‹ Précis élémentaire de physiologieChapitre 38 sur 69 · COURS DU SANO ARTERIEL · texte numérisé non relu

COURS DU SANO ARTERIEL

I Celte fonction a pour but de transporter le sang artériel du poumon à toutes les parties du corps.

Du sang artériel.

\ Le sang artériel est le liquide le plus essentiel à l’entretien des fonctions. Un phy- I siologiste célèbre y attachait une telle importance, qu’il avait défini la vie, le contact du sang artériel avec les organes , et particulièrement avec le cerveau.

Nous n’avons rien à ajouter ici à ce que nous avons dit du sang.artériel à l’article I Respiration. Je citerai seulement plusieurs faits importans relatifs au sang en général, i et qui compléteront l’histoire de ce liquide.

! Notre savant professeur Vauquelin a trouvé dans .ce fluide une assez grande quantité d’une matière grasse d’une consistance molle et qui d’abord a été regardée i comme de la graisse ; mais M. Chevreul , par une suite d’expériences très-ingénieuses , i a fait l’importante découverte que cette matière est celle du cerveau et des nerfs. Sa composition chimique est très-remarquable : c’est un corps gras azoté , opposé en cela à tous les autres corps de cette espèce , qui ne renferment point d’azote.

MM. Prévost et Dumas ont démontré l’urée dans le sang des animaux privés de reins. M. Boudet fils vient de trouver la cholestérine et quelques autres élémens de la bile I dans le sérum.

Ainsi , à mesure que les analyses du sang se multiplient , à mesure que les prot cédés d’examen se perfectionnent , on arrive à trouver dans le sang tous les élét mens des organes ; aujourd’hui on y peut signaler avec confiance la fibrine comme la même matière que la fibre musculaire, l’albumine, qui forme un si grand nom- I bre de membranes et de tissus; la matière grasse dont je viens de parler, et qui,

I réunie à l’osmazome et à l’albumine, forme le système nerveux ; les phosphates de I chaux et de magnésie, qui constituent une grande partie des os; l’urée, l’un des ! élémens excrémentitiels de l’urine les plus remarquables ; la matière jaune de la bile I et de l’urine , la même qui s’étend par irabibition dans le tissu cellulaire , autour des I contusions , etc.

(1) Voyez mon Journal de Physiologie,

Quand , à l’aide d’une forte loupe et d’un microscope, on observe les parties transparentes des animaux à sang froid , on voit dans les vaisseaux sanguins une multitude innombrable de petites molécules arrondies qui nagent dans le sérum, et roulent les unes sur les autres, en parcourant les artères et les veines. Ce sont les globules du sang.

La découverte inattendue de ces globules doit être rapportée à Malpighi , qui le premier en a signalé l’existence. Leewenhoeck vint peu de temps après à s’en occuper de son côté , et très- probablement il les reconnut sans avoir fait grande attention à la notion vague que Malpighi en avait publiée. Il en décrivit un grand nombre, et laissa des travaux très-précis sur ce sujet. Depuis lors une foule d’auteurs ont entrepris leur examen ; mais il n’existe que trois écrits détaillés et comparables par le soin avec lequel ils ont été exécutés , et l’habitude connue de leurs auteurs relativement à l’emploi du microscope. Ce sont d’abord les observations de Leewenhoeck lui-même , celles de Hewson , et celles que viennent de publier MM. Prévost et Dumas. Comme elles s’accordent dans les faits principaux , et que les derniers ont pu faire usage des faits indiqués par les autres , nous nous bornerons à offrir leurs résultats.

Ils ont trouvé des globules dans le sang de tous les animaux. Pour s’en assurer, il suffit de placer une petite gouttelette de sang sur une lame de verre, en ayant soin de l’étendre légèrement sans l’écraser. Sur les bords on trouvera toujours des globules isolés, faciles à voir et à mesurer.

Avec les lentilles faibles on n’aperçoit d’abord que des points noirs; ceux-ci prennent ensuite l’apparence d’un cercle blanc, au milieu duquel on voit une tache noire, lorsqu’on augmente encore le pouvoir amplifiant ; enfin, cette dernière prend d’ellemême l’aspect d’une tache lumineuse, lorsqu’on atteint trois à quatre cents fois le diamètre. Quand l’oeil s’est familiarisé avec cette image, il en conserve la perception avec des grossissemens plus faibles. Ainsi le sang humain , vu de prime abord avec le n*^ 175, offre l’apparence [voyez la planche i), tandis qu’en l’examinant avec des verres supérieurs , et descendant graduellement à celui-ci , on conserve sans difficulté la possibilité de saisir la tache lumineuse centrale n® 2 ; ce fait donne la clef de la plupart des opinions émises à ce sujet, et sert à les concilier.

Lorsque le sang circule dans les vaisseaux , les particules qu’il renferme n’ont d’autre mouvement que celui qui leur est imprimé par le liquide ; mais dès qu’on vient à en ouvrir un , elles s’agitent vivement , et la gouttelette présente alors un frémissement particulier qui cesse au bout de quelques secondes. M. E. Home a émis sur ce point une opinion particulière : il suppose que le sang contient des globules qui sont renfermés à l’état sain dans une couche de matière colorante dont ils seraient comme le noyau; au bout de trente secondes à dater de sa sortie du vaisseau, cette matière extérieure se rassemble , et forme une espèce de collerette autour du globe central. MM. Prévost et Dumas diffèrent essentiellement de lui sur ce point , en ce qu’ils considèrent comme l’état habituel ce qu’il a envisagé comme un effet de la mort. Leurs preuves semblent irréfragables , puisqu’elles reposent sur l’observation de la circulation dans l’aile de la chauve-souris , la patte de la grenouille , le mésentère de quelques poissons, la queue du têtard, et le poumon delà salamandre.

Ils ont pu s’assurer par de nombreuses observations que l’apparence et le diamètre des globules étaient les mêmes au dedans et au dehors des vaisseaux. Ils ont vu qu’ils n’étaient pas doués d’un mouvement de rotation sur leur centre , comme l’avaient pensé quelques auteurs , mais qu’ils suivaient tout simplement la direction du sang. On aperçoit, avec une grande facilité, dans la patte de la grenouille et la queue du têtard, les diverses phases des globules, et il est facile de s’assurer ainsi de leur aplatissement. Tantôt on les voit de champ, tantôt d’une manière plus ou moins oblique, tantôt enfin c’est leur tranchant qui se présente à l’observateur; ils se balancent dans le liquide qui les charrie , et quelquefois on peut les voir tourner lentement sur eux -mêmes, ce qui permet d’apprécier leur forme avec exactitude.

Bien plus, on peut voir le passage des artères aux veines s’effectuer sans aucun intermédiaire quelconque j et le sang arrive d’un côté et retourne de l’autre , après avoir parcouru quelques anses vasculaires. C’est ce que MM. Prévost et Dumas ont exprimé dans la figure (Planche 1} qui représente la circulation dans la queue du têtard. On voit dans cette figure en même temps toutes ces variétés de positions qui rendent si claire la véritable forme des globules du sang. Cette disposition des vaisseaux permet de concevoir cette alternative qu’on remarque quelquefois dans le cours du sang, et ce mouvement rétrograde de la circulation mourante sur lequel Spallanzani et Haller ont tant insisté.

Ces diverses observations suffisent pour démontrer que les globules de sang sont les mêmes pendant la vie et quelques instans après la sortie du vaisseau , elles établissent aussi qu’ils sont aplatis dans l’un et l’autre cas; mais elles laissent encore en doute s’ils sont doués d’élasticité , s’ils consistent , comme le croyait He-wson , et comme l’avaient établi MM. Prévost et Dumas, en un globule renfermé dans un sac membraneux.

Depuis la publication de leur mémoire , ces derniers ont examiné le poumon de la salamandre avec un grossissement de trois cents diamètres, et le spectacle qui s’est offert à leurs yeux peut difficilement être compris du lecteur , même avec le secours du dessin dans lequel ils ont essayé d’en donner une idée ( Planche I j. Les globules sanguins se meuvent avec une vélocité telle, lorsqu’on commence l’expérience, que l’observateur en éprouve d’abord une espèce de vertige : mais bientôt la circulation se ralentit, les vaisseaux capillaires n’offrent plus qu’un cours tranquille, et l’on voit les globules se traîner avec effort dans le liquide qui les charrie; ils rampent dans i les petites ramifications vasculaires , s’alongent si l’espace est trop étroit pour eux , i et restent souvent engagés dans ces couloirs , jusqu’au moment où les efforts succesj sifs de ceiix qui les suivent soient parvenus à leur faire franchir l’obstacle. Quelquej fois il leur arrive de rencontrer une arête vive de l’espace compacte qui sépare deux i vaisseaux ; on croirait voir alors une outre flottante très-flexible , qui vient heurter j par son centre de gravité un obstacle quelconque qui s’oppose à son cours. Comme I elle , le globule s’arrête et se moule sur le corps qui lui ferme le passage ; le courant I du liquide continue à le pousser dans le même sens , mais il oscille pendant long- ! temps , incertain s’il se dirigera dans le vaisseau qui est à sa droite ou dans celui qui i se trouve à sa gauche. On le voit souvent rester dans cette situation pendant plu- I sieurs minutes ; et il est probable que son séjour se prolongerait davantage encore si 1 de nouveaux globules, qui suivent le même chemin, ne faisaient pencher la balance I en faveur de l’une ou l’autre des issues. Ces mouvemens variés ne peuvent laisser j aucun doute sur la vraie conformation des globules du sang: ce sont des sacs, comme i ils l’avaient avancé ; et , quoique à l’époque où ils avaient écrit leur mémoire sur ce 1 sujet, ils fussent bien éloignés d’avoir à cet égard des preuves aussi décisives que celles-ci, nous voyons avec plaisir qu’il n’y a rien à changer dans les conclusions auxquelles ils avaient été conduits.

Nous sommes donc persuadé maintenant qu’en prenant du sang extrait fraîchement d’un animal quelconque, et l’étendant par couches minces, on peut procéder à des déterminations applicables à l’état de ce même sang pendant la vie. C’est précisément la méthode employée par MM. Prévost et Dumas; ils ont décrit dans leur i; mémoire la manière dont ils ont procédé à la mesure des globules : elle offre quel- 1 ques difficultés, sans doute ; cependant il est permis d’espérer qu’un long usage du : microscope les amis en mesure de l’exéquter avec une certaine précision. On peut 1 voir dans Haller ses propres tentatives et celles des auteurs qui l’avaient précédé (i). Voici quelques-unes de celles que nous connaissons relativement au sang humain.

!i (l) Èlèin. de Phi/sioloy.^ t. II, p. 55.

Jiirin. . .

Id. d’après de nouvelles expériences , qui furent

revues et approuvées par Leewenhoeck .

Young .

Wollaston . * . •

Bawer .

Kater .

Id .

i^3a4o de pouce anglais = i/iig millimètre.

1/1940 id^ I /6060 id, i/5ooo id.

1/1700 id.

1/6000 id.

1/4 000 id.

id.

id.

id.

id.

MM. Prévost et Dumas ont constamment trouvé un cent cinquantième de millimètre. Ils ont examiné une vingtaine de sangs sains et une quantité bien plus considérable de sangs malades. Jusqu’à présent il leur a été impossible de percevoir quelque différence due à l’âge, au sexe, ou à l’état morbide; il est probable qu’il en existe, et les dernières recherches de M. Ba-wer peuvent mettre sur la voie pour la découvrir. Toutes les personnes qui ont eu la curiosité de s’assurer de leurs principaux résultats n’ont pas hésité à donner deux millimètres de diamètre aux globules du sang humain, dans les circonstances où ils les avaient mesurés. L’erreur ne pourrait donc provenir que de la valeur adoptée pour exprimer le pouvoir amplifiant de leur microscope. Quant à l’inégalité des particules dans le meme sang , ils ne peuvent pas croire qu’elle soit réelle, au moins dans celui qu'on tire des parties du corps trèsexcentriques. Rien n’est plus régulier que le sang humain sous ce point de vue : il faut chercher avec beaucoup de soin pour rencontrer des molécules qui s’écartent du diamètre ordinaire ; et ils ont presque toujours trouvé en définitive qu’une illusion d’optique, une différence dans le foyer , ou une altération mécanique du globule , causaient cette variation.

On voit donc que la méthode adoptée par MM. Prévost et Dumas nous offre des résultats au moins très - comparables , si l’on veut se refuser à les envisager comme absolus. C’est là tout ce que réclament pour le moment les besoins de la science, et sous ce rapport il est utile de présenter ici le tableau qu’ils ont tracé d’après leurs expériences.

Animaux h globules circulaires.

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