A PARIS
Chez DETERYILLE, libraire, rue iiautefe cille;
AVANT-PROPOS
UE Précis élémentaire est le texte des leçons publiques que j’ai données à la Faculté des Sciences de Paris en 1817 et 181 6, dans le cours de physique que je partage avec mon ami M. Gay-Lussac. C’est en grande partie l’extrait du Traité général de physiqueque j’ai publié ily a quelques mois, aveccette différence que les faits y sont exposés d’une manière purement expérimentale , et leurs conséquences déduites d’une manière purement rationnelle , sans aucun emploi quelconque du calcul algébrique, modifications qui devenaient nécessaires pour mettre les élémens de la science à la portée de la plupart des jeunes gens, qui cherchent seulement à acquérir des notions générales , comme une préparation utile pour d’autres études, telles que la médecine ou l’histoire naturelle, ou même comme un simple complément de leur éducation. Dans cette vue, j’ai ajouté à mon travail un premier livre qui contient les lois générales de l’équilibre et du mouvement , avec leurs applications les plus usuelles; j’ai aussi intercalé dans l’optique la description et l’usage des lunettes , des télescopes, des microscopes et des autres appareils dont je n’avais pas parlé dans mon Traité, les réservant pour un autre ouvrage spécialement consacré à l’optique analytique. Ce Précis, ainsi complété, embrasse donc toute la physique expérimentale : d’ailleurs , l’ordre des matières y est le même que dans mon Traité; c’està-dire, qu’après les principes abstraits de l’équilibre et du mouvement qui règlent tous les phénomènes, j’expose successivement les procédés généraux d’observation et de mesure qui servent à toutes les sciences d’expérience , et. j’en développe ensuite les applications aux diverses branches de la physique, telles que l’acoustique, l’électricité,. îc
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magnétisme, la lumière et la chaleur. L’expérience m’a de plus en plus convaincu que cette marche est la meilleure pour ^exposition des matières; j’oserais presque dire que c’est la seule qui amène les résultats dans l’ordre naturel et nécessaire de leur déduction.
Ce n’est pas toutefois sans quelques regrets que je me suis résolu à présenter aux élèves un ouvrage où la physique est dépouillée de ce qui fait sa principale utilité et sa certitude, je veux dire les expressions et les méthodes mathématiques. J’aurais vivement désiré que l’état de Tins» traction élémentaire dans les écoles publiques m’eût permis de m’en tenir à mon premier Traité. Je suis aussi convaincu que personne du tort que font en général aux progrès réels d’une science , les ouvrages qui l’abrègent en la mutilant, et dont la simplicité apparente ne provient que de l’omission des détails qui constituent la solidité des résultats çt les rendent susceptibles d’application. Je partage entièrement.à cet égard l’opinion d’un savant Anglais , qui , en rendant compte de mon Traité avec une bienveillance dont je dois le remercier, combat l’usage où l’on est en Angleterre , d’offrir au public ce que l’on appelle des traités populaires , qui ne sont, à proprement parler, que des espèces de tables ou d’index, au moyen desquels un lecteur superficiel parvient seulement à savoir en gros que telle ou telle classe de phénomènes fait partie d’une science, et qu’il y a tel ou tel résultat qui s’en conclut; sans connaître jamais précisément comment ces phénomènes ont été observés, ni par quelles déductions les résultats ont été tirés , ni avec quel degré de certitude on peut les admettre, » Si l’élève, dit notre critique, ne sait rien de tout cela, et s’il a une fois habitué son esprit à se contenter de la pure nomenclature de la science, on peut le rendre aussi savant que l’on voudra dans ce genre, il n’en sera guère plus avancé.» J’ajoute que ce qu'on néglige de lui enseigner est justement ce qu’il lui est surtout nécessaire de savoir. Car , lorsque vous exposez devant lui l’électricité , ou le
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magnétisme, ou telle autre partie de la physique, ce qui Ilil importe le plus , ce n’est pas de retenir la multitude des faits qu’il pourra toujours retrouver dans les livres; c’est de bien comprendre la méthode d’expérience et d’observation qui a servi à les découvrir; de se la rendre familière et usuelle;en un mot , d’aquérirla philosophie des sciences, qui lui servira à quoi qu’il s’applique, et dont la connaissance intime, et, si je l’ose dire, l’imbibition profonde, donnera à son esprit de la tenue, de la force , de la justesse , lui inspirera un vif amour de la vérité, un insurmontable dégoût pour les explications systématiques, et le rendra ainsi capable d’observer et d’étudier la nature, quel que soit le genre de recherches auquel il veuille s’appliquer.
Mais , dira-t-on , si vous sentez si bien l’inconvénient de ces sortes d’ouvrages que l’on appelle populaires , comment vous êtes-vous décidé à en composer un ? C’est parce que j’ai eu l’espoir d’éviter leur principal défaut. C’est qu’en renonçant aux secours du langage algébrique , en abandonnant avec lui les conséquences les plus éloignées des théories, et leurs vérifications les plus sûres, j’ai cru qu’on pouvait ne rien omettre des faits qui servent à les fonder d’une manière stable, ni des moyens par lesquels on observe ces faits, ni des considérations philosophiques par lesquelles on les enchaîne. De cette manière, j’ai espéré pouvoir présenter, en langage vulgaire, la substance même de la science, non pas sa surface ou son squelette J’ai éprouvé cette marche dans le cours de la faculté des Sciences, sur un grand concours d’auditeurs, dont la plupart ne connaissant pas la langue des mathématiques, m’ont paru accueillir avec plaisir, sous cette forme ralionelle, des vérités qui autrement ne leur eussent pas été accessibles. Je Fai appliquée devant eux à tontes les expériences importantes dont, la science se compose, a tous les appareils variés que la dotation libérale de la Commission de l’instruction publique nous a mis en état de présenter aux étudians; j’ai cru voir qu elle atteignait aussi loin et aussi profondément que le
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