‹ Précis élémentaire de physiologieChapitre 39 sur 69 · NOM DE L’ANIMAL · texte numérisé non relu

NOM DE L’ANIMAL

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Orfraie , pigeon .

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Dinde , canard .

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Poulet .

Paon. . . .

Ole, chardonneret, cor- ^ beau, moineau. . . . ^ Mésange .

Tortue terrestre .

Tipère .

o,oi65

Orvet .

o,oi5o

Couleuvre de Hazomous- i ky . f

Lézard gris .

o,oi5i

Salamandre ceinturée. . ) Id. à crête . )

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Crapaud commun , Gre- j nouille commune, >

ij45

o,oi55

Id. à tempes rousses. . j Lotte, véron, dormille. \ Anguille . ^

0,oi33

Il est à remarquer que MM. Prévost et Dumas sont parvenus à déterminer avec assez de précision la nature de la courbe dans ces derniers, et qu’ils ont pu s’assurer qu'elle devait être rapportée à l’ellipse.

Leurs observations comprennent aussi quelques mollusques et quelques insectes. Ils se proposent de les publier, et ils ont toujours rencontré dans ces classes des globules circulaires , mais quelquefois très-irréguliers.

D’ailleurs les résultats que nous venons de parcourir parlent d’eux-mêmes , et montrent que les globules du sang sont très-nettement dessinés et circulaires dans les mammifères, elliptiques au contraire dans les oiseaux et les animaux à sang froid. On voit aussi qu’ils sont aplatis dans tous les animaux , et composés d’un noyau central renfermé dans un sac membraneux.

Appareil du cours du sang artériel .

Il se compose, des veines pulmonaires, 2° des cavités gauches du cœur, 3^^ des artères.

Peines pulmonaires.

Elles naissent à la manière des veines proprement dites, dans le tissu du poumon, c’est-à-dire qu’elles forment d’abord un nombre infini de radicules qui sont la continuation immédiate de l’artère pulmonaire. Ces radicules se réunissent pour former des racines plus grosses , puis plus grosses encore ; enfin , elles se terminent toutes en quatre vaisseaux, lesquels viennent, après un trajet très-court, s’ouvrir dans l’oreillette gauche. Les veines pulmonaires diffèrent des autres veines en ce qu’elles ne s’anastomosent plus entre elles dès qu’elles ont acquis une certaine grosseur : on a vu une disposition analogue dans les divisions de l’artère qui se distribue au pouinon. Les veines pulmonaires n’ont point de valvvdes , et leur structure est semblable

à celle des autres veines; leur membrane moyenne est cependant un peu plus épaisse, et paraît jouir d’une élasticité plus marquée.

Cavités gauches du cœur.

La forme , la grandeur de l’oreillette gauche diffère peu de la droite; seulement sa surface est lisse et ne présente aucune colonne charnue , si ce n’est dans l’appendice nommé oricule. Elle communique par une ouvertîire ovalaire avec le ventricule gauche que l’épaisseur plus grande de ses parois , le nombre , le volume et la disposition de ses colonnes charnues , distinguent du droit : l’ouverture par laquelle l’oreillette et le ventricule communiquent est garnie d’une valvule nommée mitrale , très-analogue à;la tricuspide. Le ventricule donne naissance à l’artère aorte, dont l’orifice présente trois valvules semblables aux sygmoïdes de l’artère pulmonaire.

Des artères.

L’aorte est au ventricule gauche ce que l’artère pulmonaire est au ventricule droit, mais elle en diffère sous plusieurs rapports importans : sa capacité et son étendue sont de beaucoup plus considérables , presque toutes ses divisions sont considérées comme des artères, et ont reçu des noms particuliers; ses branches s’anastomosent entre elles de diverses manières , plusieurs présentent des flexuosités nombreuses et très-prononcées ; elle se distribue à toutes les parties du corps, et affecte dans chacune une disposition particulière; enfin, elle se termine’en communiquant avec les veines et les vaisseaux lymphatiques. Du reste, la structure de l’aorte est fort analogue à celle de l’artère pulmonaire, seulement sa membrane moyenne est beaucoup plus épaisse et élastique. Dans presque toute son étendue, l’aorte est accompagnée par des filamens provenant des ganglions du grand sympathique : ces filamens paraissent se répandre dans ses parois.

Cours du sang artériel dans les veines pulmonaires.

Nous avons fait voir , en traitant du cours du sang dans l’artère pulmonaire , comment ce liquide arrive jusqu’aux dernières divisions de ce vaisseau; le sang ne s’arrête pas là , il passe dans les radicules des veines pulmonaires , et bientôt parvient jusqu’au tronc de ces veines elles-mêmes; dans ce trajet, il présente un mouvement graduellement accéléré , à mesure qu’il passe des petites veines dans. les plus grosses; du reste son cours n’est point saccadé, et paraît à peu près également rapide dans les quatre veines pulmonaires.

Mais quelle cause détermine la progression du sang dans ces veines? Celle qui se présente naturellement à l’esprit est la contraction du ventricule droit et le resserrement des parois de l’artère pulmonaire ; en effet , après avoir poussé le sang jusqu’aux dernières divisions de l’artère du poumon, on ne voit pas pourquoi ces deux causes ne continueraient pas à le faire mouvoir jusque dans les veines pulmonaires.

Telle était l’opinion d’Harvey , qui , le premier , démontra le véritable cours du sang; mais les physiologistes plus modernes l’ont, à ce qu’il paraît trouvée trop simple; et il est généralement admis aujourd’hui qu’une fois arrivé dans les dernières divisions de l’artère pulmonaire et dans les premières radicules des veines , ou , selon le langage adopté, dans les capillaires du poumon, le sang ne se meut plus sous l’influence du cœur , mais bien par l’action propre aux petits vaisseaux qu’il traverse.

Cette idée de Faction des vaisseaux capillaires sur le sang est capitale dans la physiologie actuelle ; elle fascine assez l’esprit pour qu’à son aide les phénomènes les plus obscurs et les plus inexplicables paraissent s’expliquer facilement.

Examinons - la donc avec attention ; et d’abord , cette action des capillaires

a-t-elle été vue par quelques observateurs? tombe-t-elle sous les sens ? Non , personne ne l’a jamais vue; on la suppose (i).

Mais admettons pour un instant cette action des capillaires : en quoi la fait-on consister? Est-ce une contraction plus ou moins forte, par laquelle ils chassent le I sang qui les remplit? En se resserrant, ils chasseront, je veux le croire , le sang ; j mais il n’y a aucune raison pour qu’ils le dirigent plutôt du côté des artères que du côté des veines. Ensuite, une fois le petit vaisseau vidé , comment se remplira-t-il ! de nouveau ? Ce ne peut être qu’autant que le cœur y poussera de nouveau sang, ou j bien qu’en se dilatant il attirera le liquide placé dans les vaisseaux voisins : dans cette I supposition , il attirera tout aussi bien celui des veines que celui des artères. Ainsi , i en admettant , ce qui assurément est .une supposition bien gratuite , que les vaisseaux ; capillaires se contractent et se resserrent alternativement , on n’aurait pas encore i une explication de la fonction qu’on leur attribue. Pour qu’ils pussent avoir cet j usage , il faudrait que chaque capillaire fût disposé d’une manière analogue au cœur, qu’il fût composé de deux parties, dont l’une se dilaterait tandis que l’autre se contracterait , et qu’entre elles il y eût une valvule pareille ou analogue à la mitrale ; encore, avec cette disposition , ne pourrait-on pas se rendre raison du cours uniforme qu’a le sang dans ces vaisseaux et dans les veines pulmonaires. Il en est de même d’un prétendu mouvement péristaltique que l’on s’est plu à supposer.

De quelque côté qu’on envisage cette action des capillaires, on n’y voit que vague et contradiction; d’ailleurs, dans les reptiles, où, à l’aide du microscope, il est facile de voir le sang de l’artère pulraoname passer dans les veines , on n’aperçoit aucun mouvement dans le lieu où l’artère se transforme en veine; et cependant le cours du sang y est très-manifeste et même assez rapide.

Concluons donc que l’action des capillaires pulmonaires sur le mouvement du sang dans les veines pulmonaires est une supposition gratuite , un jeu d’esprit insoutenable, et que la véritable cause du passage du sang de l’artère dans les veines pulmonaires est la contraction du ventricule droit.

Je suis loin de penser que les petits vaisseaux se prêtent toujours également bien au passage du sang ; nous avons la preuve du contraire à chaque inspiration ou ex-r piration. Quand le poumon est distendu par l’air , le passage est facile ; la poitrine est-elle resserrée , le poumon contient-il peu d’air , il devient plus difficile. Il est en outre extrêmement probable qu’ils sont dilatés ou resserrés suivant la quantité de sang qui traverse le poumon, et probablement par plusieurs autres circonstances. J’admets très-volontiers que , suivant qu’ils sont distendus ou contractés , ils doivent influencer la marche du liquide qui les traverse; mais il y a loin de les croire susceptibles de modifier le cours du sang, à les considérer comme les seuls agens de son mouvement.

Toutefois la huitième paire paraît avoir une grande influence sur le passage du sang à travers les poumons.il est très-probable qu’elle modifie la disposition des capillaires de ces organes.

Sur les cadavres , lorsqu’on pousse une injection d’eau dans l’artère pulmonaire, elle passe aussitôt dans les veines; il s’en échappe cependant une partie qui passe dans les cellules bronchiques , où elle se mêle à l’air, et forme avec ce fluide une mousse peu considérable; et si l’injection est répétée un certain nombre de fois, une autre portion s’épanche et s’infiltre dans le tissu cellulaire du poumon.

Au bout d’un certain temps, quand cette infiltration est devenue un peu considé-

(l) Cette action des vaisseaux est même directement contraire à l’observation. Dans le poumon des reptiles , à l’aide d’une simple loupe , on voit le sang passer des artères dans les veines sans jamais apercevoir aucun mouvement des vaisseaux. Cependant le moindre changement de dimension serait très-apparent ; il en est de même dans quelques animaux à sang chaud , où l’on peut voir le sang traverser les capillaires.

rable, il devient impossible de faire passer l’injection dans les veines pulmonait es ; des effets analogues arrivent quand , au lieu d’eau , c’est du sang qui est injecté dans l’artère pulmonaire. Ces phénomènes, comme on voit, ont beaucoup d’analogie avec ceux que produit la section de la huitième paire sur les animaux vivans (i).

C’est en ayant égard à l’extrême étroitesse du calibre des capillaires des poumons qu’il est possible de comprendre l’utilité des globules du sang et la ténuité de leur volume. Si la partie solide et non soluble du sang n’avait pas été partagée en masses aussi petites , elle n’aurait pas pu traverser les vaisseaux qui joignent les artères et les veines. L’expérience le prouve : j’ai injecté dans les veines d’un animal de la poudre impalpable de soufre et de charbon , suspendue dans un peu d’eau gommée ; les animaux sont morts très-promptement , et à l’ouverture de leur corps j’ai trouvé les capillaires pulmonaires bouchés par la poudre injectée, et qui s’était trouvée trop grossière pour les traverser.

Si même le sang est trop visqueux , et que ses particules se séparent avec une certaine difficulté, la circulation s’arrête, parce que le sang ne traverse plus le poumon ; il s’y engorge et s’y épanche. Plusieurs maladies graves doivent peut-être leur origine à cette cause ; on fait du moins périr presque immédiatement des animaux en introduisant des liquides plus visqueux que le sang dans la circulation ; tels sont l’huile, le mucilage, et même le mercure métallique, comme Ta observé M. Gaspard. (Voyez mon Journal de Physiologie ^ tome i.)

Absorption des veines pulmonaires.

De même que les autres veines, les pulmonaires absorbent, et transportent au cœur les substances qui se sont trouvées en contact avec le tissu spongieux des lobules du poumon.

Il suffit d’inspirer une seule fois de Tair chargé de particules odorantes, pour que les effets s’en manifestent dans l’économie animale.

Les gaz délétères, les substances médicamenteuses répandues dans Tair, les miasmes putrides, certains poisons ou médicamens appliqués sur la langue, produisent de cette manière des effets qui nous étonnent par leur promptitude. ^

La manière dont s’exécute cette absorption, long-temps inconnue, et objet d’une multitude de suppositions et d’hypothèses , est extrêmement simple ; tout dépend des propriétés physiques des parois vasculaires : si un gaz ou une vapeur pénètre dans le poumon, ces corps traversent les membranes qui forment les parois des petits vaisseaux, et se mêlent au sang; si c’est un liquide, il s’imbibe dans les mêmes parois, arrive jusque dans la cavité des vaisseaux , il y est bientôt entraîné par le sang qui s’y meut, et comme ces parois sont très-minces, le passage ou, ce qui est la même chose , l’absorption se fait très-rapidement.

Dans les cas d’épidémies, de fièvres dites contagieuses, il est d’une haute importance de rechercher les matières qui, sous forme de vapeur, gaz, miasme, etc., peuvent se répandre dans Tair est arriver dans le poumon. Le médecin qui visite des malades atteints de maladies graves où il y a des émanations fétides, fait toujours bien d’éviter de les respirer.

Passage du sang artériel à travers les cavités gauches du cœur.

Le mécanisme par lequel le sang traverse l’oreillette et le ventricule gauches est

(1) Dans les maladies où il y a altération du tissu pulmonaire , les pneumonies , les hépatisations grises, etc., je me suis assuré que le passage d’une injection aqueuse est impossible ou très-difficile de Tartère pulmonaire aux veines ; dans certains cas où il existait, avant la mort,

!il 1^ même que celui par lequel le sang veineux traverse les cavités droites. Quand l’oj|: reillette gauche se dilate, le sang des quatre veines pulmonaires s’y précipite et la h remplit; quand elle vient ensuite à se contracter, une partie du sang passe dans le Il ventricule , une autre partie reflue dans les veines pulmonaires ; quand le ventricule ji se dilate, il reçoit le sang qui vient de l’oreillette, et une petite quantité de celui de |i l’aorte; quand il se contracte, la valvule mitrale est soulevée , elle ferme l’ouverture il oricalo-^-ventricidaire , et le sang ne peut retourner dans l’oreillette; il s’engage dans l’aorte en soulevant les trois valvules sygmoïdes , qui avaient été abaissées pendant ! la dilatation du ventricule.

11 faut remarquer cependant que les colonnes charnues , n’existant pas dans l’oreillette gauche, ne peuvent avoir sur le sang l’influence dont nous avons parlé pour la droite , et que le ventricule artériel étant beaucoup plus épais que le veineux, comi prime le sang avec une force bien plus grande que le droit; ce qui était indispensa- 1 ble, à raison du trajet qu’il doit faire parcourir à ce liquide.

Cours du sang dans V aorte et ses ddisions.

Malgré les différences qui existent entre cette artère et la pulmonaire, les phéno-=^ mènes du cours du sang y sont à peu près les mêmes : ainsi une ligature étant appli- ; quée sur ce vaisseau près du cœur, sur un animal vivant, il se resserre dans toute ! son étendue, et le sang, à l’exception d’une certaine quantité qui reste dans les principales artères , passe dans les veines en peu d’instans.

Quelques auteurs mettent en doute le fait du resserrement des artères ; pour les ; convaincre , faites l’expérience suivante : Mettez à découvert l’artère carotide d’un ani- I mal vivant, dans une étendue de plusieurs pouces, prenez avec un compas la di- 1 mension transversale du vaisseau, liez-le en même temps à deux points différons,

I vous aurez ainsi une longueur quelconque d’artère pleine de sang; faites aux parois i de cette portion d’artère une petite ouverture , aussitôt vous verrez le sang sortir : presque en totalité, et même être lancé à une certaine distance. Mesurez ensuite la I largeur avec le compas , et vous ne douterez pas que l’artère ne se soit de beaucoup I resserrée, si l’expulsion prompte du sang ne vous avait déjà convaincu. Cette expé- ! rience prouve aussi, contre l’opinion de Bichat, que la force avec laquelle les artères reviennent sur elles-mêmes est suffisante pour expulser le sang qu’elles contiennent ; j’en donnerai tout-à-l’heure d’autres preuves.

Pendant la vie, cette expulsion presque totale ne peut arriver, parce que le ventricule gauche envoie à chaque instant de nouveau sang dans l’aorte , et que ce sang» remplace celui qui passe continuellement dans les veines.

Chaque fois que le ventricule pousse du sang dans l’aorte , elle est distendue , ainsi que ses divisions d’un certain calibre; mais la dilatation va en s’affaiblissant à mesure que les artères deviennent plus petites; elle cesse tout-à-fait dans celles qui sont très-peu volumineuses. Ces phénomènes sont , comme on voit, les mêmes que nous avons décrits en parlant de l’artère pulmonaire; l’explication que nous en avons donnée doit être reproduite ici.

Le poli de la surface intérieure des artères doit être très-favorable au mouvement du sang : on sait du moins que s’il diminue, comme cela arrive dans certaines ma» ladies, le cours du liquide est plus ou moins gêné, et peut même cesser entièrement.

une expectoration abondante, l’injection passait dans les bronches. Enfin j’ai de fortes raisons pour soupçonner que la plupart des lésions organiques du poumon consistent dans un empêchement plus ou moins grand du passage du sang à travers les capillaires pulmonaires, et par suite dans un épanchement des divers éléraens du sang dans le parenchyme des poumons.

Cesl probablement aussi la raison pour laquelle le sang ne coule pas long-temps à travers un tube où l’on a introduit l’extrémité d’une artère ouverte. Il est trèsprobable que le frottement du sang contre les parois des artères , son adhésion à ces parois, sa viscosité, etc., doivent avoir aussi une grande influence sur son mouvement; mais il est impossible d’apprécier ces diverses causes réunies ou séparées.

Indépendamment de ces phénomènes communs aux deux artères, il en est quelques-uns de particuliers à Taorte, et qui dépendent des anastomoses existances entre ses branches , et des courbures multipliées qu’offrent la plupart d’entre elles.

Partout où une artère présente une courbure , il y a, chaque fois que le ventricule se contracte, une tendance au redressement ou même un redressement véritable du vaisseau , tendance qui se manifeste par un mouvement apparent, nommé par quelques auteurs locomotion de V artère, et qui a été regardé comme la cause principale du pouls. Ce mouvement est d’autant plus marqué, qu’on l’observe plus près du cœur et dans une plus grosse artère. La crosse de l’aorte est le lieu où il est le plus apparent : il est facile de s’en rendre raison.

Une conséquence à déduire de ce fait , c’est qu’il est mécaniquement impossible que les courbures des artères , particulièrement quand elles sont anguleuses , ne ralentissent pas le cours du sang. Bichat s’est entièrement trompé à cet égard, quand il assure que les courbures artérielles ne peuvent en rien l’influencer. Cela ne pourrait arriver, dit-il, qu’autant que les artères seraient vides quand le cœur y envoie du sang; et comme elles sont constamment pleines, cet effet ne peut avoir lieu. Mais , puisque chaque courbure entraîne une dépense de force employée à redresser le vaisseau, ou seulement à tendre à le redresser, il y a nécessairement moins de force pour le mouvement du liquide, et par conséquent ralentissement de son mouvement.

Il est beaucoup plus difficile d’expliquer l’influence des diverses anastomoses; on voit bien qu’elles sont utiles, et que, par leur secours, les artères se suppléent mutuellement dans la distribution du sang aux organes; mais on ne saurait dire avec exactitude quelles modifications elles impriment à la marche du sang.

Si les dimensions, les courbures , et probablement les anastomoses des artères, ont une aussi grande influence sur le cours du sang , il est impossible que tous les organes, où chacune de ces choses présente une disposition différente , reçoivent du sang avec la même vitesse , et par conséquent avec la même force. Le cerveau , par exemple, a quatre artères volumineuses pour lui seul; mais ces artères font de nombreux circuits , présentent même plusieurs courbures anguleuses avant de pénétrer dans le crâne, et quand elles y sont parvenues, elles s’anastomosent très-fréquemment; et enfin, elles n’entrent dans le tissu de l’organe que lorsqu’elles sont devenues d’une petitesse extrême : le sang ne doit donc s’y répandre que très- lentement. L’expérience le prouve : enlevez une tranche de substance cérébrale, il n’y a presque point d’écoulement de sang.

La rein, au contraire, a une seule artère courte et volumineuse, qui s’enfonce dans son parenchyme alors que ses divisions sont encore très-grosses : le sang doit donc le traverser avec rapidité , aussi ce liquide coule-t-il en abondance de la plus légère blessure faite au rein.

Ainsi, par le concours des circonstances qui modifient le cours du sang artériel, se trouve résolu un problème d’hydraulique très-compliqué, savoir, la distribution continue, et très-variée pour la quantité et la vitesse, d’un même fluide contenu dans un seul système de tuyaux dont les parties sont très-inégales pour la longueur et pour la capacité, et au moyen d’un seul agent alternatif cV impulsion.

Au nombre des phénomènes du cours du sang artériel, nous avons placé la dilatation et le resserrement des artères.

Bichat n’admet pas l’existence de ces phénomènes. Cet auteur ne veut pas que les artères se dilatent dans l’instant où le ventricule se contracte, et il nie formellement qu’elles se resserrent pour pousser le sang dans toutes les parties; je crois cependant

qu’avec un peu d’attention il est possible de voir distinctement sur une artère mise à nu ces deux phénomènes. Ils sont, par exemple, évidens dans les grosses artères, telles que l’aorte pectorale ou abdominale, surtout dans les grands animaux; mais, pour les rendre apparens sur des artères plus petites , il faut faire l’expérience suivante :

i Mettez à découvert sur un chien l’artère et la veine crurale dans une certaine étendue, passez ensuite derrière ces deux vaisseaux une ligature dont vous nouerez fortement les extrémités à la partie postérieure de la cuisse ; de cette manière le sang n’arrivera au membre que par l’artère crurale, et ne retournera au cœur que par la veine ; mesurez avec un compas le diamètre de l’artère puis pressez-la-entre les doigts, pour y intercepter le cours du sang, et vous la verrez peu-à-peu diminuer de volume au-dessous de l’endroit comprimé, et se vider du sang qu’elle contenait. Laissez ensuite le sang y pénétrer de nouveau en cessant de la comprimer, vous la verrez bientôt se distendre à chaque contraction du ventricule , et reprendre les dimensions qu’elle avait précédemment (i).

Mais, tout en considérant comme certaines la contraction et la dilatation des artères, je suis loin de penser, avec quelques auteurs du siècle dernier , qu’elles se dilatent d’elles-niémes , et qu’elles se contractent à la manière des fibres musculaires; je suis certain, au contraire, qu’elles sont passives dans les deux cas , c’est-àdire que leur dilatation et leur resserrement ne sont qu’un simple effet de l’élasticité de leurs parois , mise en jeu par le sang que le cœur pousse continuellement dans leur cavité.

Il n’y a, sous ce rapport, aucune différence entre les grosses et les petites artères, i J’ai constaté , par des expériences directes, que dans aucun point les artères nepré- I sentent d’indices d’irritabilité , c’est-à-dire qu’elles restent immobiles sous Faction des instrumens piquans , des caustiques et du courant galvanique (2).

IN^e reconnaissant point la contractilité des parois artérielles , Bichat a du nécessairement rejeter le phénomène important qui en est l’effet. Il ne croyait donc pas que , le sang coulât ou se mût d’une manière continue dans ces vaisseaux ; il pensait que i la masse entière du liquide était déplacée dans l’instant où le ventricule se contracte, i etimrâobile dans l’instant de son relâchement, comme il arriverait si les parois des I artères étaient inflexibles.

Cette opinion a été soutenue par un médecin anglais, M. le docteur Johnson , qui 1 a même fait construire une machine pour rendre le phénomène évident : mais il suf-

I fit d’ouvrir une artère sur un animal vivant pour voir que le sang sort par un jet

continus accadé si l’artère est grosse , et continu-uniforme si l’artère est petite. Or ,

! Faction du cœur étant intermittente , elle ne peut produire un écoulement continu.

1 II est donc impossible que les artères n’agissent pas sur le sang.

L’élasticité des parois artérielles représente celle du réservoir d’air dans certaines ]' pompes à jeu alternatif, et qui pourtant fournissent le liquide d’une manière con- !' tinue; et en général on sait, en mécanique, que tout mouvement intermittent peut l! être transformé en mouvement continu , en employant la force qui le produit à corni| primer un ressort rqui réagit ensuite avec continuité.

I (1) Nous devons à M. Poiseuille un instrument fort simple au moyen duquel il est facile de

i| rendre évidente la dilatation et la contraction des artères. Yojez Journal de Physiologie j expé- !| rimentale , année 1830. 1

i (2) Le docteur Hastings, d’Edimbourg, ne trouve pas moins de quatre espèces de contracij lions dans les grosses artères , 1° V annulaire , 2° la rampante , 3° \ 3i crispation , et une quatrième,

II caractérisée par une contraction et une dilatation alternative. Enfin, selon le même auteur, le I cœur n’aurait point ou peu d’influence sur la circulation. 11 est difficile de s’abuser plus complè- 1! tement.

Passage du sang des artères dans les veines.

Quand une injection est poussée, sur le cadavre, dans une artère , elle revient promptement par la veine correspondante : la même chose a lieu , et encore plus facilement, si l’injection se fait dans l’artère d’un animal vivant. Sur les animaux à sang froid, et même sur des animaux à sang chaud , on volt, à l’aide du microscope, le sang passer des artères dans les veines, la communication entre ces vaisseaux est donc directe et extrêmement facile; il est naturel de penser que le cœur, après avoir poussé le sang aux dernières artérioles , continue de le faire mouvoir dans les radicules veineuses, et jusque dans les veines. Harvey et un grand nombre d’anatomistes célèbres le pensaient ainsi. Bichat, dans ces derniers temps, s’est élevé contre cette théorie; il a donné des limites à l’influence du cœur; il veut qu’elle cesse tout-à-fait à l’endroit où le sang artériel se transforme en sang veineux, c’est-à-dire dans les innombrables petits vaisseaux qui terminent les artères et commencent les veines. Selon lui, à cet endroit, Vaetion seule des petits vaisseaux est la cause du mouvement du sang.

Nous avons déjà combattu cette erreur en parlant du cours du sang dans le poumon : les mêmes raisonnemens s’appliquent parfaitement ici. Bichat dit que cette action des capillaires consiste dans une espèee d’oscillation , de vibration insensible des parois vasculaires. Or, je demande comment une oscillation, ou une vibration insensible des parois peut déterminer le mouvement d’un liquide contenu dans un canal. Ensuite, si cette vibration est insensible , qui en a révélé l’existence? Ne compliquons donc pas une question simple, par des suppositions vagues et dénuées de preuves, et admettons l’explication qui se présente naturellement à l’esprit; savoir, que la cause principale qui fait passer le sang des artères dans les veines est la contraction du cœur (i).

Voici d’ailleurs quelques expériences qui me paraissent rendre le phénomène évident.

Après avoir passé une ligature autour delà cuisse d’un chien, comme je l’ai indiqué tout-à-l’heure , c’est-à-dire sans comprendre ni l’artère ni la veine crurales, appliquez une ligature séparément sur la veine près de l’aine , et faites ensuite une légère ouverture à ce vaisseau : aussitôt le sang s’échappera en formant un jet assez élevé. Pressez ensuite l’artère entre les doigts pour empêcher le sang artériel d’arriver au membre, le jet de sang veineux ne s’arrêtera pas pour cela , il continuera quelques instans ; mais il ira en diminuant , et l’écoulement finira par s’arrêter , quoique la veine soit pleine dans toute sa longueur. Si pendant la production de ces phénomènes on examine l’artère , on verra qu’elle se resserre peu à peu , et qu’elle finit par se vider complètement ; c’est alors que le sang de la veine s’arrête : à cette époque de l’expérience , cessez de comprimer l’artère , le sang poussé par le cœur s’y

(l) Voici comment s’exprime sur ce sujet l’auteur de l’article le plus récent sur la circulation :

Cl Nous croyons donc que les artères agissent dans la circulation, non par une action d’iris ritabilitédu genre de celle qu’on observe dans le cœur, non par une simple élasticité, mais « par une action de contraction qui est en quelque chose organique et vitale. Cette action de contrac- » tion est plus grande dans les petites artères que dans les grosses , qui semblent davantage ne y) développer qu’une pure élasticité, et elle fonde une seconde cause de la circulation artérielle. » Sans contredit le cœur est la principale , puisque c’est lui qui imprime la première impulsion » au liquide, et que de plus, en dilatant l’artère , il met enjeu sa force d’élasticité et de conlrac- » tilité ; mais enfin cette dernière doit aussi entrer en ligne de compte. » {Nouveau Dictionn. de Médecine, tom. V, page 320.)

Ce langage peut-il être celui de la vérité?

précipitera, et aussitôt qu’il sera arrivé dans les dernières divisions, le sangrecom- * mencera à couler par l’ouverture de la veine, et petit à petit le jet se rétablira comme auparavant. Maintenant comprimez de nouveau l’artère jusqu’à ce qu’elle se soit vidée , ensuite n’y laissez pénétrer que lentement le sang artériel : dans ce cas l’écoulement du sang par la veine se fera, mais il n’y aura pas de jet, tandis qu’il se développera dès que l’artère sera entièrement libre. On obtiendra des résultats analogues en poussant une injection d’eau tiède dans l’artère, au lieu d’y laisser le sang pénétrer; plus l’injection sera poussée avec force , plus le liquide sortira avec promptitude par la veine.

J’ai dit, en parlant des vaisseaux lymphatiques , qu’ils communiquent avec les artères et que les injections passent aisément des unes dans les autres; cette communication devient encore plus évidente quand on injecte quelques substances salines ou colorantes dans les veines d’un animal vivant. Je me suis assuré plusieurs fois que ces substances passent dans les lymphatiques en moins de deux ou trois minutes , car leur présence est facile à démontrer dans la lymphe extraite de ces vaisseaux.

Tant que les veines qui sortent des organes sont libres , le sang qui y arrive par les artères traverse leur parenchyme , et ne s’y accumule point ; mais si les veines sont comprimées , ou ne peuvent se vider du sang qu’elles contiennent , le sang arrivant toujours par les artères, et ne trouvant plus à s’échapper dans les veines, s’accumule dans le tissu de l’organe, en distend les vaisseaux sanguins, et augmente plus ou moins son volume, surtout si ses propriétés physiques peuvent se prêter à ces changemens. Ce phénomène peut être observé sur beaucoup d’organes; mais comme il est plus apparent au cerveau, il y a été plus souvent remarqué.

Ce gonflement du cerveau par la gêne de la circulation arrive chaque fois que le cours du sang est plus difficile dans le poumon, et, comme cela a lieu en général dans l’expiration , le cerveau se gonfle dans cet instant , d’autant plus que l’expiration est plus complète et plus prolongée. Dans les jeunes animaux , où le cerveau reçoit proportionnellement plus de sang artériel, le gonflement est plus marqué. (Voyez De V influence des muscles inspirateurs et des expirateurs sur le mouvement du sang.)

Remarques sur les mouvemens du cœur.

A. L’oreillette et le ventricule droits, l’oreillette et le ventricule gauches, dont nous avons étudié séparément l’action , ne forment réellement qu’un même organe, qui est le cœur.

Les oreillettes se contractent et se dilatent ensemble ; il en est de même des ventricules, dont les mouvemens sont simultanés.Quand on parle de la contraction du cœur, c’est celle des ventricules que l’on désigne; leur resserrement est aussi nommé systole ; leur dilatation , diastole.

La contraction des oreillettes est généralement rapide et brusque, souvent elle a lieu deux fois pour une seule contraction des ventricules. Leur dilatation est plus lente, parce qu’elle dépend de l’abord du sang des veines caves ou pulmonaires ; mais si ces veines sont pleines , le sang s’y précipite et les distend avec promptitude. L’effort des colonnes sanguines qui cherchent à s’introduire dans les oreillettes est quelquefois si considérable , que toute contraction cesse dans les parois oriculaires , et qu’il n’y a plus que leur élasticité de mise en jeu. J’ai vu souvent ce phénomène chez des animaux , et je me suis plusieurs fois assuré qu’il arrive aussi chez l’homme. Ici, comme dans maintes autres circonstances, l’élasticité remplace avec avantage la contractilité.

B. Chaque fois que les ventricules se contractent, la totalité du cœur est brusquement portée en avant, et la pointe de cet organe vient frapper la paroi latérale gauche de la poitrine, vis-à-vis l’intervalle des sixième et septième vraies côtes.

‘i92 PRÉCIS ÉLÉMEIN TAIRE

Ce choc esCaccompagné d’un bruit particulier, sur lequel nous reviendrons dans un moment.

Le déplacement en avant du cœur dans la systole des ventricules a donné lieu à une longue et vive controverse : les uns prétendaient que le cœur se raccourcissait en se contractant; les autres soutenaient qu’il s’alongeait, et qu’il devait nécessairement le faire ; car sans cela il n’aurait pas pu frapper la paroi du thorax, puisqu’il en est éloigné de plus d’un pouce dans la diastole. Un grand nombre d’animaux furent inutilement sacrifiés pour étudier le mouvement du cœur; dans le meme instant ceuxci voyaient le cœur se raccourcir, et ceux-là le voyaient s’alonger. Ce que les expériences ne purent faire, un raisonnement très- simple le fit. Bassuel intervint dans la dispute, et montra que, si le cœur s’alongeait dans la systole, les valvules mitrales et tricuspides , retenues abaissées par les colonnes charnues, ne pourraient fermer les ouvertures oriculo-ventriculaires. Les partisans de Talongement ne persistèrent plus; mais il restait à démontrer comment, les ventricules se raccourcissant, le cœur se porte en avant.

Senac fit voir que cela dépendait de trois causes, la dilatation des oreillettes, qui se fait pendant la contraction du ventricule; 2^ la dilatation de l’aorte et de l’artère pulmonaire, par suite de l’introduction du sang que les ventricules y ont poussé; 3“ le redressement de la crosse de l’aoiTe par l’effet de la contraction du ventricule gauche.

La contraction des ventricules et le mouvement de transport du cœur vers la paroi gauche du thorax sont accompagnés d’un bruit sourd, mais distinct pour une oreille appliquée sur la région cardiaque. Ce son précède d’un moment très-court un autre bruit plus clair, dont nous avons parlé à l’occasion du ventricule droit, et qui accompagne non la contraction, mais la dilatation de cette cavité. Ces deux sons, qui se succèdent rapidement , forment ce qu’on nomme aujourd’hui en physiologie pathologique les bruits du cœur, et sont d’un grand secours dans le diagnostic des affections organiques ou autres de cet organe. Tous deux résultent du choc du cœur sur les parois du thorax. Le premier, ou le bruit sourd, dépend, je l’ai déjà dit , du choc de la pointe du cœur sur l’intervalle qui sépare îa sixième et la septième côte ; mais il peut se produire partout ailleurs, si par une cause quelconque le cœur est déplacé ou la paroi thoracique déformée. Le caractère sourd de ce son paraît dépendre de la masse considérable du corps choquant et du peu d’élasticité du corps choqué.

Le second bruit correspond à la dilatation des ventricules , et par conséquent à l’entrée rapide du sang dans ces cavités. La formation du bruit a été d’abord attribuée à la contraction des oreillettes , puis au sang qui arrivait brusquement dans les ventricules en frappant leurs parois de manière à y exciter des vibrations sonores ; mais ni l’une ni l’autre de ces explications ne sont fondées; je l’ai dit déjà, un cœur mis à nu dans le moment de sa plus grande énergie ne produit aucun bruit, à moins qu’il ne frappe çà et là sur les parties environnantes , et si, comme je l’ai fait, on place à travers les parois thoraciques d’un chien une petite tige mobile sur le ventricule droit et une autre sur la pointe du cœur , il est facile de vérifier que chacun des bruits est accompagné d’un choc qui se manifeste elairement au dehors par un mouvement étendu des petites tiges. Si le second bruit est plus clair , cela tient sans doute à ce que la masse du corps choquant est peu considérable et que le corps choqué est le sternum , qui est beaucoup plus sonore que la paroi latérale du thorax, en grande partie musculaire.

C. Le nombre des battemens du cœur est considérable ; il est en général d’autant plus grand qu’on est plus jeune.

A la naissance, il est de . 130 à 140 par minute,

A 1 an . 120 130

A 2 ans . 100 110

A 3 ans . 90 100

A "z ans , il esl de .

90 par minute.

A 14 ans. ........

A l’âge adLiUe .

A la première vieillesse. .

A la vieillesse confirmée. . . .

Maïs ces nombres varient suivant une infinité de circonstances, le sexe , le tempél'ament, la disposition individuelle; il arrive même fréquemment que les vieillards présentent un nombre considérable de pulsations , supérieur même à celui de l’adulte, mais alors le cœur n’est plus dans ses conditions ordinaires, les parois sont hypertrophiées , et son activité accrue , etc.

Les affections de l’ame ont une grande influence sur la rapidité des contractions du cœur ; chacun sait qu’une émotion , même légère , modifie aussitôt les contractions , et le plus souvent les accélère. Les maladies apportent aussi de grands changemens à cet égard.

D. Beaucoup de recherches ont été faites pour savoir quelle est la force avec laquelle les ventricules se contractent. Pour apprécier celle du ventricule gauche , on a fait une expérience qui consiste à croiser les jambes , en posant sur un genou le jarret de l’autre jambe, et à suspendre au bout du pied de cette dernière un poids de 20 kilogr. Ce poids considérable, quoique placé à l’extrémité d’un si long levier, est soulevé à chaque contraction du ventricule, à raison du resserrement qui tend à s’opérer dans la courbure accidentelle qu’éprouve l’artère poplitée quand les jambes sont croisées de cette manière.

Cette expérience montre que la force de contraction du cœur est assez grande ; mais elle ne peut donner cependant aucune évaluation exacte. Des physiologistes mécaniciens ont fait de grands efforts pour l’exprimer en nombre : Borelli compare I la force qui entretient la circulation à celle qui serait nécessaire pour soulever un poids de 180,000 liv. ; Haies le croit de 5i liv. 5 onces; et Keil le réduit de 5 à 8 onces. Où trouver la vérité dans ces contradictions ?

M. Poiseuille, l’un de nos collaborateurs , a imaginé un instrument ingénieux avec lequel il s’est proposé de mesurer la force du cœur en évitant les obstacles qui se I rencontrent dans les moyens d’appréciation employés par ses devanciers. Cet instrument consiste en un tube recourbé , dont la partie verticale, graduée sur une échelle I métrique , est remplie par du mercure , et dont une branche horizontale destinée à s’adapter aux artères et aux veines , est remplie par une solution de sous-carbonate j de soude qui empêche le sang de se coaguler. Il nomme cet instrument hémo-dyna- I MOMÈTRE.

i Avec cet instrument M. Poiseuille est arrivé à des résultats qui , s’ils ne sont pas i tels que l’on pourrait les désirer sous le rapport de la mesure de la force du cœur ,

! sont du moins très- remarquables comme phénomènes mécaniques de la circulation,

} Je citerai d’abord le fait suivant , qu’il aurait été difficile de prévoir dans l’état actuel de la science.

L’instrument , adapté à une grosse eomme à une petite artère , voisine ou éloignée du cœur, donne la même hauteur de la colonne de mercure. Par exemple, appliquée à la carotide d’un cheval, le point d’élévation du mercure est égal à celui qui se montre si l’expérience est faite sur un petit chien (i).

De l’identité de ces résultats l’auteur conclut qu’une molécule de sang se meut avec la même iorce dans tout le trajet da système artériel , conclusion qui va, selon nous , au-delà de ce que prouvent les expériences ; car , pour généraliser comme l’auteur le fait, il aurait fallu avoir quelques données expérimentales prises ,non dans

(l) \oyez Jaurnal de Physiologie , t.VIlI, 1828,

les vaisseaux encore assez gros pour que l’instrument puisse s’y adapter, mais dans les vaisseaux beaucoup plus petits , capillaires même , si la chose était possible.

M. Poiseuille établit ensuite ce théorème général : la force totale statique qui meut le sang dans une artère , est exactement en raison directe de l’aire que présente le cerele de cette artère , ou en raison directe du carré de son diamètre , quel que soit le lieu qu’elle oceupe.

Maintenant , pour obtenir la force d’impulsion du sang qui correspond à une artère d’un calibre donné, il suffit de prendre son diamètre et le poids d’un cylindre de mercure dont la base serait le cercle fourni par ce diamètre, et la hauteur de la colonne de mercure obtenue par l’hémodynamètre sera la force statique avec laquelle le sang se meut dans cette artère.

En appliquant ces principes à la force du cœur aortique de l’homme, M. Poiseuille a trouvé :

Diamètre de l’aorte à sa base om , o34 , sous la pression de i6o millimètres de mercure.

L’aire du cercle de l’aorte 908,2857 millimètres, qui, multipliés par 160 millimètres de hauteur, donnent ; 145325,72 millimètres cubes de mercure, dont le poids égale I kilogramme 971779, ou 4 livres 3 gros 45 grains , évaluation de la force totale statique du sang au moment de la contraction du ventricule gauche.

Ce chiffre exprimerait donc aussi la force de ce ventricule, et si l’on avait une évaluation semblable pour le ventricule droit , on arriverait à quelque chose d’approximatif sur la force totale du cœur ventriculaire. Mais M. Poiseuille n’a point encore , que je sache, appliqué son instrument au système artériel pulmonaire.

Il paraît impossible de savoir au juste la force que le cœur développe en se contractant; car elle doit varier suivant une multitude de causes, telles que l’âge, la taille de l’individu, sa disposition particulière, la quantité de sang, l’état du système nerveux , l’action des organes , l’état de santé ou de maladie , etc.

Tout ce qui a été dit sur la force du cœur n’a rapport qu’à sa contraction ; sa dilatation a été regardée comme un phénomène actif, et j’ai moi-méme professé cette opinion. Je ne la partage plus aujourd’hui; en étudiant de nouveau avec soin la dilatation du cœur, il m’a semble que la contraction comprime les fibres de cet organe, que leur élasticité est mise en jeu sous cette influence , et qu’aussitôt qu’elle cesse , les fibres reprennent leur longueur naturelle avec d’autant plus d’énergie qu’elles ont été plus comprimées : il se développe, comme on a vu , un phénomène de ce genre immédiatement après la contraction d’un faisceau de fibres musculaires par l’effet du courant galvanique. A cette cause physique de la dilatation des cavités du cœur, il faut joindre, pour les oreillettes, l’effort de la colonne du sang qui tend à s’introduire dans leur cavité, et qui est sans contredit la raison la plus puissante de l’écartement de leurs parois. Pour les ventricules , il faut tenir compte de la contraction des oreillettes, qui poussent avec plus ou moins de force le sang dans leur cavité. La contraction du ventricule droit est donc , par l’intermédiaire de l’artère et des veines pulmonaires, l’une des causes de la dilatation de l’oreillette gauche. La contraction du ventricule gauche agit de meme pour la dilatation de l’oreillette droite , par l’intermédiaire du sang qui remplit les artères et les veines. Enfin la contraction de chaque oreillette contribue à élargir le ventricule auquel elle aboutit.

.S.jDepuis les premiers jours de l’existence de l’embryon jusqu’à l’instant de la mort par décrépitude, le cœur se meut. Pourquoi se meut-il?

Telle est la question que se sont faite les philosophes et les physiologistes anciens et modernes. Le pourquoi des phénomènes n’est pas facile à donner en physiologie; presque toujours ce que l’on prend pour tel n’est que l’expression du fait en d’autres termes ; remarquable faiblesse de notre esprit , que la facilité avec laquelle il se laisse abuser sous ce rapport : les diverses explications du mouvement du cœur en sont une des preuves les plus palpables.

Les anciens disaient qu’il y avait dans le cœur nna vertu pulsifique, un feu conccn-

ji tré , qui donnait le mouvement à cet organe. Descartes imagina qu’il se faisait dans |i les ventricules une explosion aussi subite que celle de la poudre à canon. Lemouvei: ment du cœur fut ensuite attribué aux esprits animaux , au fluide nerveux, à Vame, ^ au président du système nerveux (i), « V archée : Haller le considéra comme un effet i‘ de l’irritabilité. Tout récemment Legallois a cherclié à prouver, par des expériences, ' que le principe ou la cause du mouvement du cœur avait son siège dans la moelle »• épinière.

Ces expériences consistent à détruire successivement,. sur des animaux vivans , la n moelle épinière par l’introduction d’une tige métallique dans le canal vertébral. Le Il résultat est que la force avec laquelle le ventricule gauche se contracte diminue à P! mesure que la destruction de la moelle est plus considérable, et, quand elle est com- ^ plète, le cœur n’a plus assez de force pour entretenir la circulation, et pousser le H! sang jusqu’aux extrémités des membres.

De ces expériences, qui ont été multipliées et variées d’une manière très-ingénieuse, !' Legallois conclut que la cause du mouvement du cœur est dans la moelle épinière ; “et, comme on lui faisait remarquer que cet organe se contracte encore long-temps 3 après la destruction complète de la moelle, que même ses mouvemens continuent réigulièrement après qu’il a été tout-à-fait séparé du corps, Legallois répondait que

I ces mouvemens n’étaient plus la contraction véritable du cœur, qu’ils n’étaient qu’un - simple effet de l’irritabilité de l’organe.

Pour faire admettre cette explication , l’auteur aurait dù montrer, par des expéiriences, en quoi diffère l’irritabilité des fibres musculaires de leur contraction : cette i distinction importante n’ayant pas été établie, on ne peut, selon moi , conclure du Ibeau travail du physiologiste français autre chose, sinon que la moelle épinière influe «sur la force avec laquelle le cœur se contracte; mais on ne peut en déduire quelle est let où siège la cause du mouvement du cœur.

Les organes qui transmettent au cœur l’influence de la moelle épinière et du cer-

II veau sont des filamens nerveux, provenant de la huitième paire, et peut-être un ifgrand nombre de filets des ganglions cervicaux du grand sympathique.

J’ai, à diverses reprises, cherché à déterminer par l’extraction des ganglions cerjiivicaux, et même du premier thoracique, si réellement ces organes avaient une action «sur le mouvement du cœur, mais je n’ai rien obtenu de satisfaisant ; les animaux sont :presque tous morts des suites de la plaie inévitable pour une opération aussi laborieuse. Je n’ai jamais remarqué aucune influence directe sur le cœur.

I Remarques sur le mouvement circulaire du sang ou la circulation.

Nous connaissons maintenant tous les anneaux de la chaîne circulaire que le sys- «tème sanguin représente, nous savons comment le sang est porté du poumon vers toutes les autres parties du corps et comment de ces parties il revient au poumon. iExaminons ces phénomènes d’une manière générale, afin de faire ressortir les plus liimportans.

A. La quantité de sang contenue dans le système sanguin est très-considérable. •{Plusieurs auteurs l’ont estimée de vingt-quatre à trente livres. Il ne peut y avoir rien .i d’exact dans cette évaluation, car la quantité du sang varie suivant un grand nom- ■îbre de causes. La jeunesse et l’enfance doivent avoir plus de sang que l’âge av^ancé; ül est plus que probable que les individus replets, dont le corps est bien développé ' et la vie active , ont plus de sang que les personnes débiles , dont le corps est mai- Sgre; de même les personnes que l’on nomùie pléthoriques, sujettes à des saignemens

II de nez ou à des flux hémorrhoïdaux, doivent aussi, selon toutes ces apparences, avoir

(1) WEPFF.rx , Prœses systemaiis n^rvosi.

•i96 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

une dose de sang plus considérable que les personnes qui ne présentent pas les mêmes dispositions.

Des expériences que j’ai faites sur des animaux m’ont donné des résultats fort analogues à ces conjectures relatives à l’homme. Un chien détaillé moyenne ne fournit, par une hémorrhagie rapide qui le fait périr, qu’environ une livre de sang , s’il est maigre et faible; s’il est vigoureux et en bon état, il peut en fournir plus du double.

On a quelques données sur le rapport de la masse du sang artériel à celle du veineux. Ce dernier, contenu dans des vaisseaux dont la capacité totale est supérieure à celle des artères, est nécessairement plus abondant sans qu’on puisse dire au juste de combien sa masse est plus considérable que celle du sang artériel.

B. Le volume des organes et même celui de tout le corps , est généralement en rapport avec la quantité du liquide qui circule. Les hommes remarquables par les dimensions considérables du corps, offrent une énorme quantité de sang, comme il est facile de s’en assurer par les nombreuses saignées qu’ils supportent dans certaines maladies , et par l’examen de leurs vaisseaux sanguins après leur mort. Chez ce genre de personnes l’aorte et ses divisions, le système veineux , sont quelquefois deux ou trois fois plus spacieux que les mêmes organes dans une personne de même taille , mais d’une corpulence médiocre.

Sur les animaux vivans,les dimensions de plusieurs organes peuvent être augmentées à volonté. Prenez, par exemple , les trois dimensions de la rate d’un chien, puis, l’abdomen étant ouvert, injectez une pinte de sang d’un autre chien dans ses veines, vous verrez la rate grandir graduellement, et avoir acquis , à la fin de l’injection , un tiers ou une moitié en sus de ses dimensions premières.

Faites l’expérience opposée : après avoir mesuré la grandeur de la rate d’un animal, saignez-le jusqu’à défaillance, et vous verrez la rate diminuer sensiblement de volume à mesure que le sang s’écoulera. Des observations analogues peuvent être faites sur le foie, mais comme le tissu de cet organe est moins extensible que celui de la rate, les changemens de volume sont moins marqués.

Il est facile de s’assurer que la longueur du canal intestinal et l’épaisseur de ses parois sont aussi en proportion du sang qui circule. Chez les individus forts et vigoureux, pléthoriques, où l’abdomen est très-développé , les intestins ont des parois fort épaisses, une cavité large , et une longueur qui peut dépasser douze mètres ; chez les hommes maigres, dont le ventre est creux au lieu de faire saillie, et chez lesquels le sang est fort peu abondant, les parois du canal digestif sont minces, la cavité est très-étroite, et la longueur totale du canal n’excède quelquefois pas cinq mètres. On peut faire aisément des observations analogues sur la peau.

C. Ce qui vient d’être dit sur les dimensions de la rate , par rapport au volume du sang , est de nature à jeter quelque lumière sur les fonctions de ce singulier organe. D’après ce que nous avons dit , la rate est un véritable réservoir à parois élastiques , qui presse incessamment sur le sang qu’il contient , et qui tend à le faire passer dans le système de la veine porte. Le peu d’épaisseur et d’élasticité des parois de cette veine , l’absence des valvules à son intérieur , doivent permettre facilement au sang pressé par la rate d’y pénétrer. La rate doit d’autant plus facilement expulser le sang qu’elle contient, que non-seulement elle est très-élastique, et tend ainsi physiquement à revenir sur elle-même , mais qu’en outre elle est douée d’une force contractile d’un genre particulier , et qui se met en évidence sous l’influence de certaines substances , la noix vomique , par exemple.

D. Le cercle circulatoire du sang étant continu , et la capacité du canal étant trèsvariable, la vitesse de ce fluide doit être très-différente; car la même quantité doit passer par tous les points dans un temps donné ; c’est ce que l’observation confirme. La vitesse est grande dans le tronc et les principales divisions des artères aorte et pulmonaires; elle diminue beaucoup dans les divisions secondaires; elle diminue encore au moment du passage des artères dans les veines ; elle va ensuite en augmen-

\ tant à mesure que, des racines des veines , le sang passe dans des racines plus grosses , et enfin dans les grosses veines ; mais jamais la vitesse ne peut être aussi grande dans les veines caves que dans l’aorte.

Dans les troncs et les principales divisions artérielles , le cours du sang est, nonseulement continu sous l’influence du resserrement des artères , mais il est en outre saccadé par l’effet de la contraction des ventricules. Cette saccade se manifeste dans les artères, par une dilatation simple dans celles qui sont droites , et par une dilatation et un mouvement de redressement dans celles qui sont flexueuses.

Le premier phénomène, auquel se joint quelquefois le second, forme le pouls. Il n’est facile de l’étudier sur l’homme ou les animaux qu’aux endroits où les artères sont accolées à un os, parce qu’ alors elles ne fuient point le doigt qui s’applique dessus comme le font celles qui flottent entre les parties molles.

Le plus souvent , le pouls fait connaître les modifications principales de la contraction du ventricule gauche , sa promptitude , son intensité, sa faiblesse , sa régularité ou son irrégularité. On connaît aussi, par le pouls , la quantité du sang. Si elle est grande, l’artère est ronde, grosse et résistante; si le sang est peu abondant, Far» tère est petite et se laisse facilement déprimer. Certaines dispositions dans les artères influent aussi sur le pouls, et peuvent le rendre différent dans les principales artères.

Le battement des artères se fait nécessairement sentir aux organes qui les avoisi- I nent , et d’autant plus que les artères sont plus volumineuses, et que les organes i cèdent moins facilement. La secousse qu’ils en éprouvent est généralement considérée comme favorisant leur action , quoiqu’il n’en existe aucune preuve positive.

Sous ce rapport, aucun organe ne doit être influencé davantage que le cerveau, i Les quatre artères cérébrales se réunissent en cercles à la base du crâne, et soulèvent le cerveau à chaque contraction du ventricule, comme il est facile de s’en convaincre en mettant à nu le cerveau d’un animal , ou en observant cet organe dans les plaies de tête. C’est probablement pour modérer cette secousse que sont utiles les nom- I breuses courbures anguleuses des artères carotides internes et des vertébrales , avant leur entrée dans le crâne ; courbures qui doivent aussi nécessairement ralentir le I cours du sang dans ces vaisseaux.

Quand les artères pénètrent encore volumineuses dans le parenchyme des organes , comme au foie, au rein, etc., l’organe doit aussi recevoir une secousse à chaque contraction du cœur. Les organes où les vaisseaux ne pénètrent qu’après s’être divisés et subdivisés ne doivent éprouver rien de semblable.

E. Depuis le poumon jusqu’à l’oreillette gauche , le sang est de même nature ;

! cependant il arrive quelquefois qu’il n’est pas semblable dans les quatre veines pulmonaires (i). Si, par exemple, un poumon est altéré au point que l’air ne puisse ! pénétrer dans ses lobules , le sang qui le traverse ne sera pas changé de veineux en ü artériel; il arrivera au cœur sans avoir subi cette transformation; mais, par son 1, passage à travers les cavités gauches, il se mélangera intimement avec celui du pou- I mon opposé. Du ventricule gauche jusqu’aux dernières divisions de l’aorte, le sang I est nécessairement homogène ; mais , arrivé à ces petits vaisseaux, ses élémens se I partagent : il existe du moins un grand nombre de parties , telles que les membranes i! séreuses, le tissu cellulaire, les tendons, les aponévroses, les membranes fibreui; ses, etc., où l’on ne voit jamais pénétrer la partie rouge du sang et où les capillaires li ne contiennent que du sérum.

Ce partage des élémens du sang ne se fait cependant que dans l’état de santé ; ij quand les parties que je viens de nommer deviennent malades , il arrive souvent que ij leurs petits vaisseaux se remplissent de sang avec tous ses élémens.

(1) les expériences de Legallois.

•i95 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

On a cherché à expliquer cette analyse particulière du sang par les ])etlls vaisseaux, Boerhaave, ([ui admettait dans le sang plusieurs espèces de globules de grosseur différente, disait que les globules d’une certaine grosseur ne pouvaient passer que dans des vaisseaux d’un calibre approprié : nous avons vu que les globules, tels que Boerhaave les admettait, n’existent point.

Bichat croyait qu’il existait dans les petits vaisseaux une sensibilité particulière par laquelle ils ne se laissaient pénétrer que par la partie du sang en rapport avec elle. Nous avons déjà combattu plusieurs fois des idées de ce genre; elles ne sont pas plus admissibles ici, car les liquides les plus irritans introduits dans les artères passent aussitôt dans les veines sans que les capillaires s’opposent à leur passage.

F. L’une des idées les plus singulières qu’ait enfantées l’imagination des physiologistes, est que les corps vivans ne sont point soumis aux lois physiques, que la vie est en opposition constante avec ces lois; comme si une telle opposition était possible, comme si un phénomène pouvait être opposé à un phénomène.

Pour cette raison, que le simple bon sens repousse, l’influence de la pesanteur, et par conséquent celle des diverses positions du corps sur la circulation , a été peu étudiée; cependant nul doute que cette influence n’existe, et qu’elle ne soit trè%puissante. L’empirisme médical ou chirurgical est forcé de la reconnaître. Dans une ^ foule de cas il est de toute évidence que le sang se meut plus difficilement quand il marche contre sa propre pesanteur, tandis que ce liquide arrive et séjourne plus facilement dans les parties où il est porté par son propre poids.

Durant le sommeil et dans la position horizontale, le sang se dirige vers la tète en quantité plus considérable. M. le docteur Bourdon a remarqué sur lui-même (ju’étant couché sur un côté, le sang s’accumulait dans les parties les plus déclives de la tête, gonflait la pituitaire de ce côté, et interceptait le passage de l’air par la narine correspondante; qu’en se retournant sur le côté opposé, la narine précédemment obstruée redevenait libre, tandis que celle qui était devenue la plus déclive offrait les phénomènes énoncés.

Ainsi les puissances qui font circuler le sang ont souvent à surmonter les effets de la pesanteur de ce liquide, ainsi la gravitation universelle exerce une influence remarquable sur la circulation. Ce fait mérite toute l’attention des médecins, car, pour peu que les fonctions se dérangent, les effets des lois physiques s’y font plus manifestement sentir.

G. En traversant les petits vaisseaux, le sang se dépouille de ses élémens; tantôt c’est le sérum qui s’échappe et se répand à la surface d’une membrane , tantôt c’est la matière grasse qui se dépose dans des cellules; ici c’est le mucus, là c’est la fibrine; ailleurs ce sont les substances étrangères qui avaient été accidentellement mêlées au sang artériel. En perdant ses divers élémens, le sang prend les qualités de sang veineux.

En même temps c|ue le sang artériel fournit à ces pertes , les petites veines absorbent les substances avec lesquelles elles sont en contact. Par exemple , dans le canal intestinal , elles s’emparent des boissons ; d’un autre côté , les troncs lymphatiques versent la lymphe et le chyle dans le système veineux ; il est donc certain que le sang veineux ne peut être homogène, et que sa composition doit varier dans les différentes veines ; mais arrivés au cœur , par les mouvemens de l’oreillette et du ventricule droits , et la disposition des colonnes charnues , tous les élémens se mêlent , et lorsqu’ils sont intimement mélangés , ils passent dans l’artère pulmonaire.

//. C’est une loi générale de l’économie , qu’aucun organe ne peut continuer d’agir s’il ne reçoit du sang artériel; il en résulte que la circulation tient sous sa dépendance toutes les autres fonctions; mais, à son tour, la circulation ne peut continuer sans la respiration, qui forme le sang artériel , et sans l’action du système nerveux , qui a la plus grande influence sur la vitesse du cours du sang et sur sa répartition dans les organes. En effet , sous l’action du système nerveux , les mouvemens du

cœur se précipitent ou se ralentissent , et par conséquent la vitesse générale du cours du sang; ensuite , quand les organes agissent volontairement ou involontairement, l’observation apprend qu’ils reçoivent une plus grande quantité de sang, sans qu’il y ait pour cela accélération du mouvement de la circulation générale ; et si leur action devient prédominante, les artères qui s’y portent prennent un accroissement considérable ; si, au contraire. Faction diminue ou cesse entièrement , les artères se rétrécissent , et ne laissent plus parvenir à l’organe qu’une petite quantité de sang. Ces phénomènes sont manifestes pour les muscles : la circulation y devient plus rapide quand ils se contractent ; s’ils sont souvent en contraction, leurs artères croissent en volume , s’ils sont paralysés , les artères deviennent très-petites , et le pouls s’y fait à peine sentir.

Le système nerveux peut donc influencer la circulation de trois manières : i o en modifiant les mouvemens du cœur; 2^ en modifiant les capillaires des organes, de manière à y accélérer ou ralentir le cours du sang ; 3^ enfin en produisant les mêmes effets dans le poumon , c’est-à-dire en rendant plus ou moins facile le cours du sang à travers cet organe.

L’accélération des mouvemens du cœur devient sensible pour nous par la manière dont la pointe de cet organe vient frapper les parois pectorales ; la gêne de la circulation capillaire se fait reconnaître par un sentiment d’engourdissement , de fourmillement particulier ; et enfin , quand la circulation pulmonaire est difficile , nous en sommes avertis par une oppression, une suffocation plus ou moins forte.

Il est probable que la distribution des filets du grand sympathique dans les parois des artères a quelque usage important; mais on ignore complètement cet usage : aucune expérience n’a encore éclairé sur ce point.

La composition du sang doit exercer une grande influence sur le mode d’action des organes, mais nous n’avons encore que des notions fort imparfaites sur les variations chimiques que ce liquide peut éprouver. Si l’on s’en rapportait même à quelques travaux sur le sang , ce fluide serait constamment le même. Probablement que les j)rogrès deij’analyse animale nous sortiront bientôt de ces idées inexactes; quelques faits semblent du moins l’annoncer. ,

Introduisez dans la veine jugulaire d’un chien quelques gouttes d’eau qui aura séjourné sur des matières animales en putréfaction , une heure après cette introduction l’animal sera abattu, couché; une fièvre ardente l’agitera; il vomira des matières noires et fétides ; ses évacuations alvines seront de même nature ; son sang aura perdu la faculté de se coaguler, il s’extravasera dans les divers tissus; enfin la mort ne se fera pas long- temps attendre.

Ces phénomènes, qui ont la plus grande analogie avec certaines maladies de riiomine , telles que le vomissement noir des contrées méridionales , la fièvre jaune , etc. , paraissent avoir pour source commune une altération de la composition chimique du sang ; je crois même avoir remarqué que les dimensions des globules diminuent à mesure que les accidens se développent , ce qui serait en harmonie avec le passage du sang à travers les parois des petits vaisseaux et les diverses hémorrhagies qui en sont l’effet. (V oyez mon Journal de Physiologie , tome I et IL )

Il est un mode d’altération que l’on peut facilement apprécier, je veux dire les proportions respectives du sérum et du caillot. J’ai voulu voir sur des animaux quels seraient les effets de la diminution graduelle de la partie solide et non soluble du sang. A cet effet j’ai pris un chien bien portant , et je lui ai fait une saignée de huit onces : le sang , examiné le lendemain ,, offrait fort peu de sérum , un huitième environ. J’ai remplacé le sang tiré par une injection d’une demi-livre d’eau à 3 00 R. dans la veine jugulaire : l’animal n’a rien offert de particulier. Le lendemain j’ai répété la saignée et l’injection ; le sang offrait un quart de sérum et trois quarts de caillot. Deux jours ensuite, j’ai fait encore et la même soustraction de sang et la même introduction d’eau , et j’ai continué de cette manière de dejjx jours l’un jusqu’au dixième jour; alors le sang de l’animal ne présentait plus qu’à peine un quart

de caillot pour trois quarts de sérum ; mais aussi l’animal était faible , se remuait avec peine, semblait avoir perdu son instinct , ses habitudes caressantes; ses facultés cérébrales étaient diminuées , et semblaient engourdies ; enfin il n’était plus Se même.

Nul doute donc qu’une certaine composition du sang ne soit une des conditions importantes de l’exercice des diverses fonctions.

Ce sont les diverses remarques que j’ai faites sur ce sujet qui m’ont conduit à essayer sur l’homme l’injection de l’eau dans les veines. L’individu sur lequel j’ai fait cet essai était hydrophobe , et sur le point de mourir; l’introduction d’environ une pinte d’eau à 3o° a calmé, comme par enchantement , l’état de fureur et de rage où il se trouvait. (Voyez mon Journal de Physiologie, t. III.)

De V influence des muscles inspirateurs et des expirateurs sur le mouvement du sang.

Le cœur , avons-nous démontré, est le principal agent de la circulation; dans la plupart des cas , c’est sa force contractile qui détermine la progression du sang; mais il existe d’autres puissances qui interviennent souvent avec énergie, et qui exercent une grande influence sur le cours du sang jusqu’au point de le suspendre complètement. Ces puissances sont les mêmes qui attirent l’air dans la poitrine, et qui l’en font sortir.

Dans la dilatation du thorax, le sang des veines caves supérieures et des veineS caves inférieures et de proche en proche celui des autres veines est attiré vers le cœur. Le mécanisme de cette aspiration est semblable à celui qui attire l’air dans les poumons ; c’est, pour ainsi dire, une inspiration du sang veineux; au contraire, durant l’expiration , tous les organes pectoraux étant comprimés , le sang veineux est repoussé , il reflue dans les veines jusque vers les organes , et le sang artériel arrive à sa destination avec plus de promptitude, parce qu’à la pression du ventricule gauche s’ajoute celle des muscles expirateurs.

Ces divers phénomènes sont peu marqués dans la respiration calme, mais ils deviennent très-manifestes dans les respirations forcées ou dans les grands efforts musculaires qui s’accompagnent souvent de la contraction énergique des forces expiratrices et du resserrement de la glotte.

La connaissance de ces faits résulte des travaux de Haller (i), Lamure (2) et Lorry (3); elle donne le moyen d’expliquer plusieurs phénomènes qui ont beaucoup embarrassé les physiologistes. Je vais entrer dans quelques détails à raison de l’importance du sujet. Je les extrais d’un mémoire imprimé dans mon Journal de Physiologie,

Si on observe pendant quelque temps la veine jugulaire externe d’un individu dont le cou est maigre, ou, mieux encore, si l’on met à découvert cette veine sur un chien, on a bientôt reconnu que le sang se meut dans sa cavité, sous diverses influences. En général, quand la poitrine se dilate pour inspirer, la veine se vide brusquement , s’aplatit , et ses parois s’appliquent quelquefois exactement Tune contre l’autre. La veine , au contraire , se gonfle et se remplit de sang quand la poitrine se resserre. Ces effets sont d’autant plus marqués que les mouveniens respiratoires sont plus étendus. Ceux qui dépendent de l’expiration sont beaucoup plus prononcés si l’animal fait des efforts (4).

(1) Elementa Physiol.^tom. II.

(2) Académie des Sciences, année 1749.

(f) Savons étrangers , tora. III.

(4) Les mouvemens respiratoires ne sont pas les seules causes du mouvement du sang dans les jugulaires; avec un peu d’attention on reconnaît rpie les contractions de l’oreillette droite

D£ PHYSIOLOGIE

L’explication de ces phénomènes , telle qu’elle a été donnée par Haller et Lorry , est très-simple et satisfaisante au premier aperçu. Quand la poitrine se dilate , elle aspire le sang des veines caves , et de proche en proche celui des veines qui y aboutissent. Le mécanisme de cette aspiration est à peu près semblable à celui par lequel l’air est attiré dans la trachée-artère au moment de l’inspiration. Quand la poitrine se resserre , au contraire , le sang est refoulé dans les veines caves par la pression que supportent tous les organes pectoraux, vaisseaux, coeur, poumons et autres, de la part des puissances expiratrices, et de proche en proche aussi parvient aux veines qui s’y terminent. De là l’alternative de vacuité et de plein qu’offrent les jugulaires.

Pour montrer que ce phénomène est exactement en rapport avec un phénomène semblable qui se passe dans les veines caves, j’introduis une sonde de gomme élastique dans la veine jugulaire, et je la fais pénétrer jusqu’à la veine cave , ou même jusque dans l’oreillette droite : on voit alors que le sang coule par l’extrémité de la sonde , seulement dans le moment de l’expiration. Dans l’inspiration au contraire , l’air est brusquement attiré dans le cœur , et donne lieu à des accidens particuliers , dont il sera question plus tard. On obtient des résultats entièrement analogues si on introduit la sonde dans la veine crurale , en la dirigeant vers l’abdomen.

A.ucun doute donc touchant le genre de modifications que la respiration exerce sur le cours du sang dans les principaux troncs veineux.

On peut de même facilement reconnaître, en ouvrant une artère des membres, par exemple, que l’expiration accélère sensiblement le mouvement du sang artériel , particulièrement dans les grandes expirations et dans les efforts; et comme on ne peut pas faire faire à volonté de grandes expirations ou des efforts aux animaux soumis à l’expérience, on peut, suivant le procédé de Lamure, comprimer avec les mains les côtés du thorax , et l’on voit le jet du sang artériel grandir ou diminuer, en raison de la pression que l’on exerce.

Puisque la respiration produit cet effet sur le cours du sang dans les artères , il devenait probable qu’elle pouvait influencer la marche du sang veineux, non plus par l’intermédiaire des veines , comme nous venons de le voir tout-à-l’heure , mais par le moyen des artères. Une pareille conjecture méritait d’être soumise à l’expérience.

Je plaçai donc une ligature sur l’une des veines jugulaires d’un chien; le vaisseau se vida au-dessous de la ligature , et se gonfla beaucoup au-dessus , comme cela arrive constamment. Je piquai légèrement avec une lancette la portion distendue , de manière à faire une très-petite ouverture : j’obtins de cette manière un jet de sang que les mouvemens ordinaires de la respiration ne modifiaient pas sensiblement , mais qui triplait ou quadruplait de grandeur si l’animal faisait quelque effort un peu énergique.

On pouvait objecter que l’effet de la respiration ne s’était pas transmis par les artères à la veine ouverte, mais bien par les veines qui étaient restées libres , et qui auraient transporté le sang repoussé des veines caves vers la veine liée, au moyen des anastomoses; il était facile de lever cette difficulté.

Le chien n’a pas, comme l’homme , des veines jugulaires internes volumineuses ,

y influent sensiblement, ce qui produit une espèce de palpitation irrégulière dans les vaisseaux.

Quand l’oreillette se contracte , le sang est repoussé vers la tête ; le sang est au contraire attiré vers le cœur par sa dilatation. Quand le hasard fait coïncider la dilatation de la poitrine et de l’oreillette ou le resserrement de ces parties, le mouvement du sang dans les jugulaires est régulier , c’est-à-dire que le vaisseau se vide ou se remplit brusquement. Mais comme les mouvemens de l’oreillette sont bien plus fréquens que ceux du thorax, il arrive nécessairement défaut de coïncidence entre eux, et dès lors les battemens des jugulaires deviennent très-irréguliers, phénomène qui est surtout apparent dans les maladies graves, et que Haller a nommé fouis veineux.

qui reçoivent le sang de Pintérieur du crâne ; chez cet animal , la veine jugulaire interne n’est , pour ainsi dire , qu’un vestige , et la circulation de la tète et du cou se fait presque entièrement par les veines jugulaires externes , qui sont en effet trèsgrosses, proportions gardées. En liant à la fois ces deux veines, j’étais bien sûr d’empécher, en très-grande partie , le reflux dont il vient d’étre question ; mais bien loin que cette double ligature diminuât le phénomène dont je viens de parler, le jet devint au contraire plus étroitement en rapport avec les mouvemens de la respiration, car il était évidemment modifié meme par la respiration ordinaire; ce qui, comme on a vu, n’avait pas lieu dans le cas d’une seule ligature. Pour rendre la chose plus évidente, je pouvais d’ailleurs agir sur la veine crurale : cette veine et toutes ses branches étant garnies de valvules qui s’opposent, pour ainsi dire, à tout reflux; si le phénomène de l’accroissement du jet se montrait durant l’expiration, on pouvait être bien sûr que l’impulsion serait venue du côté des artères.

C’est en effet ce que j’observai dans plusieurs expériences. La veine crurale étant liée et piquée au-dessous de la ligature, le jet qui se forma s’accrut sensiblement dans les grandes expirations, dans les efforts et les compressions mécaniques des parois du thorax avec les mains.

L’instrument de M. Polseuilîe permet de reconnaitre ces phénomènes et d’en obtenir une sorte de mesure.

Ces expériences , ainsi que les précédentes , apportent nécessairement un changement notable dans l’explication du gonflement des veines durant l’expiration. D’après Haller, Lamure et Lorry , ce gonflement a lieu par le simple refoulement du sang des veines caves dans les branches qui s’y ouvrent médlatement ou immédiatement ; mais il est clair qu’il faut y joindre l’arrivée dans la veine d’une plus grande quantité de sang provenant des artères.

La même modification devra être introduite dans l’explication des mouvemens du cerveau , en rapport avec la respiration. Il ne faudra donc plus attribuer le gonflement de cet organe , dans le moment de l’expiration , au seul reflux du sang dans les veines, ni son affaissement, dans le moment de l’inspiration, à la seule aspiration du même fluide vers la poitrine ; mais il faudra faire entrer, comme élément important de cette explication , l’influence de la respiration sur la marche du sang artériel et sur celle du sang veineux, par l’intermédiaire des artères.

On devra, ce me semble , comprendre le phénomène de cette manière: dans le moment d’une forte expiration ou d’un effort , tous les organes pectoraux ou abdominaux sont comprimés, le sang artériel est chassé plus particulièrement dans les branches de l’aorte ascendante (i). Ce sang arrive donc avec plus d’abondance dans la tête , et tend à passer plus promptement vers les veines qui doivent le ramener vers le cœur ; ce qui arriverait aussitôt si les veines étaient libres. Mais , loin de là, la pression exercée sur les organes pectoraux a aussi fait refluer le sang veineux dans les vaisseaux qui le contiennent , bien que ce mouvement rétrograde ne s’étende pas très-loin, à raison des valvules qui s’y opposent.

Cependant le sang qui reflue dans les veines a bientôt rencontré le sang qui arrive du côté des artères ; le vaisseau se distend , et le cours du liquide est généralement suspendu dans les veines. Dès lors , il est tout simple que le cerveau se gonfle et se distende.

On doit rapporter à ces mouvemens de flux et de reflux du sang, l’entrée du liquide céphalo-rachidien dans les cavités du cerveau, par l’ouverture du quatrième ventricule, et sa sortie de ces mêmes cavités. Au moment où les sinus et les veines rachidiennes sont distendus , le liquide comprimé passe dans l’aqueduc , traverse le troi-

(I) L’aorte abdominale est aussi comprimée, et admet le sang avee une difficulté relative au degré de pression qu’elle éprouve, comme l’a bien décrit Lorry. Mém. cité.

sième ventricule, et arrive bientôt dans les ventricules latéraux , puis il parcourt en sens inverse la meme route à l’instant où l’inspiration aspire le sang du système veineux.

Mais ce qui se passe dans le cerveau doit aussi se passer dans les autres organes , avec les modifications en rapport avec la disposition de leurs vaisseaux sanguins : la moelle épinière tout entière grossit, la rate s’alonge, la face rougit et se gonfle dans les cris, la course prolongée, les efforts musculaires, les passions violentes ; le veines des membres se gonflent dans les mêmes circonstances ; et si vous engagez une personne que l’on saigne à souffler fortement, le jet du sang de la veine ouverte augmente sensiblement. Un individu affecté d’un phlegmon dans un membre, ou même d’un simple panaris, éprouve une douleur vive dans la partie malade, s’il veut soulever un fardeau, courir, crier, etc. Tous ces phénomènes, et beaucoup d’autres analogues, dépendent évidemment de l’accumulation du sang dans les organes, par Texpiration, qui y pousse le sang artériel, et qui s’oppose à ce que le sang veineux puisse en sortir.

Il résulte de ces faits que l’une des conséquences des grandes expirations et des violens efforts est la suspension plus ou moins prolongée de la circulation; suspension d’autant plus complète que Texpiration ou l’effort est plus violent. De là probablement l’impossibilité de soutenir de grands efforts au-delà de quelques secondes , et la nécessité des grandes inspirations qui les suivent immédiatement.

Plusieurs phénomènes circulatoires paraissent liés avec cette stagnation momentanée du sang dans les divers tissus : les hémorrhagies nasales ou autres qui suivent quelquefois un effort violent; les sueurs abondantes des bateleurs durant leurs exercices ; les céphalalgies instantanées qui suivent , chez certains individus , l’expulsion des matières fécales ; l’érection à peu près constante qui accompagne le supplice de la corde , etc.

Il n’est pas nécessaire , pour que les effets de l’expiration se manifestent , que la glotte se ferme hermétiquement , ainsi que plusieurs auteurs l’ont pensé , car souvent des efforts considérables ont lieu concurremment avec des cris formés de sons graves , qui permettent une issue facile à l’air expiré.

On en trouve encore une preuve palpable dans la pratique vétérinaire , où l’on introduit une canule métallique assez large entre les cartilages thyroïdes et cricoïdes des chevaux corneurs , afin de leur rendre la respiration plus facile. Malgré cette voie toujours libre pour l’entrée et la sortie de l’air des poumons, ces animaux n’en continuent pas moins leurs pénibles travaux. Une autre preuve pourrait se tirer des expériences dans lesquelles on comprime avec les mains les côtés du thorax , et où l’on accélère par ce moyen le cours du sang artériel ou veineux. Dans ce cas , rien n’annonce que la glotte se ferme dans l’instant où l’on rétrécit la poitrine. Je me suis d’ailleurs assuré de ce fait par une expérience que voici :

Je pratiquai une ouverture de plus d’un pouce de long et de quatre à cinq lignes de large , à la trachée-artère d’un chien ; je liai ensuite une de ses veines jugulaires , et je fis au-dessus de la ligature une petite ouverture par laquelle il s’établit aussitôt un jet continu assez considérable de sang veineux. Ce jet augmenta sensiblement chaque fois que l’animal faisait des efforts , ou que je comprimais le thorax (i).

(1) Mon confrère de Kergaradec a fait sur lui-même les expériences suivantes ; elles s’accordent parfaitement avec les faits que je viens de rapporter.

« A. J’ai réuni 5 poids de 20 kilog. c=! 100 kilog. au moyen d’une corde , et je les ai soulevés de terre en respirant, et sans respirer. Dans l’un comme dans l’autre cas, j’ai eu besoin de m’aider de mes coudes arc-boutés contre mes genoux. C’était le maximuvt de la force que je pouvais déployer sans imprudence.

« B. Dans une balance dont les plateaux sont soutenus par des chaines de fer , j’ai placé successivement, et j’ai enlevé de terre , en tirant sur l’autre extrémité du fléau, un poitls de 09

Je dois prévenir, en terminant cet article, que les divers phénomènes décrits sont 11 d’autant plus apparens que la quantité du sang est plus considérable. Si vous cherchez à les étudier sur un animal qui a naturellement peu de sang ou qui en a perdu \i une certaine dose, à peine pouvez-vous les reconnaître , et vous pourriez douter j même de leur réalité , comme cela est arrivé à plusieurs auteurs estimables. Mais ;î injectez, en proportion convenable , de l’eau dans le système circulatoire, et vous \\ verrez aussitôt tous les phénomènes devenir évidens. Ce fait , que j’ai plusieurs fois li montré dans mes cours, est important à connaître sous le point de vue des phéno- ' mènes dont je viens de parler; il donne en outre une nouvelle preuve des soins qu’on ; doit apporter à noter toutes les circonstances physiques quand il s’agit d’étudier une fonction animale.

De la transfusion du sang et de V infusion des médicamens dans les veines.

Telle est l’opposition que les hommes de génie rencontrent souvent dans leurs contemporains, qu’il fallut trente années à Harvey avant qu’il put faire admettre sa découverte, dont les preuves les plus évidentes perçaient de toutes parts ; mais , dès que la circulation fut reconnue, une sorte de délire s’empara des esprits , on crut avoir trouvé le moyen de guérir toutes les maladies , et même de rendre l’homme immortel. La cause de tous nos maux fut attribuée au sang : pour les guérir , il ne s’agissait que d’ôter le mauvais sang , et de le remplacer par du sang pur , tiré d’un animal sain.

Les premières tentatives furent faites sur des animaux ; elles eurent un plein succès. Un chien ayant perdu une grande partie de son sang , reçut par la transfusion celui d’une brebis, et s’en trouva bien. Un autre chien, vieux et sourd, recouvra, par ce même moyen, l’usage de l’ouïe, et sembla rajeunir. Un cheval de vingt-six ans , ayant reçu dans ses veines le sang de quatre agneaux , reprit de nouvelles forces.

On ne tarda pas à tenter sur l’homme la transfusion. Denys et Emerez , l’un médecin, l’autre chirurgien de Paris, furent les premiers qui osèrent l’essayer. Iis introduisirent dans les veines d’un jeune homme imbécile le sang d’un veau , en quantité supérieure à celle qu’on avait tirée des veines du jeune homme , qui parut recouvrer la raison. Une lèpre, une fièvre quarte, furent aussi guéries par ce moyen; et plusieurs autres transfusions furent faites sur l’homme sain sans qu’il en résultât aucune suite fâcheuse.

kilog. 5 hectogrammes , pendant que je suspendais ma respiration, lorsque je respirais, je ne pouvais plus en enlever que 69 kilog. 3 hect.

» C. J’ai placé entre mon bras et ma poitrine cinq planches métalliques pesant ensemble 83 liv. 10 onces. A grand’peine je les ai enlevées de terre en respirant. J’éprouvais peut-être un peu moins de difficulté lorsque je retenais ma respiration ; la différence n’était pourtant pas trèsgrande.

« D. Les pieds arc-boutés contre un corps solidement fixé, j’ai poussé avec force un meuble , très-pesant que repoussait sur moi une personne dont les pieds étaient également arc-boutés. Je respirais , et pourtant j’ai pu vaincre une résistance assez grande.

» E. J’ai saisi avec les mains un corps fixé à une hauteur telle que j’avais peine à y atteindre en m’élevant sur la pointe des pieds. Je me suis ensuite enlevé de terre en fléchissant les bras sur les avant-bras, sans qu’il me fût nécessaire d’interrompre ma respiration. J’ai obtenu le même résultat , soit que je m’aidasse de mes genoux pour grimper contre le plan près duquel je m’exerçais, soit que je m’élevasse directement, sans autre moyen que la contraction des muscles du bras.

» F. Je me suis assuré que, sans recourir à l’occlusion de la glotte, il est très-possible, en sautant, de parvenir aune grande hauteur perpendiculaire ou de franchir un espace assez considérable. »

Voyez Bihlioih, médic., déremb. 1820.

Cependant de tristes événemens vinrent calmer l’enthousiasme général causé par ces succès répétés. Le jeune idiot cité tomba , peu de temps après l’expérience, dans un état de frénésie. Il fut soumis une seconde fois à la transfusion, et mourut aussitôt, atteint d’un pissement de sang, et dans un état d’assoupissement et de torpeur. Un jeune prince du sang royal en fut aussi la victime. Le parlement de Paris défendit la transfusion. Peu de temps après , G. Riva ayant fait en Italie la transfusion sur deux individus qui en moururent , le pape fit la même défense.

Depuis cette époque , la transfusion a été regardée comme inutile et même dangereuse; cependant, puisqu’elle paraît avoir réussi dans certains cas, il serait très-intéressant que quelqu’un d’habile en fît l’objet d’une série d’expériences. J’ai eu occasion d’en faire un certain nombre, et je n’ai jamais vu que l’introduction du sang d’un animal dans les veines d’un autre eût des inconvéniens graves , quand on augmente beaucoup , par ce même moyen , la quantité de sang.

Mais pour que les transfusions se fassent sans inconvéniens, il faut que le sang passe immédiatement du vaisseau de l’animal qui donne dans celui de l’animal qui reçoit. Si le sang est reçu dans un vase ou dans une seringue, et injecté ensuite, il se coagule plus ou moins, et devient dès lors une cause de mort pour l’animal sur lequel la transfusion est faite, parce qu’il bouche les vaisseaux pulmonaires. Toutes les expériences où l’on n’a pas tenu un compte scrupuleux de cette circonstance ne peuvent avoir aucune valeur. J’ai vu la transfusion manquer , et causer la mort, parce que le sang avait à traverser un petit tube de deux pouces de long où il se coagulait en partie avant de passer dans la circulation nouvelle qui devait le recevoir.

Peu de temps après la découverte de la circulation, on essaya de porter directement les médicamens dans les veines ; il en résulta des avantages dans certains cas et des inconvéniens dans d’autres. Ce moyen tomba bientôt dans l’oubli, mais il a été et est encore employé avec succès dans les expériences sur les animaux. C’est un excellent artifice pour juger promptement du mode d’action d’un médicament ou d’un poison. C’est par ce procédé qu’on administre les médicamens aux grands animaux à l’école vétérinaire de Copenhague ; on y trouve l’avantage d’une action très-prompte et d’une grande économie dans la quantité des médicamens employés.

Un médecin américain vient de donner au monde savant l’exemple d’un beau dévoùment pour les progrès des connaissances : il s’est injecté dans les veines une certaine quantité d’huile purgative ; heureusement que le hasard a mis quelques difficultés dans l’introduction du liquide ,car il aurait été infailliblement victime de son amour pour la science (i). La quantité d’huile introduite peut être évaluée, d’après le récit de l’auteur, à environ deux gros.

Pendant les premiers momens qui suivirent l’injection, M. Haies n’éprouva rien de particulier.

« La première sensation extraordinaire que j’éprouvai, dit-il, était un sentiment particulier , un goût huileux à la bouche. Un peu après midi, pendant que je lavais le sang de mes oras et mes mains, et que je parlais de très-bonne humeur, je sentis un peu de nausée , avec des éructations et de l’ébranlement dans les intestins, puis une sensation singulière impossible à décrire me sembla monter rapidement à la tête; au même instant je sentis une légère raideur des muscles de la face et de la mâchoire, qui me coupa la parole au milieu d’un mot, accompagnée d’un sentiment de frayeur et d’un léger évanouissement; je m’assis, et au bout de quelques instans je me trouvai un peu rétabli. A midi un quart j’avais toujours le goût d’huile , avec un peu de sécheresse dans la bouche; je pris l’air, ce qui me fit du bien; après m’être

(l) Nous avons dit que les liquides visqueux , tels que l’huile, ne peuvent traverser les capillaires pulmonaires, qu’ils arrêtent ainsi la circulation, et causent immédiatement la mort, (voyez Journal de Physiologie ^ t. I.)

reposé quelques momens, mon pouls battait soixante-quinze pulsations par minute.

A midi trente-cinq minutes le dérangement des intestins continue et augmente ; légères douleurs, comme si j’avais pris un purgatif; forte nausée, étourdissement; mon bras est enraidi, ce que j’attribue au bandage. A midi et trois quarts dérangement plus grand encore des intestins ; nausée plus forte, encore plus de goût d’huile; bouche moins sèche; cinq minutes plus tard, envies d’aller à la garde-robe, mais sans effet ; légères douleurs de tête. A une heure vingt minutes , la douleur des intestins augmente, elle est aggravée par la pression ; besoin urgent d’aller à la garderobe , sans aucun effet, semblable à celui que procure une purgation; la nausée i continue. A deux heures mieux , presque plus de nausée ; besoins constans d’aller à la garde-robe, mais inutiles; ils se répétèrent encore deux fois très-forts dans le courant de la journée. Cet état se dissipa plus tard, a)

M. Haies resta malade pendant près de trois semaines, et fut long-temps à recouvrer ses forces et sa santé.

L’injection des médicamens dans les veines peut être regardée aujourd’hui comme la seule ressource efficace pour quelques cas extrêmes où les secours ordinaires de la médecine sont insuffisans.

Sur V introduction de l’air dans les veines.

Je ne puis comprendre par quelle inadvertance Bichat répète, dans vingt endroits de ses ouvrages , qu’une bulle d’air entrée accidentellement dans les veines produit inopinément la mort. Rien n’est plus inexact que cette assertion; chacun peut aisément s’en assurer en poussant avec une seringue de l’air dans une veine. J’ai annoncé ce fait dès l’année i8og , dans un mémoire lu à la première classe de l’Institut ; et depuis cette époque Nysten a publié un travail spécial sur cette question. Il a non-seulement injecté de l’air atmosphérique dans le système veineux, mais encore la plupart des gaz connus. Il a constaté que plusieurs gaz, tels que l’oxigène, Tacide carbonique, qui se dissolvent dans le sang, peuvent être portés dans la circulation en assez grande quantité sans inconvénient grave , qu’au contraire les gaz peu ou point solubles causent souvent des accidens , et même la mort.

J’ai montré fréquemment dans mes cours une différence importante qui résulte du mode d’introduction de Tair dans les veines. S’il est introduit lentement , rien de fâcheux n’en résulte ; s’il est poussé d’un seul coup , l’animal ne tarde pas à éprouver une accélération remarquable de la respiration ; on entend un bruit particulier dans sa poitrine, effets des chocs que l’air éprouve dans les veines caves, l’oreillette droite , le ventricule et l’artère pulmonaire ; bientôt l’animal pousse des cris aigus , et ne tarde pas à mourir. L’ouverture de son corps montre que le cœur , surtout à droite , l’artère pulmonaire , etc., sont distendus fortement par de l’air ou par une mousse sanguine légère, presque entièrement formée par le gaz. Celui-ci se retrouve dans le tissu cellulaire du poumon , où il a produit l’emphysème de cet organe , et dans les artères de toutes les parties du corps , et particulièrement celles du cerveau (ij.

(l) Certains animaux reçoivent des quantités énormes d’air introduit brusquement dans leur veine sans périr. Je me rappelle en avoir poussé, avec toute la force et toute la promptitude dont je sais capable, jusqu’à vingt ou vingt-quatre litres dans les veines d’un très-vieux cheval sans qu’il mourût de suite; mais il succomba enfin. En l’ouvrant nous trouvâmes tout le système circulatoire plein d’air mêlé au sang, et, ce qui nous frappa, le système lymphatique distendu par une énorme quantité de lymphe légèrement colorée en jaune, et mêlée à un peu d’air. J’ai répété plusieurs fois cette observation, qui est de nature à jeter quelque lumière sur l’utilité encore ignorée du système lymphatique. On pourrait croire , d’après ces faits , qu’il sert de réservoir pour le trop plein du système circulatoire dans certaines circonstances. Cependant , dans les pléthores artificielles , que j’ai souvent produites avec l’eau , je n’ai jamais observé la distension du système lymphatique.

Ces effets mortels de l’introduction brusque de Pair dans les veines se sont vus plusieurs fois sur l’homme : dans certaines opérations chirurgicales , une veine du cou est ouverte : au moment de l’inspiration l’air extérieur est attiré dans la veine ouverte en quantité plus ou moins considérable, le bruit de l’air agité et choqué dans le coeur se fait entendre, et le malade meurt. L’ouverture montre les phénomènes décrits ci-dessus. Pareil accident se voit quelquefois dans les saignées qui sont faites à la jugulaire du cheval, au moment où le vétérinaire soulève la veine pour la piquer avec une épingle, et fermer l’ouverture précédemment faite. (Voyez Journal de Physiologie , tom. I.)

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