‹ Précis élémentaire de sériculture pratique. Mûriers et vers à soie; production, industrie, commerce de la soieChapitre 4 sur 38 · HISTORIQUE DU VER A SOIE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DU VER A SOIE

On donne vulgairement le nom de Ver à soie à la larve ou chenille d'un papillon nocturne classé par Linnée dans ses Phalènes Bombyces ; par Latreille dans son genre Bombyce (Bombyx du mûrier. Bombyx mori), et dont les naturalistes modernes ont fait le type du genre Séricaire (SericariaMori).

Le Bombyx ou Séricaire du mûrier est originaire de r Asie orientale , où il a été domestiqué dès la plus haute antiquité.

D'après M. Stanislas Julien , le savant sinologue, les chroniques chinoises rapportent que : a La femme légitime de l'empereur Hoang-Ti ( 2,650 ans avant

Jésas-Christ) commença à élever des vers à soie. Ce grand prince voulut aussi que Si-Ling-chi ( d^autres rappellent Loui-tsee), cette épouse , contribuât au bonheur de ses peuples. Il la chargea d'examiner les vers à soie et d'essayer d'utiliser leurs fils. Si-Lingchi fit ramasser une grande quantité de ces insectes, qu'elle voulut nourrir elle-même dans un lieu qu'elle destina uniquement à cet usage; elle trouva non-seulement la façon de les élever, mais encore la manière de dévider leur soie et de l'employer à faire des vêtements. » (Résumé des principaux Traités chinois sur, etc., p. 67.) En reconnaissancei de ce bienfait , Si-Ling-chi fut placée au nombre des divinités , sous le nom d'Esprit des mûriers et des vers à soie.

D'après M. de Quatrefages , « les annales chinoises attribuent à l'empereur Fou-hi (3,400 ans avant notre ère) le mérite d'avoir employé la soie pour un instrument de musique de son invention. Cette date nous reporte à 5,265 ans en arrière ; mais à cette époque on se bornait , parait4l , à employer la soie des chenilles sauvages , et à la filer à l'état de bourre ou de filoselle. On ne savait encore ni élever les vers en domesticité, ni dévider les cocons. Cette double industrie parait avoir été créée 2,650 ans avant notre ère (il y a donc 4,515 ans), par une Impératrice nommée Si-Ling-chi. On lui attribue aussi l'invention des étofies de soie. » (Le ver à soie et la séricimilture-conférence, 1861.)

Le ChourKing (vers 2,200 ans avant Jésus-Christ) inentionne des plantations de mûriers en Chine. En

1,078 ans avant Jésns^Christ, Tempereur Kang-vang fit faire de nouvelles plantations et encouragea l'industrie séricicole, en fondant des manufactures pour le tissage de la soie.

Devenus habiles dans Télevage du ver et dans le tissage de son fil , en un mot » dans Tindustrie de Si-Ling-chi, industrie qui fut longtemps Tune des principales sources de leur prospérité» les Chinois voulurent s*en assurer le monopole; ils établirent autour de TEmpire une ligne de gardes chargés d*emp^cher la sortie des graines de vers à soie » des graines et des plants de mûriers : il y avait peine de mort pour ceux qui enfreindraient la défense. Elle fut bravée (vers 140 avant JésusrChrist ) par une princesse de la dynastie des Han : fiancée à un roi du Khotan (Asie centrale), et apprenant qu*il n'y avait ni mûriers ni vers à soie dans son futur Empire, elle n'bésita pas , en approchant des frontières de la Chine, à cacher dans ses cheveux des graines de mûrier et des œufs de vers à soie , qu'elle établit heureusement dans sa nouvelle patrie. De la Chine, le ver à soie se répandit peu à peu , mais on ignore à quelles époques , au Japon , dans Tlnde et en Tartarie.

Quant à l'Europe , il semble résulter d'un passage d'Aristote que , dès le quatrième siècle avant notre ère , il arrivait de l'Asie centrale à Céos , l'une des Cyclades , de la soie grége qu'une femme nommée Pamphila, fille de Lato, aurait été la première à savoir tisser. Les habitants de cette ile s'emparèrent de cette industrie et fabriquaient des gazes légères

(coavestis) que recherchaient avec tant d'ardeur les dames romaines de la fin de la République et des premiers temps de TEmpire. Un peu plus tard, les conquêtes romaines dans le pays des Parthes ayant ouvert une route pour le transport en Italie des productions de TAsie centrale , que Ton désignait alors sous le nom de Pays des Sères , les tisseurs de Céos perdirent leur ancienne vogue et furent remplacés par ceux de TOrient.

Suivant d^autres, au temps de Pausanias (170 ans après Jésus-Christ), c'était de la Sérique, contrée de rinde , au delà du Gange , que Tltalie tirait la soie, nommée, à cause de cela, Sericum. Pendant longtemps on ignora Torigine de ce fil , souvent attribué à de gigantesques araignées ou regardé comme une matière végétale analogue au coton. Chez les Romains, Héliogabale fut le premier empereur qui se vêtit d'habits de soie pure ; César fut le premier qui fit tendre au-dessus du Cirque d'immenses voiles de soie de Sères ( Vélum Sericum)) enfin, on sait que l'empereur Anrélien refusa d'acheter à sa femme une robe de soie, répugnant à donner tant d'or pour un peu de fil.

Qu'étaient les Sères et où se trouvait leur pays? On ne le sait pas positivement ; mais on s'accorde à penser que c'était un peuple de la petite Bukarie moderne. « La ville de Tarfan , au pied des monts Thian-chan (Tartarie, empire chinois), fut longtemps , dit Latreille , le rendez-vous des caravanes venant de TOuest, et l'entrepôt principal des soieries de la Chine. Elle était la métropole des Séres

de TAsie supérieure ou de la Sérique de Ptolémée. Expulsés de leur patrie par les Huns, les Sères s'établirent dans la grande Bucharie et dans Tlnde. C'est donc de leurs colonies, du Ser-Hend, que des missionnaires grecs apportèrent les œufs du ver à soie. Les anciens tiraient aussi des soieries des royaumes de Pégu et d'Ava , habités par les Sères orientaux. » (Règne animal j t. V, p. 402, 2* édit.).

Il est à remarquer aussi que Pline , répétant sur les tissus de soie ce qu'avait déjà dit Aristote, ajoute, après avoir parlé des abeilles maçonnes : « D'autres Bombyces ont une origine différente. Ils proviennent d'un gros ver armé de deux cornes de la même substance que le reste du corps. Ce ver devient d'abord chenille , puis bombyce , enfin nécydale ' ; et cela , dans l'espace de six mois. Les Bombyces ourdissent, à la manière de^ araignées , une toile qui , sous le nom de Bombycine (Bombycina)^ s'emploie pour l'habillement et la parure des femmes... On dit que l'île de* Cos produit aussi des Bombyces. S'il faut croire ce qu'on rapporte, la chaleur de la terre anime et vivifie les fleurs que les pluies ont fait tomber du cyprès, du térébinthe, du frêne et du chêne. Il se forme d'abord de petits papillons tout nus; bientôt ils se couvrent de poils qui les défendent du

1 L'un des commentateurs de Pline, Hardouin pense que le Bombyce est la chenille dans l'état de chrysalide, et que le Nécydale est l'insecte né de nouveau de lui-même, né du Bombyce qui était connue mort (necus, mort). Selon Brottîer, le Bombyx (Bombllis) serait le ver qui file , et le Nécydale , la chrysalide ou le papillon qui en sort.

froid; ils se composent eux-mêmes de tuniques épaisses pour Thiver : ils arrachent le duvet des feuilles qu'ils grattent avec leurs pieds; puis rassemblant ce duvet en un tas , ils le cardent avec leurs ongles, le traînent sur les branches, en forment une espèce de filasse; après quoi ils saisissent les brins, les roulent autour d'eux et s'enveloppent tout entiers. C'est dans cet état que les habitants les emportent. On les dépose dans des vases de terre où ils sont entretenus par une chaleur douce, et on les nourrît avec du son ; il leur pousse des ailes d'une espèce particulière ; alors on leur rend la liberté pour qu'ils aillent commencer d'autres travaux. Leurs coques jetées dans l'eau s'amollissent , puis on les file avec un fuseau de jonc. » (Histoire natu^ relie des animaux, liv. XI, chap. xxv, p. 22 et 23.)

Il est donc constant que les Grecs ont connu les tissus de fils de chenilles; mais d'après ce que dit. Pline de l'insecte producteur, qui paraît être aussi probablement une larve de colèoptère qu'une chenille de lépidoptère, on peut fortement douter que ses contemporains aient connu autrement que par ouï-dire le Bombyx du* mûrier ; et de même aussi les Romains jusqu'au sixième siècle de notre ère. Des momies , couvertes de soie et retrouvées en Egypte, prouvent seulement aussi que, de très-bonne heure, les Égyptiens connurent la soie et la mirent en œuvre , mais très-probablement sans connaître sa nature ni son origine.

On a cru pendant longtemps qu'il ne fut pas fabriqué d'étofie de soie en Europe avant le règne de

Justinien, au sixième siècle; mais on sait aujourd'hui qu'on en faisait déjà à Constantinople au cinquième et peut-être même au quatrième siècle. Seulement , cette fabrication fut d'abord très-restreinte , à cause de la rareté de la matière première, que Ton tirait à grands frais de TAsie centrale , et elle ne commença à se développer que lorsque , sous le règne de ce prince » le ver à soie eut été importé et acclimaté dans l'Empire grec.

En 519, 527, 530 ou 552, suivant les divers historiens, l'empereur Justinien voulant naturaliser l'industrie de la soie en Ethiopie d'après quelques auteurs , mais plus probablement dans son empire , envoya à Serica (Ser-Hend, Serenda, Sirhind, ville de l'Inde septentrionale ) deux religieux de l'ordre grec de Saint-Basile, dont l'un, le chef, était Cosmas Indicopleustés, ancien commerçant d'Alexandrie. Bravant la mort dont était punie l'exportation de l'insecte producteur de soie, les moines remplirent de ses œufs les cannes de bambou , creusées à l'avance, dont ils s'étaient munis pour ce voyage. Grâce à ce subterfuge , ils échappèrent au danger, revinrent à Constantinople avec le précieux insecte, la graine de l'arbre qui lui sert de nourriture , les notions nécessaires pour élever l'un, diriger les autres, dévider et tisser la soie, et furent magnifiquement récompensés par leur prince. Des manufactures importantes s'élevèrent presque aussitôt dans plusieurs villes de l'ancienne Macédoine , de l'Hellade et du Péloponèse, notamment à Constantinople,

Athènes, Thèbes et Corinthe. Pendant les premiers

siècles du moyen âge, ce furent ces manufactures qui , concurremment avec celles des peuples musuU mans de la Syrie , de la Perse et de FEgypte , ali* mentërent le commerce des soieries dans toute TEurope. Le manteau de Charlemagne , Foriflamme de saint Denis venaient' de Constantinople.

Les Arabes ou Maures , dans leurs relations avec FAsie orientale , connurent et s^appropriërent la précieuse chenille. Ils Fimportèrent , à la fin du septiëme siècle de notre ère , sur les côtes septentrionales de FAfrique (Algérie), et au huitième, en Espagne, enrichissant ainsi les pays qu'ils venaient de conquérir, a Edrisi , qui parcourait FEspagne au douzième siècle, rapporte que Ton comptait, dans le seul royaume de Jaën , plus de six cents villes et villages livrés à Findustrie de la soie. La soie espagnole était, dans ce temps-là, préférée à la soie de Syrie. » (Bonafous. )

La Grèce , et particulièrement le Péloponèse , s'étaient livrées à Féducation du ver à soie avec une grande ardeur, dès son introduction en Europe; la culture du mûrier ne tarda pas à y prédominer, et le nom de Morée, tiré de celui du mûrier, remplaça, pour les Européens de FOccident, Fancien nom de la presqu'île. En 1170, Benjamin de Tudèle, visitant ce pays , compta, dans la seule ville de Thèbes, deux mille juifs exclusivement occupés au tissage de la soie.

C'est en Morée que Roger II, premier roi de Sicile , prit le mûrier et le ver à soie pour les importer (1130| dans son royaume; il fit venir ex^

même temps un grand nombre d'habiles ouvriers qui établirent leur industrie à Palerme. De la Sicile, mûriers et vers se propagèrent rapidement dans toute ritalie. ccAux treizième et quatorzième siècles, la culture de la soie, déjà connue dans la Calabre ultérieure , s'étendit dans une grande partie de Tltalie, jusqu'au pied des Alpes cottiennes, sous le règne d'Àmédée V de Savoie et de Sybille de Baugé. Les statuts de Florence de 1423 enjoignaient à tout propriétaire de Toscane de planter au moins cinq mûriers à haute tige chaque année. » (Bonafous.) Des fabriques furent successivement créées à Palerme, Messine, Naples, Rome, Florence, Lucques, Venise, Gênes, Milan, etc., où les procédés orientaux furent appliqués avec le plus heureux succès.

En France , on présume que le mûrier avait déjà été introduit et cultivé aux environs de Vénasque (ancienne capitale du comtat Venaissin, Vaucluse), lorsque, en 1229, Raymond VII céda le comté au pape Grégoire IX. Mais il est certain qu'en 1309, Clément V, ayant transféré à Avignon la résidence du Saint-Siège, y fit planter les premiers mûriers et y introduisit les premiers vers à soie. La nouvelle industrie y prit, en quelques années, une extension considérable. Mais le Vénasque et l'Avignonnais étaient alors, et pour longtemps encore, indépendants de la France. Il nous faut arriver à Louis. XI et à Charles VIII, à la fin du quinzième siècle, pour voir implanter ce ver et son arbre nourricier sur une terre vraiment française. Louis XI (14)61-1483) fit, ep çfi^t, planter ê^e non^breux noûriers autour de

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son château du Plessis-les-Tours, et attira en France un Calabrais, nommé François, pour initier la population tourangelle à l'élevage du précieux insecte et aux diverses industries qui s'y rattachent. C'est sous le règne de son successeur, après les guerres de Charles VIII en Italie, qu'en 1494 Guy-Pape-de- SainlrAlban rapporta de Naples plusieurs pieds de mûriers qu'il fît planter dans son domaine , près de Monlélîmart, oii l'un d'eux existait encore en 1802. Le roi Henri II (1550) fut le premier, en France , k porter des bas de soie.

Sous Charles IX, un jardinier, nommé Traucat , établit, en 1564, auprès de Nîmes, une pépinière de mûriers, d'où il répand quatre millions de plants dans le Midi. Olivier de Serres, l'illustre agronome, le conseiller d'Henri IV, prit dans les pépinières de Ttnucat les mûriers qu'il planta sur sa terre du Pradel; sur ses avis, le roi en fit venir à Paris vingt mille pieds, qu'il planta dans le parc de Fontainebleau et au jardin des Tuileries, où on établit une immense magnanerie qui fut abandonnée à sa mort. Le long des grandes routes , le mûrier fut , dans tout e Midi , substitué à l'orme; la pépinière des Tuileries fournitdes plants à toutes les généralités, et particulièrement à celles de Paris, Orléans, Tours, c. Sully, ministre du roi, en fit planter sur s publiques de tous les villages, on quelexistent encore. Après la mort de Henri IV, progrès se ralentirent faute d'encourage-

i règne de Louis XIIl , l'industrie de la soie

prit un grand développement à Lyon , à Tours et dans plusieurs autres villes; mais elle ne s*exerçait que sur des soies venues toutes filées d'Espagne, d'Italie et du Levant. Sous Louis XIV, son ministre, Colbert, comprenant le rôle immense que devait jouer la soie dans l'industrie des tissus , fit établir des pépinières royales de mûriers dans le Berry, FAngoumois, TOrléanais, le Poitou, le Maine, la Franche-Comté, la Bourgogne et le Lyonnais, accordant des primes aux propriétaires dont les plantalions prospéreraient ; il fit venir de Bologne un habile ouvrier, nommé Benay, qui fit sa fortune en dotant la France de Tindustrie du tissage des soies.

Vers la même époque, un soldat, le capitaine François de Carie, de retour d'une campagne en Italie, résolut d'implanter l'éducation du Bombyx dans les Cévennes, sa patrie, il fit arracher les châtaigneirs, et les remplaça par des mûriers, sur ses propriétés ; il construisit des aqueducs et des canaux pour arroser ses arbres ; il arriva à faire produire à la commune de Vallerangue 2,000 kilogr. de cocons ; l'industrie y était bien établie, puisque, en 1862, on en produisait 200,000 kilogr.

En somme, la sériculture était généralement répandue en France et y était déjà la source d'une grande prospérité agricole et industrielle quand survint la révocation de l'Édit de Nantes (1685). L'exil chassa de France les protestants, dont un grand nombre s'était adonné à l'industrie delà soie, qu'ils portèrent en Angleterre , en Prusse , en Suisse et dans les Pays-Bas. Pendant près d'un siècle, la

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gérîcicullure fut à peu près complélement abandon- Dée , mais non pas poartant la fabrication des soieries. Sous Louis XV, en 1763, sur L'iuiliative d'un agriculteur nommé Thomé, la culture des mûriers redevint active el flonssante, et l'élevage du ver à soie n'a cessé de prospérer jusqu'à ces dernières années oii il s'est trouvé ralenti, mais non pourtant découragé par l'épidémie spéciale qui est venue ToDdre sur l'utile iosccle.

Eq même temps que le ver du mûrier se multipliait si opportunément chez nous, on l'introduisait en Suisse, en Allemagne, en Suède, en Russie, en Angleterre; mais on ne tarda pas à se convaincre que son existence se trouve intimement liée au sort de l'arbre qui le nourrit, et que le mûrier ne prospère pas sous tous les climats; qu'il ne peut servir à l'éducation du Bombyce que là où il peut se revêtir d'un double feuillage chaque année, u Les mûriers plantés au commencement du dii-septîème siècle aux portes de Genève y prospérèrent durant plus d'un siècle el demi. Des essais de culture eurent lieu dans les plaines de la Hollande, et, en Germanie, dans les Etats du duc de Wittemberg. Des plantations furent faites dans la Russie méridionale tar Gabriel Ivanowitch. En 1603, Dsuite Georges I", essayèrent, sans uire la culture de la soie en Angled'y alimenter les manufactures de dans ce pays dès le quinzième sièles deux siècles suivants , et de là s , l'art de cultiver la soie fût l'ob-

jet de nouvelles tentatives dans la Belgique , sur les rives de la Baltique, dans une grande partie de la Suisse , de F Allemagne , et jusque dans la Crimée , la Géorgie, ainsi que dans le Danemark et dans la Suède , où une association séricicole , fondée en 1842, et présidée par la reine régnante, Joséphine de Leuchtenberg , renouvelle aujourd'hui les essais de Christian VI. »

ttLes Certes y au seizième siècle, introduisirent la culture de la soie dans TAmérique du Nord. Plusieurs villages, au Mexique, portent encore les noms de Tepexe de la Seda et de San Francisco de la Seda. Jacques I" propagea le mûrier dans les possessions américaines de TAngleterre. » (Bonafous). tt En Amérique, dit M. de Quatrefages, le Chili semble être la contrée où les vers à soie ont de meilleure heure appelé Tattention d' un assez grand nombre de cultivateurs. La récolte des cocons a, dans ce pays, une certaine importance. Au Brésil , les encouragements donnés par le gouvernement ont, il est vrai , manqué leur but, par la faute des hommes qui avaient semblé vouloir seconder ses intentions éclai* rées ; mais en dépit de ce que cette expérience a eu d'incomplet, elle n'en a pas moins démontré que l'élève du ver à soie doit ajouter tôt ou tard une source de richesses à toutes celles que possède déjà cet empire privilégié. La république de l'Equateur, entrée bien plus tard dans la lice, possède déjà cinq à six cent mille mûriers, et les éducations ont jusqu'ici remarquablement réussi. Il en est de même ^e la Califorpie. E)iffin , TQcéanie elle-n^êmp çom-

mence à s*adonner à Tindustrie lucrative dont il 8*agit. Dès 1859, elle envoyait déjà en Europe quelques flottes de soie à côté de ses innombrables balles de laine ; et des renseignements récents m*ont appris que, en Australie, quelques colons songeaient à entreprendre sur une grande échelle et à répandre la culture du mûrier et Télevage du ver à soie. »

Le lecteur se rendra pn compte plus complet de. Timportance qu'a acquise la sériciculture dans les temps modernes , en parcourant le tableau suivant,qui indique la production approximative en soie grége dans les diverses parties du monde, vers 1850, c'est-à-dire peu avant Tapparition du terrible fléau qui frappe depuis vingt ans nos magnaneries :

ANNÉE MOYENNE. Kilos. Vtlnt.

France 3.000,000 108,600,000^

Italie entière 8^,025,000 281,500,000

Autriche, . 2,330,000 78,000,000

Prusse etautresÉtatsallemands. 5,000 170,000,000

Suisse (Tessin) 100,000 3,500,000

Espagne et Portugal 1,280,000 4^,320,000

Grèce 428,000 15,600,000

Turquie d'Europe et d'Asie. . . 545,000 18,400,000

Russie d'Europe et d'Asie.. . . 480,000 16,800,000

Chine et Japon 14,250,000 505,000,000

Inde 3,800,000 120,000,000

Perse et autres pays de l'Asie. 2,550,000 77,800,000

Afrique 33,000 1,100,000

Amérique 15,000 500,000

Océanie ' 16,000 600,000

Totaux 36,857,000 1,271,890,000

D*après J. Heath et le docteur Ure , Tltalie , en 1829, ne produisait qu'environ 2,500,000 kilos de

HISTORIQUE n

soie grége; elle en recueillait, en 1850, plus de trois fois autant. L'Espagne n'en récoltait, en 1797, qu'environ 606,887 kilos, contre 1,104,000 kilos en 1850. Mais c'est en France que nous pourrons le mieux suivre le développement de cette industrie jusqu'en 1854, époque où commence à sévir la maladie et à se produire la diminution des produits; il s'agit du poids en cocons bruts :

PRODUCTION MOTBNNE ANNUELLE. Kilos. Valant.

C'est donc, en comparant la période de la maladie à l'année maximum de 1853, une perte brute annuelle et moyenne, pour la France, de 63,500,000 fr. environ ; la perte de l'Italie par le même fait est évaluée à 200,000,000 de francs par an ; enfin M. de Quatrefages croit pouvoir estimer à deux milliards la perte annuelle de l'ensemble des pays sériciculteurs sur le globe.

Nous avons vu que la Chine septentrionale parait avoir été la patrie originaire du ver à soie ' comme

^ Suivant M. Pariset (Hist de la soie, t. II), la Perse et le Turkestan ou Tartarie indépendante seraient essentiellement la patrie des races de vers à cocons jaunes , et la Chine , celle des races à cocons blancs.

elle est celle des mârîers blanc et noir. Mais » suivant M. Isidore-Geodroy Saint-Hilaire , on ne connaît pas le Bombyx mort dans Tétat de nature. tt L'espèce sauvage dont il se rapproche le plus est le Bombyx religiosœ , dont il serait issu , selon une conjecture de M. Jenkins. Mais ce dernier Bombyx est indien , et vit sur le Ficus religiosa (figuier des Pagodes) ; la vraie souche de nos vers à soie reste vraisemblablement à découvrir en Chine. » D'un autre côté, aie capitaine Hutton constate qu'on a, dans le monde entier, domestiqué au moins six espèces de vers à soie ; et il croit que ceux qu'on élève en Europe appartiennent à deux ou trois d'entre elles. Ceci n'est toutefois pas l'opinion de plusieurs juges très -compétents, qui se sont tout particulièrement occupés en France de l'éducation de cet insecte , et s'accorde mal avec certains faits. » (Darwin.)

Cependant le Bombyx Huttoni parait si rap* proche du Bombyx mon, que M/^Goérin Henneville serait assez disposé à le regarder comme étant le type de ce dernier, tant sa forme à l'état parfait se rapproche de celle de notre papillon de race domestiquée.

Nous trouvons encore dans les Mémoires de la Société d'agriculture de Lyon, le 29 janvier 1864, une communication de M. Jourdan qui dit tenir de M. Westwood, que, au nord de Calcutta, au pied de l'Himalaya, on élevait un ver à soie très-petit, donnant huit générations, et dont il faut 2,400 à 3,000 cocons pour fournir un kilogramme de soie;

ce ver passe^ au Bengale, poar être une dégénères* cence du ver ordinaire. Un voyageur russe prétend avoir aussi observé un ver analogue au ver dômes* tique» au pied du Thibet, lieu où la légende chinoise place le berceau de ce dernier. Enfin, ajoutons que le docteur Boisdnval considère le Bombyx Huttoni comme le type sauvage du Bombyx mort : Fun se nourrissant du mûrier sauvage, Tautre du mûrier cultivé. (VInsectologie agricole ^ t. Il, 1868, p. 249.) Il est à remarquer aussi que jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, on ne connut en Europe que les races de vers à cocons jaunes, et que la première introduction des races ou variétés à cocons blancs , , en particulier du Sina, eut lieu en France en 1772 et provenait encore de la Chine.

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