DE LA VOIX
On entend par voix le son qui est produit dans le larynx au moment où l’air traverse cet organe, soit pour entrer dans la trachée-artère, soit pour en sortir.
Pour l’intelligence du mécanisme par lequel la voix est produite et modifiée, il est nécessaire que nous disions quelques mots de la manière dont le son se produit , se propage et se modifie dans les instrumens à vent, principalement sur ceux qui ont le plus d’analogie avec l’organe de la voix.
En général , un instrument à vent est formé d’un tuyau droit ou courbe , dans lecjuel l’air est mis en vibration par des procédés variables.
Les instrumens à vent sont de deux sortes ; les uns , nommés a bouche , et les autres , a anche.
Dans les instrumens abouche (cor, trompette, trombone, flageolet, flûte, tuyau d’orgue en flûte), c’est la colonne d’air contenue dans le tuyau qui est le corps sonore. Pour qu’elle produise des sons , il faut y exciter des vibrations. Les moyens qu’on emploie à cet effet sont variables , suivant l’espèce d’instrument. La longueur, la largeur, la forme du tube, les ouvertures pratiquées sur ses côtés ou à ses extrémités , la force , et la manière avec laquelle on excite les vibrations , sont les causes qui font varier les sons de cette espèce d’instrument. La nature de la matière qui les forme n’a d’influence que sur le timbre du son. La théorie de ces instrumens lorsque leurs parois sont rigides est entièrement semblable à celle des vibrations longitudinales des cordes (i). Connaissant les conditions physiques dans lesquelles se trouve un semblable instrument , on peut déterminer exactement par le calcul le son qu’il produira; il n’y a d’obscur dans leur théorie que certains points relatifs à leur embouchure , c’est-à-dire à la manière dont on y produit les vibrations. Il n’y a pas de rapport évident, j’espère le démontrer, entre ce genre d’instrument et celui de la voix.
(l) Biot, Traité de Physique expérimentale et maihè^natique , liv.ll, chap.tx.
Les instrumens à anche sont ceux qu’il nous importe le plus de connaître, car l’organe de la voix est de ce genre , ou du moins s’en rapproche sous plusieurs rapports ; malheureusement leur théorie est bien moins parfaite que celle des instrumens à bouche. On doit distinguer dans ce genre d’instriimens (clarinette, hautbois, basson, jeu d’orgue à voix humaine , etc.), V anche et le corps ou tuyau : le mécanisme en est essentiellement différent.
Une anche est toujours formée d’une et quelquefois de deux lames minces, susceptibles de se mouvoir rapidement , et dont les vibrations alternatives sont destinées à intercepter et à permettre tour à tour le mouvem.ent d’un courant d’air : c’est pourquoi les sons qu’elles produisent ne suivent pas les meme lois que les sons formés par les lames élastiques, libres par un bout, fixes par l’autre , qui excitent immédiatement des ondulations sonores dans l’air libre : dans les instrumens à anche , l’anche seule produit et modifie les sons. Si la lame est longue, les mouvemens sont étendus, lents, et par conséquent les sons graves; une lame courte, au contraire, produit nécessairement des sons aigus, parce que les alternatives de transmission et de pression du courant d’air sont plus rapides L’anche la plus parfaite et celle qui rend les sons les plus agréables est celle qui été inventée ou renouvelée des Chinois par M. Grenier et qui est connue sous le nom anche libre.
Quand on voudra tirer d’une anche une suite de sons , il faudra faire varier la longueur de la lame : c’est aussi ce que fait le joueur de basson, de clarinette, etc. , lorsqu’il produit des sons différons avec ces instrumens. C’est aussi ce que fait le facteur d’orgues par les mouvemens de la razette.
Ajoutons cependant, comme circonstance importante, que le ton plus ou moins élevé que produit l’instrument dépend en partie de l’élasticité, du poids , de l’épaisseur , et même de la forme de la languette ou âme , et de l’intensité du courant d’air; car tous ces élémens n’étant plus les mêmes, la longueur étant invariable, le ton change (i).
Une anche ne s’emploie jamais seule ; elle s’adapte toujours à un tuyau , à travers lequel passe le vent poussé dans l’anche, et qui, pour cette raison, doit être ouvert par ses deux extrémités. Le tuyau long et rigide n’influe pas sur le ton du son, il n’a d’influence que sur l’intensité, le timbre, et sur la possibilité de faire l’anche. S’il est formé par des lames membraneuses qui varient d’épaisseur , d’élasti • cité, de tension , elles peuvent influencer fortement le ton , ainsi qu’il résulte de trèsbelles expériences de M. Savart; les tuyaux courts modifient surtout l’intensité. Ceux qui déterminent les sons les plus éclatans sont les tuyaux coniques , qui vont en s’évasant vers l’air extérieur. Si le cône est renversé, le son devient sourd ; mais si deux cônes pareils, opposés base à base, sont ajustés à un tuyau cônique, le son prend de la rondeur et de la force. Les physiciens ne se rendent point raison de ces modifications (2).
Une colonne d’air qui vibre dans un tuyau ne peut produire qu’un certain nombre de sons déterminés; par une conséquence de ce fait, un tuyau d’anche, lorsqu’il est long , ne transmet aisément que les sons qu’il est apte à produire ; aussi faut-il en général établir d’avance un accord entre l’anche et le corps de l’instrument : par conséquent, lorsqu’on veut tirer successivement différens sons d’un même tuyau d’anche , il faut non-seulement modifier la longueur de la lame, mais modifier encore d’une manière correspondante la longueur du tuyau, et c’est à quoi servent les trous percés sur les côtés des clarinettes, des bassons, etc.; en les bouchant ou les ouvrant , on met le tuyau en rapport convenable avec l’anche. Cet accord a d’ailleurs l’avantage de pouvoir amener plus facilement, avec les lèvres, l’anche à donner le
(1) Biot, loc. cit.; Savart, Journal de Physiologie , t. 5.
(2) Biot, loc. cit.
son voulu. Cette influence du tuyau est très-marquée pour ceux qu» sont étroits (clarinettes, hautbois) ; elle est telle meme, que ranclie pourrait à peine parler si le tuyau n’élait amené à son ton. Dans les très-gros tubes (orgues), les anches vibrent à peu près comme dans l’air contenu dans de semblables tuyaux lorsqu’ils transmettent le son produit par l’anche. On a vu qu’il en est tout autrement pour les iiistrumens à bouche.
Appareil de la voix.
Puisque le passage de l’air à travers le larynx est une condition absolument nécessaire à la formation de la voix, on devrait compter les organes qui le déterminent au nombre des organes vocaux. Il devrait en être de même pour plusieurs autres parties qui servent à la production ou aux modifications de la voix ; mais devant en parler ailleurs, nous n’insisterons ici que sur le larynx , qui doit être considéré comme l’organe de la voix proprement dit.
Placé à la partie antérieure du cou , formant la saillie qu’on y remarque , intermédiaire de la langue et de la trachée-artère, le larynx a un volume qui varie suivant l’âge et le sexe. Proportionnellement plus petit dans l’enfant et la femme, il est plus volumineux chez le jeune homme déjà pubère, et davantage chez l’adulte.
Non-seulement le larynx produit la voix , mais il est encore l’agent de ses principales modifications : c’est pourquoi une connaissance exacte de l’anatomie de cet organe est indispensable si l’on veut parvenir à comprendre le mécanisme de la voix. Faute d’avoir suivi cette méthode, on n’a jusqu’ici donné que des idées im- ]>arfaites ou fausses sur ce point intéressant. Ne pouvant entrer ici dans tous les détails de la structure du larynx, nous n’insisterons que sur ceux qui sont les plus nécessaires à connaître, et dont plusieurs sont encore peu connus.
Quatre cartilages et trois fibro-cartilages entrent dans la composition du larynx , et en forment en quelque sorte la charpente ou le squelette. Les cartilages sont , le cricoïde , le thyroïde , et les deux aryténoïdes. Le thyroïde s’articule avec le cricoïde ])ar l’extrémité de ses cornes inférieures. Dans l’état de vie , le thyroïde est fixe relativement au cricoïde, ce qui est contraire à ce que l’on croit généralement. Chaque cartilage aryténoïde est articulé avec le cricoïde au moyen d’une facette oblongue, et concave transversalement. Le cricoïde présente une facette dont la disposition est analogue à celle de l’aryténoïde, avec cette différence qu’elle est convexe dans le même sens que l’autre est concave. Autour de l’articulation , on trouve une capsule synoviale , serrée en avant et en arrière, lâche au contraire en dedans et en dehors. Devant l’articulation est le ligament thyro-aryténoïdien ; derrière est un fort faisceau ligamenteux que l’on pourrait nommer ligament crico-arjténoïdieii , à cause de ses attaches.
Disposée comme je viens de le dire, l’articulation ne peut permettre que des mouvemens latéraux de l’aryténoïde sur le cricoïde ; tout mouvement en avant ou en arrière est impossible , ainsi qu’un certain mouvement de bascule dont on parle dans les livres d’anatomie, mouvement qu’aucun muscle n’est disposé de manière à pouvoir produire. Cette articulation doit être considérée comme un ginglyme latéral simple. Les fibro-cartilages du larynx sont V épiglotte , et deux petits corps que l’on trouve au-dessus du sommet des cartilages aryténoïdes, et que Santorini a nommés capitula eartilaginum arytenoidarum.
Un grand nombre de muscles s’attachent médiatement ou immédiatement au larynx : on nomme ces muscles extrinsèques ; ils sont destinés à mouvoir l’organe en totalité, soit pour l’abaisser ou l’élever, soit pour le porter en avant, en arrière, etc. En outre, le larynx a des muscles dont l’usage est de faire mouvoir , les unes par rapport aux autres, ses diverses parties; ces muscles ont été nommés intri/isèques: ce sont lo les muscles crieo-thyroïdiens , dont l’usage n’est point, comme on l’a cru
jusqu’ici, d’abaisser le thyroïde sur le cricoïde, mais au contraire d’élever le cricoïde en le rapprochant du thyroïde, ou même en le faisant passer un peu sous son bord inférieur (i^; 2° les muscles crico-aryténoïdicns postérieurs , et les crico-aiyténoïdicns latéraux , dont l’usage est déporter en dehors les cartilages aryténoïdes , en les écartant l’un de l’autre; 3® le muscle aryténoïdleji , qui rapproche et applique Pun contre l’autre les cartilages aryténoïdes ; 4° le thyro-aiyténoïdien y qui est de tous les muscles du larynx le plus important à connaître, puisque c’est lui dont les vibrations produisent le son vocal. Ce muscle forme les lèvres de la glotte , et les parois inférieures , supérieures et latérales des ventricules du larynx ; 5® enfin , les muscles de l’épiglotte, qui sont, le tJiyro-épiglottique y Varyténo-épiglottique , et quelques fibres que l’on peut envisager comme le vestige du muscle glosso-épiglottique qui existe dans beaucoup d’animaux : donc la contraction influe sur la position de l’épiglotte.
Le larynx est tapissé à l’intérieur par une membrane muqueuse. Cette membrane, en passant de l’épiglotte aux cartilages aryténoïdes et thyroïdes, forme deux replis , nommés les Ugameas latéraux de l’épiglotte : elle concourt à former les ligamens supérieurs et inférieurs de la glotte. Derrière , et dans le tissu de l’épiglotte , on trouve un grand nombre de follicules muqueux et quelques glandes muqueuses; il existe dans l’épaisseur des ligamens de l’épiglotte un amas de ces corps, qu’on a nommé assez improprement glande aryténoïdienne.
Entre l’épiglotte, en arrière, et l’os hyoïde et le cartilage thyroïde en avant, on voit un paquet considérable de tissu cellulaire graisseux très-élastique , et analogue à ceux qui existent aux environs de certaines articulations. On n’a point encore assigné les usages de ce corps : peut-être sert-il à favoriser les glissemens fréquens du cartilage thyroïde sur la face postérieure de l’os hyoïde, et à tenir l’épiglotte écartée supérieurement de cet os, et en même temps à lui fournir un appui trèsélastique, qui puisse favoriser les usages que remplit le fibro-cartilage dans la voix ou la déglutition.
Les vaisseaux du larynx n’offrent rien de remarquable. Il n’en est pas de même des nerfs de cet organe; leur distribution mérite d’être examinée avec soin. Ces nerfs sont au nombre de quatre : les laryngés supérieurs , et les récurrens ou laryngés inférieurs.
Le nerf récurrent se distribue aux muscles crico-aryténoïdien postérieur, crlcoaryténoïdien latéral , et thyro-aryténoïdien ; on ne voit point de ramification de ce nerf qui aille au muscle aryténoïdien , ni au crico-thyroïdien. Le nerf laryngé supérieur , au contraire , est destiné au muscle aryténoïdien , auquel il donne un rameau considérable, et au muscle crico-thyroïdien, auquel il envoie un filet moins remarquable par son volume que par son trajet (2). Dans quelques cas, cependant, ce filet n’existe pas : mais alors la branche externe du nerf laryngé est plus considérable. Le reste des filets du nerf laryngé se distribue aux muscles de l’épiglotte et à la membrane muqueuse qui revêt l’entrée du larynx : aussi cette partie est-elle douée d’une excessive sensibilité.
On appelle gj^otte l’intervalle Cj^ui sépare les muscles thyro-aryténoïdien s et les cartilages aryténoïdes. Sur le cadavre , la glotte se présente sous l’apparence d’une fente longitudinale, longue de huit à dix lignes, et large de deux à trois ; elle est plus ouverte en arrière qu’en avant , où les deux côtés se rapprochent et finissent par se toucher à l’endroit de leur insertion au cartilage thyroïde.
1/extrémité postérieure de la glotte est formée par le muscle aryténoïdien.
Si l’on rapproche les cartilages aryténoïdes de manière qu’ils se touchent par leur
(1) Voyezmon Mémoire sur V lé pig lotie {\)Ihid.
an 13.