‹ Précis élémentaire des maladies réputées chirurgicales [electronic resource] (volume 2)Chapitre 4 sur 49 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de l'inflammation en général.

L' inflammation , quoique très-commune et observée de tous les temps , est une maladie dont on ignore la nature, et dont on ne connaît que les phénomènes, malgré tous les efforts des physiologistes.

En général , dans une inflammation bien mani- Principaux teste , 1a sensibilité de la partie enflammée , son phél volume, sa consistance, sont augmentées, et sa température est plus élevée.

Toutes les parties organisées et vivantes sont exposées à l'inflammation : cependant les parties les plus sensibles, et après elles le tissu cellulaire et

îcnoinenes

Chap. I. ies organes qui en contiennent le plus , y sont les

De PInflam- i j. , mationengé-Plus dlsPoses-

neral. Qn 0Dserve c]es différences , quant à la suscep-

tible Milité de contracter l'inflammation, entre les âges, les sexes, les tempéramens , les climats et les conditions physiques et passagères de l'atmosphère : ces différences sont telles, que les dispositions à l'inflammation se trouvent en raison directe du degré de sensibilité et de la force plastique des humeurs. Ainsi les enfans, les adolescens, les femmes surtout dans l'état de gestation , les tempéramens sanguins , les habitans du Nord , sont plus exposés à l'inflammation ; et la température froide et sèche de l'atmosphère est une condition très-favorable à son développement.

Causes. Toute cause capable de mettre en jeu l'irritabilité des organes vivans, pourvu que son action soit suffisamment prolongée, peut produire l'inflammation. Ces causes peuvent consister dans une viciation des humeurs , ou dans l'action des agens extérieurs.

Espèces. On doit donc établir une première distinction entre les inflammations produites par des causes internes, et celles produites par des causes externes.

On doit les distinguer en idiopathiques , qui ont en elles-mêmes la raison suffisante de leur existence ; en sympathiques, qui ne doivent leur développement qu'à une maladie antérieure , laquelle affecte un ou plusieurs organes liés par des sympathies connues avec celui qui s'enflamme ; et en

de l'inflammation. 5 symptomatiques , qui font partie intégrante d'une ChII i. autre maladie. La distinction de l'inflammation en De 4'Éaflani-

„ . raationengé-

vraie et en fausse , est contraire à l'exactitude du n&ài. langage ; celle de l'érysipèle et du flegmon , porte non-seulement sur des différences de forme, mais encore sur des espèces bien distinctes ; il faut encore admettre l'érysipèle flegmoneux \ comme une différence essentielle ; enfin , il est important de conserver la distinction de l'inflammation en aiguë et en chronique.

L'inflammation, quand elle est légère , ne produit Description, point de symptômes généraux. La partie affectée acquiert d'abord une sensibilité contre nature , puis devient douloureuse ; elle se tuméfie , devient pesante, rouge, chaude et moins apte à ses fonctions. Ces phénomènes durent un certain nombre de jours , puis diminuent et disparaissent successivement dans l'ordre suivant : la rougeur et la douleur diminuent d'abord , ensuite la chaleur et la tuméfaction ; la douleur et la rougeur disparaissent complètement ; la tuméfaction se dissipe la dernière , et l'aptitude naturelle de la partie ne se rétablit complètement que lorsque tout est terminé.

L'autopsie apprend que dans l'instance de la maladie , le système capillaire de la partie affectée est injecté ; il en est même rendu apparent dans des parties où on ne l'observe pas dans l'état naturel ; c'est ce qui a fait dire que des vaisseaux blancs reçoivent alors du sang contre l'ordre naturel , et qu'il y a, sous ce rapport, erreur de lieu dans les limites de

Chap. i. la circulation sanguine. Le tissu cellulaire est le De rinflam- siége principal de l'engorgement : on trouve ses

reationengé- ° 1 | \ 0 0 r . ,,

néral; lames épaissies et ses aréoles remplies a un mélange de sérosité et d'albumine. Tantôt les flocons de cette dernière , nageant dans la première , la rendent trouble ; tantôt au contraire la sérosité est limpide et l'albumine forme une couche continue et plus ou moins épaisse / appliquée et adhérente aux surfaces des lames du tissu cellulaire. Quelquefois la totalité de ces matières infiltrées est légèrement sanguinolente. La disparition de l'engorgement suppose la résorption du matériel de l'infiltration , et les vaisseaux lymphatiques paraissent les seuls organes propres à cette fonction. On a lieu de présumer fortement que l'albumine s'organise , quand elle forme des membranes accidentelles , et que c'est alors par sa médiation que s'opère l'absorption. Il n'est pourtant pas sûr si, dans quelques cas au moins , les vaisseaux lymphatiques ne commencent pas par repomper les couches albumineuses membraniform.es , pour résorber ensuite la sérosité. Quoi qu'il en soit , l'absorption de la matière de l'infiltration , est (a condition exclusive de la terminaison la plus heureuse de l'inflammation : c'est ce que l'on, appelle résolution.

Lorsque l'inflammation s'empare de deux organes voisins disposés en surfaces conliguës , le produit matériel de l'inflammation est. déposé dans l'espace intermédiaire. Alors la résolution se faisant, la sérosité, s'il y en a, est résorbée ; l'albumine formant

DE l'inflammatiok. 5

comroè tme sorte de membrane continue, adhère Chap. i. aux deux surfaces voisines , et les confond pour De l'inflam-

, , ,,. a . mationen8«-

jamais en s organisant. Le degré a inflammation nérai. nécessaire pour produire ce résultat a été appelé inflammation adhèsive.

Quelquefois celte absorption n'a pas lieu, ou bien elle ne fait disparaître que la sérosité ; l'albumine reste , s'organise, et entretient dans les lames du tissu cellulaire une légère inflammation habituelle que l'on peut appeler chronique. La tuméfaction persiste, mais la tumeur est indolente ou à peu près , et peut subsister long-temps ; c'est ce qu'on appelle la terminaison par induration. Elle est rare quand l'inflammation a été intense , et la tumeur qui en résulte ne doit pas être confondue avec le squirre.

L'inflammation peut être beaucoup plus grave , donner lieu à des symptômes généraux et affecter deux autres terminaisons ; c'est ce que nous exposerons en traitant du flegmon et de la gangrène : nous n'examinons ici que l'inflammation considérée en elle-même , locale , et par conséquent légère.

Ne pouvant juger de l'inflammation que par ses Diagnostkj phénomènes extérieurs , son diagnostic ne peut être fondé que sur la douleur , la rougeur , la tuméfaction et l'élévation de la température , et sur la permanence et la fixité de ces phénomènes. Si nous devions examiner de suite l'inflammation dans tous les organes , nous devrions ajouter , qu'à raison de leur différence de situation , de structure , de propriétés vitales et de fonctions , ces phénomènes

Chaj. i. sont plus ou moins marqués , plus ou moins obs- De rinflam- curs dans une prédominance respective diverse ,

mationengé- 1

néial. et quê quelquefois qùelques-uns d'entre eux sont

très-peu marqués, ou n'existent absolument pas.

Toutes les fois que l'inflammation s'est développée spontanément , elle dépend d'une cause interne , soit générale, soit locale. Des circonstances opposées sont faciles à distinguer , pour caractériser les inflammations de cause externe : tous les agens extérieurs irrilans , agissant mécaniquement, ou par leurs propriétés physiques ou chimiques, peuvent produire cet effet. L'action d'une cause locale étant appréciée , ou les maladies précédentes ou concomitantes étant suffisamment connues , il est facile également de distinguer l'inflammation idiopathique , la sympathique et la symptomatique. Quelquefois ces causes de diverse nature combinent leur action : il importe alors de connaître la part de chacune d'entre elles , et de juger sainement du degré respectif de leur importance. Nous traiterons séparément de l'érysipèle , du flegmon et de l'érysipèle flegmoneux , et nous exposerons alors le diagnostic propre à chacune de ces espèces. Pronostic. L'inflammation légère , et qui cesse rapidement de s'accroître , est une maladie de peu d'importance , qui se termine ordinairement par la résolution : cependant si l'irritation est souvent renouvelée par des applications intempestives ; ou bien si l'inflammation a lieu sur uu sujet faible et cacochyme , où h réaction vitale ne puisse point être

-de l'inflammation. 7 énergique, l'inflammation se lerniine par l'indura- Cbm-.i, tion. Cette dernière terminaison peut n'avoir rien De .1Irill'3" de fâcheux , si la tumeur qui en résulte peut rester neral. indolente et stationnaire ; mais elle est ordinairement suspecte, car rien n'est plus propre que cette sorte de tumeurs à fournir l'occasion du développement d'une diatlièse scrophuleuse ou cancéreuse. Si l'inflammation est intense , elle peut se terminer par la suppuration ou par la gangrène , ainsi que nous l'exposerons ailleurs. Le pronostic de l'inflammation idiopathique ne peut être tiré que de sa propre intensité; mais cette dernière circonstance se trouve combinée avec la nature et la violence de la maladie principale , dans l'inflammation sympathique et dans la symptoma tique [: tant qu'elles ne sont point parvenues à un lel degré d'intensité qu'elles aient acquis une existence indépendante , elles subissent ordinairement le sort de la maladie dont elles proviennent.

Dans l'exposition générale du traitement de l'in- Traitement, flammation , nous continuerons de considérer cette maladie comme une affection purement locale ; et pour la clarté et la précision du précepte , nous y distinguerons trois périodes : i°. L'inflammation commençante ; 2°. l'inflammation consommée; 5°. l'inflammation jugée.

Sans vouloir hasarder aucune interprétation physiologique touchant les phénomènes de l'inflammation , on peut remarquer que la douleur est le premier symptôme qui l'annonce ; la tuméfaction , la

Cha.p. i. chaleur , la rougeur, ne surviennent qu'en second De rinflam- ]jeu . aussi a t.on observé que les sédatifs employés

niation en ge- 1 f ,

nérai. dès le principe à l'intérieur et a 1 extérieur, peuvent arrêter le développement de l'inflammation , à moins qu'elle ne soit tellement violente , qu'elle passe rapidement de la première à la seconde période , et que la durée de la première soit presque insensible. C'est ainsi sans doute qu'il faut entendre également les effets des topiques appelés répercussifs: l'eau froide , l'acétate de plomb , qu'on a souvent employés dans ce sens, jouissent d'une propriété sédative bien reconnue ; peut-être aussi les astringens proprement dits , produisent-ils une stupéfaction indirecte. Quoi qu'il en soit , il est démontré que l'usage intérieur, et surtout l'application locale et assidue de l'extrait d'opium délayé dans un menstrue aqueux ou huileux , que celle d'une forte décoction de l'écorce des têtes de pavot , des feuilles de morelle, de jusquiame, et de toutes les substances qui partagent avec l'opium la propriété sédative , réussissent communément à prévenir le développement d'une inflammation imminente.

La saignée , et toutes les évacuations qui peuvent comme elle affaiblir promptement, et décomposer l'appareil fluxionnaire , peuvent remplir les mêmes vues ; mais , à moins que l'inflammation ne soit trèsintense , ou qu'elle ne soit déjà parvenue à sa seconde période , ces moyens puissans sont inutiles.

Quant aux répercussifs , s'il est vrai qu'il en existe de proprement dits pour ces cas , il paraît que leur

effet n'a pas toujours été heureux : à travers les Chap- l exagérations que contiennent les observations rela- ^atilnen^" tives à cet objet , il semble que l'on pourrait con- néraL dure , que l'usage de ces topiques n'est admissible que dans .les inflammations de cause externe, et qu'ils sont dangereux dans les cas opposés.

Quelques praticiens hardis ayant observé la stu- dang™.^s péfaction produite par une compression générale et uniforme de la partie affectée , ont osé employer ce moyen dans l'intention de s'opposer aux progrès d'une inflammation commençante ; le succès a même couronné ce procédé ; mais il est trop dangereux pour être recommande. Il est trop difficile de prévoir , dès le premier moment , jusqu'à quel point l'inflammation doit être grave ; il est trop facile que la compression , en s'opposant à un développement suffisant de la partie enflammée , détermine la gangrène.

Dans la seconde période de l'inflammaf ion, et lorsqu'elle est consommée , il faut des moyens puissans pour troubler l'ordre dans lequel se succèdent et sont enchaînés les phénomènes qui constituent la maladie. C'est là que le régime sévère, les saignées surtout locales , réitérées , les évacuations humorales , les rubéfians , les boissons délayantes prises abondamment , peuvent être de la plus grande utilité , soit pour obtenir une guérison absolue de la maladie , soit pour procurer une terminaison moins fâcheuse que celle que la violence des symptômes peut faire appréhender. Ainsi ; on pourra,

lO SECTION PREMIÈRE.

Chai*, i. par ces moyens , obtenir la suppuration dans les De rinflam- cas Gù la gangrène pourrait être à craindre, ou même

ruationengé- .

nérai. la résolution , quand la suppuration aura paru probable. Du reste, ces moyens doivent être administrés selon les règles connues du traitement des fluxions , règles qu'il n'est pas de notre objet d'exposer ici.

Les applications locales1 ne peuvent plus être que relâchantes , quand l'inflammation est parveuue à ce point : les topiques se'datifs ne peuvent plus réussir ; on croit même en avoir observé de mauvais effets. Il paraît au moins prouvé qu'ils n'ont été utiles que dans les cas où la douleur avait une prédominance marquée et une intensité qui ne s accordait nullement avec les autres phénomènes inflammatoires : ainsi , les cataplasmes avec une déeoction des plantes mucilagineuses , dans laquelle on incorpore la farine récente de graine de lin , cellede riz, de pommes de terre ,lamie de pain, etc. ; des bains , des fomentations avec des flanelles trempées dans une décoction des mêmes plantes et que l'on renouvelle à mesure qu'elles perdent leur chaleur , sont ce qu'il y a de plus convenable. Quant à l'usage intérieur de l'opium , il est propre à supprimer le sentiment de la douleur et à procurer quelque repos au malade ; mais il ne peut guère agir comme eu ratif dans ce cas.

Ces mêmes moyens , propres au traitement de l'inflammation idiopalhique , peuvent bien être admissibles également dans celui de l'inflammation sy m-

DE L'INFLAMMATION. Il

pathique ou symptomalique ; mais leur emploi doit Chap. L être subordonné à la nature de la maladie principale, De iinflamlaquelle fournit les véritables indications. néral-

Dans la troisième période de l'inflammation , la voie de solution est déjà déterminée. Si la résolution paraît décidée, on est dans l'usage d'employer un ordre de topiques appelés résolutifs ; sorte de stimulans légers qui peuvent bien aider les vaisseaux lymphatiques dans le repompement de la matière de l'engorgement , mais qui peuvent aussi renouveler l'état inflammatoire. Ils ne doivent jamais être employés qu'avec la plus grande circonspection , et lors seulement que la douleur ayant entièrement disparu, l'engorgement subsiste encore. Le plus souvent , à mesure que la douleur décroît, la résolution s'opère, et l'on est conduit ainsi jusqu'au terme de la maladie , sans avoir occasion d'user d'autres topiques que des émolliens.

La résolution est puissamment aidée par un régime assez sévère, à la faveur duquel la faim n'est satisfaite qu'incomplètement. Des évacuations pratiquées de temps en temps paraissent avoir aussi la propriété d'accélérer les fonctions du système lymphatique, et.par conséquent de hâter la résolution.

Nous verrons ailleurs quelle est la conduite à tenir lorsque l'inflammation se termine par suppuration ou par gangrène.

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