‹ Précis élémentaire des maladies réputées chirurgicales [electronic resource] (volume 2)Chapitre 5 sur 49 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DE l'ÉRYSIPÈLE.

Cette maladie ne ' fait point partie de celles qui rentrent dans le domaine de la thérapeutique externe : elle n'admet aucun traitement chirurgical ; et si nous plaçons ici quelques considérations qui la concernent , c'est uniquement parce qu'elle se combine quelquefois avec le flegmon.

Définition. L'érysipèle est une inflammation spécifique de la superficie du derme ou de quelques autres organes ayant comme celui-ci une surface libre.

Tous les âges , tous les sexes , tous les tempéramens , paraissent sujets à l'érysipèle ; mais on l'observe bien plus fréquemment chez les sujets de trente à cinquante ans , faibles , moroses et doués du tempérament appelé bilieux. On l'observe aussi quelquefois, même périodiquement, sur des sujets doués d'ailleurs , en apparence , de la plus brillante santé. Cette maladie affecte particulièrement la tête , sans épargner pour cela aucune autre partie. Elle ne paraît pas avoir de prédilection pour certaines saisons de l'année , ni pour un état particulier de l'atmosphère , malgré ce que l'on a pensé à cet égard. On a fait autant d'espèces de l'érysipèle que de va- ESpèCeSj riétés accidentelles de forme nue h maladie peut présenter dans son cours : ainsi , quelques phlyctèncs ,

DE l'inflammation. i5

des boutons, des pustules 5 l'œdème , la gangrène , Chap. il ont servi de base à des distinctions qui ne com- De rÉrysU prennent que des degrés différens de la maladie et leurs résultats. Des distinctions plus utiles peuvent être tirées de l'état de simplicité ou de complication de l'érysipèle , ainsi que nous allons l'exposer.

Tout démontre , dans cette maladie , l'existence 11 existe

une cause

d'une cause spéciale : quand elle agit seule , elle spéciale, constitue l'érysipèle simple. Cependant l'observation démontre, que celte affection peut être développée occasionellement par des maladies de toute autre nature , et qu'à son tour elle peut fournir l'occasion du développement de plusieurs affections générales. Dans l'un et dans l'autre de ces deux derniers cas , il y a association et combinaison plus ou moins intime de l'érysipèle et des affections concomitantes; mais toujours le premier conserve ses traits caractéristiques , et, jusqu'à un certain point, son indépendance : ainsi , il est bien conforme à l'observation que l'érysipèle peut être compliqué d'une affection inflammatoire , gastrique , bilieuse , puuiteuse , vermineuse , nerveuse ; mais il est fort inexact de dire que l'érysipèle puisse dépendre tour à tour de chacune de ces causes. Il est surtout insoutenable que , comme on le pense communément , l'érysipèle ne soit presque jamais qu'un symptôme de l'embarras gastrique ou d'une affection bilieuse. On ne connaît point la nature de la cause spéciale de l'érysipèle ; néanmoins, il est bien

j4 SECTION PREMIÈRE.

dur. H. démontré qu'il suffit dé la plus légère irritation , De l'Érysi- surtout aux légumens de la tête , pour la mettre en pMe' jeu. Tout ceci ne s'applique qu'à l'érysipèle pro-

prement dit , et nous ne confondons pas avec lui une rougeur passagère , superficielle , qui est le produit de l'action du soleil , de l'abus des onctions, ou du contact prolongé des liquides àlkooliques , etc.

L'érysipèle est ordinairement précédé de fièvre ; quelquefois elle paraît en même temps, et lorsqu'il est très-léger, la fièvre n'a pas lieu. Un ou deux paroxysmes complets annoncent le développement de l'affection locale ; celle-ci se montre d'abord sous la forme d'une simple rougeur, que l'on fait disparaître par la moindre compression , mais qui se restitue tout aussitôt. Alors la rougeur augmente d'étendue et d'intensité , et le tissu cellulaire sous-cutané s'engorge. Si l'érysipèle doit être médiocre , la fièvre cesse presque aussitôt qu'il a paru ; dans le cas contraire , elle diminue seulement , pour augmenter de nouveau dans la suite ; et chaque nouvel accroissement de la fièvre précède ou accompagne quelque nouveau progrès de l'érysipèle. Celui-ci semble abandonner le lieu où il s'est montré d'abord pour s'étendre vers les parties voisines , et il peut parcourir ainsi des surfaces très-étendues. Dans d'autres cas , l'érysipèle semble ne pouvoir se consommer dans le lieu où il s'est montré d abord : à peine a-t-il paru , qu'il s'évanouit ; mais un autre paroxysme de fièvre annonce le développement de raffecuou locale sur des partie, plus ou moins

éloignées , quelquefois même sur un viscère inié- Chip. ir. rieur. Au bout d'un temps indéterminé, et qui' Ue l'Érysivarie entre le cinquième et le quinzième jour , l'érysipèle se termine , la tuméfaction du tissu cellaire sous-cutané se dissipe, la fièvre disparaît, la transpiration se rétablit, il survient des évacuations alvines pultacées , ou un flux d'urine sédimenteuse , la couleur rouge de la peau s'évanouit , Fépiderme se desquame , et l'appétit se prononce.

Il est rare* que pendant la durée de l'érysipèle , ou Gastricité vers sa fin , la langue ne devienne blanche , grise ■y»Pt0*a*ou jaune , humide , la bouche pâteuse ou amère , et qu'il ne survienne des rapports nidoreux , acides , des vomituritions , etc. Ces symptômes annoncent un embarras gastrique consécutif, déterminé sans doute par l'action sympathique de l'affection cutanée sur la membrane muqueuse des voies alimentaires. L'époque à laquelle cet accident arrive suffit pour prouver qu'il n'a aucune influence sur l'érysipèle, et qu'il ne peut jouer que le rôle d'une complication.

L'érysipèle simple est une maladie légère qui se Pronostic, juge spontanément ; mais il n'est pas au pouvoir de l'art d'abréger sa durée , du moins sans danger. L'érysipèle compliqué est plus ou moins grave , selon la nature de la complication : cette dernière circonstance a pour effet, tantôt d'empêcher le développement de la maladie locale', en sorte que celle-ci ne paraît qu'après que la maladie qui constitue la complication a élé combattue avec

1g SECTION PREMIÈRE.

CnA, il succès ; tantôt il en résulte pour l'érysipèle une De l'Érysi- marche incertaine , irrégulière , une durée insolite , pele' un caractère malin , un jugement incomplet , des

rechutes fréquentes , des métastases dangereuses ou même mortelles , des infirmités incurables. Traitement. Quand l'érysipèle simple est léger , il n'exige qu'un traitement naturel et fort simple. Cette maladie peut être considérée comme une éruption aiguë ; son accomplissement est nécessaire et assure par le nouvel ordre des fonctions. Le soin d'éviter tout excès de régime , et d'entretenir les énionctoires libres , est tout ce qui doit occuper le praticien : les alimens légers et en petite quantité , une boisson diaphonique et tout à la fois diurétique, des lavemens émolliens ou quelques doux laxatifs ; tels sont tous les moyens généraux indiqués en pareil cas. Quant aux applications locales , 1 expérience a prouvé qu'elles sont inutiles , et qu elles peuvent devenir dangereuses .

P Jopinion généralement admise, que lerpele n>est le plus ordinairement, qu'un symptôme de l'embarras gastrique , a . répandu singulièrement del'émétique dès le début de la maladie, quelque simple qu'elle soit. Le plus souvent cette prtiuesetLveinutile^tl'éryst^en'enp^

Lrt pas moins ses périodes-, quelquefois cependant ce procédé , puissamment perturbateur, réussit à troubler l'ordre de la maladie , et tranche la succession des phénomènes qui l'accompagnent-, mais vent alors on voit une fièvre continue prendre

Erreur dan gueuse.

la place de l'érysipèle , ou bien celui-ci disparaître Chap. il pour former des métastases dangereuses. Ainsi cette P,e fÉryafc pratique , qui n'est d'ailleurs pas suffisamment fonàée en raison , "est accompagnée de trop de périls pour être généralement admise.

Quand l'érysipèle est jugé et que l'épiderme se desquame , l'exhalation cutanée paraît importante par sa qualité , ou "du moins plus copieuse : c'est ce que semblent éprouver les accidens nombreux que l'on a vus survenir après l'exposition du corps à des courans d'air froid' et humide. Il paraît aussi qu'il se passe des phénomènes analogues dans la membrane muqueuse des voies alimentaires. C'est sur ces deux observations qu'est fondée l'utilité des vêtemens chauds , des évacuans , et successivement des toniques amers, dans cette circonstance.

Dans la thérapeutique de l'érysipèle compliqué, il faut prendre en considération l'espèce de complication et le traitement qu'elle indique , l'influence qu'elle a exercée sur la marche et le caractère dé l'érysipèle, la période à laquelle ce dernier est parvenu, et les. effets probables des méthodes de traitement indiquées par la complication^ tant sur cette dernière que sur l'érysipèle lui-même : on ne doit jamais perdre de vue que la métastase est quelquefois très-facile.

Siège.

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