DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Il y a douze ans que cet ouvrage a été entrepris ; nous avons consacré les neuf premières années aux recherches qu'il nécessitait, et le reste à la rédaction. Ce dernier travail a été fait au milieu des troubles civils, des commotions politiques les plus violentes , d'une épidémie meurtrière , des fatigues de l'enseignement clinique le plus difficile, et d'une pratique fort étendue. L'habitude d'une vie méditative et retirée ; le goût le plus vif, une véritable ferveur pour la médecine, et particulièrement pour la thérapeutique chirurgicale ; le sentiment des devoirs d'un professeur, parmi lesquels il nous semblait voir l'obligation de faire connaître à nos disciples l'ensemble d'une doctrine dont nous ne pouvions leur exposer que quelques fragmens dans des leçons cliniques ; une santé chancelante, qui semblait nous presser de mettre fin à une entreprise , peut-être au-dessus de nos forces, ont pu nous rendre étranger aux événemens qui ont mis ■ en jeu tant de passions , et nous faire trouver le
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loisir de penser et d'écrire un ouvrage difficile et de longue haleine.
Dans les siècles où le goût de l'observation est répandu , les sciences physiques s'agrandissent à tout monjent par l'accumulation des faits nouveaux et leur comparaison avec ceux qui étaient déjà connus. Ce seul motif suffirait pour justifier le renouvellement des ouvrages élémentaires : la forme de cette espèce de revues périodiques doit changer comme la science dont elles sont l'objet ; si l'observation a fait faire quelques progrès à cette dernière , elles doivent contenir des vérités d'un ordre nouveau ou différent. Un grand nombre de faits anciennement connus,' qui ne pouvaient être bien interprétés que par leur comparaison avec d'autres plus récens, n'avaient pas été mis en œuvre dans les traités généraux ; néanmoins , ils pouvaient influer puissamment sur la doctrine et les préceptes.
Mais un projet plus vaste nous a déterminé ; il était digne des soins et des efforts d'un homme plus consommé, d'une plume plus exercée : nous aurons payé notre tribut à la science en nous efforçant de l'accomplir ; et nous nous applaudirons pour elle , si d'autres après nous entrent dans cette carrière difficile et la parcourent d'un pas plus assuré. La plupart -des écrivains chirur-
préliminaire: v gicaux n'ont pris la plume que pour décrire des procédés opératoires (i), comme si la connaissance des maladies pour lesquelles ils sont réservés n'était pas nécessaire avant tout; comme s'il n'était pas plus important de guérir sans opérations , que d'apprendre à exécuter ces dernières. Nous avons .formé le projet de traiter séparément des maladies où la thérapeutique chirurgicale peut être utile, et des moyens par lesquels on peut procéder à leur guérison; en séparant ainsi ces deux objets, nous avons voulu nous ménager les moyens de les mieux approfondir. Dans l'ouvrage que nous publions aujourd'hui , nous avons eu le dessein d'exposer le résultat pur et simple des faits touchant les espèces , les causes , la marche, les terminaisons naturelles des maladies et les principes généraux de leur traitement ; dans celui que nous publierons dans la suite., nous ferons connaître avec tout le détail dont ce sujet est susceptible , non-seulement les procédés opératoires, mais encore tous les moyens qui peuvent contribuer à la guérison des maladies réputées chirurgicales. Les vues générales que l'en-
(i) Nous pourrions faire d'honorables exceptions, parmi lesquelles surtout nous placerions les écrits de Callisen , de Richter , que la postérité distinguera.
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semble et les parties de chacun de ces vastes sujets peuvent pre'senter, seront exposés avec plus d'indépendance et d'utilité en suivant cette marche.
Cependant , dès les premiers pas nous avons rencontré de grandes difficultés. Nous ne qualifierons pas ainsi la question de l'ordre méthodique selon lequel il convenait d'exposer l'histoir,e des maladies : nous faisons peu de cas en lui - même de l'arrangement systématique des parties d'une science, à moins qu'il ne soit propre à soulager la mémoire et faciliter l'étude. Ces méthodes sont toutes des artifices plus ou moins ingénieux, mais bien éloignés du vrai, parce que la plus grande partie des sciences nous est et nous sera peut-être toujours inconnue , et que la nature n'a pas eu le dessein d'accommoder ses productions à la faiblesse de notre esprit. Nous avons adopté un ordre dont les bases sont l'affinité connue de certaines maladies entre elles , et l'identité des principes de leur traitement ; mais, certes, nous y attachons trop peu d'importance pour nous montrer disposé à défendre sa prééminence.
Une difficulté d'un ordre bien plus élevé consistait à tracer nettement le cercle dans lequel il convenait de nous renfermer : nous voulions nous
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borner au sujet pathologique. Mais existe-t-il une pathologie chirurgicale ? La ligne de démarcation entre la médecine interne et la médecine externe est-elle si distincte que Ton puisse sans empiétemens, sans tronquer les sujets les plus intéressans , traiter séparément de l'une et de l'autre ? On éprouve ici le même embarras que dans la classification des objets d'une science physique : en effet, il s'agit de la distribution des maladies en deux grandes classes ; et les maladies sont des productions naturelles qui ne se prêtent pas à cet arrangement. L'immensité de la médecine, et la nécessité d'acquérir une grande habileté dans l'application des moyens Curatifs, ont nécessité la division de la pratique, inconnue chez les anciens ; mais la doctrine est indivisible. Il a fallu néanmoins nous tracer des limites artificielles, à la faveur desquelles nous pussions décrire avec toute l'exactitude nécessaire les maladies à faire connaître , sans écrire un traité complet de médecine. On sent que nous n'avons pu éviter des lacunes importantes ; mais ces défectuosités appartiennent au sujet lui-même, comme nous pouvons le démontrer par quelques exemples. Le complément de ce que nous nous sommes borné à exposer doit se trouver dans les traités généraux de médecine , et notamment dans le bel
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ouvrage de l'illustre Franck (i), que nous nous
sommes proposé pour modèle.
L'inflammation était la question qui devait se présenter la première ; elle se trouve unie à presque toutes les maladies qui font le sujet de la chirurgie : la nature la fait souvent servir à leur guérison ; l'art doit l'utiliser, la rechercher, la provoquer , l'éloigner tour à tour. Un élément ou un instrument de cette importance devait être connu avant tout; mais pouvions-nous, devions - nous approfondir une telle affection et la considérer sous tous les rapports intéressans qu'elle présente ? La pléthore sanguine , la fièvre inflammatoire, la théorie générale de l'inflammation, celle des fluxions, etc. , etc. , ces sujets immenses, indispensables à connaître pour prétendre à l'art de guérir, pouvaient-ils entrer dans le plan d'un ouvrage comme celui-ci ? Nous avons dû nous renfermer dans l'exposition succmcte de quelques idées générales qui supposent des connaissances plus étendues de la part du lecteur, et nous arrêter plus particulièrement aux résultats immédiats et locaux de l'inflammation, les réunions contre nature qu'elle produit, la suppu-
(i) Epitome de curandis hom. morbis.