‹ Précis élémentaire de sériculture pratique. Mûriers et vers à soie; production, industrie, commerce de la soieChapitre 23 sur 38 · DEPENSES · texte numérisé non relu

DEPENSES

Fournissons d'abord quelques renseignements de détail sur les principaux éléments de dépenses. La feuille d'abord : nous savons que les vers provenant de chaque once de graine consomment en moyenne.

pendant toute la durée de l'éducation , 1,200 kilogr. de feuille brute (chap. vi, § 5)» dont .la valeur moyenne est de S fr. 55 c. les 100 kilog., prise sur Tarbre (chap. iv, § 3). En 1838, M. Robinet a dû employer soixante- quatre journées d'hommes à 1 fr. 75 c. Tune pour faire récolter 2,962 kilogr. de feuiUes sur des mûriers de divers âges , mais mal ou même non taillés, chargés de rameaux et de fruits; c'est-à-dire que chaque homme n*a cueilli que 46 kilogr. environ par jour, et que la cueillette de 100 kilogr. de feuilles revenait à environ 4 fr. La même année , madame Millet employait pour récolter la nourriture nécessaire aux vers provenant de 51 grammes d'œufs (soit 1,550 kilogr. environ), quarante-huit journées et demie d'hommes à 1 fr. 50 c, soit environ 32 kilogr. par homme et par jour, et un prix de revient de 4 fr. 70 c. par 100 kilogr. Dans les Cévennes, la cueillette des feuilles se faisait, en 1837, au prix de 1 fr. 35 c. par 100 kilogr. Dans des plantations de mûriers taillés, ainsi que nous l'avons dit, un homme un peu exercé peut aisément récolter par jour 100 kilog. de feuilles et 200 kilogr. sur des mûriers nains. Pour monder les mêmes 1,550 kilogr. de feuilles, il a fallu vingt journées de femmes à Ofr. 65 c. par jour ; c'est-à-dire que chaque femme a mondé par jour 77 kilogr. 500 de feuilles, et que cette opération revenait à fr. 75 c. par 100 kilogr.

L'achat de la graine, aujourd'hui si délicat quant à son origine , et dont le prix s'est presque quintuplé, était, avant la maladie ^ un élément presque

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insignifiant de la dépensé, et, d'ailleurs, chaque éleveur produisait à peu près la sienne ; le prix de rbnce ne variait guère que de 4 à 5 fr. Dans ces dernières années, il s^est élevé jusqu'à 20 et 25 fr. ; il est descendu maintenant de près de moitié pour les cartons du commerce ; mais les cartons garantis et d'origine certaine ne seront jamais payés trop cher.

Le chaufiage était généralement considéré comme payé par la litière, qu'on la convertit en engrais ou qu'on l'employât à la nourriture des moutons. Evi* demment, le climat sous lequel on opère influe sur la consommation en bois ; mais il est bon de savoir que l'approvisionnement doit s'élever, dans lé midi de la France , à environ 1 stère 50 de bois dur par once, et dans le centre, à 2 stères et demi. L'éclairage, indispensable pour les soins nocturnes des premiers âges, peut s'élever à environ 1 fr. 50 c. par once.

L'enramage , lorsqu'il se fait avec des débris végétaux , ne coûte que le prix du temps employé à les récolter et les transporter à la magnanerie. Mais la plupart de ces rameaux (bruyères, cystes, genêts, etc.) peuvent servir pendant plusieurs années de suite , tandis que d'autres (paille de colza, de cameline, etc.) doivent être renouvelés annuellement. Le prix des encabanages fixes de divers systèmes (DélPrino, etc.) représente l'intérêt du prix d'achat des ustensiles et leur amortissement. Nous pensons ne pas nous éloigner beaucoup de la vérité en évaluant cette dépense, en moyenne, de.l fr. 50 c. à 2 fr. par once de graine.

La dépense en main-d'œuvre est un des éléments les plus importants du débit, élément négligé dans

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les petites édacations qui s^opërent par les seuls soins de la famille , mais dont il ne faut pas moins tenir compte. Dans une éducation un peu importante, il faut compter d^abord, pendant toute la durée de Féducation , le temps d*un magnanier ou chef d'atelier, à 4 fr. au moins par jour, soit pour trente jours 120 fr.; puis y suivant la disposition de la magnanerie y de dix à quinze journées de femmes à 1 fr. 25 c. par once , pendant les deux premiers et le cinquième Age » soit de 12 fr. 50 c. à 18 fr. 75 c.

Le loyer de la magnanerie et des ustensiles qui la garnissent peut être négligé dans la petite éducation de la éhaumiëre , mais la grande industrie séricicole ne peut agir de même. C'est là pourtant un élément difficile à apprécier, et qui varie très-notablement avec le mode de construction et d'installation adopté, selon que le même bcal peut être adapté pendant le reste de Tannée à d'autres usages agricoles ou industriels, comme séchoir, magasin, etc. Ce loyer doit , en tout cas, représenter tout ou partie de l'intérêt et de l'amortissement de la magnanerie et de son mobilier. Nous devons encore y joindre les frais de l'assurance contre l'incendie de l'une et de Fautre , et même des vers à soie pendant la durée de l'éducation. Nous ne pensons pas errer beaucoup en fixant l'ensemble de ces frais à une moyenne de 25 fr. par once.

Si nous récapitulons ces divers éléments de dépense en calculant sur une éducation de 10 onces de graines» nous arriverons au résultat suivant, raisonnant toujours dans l'hypothèse de la disparition de la maladie.

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Aehatde 10 onces de graines à 8 fr. Tiine. . . 80' «« Valeur de la feuUle sur Farbre, 13,000 kilos

brut, à 6 francs 720 »

Salaire du magnanier, 30 jours à 4 francs. . . 120 *

120 journées de femmes à 1 fr. 25 c 150 «

Chauffage, 20 stères de bois à 8 francs 160 *

Éclairage, environ 15 »

Rameaux pour encabanage, environ 17 50

Loyer de la magnanerie meublée, assurances, etc. 250 *

GueiUette de la feuille, 2 francs par 100 kilos. 240 »

Mondage de la feuille, 1 franc par 100 kilos. . 120 »

Total des dépenses. . • . 1.872 50

OU par once 187 fr. 25 c. Calculant pour le temps actuel , nous avons du , cela va de soi , adopter les valeurs actuelles , afin d* approcher autant que possible de la vérité. Passons maintenant aux recettes.

S î. — Produits.

Les éléments du produit sont assez simples ; ils se composent des litières, dont nous avons indiqué remploi, et des cocons obtenus. Nous avons dit que les litières étaient considérées , dans les contrées séricicoleSy comme couvrant les frais de chaufiage; si le prix du bois a augmenté depuis vingt ans, celui des fourrages et des engrais a suivi une proportion à peu près égale; nous ne pensons donc pas avoir rien à modifier.

Quant au produit en cocons, on obtenait en moyenne , avant la maladie , dans les Cévennes , 38 kilog. 500 par once de 31 grammes , soit 31 kilog. par once décimale de 25 grammes. Mais dans une

magnanerie bien conduite on peut obtenir des rendements beaucoup plus élevés, témoin les chiffres suivants : Dandolo, dès 1814, avait obtenu 60 kilogr.; M. Amans Carrier, en 1827, 42 kilogr. 250; en

1828, 49 kilogr. 500; en 1833, 64 kilogr.; M. Camille Beauvais, en 1833, 46 kilogr.; M. Robinet , en 1838, avec la race Hanche de Tours, 51 kilogr. 510, avec le sina d'Annonay, 54 kilogr. 520» avec le sina de Neuilly, 64 kilogr.; le même , en 1839 , avec la race sina , 70 kilogr. ; madame Millet Robinet, en 1838, avec les sinas , 64 kilogr., avec ia rousse de Sauves , 70 kilogr. Nous ne pensons pas que ce dernier chiffre ait été dépassé; mais nous pensons qu'on peut adopter comme une bonne moyenne générale, dans les magnaneries bien dirigées, le produit.de 50 kilogr. par once.

Reste à déterminer le prix auquel pourront se vendre les cocons. Les prix moyens des cocons des Cévennes , sur le marché d'Alais , a été le suivant , de 1823 à 1842 inclus, par kilogramme :

soit en moyenne, 4 fr. 095 c. le kilogramme. Cette année (1873), ils se sont vendus au cours moyen de

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7 fr. le kilogr. Supposant toujours la maladie disparue, nous les éiraluerons à 5 fr. 50 c. le kilogramme. Rassemblons donc les éléments de recettes, nous trouverons :

Valeur des litières égale à la dépense en chauffage. 160' Cocons, 500 kilos à 5 fr. 50 c. Fun S. 750

. . Total des recettes S. 910

Le montant des dépenses ne s*élevant qu*à 1,872 fr. 50 c, il en ressort un bénéfice à peu près net de 1,037 fr. 50 c. pour un élevage de 10 onces, soit 103 fr. 75 c. par once.

Ces chifires ne concordent point, cela se comprend, avec ceux fournis à des époques antérieures ; quelques-uns de ces calculs ont négligé plusieurs éléments de dépenses, et, d'ailleurs, les prix ont changé depuis lors, et nous avons dû les évaluer an futur.

Un sériciculteur connu , M. Henri Bourdon , évaluait ainsi, en 1837, les résultats de Téducation de 10 onces de graine :

Frais. 20 journées d'hommes à 2 francs 40'

156 journées de femmes à 1 fr. 25 c. . . . 195

30 journées d'enfants à 1 franc àO

7,500 kUos de feuilles à 4 francs pour 100. 300

Frais de mobilier, éclairage, chauffage, etc. 250

Total des frais. ... 815

Produits* 500 kilos cocons à 3 fr. 25 1.625

Bénéfice iïÔ"

m Lfi tER A SOIE.

OU 81 fr. par once. A dix ans d'intervalle, en 1848, M. Robinet donnait les évaluations suivantes, que nous appliquons de même à Télevage de 10 onces :

10 onces de graine à 4 francs 50^

10,000 kilos de feuilles sur l'arbre à 4 fr. p. 100. 400

200 journées potir cueillette de la feuille à 1 franc. 200

400 journées d^ouvrières dans l'atelier, à 1 franc. • 400

Chauffage 100

Éclairage 30

Rameaux 50

I il I

Total des frais 1.230

Si le produit s'élève à 60 kilos de cocons par once, et que leur prix de vente soit de 4 francs, nous aurons 600 kilos à 4 francs, soit 2.400

Le- bénéfice serait donc de. «. 1.170

ou de 117 fr. par once de graine. Hais nous ferons remarquer qu'il n*est pas question de la magnanerie, de son mobilier et de leur loyer par conséquent. On s'explique facilement , par ces importants pro«* duits obtenus en Pespace d*un mois, avec un capi* tal relativement peu élevé, souvent par les seuls soins de la famille et sans capital aucun, le développement qu'avait pris la sériciculture en France avant l'apparition de la maladie. C'est cette industrie qui avait créé en partie la' prospérité de nos Cévennes; son abandon forcé en 1850 les a de nouveau ruinées. Mais tout espoir n'est pas pe^du , et si l'on veut suivre les données de la science, et profiter de la triste expérience acquise dans ces derniers temps, les beaux jours de cette industrie doivent prochainement renaître.

TROISIÈME PABTIE

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