‹ Précis élémentaire de sériculture pratique. Mûriers et vers à soie; production, industrie, commerce de la soieChapitre 5 sur 38 · RACES DE VERS A SOIE DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

RACES DE VERS A SOIE DOMESTIQUES

Qae notre ver à soie soit sorti cl*an ou de trois types sauvages, il n*en a pas moins présenté des variations assez nombreuses et plus ou moins importantes, portant tantôt sur la couleur et la taille des chenilles, la couleur, la grosseur et la forme des * cocons; tantôt sur le nombre de mues, l'espace de temps nécessaire aux œufs pour Féclosion, etc., etc.

Si Ton en excepte les premiers jours qui suivent leur naissance et où ils sont tous noirs , les vers à soie du mûrier ont généralement la peau blanche, quelquefois marbrée de noir ou de gris, et occasionnellement tout à fait noire, a La couleur, même dans les races pures , n'est toutefois , d'après M. Ro« binet , pas constante ; il faut en excepter la race tigrée^ ainsi nommée parce qu'elle est marquée de raies transversales noires. La couleur générale du ver n'étant pas en corrélation avec celle de la soie » les sériciculteurs n'ont fait aucune attention à ce caractère, et il n'a pas été fixé par sélection. Le capitaine Hutton a démontré que les marques tigrées foncées qui apparaissent si fréquemment sur les vers de différentes races , pendant les dernières mues , sont dues à un fait de retour, car les chenilles de

plusieurs espèces sauvages , et voisines du Bombyx, présentent des marques et une couleur semblables.» (Darwin.) Dans la sélection opérée sur les produits de ces vers tigrés , la teinte des marques et la couleur des papillons deviennent de plus en plus noirâtres à la seconde et surtout à la troisième génération. Le premier pas vers ce retour parait consister dans Tapparition de tigrures semblables à des sourcils, autour des yeux. M. Robinet a constaté Tapparition de vers noirs (moricauds ou bouchards) parmi les vers ordinaires ; il a même vu la même race produire exclusivement des vers blancs une année et la suivante en donner beaucoup de noirs. D'après H. A. Bossi, de Genève, ces vers noirs produisent des vers de même couleur qu'eux , mais les papillons et les cocons conservent leur couleur ordinaire.

Les œufs des diverses races sont loin de présenter le même diamètre, puisqu'un gramme en contient, suivant la race, de 1200 à 1550. Les plus gros sont ceux de la race de Dandolo, puis de celles de Loudun, de Roquemaure, Çora, Espagnole!, de Turin , enfin de Sina. La longueur et le poids des vers parvenus à leur entier développement ne sont pas en rapport constant avec le diamètre et le poids des œufs dont ils sont sortis, %t les mêmes races doivent être classées comme suit sous ce double rapport : Dandolo, Loudun, Cora, Espagnolet, Roquemaure,

Turin et Sina.

A regard de la couleur des cocons, nous ferons

remarquer qu'elle n'est pas forcément héréditaire.

A l'époque (1772) de Fintroductiou de la race sina

blanche, elle fournissait 10 poar 100 ou un dixième de cocons jaunes; après soixante-cinq générations, grâce à une sélection attentive, la proportion des cocons jaunes était descendu^ à 3.50 pour 100; enfin aujourd'hui , c'est-à-dire après un siècle d'acclimatation et de soins, on ne trouve souvent pas un seul cocon jaune dans un million de cocons sinas. La soie varie de finesse et de grain , comme elle varie de couleur. On classe les races en : 1* vers à soie à cocons blancs ; 2* vers à soie à cocons jaunes. Les races à soie blanche, connues en Europe depuis un siècle seulement, sont les suivantes: Sina, Espagnolet blanc , Roquemaure blanc ; puis les variétés dites de Syrie blanc, bianci ou blanc de Varèse, à trois mues blanc, tigrée, etc. Parmi toutes celles-ci, le Sina fournit la soie du blanc le plus pur et prenant le mieux toutes les teintures. Les races à soie jaune sont : le Turin, le Milanais, TEspagnolet jaune, le Cora, le Lamastre,le Roquemaure jaune, la race de Loriol, celle de Loudun, celle de Dandolo, puis les variétés dites d'Aubenas, de Pesaro, de Fossombrone, Giali ou Nankin, à trois mues nankin , jaune de soufre, deVigevano, de Nice, etc. Dès le commencement du quinzième siècle , d'après Lazarelli , les cocons à soie verdâtre étaient les plus estimés en Italie ; nos Japonais blancs prennent souvent en partie cette teinte verte plus ou moins fon-* cée* «Dans le royaume de Mi-li (Chine), on voit, dit-on, des mûriers, dont les branches rampantes recouvrent une superficie de cent pieds et servent d'aliments à des vers à soie (?) qui y produisent un

fil vert de dix pieds de long. Mais ce qui est plus vrai pour dous, c'est Texistence ou variété de ver à à soie qui nous a été envoyée de la Mongolie chinoise. Cet insecte , à Fétat de chenille, se colore en vert au temps des mues et reprend ensuite sa couleur blanchâtre. Son cocon, de couleur verdâtre, se termine en pointe à l'un des deux bouts. » (Bonafous.) Le P. TeruUi parle de cocons couleur de pourpre, Lazarelli de cocons rouges (rubentes) ; on élève en Toscane, et notamment dans le pays de Pistoie, une race à cocons de couleur rose pâle ; on peut obtenir artificiellement presque toutes les colorations, en nourrissant les vers de feuilles saupoudrées de matières colorantes réduites en poudre très -fine, comme Tindigo , la cochenille ; mais le cocon et la soie ne sont colorés que mécaniquement, par contact, et le fil sort du tirage avec sa couleur propre.

La grosseur des cocons n'est pas moins variable que leur coloration , puisqu'il en faut , selon la race, de 370 à 600 pour peser un kilogramme. Nous classerons , sous ce rapport , les principales races dans Tordre suivant, en commençant parles plus lourdes: races de Dandolo, de Loudun, de Roquemaure, Cora, Turin, Espagnolet, Milanaise, Lamastre, Sina, etc. Nous ajouterons que le volume des cocons n'es! point une qualité absolue; ils sont, au contraire, d'autant plus estimés, qu'ils sont moins volumineux à poids égal , la coque soyeuse étant alors plus épaisse et le déchet, moins considérable à la filature.

Les cocons peuvent, suivant la race d'abord, et

ensuite suivant les individus, présenter plusieurs formes : ils peuvent être pointus , comme dans les variétés jaune et blanche de Macédoine, dans la variété jaune de Buckarest , dans celle blanche de Bulgarie ; ils peuvent avoir une forme allongée et être cylindriques comme dans la race de Loudun , celles de Nouka, de Bronski, des Balkans; sphériques comme dans les races de Roquemaure, de Loriol, etc. ; enfin étranglés par le milieu comme dans les races de Sina, Espagnolet, Turin, Cora, Milanaise, de Dandolo, Japonaise, etc. Cette dernière forme est la plus estimée des filateurs comme fournissant une plus forte proportion de soie.

Presque toutes nos races domestiques de vers à soie subissent quatre mues ; quelques-unes pourtant n'en subissent que trois , et c'est la quatrième qui parait être supprimée; leur éducation se trouve abrégée de trois ou quatre jours sur celle des races ordinaires. Aussi , reçut-on ces nouvelles races avec une grande faveur à Torigine. Jérôme Vida, qui écrivait son poème de Bombyee à Rome, en 1527, n'assujettit Tinsecte qu'à un triple sommeil : a Nous avons quelque raison de croire, ajoute son traducteur et commentateur, qu'au temps de' Vida , les vers à soie à trois mues étaient les seuls élevés en Italie..., Une existence plus courte de quelques jours expose l'insecte à moins de chances et économise proportionnellement la main-d'œuvre. » (Bonafous.) Les races à trois mues furent enfin préconisées par Dandolo, l'illustre réformateur de la sériciculture. Mais on ne tarda pas à remarquer que les vers de

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ces races pèsent environ un onzième de moins et leurs cocons près de deux cinquième que dans les races à quatre mues. Enfin on s'aperçut que les vers à trois mues restent petits et sont d'une constitution très-délicate, a Je suis porté à croire, conclut M. Robinet, que les trois mues ne sont que des dégénérescences. En effet , on trouve presque toujours dans les éducations un certain nombre de vers qui prennent le parti de filer leur cocon après la troisième mue. Évidemment, ce sont des vers faibles. D'un autre côté, presque toutes les races à trois mues que nous avons expérimentées ont fait quatre mues à la seconde ou à la troisième année , ce qui semble prouver qu'il a suffi de les placer dans des conditions favorables pour leur rendre une faculté qu'elles avaient perdue sous des influences moins favorables. » (Man. de Féduc., p. 317, 318.)

Nous verrons , un peu plus loin , que les œufs de nos vers à soie domestiques, -pondus en France durant les mois de juin à juillet, n'éclosent qu'au printemps suivant, quelle que soit la température graduellement croissante à laquelle on les soumette. On en possède depuis longtemps déjà en Chine et au Japon ; on a importé de ces pavs en Italie et d'Italie en France des races dites bivoltines, trivoltines ou poly voltines , dont les œufs ont la faculté d'éclore quinze ou vingt jours après la ponte et permettent de faire ainsi , dans une même année , deux et trois éducations successives. Toutefois, ces vers polyvoltins sont de moins en moins estimés i^u Japon, parce qu'ils donnent des cocons de peu de poids et une

soie relativement faible, qui, malgré la double récolte , ne dédommage pas des pertes de temps et des soins causés par une seconde éducation. D*un autre côté, M. Robinet fait observer que , dans toutes les races ordinaires, on voit éclore quelques pontes vingt à trente jours après leur dépôt sur les papiers; que, de plus,*on sait que dans nos colonies chaudes, Bourbon, la Martinique , Cayenne, la Guadeloupe, toutes les races prennent le caractère des Trevoltini, c*est-à-dire que les œufs donnent des vers peu de temps après la ponte; qu'jsnfin les cocons de ces races sont de qualité inférieure, les vers peu ro« bustes, Téclosion toujours inégale et incomplète, et que leur adoption a le grave inconvénient de reporter la seconde éducation vingt jours an moins après la première, pendant la saison la plus chaude et à Tépoque des plus grands travaux de la culture.

Ces considérations préliminaires établies, nous pouvons aborder maintenant la description succincte de nos principales races de vers à soie domestiques.

La race de Turin, à petits cocons jaunes (il y a une grande race de Turin) , porte les noms de Gioli (jaunes), Camuzzini (chamois) , Pastellini (du nom d*un éducateur), Nanchini (nankins), Centurim (étranglés), petit Espagnolet, petit Espagnolet de Cavaillon, Milanais, Turin, etc. Ses oeufs sont petits et verdâtres, ses vers un peu tardifs dans leur développement, son cocon petit, cylindrique, fortement étranglé au centre, à bouts ronds, d*un beau jaune, très-riches en soie excellente. La Milanaise est une variété à cocons un peu plus ronds et un

pea moins étranglés, mais possédant les mêmes qualités.

VEspagnolet jaune donne des œufs , des vers et des cocons un peu plus gros que le Turin ; mais les cocons jaunes et de même forme sont, relativement à leur volume, un peu moins riches en -soie. Cette race est probablement la même que celles appelées en Italie races de Pesaro et de Fossombrone. Elle a elle-même fourni une variété dite de Touraine et une autre dite d'Aubenas.

La race de Laudun , qui existe depuis longtemps dans le département de la Vienne et que M. Robinet croit originaire de Brianza ou de Pesaro , pourrait bien être descendue du Turin ou de TEspagnolet ; mais par la sélection et les soins, sans doute, les œufs , les vers et leurs cocons se sont de beaucoup accras. Ces cocons sont cylindriques, très-allongés et souvent pointus par Tune des extrémités; leur grain laisse aussi beaucoup à désirer, mais ils sont très-riches en soie,

La race Cora est le produit d'un croisement opéré en 1840 par madame Millet-Robinet , entre les races de Turin et de Loudun ; elle a pris de la première sa forme régulière et avantageuse , de la seconde sa richesse en soie. Les cocons jaunes ont à peu près la même forme que ceux des Turins , mais avec les bouts un peu moins arrondis.

La race de Roquemaure ou de Saint-Jean du Gard est la plus grosse race du midi de la France ; ses œufs et ses vers sont très-gros. Les cocons sont volumineux, les uns blancs, les autres jaunes, ar-

rondis et ne. présentant qu'un faible étranglement; ils sont pauvres en soie. La race de Lamastre n'en diffère que par un volume un peu moindre du cocon.

La race de Loriol parait être la race de Roquemaure améliorée par la sélection. M. d'Arbalestier, éducateur à Loriol, est parvenu, à force de soins, à créer cette race qui a de Fanalogie (bien que de taille un peu plus petite) avec celle de Roquemaure, itiais qui remporte sur elle par la richesse en soie et par la finesse du grain. Le cocon est presque sphérique et sans étranglement, d'une belle teinte jaune.

La race de Brianza ou de Dandolo , est la plus grosse de toutes nos races européennes, à cocons jaunes, de la forme des Turins, cylindriques, trèsétranglés au centre, pauvres en soie médiocre. Ses vers sont très-exposés, comme ceux de toutes les grosses races, aux maladies.

La race Sina est la première race à soie blanche qui ait paru en Europe. Elle fut importée en France, sous Louis XV, en 1772, par Mathon de Fogère, qui Tavait prise dans la province chinoise de Kiang- Sou. Cette graine fut principalement distribuée dans les montagnes des Cévennes , où par sélection attentive on parvint à confirmer la blancheur du cocon. Elle est très-robuste ; ses œufs sont petits et d'un beau gris bleuâtre ; les vers atteignent un poids et des dimensions moyens ; les cocons sont petits, cylindriques, un peu étranglés au centre, avec les bouts arrondis ; ils sont médiocrement riches en soie, mais ce produit est de qualité exceptionnelle par sa cou-

leqr pure d*un blanc magnifique et sert à fabriquer les blondes et quelques tissus à couleurs tendres. La race dite japonaise , à variétés blanche et jaune» présente une très-grande analogie avec le Sina, mais lui est inférieure au point de vue de la richesse et de la qualité de sa soie.

La race Bronski a été formée et améliorée, depuis 1847, au château de Saint-Selve (Gironde), par. mademoiselle Christine Bronno-Bronski ; elle fournit de très-beaux cocons blancs , allongés , de forme un peu variable, assez riches en belle soie de deuxième blanc.

Les dames Ursulines de Montigny-sur-Vingeanne (Côte-d'Or) élèvent depuis quinze à seize ans, en plein air et avec un succès complet, une race bourguignonne améliorée qui donne d'énormes et magnifiques cocons blancs, ovoïdes, non étranglés, dont quatre cents seulement pèsent un kilog.

La race persane fournit de très-gros cocons assez régulièrement arrondis, dont les uns sont blancs et les autres nankins. Dans cette race pure, comme dans celle de la Grèce, les œufs sont dépourvus, au moment de leur ponte, de Tenduit visqueux qui, d'ordinaire, détermine leur adhérence sur le papier ou la toile qui les ont reçus. Madame Estève, de Lignières (Cher), avait exposé, en 1S67, des cocons très-réussis d'un croisement entre les deux races persane et sina.

Parmi les races à cocons jaunes, contentons-nous de citer encore celles dites : jaune de soufre (Loiseleur-Deslonchamps), de Nouka, des Balkans, de

Dailliat, etc.; parmi les races iDdifféremment blanches oa jaunes y celles de Macédoine, de Buckarest; parmi les races à cocons blancs, celles dites Blanchi ou blanche de Varëse (Piémont), tigrée (Chine), de Philîppopolis, de Syrie, etc.

La raceà trois mues^ que quelques personnes ont pu croire nouvelle à Fépoque où elle fut recommandée par Dandolo (1819), a sans doute été obtenue par sélection parmi des vers affaiblis, ainsi que nous Tavons déjà dît. Avec une bonne hygiène et des soins, ainsi que Ta constaté en 1839 M. Robinet, la mortalité par jaunisse a diminué , la montée s'est faite régulièrement du dix-huitième au dix-neuvième jour après la naissance , les cocons ont repris toutes leurs qualités; mais ils ont continué à ne subir que trois mues; ce n'est qu'à la seconde et surtout à la troisième aimée qu'ils ont été soumis à la règle générale et ont passé par la quatrième mue.

La race Trevoltini, probablement originaire de la Chine, fut importée en France par Berthezen, en 1790, et laissée dans un profond oubli. En 1829, elle fut envoyée, comme une nouveauté, d'Italie en France, par M. Horetti à M. Loiselenr-Deslong* champs. Vers 1838, les Trevoltini avaient supplanté presque toutes les races ordinaires dans le pays de Pistoie et les Deux-Siciles. On ne tarda pas, après expériences, à les réserver pour les cas exceptionnels, lorsque la première éducation de printemps a manqué, par exemple. Nous avons dit déjà que le caractère de cette race, c'était l'éclosion de leura œufs quinze à vingt jours après leur ponte.

Les résultats obtenus par un grand nombre d'intelligents éducateurs , et notamment par M. André- Jean dans les Charentes, M. d'Arbalestier à Loriol (Drôme), les dames Ursulines de Montigny-sur-Vingeanne (Côte-d*Or), mademoiselle de Bronno-Bronski à Saint-Selve (Gironde), etc. , prouvent que rbygiëne, les soins et la sélection peuvent améliorer très-notablement un grand nombre de races sous le rapport du poids et de la richesse en soie des cocons^ la régularité de leur forme, la qualité et le grain de leur produit. D*un autre côté, Texemple de mesdames Cora-Millet à la Cataudière (Vienne), et Estève à Lignières (Cher), démontre que le croisement de diverses races peut fondre, pour le plus grand profit de Téleveur, une partie de leurs qualités et faire disparaître leurs défauts.

Certains caractères de Tœuf et du ver peuvent servir à distinguer sous ces états, les races blanches des races jaunes. Ainsi, les œufs des femelles qui produisent des cocons blancs > diffèrent légèrement par la teinte de ceux qui donnent des cocons jaunes ; dans les premiers , le gris ardoisé est bleuâtre ; dans les seconds, il tire très-sensiblement sur le jaune verdâtre. Les pattes abdominales sont blanches dans les vers adultes qui doivent donner un cocon blanc ; elles sont jaunes dans les vers dont le cocon aura cette couleur. Enfin, nous avons déjà dit que les vers noirs dits moricauds ou ceux de race tigrée, qui fournissent des cocons, les uns blancs, les autres jaunes, produisent des papillons reconnaissables k leprs cpu^eurs plifs p^^çures.

Plusieurs considérations doivent guider Téleveur dans le choix de ces différentes races: la bonne constitution des vers, la forme, le volume et la richesse en soie des cocons , la variété de mâriers dont on dispose, la nature du sol qui les nourrit, le climat sous lequel on opère. En effet, certaines races réussissent mieux dans les contrées méridionales que sous un climat tempéré; peu de races s'accommodent de la feuille de mâriers venus dans un sol humide; les filateurs de chaque pays, suivant le débouché qu'ils trouvent ou l'industrie qu'ils ont adoptée, préfèrent telle ou telle race dont ils déterminent ainsi le choix. On a cru durant quelque temps, mais à tort, que les vers des races à soie blanche et les vers moricauds résistaient mieux à la pébrine; on sait aujourd'hui qu'elle atteint à peu près proportionnellement toutes les races. Quant à la maladie dite la grasserie , à celle de la jaunisse et enfin à celle delà muscardine, on sait aujourd'hui que les grosses races y sont plus exposées que les petites. Enfin, le capitaine Hutton pense que chez les races persane et grecque, le manque d'adhérence des œufs ne provient que d'un affaiblissement des glandes de l'oviducte.

A la suite d'une longue domestication, en effet, le ver à soie a dû, comme nos autres animaux domestiques , perdre une partie de son instinct , de sa vitalité, de sa résistance aux maladies. Les vers placés en plein air ou en chambrée, sur un mûrier, commettent souvent l'étrange erreur de ronger le pétiole de la feuille sur laquelle ils se trouvent et

tombent conséquemment à terre; une fois là, ils ne sont pas tous et toujours capables de remonter sur Tarbre par le tronc. Un grand nombre de personnes compétentes ont attribué Tinvasion de la pébrine à une hygiène défectueuse, à la température élevée, à Taccélération d'élevage qui président, depuis un demi-siècle, à la production de la soie ; la pébrine a pu devenir ensuite héréditaire et contagieuse ; aussi conseillaient-elles logiquement d*élever en plein air les vers destinés à la reproduction. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet.

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