NOTIONS FONDAMENTALES
nément elles-mêmes, et susceptibles seulement d’obéir aux: causes extérieures qui peuvent les solliciter; soit qu’en effet, comme les observations l’indiquent, le défaut de volonté et de spontanéité forme un caractère général et essentiel de la matière , soit que par une abstraction de notre esprit , nous lui ôtions ces propriétés si quelquefois elles sont unies avec elles , pour considérer isolément l’ensemble de celles qui lui restent après qu’elle en est dépouillée. Or, les molécules matérielles étant ainsi envisagées dans l’état inerte , il en résulte dans les phénomènes que leur agrégation présente , certaines conditions nécessaires qui s’appliquent à tous les corps , indépendamment de la nature chimique de leurs parties constituantes, comme étant de simples conséquences de leur matérialité. Telles sont les lois générales de V équilibre et du mouvement que l’on déduit en effet mathématiquement de la seule propriété de l’inertie. Quoique cette déduction ne puisse être démontrée ici , étant fondée toute entière sur le calcul , nous devons néanmoins en énoncer les résultats principaux. Car , d’après ce qui vient d’être dit , on sent qu’ils doivent être d’une application constante et universelle dans l’étude des phénomènes naturels. j
Mais pour cet énoncé, si simple qu’il puisse être, il nous faut arrêter avec précision certaines idées fondamentales telles que celles de repos , mouvement , force j nous avons à la vérité déjà employé ces expressions , comme faisant partie de l’usage ordinaire , il devient à présent nécessaire de leur donner pour toujours un sens fixe et assuré. Commençons par définir le lieu, ou les phénomènes se produisent. Pour cela , concevons un espace sans bornes , immatériel , immuable , et dont toutes les parties semblables entre elles , soient librement pénétrables à la matière. Qu’il existe ou non dans la nature un pareil espace, peu nous importe j il figure seulement pour nous l’étendue abstraite. Plaçons-y les molécules , élémens matériels des corps , et considérons d’abord en elles le seul fait de leur existence. Ce simple fait sera susceptible de deux modifications distinctes * il se pourra que la même molécule persiste invariablement dans son lieu actuel, ou que , par l’in-
SUR LE REPOS ET LE MOUVEMENT. l3
fluence de causes extérieures , elle le quitte pour passer dans quelque autre partie de l’espace. Le premier de ces deux, états constitue le repos absolu , le second, le mouvement .
Mais nous pouvons concevoir encore que deux ou plusieurs molécules soient déplacées simultanément d’un mouvement commun, en gardant l’une à l’égard de l’autre, leurs positions respectives. Alors, si on les considère dans leurs rapports avec l’espace immuable, elles seront réellement en mouvement absolu ) mais si on les considère uniquement dans leurs rapports mutuels , ceux-ci resteront les mêmes que si le grouppe entier était demeuré en repos y et s’il existait sur une d’elles un être intelligent qui observât toutes les autres , il ne pourrait, d’après cette observation seule, décider si le système total se meut ou ne se meut pas. Cette permanence de relations au milieu d’un mouvement commun , s’exprime par la dénomination de repos relatif. Tel serait le cas de plusieurs corps que l’on concevrait posés dans un bateau abandonné au cours d’une rivière tranquille. Tel est encore le cas de tous les corps terrestres lorsqu’ils restent invariablement fixés au même point du sol. Ils sont en repos entre eux^ mais la terre, qui tourne journellement sur elle-même, leur imprime une rotation commune , et en même temps , elle les emporte tou$ ensemble dans son orbite autour du soleil , lequel peut-étrç emporte à son tour la terre et tout le cortège des planètes vers quelque constellation éloignée. Le repos relatif est donc vraisemblablement le seul qui existe en effet dans ce système. C’est du moins le seul que nous puissions être assurés d’y observer.
Ceci nous conduit à faire une spécification analogue pour le mouvement, et à distinguer les mouvemens absolus des corps, considérésrelativement à l’espace immuable, d’avec les changemens de position relative qui peuvent survenir entre eux. Ces derniers se nommeront donc des mouvemens relatifs ; soit que celui des corps du système auquel on les rapporte s 9 trouve lui-même en mouvement ou en repos. Par exemple les variations de position des astres telles que nous les aperè&yottf de la surface terrestre, ne sont pas des mouvemens