Ü4 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE
face interne, la glotte est diminuée d’environ un tiers de sa longueur ; elle n’offre plus qu’une fente d’une demi-ligne à une ligne de large , et de cinq à six lignes de long , et à laquelle le nom de flotte vocale doit être réservé, car elle seule participe à la production de la voix. Les côtés de cette fente sont nommés les lèvres de la glotte ou rubans vocaux. Ils présentent un bord tranchant, dirigé en haut et en dedans ; ils sont formés par le muscle thyro-aryténoïdien , et par le ligament du même nom , qui recouvre , comme une aponévrose, le muscle auquel il adhère avec force, et qui, recouvert lui-même par la membrane muqueuse, forme la partie la plus mince ou le tranchant de la lèvre. Ce sont ces lèvres de la glotte qui vibrent dans la production de la voix , et qui forment V anche vocale dont la double lame contractile peut affecter durant la vie une multitude de formes, d’épaisseurs, d’élasticités différentes.
Au-dessus des ligamens Inférieurs de la glotte sont les ventricules du larynx , dont la cavité est plus spacieuse qu’il ne semble au premier examen , et dont les parois inférieures , externes et supérieures sont formées par le muscle thyro-aryténoïdien , contourné sur lui-même : l’extrémité ou paroi antérieure est formée par le cartilage thyroïde. Au moyen de ces ventricules , les lèvres de la glotte sont isolées par leur côté supérieur et externe.
Au-dessus de l’ouverture des ventricules sont deux membranes qui ont beaucoup d’analogie pour la disposition avec les cordes vocales, et qui forment comme une seconde glotte au-dessus de la première; ce sont les ligamens supérieurs de la glotte. Ils sont formés par le bord supérieur du muscle thyro-aryténoïdien , un peu de tissu cellulaire graisseux , et par la membrane muqueuse du larynx , qui les recouvre avant de pénétrer dans les ventricules.
Telles sont les observations qu’il est facile de faire sur le larynx des cadavres. Je ne crois pas qu’on ait jamais examiné la glotte d’un homme vivant , du moins rien n’a été écrit, à ma connaissance, sur cet objet; mais examinée sur des animaux vivans, des chiens, par exemple, on voit c[u’elle s’agrandit et se rétrécit alternativement : les cartilages aryténoïdes sont portés en dehors dans le moment où' l’air pénètre dans les poumons , ils se rapprochent et s’appliquent l’un à l’autre dans l’instant où l’air sort de celte cavité.
Mécanisme de la production de la voix.
Si vous prenez la trachée-artère et le larynx d’un animal ou d’un cadavre , et qu’avec un gros soufflet vous poussiez de l’air dans la trachée , en le dirigeant vers le larynx , aucun son n’est produit , mais seulement un léger bruit , résultat du frottement de l’air contre les parois de la trachée et du larynx , ainsi qu’il arriverait dans tout autre tuyau élastique. L’air passe alors par toute l’étendue de la glotte , dont les lèvres sont écartées et légèrement mises en mouvement par le courant gazeux. Si, continuant de souffler, vous rapprochez les cartilages aryténoïdes de sorte qu’ils se touchent par leur face interne , il se produira tantôt un bruit ronflant désagréable , et tantôt, mais plus rarement, un son qui aura quelque analogie avec la voix de l’animal auquel a appartenu le larynx en expérience. Très-souvent il est impossible d’obtenir ce dernier son.
Le son , quand il est produit , sera plus ou moins aigu ou grave , selon que les cartila^ges seront pressés l’un contre l’autre avec plus ou moins de force; il sera d’autant plus intense , que l’on soufflera dans la trachée avec plus de force. On verra facilement dans cette expérience que ce sont les ligamens inférieurs de la glotte qui, en s’écartant et en se rapprochant à la manière des anches libres , produisent le son.
Une ouverture faite à la trachée, au-dessous du larynx , prive l’homme et les
animaux de la voix : celle-ci reparaît si l’on bouche mécaniquement l’ouverture. Je connais un homme qui est dans ce cas depuis nombre d’années ; il ne peut parler s’il ne porte une cravate serrée qui ferme une ouverture fistuleuse du larynx (i). Le résultat est le même lorsque le larynx est ouvert au-dessous des ligamens inférieurs de la glotte.
Au contraire, une blessure existe-t-elle au-dessus de la glotte , intéresse-t-elle l’épiglotte et ses muscles ; les ligamens supérieurs de la glotte et même la partie supérieure des cartilages aryténoïdes sont-ils lésés , la voix persiste. Enfin, la glotte, mise à découvert sur un animal vivant, dans le moment où il crie, laisse aisément apercevoir que sa voix est formée par les oscillations vibratoires des cordes vocales (2].
M. Cagnard- Latour , l’un de nos plus ingénieux physiciens , a fait construire un petit appareil, véritable larynx artificiel, où deux lames minces de gomme élastique, tendues à l’extrémité d’un tube évasé, se touchent par l’un de leurs bords; quand on souffle doucement dans le tube , il se produit un mouvement d’anche semblable à celui du larynx , et conséquemment un son qui a beaucoup d’analogie avec la voix. Mais, ce qu’il aurait été difficile de prévoir, pour que le son soit pur, et qu’il se forme aisément, les lames doivent être inégalement tendues; par exemple, les sons qu’elles rendent isolément sont-ils à la quinte l’un de l’autre , alors le son commun est à la tierce. Si les lames sont légèrement écartées le son ne se produit plus. Nous parlerons encore de cet ingénieux instrument.
En voilà assez, je pense, pour mettre hors de doute que la voix est produite dans la glotte par les mouvemens de ses ligamens inférieurs.
Ce fait une fois bien établi, peut-on, par les principes de la physique, se rendre raison de la formation de la voix? Voici l’expérience qui me paraît la plus probable (3). L’air, chassé du poumon, marclie d’abord dans un canal assez large; bientôt ce canal se rétrécit , et l’air est obligé de passer à travers une fente étroite, dont les deux côtés sont des lames vibrantes, qui, de même que les lames des anches , permettent et interceptent tour à tour le passage de l’air, et qui , par ces alternatives , déterminent des ondulations sonores dans le courant d’air transmis.
Mais pourquoi, en soufflant dans la trachée-artère d’un cadavre, le larynx ne produit-il aucun son analogue à la voix humaine? pourquoi la paralysie des muscles intrinsèques de cet organe est- elle suivie delà perte de la voix ? enfin, pourquoi faut-il un acte de la volonté pour que nous formions le son vocal? La réponse est facile. Les ligamens de la glotte n’acquièrent la faculté de vibrer, à la manière des lames des anches , qu’autant que les muscles thyro-aryténoïdiens sont en contraction ; et par conséquent , dans toutes les circonstances où les muscles ne seront pas contractés , il n’y aura point de voix produite.
Les expériences sur les animaux sont parfaitement d’accord avec ce résultat. Coupez les deux nerfs récurrens, qui, comme nous l’avons dit , se distribuent aux muscles thyro-aryténoïdiens, et la voix est perdue entièrement. N’en coupez qu’un, et la voix ne se perd c[u’à moitié.
Cependant , j’ai vu plusieurs animaux dont les deux nerfs récurrens étaient cou-
(1) Je viens de voir une femme qui a une fistule aérienne large de deux lignes à la hauteur du cartilage cricoïde; quand elle expire une partie de Pair sort par la fistule avec un faible bruissement, Pautre passe par le larynx et produit la voix.
(2) Nom donné pai' Ferrein aux lèvres de la glotte.
(3) Tout instrument à anche présente quatre parties distinctes : 1° le réservoir d’air; 2° le tuyau porte-vent ; Panche ; 4» le tuyau porte-voix. Ces quatre parties se voient dans l’appareil vocal. Le poumon et les bronches sont le réservoir d’air ; la trachée , le porte-vent ; le larynx , Panche ; le pharynx , la bouche ; et les cavités nasales, le porte-voix. La similitude est complète.
pés , pousser des cris assez aigus dans des instans où ils éprouvaient une violente douleur. Ces cris avaient beaucoup d’analogie avec les sons qu’on aurait produits mécaniquement avec le larynx de l’animal mort , en soufflant dans la tracliée, et en rapprochant les cartilages aryténoïdes : et c’est encore un phénomène qui s’entend aisément pour la distribution des nerfs du larynx. Les récurrens étant coupés , les thyro-aryténoïdiens ne se contractent plus : delà résnlleV aphonie ; mais le muscle aryténoïdien , qui reçoit ses nerfs du laryngé supérieur , se contracte , et dans le moment d’une expiration rapide il applique fortement Tun contre l’autre les cartilages aryténoïdes, et la glotte se trouve assez étroite pour que l’air puisse faire entrer en vibration les muscles thyro-aryténoïdiens, bien qu’ils ne soient point contractés (i}.
Un des plus savans physiciens de notre époque , mon estimable confrère M. Savart, a combattu, dans un mémoire imprimé tome V de mon Journal de Physiologie , la comparaison que j’établis entre le larynx et les anches.
Sa principale objection est la suivante : « Il faudrait, dit-il, pour que l’analogie fût admissible, que le larynx ne put rendre aucun son , tandis que les ligamens vocaux inférieurs sont écartés l’un de l’autre.» Or, c’est justement ce que prouve l’expérience. Quand on souffle dans un larynx dont les bords de la glotte sont écartés , il ne se produit aucun son vocal; pour obtenir quelque bruit qui s’en rapproche, il faut faire toucher les ligamens vocaux. En outre, observez la glotte d’un chien au moment où il produit la voix, et vous vous convaincrez aussitôt que le son se forme au moment où les lèvres se touchent et s’écartent rapidement. Ajoutons que le contact n’a pas seulement lieu lors de la formation de la voix, mais qu’il existe toutes les fois que l’animal expire, c’est-à-dire chasse l’air de son poumon. Dans les efforts ce contact est meme si exact , qu’il s’oppose à toute issue de l’air.
« Une objection assez importante, ajoute M. Savart, qu’on peut faire à ceux qui prétendent que la voix est produite par un mécanisme d’anche, c’est que la qualité du son de la voix humaine est loin d’être semblable à celle du son des anches, quelque perfectionnées qu’on le suppose. Les sons de la voix ont un caractère qu’aucun instrument de musique ne peut imiter, et cela doit être, car ils sont produits par un mécanisme fondé sur des principes qui ne servent de bases à aucun de nos instrumens » .
Je dirai, avec M. Savart , l’art n’a pu jusqu’ici reproduire complètement la voix humaine, et cela doit être, car il n’a pas encore imaginé d’anche dont les languettes pussent revêtir en un instant cent caractères physiques divers, et former cent nuances de ton, de timbre, d’intensité de son; et pourtant il faut rendre cet hommage aux artistes qui se sont efforcés d’imiter la voix : plusieurs en ont approché , et , ce qui n’est pas indifférent pour la question ici débatlue, toujours par l’emploi des anches.
Après avoir cherché à détruire l’analogie que je reconnais entre l’anche et le larynx , M. Savart propose de comparer l’organe de la voix à un petit sifflet dont se servent les chasseurs pour contrefaire la voix de certains oiseaux , espèce de vase hémisphérique de quelques lignes de diamètre, et percé en deux points opposés de deux fentes dans lesquelles on fait passer l’air après avoir placé rinstrnment dans la bouche. Le savant physicien appuie son opinion d’une foule de faits , d’expériences , de considérations intéressantes qui ont agrandi, personne n’en peut douter, le champ des connaissances acoustiques ; mais je ne puis reconnaître la ressemblance qu’il voudrait établir entre un réclame et le larynx , car cet instrument produit le son ses bords étant écartés et immobiles, tandis que la voix est formée les lèvres de la glotte
(1) L’effet de celle contraction est tel qu’il fait périr asphyxiés les jeunes animaux auxquels les nerfs récurrens ont été coupés. (Voyez Mmvcincns de la glotte cUms ta respiration.
étant en mouvemens et en contact. Les faits pliysiologiques que je vais bientôt rapporter confirmeront, s’il était nécessaire, cette réfutation d’une théorie d’ailleurs aussi ingénieuse que savante.
Après s’étre ainsi formé dans la glotte, le son vocal s’engage dans le tuyau portevoix , que représente le pharynx et la bouche, et quelquefois le pharynx et les cavités nasales. Dans ce trajet , la voix subit des modifications plus ou moins prononcées , selon la forme et la longueur du tuyau qu’elle traverse. Ces modifications ne s’éloignent pas de celles qui s’observent dans les instrumens à anche ordinaire ; si par exemple le son doit être intense et éclatant, la bouche s’ouvre largement et représente un porte-voix conique favorable, comme chacun sait, à la transmission des sons intenses.
Jusqu’ici l’analogie ou plutôt la similitude entre l’organe delà voix et les instrumens à anche en général est évidente; mais il doit cependant être plus particulièrement rattaché à ceux que le souffle de l’artiste met en jeu. En effet, le vent qui met en vibration des lames de l’anche n’est point de l’air pur et froid comme dans les orgues, mais de l’air mêlé d’acide carbonique et de vapeur d’eau ; en outre cet air a une température qui se rapproche de celle du poumon. Or il est connu en physique que la nature du gaz sonore, sa densité, etc,, influent sur la qualité des sons ; il en est de même du mélange des gaz avec les vapeurs.
Intensité ou volume de la voix.
L’intensité de la voix dépend , comme celle de tous les autres sons, de rétendue des vibrations (i). Or, plus l’air sortant de la poitrine sera chassé avec force, et plus les vibrations des cordes vocales auront d’étendue; plus les cordes elles-mêmes seront longues, c’est-à-dire plus le larynx sera volumineux, et plus aussi l’étendue des vibrations sera considérable. Une personne vigoureuse, dont la poitrine est large , dont le larynx a de grandes dimensions , présente les conditions les plus avantageuses pour l’intensité de la voix. Que cette même personne tombe malade, que ses forces s’affaiblissent , sa voix perd beaucoup de son intensité , par la seule raison qu’elle ne peut plus chasser l’air avec force de sa poitrine.
Les enfans, les femmes, les eunuques, dont le larynx est proportionnellement plus petit que celui de l’homme adulte, ont aussi naturellement la voix beaucoup moins intense que lui.
Dans la production ordinaire de la voix, elle résulte des mouvemens simultanés des deux côtés de la glotte : si l’un de ces côtés perdait la faculté d’exciter des vibrations dans l’air, la voix perdrait nécessairement, à force d’expiration égale, la moitié de son intensité. On peut s’assurer de ce résultat en coupant un seul nerf récurrent sur un chien, ou en étudiant la voix chez une jeune personne attaquée d’une hémiplégie complète.
Timbre de la voix.
Chaque individu a un timbre de voix particulier , qui le distingue ; chaque âge , chaque sexe, ont aussi le leur. Le timbre de la voix présente donc des modifications infinies : de quelles circonstances physiques dépendent-elles? on l’ignore. Pourtant le
(1) Probablement que l’intensité du son tient à d’autres causes <ju’à l’étendue des vibrations; il doit en être de même pour l’intensité de la voix.
timbre féminin, qui se retrouve dans les enfans, dans les eunuques, coïncide assez généralement avec l’état cartilagineux des cartilages du larynx et le peu de volume de cet organe. La voix masculine paraît au contraire liée avec l’état osseux de ces mêmes cartilages , et surtout du thyroïde et des dimensions plus fortes de la glotte et du larynx.
Rappelons ici que le timbre est une modification du son, dont les physiciens sont loin de se rendre raison.
Des dijférens tons , ou de V étendue de la voix.
Les sons que peut produire le larynx de l’homme sont extrêmement nombreux. Plusieurs auteurs célèbres ont cherché à en expliquer la formation; mais ce qu’ils ont donné comme des explications étaient plutôt de simples comparaisons. Ainsi , Ferrein voulait que les ligamens de la glotte fussent des cordes, et il expliquait les divers tons de la voix par les degrés différens de tension dont il pensait qu’elles étaient susceptibles ; d’autres ont comparé le larynx à un instrument à vent , aux lèvres du donneur de cor, aux mêmes parties dans l’action de siffler.
Ces explications pêchent par la base , car elles ne sont fondées que sur la considération superficielle du larynx du cadavre, tandis qu’elles devraient avoir eu pour fondement l’étude approfondie de l’anatomie du larynx , et l’examen attentif de cet organe dans l’état de vie : j’ai tâché de suppléer à cette lacune, et voici les résultats que j’ai obtenus :
.l’ai mis sur un chien la glotte à découvert, par une incision entre le cartilage thyroïde et l’os hyoïde, et j’ai vu que lorsque les sons sont graves, les ligamens de la glotte vibrent dans toute leur longueur, et que l’air expiré sort par toute l’étendue de la fente qui résulte du contact des deux lèvres de la glotte (i).
Dans les sons plus aigus, les ligamens ne vibrent plus parleur partie antérieure , mais seulement par leur partie postérieure, et l’air ne sort plus que par la portion de glotte qui vibre : cette ouverture se trouve par conséquent diminuée.
Enfin , quand les sons deviennent très-aigus , les ligamens ne présentent plus de vibrations qu’à leur extrémité aryténoïdienne , et l’air expiré ne sort plus , si ce n’est par cette portion de la glotte qui n’a pas plus de deux lignes d’étendue. Il paraît que Je terme de l’acuité des sons arrive, parce que la glotte se ferme entièrement, et que Tair ne peut plus sortir à travers le larynx , expérience qu’il est facile à chacun de faire sur lui-même.
Le muscle aryténoïdien , ayant principalement pour usage de fermer la glotte par son extrémité postérieure, devait être l’agent principal de la production des sons aigus. J’ai voulu savoir quel effet aurait sur la voix la section des deux nerfs laryngés qui donnent le mouvement à ce muscle, et j’ai reconnu que dans ce cas la voix de l’animal perd presque tous ses tons aigus ; en outre , elle acquiert une gravité habituelle qu’elle n’avait point auparavant.
L’analogie de structure est trop marquée entre le larynx de l’homme et celui du chien, pour qu’on ne puisse pas croire que les mêmes phénomènes se passent chez le premier. Une circonstance doit avoir une certaine influence sur les tons de la voix, c’est la contraction des muscles thyro - aryténoïdiens. Plus ces muscles se contracteront avec force, et plus leur élasticité s’accroîtra, et plus ils deviendront susceptibles de vibrer rapidement et de produire des sons aigus; moins ils seront contractés,
(l) Je ne comprends pas dans la glotte l’intervalle qui existe entre les cartilages aryténoïdes qui, pendant la phonation, sont exactement appliqués l’un contre l’autre et ne laissent pas passer l’air expiré.
et plus ils produiront aisément les sons graves. On peut aussi présumer que la contraction de ces muscles concourt puissamment à fermer en partie la glotte, particulièrement dans sa moitié antérieure.
Le larynx artificiel de M. C. Latour démontre physiquement les deux phénomènes physiologiques dont je viens de parler à l’occasion des différens tons de la voix. Si vous soufflez dans le tube, les lames élastiques vibrent dans toute leur longueur : le son est alors grave; si vous raccourcissez les lames , le son devient d’autant plus aigu qu’elles sont plus courtes. Cependant dès qu’elles sont réduites à quatre lignes , le plus souvent il n’y a plus de son, tandis que sur des larynx vivans j’ai vu le son se former dans une fente de deux lignes au plus. Quoi qu’il en soit, comme dans le larynx, plus la fente par laquelle s’échappe l’air est courte, plus le son est aigu. Le second phénomène , qui se rattache à la tension des ligamens vocaux , est facile à voir sur le meme instrument; car, en variant les tensions des lames, on fait monter ou descendre le ton.
Le larynx représente donc une anche à double lame , dont les tons sont d’autant plus aigus que les lames sont plus raccourcies, et d’autant plus graves qu’elles sont plus longues. Mais, quoique cette analogie soit juste, il n’en faudrait cependant pas conclure une identité complète. En effet, les anches ordinaires sont composées de lames rectangulaires , fixées par un côté et libres par les trois autres , au lieu que dans le larynx les lames vibrantes, qui sont aussi à peu près rectangulaires , sont fixes par trois côtés et libres par un seul. En outre, on fait monter ou descendre les tons des anches ordinaires en variant leur longueur : dans les lames du larynx , c’est la largeur qui varie. Enfin, jamais dans les instrumens de musique on n’a employé d’anches dont les lames mobiles pussent varier à chaque instant d’épaisseur et d’élasticité , comme il arrive pour les ligamens de la glotte : en sorte que l’on conçoit bien , par aperçu , que le larynx peut produire la voix et en varier les tons à la manière des anches , mais sans pouvoir toutefois assigner rigoureusement toutes les particularités de son mode d’action.
On a cru jusqu’ici que le tube qui apporte le vent à l’anche, ou le porte-vent, n’avait aucune influence sur la nature du son produit : M. Biot rapporte une observation de M. Grenié , qui prouve le contraire. Il n’est donc pas impossible que l’alongement ou le raccourcissement de la trachée, qui fait, relativement au larynx , l’office de porte-vent, ait une influence sur la production de la voix et sur ses différons tons.
Nous venons d’examiner l’anche de l’organe de la voix , il faut considérer maintenant le tuyau que le son vocal traverse après avoir été produit. Or, en procédant de bas en haut, le tuyau se compose: de l’intervalle compris entre l’épiglotte en
avant, ses ligamens latéraux sur les côtés, et de la paroi postérieure du pharynx ; 2® du pharynx en arrière et latéralement, et de la partie la plus postérieure de la base de la langue en avant; 3° tantôt la bouche, tantôt les cavités nasales, et quelquefois les deux cavités ensemble.
Ce tuyau pouvant s’alonger et se raccourcir, devenir plus large ou se rétrécir , revêtir enfin une infinité de formes différentes , remplit à merveille les fonctions de corps d’instrument à anche , c’est- à-dire qu’il se met rapidement en harmonie avec le larynx - anche , favorise ainsi la production des tons nombreux dont se compose la voix, accroît l’intensité du son vocal en affectant une forme cônique, évasée vers le dehors , donne de la rondeur et de l’agrément au son , en disposant convenablement son ouverture extérieure, ou bien l’étouffe presque entièrement, etc.
, Jusqu’à ce que la physique ait déterminé avec précision l’influence du tuyau des instrumens à anche, il est clair que la physiologie ne pourra se livrer qu’à des conjectures touchant l’influence du tuyau de l’organe de la voix. Nous ne ferons à cet égard qu’un petit nombre d’observations , qui portent sur les phénomènes les plus appareils.
A. Le larynx s’élève dans la production des sons aigus, il s’abaisse au contraire
clans celle des sons graves; par conséquent le tuyau vocal est raccourci dans le premier cas et alongé dans le second. En effet , un tuyau court est favorable pour transmettre des sons aigus, tandis qu’un plus long l’est davantage pour des sons graves. En même temps que le tuyau change de longueur, il change aussi de largeur; et cette circonstance est remarquable , car nous avons vu plus haut que la largeur du tuyau influe sur sa facilité de transmettre les sons.
Quand le larynx descend, c’est-à-dire quand le tuyau vocal s’alonge, le cartilage thyroïde s’abaisse et s’éloigne de l’os hyoïde de toute la hauteur (le la membrane thyro-hyoïdiemie. Par cet écartement , la glande épiglottlque est portée en avant , et vient se loger dans la concavité de la face postérieure de l’os hyoïde ; cette glande entraîne nécessairement après elle l’épiglotte : d’où il résulte un élargissement considérable de la partie inférieure du tuyau vocal.
Le phénomène opposé arrive lorsque le larynx s’élève. Alors le cartilage thyroïde monte derrière l’os hyoïde (i) en déplaçant et poussant en arrière la glande épiglottique ; celle-ci pousse à son tour l’épiglotte, et le tuyau vocal se trouve de beaucoup rétréci. En simulant ce mouvement sur le cadavre , il est facile de s’assurer que le rétrécissement peut aller jusqu’aux cinq sixièmes de largeur du tuyau. Or , c’est un tuyau large qui s’adapte à une anche pour les sons graves; c’est, au contraire, un tuyau étroit qui est le plus souvent employé pour transmettre des sons aigus. On peut donc, jusqu’à un certain point , se rendre raison de l’utilité des changeniens de largeur qu’éprouve le tuyau vocal dans sa partie inférieure.
B. La présence des ventricules du larynx immédiatement au-dessus des ligamens inférieurs de la glotte, paraît avoir pour utilité d’isoler ces ligamens, de manière qu’ils vibrent librement dans l’air. Quand il s’introduit des corps étrangers dans les ventricules , ou quand il s’y forme des mucosités ou une fausse membrane , la voix est ordinairement éteinte ou très-affaiblie. Cependant ces cavités ne sont pas indispensables à la production de la voix. Plusieurs animaux dont le son vocal est trèsintense en sont dépourvus ; de plus , on peut les détruire sur un chien , comme l’a fait Bichat, sans que la voix cesse de se produire. Cette expérience, que j’ai plusieurs fois répétée, ne permet aucun rapprochement entre le larynx et les instrumens en flûte.
C. En raison de sa forme, de sa position au-dessus de la glotte, de son élasticité, des mouvemens que lui impriment ses muscles , l’épiglotte paraît appartenir essentiellement à l’appareil de la voix ; mais quels sont ses usages ? Nous avons déjà vu qu’elle contribue puissamment à rétrécir le tuyau vocal; on peut croire qu’elle a une fonction plus importante.
M. Grenié,qui vient de faire subir aux anches une modification si ingénieuse et si utile, n’est pas parvenu tout d’un coup au résultat qu’il a enfin obtenu; il a dû passer par une série d’effets intermédiaires. A une certaine époque de son travail , il voulait augmenter l’intensité d’un même son sans rien changer à l’anche; pour y réussir , il était obligé d’augmenter graduellement la rapidité du courant d’air ; mais cette augmentation, en rendant les sons plus forts, les faisait monter; pour remédier à cet inconvénient , M. Grenié ne trouva d’autre moyen que de placer obliquement dans le tuyau , immédiatement au-dessus de l’anche , une languette souple , élastique, telle à peu près que nous voyons l’épiglotte au-dessus de la glotte : d’où l’on pourrait conclure que l’épiglotte concourt à donner à l’homme la faculté d’enfler le son vocal sans que celui-ci monte.
D. L’intensité de la voix est visiblement influencée par le tuyau vocal. Les sons ■les plus intenses que la voix puisse produire , nécessitent que la bouche soit largement ouverte , la langue un peu retirée en arrière , le voile du palais soulevé , hori-
(l) Les muscles thyro-liyoïdiens paraissent plus particulièrement destinés à produire lemouvement par lequel le cartilage thyroïde passe derrière Los hyoïde.
nt
zontal, et sensiblement élastique, fermant toute communication avec les fosses nasales. Dans ce cas, le pharynx et la bouche font évidemment l’office d’un portevoix, c’est-à-dire qu’ils représentent assez exactement un tuyau d’anche, qui va eu s’évasant vers Pair extérieur , dont l’effet est d’augmenter l’intensité du son produit par l’anche. Si la bouche est en partie fermée, les lèvres portées en avant, et plus ou moins rapprochées ,1e son pourra acquérir de la rondeur , un timbre agréable , mais il perdra de son intensité : résultat qui s’explique aisément d’après ce qui a été dit de l’influence de la forme des tuyaux dans les instrumens à anche.
Par les mêmes raisons , toutes les fois que le son vocal passera par les fosses nasales , il deviendra sourd , car la forme de ses cavités est bien propre à diminuer l’intensité des sons et à les altérer d’une manière désagréable.
E. La bouche et le nez étant fermés , et ne permettant plus le passage de l’air expiré, le son vocal se forme encore dans le larynx , mais il ne peut se soutenir longtemps ; ses limites sont fixées par la petite quantité d’air qui peut être contenue dans la bouche, et les cavités nasales ; dès que ces cavités en sont remplies et distendues, le son vocal cesse de pouvoir être produit. Dans tous les cas , le son est faible et étouffé , et cela se comprend aisément, puisqu’il ne peut arriver à l’oreille que par l’intermédiaire des parois de la bouche et du nez.
F. Il résulte d’observations récentes de M. le docteur Bennati, que le voile du palais et la luette éprouvent des modifications remarquables dans la production des sons aigus et graves. Dans la formation de ces derniers , le voile est horizontal , large et tendu , la luette pendante et verticale. A mesure que les sons s’élèvent le voile s’abaisse par la partie postérieure; la cavité du pharynx se rétrécit , et la luette diminue de longueur ; enfin , dans les sons les plus aigus , le voile du palais se rétrécit encore et la luelte disparaît complètement. M. Bennati attache une telle importance à ces dernières modifications du tuyau vocal, qu’il nomme les sons aigus sus-laryngiens , voulant indiquer par celte épithète que le pharynx, le voile, etc. , ont la plus grande part dans leur production. Nous ne pouvons partager cette opinion; nous nous plaisons à rendre justice au mérite des observations du savant italien , mais nous n’y voyons jusqu’ici que des phénomènes coïncidant avec la production des sons aigus ou graves, et rien qui se rattache à la théorie physique de la voix.
G. On a vu , à l’occasion de la production de la voix , qu’un grand nombre de modifications relatives au timbre naissent par les changemens d’épaisseur , d’élasticité, qui arrivent aux lèvres de la glotte. Le tuyau peut en produire une foule d’autres, selon ses divers degrés de longueur ou de largeur; selon sa forme, la tension plus ou moins grande de ses parois, la position de la langue, celle du voile du palais; selon que le son passe en tout ou en partie par la bouche ou par les fosses nasales, ou bien par ces deux cavités à la fois; la disposition individuelle de la bouche ou du nez ; l’existence ou la non-existence des dents ; leur arrangement plus ou moins régulier, la concavité plus ou moins profonde de la voûte palatine; le volume de la langue, etc. ; selon toutes ces circonstances, dis-je, le timbre de la voix est continuellement modifié. Chaque fois, par exemple, que le son traverse les fosses nasales , le son vocal devient désagréable , nasillard.
H. Les ondes sonores, développées par les mouvemens de l’anche laryngienne, se transmettent non-seulement à la colonne d’air qui traverse le pharynx et la bouche, mais elles s’étendent à l’air contenu dans les cavités nasales par l’intermédiaire du palais membraneux et osseux; elles se propagent aussi en sens inverse dans la masse gazeuse qui remplit la poitrine ou plus exactement les poumons; il en résulte des résonnances qui modifient le timbre et même l’intensité la voix.
La résonnance qui a lieu dans la poitrine est aujourd’hui l’un des phénomènes de physique vitale dont l’étude importe le plus aux médecins , par les nombreuses modifications qu’il subit dans les maladies.
/. Indépendamment des nombreuses modifications que le tuyau de l’organe vocal
détermine dans l’intensité et le timbre de la voix , en permettant ou en interceptant alternativement sa production, il produit encore un genre de modification très-important : par ce moyen , le son vocal est partagé en petites portions , qui chacune ont un caractère distinct , parce que chacune d’elles est produite par un mouvement j)articulier du tuyau. Cette espèce d’influence du tuyau vocal est ce qu’on nomme la faculté cV articuler , qui offre un nombre infini de différences individuelles en rapport avec l’organisation propre du tuyau vocal.
Jusqu’ici nous avons traité de la voix humaine d’une manière générale, nous allons actuellement parler de ses principales divisions , savoir : le cri, ou voix native; la voix proprement dite , ou voix accj^uise ; la parole , ou la voix articulée ; le chant, ou la voix appréciable.
Du cri ou voix native.
Le cri est un son souvent appréciable qui, comme tous les sons produits par le larynx , est susceptible de varier de ton , d’intensité et de timbre.
Le cri se distingue aisément de tous les autres sons vocaux; mais comme son caractère principal tient au timbre, il est impossible de se rendre physiquement raison de la différence qui existe entre ceux-ci et le cri.
Quelle que soit la condition dans laquelle se trouve l’homme, quel que soit son âge, il peut crier. L’enfant naissant, l’idiot, l’homme sauvage , le sourd de naissance, l’homme civilisé, le vieillard décrépit, peuvent pousser des cris. Le cri est donc étroitement lié à l’organisation ; pour s’en convaincre davantage il suffit d’examiner quels sont ses usages.
Par le cri, nous exprimons les sensations vives, agréables ou douloureuses. H y a des cris de joie, il y a des cris de douleur. Par le même langage nous faisons connaître nos besoins instinctifs les plus simples ainsi que les passions naturelles. La fureur , la crainte , l’effroi , s’expriment par des cris , etc.
Les besoins sociaux et les passions sociales , n’étant pas une suite indispensable de l’organisation, et nécessitant pour se développer l’état de civilisation , n’ont point de cris qui leur soient propres.
J^e cri comprend ordinairement les sons les plus intenses que l’organe de la voix puisse former; le plus souvent son timbre a quelque chose qui blesse l’oreille et qui agit fortement sur ceux qui sont à portée de l’entendre.
Au moyen du cri s’établissent des rapports iinportans entre l’homme et ses semblables.
Le cri de joie dispose à la joie , le cri de douleur excite la pitié , le cri qu’arrache la terreur porte au loin l’épouvante, etc. Cette espèce de langage existe chez la plupart des animaux ; c’est presque le seul qui leur soit départi : le chant des oiseaux doit être considéré comme une modification de leur cri.
De la voix proprement dite ou acquise.
Dans l’état le plus ordinaire de l’homme, c’est-à-dire lorsqu’il vit en société, et Cju’il est doué de l’ouïe, il reconnaît, dès sa plus tendre enfance, que ses semblables produisent des sons qui ne sont pas des cris ; il a bientôt fait la remarque qu’il peut en former d’analogues avec son larynx , et dès ce moment se développe en lui, par l’effet de l’imitation et des avantages qu’il y trouve, ce qu’on nomme la voix acquise ou sociale. Un enfant sourd ne fait aucune de ces remarques ; aussi ne saurait-il de lui-même acquérir cette espèce de son vocal.
La voix parlée ne paraît différer du cri que par l’intensité et le timbre , car elle est de même formée de sons dont l’oreille ne distingue pas nettement les intervalles.
Puisque la voix est la conséquence de l’audition et d'un travail intellectuel, elle ne peut se développer si les circonstances qui la produisent n’existent point. En effet , les enfans sourds de naissance, qui n’ont pu prendre aucune idée du son , les idiots, qui n’établissent point de rapport entre les sons qu’ils perçoivent et ceux que leur larynx peut produire, n’ont point de voix, quoique l’appareil vocal des uns et des autres soit apte à former et à modifier les sons , aussi bien que celui des hommes nés avec toutes leurs facultés.
Par la meme raison, les individus que nous nommons assez improprement sauvages^ parce qu’ils ont été trouvés errans depuis leur enfance dans les forêts , sont toujours dépourvus de voix , l’intelligence ne se développant pas dans l’état d’isolement , et nécessitant la vie sociale.
Le timbre, l’intensité, le ton de la voix acquise, sont susceptibles de nombreuses modifications de la part du larynx ; de plus , le tuyau vocal exerce sur la voix une puissante influence : la parole et le chant ne sont que des modifications de la voix sociale.
Il esttrès-difficile, peut-être même impossible , de dire comment l’homme est parvenu à représenter ses actes intellectuels par des modifications de la voix, comment il est arrivé à la composition des langues, et surtout comment il a composé l’alphabet. Ces connaissances seraient sans contredit curieuses et utiles, mais elles ne sont pas indispensables, et d’ailleurs elles ne sont pas du ressort de la physiologie : le mécanisme seul du langage doit nous occuper.
Une langue se compose de mots, et les mots sont les signes des idées; mais les mots eux-mêmes sont formés par les lettres ou les sons de l’alphabet, qui pour la plupart sont des modifications de la voix.
Les grammairiens distinguent les lettres en voyelles et en consonnes ; cette distinction ne peut satisfaire le physiologiste.
Les lettres doivent être distinguées en celles qui sont de véritables sons vocaux directement modifiés par le tuyau porte-voix, et en lettres qui sont formées principalement sous l’influence du tuyau vocal, ces dernières n’ont d’existence réelle qu’en s’alliant aux premières.
Les lettres qui appartiennent à la voix sont, pour les langues d’Europe, a trèsouvert, anglais (hall ); â français (hâle); a, è, é, e muet français; i, o, ouvert, italien ; O, eu, U, français ; u italien. Chacune de ces lettres peut éprouver deux modifications, qu’on exprime en disant qu’elle est longue ou brève : ce sont les voyelles des grammairiens.
Les lettres telles que le ^ et le /? [labiales] ; le d et le t [dentales] ; l , [palatale]-, g et k ; [gutturales]; ni et n [nasales] , supposent que le canal vocal est fermé , et que ses diverses parties affectent pour chaque lettre une position spéciale. La lettre se produit au moment où le canal s’ouvre et ou le son vocal se forme.
L’existence de ces dernières lettres est donc instantanée.
Les autres lettres ou articulations sont le f et le v , les deux sons du th anglais , 1’^ et le Z, le ch , le j , Vr , Vh , et l’x espagnol , ou le X des Grecs.
Ces lettres ont pour caractère d’être produites par le frottement de l’air expiré contre les parois du pharynx ou de la bouche , dont la configuration varie suivant l’espèce de lettre. Elles sont par conséquent indépendantes de la voix , et peuvent être prolongées autant que dure la sortie de l’air des poumons; mais elles n’acquièrent cependant toute leur valeur qu’en se joignant à un son vocal.
Chaque lettre, voyelle ou articulation, est produite par une disposition ou un mouvement particulier du tuyau vocal ; mais pour les unes , c’est la langue qui est l’agent principal de leur formation; pour les autres, ce sont les dents : pour cellesci , ce sont les lèvres; pour celles-là, le son de la voix doit traverser les fosses nasales, etc. C’est en étudiant avec attention le mécanisme de la production des lettres que se sont perfectionnées les méthodes d’enseignement de la lecture, et particulièrement celle de M. Laffore d’Agen. (Voyez mon Journal de Physiologie, t. IX. )
PKECIS ÉLÉMENTAIRE.
La prononciation nécessite donc une bonne conformation du tuyau vocal. Présente-t-il f|uelque déformation , quelque lésion , une perforation de la voûte ou du voile du palais par exemple; les dents manquent-elles; la langue est-elle gonflée ou paralysée; les amygdales sont-elles turaéliées , etc., etc., la faculté cParticuler présente des altérations , et peut meme devenir impossible.
Le simple bruit sourd que fait l’air en traversant le larynx peut suffire à la prononciation , comme il arrive quand on parle très-bas. Les personnes qui ont coin- [dèteinent perdu la voix prononcent encore assez distinctement pour se faire entendre même à une certaine distance.
INous devons à M. Deleau une expérience curieuse : au moyen d’un tube recourbé introduit par une narine jusque dans l’arrière-boucbe , il y fait arriver un courant d’air qui part d’un réservoir , où le fluide est condensé. Ce courant gazeux , en parcourant le tube élastique, frotte et développe un léger bruit qui, traversant le tuyau vocal, à l’instar de la voix , peut y être articulé et servir à un langage d’autant plus singulier qu’il se forme en même temps que la parole ordinaire. Dans ce cas, la personne soumise à l’expérience forme simultanément deux paroles qui , articulées au même instant et de la même manière , produisent sur les spectateurs une impression des plus étranges.
Il y a quelque analogie entre cette expérience et l’observation d’un forçat du bagne à Toulon , dont la glotte était oblitérée à la suite d’un suicide , et qui respirait par une ouverture fistideuse de la tracbée.
Cet homme, qui ne pouvait produire aucun son par son larynx , puisque l’air ne traversait plus cet organe, était parvenu à former dans l’arrière-bouche un petit réservoir d’air avec lequel il trouvait moyen de produire un certain bruit; ce bruit , soumis ensuite aux organes de la prononciation , devenait bientôt une espèce de parole très-limitée , il est vrai, mais qui suffisait cependant pour c[ue le malheureux forçat parvînt à faire connaître ses principaux besoins.
En combinant les lettres diversement et en nombre variable , on forme des sons plus ou moins composés , qui sont des mots. La formation des mots est différente suivant les langues. Dans celles du Nord, les consonnes sont accumulées, sans que ce soit la véritable raison pour laquelle elles sont rudes à l’oreille et difficiles à pro^ noncer; dans les langues du Midi, les voyelles sont employées en plus grand nombre ; elles sont en général douces et harmonieuses.
Ce n’est point un son toujours le même qui sert de fondement à la prononciation : la voix articulée s’élève, baisse , varie d’intensité, de timbre, d’une manière différente suivant chaque espèce de langue. Le mode de ces variations constitue Vaccent ou la prononciation propre à chaque pays.
Jrticulcr y prononcer , n’est point parler. Un oiseau prononce des mots, des plirascsmêine, mais il ne parle point : l’homme seul est doué de la parole , qui est le plus puissant moyen d’expression de l’intelligence; lui seul attache un sens aux mots (pi’il prononce et à l’arrangement qu’il leur donne : il n’aura donc point de parole s’il n’a point d’intelligence. En effet, la plupart des idiots ne parlent point (i) : ils articulent vaguement des sons, qui n’ont et ne peuvent avoir aucune signification.
Du chant.
La voix du chant diffère des autres sons produits par le larynx , en ce qu’elle est formée par des sons dont l’oreille distingue aisément les intervalles , et dont on peut
(i ) Pinel , Traite de la Manie , page 107.
prendre runlsson. Ces caractères n’existent ni pour le erî ni pour ia voix parlcc , dont les intervalles sont, en général, inappréciables.
Dodart a avancé que, dans la production du cliant, le larynx éprouvait un mouvement de balancement ou d’oscillation de bas en haut ; mais robservallon ne confirme point son assertion. Nous ignorons quelles sont les conditions où se trouvent les ligamens de la glotte ainsi que l’appareil vocal c|uand ils deviennent propres a former des sons appréciables;
Quant à chaque ton du chant, pris isolément, il ne diffère physiquement de la voix parlée que par sa portée. La véritable différence entre le chant et les autres sons vocaux se trouve dans la régularité et l’harmonie des intervalles.
Un chanteur vulgaire a, entre le son le plus bas et le son le plus aigu , environ neuf tons ; les belles voix sont plus étendues, cependant elles ne dépassent guère deux octaves en sons bien justes et bien pleins.
Enfin, il a existé et il existe encore des virtuoses célèbres, si heureusement organisés,' qu’ils peuvent parcourir plus de trois octaves; leur organe vocal représente presque toute l’étendue possible de la voix humaine. Mais ces exemples sont des exceptions que la nature ne crée que rarement.
Il y a deux sortes de voix , les gncives et les aiguës : la différence des unes aux autres est d’environ une octave.
En général, les voix graves appartiennent aux hommes faits ; cependant ceux dont la voix est la plus grave peuvent former des sons aigus en prenant le fausset ou faucet ( voix de la gorge ).
Les voix aiguës sont celles des femmes , des enfans et des eunuques.
En ajoutant tous les tons d’une voix aiguë à ceux d’une voix grave , on a une étendue d’à peu près trois octaves et demie.
La suite des sons chantés se compose de deux espèces distinctes de sons : les gra ves et du médium, qui se font et se soutiennent sans efforts , et les sons aigus , qui , en général, entraînent une contraction plus ou moins fatigante soit du larynx , soit des muscles du tuyau vocal , et particulièrement du pharynx , du voile du palais et de la langue.
Ces deux espèces de sons diffèrent au point , quant à leur caractère physique , qu’ils semblent produits par des instrumens dissemblables : les premiers sont 110111= més notes de poitrine , sons du premier registre ; les seconds , voix de tête , fausset , sons àu. second registre. M. le docteur Bennati, dont j’ai déjà parlé, a proposé récemment déqualifier les premiers sons laryngiens , et les seconds sons sus- laryngiens. Je n’approuve pas complètement ces dénominations, car elles pourraient induire en erreur et faire croire que les seules notes graves et du médium sont formées par le larynx, et que les notes aigües sont produites par les parties placées au-dessus du larynx , tandis que tous les sons de la voix résultent également de l’instrument vocal entier; seulement, comme tous les instrumens à vent, il est autrement disposé quand il produit les sons aigus ou quand il rend les sons graves.
Il est certain , toutefois, qu’au moment où un chanteur passe du premier registre ah second il se fait un mouvement et un changement très-remarquable dans le larynx , dans l’arrière-bouche et dans la position de la langue. Ce qui a lieu à la glotte nous est inconnu ; nous n’en sommes avertis que par le sentiment particulier de fatigue que nous éprouvons bientôt. Quant à ce qui arrive au pharynx, au voile du palais et à la langue, il est visible que tous les muscles de ces parties sont dans une très-grande activité , variable selon les individus , mais qui a en général pour effet de rétrécir le gosier , de tendre le voile du palais , d’élever la langue en la rendant concave , et d’effacer la luette. Mais l’étude la plus attentive de ces phénomènes ne nous apprend rien sur la nature physique des sons de fausset. Ce point de physique physiologicpie si curieux est encore tout entier à examiner. Je dirai cependant qu’en faisant des essais avec le larynx artificiel de M. C. Latour, il m’est arrivé plusieurs fois , en tendant foitemcnt les lames de gomme élastique, de faire sortir des sons qui
étaient aux sons ordinaires de l’instrument à peu de chose près ce qu’est le fausset aux sons de poitrine; ce qui semblerait indiquer , et ce qui est d’ailleurs probable, que le larynx est le principal agent de la formation du son , les autres parties du tuyau n’étant qu’accessoires plus ou moins indispensables.
Ajoutons que les femmes, les enfans , les eunuques, dont la voix se compose presque entièrement de sons du second registre, et qui font peu d’efforts pour les produire , ont le larynx moins volumineux que l’iiomme adulte, et que cet organe est entièrement cartilagineux.
Les sons graves, qui sont formés par une longue glotte et qui nécessitent par conséquent une plus grande dépense d’air expiré, ne peuvent être soutenus aussi long-temps que les sons aigus, qui, produits par une glotte étroite presque fermée, ne demandent qu’un écoulement d’air beaucoup moins considérable; la différence sous ce rapport peut être de un à trois.
C’est pour la même raison que nous soutenons bien moins long-temps un son intense qu’un son faible; aussi savoir ménager l’iialeiiie est-il une partie importante de l’art du chanteur; plus sa poitrine sera spacieuse, plus elle contiendra d’air, et plus facilement il lui sera permis de produire ces effets qui nous étonnent et nous ravissent.
Mais les différences qui exisfent entre les diverses espèces de voix ne portent pas toutes sur l’étendue et la durée des sons. Il y a des voix fortes , dont les sons sont forts et bruyans, des voix douces , dont les sons sont doux etflûtés: àe belles voix , dont les sons sont pleins et harmonieux; des voix justes. Il y a des voix fausses ; il y a des voix flexibles , légères ; il en est de dures et pesantes. Il y en a dont les beaux sons sont irrégulièrement distribués : aux unes , dans le bas ; aux autres , dans le haut ; à d’autres, dans le médium, etc. (i). Ni la physiologie ni la physique ne rendent encore raison de ces diverses qualités de voix.
De même que la voix et la parole, le chant est un effet de l’état de société; il suppose l’existence de l’ouïe et de l’intelligence. Il est en général employé à peindre les besoins instinctifs, les passions, les divers états de l’esprit. La joie, la tristesse, l’amour heureux ou malheureux , excitent des chants divers.
Le chant peut être articulé. Alors , au lieu d’exprimer simplement des sentimens , il devient un moyen d’expression de la plupart des actes de l’intelligence , mais particulièrement de ceux qui sont liés avec les passions sociales.
La déclamation est une espèce particulière de chant; les intervalles des tons n’y sont pas entièrement harmoniques, et les tons eux-mêmes ne sont pas complètement appréciables. Il paraît que chez les anciens la déclamation différait beaucoup moins du chant que chez les modernes : elle avait probablement de l’analogie avec ce que nous nommons le récitatif dans nos opéras.
Les langues méridionales, qui sont très-accentuées, c’est-à-dire qui varient beaucoup en tons dans la simple prononciation, sont très-propres à être chantées.
Toutes les modifications de la voix, que nous venons d’étudier, sont produites lors de la sortie de l’air de la poitrine. La voix peut aussi être formée dans le moment où l’air traverse le larynx pour pénétrer dans la trachée ; mais cette voix inspiratoire est rauque, inégale, peu étendue; on ne peut que difficilement en varier les tons; enfin , par les caractères mêmes du phénomène, on peut juger qu’ilnese passe pas selon les lois ordinaires de l’économie. On peut aussi parler et chanter en inspirant. Certaines personnes parviennent de cette manière à produire des sons d’un octave et plus au-dessus de la voix de femme la plus haute ( soprano). On ignore les modifications qu’éprouvent les lèvres de la glotte dans la production de la voix inspiratoire.
(1) J. -J. Rousseau, Dictionnaire de Bîusiquc.
Art des ventriloques.
Puisque Vliomme peut varier, pour ainsi dire, à l’infini, les sons appréciables ou inappréciables de sa voix , qu’il en peut changer à volonté et de mille manières l’intensité, le timbre, etc. , rien ne doit être plus facile pour lui que d’imiter exactement les divers sons qui frappent son oreille : c’est en effet ce qu’il exécute dans plusieurs circonstances. Beaucoup de personnes imitent parfaitement la voix et la prononciation d’autres personnes, celle des acteurs, par exemple. Les chasseurs imitent les différens cris du gibier , et réussissent à l’attirer par ce moyen dans leurs pièges.
Un art est né de cette faculté qu’a l’homme d’imiter les différens bruits ou sons qu’il entend; mais les individus qui le possèdent, et qui portent le nom de ventriloques , n’ont point reçu de la nature une organisation vocale différente de celle des autres hommes : ils doivent posséder à un certain degré la capacité d’observer les diverses altérations qu’éprouvent les sons par la distance et les localités, etc., et avoir les organes de la voix et de la parole bien disposés, afin qu’ils puissent aisément produire les sons qu’ils veulent imiter.
Les fondemens sur lesquels repose cet art sont faciles à saisir : nous avons instinctivement reconnu, par l’expérience, que les sons s’altèrent par plusieurs causes : par exemple , qu’ils s’affaiblissent , deviennent moins distincts , et changent de timbre à mesure qu’ils s’éloignent de nous. Un homme est descendu au fond d’un puits , il veut parler aux personnes qui sont à l’ouverture : sa voix n’arrivera à leur oreille qu’avec des modifications dépendantes de la distance, et de la forme du canal qu’elle a parcouru. Si donc une personne remarque ces modifications et s’exerce à les reproduire , il fera naître des illusions d’acoustique, dont on ne pourra pas plus se défendre que de voir les objets plus gros si l’œil est armé d’une loupe : l’erreur sera complète si l’artiste emploie d’ailleurs les prestiges convenables pour détourner -ou pour fixer l’attention des auditeurs.
Plus l’artiste aura de talens, plus les illusions seront nombreuses; mais il faut se garder de croire qu’un ventriloque (i) produise les sons vocaux et articule par des procédés particuliers. Sa voix se forme à la manière ordinaire; seulement il en modifie à son gré le volume, le timbre, etc.; et quant à la parole, s’il lui arrive de prononcer sans remuer les lèvres , c’est qu’il a soin d’employer des mots dans lesquels il n’entre point de lettres labiales , qui nécessiteraient inévitablement le mouvevement des lèvres. Sous un certain rapport , l’art du ventriloque est à l’oreille ce que la peinture est poiir-les yeux.
Modifications de la voix dans les âges.
Le larynx est proportionnellement très - petit chez le fœtus et l’enfant naissant ; son peu de volume contraste avec l’os hyoïde, de la langue et des autres organes de la déglutition, qui sont déjà très-développés. En outre, il est arrondi ; le cartilage thyroïde ne fait point de saillie au cou.
Les lèvres de la glotte, les ventricules, les ligamens supérieurs, sont trèscourts', proportionnellement à ce qu’ils seront par la suite; car, le cartilage thyroïde étant peu développé, l’espace qu’ils occupent est nécessairement peu consi-
(l) Les mots ventriloque , enqastriinismc , et autres qui ont la même signification , ont pu être employés dans l’enfance de la science; mais ils devraient être bannis aujourd’hui du langage scientifique.
(lérable. Les cartilages sont flexibles , et loin d’avoir la consistance qu’ils auront par la suite.
Le larynx conserve à peu près ces caractères jusqu’à la puberté : à celte époque, il SC fait une révolution générale dans l’économie. Le dévclo])penient des organes génitaux détermine un accroissement rapide dans la nutrition de plusieurs organes, et celui de la voix est du nombre.
L’activité plus grande dénutrition se fait d’abord remarquer dans les muscles; ensuite, mais plus lentement, elle se montre dans les cartilages : alors la forme générale du larynx se modifie; le cartilage thyroïde se développe dans sa partie antérieure, il fait saillie au cou, mais d’une manière bien plus prononcée chez l’homme que chez la femme. De cette circonstance résulte un alongement considérable des lèvres de la glotte ou des muscles thyro-aryténoïdiens; et ce phénomène est bien plus digne de remarque que l’agrandissement général de la glotte , qui arrive concurremment.
Ces changemens du larynx, quoique rapides , ne se font pas cependant tout-àcoup ; il faut quelquefois six ou huit mois avant cju’ils soient terminés.
Au- delà de la puberté , le larynx ne subit pas d’autres changemens bien remarquables ; son volume et la saillie du cartilage thyroïde vont seulement en se prononçant d’avantage.
Chez l’homme adulte , les cartilages s’ossifient partiellement.
Dans la vieillesse, l’ossification des cartilages continue et devient à peu près complète ; la glande épiglottique diminue considérablement , et les muscles intrinsèques , mais surtout ceux qui forment les lèvres de la glotte , diminuent en volume , deviennent moins foncés en couleur, perdent de leur élasticité ; enfin ils éprouvent les mêmes modifications que le système musculaire en général.
La production de la voix supposant l’entrée et la sortie de l’air de la poitrine , le fœtus , plongé au milieu du liquide de Yamnios , ne peut la présenter ; mais au moment même de la naissance, l’enfant peut produire des sons aigus assez intenses.
Vagitiis est le nom que les Latins ont donné à cette voix , ou plutôt à ce cri par lequel l’enfant exprime ses besoins, ses souffrances. Rappelons -nous que c’est là l’objet du cri. '
Vers la fin de la première année, l’enfant commence à former des sons qui se distinguent aisément du vagitus. Ces sons , d’abord vagues , irréguliers , deviennent bientôt plus distincts et plus suivis ; c’est alors que les nourrices commencent à leur faire prononcer les mots les plus simples , et successivement ceux qui sont plus compliqués.
La prononciation des enfans est loin de ressembler à celle des adultes; mais aussi quelle différence entre les organes des uns et des autres ! Chez les enfans , les dents ne sont point encore sorties de leurs alvéoles; la langue est, comparativement, très-volumineuse ; les lèvres se trouvent plus grandes qu’il ne faut pour couvrir antérieurement les mâchoires quand elles sont rapprochées ; les cavités nasales sont très-j^eu développées, etc.
Ce n’est que par degrés, et à mesure que la conformation des organes de la prononciation se rapproche de celle de l’adulte, que les enfans arrivent à articuler nettement les diverses combinaisons de lettres. Ils ne parviennent à former des sons appréciables, ou à chanter, que long-temps après qu’ils ont acquis la faculté de parler.
Cette espèce de sons est la voix proprement dite ou acquise : l’enfant ne la présenterait pas s’il était sourd. Elle n’est donc pas une modification du vagitus.
Jusqu’à l’époque de la puberté, le larynx reste proportionnellement très -petit, ainsi que les lèvres de la glotte : aussi la voix se compose-t-elle entièrement de sons aigus. Il est physiquement impossible que le larynx puisse en produire de graves.
A la puberté, la voix éprouve, particulièrement chez riioinme, une modification remarquable : elle acquiert en peu de jours, souvent même tout -à-coup, une
gravité et un timbre sourd qu’elle était loin d’avoir auparavant. Elle baisse en général d'une octave. La voix du jeune homme mite , selon l’expression vulgaire. Dans certains cas , la voix se perd presque entièrement , et ne reparaît qu’après quelques semaines; fréquemment elle contracte une rnucité marquée. Il arrive parfois que le jeune homme produit involontairement un son très - aigu dans le moment où il voudrait rendre un son grave : il ne lui est guère possible alors de produire des sons appréciables ou de chanter juste.
Cet état de choses se prolonge en général durant une année , après quoi la voix reprend un timbre plus ou moins clair , qui durera toute la vie : mais il se rencontre des individus qui perdent à jamais, durant la mue de la voix, la faculté de chanter ; d’autres qui, ayant une voix belle et étendue avant la mue, n’ont plus, passé cette époque , qu’une voix médiocre et limitée.
La gravité qu’acquiert la voix dépend évidemment du développement du larynx, et surtout de l’alongement des lèvres de la glotte. Comme ces parties ne peuvent point s’alonger en arrière , elles le font en avant : aussi est- ce à ce moment que le larynx devient saillant au cou, et que la pomme cV Adam se montre. Chez la femme, les lèvres de la glotte ne présentent point , à la puberté, cet accroissement de largeur : aussi la voix reste-t-elle en général aiguë,
La voix conserve à peu près les mêmes caractères jusqu’au-delà de l’âge adulte ; du moins les modifications subies dans l’intervalle sont peu considérables, et ne portent guère que sur le timbre et le volume. Vers la première vieillesse, la voix change de nouveau, son timbre s’altère, son étendue diminue, le chant est plus difficile; les sons deviennent criards, et ne sont plus produits qu’avec peine et fatigue. Les organes de la prononciation s’étant altérés par l’effet de l’âge , les dents étant plus courtes, quelques-unes ordinairement tombées, celle-ci est aussi sensiblement altérée.
Tous ces phénomènes deviennent plus prononcés avec la vieillesse confirmée. La voix est faible, chevrotante, cassée; le chant porte les mêmes caractères, ce qui dépend alors de la manière dont s’exerce la contraction musculaire. La parole subit aussi des modifications remarquables : la lenteur des mouvemens de la langue , l’absence des dents, la longueur proportionnelle des lèvres plus considérables, etc. , doivent nécessairement influer sur la prononciation.
Rapports de rouie et de la voix.
Nous avons déjà fait connaître la liaison de la voix et de l’ouïe : elle e.st telle, qu’un enfant sourd de naissance est nécessairement muet, qu’une personne dont l’oreille est fausse a nécessairement la voix fausse, qu’un individu dont l’ouïe est dure est instinctivement porté à parler très-haut , etc.
Qu’on ne croie pas cependant que le larynx du sourd de naissance soit incapable de former la voix : nous avons déjà dit qu’il produit le cri. L’art parvient , par divers procédés , à lui faire produire la voix ; on arrive même à faire parler des sourds-muets de naissance, de manière à leur donner moyen de soutenir une conversation; mais leur voix est rauque, sourde, inégale: ses différentes inflexions surviennent sans aucun motif et très-inégalement. Je ne crois pas qu’un sourd-muet de naissance soit jamais parvenu à chanter.
Il y a quelques exemples de personnes qui ont acquis l’ouïe à un âge où elles pouvaient rendre compte de leurs sensations; chez toutes , la voix s’est développée peu de temps après que les individus sont devenus habiles à ouïr.
Mémoires de V Académie des Sciences , année 1703, contiennent un exemple de ce genre , arrivé chez un jeune homme de Chartres , âgé de vingt-quatre ans , « qui, au grand étonnement de toute la ville , se mit tout-à-coup à parler*. On sut de lui que, trois ou quatre mois auparavant, il avait entendù le son des cloches, et
avait été extrêmement surpris de cette sensation nouvelle et inconnue; ensuite il lui était sorti une espèce d’eau de l’oreille gauche , et il avait entendu parfaitement des deux oreilles. Il fut trois ou quatre mois à écouter sans rien dire , s’accoutumant à répéter tout bas les paroles qu’il entendait, et s’affermissant dans la prononciation et dans les idées attachées aux mots. Enfin, il se crut en état de rompre le silence, et il déclara qu’il parlait, quoique ce ne fût encore qu’imparfaitenient. Aussitôt d’habiles théologiens l’interrogèrent , etc. »
Il est malheureux pour la science que ce jeune homme n’ait point été observé par des physiologistes; peut-être son histoire serait-elle devenue plus intéressante et surtout plus digne de confiance; car telle qu’elle est racontée elle se trouve démentie par plusieurs faits sur lesquels il ne peut s’élever aucun doute; par exemple , celui qui s’est passé à Paris il y a quelques années :
Un jeune sourd-muet de naissance, âgé de quinze ans, fut guéri de la surdité par M. le docteur Itard, au moyen d’injections faites dans la caisse par une ouverture pratiquée à la membrane du tympan. Le jeune sourd reconnut d’abord le son des cloches voisines; il éprouva dans ce moment une émotion très -vive, mal à la tête, des vertiges et des étourdissemens. Le lendemain, il fut sensible au bruit de la sonnette de l’appartement ; vingt jours après il put reconnaître la voix des personnes qui lui parlaient. Alors son ravissement fut extrême; il ne pouvait se rassasier d’entendre parler. « Ses yeux, dit M. le professeur Percy, venaient chercher la parole jusque sur les lèvres. » Sa voix ne tarda pas à se développer. Il ne forma d’abord que des sons vagues; peu de temps après il put bégayer quelques mots, mais il les prononçait mal et à la manière des enfans. 11 fallut quelque temps avant qu’il pût prononcer des mots un peu composés et contenant plusieurs consonnes. On lui fit entendre une vielle organisée , sans qu’il eût été prévenu; on le vit tout- à -coup trembler , pâlir , et sur le point de tomber en syncope , puis éprouver tous les transports que cause un plaisir vif et inconnu : ses joues colorées, ses yeux étincelans, sa respiration précipitée , son pouls rapide , annonçaient une sorte de délire , d’ivresse de bonheur.
On aurait certainement reconnu encore plusieurs phénomènes surprenans sur ce jeune homme, si une maladie n’était venue l’enlever aux médecins philosophes qui l’observaient; heureusement ce qui n’a pu être étudié sur cet enfant l’a été dans plusieurs autres cas semblables dont j’ai moi-même été témoin. J’ai déjà parlé d’Honoré Trésel et commencé son histoire (voyez page 55 ). Je vais la terminer :
Cependant tout l’intérêt d’Honoré pour les sensations que lui procurait son ouïe ne l’avait pas empêché de faire une observation des plus importantes. Son larynx formait aussi des sons ; au plaisir de les entendre vint se joindre celui de les produire. C’est ici que Trésel a présenté les phénomènes les plus curieux et les plus neufs.
L’instrument de la voix se compose d’un grand nombre de yjièces différentes , parmi lesquelles se trouvent des muscles , des os , des cartilages , des membranes ; il eût été admirable que, sans un exercice préparatoire, toutes ces pièces , tous ces organes se fussent mis à agir de concert , de manière à produire des sons vocaux et des articulations appréciables ; c’est ce qui n’arriva point. Les premiers sons que Trésel put former étaient sourds et graves; il prononça, non sans peine, a, o , u; les deux autres voyelles ne vinrent que plus tard , et les premiers mots qu’il forma furent papa, tabac, du feu, etc. Mais quand il voulut reproduire des mots plus compliqués , il fit une multitude de contorsions des lèvres , de la langue et de tous les agens de la prononciation, dont il ignorait entièrement l’usage, ressemblant en cela à celui qui débute dans l’art de la danse ou de la natation, et qui se consume en efforts inutiles et en mouvemens disgracieux.
A force de tentatives , il parvint à prononcer quelques mots composés qui avaient été d’abord au-dessus de ses moyens.
C’est à ce moment qu’il se crut au niveau des autres enfans de son âge; et que, satisfait de lui-même, et fier de sa nouvelle situation, il prit en grand dédain scs
anciens compagnons d’infortune, et ne voulut plus les voir; manifestant ainsi l’un des instincts les plus déplorables de la nature de notre espèce.
Malgré ce mouvement de vanité , Trésel avançait peu la prononciation. Un grand nombre de syllabes lui échappaient , ou bien il ne les articulait que d’une manière extrêmement défectueuse. Peut-être n’auràit-il jamais franchi cette difficulté, si son instituteur n’eût cessé de s’adresser uniquement à ses oreilles , pour parler en même temps à ses yeux.
On lui traça sur un tableau les diverses syllabes, et , dès ce moment, il les prononça beaucoup mieux, saisissant avec bien plus de netteté l’assemblage des voyelles et des consonnes et leur influence réciproque. Témoin de cet essai, nous pûmes constater ainsi un fait fort remarquable : c’est que l’association de la vue et des mouvemens du larynx était prompte et facile, tandis que celle de l’ouïe et de l’organe de la voix était toujours difficile et ne s’exerçait qu’avec lenteur. Par exemple, aussitôt qu’Honoré apercevait les syllabes écrites, il les prononçait, si en même temps on les faisait retentir près de lui ; mais si on enlevait le tableau où les lettres étaient tracées, en vain articulait - on à son oreille, de la manière la plus distincte, certaines syllabes, il lui était impossible de les articuler lui-même. Il saisissait donc bien plus facilement les rapports des sons avec les lettres écrites , qu’avec l’action de son larynx.
Toutefois, en suivant ce procédé, Trésel a appris à lire et à écrire d’une manière assez rapide; mais , semblable aux personnes qui étudient une langue étrangère , et qui, en général, la lisent et l’écrivent long-temps avant de pouvoir la parler, encore aujourd’hui Honoré lit des yeux et écrit infiniment mieux qu’il ne parle. Sa prononciation et très-défectueuse; les r r surtout ronflent dans sa bouche d’une manière singulière et désagréable. Les diverses nuances de l’accent lui paraissent inconnues; mais quand on pense à son point de départ, on doit être satisfait de lui voir ce degre d’instruction après un intervalle aussi court.
Honoré présente en outre un phénomène qui a fixé l’attention des commissaires de l’Académie des Sciences chargés de l’examiner. Quand on lui dit un mot bien distinctement, il le répète aussitôt; quand on l’appelle, par exemple, il ne manque pas de répéter son nom; l’important pour lui est de parvenir à reproduire le mot qu’il vient d’entendre. Si son instituteur veut s’adresser à son esprit, ce sont des gestes ou l’expression de son visage qu’il emploie. L’enfant lui-même n’exprime facilement et promptement ses idées que par des signes, et c’est seulement par l’emploi de ces signes qu’il est possible de juger de son intelligence et de la promptitude de ses conceptions.
Sous ce point de vue , Honoré offre un phénomène bien digne d’intérêt. Ayant acquis un nouveau moyen d’exprimer ses besoins et ses idées, il aurait dû , du moins cela semblait probable, négliger celui dont il s’était servi jusqu’alors, et qui est si inférieur à la parole; jusqu’ici, c’est le contraire qui est arrivé ; le langage naturel, c’està-dire celui des signes, au lieu de perdre et d’être remplacé graduellement par la parole , a gagné avec rapidité et a acquis une perfection et un piquant de beaucoup supérieur à celui qu’il offrait avant qu’Honoré eût recouvré l’ouïe.
Cependant, dans ses rapports avec les enfans de son âge, Honoré commence à employer des mots simples , et particulièrement des substantifs pour faire connaître ses principaux désirs. Peut-être le temps le portera-t-il à faire un usage plus frécpient et plus complet de la parole; mais peut-être aussi restera-t-il fort au-dessous des autres hommes sous ce rapport; car nous avons de nombreux exemples d’enfans qui sont, pour ainsi dire, muets, uniquement parce qu’il leur faut un certain effort de l’oreille pour saisir les mots , et un travail quelc[ue peu diflicile du larynx pour parler ; trouvant un moyen facile de communication par l’emploi des signes, ils négligent d’exercer l’oreille et les organes de la parole, et restent ainsi classés parmi les sourds-muets, bien qu’en réalité ils ne soient ni muets, ni sourds.
J’ai écrit cette observation en i825 ; depuis cette époque Honoré a continué de recevoir les soins de tous genres de M. Deleau. L’Académie des Sciences a fourni aux frais de son éducation , ainsi qu’à celle de plusieurs autres enfans sourds, aussi heu-
rciisement rendus à l’ouïe. Il a sans doute fait de grands progrès; on peut dire, sans rien exagérer, qu’il entend et qu’il parle. Mais avouons cependant qu’il est encore loin des autres enfans de son âge qui n’ont jamais été sourds-muets ; il ne faut pas meme une grande attention pour reconnaître son infériorité. Si le temps n’apportait de grandes améliorations dans sa position , nous serions forcés de conclure qu’un sourd-muet de naissance ne peut point étro appelé, meme par une éducation spéciale et prolongée pendant huit ans, à vivre en société à la manière des autres hommes.
Il’autres cas analogues que j’ai sous les yeux sembleraient annoncer que si l’ouïe est donnée au sourd-muet, dès la cinquième année de leur vie, ils sont beaucoup ])lus aptes à acquérir la parole et à se servir, comme les autres enfans, de leur oreille et de leur voix et à abandonner l’usage des signes.
Des sons indépendans de la voix.
Indépendamment de la voix, l’homme peut encore produire à volonté un grand nombre de sons inappréciables ou même appréciables, tels que le bruit qui accompagne l’action de cracher , de se moucher , d’éternuer ; celui par lequel on appelle un cheval; celui qui simule le son produit quand on débouche une bouteille ; tel est encore le sifflet des dents ou des lèvres, soit qu’on le forme en expirant, soit en inspirant ; et une multitude d’autres bruits qui résultent du mouvement des diverses parties de la bouche, et de la manière dont l'air pénètre dans cette cavité ou dont il en sort. 11 ne serait sans doute pas impossible de rendre raison du mécanisme de la production de ces différens sons; mais aucun physiologiste physicien n’a pris la peine de s’en occuper. Exceptons cependant le sifflet, qui a été récemment l’objet de recherches physiques très-curieuses.
Du sifflet.
Les diverses parties mobiles et contractiles qui composent la bouche deviennent à notre volonté un instrument à vent , dont nous pouvons tirer des sons plus ou moins harmonieux. Mais son mécanisme diffère tout-à-falt de celui du larynx. C’est aux expériences de M. Cagnard-Latour que nous devons d’en connaître la théorie.
En frottant avec le doigt un carreau de vitre humide il se produit un son musical plus ou moins aigu, selon que le frottement est plus ou moins rapide. Un bâton garni d’une étoffe tournant dans un tube en verre amène le même résultat. Si l’on agite vivement un bâton dans l’atmosphère on distingue sans peine que le bruit du frottement aérien est accompagné d’un son musical plus ou moins aigu , suivant la vitesse du mouvement. Un gros bâton, à vitesse égale, forme un son beaucoup plus grave qu’une baguette.
Ce mode de production de sons appréciables paraît être celui qui appartient au sifflet de la bouche. Suivant toutes les apparences , l’art de siffler consiste à former avec la bouche un petit conduit dans lequel le frottement de l’air expiré ou inspiré puisse devenir intermittent et produire ainsi un son primitif, qui augmente ensuite d’intensité en communiquant ces vibrations à l’air contenu dans la cavité de la bouche.
Pour vérifier ses idées , M. Cagnard-Latour a fait construire de petites rondelles de liège percées dans leur centre d’une ouverture circulaire de trois millimètres de diamètre. Une de ces rondelles étant placée entre les lèvres , on siffle à peu près comme avec l’ouverture des lèvres. Avec la même rondelle se produisent tous les sons compris dans l’étendue d’une octave au moins. Il suffit, pour réaliser cet effet, de régler convenablement la capacité intérieure de la bouche en même temps que la vitesse du courant d’air. U y a donc analogie entre la bouche qui siffle et l’embouchure de la flûte à bec, qui reste la même, quels que soient les tons produils par l’instrument.
En ajustant la meme rondelle à l’extrémité d’un tube de verre , le son du sifflet se fait entendre , et comme dans la bouche il a lieu soit pendant l’expiration , soit pendant l’inspiration.
Un autre mode de sifflet est formé en appliquant le bout de la langue contre les dents supérieures et la voûte du palais, si l’on réussit à former un orifice arrondi. Enfin , il en est un autre beaucoup plus difficile à produire et qui paraît créé dans le larynx même , dont la glotte ne serait pas entièrement fermée. U doit y avoir de l’analogie entre ce sifflet laryngien et le son que M. Savart a obtenu en soufflant doucement avec la bouche dans des larynx de cadavres, la glotte étant ouverte.