‹ Précis historique de la révolution francaise. Assemblée législative (volume 2)Chapitre 12 sur 20 · EPOQUE · texte numérisé non relu

EPOQUE

DE

Depuis le i.^ octobre 17^1 jusqu’au 21 septembre 1792.^

L*HiST^(|||||||||e , l’assemblée législative n’est en quelque sorte que celle du 10 août préparé pendant dix mois* Neuf années se sont à peine écoulées depuis cette époque > et la plupart des hommes qui y ont attaché leurs, noms ne sont plus. Les vainqueurs j^uçent impitoyables envers les vaincus ; ils le^furent également envers eux-mémes dans leurs épouvantables divisions. Plusieurs d’entre eux ont laissé une mémoire regrettée des partis ou des factions qui se sont formés jsous leur con- A. L.

duite. Quelques-uns ont inspiré un

qui s^annoiicèrent avec éclat, mais dont une mort prématurée ne per-

une direction assez sûre dans des temps de discorde. Il serait cruel de rendre leur mémoire' responsable de tous lés 'fléaux qui vinrent à la suite de leur entreprise.

Userait lâche , et d’ailleurs inutile. , de dissimuler lé vice d’un grand nombre de moyens qu’ils employèrent. Quant aux actions qui eurent tous les caractères et les plus affreux résultats du crime , il n’est permis , dans aucun temps , de cherchera en adoucir l’horreur.^ ^ '

intérêt plus général' par des talens

mit pas le développera des vertus qui rie tn

et par nt pas

Nulle conspiratioH n’offre moins d’obscurité et n’est plus facile à écrire que celle qui renversa Louis XVI, non pas du trône de ses pères ( l’assemblée constituante l’avait abattu ) , mais du, trône constitutionnel où elle venait de l’asseoir avec si peu de précautions.

Cette conspiration fut faite à haute voix, sans cesse annoncée par ses auteurs , et tous les jours essayée. Jamais orage ne fut pressenti plus long-temps d’avance , et ne fut jugé plus inévitable par ceux qu’il devait envelopper. Le détail des intrigues secrètes entre les conjurés explique pourquoi la grande catastrophe tarda à éclater , et pourquoi elle éclata d’une ma-<

4 INTBODtCTlOir.

niëre si désorfk>nnée et si terrible.

J’ai à retracet la dernière et cruelle année d’un règne commencé sous de fortunés auspices. Je rappellerai les fautes de Lduis /-^de sa cour*et de ses conseîlsj'^fe teisseraî les faits le iustifier de plusieurs crimes imaginaires; je ne chercherai lii à exalter ni à affaiblir là pitié qu’on doit à des malheurs sans sure.' Quels que soient les jugemens contraires qui se (UronoiMent sur la conduite et le caractère de Louis »

je ne répéterai ceux d’aucune faction. Je ne crhis.q>as' qu’on ait le droit de dégrader la bonté et lés vertus paisibles , lors même,qu’el|és^ se rencontrent dans un caractère privé de toute fermeté.

• IKTBODTJCTIÔW. 5

La vérité veut qu’on rapporte à l’assemblée législative les principes de la jurisprudence révolutionnaire qui pendant tant d’années-uous a opprimés , que nous avons vus s’élever au-dessus de plusieurs constitutions et leur survivre. Il importe de tracer avec précision et a^yec rapidité l’origine et les premiers prétextes' de ces lois ennemies de la propriété , et fléaux de la liberté civile.

Enfln le sujet le plus vaste 'et le plus important vients’offrir comme en épisode dans cette histoire , je .veux parler de la guerre; son origine appartient encore à cette

époque.

Des . objets si graves y que l’ordre

Diyiîixtjd fcy Googk

INT&ODÜCTION.

des faits ne permet pas de traiter séparément , offrent des tableaux variés et contrastans , dont il est difficile de composer un seul tableau. Pour éviter des digressions continuelles , je vais décrire la situation politique de la France à Tépoque où rassemblée constituante abdiqua le droit de conduire la révolution qu'elle avait commencée.

La constitution qu'elle avait créée avec tant de fatigues et d'une manière si peu digne d'elle eut le sort qu'éprouvèrent souvent les testamens des rois absolus de leur vivant, impunément bravés après leur mort. L'assemblée constituante avait senti , mais trop tard, et d'une manière trop imparfaite, -les dé-

J NTRODÜCTION. 7

fecluositésdeson ouvrage. La liberté n’y était point assurée puisque l’autorité y était mal assise. Elle avait dépouillé le trône de toute splendeur, de toute dignité , de tout ce qui agit sur l’imagination des peuples. Le roi qu’elle venait d’y replacer sortait d’une captivité honteuse. Toutes les parties de l’autorité publique étaient désunies , indépendantes par le fait , et pouvaient rompre à volonté les liens iniagi- r naires qui les subordonnaient l’une à l’autre. L’assemblée avait détaché du pouvoir exécutif je ne sais quel pouvoir, d’administration qu’elle ' plaçait, ou plutôt qu’elle laissait s’égarer dans un grand. nombre de départemens, dans une foule de dis-

8 INTRODtCTlOW.

tricts , dans des milliers de miioicipalilés. Elle mettait partout des rivalités , nulle part des arbitres.

Elle n’avait rendu à la propriété , celte première sauvegarde des gouvernemens représentatifs , qu’un hommage timide et illusoire. Elle n’avait pas su trouver une d*jue pont contenir ses ardeussuccesseurs; elle n’opposait à leurs passions que la constitution même , c’est-à-dire quelques pages insignifiantes, vainement consacrées par les sermens d’un peuple irreligieuK et frivole.

Elle avait maladroitement mélangé les divers éléihens des gouvernemens mixtes en prodiguànt à l’excès les formes démocratiques. -Tout était souveraineté, tout était com-

INTRODüCTIOîî. Q

bat. L’expérience des dissensions et du tumulte qu’elle avait éprouvés dans une seule chambre n’avait pas été suffisante pour l’avertir de diviser le pouvoir législatif. Elle ne laissait au roi, pour y participer, qu’un 'veto limité dans sou 'institution, funeste dans son exercice. Il n’avait pas assez d’emplois à sa nomination pour attirer vers lui les hommes ambitieux ; seulement il pouvait acheter quelques âmes vénales avec une liste civile, seul objet où l’assemblée constituante eût montré envers lui quelque libéralité; et ce don lui fut encore fatal ; car la liste civile devint une source de dilfamation pour les défenseurs les plus désintéréssés du trône constitution-

lo 1NTR0DU«TI0.N..

nel. La royauté ne reparaissait donc que pour être avilie et odieuse»

Voilà quel était l’ouvrage , longtemps élaboré et vanté , d’une as-, semblée à jamais célèbre par le COTicours de talens y et même de vertus , qui s’y distinguèrent et qui s’y combattirent. Elle prouva qu’en politique le talent est imparfait , s’il ne va pas au-devant de l’expérience y et funeste , s’il la dédaigne.

L’assemblée constituante était fatiguée de la révolution. La sagesse lui était arrivéé comme eUe arrive aux vieillards au moment où l’énergie leur manque. Elle eut une idée tardive y "mais qui pouvait encore être salutaire ; c’était celle

Digilized by Googif

INTROniJCTIOlSr. 11

de re viser la constitution. Il fallait braver les opinions populaires , modifier l’excès de ses principes; elle trembla à l’aspect des idoles créées par ses mains. Elle en fit assez pour allumer aine opposition, violente, et trop peu’ pour la dompter. Le câlé droit ou le parti qu’on nommait alors aristocratique , s’était agité avec toute l’imprévoyance qui le caractérisait pour faire décréter la dissolution de l’assemblée et la nonréélection de ses membres. Opprimé et vindicatif, ce parti se réjouissait du prochain abaissement de ceux qu’il regardait comme les uniques auteurs de ses maux. D’^ailleurs, il envisageait un accroissement d’anarchie comme un appui

làlj ISIBODUCTIOW.

nécessaire à ses espérances! Ceux qui songeaient à attaquer ia France au - dehors voulaient qu’elle fût troublée au - dedans pour diviser sesforces,, et pour rallier de nou> ^veaux mécontens à ceux qui chaque jour venaient se joindre à eux.

Les orateurs de l’assemblée con-

slituante s’alarmaient presque tous d’un départ si précipité. Ils essayèrent plus d’une fois de la faire revenir . sur une résolution dont ils calculaient les suites funestes, lis étaient repoussés avec animosité.

La. ligue de la médiocrité envieuse s’étaU- formée contre eux. On ne parlait plus que du désir- de 'revoir ses foyers ; on ne songeait plus à en assurer la paix. Vous eussiez dit

INTRODUCTION. l3

une armée révoltée contre ses chefs au sein même de la victoire, et préférant un retour honteux et plein de dangers à une poursuite glorieuse et désormais facile. Un homme, toujours méprisé de l’as- semblée constituante , eut de l’influence sur celte flitale résolution ; c’était Robespierre. La destinée , qui voulut se servir de^ ce rhéteur médiocre pour nous donner le joug ^ ^ ^ le plus atroce et le plus humiliant , venait de le placer dans une position où il commençait à attirer les regards. Chef d’une minorité composée d’abord seulement de sept membres de l’assemblée consti-

tuante , il s’était opposé à ce qu’on rendît au roi fugitif sa couronne.

Diniti^ -1 by Cijogk-

l4 lüïTRODtICtIOS.

Après -la sanglatfte issue* clé fo'fameusè'pétition dii Champ^de-Mars*^

Î1 s’était caché quelques jours ; il avait reparu avec Hraidité : il reprit bientôt assez -d’ascéndant pOür contrarier toute l’entrèprisé de la . révision. En pressant fâ dïssolûtiott de l’assenibîëé il vengèail; sa’ vanité long-temps humiliée ; il ajoutaît' à' la réputation de'' son ' désintéressement j la 'séülè‘'par Fàqüëlla H pût' se ’ fâîré valoirr^ÿf v^ait naître cette aUarchîe dans laquelle , dominent les' plus ' iil^ ‘ perturbareuiS: EntraîHéé' 'thaînr cttcorie paé de telles suggestions que' par quelques sentimeris jaloux, rassemblée abandonna aux chances lés pluspë-'

rilleuses , et sa constitution', ét le *■ ^

Oiÿî' • ;■ CjOO^Ic

JMTJ^ODÜGTION. l5

iDonarqu/s, qu'elle eût pu soutenir eiic^r« jtar.une tutelle vigoureuse et respectée. . ^ '

L'accep.taUon de la , constitution avait été proposée à un roi prison- nier. On avait ouvert son palais quelques jours auparavant, afin qu'il parût un peu plus libre. . On chercha. tous les moyens de solenniser cette réconciliation qu'il £ai> sait avec le peuple. Il y mit la sensibilité qui était dans son cœur , et plus de dignité que son caractère n'eu montrait ordinairement. Thouret, qui présidait alors l'assemblée constituante , lui remit , presqu'à genoux ) un sceptre brisé , sans force et sans éclat. On donna le signal à la joie publique , elles âmes honnêtes

Digilized by Goc^le

l6 INTROIïUCTION.

tâchaient de retrouver celle depuis quelque temps leur était étrangère. Mais la raison offrait àx:hacun de sinistres prèssentimens. Lesfêtes furent somptueuses et lugubres. Le peuple était morne et -défiant; le roi semblait interroger avec mélancolie tous les regards ; on avait peine à étouffer les murmures qui étaient toujours prêts à éclater à Taspect de la reine. Elle semblait chercher une protection dans son fils. Cette famille malheureuse cessa bientôt de s’offrir à la pitié des Parisiens , dont elle avait perdu l’amour. La cour redevint sombre et silencieuse 9 asile des soupçons , des terreurs et des timides intrigues^ qui furent prises pour des complots.

Une amnistie avait été publiée pour tous les faits révolutionnaires.

L’on avait révocjué quelques , dispositions de rigueur contre les émigrans. La gène des passe-ports était abolie. L’assemblée poussa la confiance jusqu’à penser que les ennemis les plus invétérés de la révolution' suivraient le vœu du monarque, reviendraient autour de lui pour assurer son existence, et prendraient part au pacte nouveau qui leur. promettait paix et protection. Mais il n’en arriva pas ainsi.

La liberté de sortir de France parut à des hommes aveuglés par la haine la liberté de sortir d’une prison. Les frères du roi se ser- •virent des antiques formules de la

l8 INTRODUCTION.

monarchie pour coovoquer< autour d’eux l’arrière - ban de la iiobleswe.

Ils protestèrent que le roi était en> chaîné par une autorité usurpatrice, qu’au fond du cœur il détestait; qu’eux seuls étaient les interprètes de ses vœux , et pouvaient tracer à la fidèle noblesse la route qu’elle avait à suivre. Ils menaçaient de l’infamie quiconque hésiterait à venir les rejoindre. Ils présentaient la certitude d’un retour triomphant et prochain , tous

les rois de l’Europe déjà . ligué»

contre. un, système impie et. anarchique , des armées. s’avançant vers les frontières' de la France , qui réclamaient une avaht - garde de Français dignes de leurs aïeux. Le

resséiilimentet l’Orgueil firent ajouter foi à ces promesses. Toutes les roules ■ étaient couvertes de pré- .somptueux fugitifs qui les remplissaient de ^ leurs menaces. On courait à Cobleiitz comme à la nouvelle capitale. On quittait les plaisirs de Paris comme pour aller chercher d’autres plaisirs. Les descendaiis des croisés, plus inconsidérés encore que leurs ancêtres, abandon naient sans précaution leurs vastes domaines, et n’emportaient avec eux qu’une épée qui devait être inutile ou funeste. Il y avait bien une sorte de fanatisme chevaleresque chez quelques individus ; mais ce qui précipitait au-dehors la plupart de ces insensés , c’était

la mode. Ceux qui avaient des noms illustrés craignaient d’y imprimer une tache en refusant de porter les arme^ contre leur patrie. Ceux qui avaient des noms plus obscurs', des titres plus modernes , bénissaient l’occasion qui leur était offerte d’en rehausser l’éclat. Mille aventuriers les suivaient et les excitaient. Cependant un grand nombre de vieillards , d’hommes paisibles, quittaient en soupirant leur terre natale , abandonnaient ou entraînaient avec eux leur malheureuse famille. Ils n’osaient interpréter ce qu’on appelait les lois de l’honneur au moment où elles leur imposaient les plus cruels sacrifices.'

Tel était donc le premier gage

INTRODUCTION. Ül'

de la paix que l’assemblée constituante avait cru Tâmener en France. ' Nul mystère , nulle prudence ne dissimulait ceS provocations^à upe guerre étrangère. Elles retentissaient dans tous les spectacles , dans tous les lieux publics.; ^et ce qu’il y eut.de plus funeste , c’est’ qu’elles furent entendues mênie à la cour.- La reine n’observait à cet égard qu’une circonspection froide , mal imitée encore par plusieurs

personnes qui l’entouraiènt. » Le roi

• > montrait plus de douleur , mais une *

douleur inactive ; il n’opposa rien aux ordres impérieux que donnaient ses frères. Peut - être il craignit , en divulguant trop tôt l’étendue du mal’,^ de provoquer

25Î IN'raÔDU<i«lON.

rinquiétude qui coma^nçait à, naître ; peut - être, aussi son irrésolution naturelle lui montrait - elle quelque chance avantageuse" dans la menace terrible qui allait .être faite aux Français. , •

Ce vaste débordement d’éitiigrés n’empêchait pas qu’il ne restât »en France un parti contre-révolutionnaire beaucoup plus considérable qu’il ne l’était aux prenaiers jwrs de la révolution. Comme il n’âvait ni direction ni chef connu, il ^ mêla peu aux événeinens mémorables de cette année. Mais il aigrissait contre lui le peuple par des sarcasmes répandus^ sur tout ce que le peuple' aimait encore.

Quelques royalistes moins exal-

Digilized by Coogic

INTRODUCTIOPr.’ 23

t(*s demeurèrent 'convaincus que , i . ^

leur poste ne pouvait' élré‘‘àilleurs

qu’auprès du roi. Parmieux étaient plusieurs hommes recommandables par d’antiques services et par des vertus qui avaient fait l’oinement d’un temps plus heureux, 'ils reparaissaient quelquefois dans une cour morne et' attristée. On les vit dan^ dès occasions périlleuses. La' destinée de plusieurs fut de-suiVre ou de précéder Louis à Péchafaud.

‘Outre ce parti , désigné sous le nom à"" aristocrates trois autres

partis s’agitaient , se combattàient,et chacun’ d’eux avait encore dans son sein' d’autressubdivisions. L’aSsemblée législative était formée de

24 IRTfiODUCnOW.

ces divers élémensjque nous allons parcourir.

L’époque où elle avait été élue contribua beaucoup à donner à l’assemblée constituante des successeurs dangereux. Lu etTct , les assemblées^ primaires avaient été convoquées peu après là fuite du roi, quand les esprits. fermentaient de soupçons et de resseutimens.

Les • vœux publics allèrent .cher-

cher les hommes passionnés. Les corps électoraux né se réunirent^ il est . vrai , , qu’après que 'l’assem- Wée .constituante crut avoir dis- .sipé par la force et . la sagesse lé’ nouvel orage qui s’était élevé ; mais l’esprit qui l’animàit n’était

pas' celui de plusieurs des corps électoraux.' .L^s uns nommèrent pour détruire j les autres pour conserver. La majorité se trouva composée d’hpmines de bien qui vou- •

laient faire avec franchise l’essai

de la constitution nouvelle.

Voici quelle était la position des* hommes du parti coustitutioimel.

Ils défendaient les ministres , et souvent ils n’avaient pour plusie^urs d’entre eux ni affection ni confiance ; ils déiendaient le roi et la cour, et ils trouvaient le roi trop inactif. La cour leur était beaucoup plus suspecte;^ ils.n’én recherchaient point la faveur, ils en recevaient quelquefois des mépris.

Ils défendaient la constitution , et

2G IKT&ODUGTION.

rexpérience de chaque jour leur en faisait i sentir les défauts ; Ils défendaient enfin ce qu’il, y avait déplus raisonnable dans la ,décla> ration des droits < de l’homme contre ceux. qui l’invoquaient avec fanatisme, et- lui donnaient un sens vague et délirant. Mais ce qui rompit le plus souvent leur ligue, ce fut la peur. Ils avaient une foule de partisans secrets qui craignaient de se montrer dans leurs rangs, que le tumulte' déconcertait,, qui avaientt sans cesse ^ la crainte de placer leurs noms sur des listes de prosprils , et,qui cessaient de voter en hommes sincères, parce, qu’ils ' ne pouvaient agir en. hommes cou- > rageux.

: Les adversaires qui s’élevaient contre' eux n’étaient pas à dédaigner. Aù premier bruit de la fuite du roi , le cri de répu'b tique avait retenti d’un bout de la France à l’autre. Quand on apprit que le roi était ramené en. captif , on eut de la peine à étouffer ce cri. Parmi les patriotes même , qui témoignaient de. l’éloignement pour le délire démagogique et les fureurs populaires , il s’éleva une division.

Quelques-uns s’obstinèrent à penser que la république était bonne à établir dans ce moment sur les débris d’un trône abandonné , d’un trône auquel , suivant leur opinion , nul effort humain ne pouvais rendre de la gloire ni de la solidité.

La force déployée au Cliatnp-de- Miars ne produisit parmi les républicains qu’une terreur de quelques jours. Elle fit naître dans leurs cœurs le désir de la vengeance ; ils approchaient du moment de ^l’exercer. Les deux premiers promoteurs de la république , furent Condorcet et Brissot. Le premier exerçait depuis quelques années une sorte de suprématie au milieu des philosophes. Il était le conservateur de ' leur doctrine ; la nature de ses talens n’eût pas suffi pour qu’il en fût un des premiers propagateurs. Il s’était consacré, à cultiver les sciences, dont 41 désirait appliquer les résultats au bien de la société , et à culti-

IKTBODUCTION. 2(J

ver de vieilles "et respectables amiliés. Ses nbiivelles opinions lui firent abandonnet ces premières sources de son bonheur et de sa réputation. S’il donnait de la considération au parti' dans lequel il entrait, 6e fut aux dépens de la sienne. Ses mœurs étaient douces , mais il était capable d’ün ressentiment obstiné. On l’avait Appelé un volcan couvert de neige. Je ne sais s’il dirigea beaucoup les in^»

trigues secrètes de son parti , piais il le servit d’une manière très-active par des écrits polémiques , où le sarcasme était lancé avec plus de violence qu’il ne convient à un philosophe. * * ' r , Brissot n’avait pas , comme ce

3o lliTROBÜCTION.

dernier, un nom considéré dans ' l’Europe , ni les mêmes titres pour les mériter. Sa vie , assez errante , avait fourni à ses détracteurs une occasion de le charger de, mille inculpations. Avec un travail infatigable , il avait fait , particulièrement sur la politique , une mul- ' ' titude d’écrits peu 'distingués. Il saisit avidement l’occasion de .sortir d’un rôle obscur. Il avait plutôt de la. finesse dans les vues que de la grâce dans l’expression. Son âme avait' aussi plus de chaleur qu’elle' n’en exhalait. ,11 voulait fortement la république ; il la voulait avec la plus douce des révolutions ; il y fut conduit par la plus sanglante.

INTRODUCTION. 5l

Condorcet et Brissot entraient à rassemblée législative. Ils trouvèrent dans quelques-uns de leurs collègues des hommes plus propres qu’eux-mêmes à l’accomplissement de leurs desseins. Je veux parler des députés de la Gironde , et particulièrement de Vergnîaud, Guadet et Gensonné, Sans doute, en observant la marche rapide et les succès continuels des orateurs de l’assemblée constituante, ils s’étaient souvent dit avec amertume : On ne nous laissera rien à faire. Mais quand ils virent qu’on avait manqué l’occasion d’établir la république^ ils cruren t avoir une tâche digne d’eux.

Gensonné était le moins brillant des trois ; il avait un penchant à la ré-

3*2 nSTBODüCTIOTÏ.

ileilon qu’il associait aux ressources de l’intrigue. Son ton, son style et sès hfiaiiières offraient la perfection de ce genre froid et didactiqu&qui sert souvent dans les assemblées à donner aux propositions les plus hardies l’apparence de la sagesse.

Du reste , habile en expédiens , opiniâtre , et ne montrant jamais au milieu des chocs les plus violens que l’ébranlement arrivât;' jusqu’à son âme. Avec plus de feu , plus de souplesse , et doué éniinemment de l’esprit d’à-propos', Guadet secondâit encore ‘mieux les espérances d’un parti révolutionnaire. Il n’était famais plus redoutable à ses adversairêâ.que^ quand il' -sortait 4e là^ question proposée.' “11 connaissait

l’art de faire desappels aux passions ‘ »

secrètes d’une assemblée. Les sarcasmes . amers et les apostrophes violentes étaient ses armes favorites.

Il portait tant d’adresse dans la discussion , qu’on pouvait l’accuser de .

perfidie. Vergniaud était l’orgueil , de cette députation célèbre. Il avait toutes les qualités de l’orateur sans aucune de celles qui font l’homme d’état. Son caractère était passionné par momens, mais penchait naturellement versl’indolence. Chef d’un parti populaire. Une prostituait point la dignité de sa mission à la faveur de ce pa^. Il entraînait des âmes grossières par un charme ordinairement peu senti d’elles.

Autour de ces hommes se grou-

54 ^ INTROOrCTION.

pèrent , dans rassemblée législative , leurs collègues du département de la Gironde, presque tous distingués par de l’habileté et de l’ardeur , et tous ceux qui , par rigidité de principes, ou par les calculs de leur ambition*, croyaient devoir être ennemis de la cour. Leurs fautes vinrent, et de trop d’opiniâtreté à suivre leur première pensée, et de trop d’imprévoyance à se rendre maîtres des événemens qu’ils suscitèrent, et ne purent bientôt plus diriger.

. . On vit se présenter à la société i^es jacobins un g^nd nombre des nouveaux députés. Le parti de la Gironde venait comme pour saisir cette importante domination; Ro-

bespierre l’obtint. Son hypocrisie avait été si profonde ^ que plusieurs de ses ennemis le regardaient alors ^ comme pn fou vertueux. La nature l’avait disgrâcié , même pourle rôle de tribun. Il était sans grâce, sans aménité, d’une figure commune et sinistre. Avec une déclamation monotone, une élocution verbeuse et traînante, il voulait jouer l’enthousiasme,^ et n’inspirait jamais que l’ennui. Lorsqu’il était atroce, et il le fut toujours plus ou moins dans chacun des discours qu’il prononça , ce n’était point l’horreur , c’était la fatigue qu’il faisait éprouver. En croissant en puissance, il fit quelques progrès en talens ; son

by

56 INTRODtÇTlON.

âme avait une étendue de.fdrcç extraordinaire pour haïr et pour dissimuler.

Robespierre fi’émit à l’a^ect des rivaux qui se présentaient comme lés ennemis de la royauté, et qui allaient le replacer dans un rôle secondaire. Il s’attacha à détruire par des soupçons et des calomnies leur popularité nouvelle. Il s’opposa à la plupart de leurs vues.<S’U le» secondait quelquelb^s, c’était pour leur ravir tout le prix de leurs efforts. Il aflectait un chagrin concentré ; il voyait des perfidies dans .

la cour et dans ceux qui , suivant lui , feignaient seulement de l’attaquer.

La vérité est que les passions jalouses

de ce démagogue retardèrent la révolution nouvelle , et contribuèrent beaucoup à^s suites atroces.

A cette époque y il paraissait fortenient uni avec Danton, homme

éminemment doué de tous les genres de talens qui-n^ont de valeur que par le crime èt au milieu des désastres publics. Violent et artificieux , trompant tous ses énneinis , trompé par ceux qu’il regardait comme ses amis les plus dévoués , il conservait encore quelques mouvemens de sénsibilité , même au milieu d’une cruauté réfléchie. Personne n’eut autant que lui d’invention et de fécondité de moyenjs dans tout ce qui tendait à détruire. Dans des jours où la révolution était en- A. L. 4

58 IHTRODUCTION.

core environnée des, illusions de la philanthropie, Danton. concev^ , préparait, annonçait *déjà ce système révolutionnaire que nous avons vu s'établir ,et dont toutes les bases lui appartiennent. 11 avait même , au milieu des jacobins , une légion qui lui était particulièrement dé- .vouée, celle des Cordeliers. On ne pouvait ni l’entendre, ni le voir sans frémir. Un maintien terrible et une

voix rugissante appuyaient son éloquence . sauvage et' gigantesque.

Danton était cupide et vénal. Les factions les plus opposées cherciièrent à s’en emparer. A l’époque dont je parle , la cour l’acheta ; il se servit des présens de la cour pour la perdre. Il fut toujours subjugué

Digilized !iy Googk

» ar Robespierre dès - lors il n’était que son second. Il servait ‘ en même temps la faction d’Orléans.

Ce serait entrer dans une digression longue et peu utile que de’’

discuter ici l’influence , tant exagérée et tant contestée , de la faction d’Orléans • sur la révolution. Dans un moment où la destinée seule tint souvent la place des hommes il est absurde d’attacher tous les faits à'un homme timide et méprisé, qui assembla tous les vices sans savoir seulement s’élever jusqu’à l’ambition. Après le 6 octobre, quelques menaces suffirent pour qu’il s’imposât un exil honteux. A son retour , une nouvelle flétrissure l’attendait.' 11 songeait maintenant plutôt à se»

Dk:

Deux' grands emplois étaient connus dans la capitale - depuis le 14 iuillet. ‘L’un étàîfr'^celui de* maire de Paris , l’autre celui décommandant de la garde nationale. Bailly avait orné la première de ces'magistratures de toute la considération attachée à son nom et à ses vertus.' Cependant ce' philosophe bienveillant et modeste *eût peut-

être paru un -magistrat faible ou peu habile , s’il n’avait eu Lafayette pour ' le seconder. Ce dernier ' était parvenu à régulariser la masse incommode et dangereuse délagârde nationale : ou , pour niieux'dire y il àvaitsùbstitué .à son action celle de

quelques compagnies d’élite , intéressées à la libeHé par les passions

44 INTRODÜCTIO».

naturelles de leur âge , intéressées à l’ordre par leur naissance ou leur fortune. Avec leur secours, il avait assoupi plutôt que calmé le feu révolutionnaire. 11 avait souvent conteiiu, repoussé même les fureurs du peuple', sans perdre tout-à-fait sa faveiir. Lafayette et Bailly sortaient de leurs'fonctions;et, ce qui n*^tait pasnioins-funeste que leur retraite, la place de commandant de la garde nationale était divisée entre six chefs de bataillon qui devaient l’exercer tourà tour. Lafayetteavait provoqué celte imprudente décision , tant ily avait alors de penchant s’alarmer pour la liberté publique ! tant était aveugle cet esprit de désintéreslement patriotique dont le vertige ré-

INTRODUCTION^ 4l

lanatiques. Us donnaient l’impul- 8^n à d’autres sociétés composées de ces légions d’hommes et defemmes révolutionnaires qui peuplaient leurs tribunes, celles derassemblée législative , et formaient des groupes dans tous les lieux publics. Ils entretenaient dans les faubourgs des instigateurs connus, qui possédaient l’art d’émouvoir et d’entraîner le peuple. Ils avaient à leurs ordres des iournaux, des pamphlets, des placards , qui produisaiént sur la •plèhe agitée le même effet que les

liqueurs fortessur les sauvages.-NulIe loi, nulle action de police ne limitait ce droit affreux de corrompre la morale d’un peuple , et de l’exciter toujours au pillage, au soulèvement.

INTBODUCTIOR. 4$

gnait aux,derniers jours de rassemblée constituante! En perdant son chef, la garde nationale , ou plutôt les compagnies qui la représentaient, perdirent leur force et lèur zèle. On ne les vit plus se dévouer à des soins pénibles et journaliers. -Dans les momens de- crise elles- accouraient encore quelquefois; mais l’ennui et le dégoût les avaient dispersées avan t que les différentes' autorités eussent décidé entre elles- à qui leur donnerait des ordres.

L’élection du nouveau maire de Paris offrait aux hommes de paix un moyen de confier éncore la sûreté de cette capitale aux soins de Lafayette. Ceux qui désiraient une révolution nouvelle proposèrent Pé-

r zed by GoogU

46 INTBODViCTIONr

lion; il fut préféré {à ) , et le lendemain on entendit éclater en regrets la foule de ceux qui avaient dédaigné oû qui avaient craint d'aller donner

leurs sufirages. Quels efforts pou-

vait-rOii attendre désormais , pour la conservation du trône, d’hommes

qui. s’étaient refusés à la démarche la plus simple pour là conservation de leurs foyers ? Pétion, était regardé par les deux partis comme un honnête homme, 11 s’était dé- ' claré à l’assemblée constituante l’adversaire du trône. 11 avait de la sympathie, par le caractère et par les principes , avec le parti de la Gironde. 11 se conduisit comme un faible conspirateur et comme un mauvais magistrat. . • v.

Par une contradiction digne de ce temps, la commune de Paris , qu’il devait présider , fut composée d’hommes plus attachés que lui à la constitution. Le département avait pour chef plusieurs hommes recommandables. Les limites de ces autorités étaient maPtracées , l’action de la police restait suspendue

entre elles. . . . v

£n parcourant la. France , on ne trouvait rien, qui ne 'détruisît les espérances de paix. Les haines allumées par la révolution avaient prisdansle Midi un caractère sombre et implacable. Des intrigues opiniâtres, et quelquefois mêihe d’auda-^ cieuses provocations de Ja part des contre-révolutionnaires , avaient ap-

pelé d’atroces vengeances. L’assemblée constituante avait réprimé les unes sans pouvoir également contenir les autres. D’atTreuK souvenirs &’étaient réveillés entre les catholi- . c^ues et les protestons , et alimenjtaient des fureurs nouvelles. Les protestons étaient presque touspartisans de la révolution. Plusieurs aspiraient à la république. Leurs ancêtres , au temps même de Coligny , exprimèrent souvent ce vœu.

Comme ils comptaient parmi eux beaucoup d’hommes industrieux et ) opulens , ils ne provoquaient point les désordres ; mais , rangés dans le parti populaire , ils ne pouvaient pas toujours en arrêter les excès.

L’esprit républicain dominait à Mar-

seîlle. On n’y parlait que du bonheur et de la gloire des antiques Phocéens , ses fondateurs. Cette ville

était d’ailleurs jalouse d’enlever à Paris la gloire de conduire par ses mouvemens la révolution. Nîmes, Monlpellier, moins agitées, étaient à peu près dans le sentiment -de Marseille. Bordeaux était fière des députés qu’elle avàit envoyés à l’assemblée législative; elle connaissait leurs intentions, et les secondait de « ses vœux. Lyon ,, moins amie de la révolution, ne lui, opposait cepen- ‘ dant pas une résistance ouverte.

Elle paraissait portée à se reposer dans l’ordre constitutionnel. Arles était en proie à une affreuse anarchie.

Avignon répandait .autour d’elle la

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5o IMTRODUCTION.

contagion de ses fureurs et, de ses crimes. , v

Les symptômes étaient moins alarmans au pord et à Test de la France. L’ardeur révolutionnaire y était concentrée dans les clubs , et ne trouvait pas encore son explosion.

Il y avait dans les villes moins de modération que d’inertie. La lassU tude était extrême dans les campagnes. Les paysans montraient peu de reconnaissance pour les bienfaits de la révolution , dont .eux seuls commençaient à jouir. Ils avaient formé contre les assignats une sorte de ligue qui donnait une progression rapide au discrédit de ce papiermonnaie. Mais ce qui avait le plus contribué à refroidir leur zèle pour

INTRODUCTION. 5l

la révolution , c’était ce malheureux schisme donné à la France par l’assemblée constituante. Des prêtres rentrés tout à coup dans là pauvreté , et l’offrant comme le prix de leur fidélité ,à la discipline de l’Église , acquéraient sur l’esprit du peuple une influence redoutable. Inspirés ou par le ressentiment.de leurs intérêts blessés , ou par le zèle de la

foi , ils agitèrent particulièrement les campagnes les plus éloignées des

conamunications avec les villes. La Bretagne , qui s’était livrée aux plus

grands excès contre les nobles;, commençait à embrasser la eaùs^ des prêtres. Le département de - là Vendée nourrissait déjà le germe de

INTRODBCTlOIf.

cette guerre civile qui fU la longue désolation de làFrance.

Pour achever le tableau de la ' situation intérieure du royaume après rassemblée cons^tituante, il faudrait rassembler encofe beaucoup d'autres symptômes d'anarchie , car elle • était répandue dans toutes les parties du corps politique.

L'insubordinalionfaisait des progrès dans les troupes’ de ligne. La désertion des officiers , à peu près générale , indignait les soldats , et leur faisait perdre toute discipline. Les impôts établis qvec sagesse et modération par l'assemblée constituante , ne se percevaient que sur les grands propriétaires. On vivait

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d’assignats , on dévorait cette ressource avec impfévoyance.Les biens du clergé se vendaient peu avantageusement. Trop occupée de soins révolutionnaires, l’assemblée législative ne parlait des finances que pour en dévoiler, et non pour en réparer le désordre. La circulation des subsistances dansrintérieur éprouvait les plus grands enabarras.

A chaque* instant de nouvelles émeutes presque toujours accompa- ^ gnées de meurtre et de pillage.' On éprouvait la terreur de famine, que suit de près la famine ellemême.

Les villes maritimes souffraient , beaucoup des troubles qui avaient ' ' déjà éclaté dans les colonies , et

DIgrtized

qui faisaient pressentir à' chacune

son embrasement total. La tran-

quillifé de ces villes était menacée pàr leur population , qu’elles ne pouvaient ni occuper ni . nourrir.

Entouré de tant de fléaux , Paris laissait le soin de calmer ou d’exciter les troubles à son assemblée , à ses clubs , à leurs légions révolutionnaires. On se livrait aux plaisirs comme si c’était la dérniëre fois ■qu’on eût à les goûter. L’histoire de cette année montre plus encore qu’aucune autre de la révolution combien une longue mollesse, et quelques principes favorables à l’égoïsme avaient flétri les âmes. , Voyous la situation de la France

au-dehors. L’assemblée constituante

avait épouvanté tous les rois de l’Europe , et les avait tenus dans le silence. Ils cherchaient cependant à rapprocher leurs intérêts en se communiquant leii^s alarmes.

, Quelques-uns des premiers émigrés , célèbres par le rôle ou par le rang qu’ils avaient eu en France , animaient leur passion , et travaillaient à la porter jusqu’à 'l’audace. Mais , l’Angleterre , ^qui devait donner l’impulsion aux puissances continentales , ne montrait encore qu’une opposition timide au système français. M. Pitt n’avait paru d’abord qu’un froid contempteur de nos .mouvemens révolutionnaires; mais il s’apercevait que nos principes ac- • quéraient chaque jour dans soirpays

56 INTRODVCTiOK.

beaucoup de prosélytes ardens , et €{uelques-unfr de recommandables.

S’il voila ses démarches , il fut loin d’étre un témoin inactif de* nos premiers- troubles. Le terrible retour de Varennes engagea les rois, jusque - là irrésolus , à venger la majesté du trône. L’Angleterre négociait depuis long - temps avec mystère , mais avec activité , une alliance entre l’Autriche et la Prusse. L’excès de la terreur , ou celui del’ambiti^n , pouvaient seuls rapprocher ces deux puissances di^ visées par tant d’intérêts^ et tant de souvenirs.*

^ Des conférences se tinrent à la Haye, à Pilnitz (ô). La convention qui fut conclue dans cette dernière *

HîTRODUCTION. 5y

ville entre l’Autriche et la Prusse .

excita la plus vive surprise. Elle était un avertissement de la ligue qui se formait contre la. France. Ce qui fut connu des articles de cette convention jetait encore moins d’alarme que ce qui en était soupçonné. On y voyait d’abord une garantie réciproque que se donnaient les deux monarques contre • l’invasion des principes révolutionnaires et les entreprises directes dés

Français. Le roi de France était

placé sous la protection des alliés ; la guerre devait éclater sur - le champ , si la couronne ne Iqi était pas rendue. Voilà ce que publiaient les puissances elles-mêmes ; on ne doutmt pas que toutes celles du

P JÙ.1 iM. Gimgle

Nord , le roi d’Espagne et le roi de Sardaigne, ne dussent bientôt accéder à celle coalition. On voyait l’Angleterre la conduire , sans l’avouer encore.' On parlait, non pas avec précision , mais avec assez de vraisemblance , du partage réglé ■ entre l’empereur et le roi de Prusse de quelques-unes de nos provinces.

Tout faisait craindre que cette ligue ne prît (bientôt des caractères d’a- . gression , quoiqu’elle n’eût présenté . d’abord qu’un système de défensive ou d’intercession puissante en faveur de Louis. Les émigrés français pressaient vivement pour une invasion prochaine. Leurs intrigues , à la vérité , ne se dirigeaient pas sur un plan Uniforme. Il y avait entre eux

INTRODtJCTION. D9

beaucoup de divisions ; ils pensaient et 'agissaient d’après l’affection particulière que leur inspirait l’un ou l’autre des princes qui étaient à leur tête , et d’après le système du gouvernement qu’ils se proposaient de faire adopter à leur retour. M. de Galonné et M. de Breteuil conservaient sur ce nouveau théâtre leur ancienne inimitié : d’autres partis combattaient ceux de ces deux exministres ; mais tous s’accordaient à garantir les rapides succès d’une invasion. Cependant les préparatifs , des puissances ne répondaientpoint encore à l’impatience des^ émigrés. ’ Elles portaient les premières vues de leur ambition sur la Pologne, qui avait osé faire une révolution

pour se soustraire à l^anarchie dont elle était la proie depuis tant de siècles. On voulait la punir d'avoir établi dans le Nord les principes de la révolution française.

L'Autriche, qui manque plutôt d'activité dans les com'mencemens d'une entreprise que de persévérance et d'habileté à la soutenir , paraissait assez portée à se contenir à l'égard de la France dans une situation défensive. Léopold régnait.

• On l’avait vu en Toscane rechercher la gloire d'une administration sage.

Son caractère le portait à une surveillance louable dans son but , mi- , nutieuse dans ses règlemens, et quMl ne pouvait exercer qu'au milieu

de la paix ; il avait d'ailleurs à ré-

"introduction. ()1

parer les désordres occasionnés par le génie inquiet et turbulent de son frère. Nul prince n’était moins fait que lui pour être;à la tête d’une croisade. Leroi de Prusse ( Frédéric- Guillaume ) avait moins d’intérêt , mais plus de. penchant à s’emparer de ce rôle. Tous les. .genres d’exaltation agissaient sur lui. 11 cherchait l’extraordinaire , le mervéilleux, et montrait une singulière crédulité pour les plus extravagantes rêveries.

Son Ame avait de l’ardeur ; il élait'^ susceptible de renlhousihsme • militaire. Ce roi se fit . pendant quelque temps 5 chevalier. Une fatale expérience l’avertit ensuite’ de rentrer dans la politique du grand .

Frédéric. ' * *) ..

6a INTRODUCTION?

Un autre monarque secondait plus puissamment la nouvelle ligue, qu’il ambitionnait de diriger; c’était Gustave , roi. de Suède. Il se croyait appelé à* venger les rois humiliés , lui qiû , si jeune , avait , par la plus habile et la plus prompte des révolutions, affranchi sa couronne des outrages d’une orgueilleuse aristocratie. 11 était avide de gloire comme ceux de ses ancêtres qui eu obtinrent le plus. Son activité était prodigieuse ; on lui accordait un esprit étendu et fécond en ressources ; il avait déjà signalé sa bravoure ; il était l’espoir et l’idole des émigrés.... Le crime d’Ankarstroem priva la coalition du seul roi qui eût pu donner de la franchise à

IRTKOÂVCTIOTfj 65

ses- inténtioDs et attacher quelque gloire à ses entreprises. ‘ > i- A n’en juger que d’après les promesses , lès princes français n’avaient pas un protecteur plus pas-

sionné ni plus puissant que Catherine II. Nul souverain n’avait exprimé plus forten^ent qu’elle son hor-

reur pour la révolution française, elle qui avait flatiâ- par tant d’hommages et tant d’adulations' cette~ philosophie française , dont la révolution était présentée comme l’ouvrage. Séduits par ses promesses et par quelques libéralités , les roya-' listes français l’absolvaient de son crime. Elle trompait les royalistes , elle trom[>ait. toute la coalition. Une guerre dUlicile et lointaine n’offrait

64 IRTROnUCTIOÎÏ.

à sa politique aucun 4édoitunagement, et c’était par le dernier démembrement de la Pologne que ‘devaient se terminer la gloire de son règne et la fastueuse annonce de ses. grandes entreprises.

Tandis que .les principaux empires du Nord conspiraient ou feignaient de conspirer le renversement de la révolution fifinçaise , quelques faibles états seuls se déclaraient , par le fait , en hostilité. Sur les con^fins de France , l’électeur de Trêves , les évêques de Spire et de Strasbourg , laissaient se rassembler en armes les émigrés. Leurs légions se grossissaient. On ne pouvait, croire que de tels mouvemens se fissent sans l’aveû du chef suprême de

l’Empire , qui pourtant gardait obstinément le silence.

A l’approche d’un. tel orage, la France , loin de voir venir vers elle un seul allié , ne trouvait pas un seul état qui nefût au moins son ennemi secret. Vainement l’assemblée constituante avait donné une nouvelle

exécution , une nouvelle garantie au pacte de famille avec l’Espagne ; il était difïicile de s’aveugler sur les profonds ressentimens que devait conserver cette cour contre la révolution. L’humiliatioir de Louis devait peser à des Bourbons. Les émigrés , sûrs de trouver de la faveur en Espagne, s’y précipitaient^ en foule: tant de. haine annonçait la guerre !

Le roi de Sardaigne* avait ïe premier donné asile aux princes fugitifs; les liens du sang Tuniftsaient à leur querelle. Son accession à la ligue ne pouvait être regardée comme douteuse. On craignait beaucoup celte puissance, la. seule de ritalie qui eût une force militaire respectable.

La Hollande,' rendue à son sta-

thouder par les armes du roi de Prusse et par les secours de l’Angleterre , était devenue tributaire de cette dernière puissance , qui en disposait d’une manière presqu’aussi absolue que du Portugal.

L’épouse du istathouder , i femme active et ambitîeusë , croyait qu’il était aussi facile de renverser la

INTRODUCTIO'lT. , 67

révolution de Francè qu’il l’avait été de réprimer les .^troubles ’ de Hollande.’ Ses intrigues enflammaient la Prusse et l’Angleterre. , • La vieille alliance de' la France avec la Suisse était beaucoup' rer froidie par l’esprit d’opposition que ses principaux gouvernemensmoiitraient contre les principes dè la révolution française. On devait peu compter sur ses secours; mais on avait alors au moins la certitude ' de sa neutralité. Celle de Venise ‘tenait tellement à ses principes , à ' sa sagesse héréditaire , qu’on n’avai t rien à craindre de ce côté. Le foi de Naples était animé des mômes ‘motifs de haine et des mêmes disposi-

fions que celui d*£spagne/ Elles étaient encore fortifiées par les passions altières et vindicatives de la reine, qui ressentait tous les outrages qu’éprouvait sa sœur en France. Naples avait voulu se placer depuis peu dans le rang des puissances militaires et maritimes, et Toa ne pouvait pas tout-à-fait dédaigner cet ennemi iointà tant d'autres plus redoutables.' La cour de Rome commençait à reprendre avec quelques succès l'usage de ces armes religieuses , jadis si redoutées. Le refus fait par la plus grande partie du clergé de France de prêter le serment demandé par l'assemblée constituante était l'hommage le

IWTRODIICTION. 69

plus signalé qu’eût ojitenu . depuis deux siècles la métropole du car thoUcisme.

La masse énorme de tant d’ennemis , l’impossibilité de leur donner un mouvement prompt et uniforme , permettaient à la France de les attendre encore quelque temps , de les ralentir , de les diviser même par d’adroites négociations. L’assemblée constituante l’eût fait; la crainte d’une guerre si universelle et si terrible l’avait portée à sacrifier l’occasion offerte d’établir la république. X’assemblée législative suivit un système contraire. Pour xparcher à la république , Brissot crut avoir besoin de la guerre; Brissot décida les destinées de l’£u-

yo INTRODUCTION.

rope; la cour de France, eût peutêtre été impuissante à résister à ses efforts , quand même elle se fût opposée sincèrement à la guerre ;

- mais son opposition fut suspecte ; elle parut se complaire aux menaces

que tant' de puissans intercesseurs « • faisaient en son nom. Elle se conduisit avec tant de maladresse et si peu de dignité , que ceux qui parlaient. de la venger oublièrent entièrement et sesintérêts et ses périls.

Ainsi , du dehors et du dedans, tout' préparait fe lo août. J’entre dans le récit des faits.

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