‹ Précis élémentaire de physique expérimentaleChapitre 123 sur 181 · DE LA Y O IX · texte numérisé non relu

DE LA Y O IX

Le mécanisme de l’organe vocal est mieux connu que celui de l’ouïe , quoiqu’on soit encore bien loin de pouvoir l’expliquer dans tous ses détails. Il est , je ne dirai pas semblable , mais analogue aux instrumens à anches libres.

Dans l’homme, l’air, d’abord aspiré dans le poumon, et contenu dans la poitrine , en est chassé par la contraction de ces cavités , laquelle s’opère par un appareil musculaire très-puissant , que l’on nomme les muscles de V expiration. De là il est conduit dans un canal cylindrique que l’on nomme la trachée-artère , et qui est composé d’anneaux cartilagineux , alternés avec des anneaux membraneux flexibles , ce qui lui permet de s’allonger et de se raccourcir, quoiqu’à la vérité dans des limites très-peu étendues. Au bout de ce canal sont deux lames membraneuses rectangulaires , placées parallèlement l’une à l’autre à une très-petite distance , de manière que leur intervalle offre une fente étroite , dans laquelle l’air, chassé de la poitrine, est forcé de passer avant de s’échapper par la bouche. L’organisation de ces deux lames est très-composée ; mais ce qu’il nous importe le plus de remarquer , c’est qu’elles peuvent vibrer très-rapidement par leur côté libre , et qu’elles vibrent en effet lorsque la voix se produit d’une manière continue , comme M. Magendie s’en est assuré sur des chiens vivans. Cet appareil , analogue à une anche , mais à une anche dont les lames seraient contractiles et élastiques , se nomme la glotte , et l’endroit de la trachée où il est placé , ainsi que les pièces qui l’accompagnent, s’appellent le larynsç. Au-dessus de la glotte, on trouve une membrane plate, élastique, à peu près semblable à une langue qui , fixée seulement par sa base , peut prendre dans la trachée diverses inclinations s’élevant et s’abaissant sur la glotte de manière à modifier la rapidité du courant d’air qui en sort. Cette membrane a reçu le nom à? épiglotte , qui exprime seulement sa place. Nous Verrons tout-à— l’heure à quoi elle peut servir. Pour le moment , je me bornerai à dire , d’après M. Magendie , qu’elle

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entre en vibration aussi-bien que les lèvres de la glotte , dans les sons soutenus. Après avoir dépasse eette membrane, l’air ne rencontre plus d’obstacle • il se répand dans le gosier, dans la bouche, et sort enfin au-dehors.

D’après cette description sommaire , on reconnaît avec évidence que l’organe de la voix ne peut être comparé qu’à un instrument à anche libre , ou la poitrine sert de soufflet , la trachée de porte-vent , la glotte d’anche , et la bouche de tuyau pour l’écoulement de l’air. Toutes les épreuves expérimentales que l’on peut faire confirment cette analogie.

Et d’abord , il est impossible d’y voir avec quelques auteurs un instrument à cordes. Qu’y a-t-il en effet dans 3a glotte qui ressemble à une corde vibrante ? Où trouverait-on la place nécessaire pour donner à cette corde la longueur qu’exigent les sons les plus graves ? Comment pourroit-on en tirer jamais des sons d’un volume comparable à ceux que l’homme produit ? Les plus simples notions d’acoustique suffisent pour faire rejeter cette étrange opinion.

C’est donc un instrument à vent ; mais cet instrument est tel , qu’il peut donner des sons très-graves avec une longueur de tuyau très— peu considérable , et que le même tuyau , presque sans changer de longueur , suint pour produire , non-seulement une certaine série de sons , en progression harmonique , mais tous les sons imaginables et toutes les nuances de ces sons , dans l’étendue de l’échelle musicale que chaque voix peut embrasser. Ces effets sont impossibles avec le jeu des tuyaux de flûtes • mais ils conviennent parfaitement aux tuyaux d’anches • car alors la longueur du porte-vent étant supposée fixe , ainsi que celle du tuyau vocal placé au-delà de l’anche , celle-ci , par le seul allongement ou raccourcissement de ses lèvres , peut modifier le courant d’air de manière à obtenir tous les sons et toutes les nuances possibles de sons compris entre les limites extrêmes qu’elle comporte. En effet , en observant la glotte des chiens pendant la production soutenue de la voix ., M. Magendie a vu que , dans les sons les plus graves , les lèvres de la glotte vibraient dans toute leur longueur >

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mais qu’à mesure que le ton s’élevait , elles se joignaient et se serraient l’une contre l’autre clans une étendue de plus en plus considérable , de manière à diminuer de plus en plus la longueur de la portion vibrante * de sorte que , dans l’extrême limite des sons aigus , la glotte n’offrait plus qu’une petite fente très-étroite et très-courte , par laquelle tout l’air expiré de la poitrine est contraint de passer. Ce jeu est parfaitement analogue à celui de nos anches , dont il faut aussi raccourcir la languette à mesure cpie l’on veut

faire monter le ton. Mais dans celles-ci, même lorsquelles

sont parfaitement libres , le ton change toujours un peu quand la force du vent éprouve des variations très-grandes d’intensité ; et M. Grenié a trouvé qu’on pouvoit corriger ce défaut en mettant au-dessus des anches , dans le tuyau vocal , de petites lamelles de papier , fixes seulement par leur base , et qui , s’élevant quand le courant s’accélère , s’abaissant quand il se ralentit , peuvent , par ces positions diverses , modifier les ondulations de manière que le ton reste constant , avec une intensité de son différente. On peut conjecturer que l’épiglotte , placée de la même manière , et d’une forme à peu près pareille, est destinée, entre autres choses , à produire un pareil effet , et qu’elle nous donne ainsi la faculté dont nous jouissons , de renfler les sons à volonté sans les altérer.

Lorsque nous avons étudié le son des anches , nous avons remarqué que le tuyau vocal , sans déterminer nécessairement les sons , avait de l’influence sur leur timbre et sur la la facilité plus ou moins grande de les produire. Tel sera donc , dans l’homme , l’effet de la bouche et du conduit guttural. Ainsi , un trou percé dans cette partie du canal n’empêchera pas la voix de se produire , et en changera seulement le timbre ) c’est aussi ce que l’on observe sur les individus auxquels il a été fait naturellement , ou artificiellement, quelque ouverture au-dessus du larynx. Même on peut , sans aucune opération , en avoir une preuve frappante En effet , il existe au fond de la bouche un trou pareil qui communique dans les fosses nasales , de là l’air

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extérieur , et qui peut être ouvert ou ferme â volonté pat une soupape membraneuse , que Ton appelle le voile du palais. Dans la production habituelle de la voix , cette soupape s’applique sur le trou , et le ferme 5 de sorte que l’air sort seulement par la bouche. Mais , en faisant un léger effort pour pousser l’air dans les fosses nasales , on empêche l’application de la membrane , le trou reste ouvert , et le son sort par le nez et par la bouche à la fois. C’est ce que l’on appelle parler du nez. Or , tout le monde sait que, dans ce cas , la voix acquiert un timbre particulier , et entièrement différent de son timbre ordinaire.

Au contraire , si vous faites un trou dans le porte-vent d’une anche , le vent sortira par ce trou ; et en le supposant suffisamment large , l’anche ne parlera pas. C’est aussi ce qui arrive aux personnes chez lesquelles il survient , audessous du larynx , une ouverture fistuleuse. Elles ne peuvent parler qu’après avoir bouché ce trou. M. Magendie a eu sous les yeux un individu qui se trouvait dans ce cas , et qui était contraint de porter habituellement autour du col une cravatte serrée pour pouvoir parler.

L’allongement et le raccourcissement dont la trachéeartère est susceptible peuvent , quoique très-limités , servir aussi à varier les tons , surtout dans les cas extrêmes où l’influence de l’épiglotte ne serait peut-être plus suffisante ; car , dans les anches , M. Grenié a reconnu que la longueur du porte-vent avait une influence analogue. Remarquons toutefois que cette influence et celle de l’épiglotte , comme membrane compensatrice , ne sont pas des élémens essentiels à la production même du son ; de sorte , par exemple , que l’épiglotte pourrait vraisemblablement être détruite sans que la voix cessât de se former. Mais leur absence ou leur présence doit se faire sentir dans le chant , où les mêmes sons doivent être souvent produits avec d’inégales intensités , et quelquefois avec une intensité variable, le ton restant le même.

L étendue des diverses voix humaines , depuis les plus graves jusqu’aux plus aiguës , embrasse environ trois oc-

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taxes. Les voix les plus étendues ne passent guère deux octaves en sons bien pleins et bien justes. Les voix d’hommes , les plus graves, vont communément de soh àjfaj , en appelant ut\ Y ut du violoncelle , ou le son fondamental d’un tuyau de quatre pieds bouché. Les voix de femmes , les plus hautes , vont communément de re^ à ia 4. En général , les voix des enfans et des femmes sont plus aiguës que celles des hommes faits , parce que les lames de leur glotte sont proportionnellement beaucoup plus courtes. Elles augmentent dans l’homme vers quinze ou seize ans , et acquièrent en peu de temps une longueur presque double de celle qu’elles avaient d’abord ; c’est ce qui fait le changement qu’on observe à cette époque dans le son de la voix , et qui la rend plus grave. Quant à son volume absolu , il dépend dans chaque individu de l’épaisseur des lèvres de l’anche , et de la force d’expiration que les poumons peuvent exercer.

Après ces explications , il sera très-facile de comprendre les modifications essentielles que l’organe de 1a voix présente dans les différens animaux. J’emprunte ces détails dans les leçons d’anatomie de M. Cuvier.

Les animaux à poumons , c’est-à-dire les mammifères , les oiseaux et les reptiles , sont les seuls qui aient une véritable voix. La nature de l’organe vocal est , dans tous ? essentiellement la même. C’est un instrument à anche libre , que l’air expiré des poumons fait parier. Mais il y a de grandes différences dans la disposition de ce mécanisme.

Les mammifères et les reptiles n’ont, comme l’homme , qu’une seule glotte , ou anche , placée à l’endroit où la trachée-artère vient se terminer dans la bouche. Leur voix se produit donc absolument de la même manière. Mais l’homme seul, par la flexibilité de ses lèvres, par la mobilité de sa langue , et les autres modifications de la bouche , est susceptible d’une variété d’articulations qu’une organisation plus imparfaite interdit aux animaux.

La classe des oiseaux , qui renferme des chanteurs si mélodieux , offre , dans la construction de l’organe vocal , diverses particularités dont on sentira facilement l’influence Tome I. 26

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sur la variété des sons. La plus remarquable , c’est que la glotte et les lames vibrantes y sont placées presqu’à la sortie des poumons , et à l’origine de la trachée-artère. Du reste , quoique cette trachée soit proportionnellement plus longue et plus extensible que celle des mammifères , elle est encore beaucoup trop courte pour que les sons graves qui en sortent y soient produits comme dans un tuyau de flûte. Cela suffit pour prouver que , dans cette classe , comme chez les mammifères, Finstrument vocal est une anche; et la preuve que Fauche y est placée au bas de la trachée, c’est que , si l’on coupe le cou à un oiseau criard , meme très-loin de la tête , comme M. Cuvier en a fait l’expérience , il crie comme auparavant ; parce que Finstrument qui produit chez lui le son existe encore , au moins dans sa partie la plus essentiellement nécessaire à la formation de la voix.

J’ai dit que la trachée des oiseaux était plus contractile que celle des mammifères. Elle offre encore une autre particularité ; c’est que son extrémité supérieure peut se resserrer et s’élargir de manière à laisser un passage plus ou moins libre au courant d’air. Les variations de la longueur et de l’ouverture sont donc deux moyens dont l’oiseau peut disposer pour varier les tons de sa voix et les intensités de ces tons, de même que la forme des tuyaux qu’on met au-dessus des anches ordinaires réagit sur les tons qu’elles produisent, pour une longueur donnée des lames vibrantes. Mais probablement ce moyen auxiliaire ne sert qu’à former les nuances les plus délicates; car nous avons vu que le seul changement de longueur des lèvres de l’anclie est toujours la première et la principale cause du changement de ton.

Nous avons vu aussi que la forme du tuyau vocal adapté aux anches ordinaires , nlodilie la qualité du son qu’elles produisent, et le rend plus ou moins semblable à celui de divers instrumens. Des variétés analogues se produisent dans les oiseaux par une cause pareille , c’est-à-dire par la forme de leur trachée-artère. Ceux qui ont une trachée conique évasée vers la bouche ont la voix éclatante, comme les jeux de trompettes dans les orgues. D’autres ont, dans

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certains endroits de leur trachée , des renflemens qui doivent j modifier la qualité du son * de meme qu’il arrive dans les orgues par l’effet des tuyaux à cheminée. Mais les oiseaux chanteurs ont une trachée cylindrique toute composée d’anneaux aussi fins que des fils. On conçoit que la cpialité du son peut être modifiée par la construction plus ou moins délicate de la trachée, et par la nature plus ou moins élastique de la substance qui la compose. Elle doit l’être encore par la constitution de Fauche , qui peut être plus ou moins criarde , comme nous observons que cela arrive dans nos anches ordinaires. Mais ces détails , dont la variété se suppose aisément , n’appartiennent pas d’assez près à notre sujet pour que nous devions les parcourir , et il nous suffira d’avoir montré le point de vue véritable sous lequel on doit les envisager.

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