‹ Précis élémentaire de physique expérimentaleChapitre 154 sur 181 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des Électricités dissimulées .

Maintenant que nous nous sommes formé une théorie complète et sure de Faction de l’électricité, nous comprendrons avec facilité le jeu de quelques instrumens qui la rendent plus énergique et plus durable ) soit en attirant dans un seul point toute l’électricité d’un système de conducteurs, par 1 influence d’une électricité de nature contraire , soit en employant l’influence permanente d’une même quantité d’électricité , pour déterminer successivement la séparation des électricités combinées de divers conducteurs présentés a distance. Nous n’aurons , pour ainsi dire , qu’à faire la description de ces appareils , leur théorie se présentera d’elle-même.

LE CONDENSATEUR

Lorsqu’un conducteur A , isolé et dans l’état naturel , est mis en contact avec un système de conducteurs électrises , ou avec une source permanente d’électricité , il acquiert, une charge électrique déterminée ) mais si l’on approche de lui un autre corps B , dans l’état naturel et communiquant librement avec le sol , la présence de ce corps le fait se charger beaucoup plus fortement. En effet , l’électricité dont A s’est d’abord couvert , agit sur les électricités combinées de B , à mesure qu’on l’approche ) elle refoule l’électricité de même nom dans le sol , et attire celle de nom contraire , qui se fixe sur la surface de B la plus voisine de A. Mais par cette attraction même , l’équilibre est rompu dans le système de conducteurs auquel A communique. Une nouvelle quantité de fluide libre se répand donc sur A , d’où résulte une nouvelle décomposition de fluide B 7 et ainsi de

49° BES ÉLECTRICITÉS dissimulées,

suite, jusqu’à ce que le fluide accumule sur A se trouve eu équilibré entre la répulsion qu’il exerce sur lui-même et l’attraction du fluide de B pour le retenir.

Tous ces phénomènes , que la théorie indique , sont parfaitement confirmés par l’expérience.

On communique aux grands conducteurs de la machine une faible électricité • après quoi prenant un plateau métallique A , fig. 28 , que l’on tient isolé et suspendu par son crochet C , au moyen d’un tube de verre M , on fait toucher ce crochet aux conducteurs. Le plateau prend ainsi une petite quantité d’électricité qui , lorsqu’on l’a éloigné du conducteur, peut donner un certain degré de divergence aux boules de sureau d’un électroscope isolé , formé par deux fils de lin suspendus à une tige de cuivre.

Après cette opération, les conducteurs ont perdu une si petite quantité d’électricité , qu’on peut les regarder comme presque aussi chargés qu’auparavant • 011 recommence à les toucher de la même manière , mais en tenant au-dessous du plateau isolé A un autre plateau B communiquant au réservoir commun,^. 2g. On maintient la présence de B jusqu’à ce que le premier plateau A soit séparé des conducteurs • de cette manière, il prend une électricité beaucoup plus considérable que la première fois , comme 011 peut s'en assurer en le présentant de nouveau à l’électroscope. Il est évident qu’il faut retirer A du contact sous l’influence de B • car si l’on retirait B d’abord , le fluide accumulé dans A retournerait aussitôt dans le système des conducteurs , conformément aux lois de son premier équilibre.

Si vous répétez cette expérience en tenant d’abord le plateau B très-él oigne de A, ensuite un peu plus près , et enfin très-voisin, vous trouverez que la charge de A augmente de plus en plus. Cela est en effet conforme à la théorie j car l’attraction réciproque de l’électricité de B et de A doit augmenter à mesure queleur distance devientmoindre j le maximum de charge correspondrait donc au cas où la distance des deux plateaux serait tout-à-fait nulle. Mais, comme on ne pourrait arriver à cette distance sans exciter une étincelle à travers l’air qui les

LE CONDENSATEUR

fyl

sépare , ou interpose entre eux un corps très-mineê et difïi— cilement perméable à l’électricité, par exemple, une plaque de verre , un morceau de taffetas verni ou une mince couche de résine. Avec cette précaution l’on peut diminuer presque à volonté la distance des deux plateaux. Les instrument construits de cette manière s’appellent des condensateurs .

Le condensateur à plaque de verre est sujet à se charger d’humidité , qui adhère facilement au verre et détruit la. perfection de l’isolement. Le condensateur de taffetas n’est pas comparable à lui-même , parce que la pression plus ou moins forte des plateaux sur le taffetas peut faire varier leur distance , et par suite l’intensité de la condensation. Le meilleur de tous est celui oh la séparation se fait par une simple couche de vernis résineux appliquée séparément sur chaque plateau. Il faut seulement avoir l’attention de poser les plateaux l’un sur l’autre sans les frotter - car le frottement développerait dans la couche de résine de l’électricité qui y adhérerait très— fortement , et qui pourrait ensuite occasionner des erreurs dans les expériences délicates. Pour rendre l’usage de ces instrumens commode , on donne au plateau B un pied solide en métal , et l’on adapte sur la surface supérieure de A un manche isolant M , de verre verni. Tout l’appareil est représenté fig. 3o. Quand on veut s’en servir , on pose les plateaux l’un sur l’aiitre • on touche l’inférieur B pour le faire communiquer avec le sol j puis on touche les corps électrisés avec le bouton a d’un fiï métallique attaché fixement au plateau supérieur A , que l’on nomme le plateau collecteur , parce qu’en effet c’est lui qui prend l’électricité des corps auxquels on l’applique. Après le covtact , on pose le pied du condensateur sur une table solide et, tandis qu’on l’y retient fixement pressé, on enlève le plateau collecteur par le manche isolant M , et l’on éprouve l’électricité dont il s’est chargé. Il faut avoir soin de séparer ainsi les plateaux parallèlement à eux-mêmes * car si on les séparait obliquement , l’électricité du plateau collecteur se porterait dans la partie de ce plateau la plus voisine de B, et son accumulation pourrait y produire une

492 DES ELECTRICITES DISSIMULEES.

étincelle qui percerait la couche de vernis et déchargerait subitement le condensateur. C’est pour cela que le pied de l’instrument doit être maintenu bienfîxe pendant qu’on enlève le plateau collecteur • car l’adhérence des deux plateaux tend à les faire glisser l’un sur l’autre obliquement. Il faut encore ne pas charger ces instrumens d’électricité au-delà du degré de résistance que peut offrir la double couche isolante qui sépare leurs plateaux • car si cette résistance peut être vaincue, les deux électricités accumulées percent la couche et se rejoignent par explosion , comme elles feraient à travers l’air. C’est ce qui arrive très-aisément au condensateur à plateaux vernis , et par cette raison , il faut le réserver pour les quantités d’électricités très-faibles. Quand la charge doit être forte , il faut employer le condensateur à lame de verre. Mais alors , si les plateaux ne sont pas vernis , la plus grande partie de l’électricité accumulée se répand sur le verre et s’y attache, de sorte qu’elle ne suit plus le plateau collecteur quand on l’enlève.

Lorsqu’un pareil condensateur communique avec une machine électrique par une de ses faces métalliques , l’autre communiquant au sol , celle-ci se trouve' réellement dans le même état que si on eût pu l’approcher , sans explosion , extrêmement près d’un conducteur très— fortement chargé : la réunion de ces circonstances est donc éminemment propre à produire une décharge énergique. Aussi lorsque l’on prend d’une main le pied du condensateur , ce qui fait que l’on partage son état électrique , et que de l’autre on touche le plateau collecteur , les électricités accumulées se déchargent et se rejoignent avec beaucoup de force à travers le corps , ce qui produit dans tous les organes une secousse d’autant plus énergique , que le condensateur est plus grand , sa charge plus forte et ses plateaux plus rapprochés. Cette commotion se transmet en s’affaiblissant à travers une chaîne formée par plusieurs personnes qui se tiennent par la main * et son affaiblissement tient sans doute à la résistance qu’opposent au passage des fluides électriques ces corps qui ne sont pas des conducteurs parfaits.

LE CONDENSATEUR

Tout le jeu des condensateurs peut se calculer par le principe suivant , qui indique à la fois le mode et les bornes de l’accumulation qu’ils produisent. L’électricité A intro-r duite dans le plateau collecteur , neutralise à distance une portion — ■ B d’électricité contraire sur le plateau inférieur qui communique au sol , et elle l’empêche de s’échapper. Celle-ci à son tour fixe de même une portion A' de l’électricité du plateau collecteur , et lui ote sa force expansive. Le plateau collecteur se trouve donc exactement dans le même cas que s’il avait seulement A — - A' d’électricité libre • eu. conséquence il doit continuer à se charger , jusqu’à ce que cette quantité égale celle qu’il aurait prise aux conducteurs auxquels il communique , s’il eut été mis seul en contact avec eux , sans l’influence du plateau inférieur. Le rapport de Â à — B et de — B à A! dépend de la distance plus ou moins considérable qui existe entre les plateaux. Mais clans tous les cas — B doit être plus faible que A , abstraction faite du signe , en sorte que si A est vitrée et B résineuse , ces deux quantités mises en contact devront donner un résidu vitré. Car l’attraction des molécules de -p A sur — B doit être moindre , à distance , qu’elle ne serait au contact • puis donc qu’à travers la couche isolante elles neutralisent — B et lui ôtent sa force expansive naturelle , il faut qu’elles compensent par leur nombre l’affaiblissement de leur action. En conséquence nous devons toujours nous représenter B comme une fraction de A. Pour fixer les idées , supposons-le , par exemple, ~ de A j et suivons les conséquences de cette détermination.

De même que -p A neutralise — B à travers l’épaisseur de la couche isolante , de même il y a dans A la portion Af que — B neutralise ; et le mode d’action étant exactement le même , la proportion de saturation devra être la même aussi, c’est-à-dire Ainsi A' sera de B , et comme B luimême est de A; il s’ensuit que A' sera T90%. ~ de A ou A. L’excès de A sur A' qui exprime la portion d’électricité qui reste libre sur le plateau collecteur sera donc A — /ôVôu A. ou lilh A } fraction presque exactement égale à ~ A; ainsi

494 DES ELECTRICITES DISSIMULEES.

ce plateau devra continuer à acquérir de l’électricité jusqu’à ce que le cinquantième de sa charge égale la quantité qu’il prendrait naturellement aux memes conducteurs , si on le leur présentait seul , et sans l’influence du plateau inférieur. Sa charge, sous cette influence , sera donc cinquante fois plus grande que dans l’état de séparation.

Le mode de raisonnement dont nous venons de faire usage , montre, qu’en général, la force condensante de l’instrument dépend de la fraction qui exprime Je rapport de saturation à distance entre ses deux surfaces. Plus cette fraction approchera de l’unité , plus les quatités d’électricité qui peuvent se neutraliser à travers la couche isolante approcheront d’être égales entre elles , et moindre sera l’excès d’électricité qui reste libre sur le plateau collecteur. Le rapport de cet excès à. la charge totale, pourra toujours se calculer comme dans l’exemple précédent , et en le renversant , on aura la mesure de la condensation.

Ceci suppose que l’on connaît la valeur de la fraction qui exprime le rapport de saturation à distance entre les deux plateaux. C’est à quoi l’on peut parvenir par l’expérience. Pour cela on isolera l’instrument et on chargera son plateau collecteur d’une quantité d’électricité quelconque , le plateau inférieur communiquant au sol. Cela fait, on rompra cette communication y et, les deux plateaux étant redevenus isolés , on les séparera bien parallèlement l’un à l’autre avec leurs couches isolantes , en les tenant par leurs manches de verre. Puis on portera le plan d’épreuve sur chacun d’eux en un point semblablement situé , par exemple , sur leur circonférence • et l’on mesurera à la balance de torsion les charges qu’il aura acquises dans l’un et l’autre cas. Elles seront proportionnelles aux épaisseurs (les couches électriques dans les points de contact , et par conséquent aux quantités totales d’électricité des deux plateaux , puisque ceux-ci sont égaux en grandeur et que les points de contact sont semblablement situés. Ainsi, la charge prise par le plan d’épreuve sur le plateau collecteur représentant A, celle qu’il aura prise sur le plateau inférieur représentera — B-

J,E CONDENSATEUR

et le rapport de celle-ci à la première sera la fraction qui exprime la proportion de saturation d’un plateau à l’autre ; d’où l’on pourra ensuite , par le calcul , conclure la mesure de la force condensante. Cette méthode est plus sûre que de cherchera déterminer directement la proportion de condensation, comme il semble qu’on pourrait îefaire en comparant ? par le plan d’épreuve , la charge que le plateau collecteur reçoit d’un même système de conducteurs lorsqu’il est seul et lorsqu’il est sous l’influence de l’autre plateau. Car, pour que cette comparaison fût exacte , il faudrait que , dans les deux cas, les conducteurs fussent chargés exactement au même degré ; et cette égalité est une chose dont on ne peut jamais répondre.

La force condensante étant déterminée , l’effet absolu d’un condensateur dépend encore de la quantité absolue d’électricité que le plateau collecteur prendrait aux conducteurs électrisés qui le chargent , s’il était mis seul en contact avec eux. Or, toutes choses d’ailleurs égales, cette quantité doit augmenter avec la surface du plateau collecteur. Ainsi les condensateurs d’un grand diamètre accumuleront plus d’électricité que ceux d’un diamètre moindre, et devront, par leur décharge , donner de plus grands chocs ‘ c’est ce que l’expérience confirme.

Ces neutralisations réciproques, dont nous venons de faire usage pour établir nos calculs , peuvent être rendues sensibles par l’expérience suivante. Après avoir chargé un condensateur à lames de verre , le plateau inférieur communiquant au sol , isolez tout l’appareil, et touchez d’abord le plateau inférieur : vous n’en tirerez pas d’électricité ) par conséquent toute celle qui y existe est dissimulée. Touchez alors le plateau supérieur , il vous donnera une étincelle • mais pour cela , toute son électricité ne partira pas. Il en conservera encore une portion considérable. Cette portion était donc aussi dissimulée à son tour. Pour la rendre sensible , touchez de nouveau le plateau inférieur. Cette fois il vous donnera une étincelle ) car son électricité n’est plus toute entière dissimulée , depuis que vous avez enlevé une partie de celle qui la retenait à distance. Mais, par ce non-”

496 DES ELECTRICITES DISSIMULEES.

veau contact , une nouvelle portion de celle-ci est devenue libre ÿ le plateau collecteur vous donnera donc encore une étincelle ,. et ainsi de suite jusqu’à ce que les deux plateaux soient complètement déchargés. Il est facile de déterminer la loi de cette progression par le calcul , d’après la proportion constante de saturation à distance d’un plateau à l’autre. On trouve ainsi que le premier contact enlève plus d’électricité que le second ) celui-ci plus que le troisième , et ainsi de suite y de telle sorte que les quantités ainsi enlevées suivent une progression géométrique décroissante, dont la raison çst le rapport de saturation.

Lorsqu’on touche à la fois les deux plateaux , toutes les quantités d’électricités qui se seraient échappées de l’une et l’autre face dans les contacts successifs , se transmettent simultanément à travers les organes, et ce seul coup décharge complètement le condensateur.

J’ai annoncé plus haut que, dans le condensateur à lame de verre, lapins grande partie clés électricités accumulées n’est nullement adhérente aux plateaux métalliques , mais s’attache aux deux faces opposées de la lame. Alors les deux plateaux n’ont proprement d’autre effet que d’établir une communication libre entre les différons points de chacune de ses deux faces , afin que l’électricité puisse facilement s’y étendre, et s’échapper de même, au moment de la décharge , de tous leurs points à la fois. Ce résultat peut être aisément vérifié par l’expérience 3 pour cela , après avoir chargé un condensateur à lame de verre , pîacez-le sur un isoloir ; puis , enlevez avec la main le plateau supérieur par son manche isolant, et touchez-le : vous n’en recevrez qu’une petite étincelle , et la force expansive passera. du côté de l’autre plateau. Cela fait , enlevez aussi la lame de verre , en la prenant par un de ses angles , et touchez le plateau inférieur • il vous donnera à son tour une étincelle, mais pareillement fort petite. Il faut donc que les électricités accumulées soient restées attachées aux deux faces delà plaque de verre ÿ et en effet , si vous la replacez de nouveau entre les deux plateaux isolés , sans leur com-

LE CONDENSATEUR

fiiuniqaer, non plus qu’à elle , aucune quantité d’électricité nouvelle , le condensateur se trouvera rechargé de luimême presque aussi fortement que la première fois. Ou bien encore , sans remettre la lame de verre entre les deux plateaux , appliquez directement vos mains sur ses deux faces , de manière à les toucher à la fois Tune et l’autre par un grand nombre de points ; vous éprouverez une décharge , comme si la lame avait été recouverte de ses plateaux , parce que l’étendue du contact de vos mains permet à un grand nombre de points des deux surfaces de se décharger à la fois. Mais si , au lieu de toucher les faces de la lame avec les mains étendues , vous vous bornez à y promener l’extrémité des doigts , vous sentirez seulement un pétillement et une décharge locale dans les points que vous toucherez ; mais il ne s’opérera pas de décharge générale , et ainsi vous ne serez pas exposé à de fortes commotions.

Æpinus , à qui Fon doit réellement l’invention du condensateur , a fait une expérience en quelque sorte inverse de la précédente , et qui montre , de la manière la plus sensible , quel est précisément l’emploi de la couche isolante interposée entre les deux plateaux. Il a employé pour plateaux deux grandes plaques circulaires de bois revêtues de feuilles d’étain , et les ayant approchées parallèlement l’une de l’autre sans autre intermédiaire que la couche d’air qui les séparait , il a fait communiquer le plateau supérieur aux conducteurs d’une machine électrique , l’inférieur communiquant avec de sol. Cet appareil était , comme on voit, un véritable condensateur à lame d’air ; aussi s’est-il chargé comme un condensateur se charge , et a-t-il donné de même la commotion , lorsque touchant d’une main le plateau inférieur , on a touché de l’autre le plateau supérieur. Pour obtenir de grands effets de cet appareil , il faut employer de larges plaques; car , comme on est obligé de les tenir à une assez grande distance pour qu’il 11e s’échappe pas directement d’étincelle entre elles à travers l’air , il faut que l’étendue de leurs surfaces compense la faiblesse de la force

DSS ELECTRICITES DISSIMULEES.

condensatrice. D’ailleurs cette largeur paraît être aussi une cause qui retarde l’étincelle, quand les plateaux sont approches l’un de l’autre parallèlement. C’est en quelque sorte le contraire de l’effet des pointes. La seule différence qu’il y ait entre cet appareil et le condensateur ordinaire , c’est que les surfaces de la couche isolante n’ont d’existence réelle que lorsque les deux plateaux sont en présence , puisqu’elles ne sont autre chose que les limites aériennes des surfaces par lesquelles les plateaux se regardent.

Quoique Æpinus eut , ainsi que nous l’avons dit , réellement découvert le condensateur , et qu’il en eut donné la véritable théorie, comme on peut le voir dans son ouvrage, on doit à Volta d’en avoir pour ainsi dire créé l’utilité, en le joignant à l’électroscope , pour découvrir et rendre sensibles les causes d’électricité les plus faibles.

En effet, dans les recherches de physique, on rencontre .souvent des causes d’électricité qui ne peuvent produire qu’une force répulsive très-faible, et qui s’arrêtent lorsqu’elles ont atteint cette limite, mais qui, lorsqu’on a détruit l’électricité qu’elles ont produite , la développent de nouveau. Telle est, par exemple , l’électricité qui se développe dans la plupart des combinaisons chimiques; et nous en verrons bientôt beaucoup d’autres exemples. Or , supposons qn’on fasse communiquer ces sources constantes avec le plateau collecteur d’un condensateur dont la couche isolante soit excessivement mince, telle, par exemple , qu’une simple couche de vernis résineux. Il est clair que l’électricité de la source ira s’accumuler dans le condensateur jusqu’à ce que la quantité non dissimulée soit égale à celle que le plateau collecteur recevrait directement de la source même. Désignons cette quantité par E. Quand on aura atteint cette limite , si l’on sépare le condensateur de la source, et qu’on enlève son plateau collecteur, la charge se trouvera égaie à la quantité E multipliée par la force condensante. Elle pourra donc devenir sensible , quelle que soit la faiblesse de E , si le rapport de saturation est une fraction très-peu différente de l’unité , c’est-à-dire si la distance des plateaux du

LE CONDENSATEUR. 4 99

condensateur est extrêmement petite , condition que la couche cle vernis résineux remplit parfaitement.

Pour unir les indications de cet instrument à celles de Félectroscope de paille dont Yolta se sert communément comme plus portatif et plus commode, on dévisse le bouton supérieur de la tigé, et on le remplace par le plateau inférieur du condensateur , jig 3i. Ce plateau se trouve alors isolé par les parois de verre de Félectroscope. On le fait communiquer directement par un fil métallique à la source constante d’électricité , et l’on touche seulement le plateau supérieur pour le faire communiquer au sol. Dans cette dis» position, c’est le plateau inférieur qui accumule l’électricité. Quand on pense qu’il est chargé suffisamment , on le sépare de la source constante sans le toucher , puis on enlève le plateau supérieur par son manche isolant , et l’électricité du plateau inférieur devenant libre , manifeste sa force répulsive par la divergence qu’elle donne aux pailles • il est facile ensuite de déterminer sa nature par les épreuves ordinaires. Il est quelquefois plus commode de faire communiquer la source constante avec le plateau supérieur du condensateur alors on touche celui qui communique aux pailles. Lorsque l’appareil est chargé on cesse de le toucher* on le sépare de la source , et l’on enlève le plateau supérieur qui emporte l’électricité qu’il avait acquise. Alors le plateau inférieur qui se trouve isolé , garde l’électricité contraire, et la manifeste dans les pailles. Sa charge est ainsi un peu moindre que celle du plateau collecteur, dans la première méthode, puisque le rapport de saturation à distance est toujours fractionnaire. Mais la différence sera insensible , si, comme nous le supposons , la couche isolante est très-mince • parce que ce rapport doit être alors excessivement peu différent de l’unité. Il faut seulement ne pas oublier que cette électricité est de nature opposée à celle de la source.

Il est clair que l’on pourrait également appliquer le condensateur à Félectroscope de Coulomb j comme la méthode est exactement la même ? il est inutile de nous y arrêter.

5(X> DËà ÉLECTRICITÉS DISSIMULEES*

DE L’ÉLECTROPIIORE.

Lorsqu’un corps est électrisé et isolé, si l’on approche de lui un autre corps non isolé, celui-ci prendra rélectricité contraire , et si on l’isole subitement , on le trouvera chargé de cette électricité. Ceci a été prouvé plusieurs fois , et peut l’être encore de diverses manières.

On charge les conducteurs de la machine d’une certaine quantité d’électricité , et l’on en approche à distance un disque métallique soutenu par une tige de verre. Si l’on retire ce disque sans l’avoir touché , on le trouvera dans l’état naturel. Mais si on le touche , tandis qu’il est en présence des conducteurs , et qu’on le retire ensuite , après avoir cessé de le toucher , on le trouvera chargé d’une électricité contraire à celle du conducteur.

On prend un disque métallique porté sur un pied , on l’isole et on lui donne une étincelle ; après quoi on s’en sert comme dans l’expérience précédente, pour charger un autre disque métallique que l’on en approche à distance , en le touchant d’abord et l’isolant après. Ce phénomène se renouvelle aussi long-temps que l’électricité du disque isolé n’a pas été entièrement enlevée par le contact de l’air.

Pour savoir ce que l’électricité de ce disrjue éprouve pendant qu’elle agit ainsi par influence , il n’y a qu’à faire communiquer sa surface inférieure avec un éiectroscope à fils , isolé comme lui; à l'instant les fils divergent. Mais, à mesure qu’on approche le disque non isolé , leur divergence diminue. Enfin elle devient sensiblement nulle , et l’électricité qui les animait paraît détruite. Mais elle n’est réellement que dissimulée ; car , dès qu’on éloigne le disque qui communique avec le sol , les fils recommencent à diverger de nouveau aussi fortement que la première fois.

La décomposition du fluide naturel du corps que l’on approche, par conséquent la quantité d’électricité dont il se charge , augmente à mesure que sa distance au corps électrisé diminue; elle serait au plus haut degré d intensité, si cette distance était nulle. Mais on ne pourrait pas la dimi—

de l’electrophore. 5oi

ïiuer indéfiniment sans déterminer une étincelle entre les deux corps. C’est pourquoi on interpose entre eux une lame mince formée de quelque substance imperméable à l’électricité* par exemple , une plaque de verre ou une couche de résine.

Pour montrer l’application de cette méthode , on isole un disque métallique tel que le plateau inférieur d’un condensateur • on le recouvre d’une lame de verre , et on lui donne une étincelle. On pose ensuite sur cette plaque l’antre plateau qui est muni d’une tige isolante ; on le touche à sa surface supérieure, et l’enlevant ensuite par sa tige, on le trouve chargé d’une électricité contraire à celle du disque isolé. On peut répéter cette expérience autant de fois que l’on voudra j c’est pourquoi les appareils de ce genre ont recule nom d’ êlectrophores , qui veut dire porteur d’électricité.

On voit que le condensateur et l’électrophore sont fondés tous deux sur l’action électrique exercée à distance. Mais , dans le condensateur, on emploie la présence d’un corps non isolé pour augmenter la charge d’un corps isolé ) au lieu que dans l’électrophore , c’est le corps isolé et électrisé qui détermine cette accumulation.

On peut construire des êlectrophores dans lesquels l’épaisseur de la couche isolante soit tout-à-fait insensible. Pour cela, il n’y a qu’à employer comme plateau inférieur une lame de verre ou une couche de résine électrisée par le frottement. Ces substances retenant fortement l’électricité , on peut poser le disque supérieur immédiatement sur leur surface , sans qu’elles lui en abandonnent une quantité notable j tandis que leur influence , pour décomposer les électricités naturelles de ce disque , s’exercera encore très-énergiquement. Aussi les êlectrophores les plus usités sont construits de cette manière , avec un gâteau de résine coulé dans une enveloppe de métal, fig. 3 2. On électrise la surface de ce gâteau en le frappant avec une peau de chat bien sèche. Alors il prend l’électricité résineuse • et son influence fixe dans le plateau supérieur l’électricité vitrée. Cet appareil est d’une application fréquente dans les recherches de chimie

5oz

DES ÉLECTRICITÉS DISSIMULEES.

où l’on a souvent besoin d’électricité. On peut aussi en tirer plusieurs confirmations frappantes de la théorie que j’ai exposée dans le Traité général.

Lorsque le plateau supérieur est chargé et posé sur la résine } l’électricité vitrée qui réside sur sa surface inférieure, et l’électricité contraire développée sur la résine , se neutralisent mutuellement , et n’ont ni l’une ni l’autre aucune tendance à s’échapper. Elles ne peuvent donc pas être enlevées par le contact de l’air , qui d’ailleurs éprouve de la difficulté à s’insinuer entre les surfaces où elles reposent. Un appareil ainsi chargé doit donc conserver trës-iong-ternps ses deux électricités • aussi durent-elles des mois entiers, si l’électrophore n’est pas placé dans un lieu humide.

Cependant l’attraction permanente des deux électricités opposées doit peu à peu vaincre la résistance que la résine oppose au dégagement du fluide résineux qu’elle possède , et à l’introduction du fluide vitré du plateau. C’est probablement là l’unique cause qui fait qu’après un temps plus on moins long , les électrophores se trouvent enfin déchargés et leurs diverses parties ramenées à l’état naturel.

On peut accélérer les effets de celte attraction réciproque en augmentant beaucoup son énergie. Pour cela , lorsque î’électrophore est chargé , enlevez le plateau métallique et posez-le de nouveau sur la résine , non plus parallèlement et selon sa surface plane, mais obliquement et par sa circonférence. Alors son électricité vitrée s’accumulant toute entière dans la partie qui touche la résine prendra une force

beaucoup plus grande. Elle sortira du plateau , neutralisera complètement l’électricité résineuse des endroits vers lesquels elle s’élance, et après quelques contacts ainsi répétés sur diverses parties du gâteau de- résine , celui-ci se trouvera tout-à-fait déchargé.

De là on peut déduire une expérience assez curieuse. Au lieu de reporter sur la résine l’électricité vitrée qu’elle a développée par son influence , portez-là de meme sur un autre gâteau , qui soit dans l’état naturel. Elle s’attachera pareillement à la surface de cette résine ? qui se trouvera

de l’electrophore. 5o3

électrisée yitreusement , et deviendra capable à son tour de développer par son influence l’électricité résineuse. Lorsque le second gâteau sera ainsi chargé , posez un plateau métallique sur sa surface y vous aurez un électrophore contraire au premier. Vous vous servirez de celui-ci pour charger de même la surface d’un troisième gâteau qui prendra l’électri— cité résineuse. Enfin vous étendrez ces alternatives à un nombre quelconque de gâteaux qui se trouveraient tour-àtour électrisés vitreusement et résineusement.

On peut même , par ce procédé , électriser chaque surface, uniquement en certaines parties. Pour cela , il suffit d’adapter au plateau qui apporte l’électricité , une tige et un bouton métallique pareils à celui du plateau collecteur du condensateur. Alors si on touche la résine avec ce bouton , l’électricité se portera toute entière au point de contact. On peut , en choisissant ces points à la suite les uns des autres , tracer ainsi des contours déterminés.

Si l’on veut rendre ces contours visibles , il n’y a qu’à répandre sur la surface de la résine quelque poudre légère formée d’une substance non conductrice , par exemple , de la poussière de résine ou de soufre. Les petites particules qui composent ces poussières s’attachent uniquement aux endroits électrisés- de sorte qu’en renversant le gâteau , toutes celles qui ne répondent pas à ces parties tombent par leur propre poids, et il ne reste que ce qui s’est attaché aux contours électrisés. On remarque que les petites particules de poussière affectent des arrangemens réguliers et difïérens , suivant la nature de l’électricité qui les attache y de sorte qu’eu formant des traces avec les deux électricités sur diverses parties du même gâteau , on obtient à la fois les deux sortes de figures qui en résultent. Cette curieuse observation est due à Lichtenberg, physicien allemand ) aussi les figures tracées de cette manière s’appellent-elles des figures de Lichtenberg.

Pour rendre ces phénomènes plus sensibles , on emploie un mélange de soufre et de minium triturés ensemble. Le frottement , produit par la trituration , électrise le soufre

DES ELECTRICITES DISSIMULEES.

vitreusement , et le minium résineusement. On met cette poudre dans une espèce de soufflet qui sert à la projeter sur le gâteau de résine électrisé. Alors , en s’y attachant , les deux substances se séparent et se distinguent à la fois par leur arrangement et par leur couleur ; le soufre est jaune , et le minium est rouge.

Dans les premiers temps de cette découverte , il y eut des physiciens allemands qui remarquèrent que la poudre de résine , ainsi répandue sur un gâteau électrisé , éprouvait peu à peu des mouvemens graduellement progressifs , qui n’avaient toutefois rien de régulier. On se hâta de bâtir sur cela un système. Mais des observateurs plus attentifs reconnurent que ces mouvemens étaient produits par de très-petits insectes que l’on appelle des Acarus , qui se trouvaient dans la poudre de résine et qui se promenaient sur la surface électrisée.

Page 1