‹ Précis élémentaire de physique expérimentaleChapitre 124 sur 181 · CHAPITRE PRE M I E R · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRE M I E R

Phénomènes généraux des Attractions et Répulsions électriques j distinctions de deux sortes d’électricités.

Jusqu’ici toutes les propriétés que nous avons découvertes dans les corps, leur étaient constamment inhérentes, et semblaient essentiellement attachées à la matière qui les compose. C’est ainsi que les corps pesans ne peuvent pas être dépouillés de la pesanteur , ni leurs molécules de la propriété de s’attirer mutuellement.

Nous allons examiner maintenant d’autres genres de modifications qu’on peut imprimer passagèrement aux corps , et qui sont d’autant plus singulières que , sans ajouter ni oter à leurs particules aucun principe tangible et pondéra-

ATTRACTIONS ET REPULSIONS

Lie , elles y développent néanmoins des forces très-puissantes , dont l’influence mécanique peut ensuite mettre en mouvement des corps matériels.

Par exemple , si l’on prend un bâton de cire d’Espagne ou un tube de verre , ou un morceau d’ambre qui n’ait pas été touché depuis long-temps , et qu’on les approche de quelques petites parcelles de papier , de paille ou d’autres petits corps légers, ceux-ci n’en éprouveront aucune impression ) mais si , avant de faire cette épreuve , on frotte légèrement et vivement le tube de verre , le bâton de cire ou le morceau d’ambre , avec une étoffe de laine ou une peau de chat bien sèche , lorsqu’on les approche ensuite des petits corps légers , dont nous parlions tout-à-l’heure , on voit ceux-ci s’envoler vers eux. Voilà donc une nouvelle propriété , une faculté nouvelle que le frottement a développée dans des corps qui ne la possédaient pas auparavant. Cette propriété a été appelée électricité du mot grec vXzktçov , qui signifie ambre , parce qu’en effet c’est dans cette résine qu’elle a été remarquée le plus anciennement.

On en était resté pendant des siècles à cette première observation 5 mais depuis environ soixante ans ces phénomènes mieux étudiés ont fait découvrir une multitude de résultats importans , dont l’ensemble forme aujourd’hui une des plus belles parties de la physique.

Le premier pas à faire , ce doit être de bien étudier le phénomène fondamental que nous avons d’abord décrit , et d’en bien définir les diverses circonstances. Pour le rendre plus sensible , il faut soumettre au frottement des tubes de verre , de soufre ou de cire d’Espagne , d’un volunip un peu considérable } par exemple, de deux centimètres de diamètre , et de trois ou quatre décimètres de longueur. Alors les attractions sur les corps légers sont beaucoup plus vives * on les voit s’élancer avec rapidité vers le tube électrisé. Quelques- uns^y adhèrent* d’autres, après l’avoir touché, sont repoussés rapidement. Si l’on approche le tube de La main ou du visage , on éprouve à une certaine distance une sensation pareille à celle que produiraient des toiles d’arai-

ÉLECTRIQUES. 4o5

gnées ) et si on le touclie avec le doigt ou avec une boule de métal , on entend le pétillement d’une étincelle qui s’élance sur le corps qu’on lui présente. Cette étincelle devient visible lorsque l’on fait l’expérience dans l’obscurité , et l’on voit aussi une lueur bleuâtre suivre constamment le frottoir à mesure qu’on le promène sur le tube. On peut encore agrandir les effets en substituant au tube un gros globe de verre ou de résine , ou un cylindre ? ou un plateau de verre que l’on serre entre des coussins fixes , et que l’on fait tourner circulairement par le moyen d’une manivelle. Cet appareil se nomme une machine électrique : on y ajoute ordinairement plusieurs autres dispositions de détail qui en rendent les effets plus sûrs et plus intenses. Nous en parlerons plus loin , quand nous aurons acquis les connaissances théoriques sur lesquelles ces dispositions sont fondées. En attendant , l’appareil tel que nous venons de le décrire , suffit pour mettre dans une entière évidence les phénomènes fondamentaux que nous avons annoncés.

Quelle est la nature du principe qui produit tous ces phénomènes ? comment existe-t-il dans les corps? comment son action est-elle développée par le frottement ? Nous l’ignorons • mais , quel qu’il soit > nous le définirons , pour abréger , par le nom d 'électricité. C’est ainsi que nous avons nommé calorique le principe inconnu de la chaleur.

Toutes les substances vitrées et résineuses produisent ces phénomènes à des degrés divers. On les obtient aussi avec des étoffes de soie • mais ils ne réussissent pas du tout avec les métaux. Si l’on prend un tube de métal d’une main et qu’on le frotte de l’autre avec une peau de chat ou une étoffe de laine , il ne donnera pas de traces lumineuses , il n’excitera aucune sensation dans les organes , et il n’attirera point les corps légers.

Mais si , au lieu de tenir le tube métallique à la main ? vous l’attachez à un tube de verre ou de résine bien sec qui lui serve seulement de support , et qu’ensuite vous le frottiez comme tout-à-1 heure ? sans le toucher autrement que par le frottoir , il acquerra toutes les propriétés électriques.

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