LIVRE PREMIER
L» E premier acte de l’assemblée législative fut un serment de fidélité prêté par chacun de ses membres à ' la constitution qu’elle devait détruire. On n’avait alors ni le génie ni le goûtdescéi^monies. A défaut d’appareil , prodigua l’enthousiasme , et les magnifiques épithètes , et les protestations exagérées.
Ce fut sur Pacte constitutionnel
172 ‘ PBÉGiS niSTOBIQüE
'même qu’on imagina d’en jurer le maintien]Vt l’arcUiviste (Camus), qui ne voulut pas se dessaisir de ce dépôt , vint l’apporter avec un recueillement religieux. Les partisans de la constitution eurent la bonne foi de croire que cette journée leur valait une grande victoire sur les républicains : Condorcet et Brissot souriaient.
Dés le lendemain , on put mieux connaître le véritable esprit de Tas- Isemblée législative. Le roi annonça l’intentipn de s’y rendre pour y prêter le même serment. La lecture de sa lettre était à peine finie, qu’on entendu s’élever des voix formées dans le tumulte des clubs : c’était Couthon , c’était Chabot, quj se faisaient connaître. N’allons pas, disait l’un , renouveler le scandale de
Digitteed by Gi.” j
la dernière séance de l’assemblée constituante , où l’on vit^e président Thouret parler presqu’à genoux au roi. 11 est temps, disait \ *
l’autre , de proscrire ces dénominationscréées par le despotisme , sire, votre '^majesté. On discuta sur le fauteuil du roi ; on demanda qu’il fût abaissé au niveau de celui dù président. L’assemblée adopta Cttte * proposition avec transport : elle crut avoir signalé sa fierté, le lendemain elle éprouva de la honte ou du repentir. Cet acte d’hostilité contre le pouvoir exécutil’ , fait sans aucun prétexte et,, avec un oubli volontaire de toute décence; excita
des murmures universels , et parut précipité àceüx-mêmes qui voulaient aller plus loin. Le décret fut rap- A. L. 7
^4 piiÉcis HrsTomouE porté, le cérémonial fut tàissé tel qu’il étai|, auparavant.
La première faute de l’assemblée ( et sans doute on la lui fit commettre avec intention ) fut de ne s’imposer aucun ordre de délibération , aucun but de travail ; elle conserva dans sa discipline intérieure tous les désordres avec lesquels l’assemblée constituante s’était familiarisée par une coupable et honteuse fai- ' blesse. Elle ,crut voir-une seçonde représentation du peuple dans des tribunes composées d’hommes et de femmes que l’esprit de sédition ou qu’un salaire assuré y faisait séjourner. Les deux partis qui devaientsecombattre dans son sein se partagèrent les deux côtés de la salle , et mirent une, espèce de honte et de
scrupule à franchir la barrière qu’ils Vêtaient imposée. Les objets de législation étaient écartés avec soin , ou traités avec in différence. Lesministres avaient le droit de se présentera la barre de l’assemblée ; ils n’y paraissaient que pour répondreà des interpellations injurieuses , à ‘des diatribes , à des menaces. On leury' témoignait à la fois , et la haine qu’inspire un pouvoir absolu , et le mépris qu’inspire une autorité sans forte". On recevait avec une complaisance adulatoire tous les pétitionnaires , et surtout lorsqu’ils venaient dénoncer la cour , les ministres , et ceux qu’on supposait leurs défenseurs. On n’était préoccupé que de mesures de salut public; tous les dangers étaient présentés, sous des couleurs sinistres-; on sem-^
DE LA RÉVOLUTION FRANç!
«nous, M. de CaIonne> M. dé Cre- « teuil j et ce Bouillé, lauteur du « projet désastreux qui conduisit le « rôi à.Varennes. Les émigrans ne « forment-ils pas déjà actuellement « des légions armées qui s’avancent « jusque Sur noire territoire?. Leur « menace sera vaine, oui, sans doute;
« mais qui sait par combien d’ei- « forts, par combien de combats il «faudra repousser les étrangers ,
« aux armes desquels iis mêlent a leurs armes parricides ? El quand « même vous supposeriez , ce qui « est difficile à croire , que les rois « de l’Europe seraient arrêtés dans « leur haine , ou par la peur, ou « par la- sagesse , combieh d’autres ' « fléaux résultent pour* nous de l’é- « migration ! Voyez la France qui <t tombe par degrés dans un affreux "
8o paécis HISTORIQÜK
• épiii^ménk. La confiance se perd « chaque iour. Le rapide discrédit « des assignats déconcerte les plan»
« les plus utiles de finances. Enfin « comment opposer le frein des loi»
« aux factieux de l’intérieur, à ceuxc mêmes qui porteraient la guerre « civile dans plusieurs départemens,
« tandis qu’on, laisse impunis et a qu’on protège encore dans leurs a propriétés ceux qui suscitent une «c guerre étrangère ? . ’ - .
« Eh bien , malgré des crimes si «prouvés, que vous propose-t-on ^ « aujourd’hui ? , Ce n’est point de « frapper , c’est d’avertir. Il n’y a c point ici à Craindre le mélange des • innocen#et des coupables, puisque » tous seront avertis , puisque les inê ndcens se sépareront eux-mêmes < des coupables en profitant d’un
DE tA RÉVOItJTION FRANÇ. 77
vais fair.e connaître l’esprit de laiirs discours pour donner une idée de la manière dont ils commencèrent leur attaque ,, et dont ils se trouvèrent conduits à entrer dans le fatal s}'stème des lois révolutionnaires.
« Le faculté d’allerd’un pays dans « un autre est un de ces droils pri- « mitifs de l’homme que nous avons « dû reconnaître et proclamer ; mais - « le droit cesse * où le crime coin- « mence. Est-il un crimeplus juste- « nient dévoué à l’indignation des « peuples que celui» d’aller provo- « quèr une guerre étrangère contre « sa patrie ? Tel est le liut de ceux ‘
« qui désertent au jourd’huilaFran- « ce. Vous ii’en pouvez douter;
« écoutez leurs menaces , lisez les « manifestes des princes qui les ap- « pellent ; lisez ces libelles, ces écrits -
DE LA RÉVOLUTION FRANÇ. 8l
« délai qui peut - être sera inutile- « ment proposé à l’orgueil féroce des « autres. Enfin cette conspiration « extérieure a un chef ; c’est Slanis- « las-Xavier, frère du roi ; c’est à lui « s.urtout que doit être adressée «t cette dernière invitation d’unpeu- ‘ « pie outragé , mais clément, à des « Français ingrats. »
Le parti constitutionnel partageait ces alarmes , mais il ct-aignait les suites de cette première démarche à laquelle oii( voulait l’entraîner. Ramond, Vaublanc , Dumas et Le Montey, prononcèrent des discours que je ne puis rappeler également qfte par un extrait rapide.
« Un nouveau pacte de concorde «vient d’être donné anx Français; « il a été jusqu’à présent sans effet « sur des cœurs ulcérés et vindicatifs.
82 PBÉCIS HISTORIQUE ,
« Ils ont profité. d’une liberté sans « bornes ; eh bien , ilfautlarcstreintt dre. On s’exprime ici, avec crainte « sur les émigrans et sur leurs pro- « jets : sincère ou non , cette époii- « vante doit accroître le mal. On veut ' « mettre le roi à une' épreuve trop « violente en lui faisant rompre « tous les liens du sang. Les puis- . « sances de l’Europe ont besoin d’a- « voir une conviction plus entière « de la liberté dont il, jouit au sein’
« de la nation ; et c’est par un' tel, -« acte qu’on veut la manifester ! Une « ligue aussi insensée que celle qui « se forme doit se dissoudre par l’im-' a puissance où elle sera d’agir. <Juêl‘
« effet produira le dernier et fatal « avertissement qu’on^ propose ?
« Calmera-t-il les passions , et sur- « tout l’orgueil révolté? Non ; il l’ir- •
« ritera' davantage. Ce décret rao mènera peu de fugitifs , et créera , « même au milieu de nous, de nou- « veaux milliers de mécontens.'Par « quoi les émigrans seront -ils bien « sûrement avertis ? C’est qiar le « temps,, ^ par la misère, .qui déjà « s’avance vers eux et les dévore ; « c’est' par la dure hospitalité, des « étrangers; c’est par ces aflfeclîons « natives qui ne 'peuvent être, in- « terrompues long -temps dails le « cœur de l’homme , et surtout, du a Français. L’assemblée constituan-
« te , plus sage et plus fière que nous, « a dédaigné ce vain rassemblement « que forment autour de notre frou- « tière des hommes, qui seraient « peut - être plus dangereux dans O notre sein. Un signal d’alarme «. donné si prématurément doit ac-
« croître Taudace des rois jaloux-, « qui croiront lire dans nos terreurs
< le sentiment de notre faiblesse.
« Oui, sans doute, il y a ici un « crime ; mais où trouver les crimitt iiels ? et par ()uels moyens les at- « teindre? Elles seront bien vastes et « bien terribles les listes deproscrip-
< tion qu'pn veut ouvrir. La peine « delà confiscation est odieuse dans « tous les gouvernemens, mais dans « les gouvernemens libres, elle est « surtout un poison qui corrompt « toute morale , toute probité ;'elle «offre pour le moment une res- « source à laquelle on veut souvent « revenir , et on n’yirevient que par « de l’oppression et par des crimes.
« Tous les émigrés , d’ailleurs , sout- « ils coupables ? ou le sont-ils au viuéme degré ? 11 eu est que la
DE LA. RÉVOLUTION FRANÇ. 85 « crainte seule a chassés loin dè leur a patrie. Montrobs-leur une révolu- « tion qui se calme par la sagesse ,
« ils reviendront ; mais si nous n’a- • « vons à leur offrir qu’une révolution « qui se perpétue sans objet et avec «des désordres toujours croissans,
« nos décrets , nos menaces ne « suffiront pas pour les rappeler.
« L’émigration existait avant la
« révolution même. L’activité des
« Français , les encouragemens que
« reçoivent au-deliors leur industrie *
« et leurs talens , le désir même de ' « les perfectionner, les y conduisent « souvent. Devez-vous les arracher « sans scrupule à leurs entreprises « commencées ? Peuvent-ils entente dre votre avertissement dans les ré- « gions diverses où le sorties, a jetés?
« Que d’injustice , que d’oppres-
86 PaÉGlS HISTORIQUE
» sion vous allez renfei*mer dans une « seule loi! Vous essaierez de lamo- « difier? atroce d^ns son but, elle ' « le sera toujours dans ses moyens.»
Ces considérations ébranlèrent peu rassemblée. Les tableaux alarmansqui lui- étaient offerts par différens orateurs étaient chaque jour contl rmés par les nouvelles que Ton apprenait. L^indignation dicta deux décrets , préàude nécessaire de lois plus rigoureuses. Parie premier on .prescrivaitàStanislas-Xavier, prince français , de rentrer en France dans* le délai de deux mois; faute de quoi il serait censé avoir abdiqué son droit éventuel à la régence ; par le second , l’assemblée législative déclarait , dès' ce moment , suspects de conjuration contre la patrie les V Français rassemblés au - delà du
DE Lk EEVOEDTIOlï PBANÇ. 87
royaume , déclarait coupables ceux qui seraient encore en état de rassemblement le prêtnier jauvier j^rochain , et ;«ÿdonnait qu'ils fussent punis de mort. ’ u.i
Les républicains avaient porté les alarmes de rassemblée surune autre espèce d’ennemis, qu’ils peignaient comme plus dangereux encore que les émigrés t^lés prêtres qui avaient refusé le serment. Une foule de pétitions , plusieurs rapports des autorités administratives montraient les campagnes livrées à leur influence.
Déjà prêtres qui s’étaient soumis ; aux lois de l’état avaient à.redouler .
les fureurs vindicatives de ceux qu’ofi nommait réfractaires. On rapportait que , dans différentes communes , ils avaient été poursuivis^ asw sassinés. Les auteurs de ces atten-
« chesses ou leur aisance! Non, ce « n’est point ainsi que doit se ven- « gcr la nation française. On va en- « core plus loin en rigueur ; on veut « qu’il Y ait entre les citoyens fraii- « çais une classe de proscrits. J)es- « tructeurs de l’inégalité politique, -nous convient -il d’établir celte ^
- cruelle inégalité qui fait tomber*
- l’oppression sur une classe entière ^
- d’hommes? Vous , ou vos succes- • - seurs , vous imiterez cet e:^mple ,
- si vous le donnez une fois. Quand « on a fait une première classe de «proscrits, rien n’empêche d’en « créer demain de nouvelles.
« Est-ce du moins la politiquequi « ordonne ces iniquités? La politi- ' « que vous les défend. On s’entrete- « nait peu, des prêtres , de leur culte « et de leurs dogmes avant la révo-
92 ^ȃCIS HISTOMOUB
« lutîon. On ën parlé aujourd’hui , « c’est qu’on a persécuté les prêtres.
« Pour achever ' de ressaisir tout « l’enipire qu’ils ontperdu, ils vous <t demanderaient eux-mêmes et des a proscriptions et des supplices.
tt Les tribun aux , dites- vous , mon- .« trent pour eux des complaisances , « ou ne savent pas les atteindre.
« CraigneS' de proclamer l’impuis- «. sancedes tribunaux, car vous en- « hardirez tous les genres de rébel- « lion. Gardez-vous d’annoucèr la a corruption des tribunaux j si vous « n’en avez des preuves assurées ,, O car vous leur ôterez toute con- « hance , c’èst-à-dire , toute aulo- « rité. Mais redoutez surtout de « créer un genre de délit qui leur « soit étranger. »
Ces discours furent entendus avec
laient de persécutions s’appelaient philosophes. On demandait qu’on retranchât aux prêtres qui s’obstineraient à refuser encore le serment la pension que l’assemblée constituante leur avait accordée à titre d’anciens titulaires , qu’ils fussent placés sous la surveillance des départemens , et déportés, lorsqu’ils auraient excité quelque part des troubles religieux. * « Qu’allez-vous « faire ? disaient les opposans. Quoi î « vous consacrez la liberté des cul- « tes ; plus sainte encore qiie la con- « stitution , la déclaration des droits « de l’homme l’a solennellement « promulguée, et vous fomentez un « schisme imprudemment créé par « l’assemblée constituante ! Vous y « faites intervenir l’autorité , afin qu’elle persécute. Celte première
DE LA RÉVOLUTION FRANÇ. qS
uneextrême défaveur. Ou ajouta aux reproches actuels que méritaient les prêtres tous les crimes qui jadis furent commis par eux , ou d’après leur inspiration.* La religion même
cessa d’être traitée avec la déférence
et le respect qu’avaient montrés pour elle les orateurs de l’assemblée constituante. Un des adversaires des prêtres prononça ces paroles : Mon Dieu , c'est la loi , je n* en connais foint d* autre. Les évêques constitutionnels qui étaient dans l’assemblée s’élevèrent en vain contre cette
profession d’atKéisme ; le décret fut adopté , au milieu du tumulte, tel qu’il avait été proposé.
Les deux actes législatifs que je' viens de rapporter étaient soumis par la constitution à la sanctign .du roi. L’un et l’avitre blessaient cruel-
Digiîi - - by Googit
94 PRÉCIS HISTORIQrE
lenient ses affections. Il avait plus que fie la pitié pour les émigrés , 'et une entière soumission, dans ses opinions religieuses, auxprêtresnon.
assermentés. On luiprésentaitd’ailleurs à' signer la proscription de son frère. Louis ressentait , avec plusde force que ne le font ordinairement lès rois, l’empire des affections domestiques. Troublé de ces nouvelles épreuves qu’on lui faisait subir , il appela de tous côtés des conseils. Il admit auprès de lui des hommes do tous les partis , et il leur parla comme si chacun d’eux avait eu sa confiance.
Déjà il avait été obligé de renouveler en partie le ministère. Montmorin avait quitté le département des affaires étrangères; l’assemblée
constituante avait assez exercé sa
constance ; il craignit les orages d’une assemblée plus turbulente. Le roi le vit s’éloigner à regret, et ne cessa de le consulter comme un ami.
Montmorin en eut le dévouement.
Plusieurs honlmes recommandables , et parmi eux Barthéierni , refusèrent ce ministère ; Delessart l’accepta. Bertrand de Molleville fut nommé à celui de la marine ; Narbonne à celui de la guerre; Cahier de Gerville à*celui de l’intérieur ; Tarbé à celui des contributions publiques \Duport-Dutertre tenait les sceaux de l’état. C’étaient là les conseillers de Louis. .Leurs divisions, dont j’aurai bientôt à rendre compte, rendirent inutile ou funeste pour le roi leur zèle môme à le défendre. C^ fut au milieu de l’embarras où le mettaient ces deux décrets que les
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intrigues jouèrent en tous sens autour de lui. Plusieurs chefs du parti populaire de l’assemblée constituante, et particulièrement Duport, Barnave , et Alexandre Lameth , furent appelés dans rfne cour où ils étalent haïs et soupçonnés (c). Ils proposèrent des partis vigoureux; et comme ils avaient toujours à craindre la faiblesse du monarque , ils 'voulaient qu’il se plaçât sous leur tutelle de manière S écarter toute autre influence. Ils lui enseignaient les moyens de disputer de popularité avec l’asseinblée législative , même en refusant ses décrets. Louis écouta sans murmure, mais suivit sans fidélité les'propositions qui lui furent faites à cet égard. La reine , particulièrement ,' montrait de l’aversion pour tous les plans qui subordon-
Digrtlzed by C .
liaient le roi à l’inlluence des hommes qui avaient porté les premiers coifjis à son autorité. On exigeait de Louis qu’il remplaçât les mesures de l’assemblée contre les émigrés par une active surveillance, par des exhortations et des menaces pressantes. On voulait qu’à l’égard des prêtres non . assermentds il témoignât qu’il voyait avec regret leur opposition , et qu’il ne les choisît plus pour diriger sa conscience.
Louis répondait qu’il devait aii moins jouir de la liberté accordée à chaque citoyen d’être libre dans son culte. Il était pressé par lé remords d’avoir trop peu défendu la religion et l’Église des atteintes que leur avait portées l’assembléexonstituante. * *
Il commença par apposer son veto
q8 • PBÉCIS HISTORIQUE
sur le décret relatif aux émigrés ; il saiiclionua celui qui prescrivait à son frère de rentrer en France*. Le refus du premier de ces décrets annonçait que le roi voulait user de son pouvoir , même dans son exercice le plus périlleux ; ^acceptation du second prouvait à ceux qui connaissaient sou cœur qu’il se regardait encore comme dans une situation passive et contrainte. Lorsque le ministre Duport - Dutertre vint dansl’assemblée prononcer au nom du roi le premier veïi? suivant cette formule constitutionnelle, ie roi examinera, il se fit un silence lugubre et menaçant. Les républicains triomphèrent de voir que Louis , en acceptant le combat , fournissait un -prétexte et des moyens pour l’attaquer avec' plus de fureuh' Ils dissi-
imilèrent ils retinrent ceux qui, moins habiles , voulaient laisser éclater leur colère. Ils félicitèrent ironi-.
quenient le roi sur la preuve qu’il donnait à l’Europe de la liberté dont il jouissait au sein de la nation. Le ministre voulait exposer, et les motifs du refus de la sanction , et les mesures exécutives par lesquelles le roi devait suppléer au décret.^ A peine* avait - il prononcé quelquesparoles , que des murmures l’interrompirent. Le président ( c’était Vergniaud) lui imposa silence en lui disant d’un ton sévère que la constitution accordait bien au roi le veto, mais non la faculté d’en développer les motifs. •
Le lendemain parut une proclamation dans laquelle le roi parlait avec sévérité aux émigrés , et cher-
fois le théâtre de scènes sanglantes et de lâches assassinats depuis que le vœu de réunion à la France avait été proposé dans cette ville. L’assemblée -constituante avait long-temps ' balancéà déclarer cet te réunion ; elle la prononça le jour même où le roi venait dans son sein accepter la constitution. Ce décret corrompit tout le plaisir qu’il pouvait goûter dans ce moment. Ses principes religieux s’ala rmaien t d’un envahissement fait sur le pape ; aussi hésita- t-il à donner sa sanction ; elle lui fut arràcliée^^ en quelque sorte , par le ministre de ' la justice , Duport - Dutertre qui craignit pour Louis les suites de cette [>remière résistance. La réunion ne.
fut point opérée aussi promptement qu’il était nécessaire pour enchaîner deux partis furieux. Le peuple avi-*
IC>4 PRÉCIS H18TORIQV1
goonais avait mis à la tête dé ses expéditions révolutionnaires im être stupide et féroce , nommé Jourdan , qui s^était donné à lui-même Taffreux surnom de coupe^téU. Il était l’instrument des fureurs de quelques hommes qui donnaient dans le Midi de continuels exemples de . cruauté. Le parti opposé à la réunion ne gardait lui-même aucune ^ mesure , et se flattait encore qu’elle pouvait être écartée. Il avait repris quelque domination dans la ville.
Un jour des hommes de ce dernier parti assaillirent Lécuyer, secrétaire de la municipalité. Les assassins le poursuivirent jusqu’au pied des autels J où il avait cherché un refuge , et lui donnèrent la mort. La ven- ^ geance ne fut pas soudaine , mais n’en fut que plus atroce. Le parti ,
T)E LA. RÉVOLUTION FRANÇ. lOI
tiou déjà prise au fond de son cœur.
Le déparlement de Paris , qui était alors composé d’hommes recommandables par leur patriotisme et leurs lumières , tels que les La Rocheioucault , Baumetz , Desmeuniers , Talleyrand ,^nson , Brousse , Garnier , adressa au roi une pétition pour rengager à apposer son veto sur le décret relatif aux prêtres. On cite encore aujourd’hui cette pétition comme un modèle de discussion ‘ lumineuse sur la tolérance.
‘ L’orgueil de l’assemblée nationale ' se révolta contre cette entreprise hardie d’une autorité subordonnée;’ long-temps elle parla ; elle s’occupa' même de la punir ; elle fut cependant retenue par la haute considération qui environnait les membres du département de Paris. ,
DB Lâ BÉVOIUTION FRÂNÇ. loS
que dans une telle occasion je rou> • girais d^appeler le parti patriote , rassembla ses forces en silence > rappela en secret dans Avignon ceux qui avaient été contraints de sVn éloigner ; et , après s’être assuré de Timpossibilité où étaient ses nombreuses victimes de lui échapper»
il éclata Je dimanche 3o octobre 1791. Les commissaires pacificateurs étaient éloignés. - - '
La ville est investie, les portes sont fermées ; une troupe commandée par le barbare Jourdan va chercher dans leurs maisons les malheureux voués à la mort. On les entasse, au nombre de plus de soixante, dans le pïilais; lès monstres , que rien n’empêche de commettre leur crime , attendent cependant les ténèbres, éomme plus
io6 p&ÉGis niSToniQUE favorables à leur férocité. Ils viennent enfoi\cer les portes de la prison : chacun d’eux est maître d’as-
souvir sa rage par un supplice de son choix. On rapporte qu’un jeune^ homme de dix>huit ans inamola quatorze personnes de sa main , et> qu’il SC plaignait encore de sa lassitude. Le père est rapproché de ses enfans, la mère de sa fille* comme pour les IJaire expirer à chaque coup ^ qui tombe sur des êtres si chers.' Douze femmes sont immolées; ma plumé ne peut exprimer quelles tortures on leur fit subir. Le jour pa-^' raît : deux victimes ont échappé à la faveur de la nuit ; qn les retrouve, on le»s rejoint à leurs malheureux compagnons. Parmi eux était un prêtre âgé de soixante-dix-huit ans, bienfaiteur des pauvres; ni la
DE Ik REVOtUTION FRANC. IO7
pitié, ni même la reconnaissance ne peut le proléger. Enfin , quand il n’y a plus devant ces bourreaux que des restes inanimés, ils les déchd’ent, ils les mutilent; et les cadavres tronqués sont entassés dans une glacière qu’on mure ; d’autres sont jetés dans le Piliône. Telle fut cette nuit désastreuse , modèle des horreurs qui bientôt devaient se commettre parmi nous. Les commissaires envoyés dans cette ville arrivèrent trop tard pour arrêter tant de, crimes , mais parlèrent au moins de les punir. Lâches- à l’aspect delà force, ces bourreaux couverts de sang se laissent enchaîner. , L'assemblée législative ne put entendre cet épouvantable récit saifs pousser des cris d’indignation*: le président s’évanouit en lisant la Ict-
108 PBÉeiS HISTOBIQVS
tre qui révélait à l’univers ce comble de férocité. Malheureusement ' ce premier mouvement d’horreur se calma dans des âmes entraînées par l’esprit de parti ; au bouü de quelque temps, on parla d'amnistie : on l’obtint , et on eut le 2 septembre.
On n’apprendra pas sans étonnement que , parmi les hommes qui furent accusés d’avoir dirigé les assassinats d’Avignon , il s’en trouva qui furent capables de remords , et qui voulurent quitter la carrière du crime. Il y en eut deux qui moururent victimes du5i mai.
Le ;désastre de Saint - Domingue epibrassait encore un plus grand fiombre'de victimes, et portait un coup plus cruel à la France. Les malheureux côlons étaient depuis
long-temps divisés entte eux. Frappé de crainte sur les effets que le dogme politique de l’égalité des hommes devait produire parmi les nègres , le plusgrand nombre courait au-devant du mal qu’il voulait empêcher.
Les uns songeaient à se 'rendrè indépendans de la France; les autres se soumettaient à la métropole, mais demandaient une garantie pour leur sûreté. L’assemblée consti-' tuante s’était montrée sensible aux alarmes de ces derniers. Barnave , au moment même où il suivait avec le plus d’ardeur les principes populaires, avait fait éloigner.toute discussion qui pouvait, compromettre la plus florissante des colonies. Les nègres semblaient encore dormir du sommeil de l’esclavage : mais les hommes de couleur cherchèrent à A. L.
LIO PRÉCIS BISTORIQVE .
profiter des circonstances pour sortir ^ d^iuie position abjecte, équivoque , et pour participer aux droits politiques des .colons. Ceux ci crurent qu"en leur aixordant ces droits , ils affaibliraient le préjugé qui accoutumait les, nègres à les regarder . comme des êtres d'unë nature supérieure. Ils refusèreUt, dans leur orgueil ou dans leur politique, cte se laii’e (les alliés des hommes de couleur ; ils s"en firent de redoutables ennemis. Un mulâtre qui était .en' correspondance avec Brissot fut accusé par les colons d’avoir foménté un soulèvement ; ils le firent périr..
L’assemblée, con^ituante s’occupa long-ten^s de leurs querelles, ne satisfit aucun des deux partis qur se combattaient. Les nmlâtres ne tardèrent pas . à allumer le feu de
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la sédition parmi les nègres. Ils croyaient être toujours maîtres de ne porter leurs fureurs dévastatrices que jusqu’à tel ou tel degré. Les nègres employèrent cette dissimulation familière aux peuples sauvages qui nourrissent l’espoir d’une grande vengeance. On prétend que des émissaires partirent de France pour aller les exciter ; d’autres disent que l’Angleterre , qui avait dès long - temps .
préparé le désastre d’une Colonie dont elle était jalouse, inspira, même parmi nous, les démarches , les discours et les écrits qui devaient amener celte catastrophe. L’Espagne est aussi accusée à cet égard; et quoiqu’un crime de ce genre' répugne aux maximes de ce gouvernement , on est forcé de convenir que les celons espagnols de Saint-Domingue
LA REVOLUTION FRANÇ. 1 15 un siècle d’horreurs ; on chercha moins à les prévenir qu’à les faire tomber sur < ses ennemis. Chaque parti s’accusa réciproquement d’avoir , par ses imprudences , ou par ses perfidies , donné lieu , soit aux massacres d’Avignon, soit à ceux de Saint - Domingue. Claude Fauchet , homme d’un esprit faux , d’un caractère emporté , reprocha aù ministre Delessart d’avoir différé', à dessein et dans une atroce pensée, de mettre à exécution le décret qui unissait Avignon à la France. Il voulut faire rejaillir sur lui tout le sang qui avait coulé ; « Ce n’est point ( s’écria-t-il dans un transport qui fit frémir toute l’assemblée) , ce < n’est point la mort que je souhaite « à ce ministre , la mort n’est qu’un « supplice du moment. Qu’il vive ,
Il6 PRÉCIS HlSTOBlQtJE
« mais qu'il ;Soit, condamné à res- « pirer Todeur des cadavres eiifer- ( més sous la glacière. » L’homme qui forma cet exécrable vœu était cependant un prêtre! ^
Brissot attribua tous les malheurs
de Saint-Domingue à la faiblesse de l’assemblée constituante « qui avait refusé aux hommes de couleur la plus juste demande. Le parti opposé les attribua à Brissot , le plus véhémentet le plus actif des ennemis de l’esclavage des noirs. L’assemblée disputa long -temps sur un désastre dont il était devenu difficile d’arrê-
tçrles progrès ; la discussion fut orageuse. Brissot persuada à l’assemblée qu’il fallait désormais employer tous ses soins à calmer les hommes de couleur ; les droits politiques leur furent accordés.
DE LA BÉVOLUTION FflANÇ. Il3 nourrirent dans des cavernes ceux qu’ils avaient soustraits à la fureur de leurs compagnons. L’Africain déchaîné marque sa fureur par des inventions de nouveaux supplices ( tant les lidmmes savent inventer en ce genre ! ) : un malheureux colon est scié entre deux planches ; les femmes... non, je ne puis achever. Bientôt la campagne n’olfre plus qu’un monceau de cendres; déjà il ne reste plus rien de douze cenls cafèteries et de deux cents sucreries; elle hruit dece désastre va porter la joie parmi les politiques et les spéculateurs de Londres! Ce qui reste de colons va se réfugier dans la ville du Cap : triste asile , où de' nouvelles fureurs devaient bientôt les engloutir! L’histoire consacrerat-elle un fait qui dans ce temps-là
Di
. Le parti républicain avait suffisamment essayé son pou voir sur l’assemblée, il inarclia d’un pas plus accéléré vers son but ; il appela la guerre. Rien neparaissaît plus facile que de familiariser avec ce fléau des imaginations ardentes.* ^Un seul * homme arrêta long - temps leurs projets , et chercha à détourner de la France et del’Europela plaie profonde qu’elles allaient recevoir. Qui le croirait? cet intercesseurqui parlait au nom de l’humanité , c’était Robespierre. Il choisissait toujours ses ennemis parmi ceux qui étaie'nt les plus près de la popularité ; l’ardeur de^ combattre des rivaux qui allaient entièrement l’éclipser le porta à s’opposer à la guerre, qui semblait pourtant favoriser, les espérances de son parti et son umbir