COURS DU SANG VEINEUX
Transporter le sang veineux de toutes les parties du corps aux poumons , tel est le but de la fonction que nous allons étudier. En outre, les 'organes qui l’exécutent sont en même temps les agens principaux de l’absorption qui s’exerce, soit à l’extérieur , soit à l’intérieur du corps ( l’absorption du chyle et celle qui se fait à la surface aérienne du poumon exceptées ).
Du sang veineux.
On donne ce nom au liquide qui est contenu dans les veines , le côté droit du cœur et l’artère pulmonaire, organes qui, par leur réunion, forment l’appareil propre au cours du sang veineux.
Ce liquide est d’une couleur rouge-brun , assez foncée pour qu’on lui ait appliqué l’épithète inexacte de sang noir: dans quelques cas , sa couleur est moins foncée, et peut même être écarlate. Son odeur est fade, et s ui generis ; sa saveur est aussi particulière , et laisse cependant reconnaître qu’il contient des sels , et principalement le chlorure de sodium. Sa pesanteur spécifique est un peu plus grande que celle de l’eau. Haller l’a trouvée, terme moyen, :: i,o527 : 1,0000. Sa capacité pour le calorique peut être exprimée par 934, celle du sang artériel étant 921. Sa température moyenne est de 3i degrés de Réaumur.
Vu au miscroscope dans le moment où il se meut dans les vaisseaux, le sang veineux présente un nombre infini de petits globules, dont les dimensions, la forme et la structure ont été examinées avec soin par MM. Prévôt- et Dumas. ( F oyez sang artériel ).
Le sang veineux , extrait des vaisseaux qui lui sont propres , et abandonné à luimême, forme, au bout de quelques instans, une masse molle. Peu à peu cette masse se sépare spontanément en deux parties : l’une liquide, jaunâtre, transparente, appelée sérum; l’autre molle, presque solide , d’un brun rougeâtre foncé , entièrement opaque ; c’est le cruor réuni au caillot. Celui-ci occupe le fond du vase , le sérum est placé au-dessus. Quelquefois il se forme à la superficie du sérum une couche mince , molle, rougeâtre, à laquelle on a donné fort improprement le nom de couenne ou croûte du sang.
Dans l’instant où il se coagule , le sang laisse dégager quelques petites bulles de gaz qui, pour arriver à la superficie, se creusent un petit canal à travers le caillot. Ce phénomène est beaucoup plus apparent dans le vide.
Cette séparation spontanée des élémens du sang n’a lieu promptement qu’autant qu’il est en repos. Si on l’agite, il reste liquide et conserve beaucoup plus long-temps son homogénéité.
Mis en contact avec le gaz oxigène ou l’air atmosphérique , le sang veineux prend une teinte rouge vermeille; avec l’ammoniaque, il devient rouge cerise ; avec l’azote , rouge brun , plus foncé , etc. (i) : en changeant de couleur , il absorbe une quantité
(l) Voyez , pour les changemens de couleur que subit le sang veineuTtavee les autres gair , le tome îll de la Chimie de M. Thénard, page -513.
assez considérable de ces différens gaz ; conservé quelque temps sous une cloche placée sur le mercure , il exhale une assez grande quantité d’acide carbonique.
Le sérum est un liquide transparent, légèrement jaunâtre, ce qu’il doit à une matière colorante; son odeur et sa saveur rappellent l’odeur et la saveur du sang, son alcalinité est très-prononcée. A 70*^ il se prend en masse comme l’albumine; il forme, en se coagulant , de nombreuses cellules qui contiennent une matière très^analogue au mucus. Il conserve encore sa propriété de se coaguler en une seule masse, bien qu’il soit étendu d’une grande quantité d’eau. D’après M. Brande, le sérum serait de l’albumine liquide presque pure unie à la soude, qui la maintiendrait liquide. Par suite tout réactif qui enlèverait la soude au sérum produirait sa coagulation, et par l’action de la chaleur la soude transformerait une partie de l’albumine en mucus. L’action de la pile galvanique coagule le sérum et y développe des globules qui ont beaucoup d’analogie avec ceux du sang.
D’après M. Berzélius, 1000 parties de sérum de sang humain contiennent ;
Eau. . . . . .
Albumine.
Substances solubles dans l’alcohoL
Substances solubles dans l’eau.
f Lactate de soude et matière
f extractive . 4
Muriate de soude et de potasse . 6
! Soude et matière animale , phosphate de soude. . . 4
Perte . . . 3
Total
M. Le Canu , qui s’est occupé plus récemment de l’analyse du sang, donne au sérum une composition un peu différente et y signale deux matières grasses, dont l’une est cristallisable et l’autre huileuse.
Analyse du sérum d^afrès M. Le Canu.
Eau .
Albumine .
Matières organiques solubles dans l’eau et l’alcohol.
Albumine combinée à la soude .
Matière grasse cristallisable .
Matière huileuse .
Chlorure de sodium . !...
- de potassium. . . . j . . .
Sous-carbonate . 'ï
Phosphate . > .
Sulfate . 1
Sous-carbonate de chaux. . . . ]
- de magnésie . f
Phosphate de chaux . ) ....
- de magnésie . k
- de fer . ’
Perle . .
1” Analyse. 2« Analyse.
Total
Quelquefois le sérum présente une teinte blanchâtre, comme laiteuse; ce qui a pu
faire croire qu’il contenait du chyle : la matière qui lui donne cette apparence paraît être de la graisse (i).
Le caillot du sang est essentiellement formé de fibrine et de matière colorante.
Séparée de la matière colorante , la fibrine est solide , blanchâtre , insipide , inodore, plus pesante que l’eau , sans action sur les couleurs végétales ; élastique quand elle est humide , elle devient cassante par la dessiccation.
Elle fournit , à la distillation , beaucoup de carbonate d’ammoniaque , etc. , et un charbon très-volumineux, dont la cendre contient une grande quantité de phosphate de chaux , un peu de phosphate de magnésie, de carbonate de chaux et de carbonate de soude. Cent parties de fibrine sont composées de :
Carbone . 53,360
Oxigène . 19,685
Hydrogène . 7,021
Azote . 19,934
Total . 100,00
La matière colorante est soluble dans l’eau et dans le sérum du sang ; desséchée et calcinée ensuite au contact de l’air , elle se fond , se boursouffle , brûle avec flamme, et donne un charbon qu’on ne peut réduire en cendre qu’avec une extrême difficulté. Ce charbon, pendant sa combustion , laisse dégager du gaz ammoniac , et fournit la centième partie de son poids d’une cendre composée d’environ :
Oxide de fer . 55,0
Phosphate de chaux et trace de phosphate de magnésie. . . 8,5
Chaux pure . 17,5
Acide carboniquCf. . 19,5
Il est important de remarquer que dans aucune des parties du sang on ne trouve de gélatine ni de phosphate de fer, comme on l’avait cru d’abord.
Les rapports respectifs de quantité du sérum et du caillot, ceux de la matière colorante et de la fibrine, n’ont point encore été examinés avec tout le soin désirable. D’après ce qu’on verra par la suite, il est à présumer qu’ils sont variables suivant une infinité de circonstances.
M. Le Canu, dans son estimable travail déjà cité, d’après vingt-deux expériences comparatives faites sur des personnes d’âge, de sexe et de tempérament différent, donne les résultats suivans :
Sur 1000 parties de sang.
Fibrine sèche. Fibrine humide.
Maximum . 7,235 28,940
Minimum. .... 1,360 5,440
(l) Le docteur Hewarl Traill a analysé le sérum du sang d’un individu qui avait une hépatite aiguë ;dl a trouvé , sur cent grains de ce sérum :
Eau . ' . . 78,9
Albumine. . 15,7
Huile . 4,5
Sels . 0,9
Ces'sels étaient 9,7 de muriates et 0,2 de laclales; ce sérum était de couleur d’eau de gruau, et ressemblait à une émulsion.
On volt par conséquent combien la proportion de cet élément peut varier.
La coagulation du sang a été tour à tour attribuée à son refroidissement , au contact de l’air, à l’état de repos , etc.; mais J. Hunter et Hewson ont démontré, par des expériences, qu’on ne pouvait rapporter ce phénomène à aucune de ces causes. Hewson prit du sang frais, et le fit geler en l’exposant à une basse température. Il le fît ensuite dégeler : le sang se montra d’abord fluide, et peu de temps après il se coagula comme à l’ordinaire. J. Hunter a fait une expérience analogue, avec un semblable résultat. Ainsi ce n’est point parce qu’il se refroidit que le sang se coagule. Il paraît même qu’une température un peu élevée est favorable à sa coagulation. L’expérience a aussi constaté que le sang se prend en masse, privé du contact de l’air et agité ; cependant, en général, le repos et le contact de l’air favorisent sa coagulation.
Mais loin de rapporter la coagulation du sang à aucune influence physique , il faut au contraire la considérer comme essentiellement vitale, c’est-à-dire comme donnant une preuve démonstrative que le sang est doué de la vie. Nous verrons bientôt de quelle importance est, dans plusieurs phénomènes de nutrition, la propriété qu’ont le sang et d’autres liquides de se coaguler.
Pour prendre une idée plus précise de la coagulation du sang veineux , j’ai placé au foyer d’un microscope composé une goutte de ce fluide. Tant qu’il a été liquide, il s’est montré comme une masse rouge; mais dès qu’il a commencé à se coaguler, les bords sont devenus transparens et granuleux; la partie solide, presque opaque , a formé un nombre infini de petites mailles ou cellules , qui contenaient la partie liquide, beaucoup plus transparente : c’est cette disposition qui donnait au bord de la goutte de sang l’aspect granuleux. Peu à peu les mailles se sont agrandies par la rétraction des parties solides; dans plusieurs endroits elles ont disparu entièrement, et il n’est plus resté, entre la circonférence extérieure de la goutte de sang et le bord du caillot central, que des arborisations tout-à-fait analogues à celles que nous avons décrites dans la lymphe. Leurs divisions communiquaient entre elles à la manière des vaisseaux ou des nervures des feuilles. Ces observations doivent être faites à la lumière diffuse ou artificielle, car la lumière directe du soleil produit un dessèchement sans coagulation.
Dans beaucoup de circonstances le sang se coagule quoique contenu dans les vaisseaux qui lui sont propres ; mais , en général , ce phénomène appartient à l’état de maladie.
Quelques auteurs avaient cru remarquer que le sang en se coagulant devenait plus chaud ; mais J. Hunter , et tout récemment M. J. Davy , ont prouvé qu’il n’y avait point élévation de température.
A l’époque où l’on s’occupait beaucoup en France du galvanisme , on a avancé qu’en prenant une portion de caillot récemment formé , et en le soumettant à un courant galvanique , on le voyait se contracter à la manière des fibres musculaires : j’ai plusieurs fois essayé de produire cet effet , en soumettant des portions de caillot, au moment même de leur formation , à l’action de la pile. Je n’ai jamais rien vu de semblable. J’ai varié ces essais de diverses manières , et je n’ai pas été plus heureux. Tout récemment, j’ai répété cette expérience avec M. Biot : le résultat a été le même.
Le caillot du sang veineux soumis à l’analyse par M. Le Canu a donné à ce chimiste le résultat suivant :
Analyse du caillot.
Le Analyse. 2® Analyse.
Eau. . 780,145 785,590
Fibrine. . . 2,100 3,565
Albumine . 65,090 69,415
Matière colorante. . . 133,000 119,626
Total. ..... ..... 980,335 978,196
Report .
Matière grasse cristallisable .
Matière huileuse .
Matières extractives solubles dans l’alcohol et dans )
l’eau . I
Albumine combinée à la soude .
Chlorure de sodium .
- de potassium .
Sous-carbonates . »
Phosphate . . .
Sulfate . . . /
Sous-carbonate de chaux
- de magnésie. .
Phosphate de chaux. .
- demagnésie.
- de fer. . . .
Per-oxide de fer. . .
Perte .
Total. . . ..... ... 1000,000 1000,000
L’analyse du sang veineux , telle que nous venons de l’indiquer , fait connaître les élémens propres de ce liquide ; mais , comme toutes les matières qui existent dans le canal intestinal , les membranes séreuses , le tissu cellulaire , etc. , se mêlent au sang veineux ; il en résulte que la composition de ce liquide doit varier à raison des matières absorbées. On y trouvera, dans diverses circonstances, de l’alcobol, de l’éther,, du camphre , des sels qu’il ne contient pas habituellement , etc. , lorsque ces substances auront été soumises à l’absorption dans une partie quelconque du corps.
La plus ou moins grande promptitude avec laquelle le sang se prend en masse , la solidité du caillot , la séparation du sérum , la formation d’une couche albumineuse à sa surface , la température particulière de ce liquide , soit dans les vaisseaux , soit hors des vaisseaux , etc. , sont autant de phénomènes que nous examinerons à l’article du sang artériel.
Appareil du cours du sang veineux.
Cet appareil se compose : i® des veines ; 2® de l’oreillette et du ventricule droits du cœur ; 3® de l’artère pulmonaire.
Des veines,
La disposition des veines dans le tissu des organes échappe aux sens. Lorsque l’on commence à les apercevoir , elles se présentent sous la forme d’un nombre infini de petits canaux, d’une excessive ténuité, communiquant très-fréquemmenc entre eux , et formant une sorte de lacet à mailles très-fines ; bientôt les veines augmentent de volume , tout en conservant la disposition réticulaire. Elles arrivent de cette manière à former des vaisseaux , dont la capacité , la forme et la disposition varient suivant chaque tissu , et même suivant chaque organe.
Quelques organes paraissent presque entièrement formés par des radicules veineuses : tels sont la rate , les corps caverneux de la verge , le clitoris , le mamelon , l’urètre , le gland , etc. Quand on pousse une injection dans l’une des veines qui sortent de ces divers tissus , ils se remplissent entièrement de la matière injectée ; ce qui n’arrive point, ou rarement, quand l’injection est poussée par les artères. L’incision des mêmes parties sur l’homme ou sur les animaux vivans en fait sortir un sang qui a toutes les apparences du sang veineux ( i).
(1) La communication du tissu caverneux de la verge avec les.veines se fait par des ouvertures de deux ou trois millimètres de diamètre.
Les racines des veines sont continues avec les artères et les vaisseaux lymphatiques; l’anatomie ne laisse aucun doute à cet égard ; d’autres radicules, dont la disposition est moins connue , paraissent ouvertes aux différentes surfaces des membranes du tissu cellulaire , et même dans le parenchyme des organes.
M. Ribes, ayant poussé du mercure dans l’une des branches de la veine porte, a vu les villosités de la membrane muqueuse intestinale se remplir de métal, et celui-ci se répandre dans la cavité de l’intestin. En poussant de l’air dans les veines des troncs vers les racines et en forçant la résistance des valvules ( ce qui est très-facile sur les cadavres qui ont éprouvé un commencement de putréfaction ), le même anatomiste a toujours vu l’air s’épancher avec la plus grande facilité dans le tissu cellulaire, quoique aucune rupture sensible des parois veineuses n’ait eu lieu. J’ai fait des remarques semblables en poussant de l’air ou d’autres fluides dans les veines du cœur. Ces faits , qui sont postérieurs à mes expériences sur l’absorption des veines dont je parlerai bientôt, s’accordent parfaitement avec elles.
Les veines du cerveau l’environnent de toutes parts , forment en grande partie la pie-mère , pénètrent dans les ventricules , où elles contribuent à former les plexus choroïdes et la toile choroïdienne. Celles du testicule représentent un lacis très-fin, qui recouvre les vaisseaux spermifères; celles des reins sont courtes et volumineuses , etc.
En abandonnant les organes pour se porter vers le cœur, les veines affectent encore des dispositions très-différentes. Au cerveau , elles sont logées entre les lames de la dure-mère , protégées par elle , et portent le nom de sinus. Au cordon spermatique, elles sont flexueuses, s’anastomosent fréquemment et forment le corps pampiniforme. Autour du vagin , elles constituent le corps rétiforme. A l’utérus , elles sont très-volumineuses et offrent de fréquentes flexuosités. Dans les membres, à la tête et au cou, on peut les distinguer en profondes , qui accompagnent les artères, et en superficielles , qui sont placées immédiatement au-dessous de la peau, au milieu des troncs lymphatiques qui s’y trouvent.
A mesure que les veines s’éloignent des organes et se rapprochent du cœur , elles diminuent de nombre et augmentent de volume , de telle manière que toutes les veines du corps, qui sont innombrables, se terminent à l’oreillette droite du cœur par trois troncs , la veine cave inférieure , la supérieure , et la veine coronaire.
J’ai dit que les petites veines communiquent ensemble par des anastomoses fréquentes: cette disposition existe aussi dans les grosses veines et dans les troncs veineux; Les troncs superficiels des membres communiquent avec les veines profondes, les veines de l’extérieur de la tête avec celles de l’intérieur , les jugulaires externes avec les internes, la veine cave supérieure avec l’inférieure, etc. Ces anastomoses sont avantageuses au cours du sang dans ces vaisseaux.
Beaucoup de veines présentent dans leur cavité des replis de forme parabolique , nommés vahules. Ces replis ont deux faces libres et deux bords, dont l’un est adhérent aux parois de la veine , tandis que l’autre est flottant : le premier est plus éloigné du cœur, l’autre en est plus rapproché.
Le nombre des valvules n’est pas partout le même. En général, elles sont plus multipliées là où le sang marche contre sa propre pesanteur, où les veines sont très-extensibles et n’ont qu’une faible pression à supporter de la part des parties circonvoisines : elles manquent au contraire dans les parties où les veines exposées à une pression habituelle qui favorise le mouvement du sang , et dans celles qui sont contenues dans les canaux non extensibles ; on en trouve rarement dans les veines qui ont moins d’une ligne de diamètre. Tantôt la largeur des valvules est assez grande pour oblitérer complètement le canal que la veine représente, et d’autres fois elles ont évidemment trop peu d’étendue pour produire cet effet. Tous les anatomistes avaient pensé que cette disposition dépend de l’organisation primitive; mais Bichat a cru reconnaître ({u’elle tient uniquement à l’état de resserrement ou de dilatation des veines au moment de la mort.
J’ai voulu m’assurer par moi-meme de l’exactitude de l’idée de Bicliat, et j’avoue qu’il m’est impossible de la partager. Je n’ai point vu que la distension des veines influât sur la grandeur des valvules : il m’a semblé au contraire qu’elle reste toujours la même; mais la forme change par l’état de resserrement ou de dilatation, et c’est probablement ce qui en aura imposé à Bichat.
Trois membranes superposées forment les parois des veines. La plus extérieure est celluleuse, mais très-difficile à rompre. Si l’on en croit les ouvrages d’anatomie, celle qui vient ensuite est formée de fibres disposées parallèlement selon la longueur du vaisseau, et d’autant plus faciles à apercevoir que la veine est plus grosse, et plus resserrée sur elle-même. J’ai cherché vainement à voir les fibres de la membrane moyenne des veines : j’y ai toujours observé des filamens excessivement nombreux, entrelacés dans toutes les directions et qui prennent l’apparence de fibres longitudinales quand la veine est plissée selon sa longueur, disposition qui se voit souvent dans les grosses veines.
Les veines sous-cutanées des membres dont les parois sont très-épaisses sont celles où l’on peut le plus facilement étudier la disposition de cette membrane.
On ignore la nature chimique de la couche fibreuse des veines : d’après quelques essais je soupçonne qu’elle est fibrineuse. Elle est extensible, assez résistante ; elle ne présente d’ailleurs aucune propriété, sur l’animal vivant, qui puisse la faire rapprocher des fibres musculaires. Irritée avec la pointe d’un scalpel, soumise à un courant galvanique, etc., elle ne présente point de contraction sensible (i).
La troisième membrane des veines, ou la tunique interne, est extrêmement mince et fort lisse par la face qui est en contact avec le sang. Elle est très-souple , trèsextensible , et cependant elle présente une résistance considérable ; elle supporte , par exemple , sans se rompre , la pression d’une ligature fortement serrée.
Quelques veines, telles que celles des sinus cérébraux, les canaux veineux des os , les veines sus-hépatiques, ont seulement leurs parois formées par cette membrane, et sont presque entièrement dépourvues des deux autres.
Les trois tuniques réunies forment un tissu très-élastique. Quel que soit le sens selon lequel on alonge une veine, elle reprend promptement sa forme et ses dimensions premières, et je ne sais sur quel fondement Bichat a avancé qu’elles étaient dépourvues d’élasticité : rien n’est plus aisé que de s’assurer qu’elles possèdent cette propriété physique à un degré éminent.
Une autre propriété physique qu’offrent à un haut degré les parois des veines , est celle de l’imbibition : elles se comportent à cet égard, après la mort et durant la vie, comme des éponges à cellules très-fines, et se remplissent de tous les liquides mis en contact avec elles.
Un assez grand nombre de petites artères , de veinules , et quelques filamens du grand sympathique, se répandent dans les veines; aussi sont-elles loin d’être toujours étrangères aux désordres maladifs qui surviennent dans l’économie animale. Quelquefois elles paraissent affectées d’inflammation.
Des cavités droites du cœur.
Le cœur est trop connu pour qu’il soit nécessaire d’insister sur sa forme et sur sa structure, j’en rappellerai seulement les circonstances principales. Dans l’homme, les mammifères et les oiseaux , il est formé de quatre cavités, deux supérieures ou oreiU lettes , et deux inférieures ou ventricules. L’oreillette et le ventricule gauches appar-
(1) Malgré ees faits , que chacun peut aisément vérifier , certaines personnes soutiennent que les veines ne sont pas seulement élastiques, mais qu’elles sont encore contractiles d’une auti e manière : cette dernière propriété des veines me paraît une chimère.
tiennent à l’appareil du cours du sang artériel; l’oreillette et le ventricule droits font partie de celui du sang veineux.
Il serait difficile de dire quelle est la forme de l’oreillette droite : son plus grand diamètre est transversal; sa cavité, dont les dimensions sont sujettes à de grandes variations , présente en arrière l’ouverture des deux veines caves et celle de la veine coronaire : en dedans, elle offre un petit enfoncement nommé fosse ovale ^ qui indique le lieu qu’occupait dans le fœtus le trou Botal. En bas , l’oreillette présente une large ouverture qui conduit dans le ventricule droit. La surface interne de l’oreillette présente ses colonnes charnues , c’est-à-dire un nombre infini de prolongemens arrondis ou aplatis , entrecroisés dans tous les sens de manière à présenter une sorte de tissu aréolaire ou spongieux, répandu à la face interne de l’oreillette , y formant une couche plus ou moins épaisse.
A l’endroit où la veine cave inférieure se joint à l’oreillette, il existe quelquefois un repli de la membrane interne appelé valvule cVEustache.
La face externe et antérieure du ventricule droit est très-voisine du sternum, et s’y applique même lorsque le sang distend sa cavité. Nous verrons tout-à-l’heure l’importance de cette remarque.
Le ventricule droit a une cavité plus spacieuse et des parois plus épaisses que l’oreillette, il a la forme d’un prisme triangulaire, dont la base correspond à l’oreillette et à l’artère pulmonaire, et le sommet à la pointe du cœur; toute sa surface est couverte de saillies alongées et arrondies, qui sont aussi nommées colonnes charnues : la disposition en est fort irrégulière. Comme celles de l’oreillette, elles forment un tissu réticulaire ou caverneux dans toute l’étendue du ventricule, et particulièrement vers la pointe.
Les colonnes du ventricule , étant généralement plus grosses que celles de l’oreillette, donnent aussi lieu à un réseau dont les mailles sont moins fines. Quelques-unes, nées de la surface des ventricules, se terminent en formant un ou plusieurs tendons, qui vont s’attacher au bord libre de la valvule tricuspide, placée à l’ouverture par laquelle l’oreillette et le ventricule communiquent ensemble.
A côté , et un peu à gauche de celle-ci, est l’orifice de l’artère pulmonaire.
Les parois de l’oreillette et du ventricule sont formées de trois couches : l’une, extérieure, de nature séreuse; l’autre, interne, analogue à la membrane interne des veines ; et la moyenne , de nature musculaire, essentiellement contractile. Cette couche, peu épaisse à l’oreillette , l’est bien davantage au ventricule.
Les fibres innombrables qui la composent ont un arrangement très-difficile à démêler. Beaucoup d’auteurs très-recommandables et ont fait l’objet de travaux assidus; mais, malgré leur patience et leur adresse, la disposition de ces fibres n’est pas encore bien connue : heureusement qu’il n’est pas nécessaire d’en avoir une idée exacte pour comprendre l’action de l’oreillette et celle du ventricule.
Le cœur a des artères , des veines et des vaisseaux lymphatiques ; ses nerfs viennent du grand sympathique, et se répandent, soit dans les parois des artères, soit dans le tissu musculaire.
De V artère pulmonaire.
Elle naît du ventricule droit et se porte aux poumons. D’abord elle ne forme qu’un seul tronc : bientôt elle se partage en deux branches , dont l’une va au poumon droit, et l’autre au poumon gauche. Chacune de ses branches se divise et se subdivise jusqu’au point de former une multitude infinie de petits vaisseaux , dont la ténuité est telle , qu’ils sont à peu près inaccessibles aux sens.
Les divisions et subdivisions de chacune des branches de l’artère pulmonaire nt ceci de remarquable , qu’elles n’ont point de communication entre elles avant d’être devenues d’une petitesse excessive. Les dernieres divisions sont continues immédiatement avec les radicules des veines pulmonaires ; elles commencent ce qu’on nomme
les vaisseaux capillaires pulmonaires , qui sont complétés par les racines des veines qui du poumon vont se rendre au cœur. Le calibre de ces vaisseaux suffit à peine pour laisser passer les globules du sang , qui n’ont cependant qu’un cent cinquantième de millimètre , et paraît dans un rapport intime avec la viscosité naturelle du sang , au point que si celle-ci augmente ou diminue , il en résulte des troubles graves dans le passage du sang à travers les capillaires du poumon.
L’artère pulmonaire est formée de trois tuniques : l’une , extérieure , fort résistante , de nature eellulaire ; l’autre , interne , très-polie par sa face interne , et toujours lubrifiée par un fluide visqueux ; et une moyenne , à fibres circulaires, trèsélastique , que l’on a crue long-temps musculaire , mais qui n’a rien moins que ce caractère. Sa nature chimique vient d’étre déterminée avec précision par M. Chevreul. Elle est formée par le tissu jaune élastique , principe immédiat distinct de tous les autres. C’est à ce tissu que l’artère doit principalement son élasticité ; mais cette propriété ne s’y maintient qu’au tant que le tissu est pénétré d’eau ; quand il en est privé pendant quelque temps , il devient friable. Il est donc très-probable que la membrane jaune de l’artère pulmonaire s’imbibe continuellement delà partie aqueuse du sang qui la traverse, et qu’elle conserve ainsi la grande élasticité qui la caractérise.
Le tissu des parois de l’artère et des capillaires pulmonaires s’imbibe facilement de toutes les matières avec lesquelles il se trouve en contact. Comme toutes les membranes il se laisse aisément traverser par les vapeurs et les gaz.
Cours du sang veineux.
De l’aveu des physiologistes les plus estimés , le cours du sang veineux est encore peu connu. Nous n’en décrirons ici que les phénomènes les plus apparens , nous réservant d’entrer dans les questions délicates lorsqu’il sera question du rapport du cours du san’g dans les veines avec celui du même liquide dans les artères. C’est alors que nous parlerons de la cause principale qui détermine l’entrée du sang dans les radicules veineuses et de son cours ultérieur dans les veines plus volumineuses et même dans les gros troncs veineux.
Pour prendre une idée générale, mais juste, du cours du sang dans les veines, il faut se rappeler que la somme des petites veines forme une cavité de beaucoup supérieure à celle des veifies plus grosses , mais moins nombreuses , dans lesquelles elles vont se rendre; que celles-ci présentent le même rapport relativement aux troncs où elles se terminent : par conséquent, le sang qui coule dans les veines des racines vers les troncs passe toujours d’une cavité plus spacieuse dans une qui l’est moins. Or le principe d’hydrodynamique suivant peut s’appliquer ici : Lorsqu’un liquide coule à plein tuyau , ia quantité de ce liquide qui , dans un instant donné , traverse les différentes sections du tuyau doit être partout la même : ainsi quand le tuyau va. en s’ élargissant , la vitesse diminue ; elle s’ accroît quand le tuytiu va ensuite en se rétrécissant.
L’expérience confirme l’exactitude du principe et la justesse de son application au cours du sang veineux. Si l’on coupe en travers une très-petite veine , le sang n’en sort qu’avec une extrême lenteur; il sort plus vite d’une veine plus grosse, et enfin il s’échappe avec une certaine rapidité d’un tronc veineux ouvert.
Plusieurs veines sont ordinairement chargées de transporter vers les gros troncs le sang qui a traversé un organe. A raison de leurs fréquentes anastomoses , la compression ou la ligature de l’une ou de plusieurs de ces veines n’empêche point et même ne diminue pas la quantité du sang qui retourne vers le cœur; seulement il acquiert une vitesse plus grande dans les veines qui restent libres.
C’est ce qui arrive quand une ligature est appliquée sur le bras pour l’opération de la saignée.
Dans l’état ordinaire , le sang qui est apporté à l’avant-bras et à la main revicni,
vers le cœur par quatre veines profondes, et au moins autant de superficielles; une fois le lien serré, le sang ne passe plus par les veines sous-cutanées , et très-difficilement traverse-t-il les profondes. Si alors on ouvre une des veines du pli du bras, il s’échappe en formant un jet continu, cjui dure tant que la ligature reste serrée, et qui cesse le plus souvent dès qu’elle est enlevée.
A moins de causes particulières , les veines sont très-peu distendues par le sang; cependant celles où ce liquide a plus de vitesse le sont bien davantage : les trèspetites veines au contraire le sont à peine. Par une raison facile à saisir, toutes les circonstances qui accélèrent la vitesse du sang dans une veine causent aussi une augmentation dans la distension du vaisseau.
L’introduction du sang dans les veines ayant lieu d’une manière continue , toute cause qui met obstacle à son cours produit la distension de la veine et la stagnation d’une quantité plus ou moins considérable de sang au-dessous de l’obstacle dans sa cavité.
Les parois des veines ne paraissent avoir qu’une influence très-faible sur le cours du sang; elles cèdent très-facilement quand la quantité de celui-ci augmente, et reviennent sur elles-mêmes quand elle diminue : mais ce resserrement est limité ; il n’est point assez fort pour expulser entièrement le sang de la veine , aussi en contiennent-elles presque constamment dans les cadavres. J’ai plusieurs fois vu des veines vides, sur des animaux vivans , sans qu’elles fussent pour cela contractées; et d’autres fois j’ai observé que la colonne de liquide était loin de remplir entièrement la cavité du vaisseau.
Un grand nombre de veines, telles que celles des os, des sinus de la dure-mère, du testicule, du foie, etc., dont les parois sont adhérentes par leur superficie à un canal inflexible, ne peuvent avoir évidemment aucune influence sur le mouvement du sang qui parcourt leur cavité. Le sang veineux qui est épanché dans plusieurs tissus , et particulièrement dans le tissu spongieux des vertèbres , ne reçoit évidemment aucune influence des parois des cavités qu’il parcourt.
Toutefois, c’est à l’élasticité des parois des veines, et non à une contraction qui aurait de l’analogie avec celle des muscles , qu’il faut attribuer la faculté qu’elles ont de revenir sur elles-mêmes quand la colonne de sang diminue : aussi ce retour estil beaucoup plus marqué dans celles où les parois sont plus épaisses , comme les superficielles.
Si les veines ont par elles- mêmes peu d’influence sur le cours du sang, plusieurs causes accessoires en exercent une des plus manifestes. Toute compression continue ou alternative, portant sur une veine, peut, lorsqu’elle est assez forte pour aplatir la veine, empêcher le passage du sang; si elle est moins considérable, elle s’opposera à la dilatation de la veine par l’effort du sang , et favorisera ainsi le mouvement de celui-ci.
La pression habituelle que la peau des membres exerce sur les veines qui rampent au-dessous d’elle est une cause qui rend plus facile et plus prompt le cours du sang dans ces vaisseaux; on n’en peut douter, car toutes les circonstances qui diminuent la contractilité du tissu de la peau sont tôt ou tard suivies de la dilatation considérable des veines , et , dans certains cas , de la production des varices. On sait aussi qu’une compression mécanique , exercée par un bandage approprié , rétablit les veines dans leurs dimensions ordinaires, ainsi que le cours du sang à leur intérieur.
Dans l’abdomen , les veines sont soumises à la pression alternative du diaphragme et des muscles abdominaux, et cette cause est également favorable à la marche du sang veineux de cette partie.
Les veines du cerveau supportent aussi une pression considérable , qui doit avoir le même résultat.
Toutes les fois que le sang veineux coule dans le sens de sa pesanteur , sa marche est d’autant plus facile; c’est l’opposé quand il marche contre sa pesanteur,
jNe négligeons pas de remarquer les rapports de ces causes accessoires avec la dis-
position des veines. Là où elles sont très-marquées, les veines ne présentent point de valvules et leurs parois sont très-minces , comme on le voit dans l’abdomen, la poitrine , la cavité du crâne , etc. ; là où elles ont moins d’influence , les veines offrent des valvules , et ont des parois un peu plus épaisses ; enfin , là où elles sont trèsfaibles , comme aux veines sous-cutanées , les valvules sont multipliées , et les parois ont une épaisseur considérable.
Si Ton veut prendre une idée comparative exacte dans ce genre, on n’a qu’à examiner la veine saphène interne, la crurale et le commencement de l’iliaque externe, au niveau de l’ouverture de l’aponévrose fémorale, destinée au passage de la saphène : le contraste pour l’épaisseur des parois sera frappant.
J’ai fait autrefois cette comparaison sur le cadavre d’un supplicié très-musculeux ; les parois de la saphène étaient aussi épaisses que celles de l’artère carotide ; la crurale et surtout l’iliaque externe avaient des parois beaucoup plus minces. *
Prenons garde cependant de confondre parmi les circonstances favorables au cours du sang dans les veines des causes qui agissent de toute autre manière. Par exemple, il est généralement connu que la contraction des muscles de l’avant-bras et de la main pendant la saignée détermine l’accélération du mouvement du sang qui s’échappe par l’ouverture de la veine ; les physiologistes disent que les muscles, en se contractant , compriment les veines profondes et en expulsent le sang, qui passe alors dans les veines superficielles. S’il en était ainsi, l’accélération ne serait qu’instantanée ou tout au moins de courte durée, tandis qu’elle dure, en général, autant que la contraction, Nous verrons plus loin comment on doit se rendre raison de ce phénomène.
Quand les pieds sont plongés quelque temps dans l’eau chaude, les veines souscutanées se gonflent ; ce qui est généralement attribué à la raréfaction du sang. La véritable cause me parait être l’augmentation de la quantité du sang qui se porte aux pieds, mais surtout à la peau , augmentation qui doit naturellement accélérer la vitesse du mouvement du sang dans les veines, puisque, dans un temps donné, elles sont traversées par une plus grande quantité de sang.
D’après ce qui précède, on conçoit sans peine que le sang veineux doit être fréquemment arrêté ou gêné dans son cours, soit par une trop forte compression qu’éprouvent les veines dans les positions diverses que prend le corps , soit par celle des corps étrangers qui appuient sur lui, etc. : de là la nécessité des anastomoses nombreuses que nous avons dit exister non-seulement entre les petites veines, mais entre les grosses et même entre les plus gros troncs, A raison de ces fréquentes communications, une ou plusieurs veines étant comprimées de manière qu’elles ne puissent pas livrer passage au sang, ce fluide se détourne et arrive au cœur par d’autres routes : un des usages de la veine azygos parait être d’établir une communication facile entre la veine cave supérieure et l’inférieure. Peut-être cependant que sa principale utilité est d’être l’aboutissant commun de la plupart des veines intercostales.
Il n’y a rien d’obscur dans l’action des valvules des veines : ce sont de véritables soupapes qui s’opposent au retour du sang vers les radicules veineuses, et qui remplissent d’autant mieux cet office qu’elles sont plus larges , c’est-à-dire plus favorablement disposées pour fermer entièrement la cavité de la veine.
Le frottement du sang contre les parois des veines, son adhésion à ces mêmes parois, le défaut de fluidité, doivent modifier le mouvement du sang dans les veines, et en général tendre à le ralentir ; mais il est impossible , dans l’état présent de la physiologie et de l’hydrodynamique, d’assigner avec précision l’effet de chacune de ces causes en particulier.
Ce qui vient d’être dit sur le cours du sang veineux doit faire pressentir qu’il éprouve de grandes modifications , suivant une infinité de circonstances : nous aurons occasion de nous en convaincre davantage par la suite lorsque nous envisagerons d’une manière générale le mouvement circulaire du sang, abstraction faite de ses qualités artérielles ou veineuses.
Quoi qu’il en soit , le sang veineux de toutes les parties du corps arrive à l’oreillette droite par les trois troncs que nous avons déjà nommés : savoir, deux très-volumineux, les veines caves; et un fort petit, la veine coronaire.
Il est très-probable que le sang marcbe dans chacune de ces veines avec une vi tesse différente : ce qu’il y a de certain, c’est que les trois colonnes du liquide font effort pour pénétrer dans l’oreillette, et que cet effort, dans certains cas, est très-considérable.
Absorption exercée par les veines.
"Non-seulement les radicules veineuses reçoivent immédiatement le sancf des der-
nières ramifications artérielles , mais elles présentent encore un phénomène bien remarquable. Toute espèce de gaz ou de liquide mis en contact avec les diverses ])arties du corps (la peau exceptée) passe aussitôt dans les petites veines, et arrive bientôt au poumon avec le sang veineux. La meme chose a lieu pour toutes les substances solides susceptibles de se laisser dissoudre par le sang ou par les fluides sécrétés. Au bout de très-peu de temps, elles s’introduisent dans les veines, et sont transportées au cœur et au poumon. Cette introduction et ce transport sont nommés absorption veineuse.
Pour prendre une idée de cette propriété, commune à toutes les vœines, on n’a qu’à introduire une dissolution de camphre dans Tune des cavités séreuses ou muqueuses du corps, ou bien enfoncer dans le tissu d’un organe un morceau de camphre solide : peu d’instans après , l’air qui sort du poumon de l’animal a une odeur de camphre très-prononcée. Cette observation est facile à faire sur Thomme après Tadministrafion des lavemens camphrés ; il est rare qu’ après cinq ou six minutes Thaleine ne présente pas une odeur de camphre très-forte.
Presque toutes les substances odorantes qui ne se combinent pas avec le sang produisent des effets analogues.
Dans les expériences que j’ai faites sur l’absorption des veines , j’ai reconnu que la promptitude de l’absorption varie suivant les divers tissus i elle est, par exemple, beaucoup plus rapide dans les membranes séreuses que dans les muqueuses , plus prompte dans les tissus abondans en vaisseaux sanguins que dans ceux qui en contiennent moins, etc.
La qualité corrosive des liquides ou des solides soumis à l’absorption n’empèche pas celle-ci de s’effectuer; elle semble, au contraire, être plus prompte que celle des substances qui n attaquent pas les tissus (i).
Ce sont les villosités intestinales, formées en partie par les radicules veineuses, qui absorbent dans l’intestin grêle tous les liquides , à l’exception du chyle. Il est facile de s’en convaincre, en introduisant dans cet intestin des substances odorantes ou fortement sapides, susceptibles d’être absorbées. Dès que l’absorption commence, jusqu’à ce qu’elle soit achevée, les propriétés de ces substances se reconnaissent dans le sang des branches de la veine porte , tandis qu’on ne les distingue dans la lymphe qu’assez long-temps après que l’absorption en a commencé. Nous ferons voir ailleurs qu’elles arrivent au canal thoracique , non par la voie de l’absorption directe des vaisseaux chylifères, mais par les communications des artères avec les lymphatiques.
(l) On parle beaucoup , dans les ouvrages modernes de physiologie , de la sensibilité propre aux bouches absorbantes ; elles sont douées , dit-on , d’un tact fin et sûr , par lequel elles discernent les substances utiles et s’en emparent, tandis qu’elles repoussent les substances nuisibles. Ces suppositions ingénieuses, qui ont un charme particulier pour notre esprit avide d’images, sont détruites aussitôt qu’elles sont soumises à l’expérience.
Chacun sait que toutes les veines des organes digestifs se réunissent en un seul tronc , lequel se divise et se subdivise dans le tissu du foie. Cette disposition mérite d’étre remarquée.
A raison de l’étendue considérable de la surface muqueuse, avec laquelle les boissons ou autres liquides sont en contact , et de la rapidité de leur absorption par les veines mésaraïques , une quantité considérable de liquide étranger à l’économie traverse le système veineux abdominal dans un temps donné , et altère la composition du sang. Si ce liquide arrivait de cette manière au poumon , et de là à tous les organes , il pourrait en résulter des inconvéniens graves , comme le démontrent les expériences suivantes :
Un gramme de bile poussé brusquement dans la veine crurale fait ordinairement périr un animal en peu d’instans. Il en est de meme d’une eertaine quantité d’air atmosphérique introduit rapidement dans la même veine. L’injection faite de la même manière dans Tune des branches de la -veine porte n’aura aucun inconvénient apparent. Pourquoi cette diversité de résultats ? I^e passage des liquides étrangers à l’économie à travers les innombrables petits vaisseaux du foie aurait-il pour effet de les mêler plus intimement avec le sang , et de les répartir sur une plus grande quantité de ce fluide , de manière que sa nature chimique en fût peu altérée ? Cela devient d’autant plus probable, que la même quantité de bile ou d’air injectée très-lentement dans la veine crurale ne produit pas non plus d’accidens sensibles.
Il se pourrait donc que le passage des veines nées des organes digestifs , à travers le foie, fût nécessaire afin de mêler intimement avec le sang les matières absorbées dans le canal intestinal. Soit que cet effet ait lieu ou non , il n’est point douteux que les médicamens absorbés dans l’estomac et les intestins ne passent immédiatement à travers le foie, et qu’ils ne doivent avoir sur cet organe une influence qui me parait mériter l’attention des médecins ( i )•
Nous avons dit tout-à-l’heure que la peau faisait exception à cette loi générale, que les veines absorbent dans toutes les parties du corps. Cette proposition mérite un examen particulier.
Lorsque la peau est privée de l’épiderme, et que les vaisseaux sanguins qui revêtent la face externe duchorion sont à découvert , l’absorption s’y fait comme partout ailleurs. Après l’application d’un vésicatoire , si l’on couvre la surface dépourvue d’épiderme avec une substance dont les effets sur l’économie animale soient faciles à remarquer, quelques minutes suffisent souvent pour qu’ils se manifestent. Des caustiques appliqués sur des surfaces ulcérées ont souvent produit la mort.
Pour que l’inoculation de la petite-vérole ou de la vaccine ait un plein succès , il faut avoir soin de placer la substance au-dessous de l’épiderme , et par conséquent de la mettre en contact ‘avec les vaisseaux sanguins sous-jacens.
Les choses se passent bien différemment quand la peau est revêtue de son épiderme. A moins que les substances en contact avec celui-ci ne soient de nature à attaquer sa composition chimique, ou à exciter une irritation dans les vaisseaux sanguins correspondans, il n’y a pas d’absorption sensible. Ce résultat, je le sais, est contraire aux idées généralement admises. On pense, par exemple, que le corps, étant plongé dans un bain , absorbe une partie du liquide cjui l’environne : c’est même sur cette idée qu’est fondé l’usage des bains nourrissans de lait , de bouillon , etc.
Dans un travail publié récemment, M. Séguin a mis hors de doute, par une série
(l) Il serait curieux de savoir pourquoi, de tous les vaisseaux du foie, les branches de la veine porte sont les seules qui, par la disposition de leur membrane extérieure {capsule de Glisson), puissent revenir sur elles-mêmes quand la quantité de sang qui les parcom’t diminue. Peutêtre celte disposition est-elle favorable au cours du sang veineux, qui, dans cette portion de la veine porte , marche d’un endroit plus étroit dans un endroit plus large , tandis que partout ailleurs il passe d’un lieu plus large dans un plus étroit.
rUËCIS ÉLÉMENTAIRE
(Vexpériences rigoureuses, que la peau n’absorbe point l’eau au milieu de laquelle elle est placée. Pour s’assurer s’il en serait de même pour d’autres liquides, M. Séguin a fait des essais sur des personnes affectées de maladies vénériennes. Il leur a fait plonger les pieds et les jambes dans des bains composés de seize livres d’eau et de trois gros de sublimé; chaque bain durait une heure ou deux, et était répété deux fois par jour. Treize malades soumis à ce traitement pendant vingt-huit jours ne présentèrent aucun indice d’absorption; un quatorzième en présenta d’évidens dès le troisième bain, mais il avait des excoriations psoriques aux jambes : deux autres qui étaient dans le même cas offrirent des phénomènes semblables. En général , l’absorption ne s’est manifestée que sur les sujets dont l’épiderme n’était pas entièrement intact ; cependant, à la température de dix-huit degrés, il y a eu quelquefois du sublimé d’absorbé, mais jamais d’eau.
Parmi les expériences de M. Séguin, il en est une qui me paraît jeter un grand jour sur la faculté absorbante de la peau.
Après avoir pesé séparément un gros de mercure doux , un gros de gomme gutte, un gros de scammonée, un gros de sel alembroth, et un gros d’émétique , M. Séguin fit coucher un malade sur le dos, lui lava avec soin la peau de l’abdomen , et appliqua avec précaution sur des endroits écartés les uns des autres les cinq substances désignées ; il les recouvrit chacune avec un verre de montre , et maintint fortement ïe tout avec une bande de linge. La chaleur de la chambre fut entretenue à quinze degrés ; M. Séguin ne quitta pas le patient , afin de l’empêcher de remuer : l’expérience dura dix heures un quart. Les verres furent alors retirés et les substances recueillies avec le plus grand soin ; elles furent ensuite pesées. Le mercure doux était réduit à soixante-onze grains un tiers ; la scammonée pesait soixante-onze grains trois quarts ; la gomme gutte , un peu plus de soixante-onze grains ; le sel alembroth était réduit à soixante-deux grains ( beaucoup de boutons s’étaient développés sur îa place où il avait été appliqué); l’émétique pesait soixante-sept grains. Il est évident que, dans cette expérience , les substances les plus irritantes et les plus disposées à se combiner avec l’épiderme furent en partie absorbées , tandis que les autres ne le furent pas sensiblement.
Mais ce qui n’arrive point par la simple application survient quand on fait des frictions sur la peau avec certaines substances. On ne peut douter que le mercure, Falcohol , l’opium , le camphre , les vomitifs, les purgatifs, etc. , ne pénètrent par ce moyen dans le système veineux. Il paraît que ces différens médicamens traversent l’épiderme, soit en passant par ses pores , soit en s’insinuant dans les ouvertures par lesquelles sortent les poils ou la transpiration insensible.
Ainsi, en résumant ce qui a rapport à l’absorption de la peau, on volt que celte membrane ne diffère des autres surfaces du corps qu’en ce qu’elle est revêtue par l’épiderme. Tant que cette couche reste intacte et qu’elle ne se laisse pas traverser par les substances mises en contact avec la peau, il n’y a point d’absorption ; mais, dès l’instant qu’elle est altérée ou seulement qu’elle est traversée, l’absorption a lieu comme partout ailleurs.
Je n’ignore pas que beaucoup de personnes seront étonnées en voyant que je n’hésite pas à attribuer aux veines la faculté absorbante , Tandis que l’opinion générale est que toute espèce d’absorption se fait par les vaisseaux lymphatiques ; mais, d’après les faits rapportés à l’article de \ absorption de la lymphe , et quelques autres que je vais ajouter, il m’est impossible de penser autrement. D’ailleurs , l’opinion que je soutiens n’est pas nouvelle ; Ruysch , Boerhaave , Meckel , Swammerdam , l’ont professée ; et Haller l’a soutenue , quoique les travaux anatomiques de J. Hunter ne fussent pas ignorés de lui.
M. Delille et moi, nous séparâmes du corps la cuisse d’un chien assoupi précédemment par l’opium (afin de lui éviter les douleurs inséparables d’une expérience laborieuse); nous laissâmes seulement intactes l’artère et la veine crurale, qui conservaient la communication entre la cuisse et le tronc. Ces deux vaisseaux furent dis-
séqués avec le plus grand soin , c’est-à-dire qu’ils furent isolés dans l’étendue de quatre centimètres; leur tunique cellulaire fut enlevée, dans la crainte qu’elle ne recélât quelques vaisseaux lymphatiques. Deux grains d’un poison très-subtil (l’upas tieuté) furent alors enfoncés dans la patte : les effets de ce poison furent tout aussi prompts et aussi intenses que si la cuisse n’eût point été séparée du corps ; en sorte qu’ils se manifestèrent avant la quatrième minute , et que l’animal était mort avant la dixième.
On pouvait objecter que, malgré toutes les précautions prises, les parois de l’artère et de la veine crurale contenaient encore des lymphatiques, et que ces vaisseaux suffisaient pour donner passage au poison.
Pour lever cette difficulté , je répétai sur un autre chien l’expérience précédente , avec cette modification , que j’introduisis dans l’artère crurale un petit tuyau de plume , sur lequel je fixai ce vaisseau par deux ligatures ; l’artère fut ensuite coupée circulairement entre les deux ligatures , j’en fis autant pour la veine crurale : par là il n’y eut plus de communication entre la cuisse et le reste du corps , si ce n’est par le sang artériel qui arrivait à la cuisse, et le veineux qui retournait au tronc. Le poison introduit ensuite dans la patte produisit ses effets dans le temps ordinaire, c’est-à-dire au bout d’environ quatre minutes.
Cette expérience ne laisse point douter que le poison n’ait passé de la patte au tronc à travers la veine crurale. Pour rendre le phénomène encore plus évident, il faut presser cette veine entre les doigts au moment où les effets du poison commencent à se développer : ces effets cessent bientôt ; ils reparaissent dès qu’on laisse la veine libre, et cessent eneore si on la comprime de nouveau. On peut ainsi les graduer à volonté.
Ajoutons à ces faits , qui me paraissent décisifs, des observations intéressantes faites par Flandrin.
Dans le cheval, les matières qui contiennent le plus souvent l’intestin grêle et le gros intestin sont mêlées à une grande quantité de liquide, qui est d’autant moins considérable que l’on s’avance davantage vers le rectum : il est donc absorbé à mesure qu’il parcourt le canal intestinal. Or Flandrin ayant retenu le liquide contenu dans les vaisseaux chylifères, n’y reconnut aucune odeur analogue à celle du liquide de l’intestin : au contraire , le sang veineux de l’intestin grêle avait une saveur herbacée sensible ; celui du cæcum avait un goût piquant et une saveur urineuse légère; celui du colon avait les mêmes caractères , à un degré encore plus marqué. Le sang des autres parties du corps n’offrait rien de semblable.
Une demi-livre d’assa-fœtida dissous dans une égale quantité de miel fut donnée à un cheval; l’animal fut ensuite nourri comme à l’ordinaire, et tué seize heures après. L’odeur d’assa-fœtida fut distinguée dans les veines de l’estomac , de l’intestin grêle et du cæcum; elle ne fut point remarquée dans le sang artériel, non plus que dans la lymphe.
J’ai parlé, à l’article des Vaisseaux lymphatiques , des expériences quel. Hunter a laites pour prouver que ces vaisseaux sont les agens exclusifs de l’absorption : cet auteur en a fait aussi pour démontrer que les veines n’absorbent point; mais ces dernières ne sont guère plus satisfaisantes ni plus exactes que celles dont il a déjà été fait mention.
« Je pris, dit J. Hunter, une portion de l’intestin d’un mouton, après lui avoir incisé les parois abdominales; je la liai par les deux extrémités , et la remplis d’eau chaude : le sang qui revenait par la veine de cette partie ne parut nullement plus délayé ni plus léger que celui des autres veines : alors je liai l’artère et toutes ses communications, et j’examinai l’état de la veine. Elle ne se gonflait point, son sang ne devenait pas plus aqueux; elle ne donnait ainsi aucune indication de la présence de l’eau dans sa cavité. Donc les veines n’absorbent point (i). »
(1) Medical Commentarics , chap V.
Combien d’objections se présentent pour quiconque veut de la précision dans les expériences ! Comment J. Hunter a-t-il pu juger , sur le simple aspect , que , dans les premiers momens , l’eau n’a pas été absorbée et ne s’est point mêlée avec le sang de la veine? Ensuite, comment cet auteur , d’ailleurs si recommandable , a-t-il pu croire que la veine continuerait son action, l’artère étant liée? 11 aurait dû déterminer d’abord l’effet de la ligature d’une artère sur le cours du sang dans la veine qui y correspond , et c’est ce qu’il n’a point fait.
Dans une autre expérience, le même physiologiste a injecté du lait chaud dans une ' portion d’intestin; quelques instans ensuite, il a ouvert la veine mésentérique, recueilli le sang qui s’est écoulé ; et de ce qu’il n’y a pas reconnu de trace de lait, il en a conclu qu’il n’y a pas eu d’absorption de ce liquide par la veine. Mais, du temps de Hunter , on était loin de pouvoir s’assurer par aucun moyen de l’existence d’une petite quantité de lait dans une certaine quantité de sang; à l’époque actuelle, où la chimie animale est bien plus avancée, on saurait à peine surmonter cette difficulté.
Ces deux expériences ne peuvent porter aucune atteinte à la théorie de l’absorption veineuse. Les autres, au nombre de six, loin d’être concluantes, sont, au contraire, bien plus défectueuses.
Enfin , s’il était nécessaire de déduire du raisonnement de nouvelles preuves en faveur de la propriété absorbante des veines, je rappellerais que, dans beaucoup d’endroits du corps où Tanatomie la plus exacte n’a jamais pu découvrir que des vaisseaux sanguins et point de vaisseaux lymphatiques, tels que l’œil, le cerveau, le placenta, etc., l’absorption s’y fait avec autant de promptitude que partout ailleurs ; j’ajouterais que tous les animaux non vertébrés qui ont du sang ne présentent point de lymphatiques, et que cependant l’absorption y est manifeste. Je dirais , enfin , que le canal thoracique est beaucoup trop petit pour donner aussi promptement passage aux matières absorbées dans toutes les parties du corps, et particulièrement aux boissons (i). Tous ces phénomènes s’entendent sans difficulté, dès que l’absorption des veines est reconnue.
Les faits, les expériences et les raisonnemens concourent donc en faveur de l’absorption veineuse (2).
Tel était l’état de la question lorsque j’ai publié la première édition de cet ouvrage; mais depuis cette époque la science a fait un pas important, elle a perdu un préjugé et acquis un fait général d’un extrême intérêt.
On croyait ( il a été un temps où la physiologie était tout entière composée de croyances), on croyait, dis-je, que les tissus vivans , et particulièrement les membranes, les parois des vaisseaux , etc., par cela seul qu’ils étaient vivans, ne pouvaient point s’imbiber des diverses substances par lesquelles ils s’imbibent aisément après la mort ; et l’on partait de cette idée pour recourir à un phénomène vital , dès qu’il s’agissait d’expliquer l’absorption. On n’avait pas même songé à y chercher un phénomène physique , et moi-même, qui ai travaillé vingt ans sur ce sujet , l’idée ne m’en était pas venue (3).
(1) Quelques personnes boivent jusqu’à douze litres et plus d’eau minérale en quelques heu- | res , et les rejettent à peu près dans le même temps en urinant.
(2) Pour résumer tout ce qui a rapport aux organes de l’absorption , considérée en général , on peut dire , 1° qu’il est eertain que les vaisseaux ehylifères absorbent le ehyle ; 2° qu’il est douteux qu’ils absorbent autre ehose; 3° qu’il n’est pas démontré que les vaisseaux lymphatiques soient doués de la faculté absorbante, et qu’il est prouvé que les veines jouissent de cette propriété. {L® édit.)
(3) La répugnance extrême à convenir de notre ignorance, et le penchant à créer des ro- j mans pour remplir les vides de la science , sont des phénomènes intellectuels aussi remarqua- j blés qu’ils sont nuisibles aux progrès de nos connaissances. On ignorait comment se fait l’absorption : au lieu d’en convenir tout simplement, ce qui aurait excité à faire des recherches, | quelqu un s’est avise de dire ÿwe les tissus vivitns ne se Icass aient pa.s imbiber comme après la mort, | qu il y avait des bouches absorbantes qui prenaient avec discernement certaines substances , et re- |
J’ai prouvé par une série d’expériences que les tissus vivans s’imbibent de toutes les matières liquides qui les touchent ; le meme effet se produit avec les substances solides , pourvu qu’elles soient solubles dans nos humeurs et particulièrement dans le sérum du sang.
Ce fait général étant établi , l’absorption , qui a tant occupé les physiologistes , qui a tant exercé leur imagination , produit tant de disputes , devient un phénomène des plus sensibles et presque entièrement physique. On ne discutera plus si ce sont les veines ou les lymphatiques qui absorbent , puisque tous les tissus sont doués de cette propriété.
Voici toutefois quelques expériences qui mettent , je crois , la question hors de doute. Je les extrais de mon mémoire sur le mécanisme de l’absorption (i).
Dans une leçon publique sur le mode d’action des médicamens , je montrais , sur l’animal vivant , quels sont les effets de l’introduction d’une certaine quantité d’eau à 3oo centigr. dans les veines. En faisant cette expérience, il me vint dans l’idée de voir quelle serait l’influence de la pléthore artificielle que je produisais, sur le phénomène de l’absorption. En conséquence , après avoir injecté près d’un litre d’eau dans les veines d’un chien de taille moyenne , je mis dans sa plèvre une légère dose d’une substance dont les effets m’étaient bien connus. Je fus frappé de voir ces effets ne se montrer que plusieurs minutes après l’époque où ils se montrent ordinairement. Je refis aussitôt l’expérience sur un autre animal, et j’obtins un résultat semblable.
Dans plusieurs autres essais les effets se montrèrent bien à l'époque où ils devaient se développer ; mais ils furent sensiblement plus faibles que ne le comportait la dose de la substance soumise à l’absorption, et ils se prolongèrent de beaucoup au-delà de leur terme ordinaire.
Enfin, dans une autre expérience où j’avais introduit autant d’eau (environ deux litres ) que Tanimal pouvait en supporter sans cesser de vivre, les effets ne se manifestèrent plus du tout : l’absorption avait probablement été empêchée. Après avoir attendu près d’une demi-heure des effets qui ne demandent qu’environ deux minutes pour se développer , je fis le raisonnement suivant : si la distension des vaisseaux sanguins est ici la cause du défaut d’absorption, la distension cessant, l’absorption doit avoir lieu. Aussitôt je fis faire une large saignée à la veine jugulaire de l’animal soumis à mon expérience, et je vis, avec la plus grande satisfaction, les effets se manifester à mesure que le sang s’écoulait.
Je pouvais d’ailleurs faire l’expérience opposée, c’est-à-dire diminuer la quantité du sang et voir si l’absorption serait plus prompte : c’est ce qui arriva exactement comme je l’avais prévu. Un animal fut saigné, et privé ainsi d’une demi-livre de sang environ : des effets qui n’auraient dû arriver qu’après la deuxième minute se montrèrent avant la trentième seconde.
Cependant on pouvait encore soupçonner que c’était moins la distension des vaisseaux sanguins que le changement de nature du sang qui s’était opposé à l'absorption. Pour lever cette difficulté je fis l’expérience suivante : une grande et large saignée fut pratiquée à un chien; on remplaça le sang qu’il venait de perdre par de l’eau à 40^ cent. , et on introduisit dans sa plèvre une quantité déterminée de dissolution de noix vomique : les suites en furent aussi promptes et aussi intenses que si la nature du sang n’avait point été changée. C’était donc à la distension des vaisseaux qu’il fallait attribuer le défaut ou la diminution de l’absorption.
poussaient les autres. Cette petite histoire a beaucoup plu aux physiologistes ; ils Pont répétée , y ont cru fermement, et dès lors personne n’a su que le mécanisme de l’absorption n’était point connu, et par conséquent personne n’a même pensé à en faire un objet de recherche. Tel est le mal que font, sans s’en douter , ceux qui, dans les sciences, se livrent à leur imagination ; tel est le mal que font à l’humanité les médecins qui tombent dans les mêmes erreurs.
(1) V'oy?z mon Journal de Physiologie, tom. 1 , cahier 1 .
Dès lors je devins , pour ainsi dire, maître d’un phénomène qui jusque-là avait été pour moi un mystère impénétrable. Pouvant m’opposer à son développement , le produire, le rendre prompt, tardif, intense, faible, il était difficile que sa nature échappât entièrement à mon investigation.
En réfléchissant sur la constance et la régularité du phénomène , il n’était guère possible de le rapporter à ce que les physiologistes nomment action vitale ; telle que l’action des nerfs , la contraction des muscles , la sécrétion des glandes , etc. Il était beaucoup plus raisonnable de le rapprocher de quelque phénomène physique ; et , parmi les conjectures que l’on pouvait se permettre à cet égard, celle qui ferait dépendre l’absorption de l’attraction capillaire des parois vasculaires, pour les matières absorbées , était sans doute Ja plus probable : elle réunissait en effet tous les faits observés. Car , en supposant que cette cause préside à l’absorption , les substances solides non solubles dans nos humeurs , ne pouvant pas traverser les parois des petits vaisseaux , devaient résister à l’absorption ; ce qui est exact. Les solides capables , au contraire , de se combiner avec nos tissus , ou seulement de se dissoudre dans le sang, devaient être aptes à être absorbés; ce qui est encore conforme aux faits. La plupart des liquides , pouvant mouiller ou imbiber avec promptitude les parois vasculaires, quelle que fut d’ailleurs leur nature chimique, devaient éprouver une absorption rapide; ce que donne l’expérience, même pour les liquides caustiques. Dans la même hypothèse , plus les vaisseaux seraient distendus , et moins leur pouvoir absorbant serait marqué , et il pouvait arriver un moment où ce pouvoir ne serait plus sensible. Plus les vaisseaux seraient nombreux , plus ils seraient ténus , plus l’absorption serait l'apide , puisque les surfaces absorbantes seraient plus étendues.
Cette action des parois une fois reconnue, rien n’était plus facile que de comprendre comment les substances absorbées sont transportées vers le cœur , puisque dès qu’elles sont parvenues à la surface intérieure des parois , elles doivent être aussitôt entraînées par le courant sanguin qui existe dans les plus petits vaisseaux.
J’étais d’autant moins éloigné de repousser cette supposition, que je me rappelais clairement qu’en empoisonnant un animal en lui enfonçant une flèche de Java dans l’épaisseur de la cuisse, toutes les parties molles qui environnent la blessure se colorent en jaune brunâtre à plusieurs lignes d’épaisseur, et prennent la saveur amère du poison.
Mais une supposition qui lie le mieux un certain nombre de phénomènes connus n’est au fond qu’une manière plus commode de les exprimer ; elle ne prend le caractère de théorie qu’autant qu’elle est confirmée par des expériences suffisamment variées.
Je dus par conséquent faire de nouvelles recherches pour voir à quel moment ma supposition ne serait plus admissible.
L’affinité des parois vasculaires pour les matières absorbées étant supposée la cause, ou, si l’on veut, l’une des causes de l’absorption, cet effet devait se produire aussi bien après la mort que durant la vie. Ce fait pouvait être facilement constaté pour les vaisseaux d’un certain calibre ; mais en tenant compte de leur diamètre , de l’épaisseur et de la moindre étendue de leurs parois , relativement à la capacité du canal, l’expérience devait donner une absoi’ption faible à la vérité, mais appréciable.
Je pris donc un bout de la veine jugulaire externe d’un chien (cette portion de vaisseau, dans une étendue de plus de trois centimètres , ne recevait aucune branche). Je la dépouillai du tissu cellulaire environnant , j’attachai à chacune de ses extrémités un tube de verre, au moyen duquel j’établis un courant d’eau tiède dans son intérieur. Je plongeai alors la veine dans une liqueur légèrement acide, et je recueillis avec soin le liquide du courant intérieur.
On voit, par la disposition de l’appareil, qu’il ne pouvait y avoir aucune communication entre le courant intérieur d’eau tiède et le liquide acide extérieur.
Les premières minutes, la liqueur que je recueillais ne cliangea pas tle nature; mais après cinq ou six minutes Peau devint sensiblement acide. L’absorption avait eu lieu.
Je répétai cette expérience avec des veines prises sur des cadavres humains; l’effet fut le même.
Le phénomène se montrant sur des veines , rien ne s’opposait à ce qu’il ne se manifestât sur des artères. Je fis donc l’expérience avec une artère carotide d’un petit chien mort la veille, et j’obtins un résultat absolument semblable : en outre je remarquai que plus l’acidité de la liqueur extérieure était grande, plus la température était élevée, et plus le phénomène se produisait promptement (i).
Si l’absorption capillaire était produite sur de gros vaisseaux morts , pourquoi n’aurait-elle pas lieu sur les mêmes vaisseaux vivans?
Si l’expérience ne donnait pas ce résultat, tous mes raisonnemens allaient être confondus et ma supposition détruite. J’étais d’autant moins rassuré sur la réussite de l’expérience, que j’avais présent à l’esprit ce cju’on entend dire chaque jour sur les changemens que la vie apporte dans les propriétés physiques de nos organes.
Cependant, comme je me suis souvent bien trouvé dans mes recherches de douter des idées généralement reçues, je ne me décourageai point et fis l’expérience que je vais dire.
Je J)ris un jeune chien d’environ six semaines ; à cet âge , les parois vasculaires sont minces, et par suite plus propres à la réussite de l’expérience. Je mis à découvert l’une des veines jugulaires, je l’isolai parfaitement dans toute sa longueur; je la dépouillai avec soin de ce qui la revêtait , et surtout du tissu cellulaire et de quelques petits vaisseaux qui s’y ramifiaient : je la plaçai sur une carte, afin qu’elle n’eût aucun contact avec les parties environnantes. Alors je laissai tomber à sa surface, et vis-à-vis le milieu de la carte, une dissolution aqueuse et épaisse, d’extrait alcoholique de noix vomique, substance dont l’action est très-énergique sur les chiens; j’eus soin qu’aucune parcelle de poison ne pût toucher autre chose que la veine et la carte, et que le cours du sang fût libre à l’intérieur du vaisseau. Avant la quatrième minute les effets que j’attendais se développèrent , d’abord faibles , mais ensuite avec assez d’activité pour que je dusse m’opposer à la mort de l’animal par l’insufflation pulmonaire.
Je devais répéter cette expérience; mais je ne pus me procurer qu’un animal adulte, beaucoup plus gros que le précédent, et dont, par conséquent, les parois des veines étaient plus épaisses; les mêmes effets se montrèrent; mais, comme on devait le présumer , ils furent plus tardifs , et ne se développèrent qu’après la dixième minute.
Satisfait de ce résultat pour les veines, je dus m’assurer que les artères présentaient des propriétés analogues. Cependant les artères ne sont pas sur l’animal vivant dans les mêmes conditions physiques que les veines. Leur tissu est moins spongieux , il est plus consistant; les parois sont beaucoup plus épaisses à diamètre égal, et , de plus, elles sont incessamment distendues par l’effort du sang poussé par le cœur. Il était donc facile de prévoir que si le phénomène de l’absorption se montrait, il serait plus lent à se développer que dans les veines. C’est ce que l’expérience confirma dans deux gros lapins, dont je dépouillai, avec le plus grand soin, l’une des artères carotides. Il fallut plus d’un quart d’heure avant que la dissolution de noix vomique pût traverser les parois de l’artère.'
Bien que j’aie cessé de mouiller le vaisseau aussitôt que je vis les effets se manifester , un des lapins mourut. Alors , pour m’assurer que le poison avait réellement
( l) Ce résultat n’est exact cependant que dans certaines limites; car si la température est voisine de celle de l’eau bouilhuite, si l’acidité devient un peu forte, le vaisseau se racornit, cl l’absorption est beaucoup plus lente.
traversé les parois artérielles, et qiTil n’avait point été absorbé par de petites veines qui auraient pu se soustraire à ma dissection , je détachai avec soin le vaisseau qui avait servi à l’expérience, je le fendis dans toute sa longueur, et je fis goûter aux personnes qui m’assistaient le peu de sang qui était resté adhérent à la surface intérieure : elles y reconnurent toutes, et j’y reconnus moi-même, l’extrême amertume de l’extrait de noix vomique.
Il était donc bien positif que les parois des gros vaisseaux absorbent , soit pendant la vie, soit après la mort. Il ne s’agissait plus que de donner des preuves directes que les petits vaisseaux jouissent de la même propriété : leur extrême ténuité, leur multiplicité, le peu d’épaisseur et l’étendue considérable de leurs parois, étaient autant de conditions propres à favoriser la production du phénomène.
Pour le développer après la mort, il fallait trouver une membrane dans les vaisseaux de laquelle on pùt établir un courant intérieur qui simulât le cours du sang. J’avais d’abord choisi une portion d’intestin; mais je fus obligé de renoncer à cette entreprise , parce qu’il se faisait une extravasion considérable dans le tissu cellulaire, et que le liquide ne passait cjue très-difficilement de l’artère dans la veine. Je pris le cœur d’un chien mort depuis la veille; je poussai dans une des artères coronaires de l’eau à So^* centigrades. Cette eau revint facilement, par la veine coronaire, jusque dans l’oreillette droite, d’où elle s’écoulait dans un vase. Je fis verser dans le péricarde une demi-once d’eau légèrement acide. D’abord l’eau injectée ne donna aucun signe d’acidité; mais il suffit de cinq à six minutes pour qu’elle en présentât des traces non équivoques. Le fait était donc évident pour les petits vaisseaux morts ; quant aux petits vaisseaux vivans, je n’avais pas besoin de recourir à de nouveaux essais, ni de sacrifier de nouveaux animaux. Les expériences que j’ai consignées dans mon Mémoire sur les organes de V absorption dans les mammifères ne. laissent aucun doute à cet égard, d’après le jugement de l’Académie des Sciences elle-même.
Une seule objection pouvait encore être offerte : c’est que les membranes , qui sont perméables après la mort , ne paraissent pas l’être durant la vie. Sur le cadavre , la bile transsude dans le péritoine , colore en jaune les parties qui environnent la vésicule du fiel ; ce qui ne paraît point avoir lieu sur le vivant. Le fait de la perméabilité des membranes sur le cadavre est vrai , je l’ai trop souvent vu pour le nier ; mais en conclure que les membranes sont imperméables durant la vie ne me paraît point indispensable ; car , en supposant que les parois de la vésicule vivante se laissent traverser par la bile, le courant sanguin qui existe dans les petits vaisseaux qui forment en grande partie ces parois doit entraîner la bile à mesure qu’elle les imprègne; ce qui n’a pas lieu après la mort , puisque la circulation ne se fait plus , et que rien ne peut enlever la matière qui imbibe les vaisseaux. D’ailleurs j’ai souvent observé que , même sur les animaux vivans, les membranes se pénètrent et se colorent des matières avec lesquelles elles sont en contact. Par exemple , si l’on introduit dans la plèvre d’un jeune chien une certaine quantité d’encre, il faut à peine une heure pour que la plèvre, le péricarde , les muscles intercostaux et la surface du cœur elle-même, soient sensiblement colorés en noir (i).
Il me paraît donc hors de doute que tous les vaisseaux sanguins , artériels et veineux , morts ou vivans , gros ou petits , présentent , dans leurs parois , une propriété physique propre à rendre parfaitement raison des principaux phénomènes de l’absorption. Affirmer que cette propriété est la seule qui les produise, ce serait aller au-delà de ce que commande une saine logique ; mais du moins, dans l’état présent des faits , je n’en connais point qui infirme cette explication : ils viennent tous , au contraire, se ranger d’eux-mêmes autour de ce fait principal.
(1) On voit encore mieux ce phénomène sur des animaux plus petits , tels que lapins, cochonsd’inde, souris, etc.
Par exemple , Lavoisier et M. Séguin ont prouvé , par une suite d’expériences intéressantes, que la peau n’absorbe point l’eau, ni aucune autre substance , tant qu’elle est revêtue de son épiderme. Mais l’épiderme n’est point de la même nature que les parois vasculaires ; c’est une sorte de vernis qui ne se laisse point imbiber , ce que chacun peut voir sur lui-même quand il prend un bain : mais aussitôt que l’épiderme est enlevé , la peau absorbe comme toutes les autres parties du corps , parce que les parois de ses vaisseaux sont en contact immédiat avec les matières destinées à être absorbées. De là la nécessité de placer sous l’épiderme les substances que l’on veut faire absorber , dans l’inoculation et la vaccine ; de là aussi la nécessité de longues frictions , et souvent l’emploi des corps gras , pour faire absorber certains raédicamens par la peau revêtue de son épiderme; de là encore la préférence que l’on donne pour faire des frictions aux parties de la peau où l’épiderme a le moins d’épaisseur ( i ).
C’est sur ce fait physiologique , bien simple aujourd’hui qu’il est connu, mais que je me fais gloire d’avoir démontré par des preuves irrécusables , qu’est fondée la méthode endermique d’employer les médicamens. Elle consiste à enlever l’épiderme au moyen d’un vésicatoire, et à saupoudrer la surface dénudée avec la substance que l’on veut faire promptement absorber. Cette méthode rend aujourd’hui de grands services en thérapeutique.
Je citerai encore pour exemple l’absorption qui se fait dans toutes les parties du corps sur les substances les plus irritantes , et même sur les substances capables d’altérer chimiquement nos tissus. Ce fait est entièrement contraire à l’idée que l’absorption a une action purement vitale , et qu’il y a une sorte de choix exercé par les orifices absorbans ; mais il n’a plus rien de particulier dès l’instant que l’on rapproche l’absorption d’une propriété physique.
Celle-ci aurait besoin d’être étudiée d’une manière spéciale, d’être suivie dans chaque tissu pendant la vie et après la mort, d’être examinée sous le rapport des diverses matières qui s’imbibent. Jusqu’ici les membranes séreuses et le tissu cellulaire m’ont paru, surtout durant la vie, probablement à cause de la température élevée, être les meilleurs agens de l’imbibition. Une goutte d’encre , par exemple, mise sur le péritoine , s’y imbibe aussitôt, s’étend en une large plaque arrondie, qui n’occupe, en profondeur, que la membrane séreuse; il faut beaucoup plus de temps pour que les tissus sous-jacens se pénètrent des substances absorbées.
Un fait très-important qui a été observé par l’un de mes collaborateurs , M. Fodéra , c’est que le galvanisme accélère singulièrement l’absorption , ou plutôt l’imbibition. Du prussiate de potasse est injecté dans la plèvre, du sulfate de fer est introduit dans l’abdomen d’un animal vivant : dans les conditions ordinaires, il faut cinq ou six minutes avant que les deux substances ne soient mises en contact par leur imbibition à travers le diaphragme ; mais le mélange est instantané si l’on soumet le diaphragme à un léger courant galvanique. Le même phénomène s’observe si l’un des liquides est placé dans la vessie urinaire , et l’autre dans l’abdomen ou bien dans le poumon et danslacavité de la plèvre. (Voyez mon Journal de Physiologie , tome III , page 35.)
La théorie que j’ai exposée sur l’absorption par les veines vient d’être confirmée
(1) Cependant avec le temps l’épiderme peut aussi s’imbiber; cela se voit tous lesjours après l’application d’un cataplasme : il devient blanc , opaque , et s’épaissit beaucoup ; l’imbibition s’y fait même assez facilement de la face extérne à l’interne. Si vous prenez l’épiderme d’un doigt, et qem vous le retourniez de manière à ce que la face externe devienne interne, si vous remplissez d’eau la cavité, et que vous fermiez avec un fil l’ouverture, l’eau transsudera promptement à la surface , et s’évaporera en quelques heures ; si , au contraire , vous laissez la face externe en dehors , l’eau ne s’évapore qu’avec une extrême lenteur , et le doigt rempli d’eau et exposé à l’air ne perdra que quelques grains en vingt-quatre heures, ( Voyez Transpiration cutanée.)
(l’une manière remarquable par les observations pathologiques de M. le docteur Bouillaud. En étudiant avec attention les oedèmes partiels des membres , il a reconnu qu’elles coïncidaient constamment avec l’oblitération plus ou moins complète des veines de la partie infiltrée. Ce sont ordinairement des caillots fibrineux qui obstruent les vaisseaux; quelquefois les veines sont comprimées par des tumeurs circonvoisines. D’après quelques observations analogues, M. Bouillaud est porté à supposer que les hydropisies du péritoine sont dues à la difficulté du passage du sang à travers le foie ; et en effet , il est bien rare que les ascites un peu considérables et anciennes ne soient pas liées avec une lésion apparente de cet organe (i).
Passage da sang veineux a travers les cavités droites du cœur.
Si le cœur d’un animal vivant est mis à découvert, on reconnaît aisément que l’oreillette et le ventricule droits se resserrent et se dilatent alternativement. Ces mouvemens sont tellement combinés que le resserrement de l’oreillette arrive concurremment avec la dilatation du ventricule, et, vice versa, la contraction du ventricule a lieu dans l’instant de la dilatation de l’oreillette. Ni l’une ni l’autre de ces cavités ne peuvent se dilater sans être remplies aussitôt par le sang , et quand elles se resserrent, elles expulsent nécessairement une partie de celui qu’elles contiennent, mais tel est le jeu des valvules tricuspides et sygmoïdes, que le sang est obligé de passer successivement de l’oreillette dans le ventricule , et celui-ci dans l’artère pulmonaire.
Entrons dans les détails de ce curieux mécanisme.
J’ai dit que le sang des trois veines qui aboutissent à l’oreillette droite fait un effort assez considérable pour y pénétrer. Si elle est contractée , cet effort est sans effet ; mais aussitôt qu’elle se relâche, le sang se précipite dans sa cavité, la remplit , en distend les parois ; il pénétrerait immédiatement dans le ventricule si celui-ci ne se contractait pas à cet instant. Le sang se borne donc à remplir exactement la cavité de l’oreillette ; mais bientôt celle-ci se contracte, comprime le sang, qui s’échappe vers le lieu où la pression est moindre; or, il n’y a que deux issues : i° les veines caves, 2® l’ouverture qui conduit dans le ventricule. Les colonnes sanguines qui arrivent à l’oreillette opposent une certaine résistance à son passage dans les veines caves où il reflue. 11 trouve au contraire toute facilité pour entrer dans le ventricule, puisque celui-ci se dilate avec une certaine force, tend à produire le vide, et par conséquent aspire le sang de l’oreillette, loin de le repousser.
L’oreillette ne saurait, à raison du peu d’épaisseur de ses parois , offrir une dilatation aspiratoire ainsi que plusieurs physiologistes l’ont avancé. Etudiée sur un
(!) J’ai ouvert, à l’hôpital de la Pitié, le corps d’un homme qui avait succombé à un cancer du foie ; il y avait ascite peu considérable, ce qui rentre dans les idées de M. Bouillaud, et de plus, chose très-remarquable, il y avait une très-grande quantité de liquide dans l’intestin grêle ; on aurait dit qu’il y avait hydropisie en dehors et en dedans de cet intestin. Je fis introduire un tube dans la veine porte , et par ce tube je fis pousser une injection d’eau à travers le foie ; le liquide arriva sans trop de difficulté jusqu’à l’oreillette droite ; le foie n’était donc pas complètement obstrué : mais aussi la désorganisation n’était pas très-profonde, on reconnaissait encore le tissu de l’organe; çà et là se voyaient seulement quelques traces de dégénérescence lardacée; le reste du parenchyme était granulé et jaune , le foie était revenu sur luimême, et comme racorni. Je ne regarde pas ce fait comme opposé à l’explication de M. Bouillaud, car il se peut que le foie, encore perméable à une injection d’eau, ait cessé, en tout ou en partie, de l’être au sang; or, d’après mes expériences sur l’absorption , il suffit d’une simple distension des vaisseaux sanguins pour ralentir et même pour empêcher l’absorption , ou , en d’autres termes, l’irabibition de leurs parois : il se peut encore que la force avec laquelle l’injection a été poussée à travers le foie ait été de beaucoup supérieure à celle qui faisait marcher le sang dans la veine porte chez le sujet dont il est ici question. Dans tous les cas on ne peut guère se refuser à penser qu’une lésion générale du foie, dans laquelle son tissu est sensiblement modifié , ne soit un obstacle à la circulation du sang à travers ce viscère.
coeur vivant mais vide, elle se contracte, puis elle se relâche, mais ce dernier mo-^ ment est plutôt une détente élastique de ses fibres raccourcies qu’une dilatation active; en tous cas, ce mouvement est trop faible pour attirer le sang des veines caves et aspirer ae liquide. C’est, au contraire, le sang, qui, par la force d’impulsion qui l’anime , pénètre dans la cavité de l’oreillette et distend promptement ses parois.
Le jeu de l’oreillette se fait quelquefois, ainsi que je l’ai observé, d’une tout autre manière : la contraction n’a point lieu , sa cavité reste constamment distendue par le sang; seulement au moment où le ventricule droit se dilate pour recevoir le sang, il se fait un léger resserrement de l’oreillette, resserrement qui est dû, non à sa contraction vitale ; mais à son élasticité.
Tout le sang qui sort de l’oreillette ne passe pas cependant dans le ventricule ; l’observation a appris depuis long-temps qu’à chaque contraction de l’oreillette, une certaine quantité de liquide reflue dans les veines caves supérieures et inférieures. L’ondulation produite par cette cause se fait quelquefois sentir jusqu’aux veines iliaques externes, et dans les jugulaires; elle influe sensiblement, comme on verra, sur le cours du sang dans plusieurs organes , et surtout dans le cerveau.
La quantité de sang qui reflue de cette manière varie suivant la facilité avec laquelle ce liquide pénètre dans le ventricule. Si, à l’instant de sa dilatation , le ventricule contient encore beaucoup de sang qui n’a pu passer par l’artère pulmonaire, il ne pourra recevoir qu’une petite quantité de celui de l’oreillette, et dès lors le reflux sera plus considérable et s’étendra plus loin.
C’est ce qui arrive quand le cours du sang dans l’artère pulmonaire est ralenti, soit par quelques obstacles résidant dans le poumon, soit parce que le ventricule a perdu de la force avec laquelle il se contracte. Le reflux dont nous parlons est la cause du battement qui se voit dans les veines de certains malades, et qui porte le nom de pouls veineux.
Il ne peut rien se passer de semblable dans la veine coronaire, car son embouchure est garnie d’une valvule qui s’abaisse dans l’instant de la contraction de l’oreillette.
L’instant où l’oreillette cesse de se resserrer est celui où le ventricule entre en contraction ; le sang qu’il contient est pressé fortement , et tend à s’échapper de tous « côtés : il repasserait d’autant plus aisément dans l’oreillette, que, comme nous l’avons déjà dit plusieurs fois, elle se relâche dans cet instant ; mais la valvule tricuspide , qui garnit l’ouverture oriculo-ventriculaire , s’oppose à ce reflux. Soulevée par le liquide placé au-dessous d’elle, et qui tend à passer dans l’oreillette, elle cède jus« qu’à ce qu’elle soit devenue perpendiculaire à l’axe du ventricule ; alors ses trois divisions ferment à peu près complètement l’ouverture; et comme les colonnes charnues ! tendineuses ne leur permettent point d’aller plus loin, véritable soupape elle résiste à l’effort du sang, et l’empéche ainsi de passer dans l’oreillette.
Il n’en est pas de même du sang qui, pendant la dilatation du ventricule, corres- ; pondait à la face oriculaire de la valvule; dans le mouvement de celle-ci il est sou- 5 levé et reporté dans l’oreillette, où il se mêle avec celui qui vient des veines caves et ' coronaires.
Ne pouvant vaincre la résistance à la valvule tricuspide, le sang du ventricule n’a plus d’autre issue que l’artère pulmonaire , dans laquelle il s’engage en soulevant les trois valvules sygmoïdes qui soutenaient la colonne de sang contenu dans l’artère pendant la dilatation du ventricule.
La dilatation du ventricule qui succède à sa contraction se fait avec une telle éner- :gie, que beaucoup de personnes pensent 'que cette dilatation est active, et qu’elle 'résulte d’une propriété vitale particulière des parois ventriculaires. Je ne sais aucune ■ raison plausible pour reconnaître comme exacte et véritable une telle supposition ,
= et ne vois pas pourquoi la dilatation du ventricule ne serait pas un simple retour des t fibres contractées à leur longueur de repos par l’effet de leur élasticité. Quoi qu’il ■en soit de la cause par laquelle les ventricules se dilatent , elle est très-intense , car
si vous prenez dans la main le cœur d’un animal vivant , vous êtes surpris de l’énergie avec laquelle la dilatation s’effectue. Le ventricule exerce donc une puissante aspiration sur le sang contenu dans l’oreillette, et qui, déjà pressé par sa force d’impulsion propre , et par la contraction de l’oreillette , pénètre brusquement dans la cavité du ventricule , et en produit une distension rapide. La promptitude de cette distension est telle qu’elle détermine le choc de la partie antérieure du ventricule sur le sternum, et donne naissance à un bruit particulier que l’oreille distingue facilement , et qui mérite toute l’attention du médecin. Ce bruit a été attribué , mais sans fondement, tantôt à la contraction de l’oreillette , tantôt au choc du sang sur les parois du ventricule au moment de son entrée dans sa cavité. Mais ces explications du bruit dont nous parlons sont erronées, car un cœur mis à nu et en action ne produit plus aucun bruit si le sternum est enlevé ou simplement écarté. Le bruit se fait entendre de nouveau dès que le sternum est rétabli dans sa position. Nous reviendrons sur cette question à l’occasion de la contraction du ventricule gauche.
Je viens d'exposer les phénomènes les plus apparens et les plus connus du passage du sang veineux à travers les cavités droites du cœur j il en est plusieurs autres qui me paraissent mériter une attention particulière :
A. On aurait une idée inexacte si l’on croyait que , dans la contraction du ventricule ou de l’oreillette, ces cavités se vident complètement du sang qu’elles contiennent : en observant le cœur d’un animal vivant, on voit bien, dans l’instant de la contraction, l’oreillette ou le ventricule diminuer sensiblement de dimension ; mais il est évident qu’à l’instant où la contraction s’arrête , une certaine quantité de sang se trouve encore soit dans l’oreillette , soit dans le ventricule.
Il n’y a donc qu’une partie du sang de l’oreillette qui passe dans le ventricule quand elle se contracte. Il en est de même pour le sang du ventricule , dont une portion seulement passe dans l’artère pulmonaire lorsque le ventricule entre en contraction; et ces deux cavités sont donc réellement toujours pleines de sang. Comment déterminer la proportion du sang qui se déplace , et celle du sang qui reste? Elles doivent être variables suivant la force avec laquelle se contracte le ventricule ou l’oreillette, la facilité du passage du sang dans l’artère pulmonaire , la quantité de sang contenue dans l’oreillette ou le ventricule, la pression des trois colonnes sanguines qui débouchent dans l’oreillette, etc.
L’effort qu’exerce le sang qui arrive à l’oreillette est quelquefois si considérable, que celle-ci ne peut plus se contracter ; elle reste distendue fortement pendant des heures entières ; c’est seulement dans l’instant où le ventricule se relâche qu’en raison de son élasticité elle revient un peu sur elle-même. Ce phénomène arrive particulièrement dans les momens de grande distension du système veineux. Il donne une nouvelle preuve que l’élasticité peut remplacer la contractilité, et vice versa. Dans plusieurs maladies de l’oreillette, la circulation doit s’y faire de cette manière.
B. Dès que le sang veineux est arrivé au cœur, il est continuellement agité, pressé, battu par les mouvemens de cet organe; tantôt il reflue dans les veines caves , ou se précipite dans l’oreillette; tantôt il passe avec rapidité dans le ventricule , et en ressort bientôt pour revenir dans l’oreillette , et retourner immédiatement dans le ventricule ; tantôt il pénètre dans l’artère pulmonaire , rentre ensuite dans le ventricule , et éprouve de violentes secousses à chaque déplacement (i).
Agité, pressé de tant de manières et avec tant de force, le sang doit, pendant sou séjour dans les cavités du cœur et dans l’artère pulmonaire, éprouver un mélange plus intime dans ses parties constituantes. Le chyle et la lymphe , que reçoivent les veines sous-clavières , doivent se répartir également dans le sang des deux veines caves. Ces deux espèces de sang doivent aussi se confondre et s’unir complètement.
(1) Il suffit d’avoir pu toucher une seule fois le cœur d’un animal vivant, pour avoir une iflce de l’énergie de sa contraction.
C. Je suis tenté de croire avec Boerhaave que les colonnes charnues des cavités droites, indépendamment de leurs usages dans la contraction de ces cavités, doivent avoir une assez grande part dans cette collision , ce mélange des divers élémens du sang. En effet , le sang qui se trouve dans l’oreillette et le ventricule en occupe nonseulement la cavité centrale, mais encore toutes les petites cellules formées par les colonnes; par conséquent, à chaque contraction il est chassé en partie des cellules, et il est remplacé à chaque dilatation par du nouveau sang. Obligé de se partager ainsi en un grand nombre de petites masses afin de pouvoir occuper les cellules, pour se réunir ensuite lorsqu’il sera expulsé , le sang est agité de manière que les divers élémens éprouvent un mélange plus intime et bien nécessaire dans ce liquide , dont les parties constituantes ont une aussi grande tendance à se séparer. Par la même raison, le chyle, la lymphe, les boissons, qui sont apportés au cœut par les veines, et qui n’ont pu encore se mêler assez intimement avec le sang, doivent éprouver ce mélange en traversant ces cellules.
Si l’on veut prendre une idée de l’influence du côté droit du cœur sous ce rapport , on n’a qu’à pousser brusquement une certaine quantité d’air dans la veine jugulaire d’un chien , et examiner le cœur quelques instans après; on verra l’air agité, battu dans l’oreillette et le ventricule, y former une mousse volumineuse dont les aréoles sont très-fines.
J’ai souvent observé ces phénomènes sur les animaux vivans; j’ai pu dernièrement les constater de nouveau sur un cheval, dont le cœur avait été mis à découvert par une incision aux parties latérales du thorax et par la section d’une côte.
Passage dit sang veineux à travers V artère pulmonaire.
Malgré les travaux nombreux des physiologistes sur le mouvement du sang dans les artères , il reste encore beaucoup à faire sur ce sujet.
Ici l’expérience et l’observation sont encore les seuls guides fidèles; les explications doivent être très-restreintes, car la science qui pourrait les fournir, l’hydrodynamique, existe à peine dans tout ce qui a rapport au mouvement des fluides dans les canaux flexibles (i).
Je n’adopterai pas, pour la description du mouvement du sang dans l’artère pulmonaire, la marche suivie par les auteurs; je préfère parler d’abord du mouvement du sang dans cette artère au moment du relâchement du ventricule droit, et voir ensuite ce qui arrive quand ce ventricule se contracte et qu’il pousse du sang dans l’artère. Cette méthode me paraît avoir l’avantage de mettre dans tout son jour un phénomène dont l’importance ne me paraît pas avoir été suffisamment appréciée.
Supposons l’artère pleine de sang et abandonnée à elle-même , le liquide sera pressé dans toute l’étendue du vaisseau par les parois , qui tendent à revenir sur elles-mêmes et à effacer la cavité; le sang, ainsi pressé, cherchera à s’échapper de tous côtés: or, il n’a que deux voies pour fuir, l’orifice cardiaque, et les vaisseaux infiniment nombreux et ténus qui terminent l’artère dans le tissu du poumon.
L’orifice de l’artère pulmonaire au cœur étant très-large , le sang se précipiterait
(l) Je ne puis m’empêcher de citer ici les propres expressions de d’Alembert : « Le mécanisme du corps humain, la vitesse du sang , son action sur les vaisseaux , se refusent à la théorie ; on ne connaît ni l’action des nerfs , ni l’élasticité des vaisseaux , ni leur capacité variable, ni la ténacité du sang , ni ses divers degrés de chaleur. Quand même chacune de ces choses serait connue, la grande multitude d’élémens qui entreraient dans une pareille théorie nous conduirait vraisemblablement à des calculs impraticables : c’est un des cas les plus composés d’un problème dont le plus simple serait fort difficile à résoudre. Lorsque les effets de la nature sont trop compliqués, ajoute l’illustre géomètre, pour pouvoir être soumis à nos calculs, l’expérience est la seule voie qui nous reste. »
facilement dans le ventricule s’il n’existait à cet orifice un appareil particulier, destiné à empêcher cet effet : je veux parler des trois valvules sygmoïdes. Appliqués contre les parois de l’artère au moment où le ventricule y pousse une ondée de sang, ces replis deviennent perpendiculaires à son axe ; aussitôt que le sang tend à refluer dans le ventricule , ils se placent de telle façon qu’ils ferment complètement l’orifice de ce vaisseau.
A raison de la forme en cul-de-sac des valvules sygmoïdes, le sang qui entre dans leur cavité les gonfle, et tend à donner une figure circulaire à leurs fibres. Or, trois portions de cercle adossées laissent nécessairement entre elles un espace.
Il devrait donc rester entre les valvules de l’artère pulmonaire, quand elles sont abaissées par le sang , une ouverture par laquelle ce liquide pourrait refluer dans le ventricule.
Il est certain que si chaque valvule était seule, elle prendrait la forme demi-circulaire ; mais il y en a trois : poussées par le sang , elles s’appliquent l’une contre l’autre; et comme elles ne peuvent s’étendre autant que leurs fibres le leur permettraient, elles se pressent l’un l’autre , à cause du petit intervalle où elles sont renfermées , et qui ne leur permet pas de s’étendre. Les valvules prennent donc la figure de trois triangles, dont le sommet est au centre de l’artère , et dont les côtés sont juxta-posés de manière à intercepter complètement la cavité de l’artère. Peut-être que les nœuds ou boutons qui se trouvent alors au sommet de chacun des triangles sont destinés à fermer plus exactement l’artère dans son centre (i).
Pour bien voir cet adossement des trois valvules , il faut pousser doucement de la cire ou du suif fondu dans l’artère pulmonaire , en dirigeant l’injection du côté du ventricule; celle-ci, une fois arrivée aux valvules, les remplit et les applique l’une contre l’autre , et l’orifice du vaisseau se trouve fermée avec assez d’exactitude pour qu’il ne pénètre pas une goutte d’injection dans le ventricule. Quand la cire ou le suif sont solidifiés par le refroidissement, on peut examiner comment les valvules ferment l’ouverture de l’artère.
Ne pouvant refluer dans le ventricule, le sang passera dans les radicules de veines pulmonaires, avec lesquelles les petites artérioles qui terminent l’artère pulmonaire «e continuent; et ce passage durera tant que les parois de l’artère presseront avec assez de force le sang qu’elles contiennent , effet qui , à l’exception du tronc et des principales branches, a lieu jusqu’à ce que la totalité du sang soit expulsée.
On pourrait croire que la finesse des petits vaisseaux qui terminent l’artère pulmonaire est un obstacle à l’écoulement: cela pourrait être s’ils étaient en petit nombre , et si leur capacité totale était moindre ou même égale à celle du tronc ; mais comme ils sont innombrables, et que leur capacité est beaucoup plus considérable que celle du tronc , l’écoulement s’y fait avec facilité. Il est cependant vrai de dire que l’état de distension ou d’affaissement du poumon rend plus ou moins facile ce passage , comme cela est exposé plus loin.
Pour que cet écoulement puisse s’effectuer avec facilité , il faut que la force de contraction des différentes divisions de l’artère soit partout en rapport avec leur grosseur. Si celle des petites, au contraire, était supérieure à celle des plus grosses, dès que les premières auraient expulsé le sang qui les remplissait , elles ne seraient que peu distendues par le sang provenant des secondes, et l’écoulement du liquide serait très-ralenti : or l’expérience est directement contraire à cette supposition. Si l’artère pulmonaire d’un animal vivant est liée immédiatement au-dessus du cœur, presque tout le sang contenu dans l’artère au moment où la ligature sera faite , passera assez promptement dans les veines pulmonaires et arrivera au cœur.
Voilà ce qui arrive quand le sang contenu dans l’artère pulmonaire est exposé à la
(I) Senac , Traité de la Structure du Cœur, etc.
seule action de ce vaisseau ; mais , dans l’état ordinaire , à chaque contraction du ventricule droit, une certaine quantité de sang est poussée avec force dans l’artère; les valvules sont instantanément soulevées ; l’artère et presque toutes ses divisions sont distendues, d’autant plus que le cœur s’est contracté avec plus de force, et qu’il a poussé une plus grande quantité de sang dans l’artère. Immédiatement après sa contraction , le ventricule se dilate, et dès cet instant les parois de l’artère reviennent sur elles-mêmes ; les valvules sygmoides s’abaissent et ferment l’artère pulmonaire , jusqu’à ce qu’une nouvelle contraction du ventricule les soulève.
Telle est la seconde cause du mouvement du sang dans l’artère qui va au poumon; elle est, comme on voit, intermittente : cherchons à en apprécier les effets; pour cela, voyons les phénomènes les plus apparens du cours du sang dans l’artère pulmonaire.
Je viens de dire que dans l’instant où le ventricule pousse du sang dans l’artère, le tronc et toutes les divisions d’un certain calibre éprouvent une dilatation évidente. On nomme ce phénomène la pulsation de l’artère. La pulsation est très-sensible près du cœur; elle va en s’affaiblissant, à mesure qu’on s’en éloigne ; elle cesse quand l’artère, par suite de sa division, est devenue très-petite.
Un autre phénomène, qui n’est qu’une suite du précédent, s'observe quand on ouvre l’artère. Si c’est près du cœur et dans un lieu où les battemens soient sensibles, le sang sort par un jet saccadé; si l’ouverture est faite loin du cœur , et dans une petite division , le jet est continu et uniforme; enfin, si on ouvre un des vaisseaux infiniment petits qui terminent l’artère, le sang sort, mais sans former de jet : il se répand uniformément en nappe.
Nous voyons d’abord dans ces phénomènes une nouvelle application du principe d’hydrodynamique déjà cité, relatif à l’influence de la largeur du tuyau sur le liquide qui le parcourt ; plus le tuyau s’élargit, plus la vitesse se ralentit. La capacité du vaisseau allant croissant à mesure qu’il avance vers le poumon, il est nécessaire que la vitesse du sang diminue.
Quant à la pulsation de l’artère et à la saccade du sang qui s’en échappe quand elle est ouverte, on voit évidemment que les deux effets tiennent à la contraction du ventricule droit et à l’introduction d’une certaine quantité de sang dans l’artère , qui a lieu par cette cause. Pourquoi ces deux effets vont -ils en s’affaiblissant à mesure qu’ils se propagent , et pourquoi cessent-ils tout-à-fait dans les dernières divisions de l’artère? Il n’est pas impossible, je pense, d’en donner une raison mécanique satisfaisante.'
En effet, concevons un canal cylindrique d’une longueur quelconque, à parois élastiques, et plein de liquide : si l’on y introduit tout-à-coup une certaine quantité de nouveau liquide, la pression sera répartie également sur tous les points des parois, qui seront également distendues. Supposons maintenant que le canal se divise en deux parties , dont les sections réunies forment une surface égale à celle de la section du canal : la distension produite par l’introduction brusque d’une certaine quantité de liquide se fera moins sentir dans les deux divisions que dans le canal ; car la circonférence totale des deux canaux étant plus considérable que celle du canal unique, elle résistera davantage ; et si l’on suppose enfin que ces deux premières divisions se divisent et se subdivisent à l’infini , comme la somme des circonférences des petits canaux sera de beaucoup supérieure à celle du canal unique , la même cause qui produira une distension sensible dans le canal et ses principales divisions n’eu produira plus d’appréciable dans les dernières divisions , à raison de la résistance plus considérable des parois (i). Le phénomène sera encore plus marqué si la capacité des divisions , au lieu d’étre égale , est supérieure à celle du canal.
(l) Pour bien concevoir ceci, il faut se rappeler que les surfaces des cercles sont proportion-
Cette dernière supposition est réalisée dans l’artère pulmonaire , dont la capacité augmente à mesure qu’elle se divise et se subdivise ; par conséquent il est évident que les effets de l’introduction de la quantité de sang à chaque contraction du ventricule droit doivent diminuer en se propageant , et cesser tout-à-fait dans les dernières divisions du vaisseau.
Ce qu’il ne faut pas omettre, c’est que la contraction du ventricule droit est la cause qui met continuellement en jeu l’élasticité des parois de l’artère, c’est-à-dire qui les maintient distendues au point qu’en vertu de leur élasticité elles font toujours effort pour revenir sur elles-mêmes et expulser le sang. D’après cela, on voit que des deux causes qui font mouvoir le sang dans l’artère pulmonaire , il n’en existe réellement qu’une seule, c’est la contraction du ventricule , celle de l’artère n’étant que l’effet de la distension qu’elle a éprouvée dans l’instant où une certaine quantité de sang a pénétré dans sa cavité , pressée par le ventricule.
Des auteurs ont cru voir dans le resserrement de l’artère pulmonaire quelque chose d’analogue à la contraction des muscles; mais, soit qu’on l’irrite avec la pointe d’un instrument ou des caustiques, soit qu’on la soumette à un courant galvanique, jamais aucun mouvement analogue à celui des fibres musculaires ne s’y fait apercevoir. Ce resserrement doit donc être considéré comme un simple effet de l’élasticité.
Pour faire bien sentir l’importance de l’élasticité des parois de l’artère, supposons un instant qu’avec ses dimensions et sa forme ordinaires elle devienne un canal inflexible : aussi le cours du sang est complètement changé; au lieu de traverser le poumon d’une manière continue, il ne passera plus dans les veines pulmonaires que dans l’instant où il sera poussé par le ventrieule ; encore faut-il supposer que celuici enverra toujours assez de sang pour tenir l’artère parfaitement pleine; s’il en était autrement, le ventricule pourrait se contracter plusieurs fois avant que le sang traversât le poumon. Au lieu de cela, voyons ce qui se passe réellement : que le ventricule cesse, pour quelques instans, d’envoyer du sang dans l’artère, le cours du sang dans le poumon n’en continuera pas moins car l’artère se rétrécit à mesure que l’écoulement s’effectue, et il faudrait qu’elle eut le temps de se vider complètement pour que le cours du sang s’arrêtât tout-à-fait: cette suspension ne peut arriver pendant la vie. Le passage du sang à travers le poumon est nécessairement continu, mais inégalement rapide, suivant la quantité de sang que le ventricule envoie dans l’artère pulmonaire à chaque contraction.
A diverses reprises, on a cherché à déterminer la quantité de sang qui entre dans l’artère pulmonaire à chacune des contractions du ventricule; en général, on a pris pour mesure la capacité de celui-ci, croyant que tout le sang qui s’y trouve passe dans l’artère au moment de la contraction; mais ce qui a été dit plus haut fait assez voir combien cette appréciation est inexacte, et puisqu’il n’y a qu’une partie du sang qui entre dans l’artère, et qu’il est impossible de savoir combien passe et combien reste, il est évident que tous les calculs ne conduisent pas à la connaissance de la vérité.
Au reste , c’est bien plutôt le mécanisme par lequel le sang passe du ventricule dans l’artère , et celui de son cours dans ce vaisseau , qu’il importe de saisir ; connaîtrait-on avec précision la quantité de sang qui passe dans un temps donné, aucune conséquence importante ne s’en déduirait.
En parcourant les petits vaisseaux qui terminent l’artère et qui commencent les veines pulmonaires, le sang veineux change de nature par l’effet du contact de l’air ;
nelles aux carrés de leurs circonférences. Ainsi , dans la division du canal en deux autres , que nous avons supposée, si chaque circonférence devenait seulement moitié de la circonférence primitive , les surfaces de chacun des canaux secondaires ne seraient que le quart de la surface du canal primitif; et ces surfaces réunies ne formeraient que la moitié de celle du canal. Pour que l’égalité ait lieu, il faut donc que les circonférences réunies des deux divisions excèdent la circonférence du canal principal.
il acquiert les qualités de sang artériel : c’est ce changement dans les propriétés du sang, qui constitue essentiellement la respiration.