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DES FONCTIONS DU CERVEAU

Ce que la nature de l’homme présente de plus merveilleux et de plus sublime , l’intelligence, la pensée, l’instinct, les passions et cette admirable faculté par laquelle nous dirigeons nos mouvemens, et exerçons la parole , etc., etc., sont des phénomènes tellement dépendans du cerveau que plusieurs physiologistes les désignent par l’épithète de fonctions cérébrales.

D’autres physiologistes, soutenus et inspirés par des croyances religieuses, les envisagent comme appartenant à l’ame , être d’essence divine , dont l’un des attributs est rimmortalité.

Il ne nous appartient pas ici de prendre parti entre ces deux manières de voir; nous faisons de la science et non pas de la théologie. Nous ne cherchons pas d’ailleurs à expliquer les actes de rintelligence ou de l’instinct ; notre unique but est de lés étudier, et de montrer la liaison physiologique qu’ils peuvent avoir, soit avec le cerveau en général, soit avec certaines de ses parties.

Nous conserverons ainsi pour l’étude des phénomènes de l’intelligence la même méthode d’investigation, et nous éviterons ainsi des erreurs graves dans lesquelles sont tombés des hommes justement célèbres pour avoir voulu tenter une autre voie.

Du cerceau.

Sous la dénomination de cerceau^ je comprends trois parties distinctes entre elles, quoique réunies dans certains points. Ces parties sont le cerveau proprement dit , le cervelet , et la moelle de V épine.

Dans chacune de ces principales divisions on trouve encore des parties faciles à distinguer, et qui ont en quelque sorte une existence isolée : de manière que rien n’est plus compliqué , plus difficile , en anatomie , que l’étude de l’organisation du cerveau. Cependant, à raison de l’importance des fonctions de cet organe, les anatomistes et les médecins, dans tous les temps, se sont occupés de sa dissection. De cette succession d’études , il est résulté que l’histoire matérielle du cerveau est un des points les plus connus de l’anatomie. Tout récemment, cette matière vint d’être éclaircie de nouveau par la publication de plusieurs ouvrages qui ont introduit d’importans perfectionnemens sur cette partie intéressante de la science.

Toutefois le cerveau étant d’une texture extrêmement délicate, et ses fonctions étant empêchées par le moindre dérangement physique, la nature a pris un soin extrême de le défendre contre toute atteinte de la part des corps environnans.

Parmi les parties protectrices du cerveau , que l’on pourrait nommer tutamina cerebri, il faut remarquer les cheveux, la peau, les muscles épicraniens, le péricrâne, les os du crâne et la dure-mère, le fluide céphalo-spinal, qui sont particulièrement destinés à garantir le cerveau et le cervelet.

Par leur nombre et leur disposition , les cheveux sont propres à amortir les coujis portés sur la tête , à s’opposer à ce que les pressions un peu fortes blessent la peau du crâne. Mauvais conducteurs du calorique , leur assemblage forme une sorte de tissu ou de feutre , dont les mailles interceptent un grand nombre de petites masses d’air : de sorte qu’ils sont très-bien disposés pour conserver à la tête une têmpérature uniforme et en quelque manière indépendante de celle de l’air ou des corps qui

l’entourent; en outre, comme ils sont imprégnés d’une matière huileuse , ils ne s’imbibent que d’une petite quantité d’eau, et se sèchent avec promptitude.

Les cheveux étant mauvais conducteurs du fluide électrique , ils mettent la tête dans une espèce d’isolement : d’où il résulte que le cerveau reçoit une influence moins marquée de la part de l’électricité lorsqu’elle abonde dans l’atmosphère.^

Il est aisé de concevoir comment la peau de la tête, les muscles qu’elle recouvre, et le péricrâne, concourent à protéger le cerveau : il n’est pas nécessaire d’insister

sur ce point.

Mais de tous les moyens protecteurs du cerveau, le plus efficace c’est l’enveloppe que forment à cet organe les os du crâne. A raison de la dureté de cette enveloppe et de sa disposition en sphéroïde, toute pression ou percussion exercée sur la tête est répartie du point pressé ou frappé vers tous les autres , et porte moins sur le cerveau. Par exemple , un homme reçoit un coup de bâton sur le sommet de tête : le mouvement se propage dans toutes les directions jusqu’à la partie moyenne de la base du crâne , c’est-à-dire jusqu’au corps du sphénoïde. Si le bâton avait agi sur le front , l’effort se serait propagé et concentré vers la partie moyenne de l’occipital.

Dans cette transmission du mouvement communic[ué au crâne , on a cru que les os éprouvaient de légers déplacemens réciproques, qui étaient peu marqués à raison de la disposition des différentes articulations; mais il y a tout lieu de croire que le crâne résiste, comme s’il était formé d’une seule pièce.

Un fait sur lequel on n’a pas assez appuyé, c’est que le crâne doit nécessairement changer de forme chaque fois qu’il est pr^sé ou heurté un peu fortement. Le degré de mollesse dont jouit la masse cérébrale fui permet de supporter ces légers changeniens de son enveloppe, sans qu’il en résulte aucun effet fâcheux. Plus le cerveau sera mou , et plus il pourra éprouver des pressions ou percussions fortes sans inconvéniens : c’est la raison pour laquelle les enfans naissans, dont les os sont très-mobiles les uns sur les autres, peuvent avoir la tête comprimée, et même déformée sensiblement , sans que rien de pernicieux en soit la suite. Il en est de même pour les enfans plus âgés , qui reçoivent sans danger des coups très-forts à la tête. A cet âge , et surtout au moment de la naissance, le cerveau est beaucoup plus mou c]ue chez l’adulte (i).

C’est en quelque sorte pour protéger le cerveau contre lui-même, qu’est disposée la dure-mère. En effet, sans les replis qu’elle forme dans la faux du cerveau, latente, la faux du cervelet , l’hémisphère d’un côté pèserait sur l’autre quand la tête est inclinée ; le cerveau comprimerait le cervelet quand la tête est droite : en sorte que les diverses parties du cerveau nuiraient réciproquement à leur action.

Si l’on compare les précautions prises par la nature pour préserver le cerveau et le cervelet des injures extérieures, avec celles dont on voit que la moelle épinière est environnée, on pourrait présumer c[ue cette dernière partie est d’une importance plus grande que les premières, ou bien que sa texture, plus délicate, nécessitait des soins plus multipliés : c’est, en effet, ce qui existe. La moelle de l’épine joue dans l’économie un rôle au moins aussi important que la portion céphalique du système nerveux. Le moindre ébranlement la blesse, la moindre compression pervertit tout-àcoup ses fonctions : il était donc nécessaire que le canal vertébral qui la contient lui assurât une puissante protection. Le but est atteint d’une manière tellement parfaite ,

(l) Si le cerveau était parfaitement fluide et homogène, quelle que soit l’étendue des changemens de forme de son enveloppe, il n’en résulterait aucun effet nuisible ; mais comme le cerveau a une consistance molle , qu’iî n’y a pas homogénéité dans tous ses points, il suit que les coups un peu forts sont fréquemment suivis d’accidcns graves, tels que la commotion , les épanchemens sanguins, les abcès, etc.

que rien n’est ^Hus rare qu’une lésion de la moelle épinière , et pourtant la colonne vertébrale devait réunir à la solidité nécessaire une grande mobilité ; elle est l’aboutissant général de tous les efforts que le corps exerce et de tous ceux qui sont exercés sur lui ; elle est le centre de tous les mouvemens des membres ; elle exécute elle-même des mouvemens très-étendus.

Nous ne pouvons pas entrer dans les détails de cet admirable mécanisme : on peut lire , à ce sujet , le Traité d' Anatomie descriptive de Bichat , tom. i , pag. i6i et suiv. , et l’ouvrage de Desmoulin , Anatomie des Systèmes nerveux , tom. i.

Mais il est une disposition ignorée de Bichat , que j’ai récemment découverte , et qui contribue d’une manière extrêmement efficace à conserver l’intégrité de la moelle.

Le canal que forme la dure-mère autour de la moelle , et qui est tajjissé par un double feuillet de l’arachnoïde , est beaucoup plus grand qu’il ne faut pour contenir 1 organe ; en sorte que sur le cadavre il existe un espace vide entre la moelle et ses enveloppes membraneuses. Je nomme cet espace cavité sous-arachnoïdienne ; mais , durant la vie, cette cavité est remplie par un liquide séreux qui distend la membrane, et qui jaillit souvent à plusieurs pouces de hauteur quand on fait une petite ponction a la dure-mère. 11 existe une disposition analogue autour du cerveau et du cervelet , qui ne remplissent pas non plus exactement la capacité du crâne. J’ai donné à ce liquide le nom de céphalo-rachidien , ou céphalo-spinal. Il n’est pas difficile de comprendre quelle protection efficace la moelle reçoit du liquide qui l’environne , et au milieu duquel elle est comme suspendue, à l’instar du fœtus dans l’utérus, avec cette différence qu’elle est fixée dans sa position centrale par le ligament dentelé et les divers nerfs rachidiens.

La manière dont les vaisseaux sanguins se rendent au cerveau et dont ils sortent de cet organe , est extrêmement curieuse : nous en traiterons à l’article circulation . Nous nous bornerons ici à faire remarquer que les artères , avant de pénétrer dans la substance cérébrale , se réduisent en vaisseaux capillaires ; que les veines affectent la même disposition en sortant de cette substance ; et comme ces vaisseaux très-fins communiquent entre eux par des anastomoses multipliées , il en résulte à la surface du cerveau un lacis vasculaire , que l’on qualifie à tort de membrane pie-mère. Ce lacis s’introduit dans les cavités du cerveau ; c’est lui qui , dans les ventricules , forme le plexus choroïde et la toile choroïdienne. *

Nous ne donnerons point ici la description anatomique du cerveau : nous nous bornerons à faire sur ce sujet quelques réflexions générales , et à exposer quelques faits fondamentaux.

A. Presque tous les auteurs qui ont donné la description anatomique du cerveau , n’ont pas été assez sévères sur les expressions qu’ils ont employées , leur esprit étant prévenu par quelque idée hypothétique. Il est indispensable aux progrès futurs de l’anatomie et de la physiologie , de n’admettre que des termes précis , d’éloigner , autant que possible , les expressions métaphoriques , et surtout de rejeter toute supposition , par exemple , que tous les nerfs aboutissent ou se réunissent en un certain point du cerveau ; que Yame a son siège dans une partie déterminée de cet organe ; que le fluide nerveux est sécrété par une portion de la masse cérébrale , tandis que le reste sert de conducteur à ce fluide , etc. Pour ne point avoir suivi cette méthode , les auteurs qui ont décrit le cerveau ont présenté des idées fausses , et se sont exprimés d’une manière obscure.

B. On doit entendre par cerveau , ou mieux système cérébro-spinal , l’orgaile qui remplit la cavité du crâne et celle du canal vertébral. Pour la facilité de l’étude , les anatomistes l’ont divisé en trois parties , le cerveau proprement dit , le cervelet , et la moelle épinière. Cette division est purement scloastique. Dans la réalité , ces trois parties ne forment qu’un seul et même organe. La moelle épinière n’est pas plus un prolongement du cerveau et du cervelet , que ceux-ci ne sont un épanouissement de la moelle épinière.

C. Le cerveau de l’homme est celui qui présente la plus grande complication de

structure , et le nombre le plus considérable de parties distinctes ; parmi celles-ci , il en est qui ne se trouvent chez aucun animal ; telles sont les corps mam miliaires et les oVwaires ; d’autres se voient chez beaucoup d’animaux , mais nous n’^en savons pas encore les usages ; ce sont le corps calleux ou la grande commissure des lobes , la voûte à trois piliers , le septum lucidurn , la bandelette demi-circulaire , la corne d’ A mmon^ la coin mis sure antérieure et la postérieure , la glande pinéale et \dL glande pituitaire , l’infundibulum. Toutes ces parties remplissent probablement des fonctions importantes ; mais telle est la méthode défectueuse suivie jusqu’ici pour étudier les fonctions cérébrales, qu’on les ignore complètement. Il est d’autres parties du cerveau dont l’expérience con)mence à dévoiler quelques usages : ce sont les hémisphères , les corps striés , les couches optiques , les tubercules cquadrijumeaux , le pont , les pyramides , et leur prolongation j usqu’au-delà des corps striés , les pédoncules du cervelet , les hémisphères de ces organes , les divers faisceaux qui forment la moelle aloiigée , et ceux de la moelle épinière.

D. De tous les animaux , l’homme est celui dont le cerveau proprement dit est proportionnellement le plus volumineux (i). Les dimensions de cet organe sont proportionnées le plus souvent à celles de la tète. A cet égard , les hommes diffèrent beaucoup entre eux. En général , le volume du cerveau est en relation directe avec la capacité de l’esprit. On aurait tort, cependant, de croire que tout homme ayant une grosse tète a nécessairement une intelligence supérieure, car plusieurs causes indépendantes du cerveau peuvent augmenter le volume de la tête ou diminuer le volume du cerveau, celui de la tète restant le même (2,); mais il est rare qu’un homme distingué par ses facultés mentales n’ait pas une tête volumineuse. Le seul moyen d’apprécier approximativement le volume du cerveau dans un homme vivant , est de mesurer les dimensions de son crâne : tout autre procédé, même celui qui a été proposé par Camper , c’est-à-dire la mesure de l’angle facial, est infidèle.

E. Les hémisphères de l’homme sont ceux qui offrent les circonvolutions les plus nombreuses et les anfractuosités les plus profondes. Le nombre, le volume, la disposition des circonvolutions sont variés; sur quelques cerveaux elles sont très-grosses, sur d’autres elles sont plus multipliées et plus petites. Leur disposition est différente sur chaque individu; celles du côté droit ne sont pas disposées comme celles du côté gauche. Il serait curieux de rechercher s’il n’existe pas un rapport entre le nombre des circonvolutions et la perfection ou l’imperfection des facultés intellectuelles , entre les caractères de l’esprit et la dispositionindividuelle des circonvolutions cérébrales. Les hémisphères du cerveau humain ont encore pour marque distinctive un lobe postérieur qui recouvre le cervelet.

E. La forme générale des lobes du cerveau varie suivant les individus, et peut-être aussi suivant la capacité intellectuelle. Dans le cerveau de l’un des savans les plus illustres dont la France s’honore, ils étaient presque demi-sphériques. Dans la plupart des idiots au contraire leur diamètre antéro-posterieur est double au moins de la hauteur.

F. Le volume et le poids du cervelet diffèrent suivant les individus , et surtout suivant les âges. Dans l’homme adulte , le cervelet équivaut en poids à la huitième ou neuvième partie de celui du cerveau ; il n’en forme que la seizième ou la dix-huitième dans l’enfant naissant. On n’observe point de circonvolutions à la surface du cervelet , mais des lamelles superposées , séparées chacune par un sillon. Le nombre

(1) Il existe quelques exceptions à ce fait général.

(2) Dans la paralysie des aliénés le crâne conserve ses dimensions, mais le cerveau diminue

d’une quantité considérable ; ce qui en a disparu est remplacé par le fluide céphalo-spinal , qui augmente alors selon la diminution de la masse cérébrale. j

de ces lamelles est très-variable, suivant les individus, ainsi que leur disposition. On peut répéter , à cette occasion , la remarque que nous avons faite plus haut en parlant des circonvolutions cérébrales. Un anatomiste italien ( Malacarné ) dit n’avoir trouvé que trois cent vingt-quatre lames dans le cervelet d’un insensé , tandis que dans d’autres individus il en a trouvé plus de huit cents. J^ai ouvert le crâne d’un grand nombre d’aliénés de tous genres sans avoir fait la même remarque. Le cervelet de l’homme est caractérisé par les proportions considérables des lobes latéraux , relativement au lobe médian. <

H. Dans la profondeur de la substance cérébrale existent des cavités qui, depuis un temps fort éloigné, portent le nom bizarre aujourd’hui de ventricules. De ces cavités l’une appartient au cervelet et à la moelle épinière, c’est le quatrième ventricule; l’autre est située entre les lobes cérébraux, c’est le troisième ventricule; enfin , dans chacun des hémisphères il existe une cavité beaucoup plus spacieuse que les précédentes , ce sont les ventricules latéraux; ces diverses cavités communiquent libre¬

ment entre elles , le troisième ventricule avec les latéraux au moyen de deux ouvertures arrondies nommées les trous de Monro. Un canal, V aqueduc de Silvius, réunit le troisième et le quatrième ventricule ; enfin ce dernier s’ouvre par une ouverture constante, que j’ai découverte il y a quelques années, et qui , variable dans son étendue et sa configuration, est toujours placée sur la ligne médiane vis-à-vis le calamus scriptoriiis , et s’ouvre dans la cavité sous-arachnoïdienne, et par conséquent est en rapport immédiat avec le fluide céphalo-rachydien; aussi par cette ouverture ce fluide pénètre-t-il dans les cavités du cerveau, et, dans certains cas, s’y accumule en quantité considérable ; le mécanisme par lequel le fluide entre dans les ventricules et en sort par cette ouverture sera décrit en son lieu.

La substance qui forme le cerveau est molle , pulpeuse ; elle se déforme aisément d’elle-même; dans le fœtus, elle est presque fluide ; elle a plus de consistance dans l’enfant , et davantage encore dans l’adulte. Son degré de consistance varie dans les différens points de l’organe et selon les individus. Le cerveau a une odeur fade , spermatique, qui est assez tenace, et qui a persisté plusieurs années dans des cerveaux desséchés. ( Chaiissier. )

H. On distingue deux substances dans le cerveau: l’une est grise, l’autre blanche. La substance blanche , ou médullaire , forme la plus grande partie de l’organe , en occupe plus particulièrement l’intérieur et la partie qui correspond à la base du crâne; elle a plus de fermeté que la matière grise ; elle a l’apparence fibreuse; elle forme en grande partie la moelle épinière , mais particulièrement sa couche superficielle.

La substance grise, nommée encore cendrée, corticale, forme une couche d’épaisseur variable à l’extérieur du cerveau et du cervelet ; on trouve cependant de la matière grise dans leur intérieur : tantôt elle est recouverte i)ar la matière blanche , tantôt elle paraît comme mêlée intimement avec elle , ou bien ces deux substances sont disposées par couches ou par stries alternatives. En s’en tenant à la couleur, on pourrait distinguer plusieurs autres substances dans le cerveau, car on y observe des parties jaunes , noires , etc. (i).

Dire que la substance grise du cerveau produit la matière blanche , c’est avancer une supposition gratuite, attendu que la matière grise ne produit pas plus la blanche , qu’un muscle ne produit le tendon qui le termine ; que le cœur ne produit l’aorte , etc. Sous ce point de vue , le système anatomique de MM. Gall et Spurzheim est sans aucun fondement. D’ailleurs en général la matière blanche est formée avant la grise , et plusieurs parties blanches n’ont aucun rapport avec la substance grise.

Lorsqu’on examine , à l’aide du miscroscope, la substance cérébrale, elle paraît

(l) M. Sœmmering distingue quatre substances clans le cerveau, la blanche, la grise, !a jaune et la noire.

formée d’une immense quantité de globules d’une grosseur inégale. Ils sont , dit-on , huit fois plus petits que ceux du sang; dans la substance médullaire , ils sont disposés en lignes droites , et prennent l’apparence de libres ; dans la substance cendrée ils paraissent entassés confusément.

D’après M. Vauquelin, il n’existe point de différence entre les diverses parties du système nerveux ; l’analyse du cerveau , du cervelet , de la moelle épinière , et des nerfs , a donné le même résultat. Il a trouvé partout la meme matière; elle est composée :

Eau . 80,00

Matière blanche grasse . 4,53

Matière grasse rouge . 0,70

Osmazôme . 1,12

Albumine . 7,00

Phosphore . 1,50

Soufre et sels , tels que

Phosphate acide de potasse . ^

- de chaux . >5,15

- de magnésie . )

M. John s’est assuré que la matière grise ne contient pas de phosphore, et M. Chevreul a décrit récemment une substance blanche et nacrée qu’il regarde comme un principe immédiat propre au système nerveux.

I. Les artères du cerveau sont volumineuses. Elle sont au nombre de quatre (les deux carotides internes et les deux vertébrales) ; elles affectent une disposition sur laquelle nous insisterons à l’article de la Circulation artérielle.

Nous dirons seulement ici qu’elles sont principalement placées à la partie inférieure de l’organe , qu’elles y forment un cercle par la manière dont elles s’anastomosent, et qu’elles se réduisent en vaisseaux capillaires avant de pénétrer dans le tissu du cerveau.

Quelques auteurs estiment que le cerveau reçoit à lui seul la huitième partie du sang qui part du cœur ; mais cette estimation ne peut être qu'approximative , la quantité de sang qui se porte au cerveau varie suivant un grand nombre de circonstances. On sait par des dissections faites récemment que les artères cérébrales sont accompagnées par des filets du nerf grand sympathique; ces filets peuvent être suivis assez aisément sur les principales branches de ces artères. Il est présumable qu’ils les accompagnent jusqu’à leurs dernières divisions ; mais il ne faut pas conclure de cette disposition, qui est générale pour toutes les artères, que le cerveau reçoit des nerfs. Les filamens du grand sympathique n’ont ici , comme ailleurs, de relations évidentes qu’avec les parois artérielles.

Les veines cérébrales ont aussi une disposition particulière: elles occupent la partie supérieure de l’organe ; elles ne présentent pas de valvule ; elles se terminent dans des canaux situés entre les lames de la dure-mère, etc. Nous reviendrons sur ce point , à l’article Circulation veineuse. Il n’existe point de vaisseaux lymphatiques dans le cerveau , du moins personne ne les y a remarqués.

Observations faites sur le cerveau de Vhomme et sur celui des animaux vivans.

Sur les enfans nouveau-nés, dont le crâne est encore en partie membraneux, et sur les adultes , à la suite des plaies et des maladies qui ont mis le cerveau à nu , on remarque qu’il éprouve deux mouvemens distincts. Le premier, généralement obscur, est isochrone au battement du cœur et des artères; le second, beaucoup plus apparent, est en rapport avec la respiration, c’est-à-dire que l’organe s’affaisse, revient sur lui-même dans l’instant de l’inspiration , tandis qu’il présente un phénomène opposé, c’est-à-dire qu’il se gonfle visiblement dans le moment de l’expi-

ration : selon que les mouvemens de la respiration sont plus ou moins étendus , ceux du cerveau sont plus ou moins manifestes. Ces deux espèces de mouvemens, mais surtout le dernier, sont très-faciles à voir sur les animaux, et je ne conçois pas comment ils ont pu être révoqués en doute dans ces derniers temps. Ils doivent être très-peu sensibles quand le crâne est intact, car pour s’affaisser le cerveau doit sans doute supporter la pression atmosphérique; mais rien n’est démontré à cet égard. Ce genre de gonflement et d’affaissement alternatif existe dans le cervelet et la moelle épinière. [Voyez mon J ourjial de Physiologie.)

Le cerveau, le cervelet et la moelle épinière, entourés du fluide céphalo-spinal , remplissent fort exactement les membranes scicciformes qui les entourent ; ils exercent même une certaine pression sur leur surface. La pression a sa source dans l’effort du sang qui pénètre leur parenchyme , d’où il résulte que la substance cérébrale, incapable d’effort par elle-même, est incessamment pressée entre l’effort du sang , et la résistance des enveloppes membraneuses ou osseuses.

Et, comme l’effort du sang varie suivant plusieurs circonstances , la pression que subit le cerveau varie dans la même proportion.

Il paraît que cette pression est indispensable aux fonctions de l’organe. Toutes les fois qu’elle est subitement diminuée ou augmentée, les fonctions sont suspendues ; si la diminution ou l’augmentation se fait par degré, les fonctions cérébrales persistent. Un des moyens les plus simples de diminuer cette pression est de faire une ponction derrière l’occipital dans l’intervalle qui le sépare de la première vertèbre. Le liquide céphalo-spinal s’échappe ordinairement sous la forme de jet, et aussitôt les fonctions cérébrales sont évidemment troublées. J’ai vu cependant des animaux auxquels j’avais soustrait le liquide dont je parle, continuer de vivre sans dérangemens trèsapparens dans les fonctions nerveuses.

Examiné sur l’animal vivant , le cerveau présente des propriétés remarquables , et bien éloignées de ce que l’imagination pourrait nous représenter. Qui croirait , par exemple, que la plus grande partie des hémisphères, sinon la totalité, est insensible aux piqûres, déchiremens, sections, et même aux cautérisations? C’est pourtant un fait sur lequel l’expérience ne laisse aucun doute. Qui penserait qu’un animal peut vivre plusieurs jours et même plusieurs semaines après la soustraction totale des hémisphères ? et cependant plusieurs physiologistes et nous-même avons vu des animaux de différentes classes dans cette situation. Mais ce qui est moins connu, et qui pourra surprendre davantage , c’est que la soustraction des hémisphères sur certains animaux , tels que des reptiles , produit si peu de changement dans leurs allures habituelles, qu’il serait difficile de les distinguer d’animaux intacts.

Les lésions de la surface du cervelet montrent aussi que cet organe n’est point sensible; mais les blessures plus profondes, et surtout celles qui intéressent les pédoncules , ont des résultats dont nous parlerons plus tard.

Il n’en est pas de même de la moelle épinière : la sensibilité de cette partie du cerveau est des plus prononcée, avec cette circonstance remarquable , qu’elle est exquise sur la face postérieure, beaucoup plus faible sur la face antérieure, et pour ainsi dire nulle au centre même de l’organe. Aussi est- ce de la partie postérieure de la moelle que naissent les nerfs qui sont plus particulièrement destinés à la sensibilité générale.

Une sensibilité très-vive se fait aussi remarquer à l’intérieur et sur les côtés du quatrième ventricule; mais cette propriété diminue à mesure que l’on avance vers la partie antérieure de la moelle alongée; elle est déjà très -affaiblie dans les tubercules quadrijumeaux des mammifères.

Nous renvoyons à un autre article les propriétés du cerveau c|ui ont rapport aux mouvemens.

Les usages que remplit le cerveau dans l’économie animale sont extrêmement importans et multipliés. Il est l’organe de l’intelligence; il dirige nos moyens d’agir sur les corps extérieurs; il exerce une influence plus ou moins marquée sur les

phénomènes les pins intimes de la vie; Il établit une relation mystérieuse , mais réelle, entre les divers organes, ou, en d’autres termes, il est l’agent principal des sympathies. Nous ne l’envisagerons ici que sous le premier rapport.

De l'intelligence.

Quel que soit le juste orgueil que nous inspirent nos facultés mentales et les immenses avantages qu’elles nous procurent , il est vrai qu’elles se confondent sous certains rapports avec les phénomènes généraux de la vie. En effet, les fonctions intellectuelles sont soumises aux memes lois que les autres fonctions ; elles se développent et se détériorent avec les progrès de l’âge; elles se modifient par l’habitude, le sexe, le tempérament, la disposition individuelle; elles se troublent , s’affaiblissent ou s’exaltent dans les maladies; les lésions physiques du cerveau les pervertissent ou les détruisent , etc. ; enfin , de même que toutes les actions d’organe , elles ne sont susceptibles d’aucune explication, et, pour les étudier, il faut, comme dans toutes les questions de physiologie positive, se borner à l’observation et aux expériences , en se dépouillant autant que possible de toute prévention hypothétique.

Ajoutons qu’il faut se garder de croire que l’étude des fonctions du cerveau est infiniment plus difficile que celle des autres organes , et qu’elle appartient exclusivement à la métaphysique. En s’en tenant rigoureusement à l’observation, et en évitant avec soin de se livrer à aucnne explication décevante, cette étude devient purement ])hysiologIque , et peut-être est-elle plus aisée que celle de la plupart des autres fonctions, puisqu’il suffit de porter notre attention sur nous-même, de nous écouter penser , pour que les phénomènes s’offrent à notre observation.

Mais c’est là précisément une des grandes difficultés de la question. Cet esprit qui tourne son activité sur lui-même, c[ui s’efforce à se connaître, est sans doute un merveilleux attribut de l’homme; nous devons à cette aptitude une foule d’avantages. Cependant nous trouvons là un obstacle insurmontable à notre insatiable besoin de savoir , nous ne pouvons réellement conquérir des notions quelque peu satisfaisantes que sur les phénomènes qui se passent dans notre propre intelligence ; ce cjui se passe dans les autres cerveaux n’est plus autant à notre portée et devient forcément l’objet de nos conjectures , et nous sommes destinés à ignorer les facultés que nous ne possédons pas, ou du moins à n’en avoir que des notions très-incomplètes.

Cette incapacité de connaître ce qui n’est point en nous est aussi vraie pour les Idéologistes ou les philosophes que pour le commun des hommes; aussi quelque désir qu’ils aient eu de décrire et de classer les facultés intellectuelles , aucun n’y a réussi ; car il ne suffit pas de nous annoncer ce qui arrive dans une tête , il faudrait résumer ce qui se passe dans toutes; or, qui oserait se flatter de savoir au juste l’intelligence de l’être qui nous est le plus cher , avec qui nous avons les habitudes les plus intimes , qui peut être certain de se connaître soi-même ? Ne sommes-nous pas souvent surpris par le développement subit de facultés que nous ne nous soupçonnions pas? Et, dès-lors, qui peut entreprendre avec quelque espoir de succès de tracer l’histoire de l’esprit humain?

Quoi qu’il en soit , l’étude de l’intelligence ne fait pas en ce moment partie essentielle de la physiologie : une science s’en occupe spécialement, c’est Vidéologie . Les personnes qui veulent acquérir des notions étendues sur ce sujet intéressant à tant d’égards, doivent consulter les ouvrages de Bacon , de X^ocke , de Condillac, de Cabanis , de Dugald Stewart, Kent , Destutt Tracy, Thurot. Nous nous bornerons ici à présenter quelques-uns des principes fondamentaux de cette science d’après les idées des philosophes désignés par l’épithète de sensualistes.

Les innombrables phénomènes qui forment rintelligence de Fliomme (i) ne sont que des modihcalions de faculté de sentir. En prenant celte expression dans son acception la plus étendue et la plus générale.

On reconnak quatre modifications principales de la faculté de sentir :

1 . La ou l’action du cerveau , par laquelle nous éprouvons de imnres-

sions , soit du dedans , soit du dehors ; ^

2 . La mémoire, ou la faculté de reproduire des impressions ou des sensations précédemment reçues ;

3 . La faculté de sentir des rapports entre les sensations , ou le jugement •

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