ARTICLE III
Des Concrétions articulaires.
Les grandes articulations , celles où les mem- Articula-
-, .-, 1 ^ ^1 r -\ ' tions où on
branes synoviales ont le plus détendue, ont pre- les observ
senté un grand nombre d'exemples de corps organiques développés dans leur intérieur : on en a vu au genou, au coude, à l'épaule, au poignet et dans les articulations du pied. La structure de ces corps organiques est tantôt cariilagineuse, tantôt osseuse ; on les trouve quelquefois libres et flottans dans l'articulation, et plus souvent fixés par une sorte de production membraneuse aux pièces osseuses des articulations. Ces moyens. structurjÉ. d'union sont évidemment un repli plus ou moins
Chap.iv. prolongé de la membrane synoviale j et en exa-
Des corps • ^ r 1
étrang. or- minant attentivement les corps organiques qui ^'"'oITcon- trouvent comme suspendus, on voit qu'ils cretions ai- sout recouVcrts dc cette même membrane et
ticulaircs. . .
quils consistent dans une ossification plus ou moins complète du tissu cellulaire extérieur de l'organe synovial ; altération organique qui correspond toujours à l'un des replis que ce même organe présente sur les limites des surfaces articulaires , et là où il se réfléchit pour tapisser les ligamens. Il est extrêmement probable que ceux de ces corps organisés qu'on a trouvés libres dans les articulations ont été adhérens comme ceux dont nous venons de parler j mais que , engagés et pincés fréquemment entre les surfaces articulaires, ils ont éprouvé des tiraillemens qui ont fini par rompre le pédicule ou le lien membraneux auquel ils tenaient. Nous avons pu du moins vérifier sur quelques-unes de ces prétendues concrétions libres l'identité de structure la plus parfaite avec les corps organisés adhérens. Dans les uns et dans les autres, nous avons pu reconnaître une ossification granulée , friable , dont les interstices étaient garnis de matière cartilagineuse ou de tissu cellulaire, et dont la surface était recouverte par une couche membraneuse. Nous avons retrouvé cette même structure non-seulement dans les organisations libres ou adhérentes des grandes articulations, mais encore daijs les concrétions articulaires des gout-
teux , connues sous le nom de tophus. A la suite C"^*"- IV.
• 1 T 1 1 Des corps
cl attaques violentes de goutte, et lorsque les ^trang. oraccès précédens ont déjà déformé l'articulation ^""^f^^^^^,^, le plus souvent afîectée et rendu ses mouve- crèUons ar-
j.™ . ^ r • • ticulaires.
meus ailliciles , on voit quelquefois survenir un Q^g^^gg abcès aigu , qui ouvre l'articulation et donne tophus ar-
\ j , , . . thiiliques
issue a du pus et a des organisations osseuses paraissent plus ou moins nombreuses, de volume et de ^atiîe!"''™^ forme variables. C'est dans ces dernières que nous avons eu l'occasion de vérifier la structure ci-dessus indiquée. Il est extrêmement probable que ces organisations , développées à l'occasion de la goutte, frappées de mortification par la violence du dernier abcès, isolées par une conséquence de ce même accident , ont agi à la manière d'un corps étranger, et qu'elles avaient provoqué elles-mêmes l'abcès par lequel elles ont été rejetées, ou qu'elles ont profité seulement d'un phlegmon que la goutte a déterminé. Les articulations des goutteux présentent, il est vrai, d'autres corps solides, désignés, comme ceux-ci, sous la dénomination commune de tophus , et qui offrent un autre aspect. Ils ne sont pas globuleux j leur surface n'est pas lisse et ne paraît pas revêtue d'une membrane; ils ont une configuration conforme à la disposition de l'espace qu'ils occupent ; leur superficie est pulvérulente et leur cassure irrégulière. Ne pourrait-on pas penser que ces corps ont eu primitivement la même origine que les précédens? que ; séparés
38ô SECTION V.
Chap.IV, (Je bonne heure de la pièce articulaire à laqiiellt*
Des corps . • . m ' ^ i i
ét.ang. or- ils upparlenaieut , ils ont éprouve, de la part des ganiques. surfaccs de l'articulalion , des frottetneus qui eu crètions ar- ont usé et dcnaturé la superficic ? Celte coniec-
ticulaires. a • i
ture nous paraîtrait d autant plus probable;, que quelques-uns des corps étrangers or.^aniqiies des arliciilalions ont été trouvés aplatis sur deux faces et percés dans leur milieu , ce qui ne peut être conçu que par un mécanisme semblable. Du reste, il est évident que ces corps étrangers topJwcés sont les seuls qui puissent rigoureusement admettre la dénomination de concrétion ., et que tous les au très sont de véritables corps organiques. Expulsion Les uns et les autres, dans les {goutteux, peu-
ii la faveur ^ , .
d'un abcès, vciit être expulsés ou seulement mis à nu par dès abcès aigus , par des abcès ft'oids, ou par des ulcérations lentes et successives. Les solutions de continuité qui résultent de. ces divers procédés sont accompagnées de plus ou moins de danger, selon leur étendue , leur communication plus ou moins directe avec l'articulation ouverte, l'imporlance de cette dernière, et les altérations plus ou moins profondes qu'elle peut avoir subiçs par l'effet de la maladie précédente. Ainsi nous avons vu rarticulation du pied, ouverte de la sorte et dans plusieurs points de sa circonférence par des abcès aigus, fournir une suppuration abondante et ruineuse , et guérir cependant après l'expulsion d'un grand nombre de corps organiques nécrosés, au grand étonnement de plu-
DES COUPS ÉTRANGERS. 38l
sieurs praticiens céièbics, qui croyaient les sur- Chap. iv.
C • ' T\ r 1 ' Des COipS
laces cariées. Un reste, ces corps etran<>[ers , de- éu-ai^^. orveloppés à l'occasion des accès arthritiques, ne fatiguent pas toujours les parties molles au point crèdons ar-
11, • u 1 . , . . ticulaires.
de déterminer 1 ouverture des articulations qui les renferment. Rassemblés quelquefois en trèsgrand nombre autour des surfaces articulaires , fixés de très-près aux pièces osseuses, logés souvent dans les échancrures et les arrière-cavités que les articulations présentent, ils peuvent y rester immobiles, et borner tous leurs effets à une gêne plus ou moins grande des mouvemens.
Les organisations articulaires • ne dépendent '^^^^^
. corps orga-
pas louj(nirs de la goutte, ou du moins on en nicjuts fiotobserve chez des sujets qui n'ont jamais éprouvé aucune atteinte de cette dici^^hèse, et l'observation n'a rien appris de plus touchant les causes de cette affection. Tantôt ces corps organiques sont attachés à un pédicule membraneux prolongé, tantôt l'affection locale n'est reconnue que lorsque ce même pédicule a été rompu : dans l'un et dans l'autre cas, les effets sont ceux que pourrait produire un corps étranger. Le corps organique s'engage souvent entre les surfaces articulaires j il les écarte , nuit à l'exactitude de leurs rapports, les irrite , les enflamme, et rend quelquefois les mouvemens impossibles penJaut plusieurs jours. Ramené dans quelque réduit de l'articulation, il cesse de nuire, et toute douleur disparaît pendant un temps plus ou moins long,
Chap.iv. pour reparaître tout-à-coup à l'occasion d'un étrang.*'°o?! mouvement. Ordinairement la douleur est si ^'^Dercon- ^^^^ momeut où elle se renouvelle , qu'elle crétions ai- arraclie des cris et supprime la faculté du mou-
ticiilaircs. ,
vement volontaire. Il est souvent arrivé , dans le cas où le corps organique existait dans le genou , qu'au moment où la douleur se déclarait, elle a déterminé une chute. Dès lors tout mouvement du membre devient impossible pour un temps plus ou moins long, et quelquefois l'instant d'après celui où la plus légère agitation de la partie causait la douleur la plus aiguë, la mobilité du membre est complètement rétablie et toute douleur entièrement dissipée. Assez fréquemment le malade indique lui-même le point de l'articulation où il éprou^le sentiment d'un déplacement qui accompagne le retour de la douleur , ou qui lui annonce qu'elle va se dissiper. Dans quelques cas on peut vérifier dans ce même point, et à travers les parois ligamenteuses et cutanées de l'articulation, l'existence d'un corps étranger plus ou moins volumineux et mobile. C'est particulièrement au genou , qui a fourni le plus grand nombre d'observations de cette espèce, que l'on peut faire dépareilles recherches avec succès. Cette articulation est une des plus grandes ; c'est celle où la membrane synoviale a le plus d'étendue , et où elle présente le plus grand nombre de replis -, elle offre plusieurs réduits où un corps étranger peut se loger commodément. Développé dans une de
ces arrière-cavités, im corps organique peut y Chap. iv.
I ester enseveli si son pédicule est fort court ; il étrang.*'°o?t'st même assez rare alors qu'il soit nuisible: ^'"'nl'^Z'nr, mais si l'espèce de ligament auquel il est assuiéti cf-étions ar-
,,,,,, , ticulaires,
a plus d étendue , le corps étranger peut errer dans divers points de l'articulation et causer des accidens. Les lieux où il peut se montrer, et celui de sa retraite, ordinaire dans ces cas, dépendent de la longueur de cette espèce de frein.
II n'est pas rare que le corps étranger se caclie toujours dans le même point de l'articulation, lorsqu'il ne cause pas de douleur. Ainsi, dans le genou, par exemple, on les trouve assez communément sur l'un ou l'autre côté de la rotule ou de son ligament inférieur , lieu où la capsule est assez lâche : ordinairement alors le pédicule appartient au repli de la membrane connu sous le nom de ligament adipeux. Nous avons vu de ces corps étrangers développés dans le repli que la membrane synoviale forme le long du condyle externe du fémur , et logés dans une excavation pratiquée aux dépens de ce même condyle. On sent bien que si le ligament membraneux avait permis à ces organisations d'errer dans l'articulation , cette excavation aurait pu les retenir long-temps toutes les fois qu'elles y seraient retombées.
Il est probable que c'est en s'engageant entre les surfaces articulaires que ces corps étrangers
Chap.IV. peuvent être entraînés violemment, et que le ëtrang.'^°or- ligament dont ils dépendent peut être rompu. ^^"DlTlon- ^^^^ ^ pl"s de limites que celles de
crétions fl/v. l'articulation qui puissent les contenir: ils errent a 1 aventure, et il ny a plus rien de fixe quant à leur situation et au siège des douleurs qu'ils peuvent occasioner. Cependant ils peuvent encore se pratiquer une loge dans l'épaisseur des ligamens on. des os, et s'y tenir long-temps cantonnés.
Indîca-tions. Si la situation de ces corps étrangers était fixe , s'ils ne s'engageaient jamais entre les surfaces articulaires, ils ne produiraient point d'accidens et ne mériteraient aucune considération. Il est extrêmement rare qu'ils acquièrent un développement égal à celui des organisations dé- 1 ernlinées par les attaques de goutte , et qu'ils amènent un abcès ou une ulcération et l'ouverture de la capsule articulaire ; mais lorsque , sans parvenir à cet excès de volume, ces organisations sont devenues considérables , lorsqu'elles s'engagent fréquemment entre les surfaces articulaires , et qu'elles y produisent une irritation inflammatoire , il devient urgent de supprimer cette cause d'irritation , si toutefois elle est aussi bien connue que son siège.
Conditions Les Organisations articulaires qui ont une
nécessaires ... • ,
pour procc- retraite ordinaire et connue sont souvent situées trlction!^''" un point accessible de l'articulation qui
HES CORPS ÉTRANGERS. 38f>
les renferme, comme nous l'avons prouvé par Chap.iv. l'exemple du genou. Il est facile, sans compro- é^ing.^'^ol-! mettre aucun organe important ; d'ouvrir cette ga"i'î"es. I dernière sur les côtés de la rotule ou de son Hga- crhionè ariment inférieur j mais si le corps étranger résidait I ordinairement vers la partie postérieure de l'ariticulatiou, il serait impossible de l'atteindre, à 1 cause des dangers que présenterait la structure ide la région qu'il faudrait attaquer. D'un autre icôté , pour faire l'extirpation ou l'extraction d'un (Corps organique articulaire, il faut pouvoir l'as- :su]étir dans le lieu où il se trouve , afin de ne ]pas ouvrir l'articulation vainement. Or, un corps létranger de cette espèce qui ne se montrerait que (quelques instans de suite dans une des régions ^accessibles de l'articulation, et qu'il ne serait pas jpossible d'assujétir au moins par quelque attitude idu membre, ne pourrait être enlevé. Enfin, il me faut pas perdre de vue que toute perforation (d'une grande articulation , qui ne peut préserver (de l'accès de l'air dans la cavité articulaire, est «suivie d'une inflammation grave, et dont les danigers seront proportionnés à l'importance de l'artticulation ouverte. Il est donc essentiel que le (corps étranger soit situé de manière que l'on puisse se contenter d'une ouverture passagère de l'articulation ; que la peau et le tissu cellulaire isoient dans leur état naturel , afin que l'on puisse ^auparavant déplacer la première, et y faire une