‹ Précis élémentaire de physiologieChapitre 21 sur 69 · Les désirs , ou la volonté · texte numérisé non relu

Les désirs , ou la volonté

De la sensibilité.

bilité ■''c’es’t nmnW en général s’applique entièrement à la sensi-

, St poui quoi nous nous bornons ici a faire observer que cette faculté s’exerce

de deux manières b, en différentes. Dans la première , l’acte se passe rnot. e insu nous n en avons aucune connaissance, c’est un des nombreux phénomènes de notre oxis ence qui ne sont pas destinés à nous être jamais connus; dans la seconde nous en sommes avertis, nous en avons conscience, nous percevoé la sensation et ZTs nous la rapportons à une cause extérieure ou intérieure. Cette cause nous laÏ! ^ ans un heu , etc. , etc. Il ne suffit donc pas qu’un corps agisse sur l’un de nos sens , qu un nerf transmette l’impression produite au cerveau; ce n’est pas assez même cpe cet organe reçoive cette impression : pour qu’il y ait tellement sensation 1 q e e cei veau 1 impression reçue par lui. Une impression ainsi perçue

01 me ce qu on nomme , en idéologie , une perception ou une idée. ^ "

soi-méme l’existence de ces deux modes de la sensibie. I n est pas difficile de se convaincre, par exemple, qu’une foule de corns

sent continuellement sur nos sens sans que nous en ayons aucune connaissance - cet effet dépend en grande partie de l’habitude. ^nnaissance . cet

à 1 infini: chez certains, elle est en quelque sorte obtuse • chez autres , elle a un degre d’exaltation extraordinaire : en général, une bonne or^a nisation tient le milieu entre ces deux extrêmes. ^

Dans l’enfance et la jeunesse, la sensibilité est vive; elle se conserve à un de«-ré un peu moins marqué jusque passé l’âge adulte ; dans la vieillesse , elL éprouve une

o;Zars7er^^^^^^^^ ^ à toutes^les causes

Avec quelles parties du système nerveux la sensibilité est-elle plus particulièrement en rapport . Nous jmuvons répondre aujourd’hui avecquelque précision à cette ^u stion importante. Déjà nous avons signalé la classe des nerfs qui c^oncourZ spécialement a ce phénomène. Ce sont les racines postérieures qui iiLsent de Ta moefie P niere et la branche supérieure de la cinquième paire. J’ai montré par des expé-

ïs selirribuenh " est éteinte dans les parties où

la modk Ir^nÏbihlTpé postérieurs de

la moel e , la sensibdite generale du tronc est abolie. Quant à celle de la tête et nlus

parùenherement de la face et de ses cavités , j’ai montré qu’elle dépend de là dn-

quieme paire. Si ce nerf est coupé avant la sortie du crâne, toute la sLsibilité de la

* Vame, facultés in-

face est perdue. Ce même résultat arrive si le tronc du nerf est coupé sur les côtés du quatrième ventricule.

Enfin il faut descendre au-dessous du niveau de la première vertèbre cervicale pour qu’une section latérale de la moelle ne soit pas suivie de la perte de la sensibilité générale de la face et de celle des sens. Comme l’origine de la cinquième paire se rapproche beaucoup des cordons postérieurs de la moelle, qui paraissent les principaux organes de la sensibilité du tronc, il est probable qu’il y a continuité entre ces cordons et la cinquième paire ; mais ce fait n’est encore démontré ni par l’anatomie , ni par les expériences jMiysiologiques.

Ce n’est donc pas dans le cerveau proprement dit ni dans le cervelet que réside le siège principal de la sensibilité ni des sens spéciaux.

J’en donne encore une démonstration que je regarde comme satisfaisante. Enlevez les lobes du cerveau et ceux du cervelet sur un mammifère, cherchez ensuite à vous assurer s’il peut éprouver des sensations, et vous reconnaîtrez facilement qu’d est sensible aux odeurs fortes , aux saveurs , aux sons, et aux impressions sapides. Il est donc bien positif que les sensations n’ont pas leur siège dans les lobes cérébraux et cérébelleux.

Je n’ai pas cité la vue dans l’énumération des sens que je viens de faire : c’est qu’en effet la vue est dans un cas particulier. Il résulte des expériences de MM. Rolando et Flourens, que la vue est abolie par la soustraction des lobes cérébraux. Si le lobe droit est enlevé, c’est l’œil gauche qui n’agit plus, et vice versa.

Le lecteur peut d’autant plus compter sur la réalité de ce fait, que j’ai douté quelque temps de son exactitude, et que j’ai dû, pour m’éclairer, le vérifier un grand nombre de fois.

La blessure de la couche optique sur les mammifères est aussi suivie de la perte de la vue pour l’œil opposé. Je n’ai jamais vu que la blessure du tubercule optique ou quadrijumeau antérieur altérât la vue chez les mammifères; mais cet effet est très-apparent chez les oiseaux. Dans ces derniers , la soustraction des hémisphères rend l’œil insensible à la lumière la plus vive.

Ainsi les parties du système nerveux nécessaires à l’exercice de la vue sont multiples ; il faut, pour que ce sens soit exercé , intégrité des hémisphères, des couches optiques , et peut-être des tubercules quadrijumeaux antérieurs , et enfin de la cinquième paire. Remarquons que l’influence des hémisphères et des couches optiques est croisée , tandis que celle de la cinquième paire est directe.

Si nous cherchons pourquoi le sens de la vue diffère autant des autres sens par rapport au nombre et à l’importance des parties nerveuses qui y concourent , nous trouverons que bien rarement la vue consiste dans une simple impression de la lumière ; que même cette impression peut avoir lieu sans que la vue existe ; qu’au contraire Faction de l’appareil optique est presque toujours liée à un travail intellectuel ou instinctif, par lequel nous établissons la distance, la grandeur , la forme, le mouvement des corps , travail qui nécessite probablement l’intervention des parties les plus importantes du système nerveux, et particulièrement celle des hémisphères cérébraux.

De la mémoire.

Non seulement le cerveau peut percevoir des sensations , mais il lui appartient encore de reproduire celles qu’il a déjà perçues. Cette action cérébrale se nomme mémoh'c quand elle fait renaître les idées acquises il n’y a pas très-long-temps ; elle s’appelle souvenir quand les idées sont plus anciennes. Un vieillard qui se rappelle les événemens de sa jeunesse a des souvenirs ; un homme qui se retrace les sensations qu’il a éprouvées l’année précédente, a de la mémoire.

IjdL réminiscence est une idée reproduite, et qu’on ne se rappelle pas avoir eue précédemment.

De même que la sensibilité , dans l’enfance et dans la jeunesse la mémoire est très-développée : aussi est-ce durant ce temps de la vie que nous acquérons les connaissances les plus multipliées, mais surtout celles qui ne demandent pas une réflexion très-grande: telles sont les langues, l’histoire, les sciences descriptives, etc. La mémoire s’affaiblit ensuite avec les progrès de l’âge ; elle diminue chez l’adulte ; elle se perd presque entièrement chez le vieillard. On voit cependant des individus qui conservent une mémoire fidèle jusqu’à un âge très -avancé ; mais si cet avantage ne dépend pas d’un grand exercice, comme on l’observe chez les acteurs, il n’existe souvent qu’au détriment des autres facultés intellectuelles.

Plus les sensations sont vives , et plus on se les rappelle aisément. La mémoire des sensations internes est presque toujours confuse; certaines maladies du cerveau détruisent complètement la mémoire.

La mémoire s’exerce d’une manière pour ainsi dire exclusive sur des sujets trèsdifférens : il y a la mémoire des mots , celle des lieux , celle des noms, des formes , celle de la musique , etc. Un homme présente rarement toutes ces mémoires réunies ; elles ne||e montrent guère qu’isolément, et presque toujours elles forment le trait le plus marquant de l’intelligence dont elles font partie.

Les maladies nous offrent aussi des analyses psycologiques de la mémoire : tel malade perd la mémoire des noms propres ; tel autre celle des substantifs; un troisième celle des nombres , et ne peut compter au-delà de trois ou quatre. Celui-ci oublie jusqu’à sa propre langue, et perd ainsi la faculté de s’exprimer sur aucun sujet. Dans tous ces cas , après la mort , on observe des lésions plus ou moins grandes du cerveau , ou de la moelle alongée ; mais l’anatomie morbide n’a pas encore pu établir de relation directe et constante entre le lieu lésé et l’espèce de mémoire abolie , de sorte que nous ignorons encore s’il existe quelque partie du cerveau qui soit plus particulièrement destinée à exercer la mémoire (i ).

Du jugement.

La plus importante des facultés intellectuelles est , sans contredit , le jugement. C’est par cette faculté que nous acquérons toutes nos connaissances ; sans elle , notre vie serait purement végétative, nous n’aurions aucune idée de l’existence des corps ni de la nôtre , car ces deux genres de notions , comme toutes nos connaissances , sont la conséquence immédiate de notre faculté de juger.

Porter un jugement , c’est établir un rapport entre deux idées , ou entre deux

(1) La VhvénoXoQie pseudo-science de nos jours, comme étaient XiSL^nhre V astrologie la nécromancie, V alchimie , prétend localiser dans le cerveau les diverses sortes de mémoires; mais ses efPorts se réduisent à des assertions qui ne soutiennent pas un instant l’examen. Les cranologues à la tête desquels est le docteur Gall , vont beaucoup plus loin ; ils n’aspirent à rien moins qu’à déterminer les capacités intellectuelles par la conformation des crânes , et surtout parles saillies locales qui s’y remarquent. Un grand mathématicien oiîre certaine élévation non loin de l’orbite ; c’est là , n’en doutez point, qu’est l’organe du calcul. Un artiste célèbre a telle bosse au front, c’est là qu’est le siège de son talent! Mais, répondra-t-on, avez-vous examiné beaucoup de têtes d’hommes qui n’ont pas ces capacités? Êtes-vous sûr que vous n’en rencontriez pas avec les mêmes saillies , les mêmes bosses? N’importe, dit le cranologue , si la bosse s’y trouve le talent existe, seulement ilréest pas développé ; niais voilà un grand géomètre , un grand musicien qui n’ont pas votre bosse; n’importe, répond le sectaire , croyez! mais quand il y aurait toujours, reprend le sceptique, telle conformation réunie avec telle aptitude , il faudrait encore prouver que ce n’est pas une simple coïncidence , et que le talent d’un homme tient réellement à la forme de son crâne. Croyez, vous dis-je, répond le phrénologue ; et les esprits qui accueillent avec empressement le vague et le merveilleux croient ! Ils ont raison , car ils s’amusent , et la vérité ne leur inspirerait que de l’ennui.

yo

groupes d’idées. Quand je juge qu’un ouvrage est bon , je sens que l’idée de bonté oonvient au livre que j’ai lu ; j’établis un rapport , je me forme une idée d’un genre différent de celle que font naître la sensibilité et la mémoire.

Une suite de jugemens qui s’enchaînent les uns les autres forment un raisonnement.

On conçoit combien il importe de ne porter que des jugemens justes , c’est-à-dire de n’établir que des rapports qui existent réellement. Si je juge salutaire une substance vénéneuse , je cours le danger de perdre la vie ; le jugement faux que j’aurai porté me sera nuisible. Il en est de meme de tous ceux du même genre. Presque tous les malheurs qui accablent moralement l’homme ont leur source dans des erreurs de jugement \ les crimes , les vices , la mauvaise conduite , proviennent de faux jugemens.

Il existe une science dont la prétention est d’enseigner à raisonner juste , c’est la logique : mais le jugement sain , ou le bon sens , le jugement erroné , ou l’esprit faux , tiennent à l’organisation. Il est impossible de se changer à cet égard : nous restons tels que la nature nous a faits.

Certains hommes sont doués du don précieux de trouver des rapports quij|i’avalent pas encore été aperçus. Si ces rapports sont très-importans , s’ils procurent de grands avantages à l’humanité , ces hommes ont du génie ; s’ils sont moins utiles , s’ils por tent sur des objets d’une importance moindre , ces hommes ont de \ esprit , de Vimasrination.

C’est principalement par la manière de sentir les rapports ou de juger , que les hommes diffèrent entre eux.

La vivacité des sensations paraît nuire à l’exactitude du jugement ; c’est pourquoi cette faculté se perfectionne avec l’âge.

On ignore quelle partie du cerveau sert de siège plus particulier au jugement ; on croit depuis long-temps que ce sont les hémisphères , mais rien ne le prouve directement.

Du désir ou de la volonté.

On donne le nom de volonté ou désir à ce phénomène intellectuel par lequel nous éprouvons des désirs. En général , la volonté est la conséquence de nos jugemens ; mais elle a ceci de remarquable , en ce que notre bonheur ou notre malheur y est nécessairement lié.

Lorsque nous satisfaisons nos désirs , nous sommes heureux ; nous sommes malheureux , au contraire , si nos désirs ne sont point accomplis : il importe donc de donner à nos désirs une direction telle que nous arrivions au bonheur. Il ne faut donc pas désirer , par exemple , des choses qu’il est impossible de posséder ; il faut éviter avec plus de soin encore de vouloir les choses qui nous sont nuisibles ; car , dans ce cas , nous ne pouvons échapper au malheur , soit que nos désirs soient ou non satisfaits. La morale , qui est à la fois notre intérêt du présent et celui de l’avenir , donne la meilleure direction possible à nos désirs , et nous conduit sûrement au bonheur.

On confond ordinairement les désirs avec l’action cérébrale qui préside à la contraction volontaire des muscles : je crois avantageux pour l’étude d’en établir la distinction.

Telles sont les quatre lacultés simples de V esprit. En se combinant , en réagissant les unes sur les autres , elles constituent l’intelligence de l’homme et des animaux le£ plus parfaits, avec cette différence que, chez ces derniers, elles restent à peu près dans leur état de simplicité, tandis que l’iiomme en tire un tout autre parti, et s’assure ainsi la supériorité intellectuelle qui le distingue.

La faculté de généraliser , qui consiste à créer des signes pour représenter les idées, à penser au moyen de ces signes, et à former des idées abstraites, est ce qui

caractérise rintelligence Immaîne, et qui lui permet d’acquérir cette extension prodigieuse qu’on lui voit chez les nations civilisées. Mais cette faculté comporte nécessairement l’état de société : un homme qui aurait toujours vécu isolé, et qui n’aurait eu, meme dans ses premières années , aucun rapport avec ses semblables, comme on en a plusieurs exemples , ne différerait pas beaucoup des animaux , car il resterait borné aux quatre facultés simples de l’esprit. Il en est de même des individus auxquels la nature, par une organisation vicieuse, a refusé la faculté d’employer des signes et celle déformer des abstractions ou des idées générales : ils restent toute leur vie dans un véritable abrutissement, comme on l’observe chez les fÆofv.

En général, les circonstances physiques au milieu desquelles l’homme se trouve placé , influent beaucoup sur le degré de développement de son intelligence. S’il se procure aisément sa subsistance, s’il satisfait de même toutes les nécessités physiques de la vie , il sera dans la position la plus avantageuse pour cultiver son esprit et pour laisser un libre essor à ses facultés mentales : c’est là l’inappréciable privilège d’un petit nombre d’habitans des pays civilisés. Mais si l’homme ne peut que très-difficilement pourvoir à sa subsistance et à ses autres besoins, son intelligence , toujours dirigée vers le même but, pourra atteindre un certain développement dans ce sens , mais restera sur tout autre point dans un état d’imperfection ou d’infériorité relative : c’est ce qui arrive chez le paysan esclave, l’ouvrier pauvre et laborieux , qui parvient à grand’peine à faire vivre sa famille.

L’intelligence de tout homme est limitée, soit pour le nombre des facultés, soit pour le degré de chacune d’elles. Nul ne peut dépasser le point qui lui est départi par son organisation; en vain s’efforcerait-il de conquérir les aptitudes que la nature ne lui a pas accordées. Mais chacun peut , en exerçant les facultés qu’il possède , les étendre et les porter à un point de perfection loin duquel elles seraient restées si elles n’avaient point été fréquemment mises en jeu ; c’est vers ce but important que doit être dirigée l’éducation.

Certains philosophes, ou plutôt certains rêveurs, supposent que tous les hommes naissent égaux en capacité intellectuelle, que l’éducation et les circonstances au milieu desquelles ils se sont trouvés font leurs différences. Mais rien de plus contraire à la vérité qu’une telle supposition ; depuis l’idiot , qui ne peut parvenir à manger seul, et qu’il faut nourrir comme un enfant à la mamelle, jusqu’à l’homme de génie dont les découvertes améliorent la condition sociale , il y a une foule de nuances intermédiaires , qui sont le partage individuel de l’humanité.

Tel homme a toutes ses facultés à un degré très-minime ; tel autre a plusieurs facultés éminentes, tandis qu’il est inférieur ou même incapable sur le reste; un troisième n’a pour ainsi dire qu’une faculté, il est tellement mal partagé relativement aux autres qu’il semble en être dépourvu. Enfin , il est des hommes privilégiés chez lesquels la nature a réuni à un haut degré toutes les capacités de l’esprit humain ; ces hommes, si heureusement organisés, jouissent d’immenses avantages inconnus au reste des humains; ils peuvent, par exemple, comprendre tout le monde , et se faire comprendre de chacun , ce qui est refusé aux intelligences vulgaires. Ces hommes complets sont très-rares.

Ce qui est vrai des hommes pris individuellement sans distinction de race, l’est aussi des variétés de l’espèce humaine. Les récits des voyageurs et des historiens permettent d’établir une sorte d’échelle de capacité intellectuelle, depuis la variété caucasique à laquelle nous appartenons , jusqu’au sauvage océanique féroce et stupide, qui n’a jamais pu s’élever jusqu’à se servir d’un canot. Les différens états de civilisation qui s’observent à la surface du globe parmi les nombreuses races d’hommes, seraient ainsi, non point des nuances accidentelles, conséquence des mœurs , des coutumes , des climats , mais des résultats immédiats et nécessaires de l’organisation.

Il faudrait maintenant énumérer et décrire successivement les diverses facultés de l’esprit humain ; mais j’ai dit pins haut pour quels motifs cette tentative a été jus-

qu’ici recueil des idéologues les plus distingués ; il serait par trop téméraire à nous d’entreprendre une tâche aussi difficile, et peut-être même impossible à accomplir.

Toutefois par ses sens et son intelligence l’homme acquiert des idées ou des connaissances sur les corps qui l’environnent, et sur les phénomènes qu’ils présentent; ainsi se forme son savoir, dont l’étendue varie suivant ses aptitudes et l’exercice qu’elles ont reçu , c’est-à-dire suivant son expérience. Il dépend de nous , avec des facultés données , d’acquérir plus ou moins de connaissances , et d’augmenter ainsi l’intensité de notre existence et les chances de notre bonheur; car, en général, plus l’homme est instruit et plus il est heureux ; le malheur au contraire a presque toujours sa source dans l’ignorance.

Il est un grand nombre de points sur lesquels notre esprit n’a que peu ou point de prise , et qui cependant nous intéressent vivement. Poussés par l’admirable faculté que nous possédons, de rechercher les causes , nous imaginons là où tout devrait nous porter à sentir notre impuissance , ou bien si nous n’imaginons pas nous- mêmes, nous admettons ce qui a été imaginé par d’autres d’un esprit plus fertile ou plus audacieux; ainsi naissent les hypothèses, les systèmes, les doctrines , enfin les croyances , qui se partagent, avec le savoir, l’esprit de tout homme, et qui souvent en occupent une part trop considérable, même dans les meilleures têtes.

Ainsi la somme des idées que notre intelligence nous procure se compose de ce qui est réel , ou de ce que nous savons pour l’avoir appris , et de ce que nous croyons ou de ce que nous avons imaginé, ou admis sans preuve , c’est-à-dire de ce que nous ignorons , en sorte que croire, créer un système , une doctrine, c’est rigoureusement ne pas savoir ou ignorer.

Je suis loin de prétendre que tout ce que nous croyons soit faux ou simplement imaginaire; car il est possible de croire à une chose vraie et réelle , mais cette chose ne devient telle qu’autant qu’elle acquiert les caractères d’un fait susceptible de preuves expérimentales et vérifiables.

Sous ce point de vue les hommes forment deux classes bien distinctes , et destinées à ne jamais se rapprocher : les uns ne recherchent que la vérité , le positif, l’expérimental ; les autres se complaisent dans le vague , l’imaginaire , le merveilleux , l’absurde même ; ils y attachent d’autant plus d’importance et d’intérêt que leur croyance étant leur propre ouvrage, ou s’adaptant parfaitement à leur esprit, fait en quelque sorte partie d’eux-mêmes : aussi mettent-ils à la soutenir et à la défendre une chaleur, une énergie, une ténacité extrême; aussi est-il impossible de leur démontrer qu’ils sont dans l’erreur.

Ces deux genres d’esprit se sont montrés , mais avec des avantages différens , dans toutes les voies parcourues par l’intelligence de l’homme. Le premier a fondé et perfectionné les sciences et toutes les connaissances positives; le second a brillé d’un vif éclat dans les arts d’imagination ; cette carrière est son domaine , c’est là qu’il doit s’exercer pour le plus grand avantage de tous. Malheureusement les hommes qui possèdent ce genre d’esprit, cultivent aussi la philosophie naturelle; mais, loin de concourir à ses progrès , là , comme ailleurs , les idées suppléent les faits ; les produits de leur imagination deviennent les grands phénomènes de la nature; activité funeste, zèle stérile , qui peuvent aller jusqu’à anéantir les sciences dont ils s’occupent , en élevant à leur place des échafaudages fantastiques , qui s’évanouissent au premier l'egard d’un esprit positif ami de la réalité !

DE l’instinct et DES PASSIONS.

La nature n’abandonne point les animaux à eux-mêmes : chacun d’eux doit exercer une série déterminée d’actions , d’où résulte ce merveilleux ensemble qui règne parmi les êtres organisés. Pour porter les animaux à exécuter ponctuellement les actes qui leur sont dévolus, la nature leur a donné Vinstinct , c’est-à-dire des peu-

chans, des încllnatlons, des besoins, au moyen desquels ils sont incessamment excités et même forcés de remplir les intentions de la nature.

L’instinct peut exister de deux manières différentes, avec ou sans connaissance du but. Le premier est Vinstinct éclairé , le second est l’instinct aveugle ou brut : ruii est l’apanage de l’homme, l’autre appartient plus particulièrement aux animaux.

En examinant avec soin les phénomènes nombreux qui dépendent de l’intinct, nous verrons qu’il a dans chaque animal un double but : la conservation de l’in¬

dividu, 2° la conservation de l’espèce. Chaque animal y travaille à sa manière et selon son organisation : aussi y a-t-il autant d’instincts différens qu’il y a d’espèces; et comme l’organisation varie dans les individus , l’instinct présente des différences individuelles quelquefois très-prononcées.

Chez l’homme , on reconnaît deux genres d’instinct : l’un tient évidemment à son organisation, à sa condition d’animal ; il le présente, quelque soit l’état où il se trouve. Ce genre d’instinct est à peu près celui des animaux.

L’autre genre d’instinct naît de l’état social ; sans doute il dépend de l’organisation : quel phénomène vital n’en dépend point ? mais il ne se développe qu’autant que l’homme vit dans une société civilisée; encore faut-il qu’il y jouisse des avantages que cet état procure.

Au premier, qu’on peut instinct animal , se rapportent la faim , la soif,

le besoin des vêtemens, celui d’habitation , le désir du bien-être ou des sensations agréables , la crainte de la douleur et de la mort , le désir de nuire aux animaux ou à ses semblables , s’il y a quelques dangers à en craindre ou des avantages à tirer du mal qu’on leur fera; les désirs vénériens, l’intérêt qu’inspirent les enfans, la tendance à l’imitation , à vivre en société , qui conduit à parcourir les différens degrés de la civilisation, etc. Ces divers sentimens instinctifs portent continuellement l’homme à concourir à l’ordre établi parmi les êtres organisés. De tous les animaux l’homme est celui dont les besoins naturels sont les plus nombreux et les plus variés, ce qui est en rapport avec l’étendue de son intelligence ; n’eût-il que ces besoins, il aurait encore une suprématie marquée sur les animaux.

Lorsque l’homme vit en société, qu’il satisfait aisément à tous les besoins dont nous venons de parler , il a du loisir , en d’autres termes , il a du temps et des facultés d’agir plus que ses premiers besoins n’exigent : alors naissent de nouveaux besoins , qu’on pourrait nommer sociaux : tel est celui de sentir vivement Texistence , besoin qui devient d’autant plus difficile à satisfaire qu’il est plus souvent satisfait , parce que , comme nous avons déjà dit, les sensations s’émoussent en se répétant.

Ce besoin d’exister vivement, joint à l’affaiblissement continuel des sensations, cause une inquiétude machinale, des désirs vagues, excités par le souvenir importun des sensations vives précédemment éprouvées: l’homme est forcé, pour sortir de cet état , de changer continuellement d’objet, ou d’outrer les sensations du même genre. De là viennent une inconstance qui ne permet pas à nos vœux de s’arrêter, et une progression de désirs qui, toujours anéantis par la jouissance, mais irrités par le souvenir, s’élancent jusque dans l’infini: de là naît l’ennui, qui tourmente et poursuit l’homme civilisé et heureux.

Le besoin de vives émotions est balancé par l’amour du repos ou la paresse, qui agit si puissamment dans la classe opulente de la société , surtout dans les pays méridionaux. Ces deux sentimens contradictoires se modifient l’un l’autre , et de leur réaction réciproque résulte le désir du pQuvoir, de la considération, de la fortune, etc., qui nous donnent les moyens de les satisfaire tous les deux (i).

Ces sentimens instinctifs ne sont pas les seuls qui naissent dans l’état social: il s’en développe une foule d’autres, moins importans à la vérité, mais tout aussi réels ; en

(1) Leroy, Lettres sur Vinstinct des Animaux,

outre , les besoins naturels s’altèrent jiisf[u’aii point de devenir méconnaissables : la faim est souvent remplacée par un goût capricieux; les appétits vénériens par des désirs bizarres ou ignobles, etc. Les besoins naturels influent sur les besoins sociaux; ceux-ci, à leur tour, modifient les premiers ; et si l’on ajoute que Page, le sexe, le tempérament, etc. , altèrent fortement tonte espèce de besoin, on aura une idée de la difficulté que présente l’étude de l’instinct de l’homme : aussi cette partie de la jihysiologie est-elle à peine ébauchée.

Remarquons cependant que le développement des besoins sociaux entraîne le développement de rintelllgence; il n’y a aucune comparaison, sous le rapport de la capacité de l’esprit , entre un homme de la classe aisée de la société , et l’homme dont toutes les forces physiques suffisent à peine à subvenir à ses premiers besoins. Les instincts, les dispositions innées occupent beaucoup en ce moment les phrénologlstes; leurs efforts sont particulièrement dirigés vers le triple but de reconnaître , de classer les dispositions instinctives , et surtout de leur assigner des organes distincts dans le cerveau; mais il faut convenir qu’ils sont encore loin de voir leurs tentatives couronnées d’une apparence de succès.

Des passions.

En général, on entend par passion un sentiment instinctif devenu extrême et exclusif. L’homme passionné ne voit , n’entend , n’existe que par le sentiment qui le jiresse ; et comme la violence de ce sentiment est quelquefois telle qu’il devient pénible , on l’a nommé passion ou souffrance.

Les passions ont le même but que l’Instinct ; comme lui, elles portent les animaux à agir selon les lois générales de la nature vivante.

Chez l’homme existent des passions qu’il a en commun avec les animaux , et qui consistent dans les besoins animaux exagérés; mais il en a d’autres, qui ne se développent que dans l’état de société : ce sont les besoins sociaux très-accrus.

Les passions se rapportent au double but quenous avons indiqué enparlant

de l’instinct, c’est-à-dire la conservation de l’individu, et la conservation de l’espèce.

A la conservation de l’individu appartiennent la peur , la colère, la tristesse, la haine, la faim excessive , etc. ;

A la conservation de l’espèce, les désirs vénériens devenus extrêmes, la jalousie, la fureur ressentie quand les petits sont en danger , etc.

La nature a attaché une grande Importance à ce genre de passions , qu’elle reproduit dans toute leur force chez l’homme civilisé.

Les passions qui appartiennent à l’état de société ne sont que les besoins sociaux portés à un degré très-élevé. L’ambition est l’excès de l’amour du pouvoir; l’avarice, l’exagération du désir de la fortune ; la haine , la vengeance , le désir naturel et impétueux de nuire à qui nous nuit ; la passion du jeu, presque tous les vices , qui sont aussi des passions, des moyens de sentir vivement l’existence; l’amour violent, une exaltation des désirs vénériens qui trouble, agite, pervertit et souvent anime notre vie d’un bien-être ineffable , etc.

Parmi les passions , les unes s’apaisent ou s’éteignent quand elles sont satisfaites , les autres s’irritent à mesure qu’elles sont assouvies : aussi le bonheur est -il souvent amené par les premières , comme on le voit dans l’amour et la philanthropie , tandis que le malheur est nécessairement attaché aux dernières : les ambitieux , les avares , les envieux , en fournissent des exemples

Si les besoins développent l’intelligence , les passions sont le principe ou la cause de tout ee que l’homme fait de grand, soit en bien ou en mal. Les grands hommes dans tous les genres, les grands criminels et les conquérans, sont des hommes passionnés.

Parlerons-nous du siège des passions ? Dirons-nous avec Bicîiat qu’elles résident dans la vie organique; ou bien , avec les anciens et quelques modernes, que la colère

est dans la tête , le courage dans le cœur , la peur dans le ganglion semi-lunaire , etc. ?

Mais les passions sont des sensations internes ; elles ne peuvent avoir de siège. Elles résultent de l’action du système nerveux , et particulièrement de celle du cerveau : elles ne comportent donc aucune explication. Il faut les observer, les diriger, les calmer ou les entretenir , mais non chercher à les expliquer (ij.

Page 1