogues à ceux de Ja peau, qui se trouvent dans le méconium , sembleraient l'indiquer. 11 est important de rem arquer que le méconium est une substance très peu azotée.
Rien n'est encore connu touchant l’usage de cette digestion dans le fœtus ; il n’est pas probable qu'elle soit essentielle à son développement , puisqu'il est né des enfants qui ne présentaient point d'estomac ni rien qui le remplaçât.
Quelques personnes disent avoir vu du chyle dans le canal thoracique du fœtus ; je n’ai jamais rien aperçu de semblable : sur les animaux vivants, ce canal et les lymphatiques contiennent un fluide qui parait être analogue à la lymphe, et qui se coagule spontanément comme elle.
J'ai fait quelques tentatives pour m’assurer directement si l'absorption veineuse existe chez le fœtus encore contenu dans l’utérus. J'ai injecté dans la plèvre, dans le péritoine, et dans le tissu cellulaire, des substances vénéneuses très actives: mais je n'ai obtenu aucun résultat satisfaisant ; car le système nerveux des fœtus qui n’ont pas respiré ne parait pas sensible à l’action des poisons.
1 paraît certain que les exhalations ont lieu
chez le fœtus, car toutes les surfaces sont lubrifiées à peu près comme elles le seront par la suite ; la graisse est abondante, les humeurs de l'œil existent. [l est aussi très probable que la transpiration cutanée s'effectue, et qu'elle se mêle continuellement à la liqueur de l’amnios. Quant à cette dernière liqueur, il est difficile de dire d’où elle tire son origine ; aucuns vaisseaux sanguins apparents ne se portent à l’amnios, et cependant il est probable que c'est cette membrane qui en est l'organe sécréteur.
Les follicules cutanés et muqueux sont développés, et paraissent avoir une action très énergique, surtout à dater du septième mois, alors la peau est recouverte d’une couche assez épaisse de matière grasse sécrétée par les follicules : plusieurs auteurs l'ont considérée , mais à tort, comme un dépôt de la liqueur de l’amnios. Le mucus est aussi très abondant dans les deux derniers mois de la gestation.
Toutes les glandes qui servent à la digestion ont un volume considérable, et paraissent avoir une certaine activité; on sait peu de chose de l’action des autres. On ignore, par exemple, si les reins forment de l'urine, et si ce fluide est rejeté par l’urèthre dans la cavité de l’amnios. Les testicules et les mamelles paraissent former un fluide qui ne ressemble ni au lait, ni au sperme, et qui
Sécrétions folliculaires chez, le fœtus.
Sécrétions glandulaires du fœtus.
Chaleur animale chez le fœtus.
Rapport des fonctions de la mère avec celles du fœtus.
se,trouve dans les vésicules séminales et dans les canaux lactifères.
Que dire sur la nutrition du fœtus ? Les ouvrases de physiologie ne contiennent que des conjectures plus ou moins vagues sur ce point ; il paraît certain que le placenta puise chez la mère les matériaux nécessaires au développement des organes, mais nous ignorons quels sont ces matériaux, et comment ils se comportent.
La respiration n’ayant pas lieu avant la naissance , la chaleur animale du fœtus ne peut en dépendre. L'expérience a démontré qu’elle ne s'élève pas au-dessus de 27 ou 28 degrés ; elle est plus élevée , dit-on, quand le fœtus est mort dans l’utérus. Si ce fait est exact, le fœtus aurait un moyen de refroidissement qui n’existe plus après la naissance. |
Voilà le peu qu’on sait touchant les fonctions nutritives du fœtus; ce qui à rapport aux fonctions de relation a déjà été exposé.
Puisque la mère transmet au fœtus les matériaux nécessaires à sa nutrition, celle-ci est nécessairement liée avec la nature et la quantité des matériaux transmis : s'ils sont de bonne nature, et si la quantité en est suffisante , l'accroissement se fera d’une manière satisfaisante ; mais si la proportion en est trop faible, ou si les qualités n’en sont pas convenables , le fœtus se nourrira mal,
Br rs
cessera de se développer, ou même périra. Or, l'état du moral de la mère pouvant modifier la proportion et la nature des éléments qui passent au placenta , il est vrai de dire que son imagination influe sur le fœtus. C’est ainsi qu’une terreur subite , un chagrin violent, une joie immodérée, peuvent causer la mort du fœtus ou ralentir son accroissement. Des causes physiques, telles que des coups, des chutes, l’action de certains médicaments, la mauvaise qualité des aliments, peuvent avoir le même résultat, parcequ'ils nuisent de même à la transmission des matériaux nutritifs du fœtus. Si la mère est affectée d'une maladie contagieuse, le fœtus en présente bientôt les symptômes; ainsi la vie du fœtus est dans une dépendance évidente de celle de la mère.
Indépendamment des lésions qui lui viennent de cette source, le fœtus est fréquemment atteint de maladies spontanées, telles que des hydropisies, des fractures, des ulcères, des gangrènes , des éruptions cutanées , la séparation d’un ou plusieurs membres , et beaucoup d’autres lésions intérieures , locales ou générales. Souvent ces maladies le font mourir avant de naître , ou, si elles permettent qu'il arrive vivant jusqu’à la naissance, elles le mettent dans l'impossibilité de pouvoir vivre au-delà. Les membranes de l’œuf, le pla-
Maladies du fœtus.
Vices de conformation,
Monstruosités.
Grossesses multiples.
56o 4 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRÉ
centa, la liqueur de l’amnios , ne sont pas toujours étrangers à ces désordres.
Par l'effet de causes inconnues , les diverses parties du fœtus se développent quelquefois d’une manière vicieuse ; une ou plusieurs des ouvertures naturelles de son corps peuvent ne point exister, ou être closes par des membranes ; les poumons’, l'estomac, la vessie , les reins , le foie , le cerveau, manquent quelquefois entièrement ou présentent des dispositions inaccoutumées ; en général , selon la remarque de M. Béclard, quand un nerf manque, la partie où il se distribue principalement n'existe point.
D’autres malformations où monsiruosités, qui arrivent aussi sans causes connues, paraissent dépendre de la confusion de deux germes ; d’où résultent des enfants à deux têtes avec un seul tronc, ou à deux troncs avec une seule tête; quelques uns ont quatre bras et quatre jambes bien ou mal conformés. On à trouvé plusieurs fois un fœtus non développé dans l’abdomen d'individus déjà avancés en âge, etc. Il n’y a aucune raison de croire que l'imagination de la mère puisse influer sur la formation de ces monstres ; d’ailleurs des productions de ce genre s’observent journellement dans les animaux et jusque dans les plantes.
Il n'est pas rare qu’au lieu d’un seul fœtus l'utérus en contienne deux. En France ce cas ar-
rive une fois sur quatre-vingts ; il paraît encore plus fréquent en Angleterre. La gestation de trois fœtus est beaucoup plus rare : sur 36 mille accouchements qui ont eu lieu à l'hospice de la Maternité de Paris, il n’a été observé que quatre fois. On à quelques exemples bien authentiques de femmes qui ont porté à la fois quatre et même cinq fœtus ; mais au-delà de ce nombre les récits des auteurs paraissent fabuleux. Dans ces grossesses multiples , le volume et le poids des fœtus sont en rapport avec leur nombre : les jumeaux sont plus petits que les fœtus ordinaires ; les trijumeaux et les quadrijumeaux le sont bien davantage; mais, quelle que soit leur dimension, ils sont chacun entourés par un amnios et un chorion particulier, et ont un placenta distinct. Aussi leur existence est-elle indépendante , au point que l'un peut mourir à une époque peu avancée de la grossesse , tandis que les autres continuent à se développer.
Rien ne porte à croire que dans les grossesses multiples la fécondation ait eu lieu en deux ou trois fois différentes, et qu'il existe réellement des superfétations. Les histoires que l’on raconte à cette occasion sont loin de présenter le degré de
certitude nécessaire dans une science de faits. .;1,
ses 7. 56
Accouchement,
De l'accouchement.
Après sept mois révolus de grossesse le fœtus a toutes les conditions pour respirer et pour exercer sa digestion, il peut donc se séparer de sa
mère et changer de mode d'existence ; il est rare. cependant que l’accouchement arrive à cette épo-
que : le plus souvent le fœtus reste encore deux mois entiers dans l'utérus, et ce n'est qu aprés
neuf mois révolus qu’il sort de cet organe. è
On cite des exemples d'enfants qui sont nés
après dix mois entiers de gestation; mais ces cas
sont fort douteux, car il est très difficile de savoir
au juste l'époque de la conception. Notre législation actuelle consacre cependant le principe qu'un accouchement peut avoir lieu le 299° jour de la grossesse.
Rien de plus curieux que le mécanisme par Île-
quel le fœtus est expulsé ; tout s'y passe avec une précision admirable , tout semble avoir été calculé,
prévu, pour favoriser son passage à travers le bassin et les parties génitales.
Les causes physiques qui déterminent la sortie du fœtus sont la contraction de l'utérus et celle
des muscles abdominaux ; sous leur puissance, É |
liquide de l’amnios s'écoule, la tête du fœtus s’en
gage dans le bassin, le parcourt de bas en haut, et sort bientôt par la vulve, dont les replis se sont
effacés ; ces divers phénomènes ne se passent que
successivement et durent un certain temps : ils
sont accompagnés de douleurs plus ou moins vives, du gonflement et du ramollissement des parties molles du bassin et des parties génitales externes, et d’une sécrétion muqueuse abondante dans la
cavité du vagin. Toutes ces circonstances , cha-
+ cune à sa manière , favorisent le passage du fœtus.
1 Pour faciliter l'étude de cet acte compliqué , il
faut le partager en plusieurs temps ou périodes.
k Première période de l’accouchement. Elle se rom pose de signes précurseurs. Deux ou trois jours avant l'accouchement il se fait un écoulement mu-
queux par le vagin; les parties génitales externes
se gonflent et deviennent plus molles; il en est de même des ligaments qui réunissent les os du bassin; le col de l'utérus s’aplatit, son ouverture s'agrandit, ses bords deviennent plus minces ; de
légères douleurs, connues sous le nom de mouches,
se font sentir dans les lombes et dans l’abdomen. Deuxième période. Des douleurs d’un genre particulier se développent : elles commencent dans la région lombaire , et semblent se propager vers le col de l’utérus ou vers le fondement ; elles ne se renouvellent qu’à des intervalles assez longs, tels qu'un quart d'heure ou une demi-heure. Chacune
d’elles est accompagnée d’une contraction évidente
du corps de l'utérus , et d’une tension manifeste
15e période de l’accouchement.
2° période de l’acoouchement,
8e période de l’accouchement.
4e période de l’accouchement.
de son col, avec dilatation de l'ouverture; le doigt, porté dans le vagin, fait reconnaître que les enveloppes du fœtus font une saillie qui devient de plus en plus considérable et se nomme poche des eaux : bientôt les douleurs deviennent plus fortes et les contractions de l'utérus plus énergiques ; cette poche se rompt et une partie du liquide s'écoule ; l'utérus revient sur lui-même et s'applique à la surface du fœtus. | Troisième période. Les douleurs et les contractious de l'utérus prennent un accroissement considérable : elles sont instinctivement accompagnées de la contraction des muscles abdominaux. D’ailleurs la femme, qui reconnaît leur efficacité , est portée à les favoriser en faisant tous les efforts musculaires dont elle est capable : son pouls devient alors plus élevé, plus fréquent ; sa figure s’anime; ses yeux brillent ; son corps tout entier est dans une agitation extrême ; la sueur coule en abondance. La tête s'engage alors dans le bassin; l'occiput, placé d’abord au-dessus de la cavité cotyloïde gauche , est porté en dedans et en bas,
et vient se placer au-dessous et derrière l’arcade du pubis.
Quatrième période. Après quelques instants de. repos, les douleurs et les contractions expulsives
reprennent toute leur activité ; la tête se présente à la vulve, fait effort pour passer, et y parvient
ge “04
quand il arrive une contraction assez forte pour amener cet effet. Une fois la tête dégagée, le reste du corps suit facilemes:, à raison de son volume moindre. On pratique alors la section du cordon ombilical , et on en fait la ligature à peu de distance de l’ombilic.
Cinquième période. Si l’accoucheur n’a pas procédé à l'extraction du placenta immédiatemen: après la sortie du fœtus, au bout de quelque temps
de petites douleurs se font sentir , l'utérus se con-
tracte faiblement , mais avec assez de force pour se débarrasser du placenta et des membranes de l'œuf : cette expulsion porte le nom de délivrance. Pendant les douze ou quinze jours qui suivent l'accouchement , l'utérus revient peu à peu sur lui-même ; la femme éprouve des sueurs abondantes , ses mamelles sont distendues par le lait qu'elles sécrètent ; un écoulement d’abord sanguinolent , puis blanchâtre, nommé lochies , qui se fait par le vagin , est l’indice que les organes de la femme reprennent peu à peu la disposition qu'ils avaient avant la conception.
Aussitôt qu'il est séparé de sa mère, et quelquefois même auparavant, l'enfant dilate sa poitrine ; attire l'air dans ses poumons, qui se laissent graduellement distendre à mesure que les mouvements d'inspiration se répètent : dès ce moment la respiration est établie et durera toute la vie, La
5° période de l’accouchement,
Des mamelles,
566 PRÉCGIS ÉLÉMENTAIRE
distension du poumon par l'air permet au sang de l'artère pulmonaire de s’y diriger, et il en passe d’autant moins par le canal artériel, qu'il se rétrécit peu à peu, ainsi que le trou Botal, et finit par s'oblitérer. Le même phénomène a lieu | à la partie abdominale de la veine et des artères ombilicales , qui se transforment en une espèce de ligament fibreux.
L'enfant naissant a de dix-huit à vingt pouces de longueur , et pèse de cinq à six livres. En général, le nombre des naissances des garçons est supérieur à celui des filles. La quantité d'enfants qui peuvent naître de la même mère n'excède point le nombre des vésicules contenues dans l'ovaire , c’est-à-dire environ quarante.
De l'allaitement.
L'acte douloureux que nous venons d'étudier ne termine point le rôle que la nature a confié à la femme dans la génération ; d’autres soins doivent être donnés par elle au nouveau-né : il faut qu'elle le garantisse contre les intempéries de l'air et des saisons ; qu’elle veille à sa conservation et à son éducation physique et morale; enfin, elle doit lui fournir son premier aliment , le seul qui soit en rapport avec la faiblesse de ses organes.
Cet aliment est le lait ; il est sécrété par les mamelles, dont le nombre la formeet la situa-
tion sont des caracteres distinctifs de l’espèce humaine. Leur parenchyme est tout-à-fait distinct de celui des autres organes sécréteurs. Chaque mamelle à douze ou quinze canaux excréteurs qui s'ouvrent au sommet et sur les côtés du mamelon. Les artères qui se rendent aux mamelles sont peu volumineuses , mais très multipliées ; les vaisseaux lymphatiques y abondent, ainsi que les neris : aussi jouissent-elles d’une vive sensibilité ; le mamelon en particulier est très sensible et susceptible d’un état analogue à l'érection. |
Jusqu'à l’époque de la fécondation, les mamelles sont inactives, ou du moins n’exercent aucune
sécrétion apparente ; mais dès les premiers temps :
de la grossesse la femme y ressent des picotements, des élancements particuliers, ces organes se gonflent. Au bout d’un certain temps, surtout
quand la fin de la gestation approche , le mamelon
laisse écouler un fluide séreux , quelquefois très abondant, et qui est appelé colostrum. La sécrétion a souvent les mêmes caractères pendant les deux ou trois jours qui suivent l'accouchement, mais le lait proprement dit ne tarde pas à paraître, et c’est le liquide que fournissent les mamelles jus-
qu'à la fin de l'allaitement.
Le lait est une des liqueurs glanduleuses les plus azotées; sa couleur, son odeur et sa saveur sont connues de tout le monde : d’après M. Berzelius,
oi”
Sécrétions du lait,
il est composé de crème et de lait proprement dit. Ce dernier contient : eau, 928,75 ; fromage avec une trace de sucre, 28,00; sucre de lait, 35,00; muriate de potasse , 1,703; phosphate, 0,25; acide lactique, acétate de potasse et lactate de fer, 6,00; phosphate de chaux, 0,50. La crème contient : beurre, 4,53 fromage, 3,5; petit-lait, 92,0, où l’on trouve 4,4 de sucre de lait et de sel.
Depuis long-temps on a observé que la quantité et la nature du lait changent avec la quantité et la nature des aliments, et c’est ce qui a donné lieu à l'opinion bizarre que les lymphatiques étaient les vaisseaux destinés à apporter aux mamelles les matériaux de leur sécrétion ; mais il en est du lait comme de l'urine, qui varie de propriété suivant les substances solides ou liquides introduites dans l'estomac. Par exemple, le lait est plus abondant , plus épais, moins acide, si la femme est nourrie avec des matières animales ; il est moins abondant, moins épais et plus acide, si elle a fait usage de végétaux. Le lait prend aussi des qualités particulières si la femme a pris des substances médicamenteuses ; il devient purgatif, par exemple, si elle a fait usage de rhubarbe ou de jalap, etc.
La sécrétion du lait se prolonge jusqu'à l’époque où les organes de la mastication de l’enfant auront acquis le développement nécessaire à la digestion
des aliments ordinaires; elle ne cesse que dans le courant de la seconde année.
Quoique la sécrétion du lait semble propre à la femme accouchée, elle a été vue quelquefois sur de jeunes vierges, et même chez l’homme (1).