‹ Précis élémentaire de sériculture pratique. Mûriers et vers à soie; production, industrie, commerce de la soieChapitre 11 sur 38 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

On appelle magnanerie (Gg. 14?) le local dans lequel se fait Télevage des magnans, ou vers à soie, ainsi qu'on appelle ces insectes en Provence et dans le Languedoc.

§ i«^ — Construction. — Disposition.

I/installation d'une magnanerie doit être dirigée par des considérations relevant des différents ordres, économie dans la construction , le service et la surveillance; conditions hygiéniques pour les vers; installations complètes pour toutes les périodes de la vie des vers.

La magnanerie sera, autant que possible, placée au centre ou à proximité des plantations de mûriers, afin de diminuer les frais de transport de la feuille; s'il est possible encore, elle sera placée tout auprèsde rhabitation du propriétaire, afin que sa surveillance soit rendue plus facile et en quelque aorte constante.

On évitera soigneusement de l'établir dans le voisinage des fosses à fumier, des écuries, des mares.

des étangs, des marais : miasmes et efflaves sont contraires à la réussite des vers. On choisira leslienx un peu élevés, où les courants renouvellent fréquemment Tair, plutôt que les lieux bas où Pair stagne longtemps y et où les brouillards sont fréquents.

On orientera les deux grandes façades à Test et à Fouest, afin qu'elles reçoivent & peu près également la chaleur solaire; l'exposition au midi serait trop chaude , celle au nord trop froide et il serait impossible d'obtenir de la régularité dans l'éducation. C'est dire que la magnanerie devra avoir la forme d'un rectangle allongé et non d'un carré. Il est presque indispensable de construire la magnanerie sur une cave, et il faudra, dans le choix de la situation, tenir compte par conséquent de la nature du sous-sol. Les dimensions à donner au bâtiment seront en harmonie avec les plantations existantes ou projetées en mûriers, avec la main-d'œuvre dont on dispose, la quantité de vers qu'on veut élever. Ces dimensions pourront, suivant le cas, être calculées en hauteur ou en carré , c'est-à-dire que l'on pourra faire un bâtiment plus grand, relativement, avec un seul étage, on un bâtiment plus petit, à deux ou trois étages.

Les conditions générales auxquelles la magnanerie doit répondre sont les suivantes : Les matériaux employés à sa construction ne seront pas hygromé* triques ; des ouvertures y seront percées , sur chaque façade, en nombre suffisant pour que la lumière pénètre largement partout ; c'est une double condition d'hygiène et de service; mais ces fenêtres seront

toutes garnies intérieurement ou extérieurement de volets ou de persiennes. On doit pouvoir entretenir facilement une température élevée et uniforme dans toutes les parties de la magnanerie; mais on doit pouvoir aussi rapidement rabaisser, renouveler Tair, le saturer d'humidité ou le sécher, afin de parer aux accidents que détermineraient certains phénomènes atmosphériques. Enfin , toutes ces conditions seront

Fig. 15. Magnanerie, plan du rez-de-changsée.

A. Vestibule. — B. Chambre d'incubation. — C. Magasin de feuilles.

D. Chambre à air.

remplies par les moyens les plus simples , les moins

coûteux, les plus efficaces.

Disons d'abord quelles sont les .exigences de ser*

vice auxquelles la magnanerie doit parer : 1^ Un

magasin de feuilles (&g. 15), pièce carrelée, ni

trop sèche ni trop humide, un peu sombre mais non

complètement , où on déposera la feuille après Tavoir

pesée et où on la conservera, en retendant, afin

qu'elle ne jaunisse pas et ne se dessèche pas trop ;

cette pièce devra pouvoir contenir la quantité de

feuilles nécessaires pour vingt-quatre heures jusqu'au

commencement du quatrième âge ; passé ce temps ,

102 LE VER A Soie.

on la dépose dans des caves ou des celliers. 2*" Une chambre d'incubation, étuve et petit atelier, pièce planchéiée et chauffée par un poêle en terre ou en faïence, dans laquelle on fera éclore les œufs, Qîi on élèvera les vers tant qu'ils n'y seront point trop entassés , afin d'épargner les dépenses de chauffage de la magnanerie où on les transportera ensuite. 3*" Mnechambre d'air destinée au chauffage et à l'aération de la magnanerie, contenant des poêles dont les tuyaux circulent à travers les étages

Fig. 16. Plan du premier étage.- du second, etc.

supérieurs. 4* Une cave servant à l'emmagasinage des feuilles pendant les deux derniers âges et fournissant, soit par la ventilation naturelle, soit par la ventilation forcée, l'air frais ou l'air humide dont on aura besoin pendant l'élevage et selon les circonstances atmosphériques. 5" Enfin, les chambres d'éducation (fig. 16) proprement dites , placées en nombre variable au-dessus du rez-de-chaussée et disposées ainsi que nous le dirons dans un instant.

M. Robinet indique les dimensions suivantes pour une magnanerie où Ton veut élever lés vers prove-

nant de 10 onces de 31 grammes de graine chacune, soit 300 grammes en tout. Le bâtiment aura, dans œuvre, 13",60 de longueur et 8 mètrcsdelargeur; les murs de façade auront 9 mètres, et les pignons, de la base à la pointe, 12°',80; le rez-de-chaussée aura 3"", 30 de hauteur, et le plafond 0"',30 d'épaisseur. Le premier étage aura 7 mètres d'élévation entre le plancher et le plafond, lequel aura environ 0*°, 20 d'épais-

Fig. 17. Coupe.

seur. Le comble aura 2 mètres sous la faitière , le tirants étant supprimés et le plafond mansardé.

Le rez-de-chaussée sera divisé en quatre pièces : 1* La chambre d'air aura 3 mètres de largeur sur 8 mètres de longueur; 2" la chambre d'incubation 4 mètres sur 6 mètres; S"* le magasin à feuilles 8 mètres sur 5"*, 30; à*" enfin lé passage donnant accès du dehors dans la magnanerie aura 2 mètres de large

sur 4 mètres de long. Reprenons ces quatre pièces successivement pour expliquer leur installation.

La chambre d'incubation sera garnie d'un poêle en terre ou faïence, dont la bouche ouvrira dans le passage, tandis que les tuyaux serpenteront dans Tappartement même, à dififérentes hauteurs, afin d'échauffer les diverses couches d'air, et d'éviter qu'on entre dans la pièce pour entretenir le feu. Des échelettes y seront installées pour permettre d*y placer des tablettes mobiles ayant 0",60 de largeur, 1 mètre de longueur, et espacées du dessus au-dessous de 0'',40 pour l'éclosion d'abord , l'éducation des deux premiers âges ensuite.

La chambre d'air sera garnie de deux gros poêles en fonte avec tuyaux extérieurs, l'air chaud passant par une trappe du plafond pour distribuer la chaleur au premier étage* et d'un tarare ventilateur mû à bras pour certains cas déterminés. La bouche des poêles s'ouvre dans le magasin à feuilles, les prises d'air, partie dans ce même magasin et partie au dehors; enfin le plafond est arrondi de façon à diriger l'air chaud vers la trappe qui communique avec l'étage supérieur. Le tarare ventilateur, composé d'une roue à six palettes, se met en mouvement par un volant à manivelle placé dans le magasin à feuilles, et la prise d'air se fait à volonté, dans le magasin ou au dehors, à l'aide de conduits ménagés dans ce but.

Le passage donnant accès dans tout le bâtiment sera garni, à l'entrée, d'une double porte, l'intérieure vitrée, l'extérieure à volet plein; d'une troi-

siëme, vitrée, donnant entrée dans le magasin ; d'une quatrième ouvrant sur Tescalier qui, de ce passage, conduit au premier étage.

La chambre d'éducation proprement dite est formée d'un plancher plein et d'un plafond muni de trappes qui la mettent en communication avec le comble, aQn d'obtenir le renouvellement naturel de Tair, celui qui est échaufifé étant plus léger et tendant à s'échapper par en haut, où des vasistas pratiqués dans la toiture lui ouvriront une issue. D'un autre côté, l'air chaud qui vient de la chambre à air est distribué dans la chambre d'éducation par des gaines ou espèces de caisses longues à trois côtés (de 2 noiètres de longueur) en bois blanc, de 0",30 de haut et 0'°,60 de large, percées de trous à leur face supérieure, et formant trois conduits, qui, placés sous chaque rang de tablettes, y font circuler régulièrement, également, et l'air chaud et l'air froid.

Lorsque la magnanerie (fig. 18) est établie sur une cave, on peut se dispenser de tarare, à la condition de ménager des conduits d'air fermés par des trappes et qui mettent la cave en communication avec les gaines de la chambre d'éducation.

Dans cette chambre d'éducation, large de 8 mètres, on installera trois rangées longitudinales de tablettes, de 1"',33 de large chacune et séparées, soit des murs, soit les unes des autres, par quatre passages de chacun 1 mètre. Chacune de ces rangées se compose de douze tablettes superposées à 0",50 l'une de l'autre. C'est donc trente-six tablettes

de 1",33 de large sur lO^iBO de long, soit ensemble, 507 mètres carrés; on comple d'ordinaire sur une surface de 31 mëlres carrés par once de graine, soit, pour dix onces ou 300 grammes, 340mèlres

Pig. 18. Uagiwiierie conilruils anr e«nîer. Ci>nps eu boot.

carrés. Nous avons donc paré à tous les besoins et prévenu l'agglomération des vers.

Nous prendrons maintenant successivement chacune des pièces de la magnanerie pour décrire le mobilier qui leur est propre.

Le magasin k feuilles sera pourvu d'une bascule, d'ane balance ou d'nne romaine, de façon que la fenille soit eiactenient pesée à son entrée en ma-

gasin et qu'on puisse se rendre compte de la production des mûriers , du poids des feuilles achetées , de la consommation des vers. On a longtemps conseillé remploi d'un coupe-feuilles ou hache*feuilles, pour rendre plus prompte et plus économique la division de ces feuilles pendant les deux premiers âges, et pour éviter le gaspillage des vers pendant les deux derniers. Hais , pour une petite éducation , on peut très-bien couper la feuille à la main, à Taide d'un couteau ordinaire à lame mince et bien affilée , pour les trois premiers âges. Pourles éducations moyennes» on peut se contenter d'un petit hache-feuilles construit sur le principe des hache-paille , qu'on fixe sur une table ordinaire , et qu'on maoïeuvre en faisant mouvoir un couteau à lame articulée de la main droite, tandis que la gauche pousse les feuilles plus ou moins rapidement sous un rouleau mobile que le couteau met en mouvement; de sorte qu'on peut, sans danger et rapidement , couper une assez grande quantité de feuilles à la dimension désirée. Dans les grandes magnaneries , on emploie des hache-feuilles à pédale ou rotatifs (polonais, Damon, etc.).

Dans la chambre d'incubation , doivent se trouver un thermomètre, un hygromètre et un baromètre. Un poêle en terre ou faïence fournira les moyens d'élever et maintenir la température au point cherché; ceux en tôle ou fonte s'échauffent très-vite et se refroidissent rapidement, si bien qu'il est impos-^ sible d'obtenir une température douce et régulière; on sait maintenant que les poêles en tôle et fonte sont antihygiéniques pour l'homme» et conséquem"

ment pour les vers à soie , parce quMls déterminent la combastion des poussières organiques et dégagent de Toxyde de carbone ; enfin on leur reproche une chaleur trop sèche.

Dans cette même chambre et dans le double but de Tutiliser et aussi d^économiser le chauffage plus coûteux de la chambre d'éducation , on installe, dès que Féclosion est terminée , un matériel d'élevage qui servira aux vers tant qu'ils y jouiront d'un^ espace suffisant, c'est-à-dire durant les deux ou trois premiers âges. Ce matériel se compose de deux rangées de tablettes au nombre de cinq , superposées et glissant à coulisses dans les montants ou échelettes; ces tablettes de 0,°'60 de large sont espacées en hauteur de 0",40 les unes des autres. De chaque côté, si ce n'est au fond, elles sont garnies d'un rebord saillant en hauteur de 0",02. Pour faire le service des jeunes vers, on retire successivement chaque tablette de sa rainure pour ]a porter au jour, près des fenêtres , et opérer sans fatigue.

Dans la chambre d'air, nous avons indiqué deux gros poêles en fonte, ou mieux, en terre on encore en faïence, dont le tuyau prend issue au dehors à travers le mur, et un tarare ventilateur ou soufflant, composé d'une roue à six palettes de 1 mètre de long sur 0", 27 de large, tangentes à l'axe de la roue , axe qui doit être placé à 1 mètre au moins au-dessus di} sol, et présenter une longueur de 1",20; sur l'un de ses côtés, cet arbre porte une petite poulie qu'une corde relie à la grande roue ou volant à manivelle mue par un homme. Nous avons dit déjà

qae des prises d'air pour ce tarare ont été ménagées tant dans le magasin à feuilles qu^au dehors du bâtiment.

Dans la chambre d'éducation (fig. 19) se trouvent disposés , nous Tavons dit , trois rangs de tables composées de tablettes superposées. Ces tables sont supportées par des montants , poteaux et traverseis

Fig. 19. Échelettes, tablettes, passages. Coupe.

ou échelettes. Nos rangées ou .travées de 10*,60 de longueur seront maintenues par huit montants en chêne ou sapin de 55 millimètres carrés, débités à la scie et non rabotés. Ces montants sont reliés deux à deux par des traverses en chêne de 25 à 30 millimètres en carré, fixées avec des vis. Sur ces traverses, on fixe transversalement, c*est-à-

dire dans le sens de la longaeor des travées, quatre traverses nn peu plus petites (25 millimètres d^épaisseur sur 50 de large) qui supporteront les claies, tablettes ou tables en toiles. Ces claies ou tablettes n'ont que 1",15 de largeur d'un coté à Tautre, soit l^ySO en y ajoutant l'épaisseur des montants laissés en dehors.

Ces tablettes se fabriquent en une foule de maté-

ir* • -■* -^

Fig. 20. Tablette vne de dessof .

riaux : grillages de fil de fer (fig. 20) ou de rotin, filet de corde, claies d'osier ou de bois, de roseaux ou de paille, canevas, toiles d'amballage, toile à coller les papiers de tenture , etc. Or, il est essentiel que le plancher sur lequel séjournent les vers à soie, par l'intermédiaire d'une litière souillée d'excréments et fermentescible , laisse l'air les entourer de toutes parts ; que ce plancher soit peu coûteux et facile & renouveler, en même temps que durable, et suffisamment résistant ; qu'il puisse se laver pour le débarrasser de l'odeur et des impuretés qui s'y fixent, se démonter facilement, se remonter avec promptitude, s'emmagasiner sans encombrement après l'éducation. Il résulte de ces conditions que les

planchers pleins doivent être rejelés comme le bois ou le carton; que des tissus assez clairs pour perniellrc la dessiccation de la litière et la circulation de l'air, assez serrés pourtant pour que les fragments de fenilles , les crottins et les vers ne passent pas k travers leurs mailles ; assez bon marché enfin pour pouvoir fitre assez fréquemment renouvelés sans grande dépense , sont ce qu'on doit préférer. Le canevas grossier répond assez bien à ces conditions , sauf celle du prix qui est trop élevé ( 1 fr. 25 c. le mètre courant de 1,'20 de large). La toile d'emballage claire qui a la même largeur, et ne coûte que

FIg. 21. Cidiei pour giraitnrea d« Isblettei.

fr. 75 C. à fr. 80 (fig. 21 ) le mètre co.nrant , safÉt parfaitement.

Voici le meilleur emploi qu'en s trouvé M. Robinet , qui les a employées longtemps et & son entière satisfaction : « Au moyen de petits goussets distribues sur les bords de la loile à 0',60 de distance, nous plaçons des baguettes de bois qui tiennent la toile tendue; nous la posons alors sur un châssis garni de traverses longitudinales. A chaque bout, k toile porte une baguette ronde dans laquelle on b

fixé quatre pitons. Des cordes passées dans ces pitons permettent de tendre et détendre la toile à volonté ; il est bien entendu que les deux bouts de la toile reviennent sur eux-mêmes, et que les cordes se trouvent dessous le châssis ; le tout représente une toile sans fin tendue sur deux demi-rouleaux (fig. 22) . Pour tendre la toile , on passe Tune dans Fautre les boucles de la corde , on tire fortement et on fait un

Fig. 22. Cordes pour tendre les toiles on canevas à tablettes.

nœud. Si la toile, au contraire, est tendue outre mesure y on la détend en relâchant le nœud. r> Ces tablettes sont superposées les unes aux autres à distance de 0°',50, au nombre de douze dans chaque travée y et au-dessus de la douzième, il reste un vide de 1 mètre pour la circulation de Tair.

Mais, comme il est impossible au magnanier d'atteindre au delà de la 4* tablette, et que le maniement d'une échelle simple on double est long, pénible et dangereux dans un passage de 1 mètre de large, on établit sur les montants mêmes des travées, deux faux planchers distants de deux mètres, supportés par des traverses occupant Tespace réservé au passage et auxquels on accède par un escalier ou

une échelle de meunier. Pour le service des 3', V et 12* tablettes, encore élevées de l^^^SO au-dessus des planchers , en emploie un petit escabeau ou marchepied à deux marches , monté sur roulettes et haut de 0'°,40 à 0'',45. Il en faudra trois , ou un pour chaque étage.

Enfin, la chambre d'éducation sera garnie d*au moins quatre thermomètres à chaque étage, placés sur le mur de chacune des façades ; d*autant d'by-

Fig. 23. Escabeau roulant pour service des échelettes.

gromètres et d'un baromètre fixé au mur sur lé palier supérieur de Tescalier qui vient du rez-dechaussée.

§ 3. — Conditions physiques.

Nous savons déjà que les œufs de vers à soie n'éclosent au printemps que dans un milieu suffisamment chaud, et humide de 75 à 80" à Thygromètre, de 15 à 25^ cent, au thermomètre; ces conditions doivent aller régulièrement en augmentant du minimum au maximum du début de Tincubation à Féclosion, durant les six à douze jours que dure le développement de Tœuf , suivant qu'il a été conservé en glacière ou en cave. Après Téclosion, on main-

tient, soit dans la chambre dMncobation si on y a laissé les vers , soit dans la magnanerie si on les y a portés, 80' hygrométriques et 25* cent., jusqu'à la fin de Téducation , suivant la plupart des auteurs. Mais nous aurons à étudier, un peu plus loin, la question de savoir si, au lieu de terminer l'éducation en trente jours et avec cette température , il ne serait pas plus avantageux de rallonger un peu en diminuant régulièrement et progressivement cette température en même temps que le degré dMiumidite, ainsi que le conseillent aujourd'hui surtout un grand nombre de sériciculteurs praticiens. Il faut savoir que plus la température s'élève et plus l'appétit des vers croit, plus aussi ils se développent rapidement, ayant en somme consommé une moindre quantité de nourriture que si l'élevage , retardé par une chaleur moins intense» avait duré un quart de jour en plus. Mais on sait aussi que cette précocité forcée dans les deux règnes végétal et animal ne tarde pas à produire héréditairement une diminution dans la vitalité et une prédisposition aux'maladies sporadiques, épizootiques, spontanées ou contagieuses. N'oublions pas que le ver à soie paraît être originaire du nord de la Chine , contrée à climat excessif.

Nous venons de voir M. Robinet conseiller une température constante de 25** cent. Bonafons et M. Nourrigat, M. Mouzon, donnent des chiffres notablement inférieurs, que reproduit le tableau suivant :

- BONMFOUS

AGES. ETII.NOURRIGAT.»'-^^"^^^-

Eclosion 27050c 250OOC

1er âge 23 75 23 75

2e âge 23 12 22

3«âge. . ,. . 21 87 21 25

4« âge 21 25 20^00

5« âge 20 25 20 00

Nous pensons qu'il y aurait mieux à faire encore en descendant plus bas. Les éducations intensives de ces derniers temps s'accomplissaient en vingt-cinq à trente jours ; il est à remarquer que la plupart de celles de MM. Camille Beauvais , Dandolo , Amans Carrier, duraient (1833) trente-sept jours , (1814) trente-sept jours , (1827) quarante-quatre jours , (1828) trente-neuf jours.

Nous avons dit (chap. m, § 2) que la fonction de transpiration avait dans le ver à soie une grande importance, et qu'elle s'exécutait en même temps par la peau et par les stigmates. En effet , depuis sa naissance jusqu'au moment où il se renferme dans son cocon , le ver a consommé environ 50 grammes de feuille, qui contient de 66 à 78 pour 100 d'eau, en moyenne 70 , et a par conséquent absorbé avec sa nourriture kilogr. 035 d'eau, dont la plus grande partie doit être éliminée. L'air chaud et sec surexcite les fonctions de la peau ; l'air chaud et humide, au contraire, les ralentit extrêmement; c'est dans un terme moyen qu'il faut savoir se tenir pour conserver la vitalité de l'espèce, la santé de l'individu, et en obtenir un maximum combiné de produits par

rapport a la qaantîté et à la qualité. Nysten qualifie de magnanerie sëchç, celle où le thermomètre marque 21° 5 cent, et Thygromètre 65*; humide, celle où le thermomètre indique 2P 25 cent, et Thygromètre 83* ; ordinaire celle de 17* 5 de chaleur et de 75* d'humidité.

Les conséquences à tirer de l'état hygrométrique de l'air seront bien mises en lumière par le résultat suivant d'expériences faites en 1840 par M. Robinet. Le même nombre de vers divisé en trois lots fut placé : 1* dans une magnanerie normale , où la température fut constamment maintenue à 25* cent.^ et l'hygromètre à 75* ; 2* dans une magnanerie sèche où la température fut également de 25* cent., mais où , à l'aide de chaux vive, l'hygromètre ne marqua constamment que 70* ; 3* enfin, dans une magnanerie humide, où le thermomètre marqua en moyenne 24* cent, et l'hygromètre 89*,2. Voici quels furent les résultats :

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