‹ Précis historique de la Révolution française. Assemblée législativeChapitre 9 sur 25 · ÉPOQUE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE

DE

Depuis le i**' octobre 1791 au 21 septembre 1792.

INTRODUCtION.

L'tfiSTOïRK dç Fassemblée législative «Vêt, en quelque sorte , que celle du dix aeàt , préparé pendant dix mois.

Neuf années se sont à pf ine écoulées depuis cette époque, et la plupart des homme < qui y ont attaché leurs nofns9 4»e slont plus. Lès vain^* queurs furent impitoyables en ver»

les vainciTs; ils le furent également envers eux-mêmes dans leurs épouyantables divisions. Ptàsieat^ d'eu^ ont laissé une mémoire regrettée des partis ou des factions qui se •ont formés sous leur conduite^ Quelques-uns ont inspiré un intérêt 1. I

plus jgéu^ral, par des taleots gui s'annoncèrent avec éclat, mais dont wne mort prëmaturëe ne permit pas te développement , et i)ar dei vertus qui ne, tri)uvère!nt paa unie direction assez sûye dans des temps de discorde. Il serait injuste et cruel de poursuivre leurs noms de Li respousabiiité de ikous les fléaux; ^wi vinrent à rla suite de fcur entre^îrisé, .11 gérait 4âche et inu*.

tile de . dissimuler le vice d'un grand nombre de ; moyens qu'ils euiployèrent. Quaot aux. actions^ qui eurent tQus les caractères et les plus affreux rés4*ltats du crime, il n'est permis, dans aucun temps , de cherclier à en adoucir l'horreur, .t *

lîïT'RODtfîCTl ON*. 3

- Null« con8pîralk)n ti*ofFre moins d'obscurité, et n'est pïtis fadile à écrire, que celle qaî renverra Louis XVI, Bon pas du trône de ses pères^ ( ear Rassemblée constituante ayaît abattu cekii-ci ) , mais du trône constitùtronnel où elle venait de l'asseoir avec si peu de précautions.

Cette conspiration fut foîte à haute voix , sans cesse annoncée par ses auteurs , et tous les jours essayée. Jamais orage ne fut pressenti plus longtemps d'avanee , eé ne fut fugé plus înévîtàble par ceux qu'il devait envelopper. Le détail des intrigi^e» seck-ètes entre les conjurés , expliqué pourquoi la' grande caf âstïfOph6= tarda à iclater.

4 iNTHOBUCfJON.

et pourquoi elle éclata d'uoe manière 8t désorcloiinée et #i terrible.

J*ai à retracer la dernière et cruelle année d'un règnp commencé «OU8 de forti^nés auspices. Je rap-.

pelletai les fautes de Louis, de sa cour et de ses conseils ; Je laisserai les faits le. justifier de plusieurs crimes imaginaires ; je ne chercherai ^ ni à es^aher;^ ni à affaiblir la pitié qu'on doit à des malheurs' sans mesure. Quels que soient les.

jugements contraires qui se prQ-.

noncent sur la .conduite et le caractère de Louis , je ne répéterai, ceux d'aucune faction. Je ne crois pas qu'on ait le ^''oit de dégra^Ier la bonté et les vertuj paisibles , lors même qu'elles se rencontrent dans

IKTHODUCTIOIf. 5

un caractère privé de toute fermeté.

La vérité veut qu'on rapporte à l'assemblée législative les principes de la jurisprudence révolutionnaire qui, pendant tant d*an- Bées , nous a opprimés , que nous avons vu sVlever au dessus de plusieurs constititions^ et leur survivre.

Il importe de tracer, avec précision et avec rapidité , l'origine et les premiers prétextes de ces lois ennemies de la propriété , et fléaux de la liberté civUç*

Enfin , le sujet le plus vaste et le plus important vient s'offrir comme en épisode dans cette histoire , je veux parler de la guerre ; son origine appartient encore à cette épo« que.

Des objets si graves et si vnxiéfs^' que l'ordre des faits ne permet pas de traiter séparément , offrent des tableaux variés et contrastants dont* H est difficile de composer un seul* tableau. Pour éviter des digressionscontinuelles , je vais décrirela sîtua-^ lion politique de la France à l'é-^ poque où l'assemblée constituante abdiqua le droit de conduire la révolution qu'elle avoit commencée.

Là constitution qu'elle avait créée avec tant de fatigues et d'une ma-* nière si peu digne d'elle, eut le sort qu'ont éprouvé souvent les testaments des rois absolus de leur vivant, impunément bravés après leur mort. Rassemblée constituante avait senti , mais trop tard et

d*otie manière ttôp imparfaite ^ W défectuosité» de 'séin ouvrage; Là liberté n^y était poîdt assiirée , puisque Tautorîté y était 'mal assise/ Elle ayait dépouillé' le trône de* toute splendeur, deHbute dignité , de tout ce qui agi* sur l'itiiâgina*.

tien des peuples. Le roi y qu'elle' Tenait d'y replacer, sortait d'une captivité honteuse. Toutes lés parties de l'autorité publique étaienC* désunîes , indépendantes par le fait,et pouvaient rompre, à volonté, les* Kens imaginaires qui. les subordonnaient Tune à Tautrè. Elle avait' détaché du pouvoir exécutif je ne sais quel pouvoir d'afdmihistration, qu'elle plaçait , ou plutèrt qu'elle* hissait /égarer danr uq grand

8 i^Tfippxjcriotf^ nombre de (^p^rt^ments , dail»

uoe fouJe , de districts , dans de»

inîllîers deniunicipajîté^. KUe mettait partout de» .rivalité», ilulle part des arbitres; £Iie n'avait rendu à la propriété ^ cette première sauvegarde des gouvernements représentatifs , q^u'uu hommage timide et illusoire. Elle n'avait pas su trouver une digue pour contenir «es ardents successeurs ; elle n'opposait; à leurs passions que la constitutioa même, c'est-à-dire , quelques page»

insignifiantes , vainement consacrées par les serments d'un peuple irréligieux et, frivole. Elle avait mal-adroitement mélangé le» divers élémentsjdesgpuvernements mixtes,^ en prodiguax^t, à l'excès ^ les formes

^Én ocrât iqiies. Tout était souveraineté, tout était combat. L'expérience dés disseniîons et du tuttiulte qu'elle atait éprouvés dan« une seule chambre , n'avait pas été suffisante pour l'avertir de diviser le pouvoir législatif. Elle ne laissait au roi , pour y participer, qu'un veto limité dans son institution , funeste dans son exercice. 11 n'avait pas assez d'emplois à sa nomination , pour attirer vers lui les kommes ambitieux ; seulement il pouvait acheter quelques âmes vénales avec une liste civile , seul objet où l'assemblée constituante eût montré envers lui quelque libéralité ; et ce don lui fut encore fatal , car la liste civile devint une

source de diffamation pour les défenseur? les plus désintéressés du.

trône constitutionnel. La royauté oe reparaissait donc que pour être avilie et odieuse.

Voilà quel était l'ouvrage^ longtemps élaboré et vanté, d'une assemblée à jamais célèbre par le c^olicours de talents", et même de* vertus, qui s'y distinguèrent «t qui:

s'y crtmbattirent. Elle prouva qu^eir politique Je talent est imparfait ç'il ne va pas au devant de l'expé-:

rience , et funeste s'il la dédaigne. :

L'assemblée constituante était fatiguée de la révolution. La sagesse lui était arrivée ^ comme ellc) arrive aux vieillards au moment ou l'énergie leur manque. Elle eut

INTRODUCTION'. It Une idée tardive, maïs qui pourait encore être salutaire; c'était cellci de réviser la constitution. Il fallait braver les opinions populaires, modifier l'excès de ses principes 5 elle trembla à l'aspect des idoles créées par ses mains» Elle en fit assez pour aHumer une- opposition viplente , et trop peu pour la dompter. Le parti qu'on nommait alors aristocratique avait poussé , avec toute l'impré-* voyance qui le caractérisait, à la dissolution de l'assemblée , à .la non réélection d«*ses membres. Op^ primé et vindicatif, ce parti se ré^ jouissait du prochain abaissement de ceux qu'il. regardait comme les uniques auteurs de ses maux. D'ailleurs 9 il iCnvitageait un acpcoisse^

la jNTRontrcTioir.

ment d'anarchie comme un appal nécessaire à ses espérances. Ceux qui songeaient à attaquer la Eranco au dehors , roulaient qu'elle fât troublée au dedans, pour diviser ses forces , et pour rallier de nou^ veaux mécontents à ceux qui ^ chaque jour, venaient se joindre à eux.

Les orateurs de l'assemblée constituante s'alarmaient presque tous d'un départ si précipité. Ils essaye* rent plus d'une fois de la faire re-»

venir sur une résolution dont ils calculaient les suites funestes. Ils étaient repoussés avec animoslté« La ligue de la médiocrité envieuse s'était formée contre eux. On ne jparlait plus que du désir- de revoit

INTHODirCTIOïT. tj

»e8 foyer»; on ne songeait plus à eo assurer la paix. Vous eussiez dit «fie armée révoltée contre ses chefs^ au sein .même de la victoire , et préférant un retour honteux et plein de dangers^ à une poursuite glorieuse -et désormais facile. Un honEime, toujours méprisé de Pas-* semblée constituante, eut de l'in^ fluence sur celte fatale résolution ; c'était Robespierre. La destinée^ qui voulut se servir de ce rhéteur médiocre pour nous donner le joug le plus atroce et le plus humiliant , venait de le placer dans une posU tien où il commençait à attirer les regards. Chef d'une minorité, com»

posée d'abord seulement de sept membres de l'assemblée consti*

14 I.if TRODUCT lOK.

tuaptç^.U s'était opposé à ce qu'on rendit au roi fugitif sa couronne; Après la sanglante issue de la fameuse pétition du Cbampde^-Mars, il s'était caché quelques jours ; il avait reparu avec timidité, il reprit bientôt assez d'ascendant pour contrarier toute l'entreprise de la révision. En pressant la dissolutioa de l'assemblée, il vengeait sa vanité longtemps humiliée, il ajoutait à la réputation de son désintéressement , la seule par laquelle il pût se faire valoir. Il voyait naître cette anarchie dans laquelle dominent les plus vils perturbateurs. Entraînée moins encore par de telles sug-i gestions, que par quelques senti « raents jaloux, rassemblée abandon-

INTRODTJ^CTION'* ï5

DA aux chances les plus périlleuses, et sa constitution , et le monarque qu'elle eût pu soutenir encore par une tutelle vigoureuse et respectée.

L'acceptation de la constitution avait été proposée à un roi prisonnier. On avait ouvert son palais depuis quelques jours y afin qu'il paMÎt un peu plus libre. On chercha tous les moyens de solenniser cette réconciliation qu'il faisait avec le peuple. Il y mit la sensibilité qui ^taît dans son cœur, et plus de dignité que son caractère n'en mon-* trait ordinairement. Thouret , qui présidait alors l'assemblée constituante, lui remit, presque à genoux^ un sceptre brisé, .sans force et sans éclat. On donna le signal à la joie

t6 INTRO JCTIOK.

publique, et les âmes honnêtes taobèrent de retrouver de la joie dans leut cœur. Mais la raison offrait à chacun de sinistres pressentimenta.

Les fêtes furent somptueuses et lugubres, par le sentiment qui y régnait.

Ce nVtait plus la vive et bruyante alégresse du Champ-de-Mars, Le peuple était morne et défiant ; le roi pembl it interroger, avec mélancolie, tous les regards; on avait peine à étouffer les murmures qui étaient toujours prêts à éclater à l'aspect de la reine. Elle semblait chercher une protection dans so»

fils. Cette famille malheureuse cessa bientôt de se montrer, plutôt à la pitié , qu'à l'amour des Parisiens.

La cour redevint sombre et si-

INTRODUCTION. 17 l^Dcîeuse , asile de« soupçons , de»

terreurs et des timides intrigue»

qui furent prises pour des complots.

Une amnistie avait été puh]Â^e pour tous les faits révolutionnaires!

L'assemblée constituante avait révoqué quelques dispositions de rigueur contre les émîgrants. L'*/jéne des passe* ports était abolie. L'assem-^ blée poussa peut-être la confiance Jusqu'à penser que les ennemis les plus invétérés de la révolution suivraient le vcBu du monarque , re-r viendraient autour de lui pour assurer son existence^et prendraient part au pacte nouveau qui leur promettait paix et protection, ^ais il.

»'en arriva pas ainsi. La liberté de

l8 INTRC lUCTIOK.

sortir de France parut , à des hommes aveuglé» par la haine, la liberté de sortir d'une prison. Les frères du roi se servirent des antiques formules de la monarchie, pour convoquer , autour d'eu^ , Parrière-ban de la noblesse. Ils protestèrent que k roi était enchaîné par une autorité U8v- patrice, qu'au fond du cœur il détestait ; qu'eux seuls étaient les interprètes de ses vœux , et pouvaient tracer à la fidelle noblesse, la route qu'elle avait à suivre. Il»

menaçaient de l'infamie quiconque hésiterait à venir les rejoindre. Il* présentaient la certitude d'un re-tour triomphant et prochain , tous les rois de l'Europe déjà ligués contie un système im^e et anar-

I îï T H O D U C T7 O N. t(f chique, des armées s'avançant vers les frontières rfe la France, qui réclamaient une avant-garde de Fran* ^ais dignes de leurs aïeux. Le res* sentiment et Torgueil firent ajouter foi à ces promesses. Toutes le* routes étaient couverts de présomptueux fugitifs, qni les remplissaient de leurs menaces. Oi»

courait à Coblentz comme à la nouvelle capitale. On quittait le»

plaisirs de Paris, comme pour aller chercher d'autres plaisirs. Les des^ cendants des croisés , plus inconsidérés encore que leurs aïeux , abandonnaient , sans précaution , leurs vastes domaines, et n'emportaient avec eux qu'une épée qui devait être inutile ou funeste. Il y avait

ao INTRODtJCTIOK»

bi^n une sorte de fanatisme chevaleresque chez quelques indivulus ; mais ce qui précipitait ^ au dehors , la plupait de ces insensés, c'était la mode. Ceux qui avaient des noms Ulqstrés , craignaient d'y imprimer une tache en refusant de porter les armes coLtre leur patrie. Ceui qui avaient des noms plus obscurs ^ des titres plus modernes , bénis-* saiené Poccasioa qui leur était of<« ferte d'en rehausser l'éclat. Mille^ aventuriers les suivaient ^ et les ex^^ citaient. Cependant un grand nom<^ bre de vieillards , d'hommes paisi-* blés, quittaient, en soupirant , leuf terre natale , abandonnaient ou en-»

traînaient avec eux leur malheuw reuse famille ^ les plus cruels sacri«

IKTRODUCTIOW. 2T

ftces leur étaient demandés au nom de l'honneur. Ils n'osaient interpréter ee qu'on appelait les lois de l'honneur.

Tel était donc le premier gage de Ta paix que l'assemblée constituante avait cru ramener en France.

Nul mystère , nulle contrainte pour ces scandaleuses provocations h une guerre étrangère. Elles retentissaient dans tous les spectacles, dans tous les lieux publics ; et , ce qu'il y eut de plus funeste , c'est qu'elles furent entendues même à la cour.

La reine n'observait, à cet égard, qu'une circonspection froide, mal imitée encore par plusieurs des personnes qui l'entouraient. Le roi montrait plus de douleur ^ mais une

^2^ INTROnVCTION.

douleur inactive , il n'opposa rien a«x ordres impérieux que donnaient ses frères. Peut-être, il craignit, en divulguant trop tôt Pétendue du mal , de provoquer Tinquiétude qui commençait à renaître; peutêtre aussi son irrésolution naturelle lui montrait-elle quelque chance avantageuse dans la menace terrible qui allait être faitf aux Français. > '

Ce vaste débordement d'émigré»

li'empéchait pas qu'il ne restât en France un parti contre-révolutionnaire beaucoup plus considérable qu'il ne l'était aux premiers jours de la révolution. Comme il n'avait ni direction , ni chef connu , il se mêla peu aux événements mémo-

rables de celte année. Mais il aigrissait contre lui le peuple par des sarcasmes répandus sur tout ce que Je peuple aimait encore. Quelques royalistes , moins exaltés , demeu^ rèrent, convaincus que leur poste ne pouvait être ailleurs qu'auprès du loi. Parmi eux, plusieurs hom'* mes recommandables par d'anti* ques services , et des vertus qui avaient fait l'ornement d' m temps plus heureux. Ils reparaissaient quelquefois dans une cour morne ei attriàtée. On les vit dans des occasions périlleuses. La destinée de plusieurs fut de^suivre ou de précéder Louis à Péchafaud.

Outre ce parti, désigné sous le nom d'aristocrates , trois autres

partis s'agitaient, se com battaient ^ et chacun d'eux avait encaie dans son sein d'autres subdivisions. L'assemUée législative était formée de CCS divers éléments que nous allons parcourir*

L'époque où elle avait été élue ^ contribua beaucoup à donner k l'assemblée constituante des successeurs dangereux. En ^ffet les assemblées primaires avaient été convor quées à l'époque même de la fuite du roi , quand les esprits fermentaient de soupçons et de ressent U ments* Les vœux publics allèrent chercher les hommes passionnés, les corps électoraux ne se réunirent , il est vrai , qu'après que l'assemblée cpnstitua^te crut avoir dis$ipé|

INTIODUCTIOW. «5 par la force et la sagesse, le nouvel orage qui s'était élevé. Mais l'esprit qui Panimait , n'était pas celui de plusieurs des corps électoraux» Les uns nommèrent pour détruire , les autres pour conserver. La ma«jorité se trouva composée d'bomine3 dç.bien , qui voulaient faire ^ avec franchise , l'essai de la conatitution nouvelle.

Voici quelle était la position des hommes du parti constitutionnel.lls défendaient les ministres y et souvent ils n'avaient pour plusieurs d'entre eux ni affection , ni confiance ; ils défendaient le roi et la cour ^ et ils frouvaieiit le roi trop inactif, La cour leur était beaucoup plus suspecte y ils n'en rechercha i.nt

a6 I K t R O D U C T I O Iff.

point la faveur ^ ils en recevaient quelquefois des mépris. Us défendaient la constitution ^ et l'expérience de chaque jour leur en faisait sentir les défauts; ils défendaient enfin ce qu'il y avait de plus rai* sonnable dans la déclaration de^ droits de l'homme , ciontre ceux qui l'invoquaient avec fanatistoe'^ et hif donnaient un sens vague et déUcant. Mais ce qui rompit le plus souveot leur ligue , ce fut la peur.

Us avaient une foule de partisans secrets , qui craignaient de se montrer dans leurs rangs , que le tumulte déconcertait ^ qui avaient sans cesse la crainte de placer leurs noms sur des listes de proscrits , et qui cessaient, de voter en faom*

IKTRODUCTIOK. 27 mes sincères , parce qu'ils ne pou-»

raient agir en hommes courageux.

hes adversaires qui s'élevaient contre eux n'étaient point à dédaigner. Au premier bruit de la fuite du roi^ le cri de la république avait retenti d'un bout de la France à l'autre. Quand on apprit que le roi était ramené eiàtcapiif ^ on eut de la peine à étouffer ce cri. Parmi les patriotes mêmes , qui témoignaient de l'éloignement pour le délire démagogique et les fureurs populaires, il éclata une division.

Quelques-uns s'obstinèrent à penser que la république était bonne à établir dans ce moment, sur les débris 4'un trône abandonné, d'un trône auquel nul effort humain ne.

28 IKTRODUCTIOïr.

pouvait rendre de Ja gloire, ni de la solidité. Cette opinion fut peu dé* fendue à l'assemblée constituante , mais elle se répandit au dehots. La force déployée au Champ-de-Mars, ne produisit , parmi les républicains , qu'une terreur de quelques jours. Elle fit naître , dans leurs cœurs, le dtm'de la vengeance ; ils approchaient du moment de l'exercer. Les deux premiers promoteurs de la république, furent Condorcet et Brissot. Le premier exerçait y depuis plusieurs années , une sorte de suprématie au milieu des philosophes. Il était le conservateur de leur doctrine ; la nature de ses talents n'eût pas suflj , peut- ^tre , pour qu'il en fût un des

INTEODXICTlOir. 29

premiers propagateurs» II roulait dans le ' cercle des connaissances Lninaines , guidé par un esprit vaste et méthodique. Il s'était con* sacré à cultiver les Sciences , dont il cherchait à appliquer les résultats au bien de ta société y et à cidtîver de vieilles et respectables amitiés. Les nouvelles opinions lui firent abandonner ces première»

sources de son bonheur et de sa réputation. II était fait pour, don* ner i un parti politique , plus de ccnsidératîon quHi n'en pouvait recevoir. Ses mœets étaient donces , mais il était capable à'vm ressentiment obstiné. Où l'avait appelé un volcan coupert de neige* Je ne sais s'il dirigea beaucoup les

3o INTRODUCTION, intrigues^ seer^ea de son parti , mais il le servit d'une» manière très-active , par des écrits poléœi* ques, où le sarcasme était lancé avec pltts de riolence qù*il ne coavient à un philosophe.

Brisgot ii!avait pas, comme ce fjernierv, u» nom' considéré dans l'Europe , ni lea mêmes titres pour le mérit«n Sa vie , adsez errante , âivait fourni à set délracteurt, une occasion ide Je f:h^r:g^x de mille inculpation^ , dont ses amis ont pleinement v^flTgé éa mémoire. Avec un tray^iil infatigable , il avait %ît , pariicniièrement sur la politique, une;mul4tude d'écrits peu distingués. Il saisit ai^ec avidité l'occasion de sortir d'un rôle ob-^

INTHODUCTIOW. 2t «cûr. D avait plutôf de la finesse dans ses vues , que de la grâee dans l'expression. Son ame avait aussi plus de chaleur qu'elle n'en exhalait. Il voulàk fortement la république, il la voulait avec la plus douce des révolutions , il y - fut conduit avec la plus sanglante.

Condorcet et Brissot entraient à l'assemblée législative 5 ils trouvèrent , dans quelques-uns de leurs collègues, des hommes plus pro-^ près qu'eux-mêmes à l'accomplissement de leurs desseins* Je veux parler des députés de la Gironde , et particulièrement de Vergniaux,^ Guadet et GensomgL Sahs*doute, en observant la marche rapide , et Içs succès continuels dès. orateurs

Sa IKTHODUCTIOir.

de l'atsemblée constituante , ils s'étaient souvent dit avec amertume : on ne nous laissera rien a faire. Mais quand ils virent qu'on avait manqué l'occadlbn d*établîr la république, ils «rurent avoir une tâche digne d'eux. Gensonné était le moins brillant des trois; il avait des habitudes méditatives, qu'il associait aux ressources de Pintrigue 5 il. avait , dans le ton ^ dans le style et dans les manières, «e genre froid et didactique , qui sert souvent dans les assemblées à donner aux propositions les plus Jiardies , l'apparence de la sagesse.

Du reste, h^||le en expédients y opiniâtre, et ne montrant jamais, au milieu des ^hôcs les plus vio«

INTRODUCTION. 33 lents , que l'ébranlement arrivât jusqu'à son ame. Avec plus de feu , plus de souplesse , et doué émînenjment de Tesprtt d'à-propos, Guadet secAdait encore mieux les espérances d'un parti révolutionnaire. II n'était pâmais plus redoutable à ses adversaires , que quand il sortait de la question proposée.

Il connaissait l'art de faire des appels aux passions secrètes d'une assemblée. Les sarcasmes amers et les apostrophes violentes, étaient ses armes favorites. Il portait tant d'adresse dans la fiiscussion , qu'oa pouvait l'accuser de perfidie ; l'ardeur du succès et l'entraînement du parti, faisaient ainsi se démentir souvent un iiomme > en qui

34 I N T R iyf> :trc T I o,m ses amis trouvaient beaucoup de franchise et de probité. Vergniaux était l'orgueil de cette députatioa célèbre. II. avait toutes les qualités, de Torateur , et p'avait ^ rien celles de l'homme d'étatl Son ame était.

bienveillante et pure. Son caractère était passionné par moment ^ in: is penchait naturellemeût vers l'indolence. De tous les avantages qu'il réunissait pour faire entrer la conviction dans les esprits y aucun ne réussissait mieux que la conviction dont il était lui-m me pénétré.

Chef d'un parti populaire , il ne« prostituait point à sa faveur la dignité de sa mission. Il entraînait des âmes grossières par un charme ordinairement peu senti d'elles.

INTRODIJCi*! Oli. 35

Autour de ces hôtnnies, si? groupèrent , en parti , dans l'assemblée législative , leurs collègues de la Gironde, presque tous distingués par de l'habileté et de Pardeur , et tous fceux qui , par rigidité de principes, ou par les calculs de leur ambitioft , croyaienidilevoir être enneniis' de, la coùy^ Leur»

fautes vinrent et de trop d'opiniâtreté à sàivT*e lei/r première pensée , et de trop d'imprévoyanceà se rendre maîttes deé événements qu'ils suscitèrent , et ne purent bientôt plus diriger.

On vit se présenter à là société des jacobins , un grand noYnbre de nouveaux délputés. Le parti de la Gironde venait comme pour saisir

36 IN TROpp GT^ON.

cette iipportanfje domination ^ Robespierre Tobti^nt., ;Soo hypocrisie av^it été si profoade,; que plusieurs de ses ennemis le regardaient alors comme un fou ye^tueux. La nature l'avait disgracié, même pour le rôle de tribun. II était sans grâce , sans améîût^f , d'un^ figure commune et siriAtre. Avçc.une déclamatioo nionotoAC, une^élocution verbeuse et traînante, il voulait jouer l'eu* thousiasme, et n'inspirait jamais que l'enpui. Lorsqu'il était atroce»

i?t il le fut toujours plus pu paoiof dans chacun des discours qu'il pror nonça , ce n'était point l'horreur , c'était la fatigue qu'il faisait éprouver. En croissant en puissance , il fit quelques progrès en talents} son

ÏTîTRODUCTiOHr. 2j

àme ^vait une étendue de forces extraordinaire pour haïr et pour dissimuler.

• Robespierre frémit à l'aspect des rivaux qui se présentaient comme les adversaireis du ttône , et qui allaient le replacer dans un rôle secondaire. 11 s'attacba li détruire, par des soupçons et des calomnies^ leur popularité nouvelle. Il s'op-' posa à la plupart de leurs vues.

S'il les secondait quelquefois, c'était pour leur ravir tout le prix de leurs eflforts. Il affectait un chagrin concentré , il voyait des perfidies dans la cour et dans ceux qui , suivant lui , feignaient seulement de l'attaquer. La vérité est que les passion* jdouses de cç démagogue , retar- I. 4

38 INTRODUCTIOir*

(ièrent la révolution nouvelle, et contribuèrent beaucoMp à ses suite»

atroces.

A cette époque ^ il paraissait fortement uni avec Danton, homme émineifiment doué de tous les genres de talents , qui n'ont de valeur que par le crime , et au milieu des désastres publics. Violent et artificieux, trompant tous ses ennemis, trompé par ceux qu'il regardait comme ses amis les plus dévoués i il conservait encore quelques mouvements de sensibilité, même au milieu d'une cruauté réfléchie. Personne n'eut autant que lui d'invention et de fécondité de moyens , dans tout ce qui tendait à détruire.

Dans des jours où la révolution était encore environnée dei, illu**.

sîons de la philanthropie , Danton mûrissait dans sa tête , préparaît, annonçait déjà ce système révolutionnaire , que nous avons tu s'établir, et dont toutes les bases luî appartiennent. Il avait même , au milieu des jacobins , une légion qui lui était particulièrement dévouée , celle des Cordeliers-, On ne pouvait ni l'entendre , ni le voit sans frémir. Un maintien terrible, et une voix rugissante appuyaient son éloquence sauvage et gigantesque. Danton était cupide et v^nal. Les factions les plus opposées cherchèrent à s'en emparer. A l'époque dont je parle, la cour l'acheta, il se servit des présents de la cour pour la perdre. Robespierre le

subjugua toujours , il iisVtclît alors que son second. Il serrait en même temps la faction d'Orléans.

Ce serait entrer dans une digression longue et peu utile, qqe -de discuter ici sur l'influence tant exagérée, et tant contestée de la faction d'Orléans sur la révolution.

Daps un moment où la destinée y seule , tint souvent la place des hommes , il est absurde d'attacher tous les faits à un homme timide et méprisé^ qui assemble tous les vices, sans savoir seulement s'élever jusqu'à l'ambition. Après le 6 ocr 4obre , quelques menaces suffirent pour qu'il s'imposât un exil honteux. A son retour une nouvelle flétrissure l'attendait. Il songeait

ï KTROD ce TIOTT^ 41 maintenant plutôt à se venger qu'à se relever de son hnkmilîatîoD. Il se joignit donc aux i^olutionnai-^ res. Ses manœuvres furent obscures. On ne sait pas si ses libéralités furent considérables. Il servit, et il fut traité comme un soldat. vulgaire.

On peut juger par les hommes que je viens de nommer , quel esprit régnait aux jacobins. Le parti de la Gironde qui venait de rendre la vie à cette société , n'y trouva d'abord qu'une faveur douteuse; il s'en éloigna , ou en fut eii puisé ; les servit sans le vouloir , et eut le tort de ne pas les craindre assers;.

Ils avaient à Paris une armée toiv jours en mouveroeqt , compçsée de

fripons audacieux , et d'imbécîlles fanatiques. Ces Jégîons mobiles d'hommes et de femmes révolutionnaires , composaient d'autres petites sociétés, qui recevaient d'eux leur impulsion. Elles peuplaient leurs tribunes, celles de l'assemblée législative, et servaient encore à former une multitude de groupes , qui donnaient à tous les lieux publics, un aspect sombre et hideux.

Ils avaient , dans les faubourgs y des instigateurs connus , qui savaient l'art d'émouvoir et d'entraîner le peuple. Ils avaient à leurs ordres des journaux , des pamphlets, des placards, qui produisaient sur la plèbe agitée, le même «ffet que les liqueurs fortes sur le»

I N T B O D U C T I O K ; 48 sauvages. Nulle loi ^ nulle action de police ne limitait ce droit affreux de corrompre la morale d^un peuple , et de l'exciter toujours au pillage , au soulèyement. L'art des émeutes populaires était déjà réduit aux principes les plus simples et les plus économiques. L'autorité des jacobins, par leur système d'affiliation et de correspondance , était à peu près aussi absolue , et aussi destructive dans toutes le^ parties de la France. Les magistrats étaient, ou leurs serviles créatures 9 ou leurs victimes dévouées.

Après avoir montré les? élémeDts des factions dont j'ai à décrire \ei combats , il codaient de jeter un -coup-d'œil $ar la situation où se

-44 rN T R O D U C T I O K.

trouvaient plusieurs départemenis et plusieurs TÎiles importantes.

Voyons d'abord ce qui dirigeait, et ce qui composait ]a force publique de Paris. v

Deux grands emplois étaient connus dans la capitale , depuis Je 14 -juîlfet. L'un était celui de maire de Paris, l'autre celui de comman- , dant xle la garde nationale* Bailly avait orné la première de ces ma- :gistratures , de toute la considération attachée 4 son nom et à se9 vertus. Cependant ce philosophe bienveillant et modeste , eût peutêtre paruuti n&agistrat faible on nial<*babi]e, s'il n'avait eu pour le seconder Lafay éUe*Ge dernier était 'P^rvjenu à régulariser Ja xià9S9^ in-

IKT'R OD 0CTÏO N. 46

commode et dangereuse de la garde nationale j ou , pour mieux dire , il avait substitué à son action , celle de quelques compagnies d*élite , intéressées à la liberté, par les passions naturelles de leur âge , intéressées à Tordre , par leur naissance ou leur fortune. Avec leur secours il avait assoupi , plutôt que calmé le feu révolutionnaire. Il avait sou* vent contenu , repoussé même , les fureurs du peuple , sans perdre tout-à-fait sa faveur, Lafayette et Bailly sortaient de leurs fonctions ; et , ce qu'il y avait de non moins funeste , Ja place de comnwndant de la garde nationale était divisée entre six cbefs de bataillon , qui devaient l'exercer toui-à-tour. La-

fayetfe avait provoqué cette imprudente décision ^ tant il y avait ^ alors de penchant à s'alarmer pour la liberté publique, tant était aveugle cet esprit de désintéressement patriotique, dont le vertige régnait aux derniers jours de l'assemblée constituante. En perdant son chef, la garde nationale, ou plutôt les compagnies qui Ja représentaient , perdirent leur force et leur zèle.

On ne les vit plus se dévouer à des ' Boins pénibles et journaliers. Dans les moments de crise , elles accouraient encore quelquefois , mais l'ennui et le dégoût ies avaient dispersées, avant que les diflFérente»

autorités eussent décidé entre elles, à qui leur donnerait des ordres.

INTRODlrCTIOST. 47

L'élection du nouveau maire de Parls^, offrait aux hommes de paix lin moyen de confier encore la sûreté de cette capitale aux soins de Lafayette. Ceux qui desiraient une révolution nouvelle , proposèrent Pétion; il fut préféré («), et le lendemain on entendit éclater en regrets la foule de ceux qui avaient dédaigné , ou qui avaient craint d'aller donner leurs suffrages. Quels efforts pouvait-on attendre désormais pour la conservation du trône, d'hommes qui s'étaient refusés à la démarche la plus simple ^ pour la conservation de leurs foyers ?

Pétion était regardé par les deux partis comme un honnête homme.

U s'était déclaré a l'assemblée coa-

stitùante l'adversaire du trône. Il avait de la sympathie ^ par le caractère, et par les principes, avec le parti de la Gironde, Il avait d'étonnantes illusions sur les vertus et la modération du peuple. Il se conduisit comme un faible conspi- .

rateur , et comme un mauvais magistrat.

Par une contradiction digne de ce temps, la commune de Paris,, qu'il devait présider, fut composée d'hommes plus attachés que lui à la constitution. Le département avait à sa tête, plusieurs hommes recommandables. Les limites de ces autorités étaient mal tracées , 1 l'action de la police restait suspeudue entre elle*.

INTRODUCTION. 49 En parcourant la France , on ne trouvait rien qui ne détruisît les espérances de paix. Les haines allumées par ia révolution, avaient pris 9 dans le Midi , un caractère sombre et implacable. Des intrigues opiniâtres , et quelquefois même d'audacieuses provocations de la part des contre - révolutionnaires , avaient appelé d'atroces vengeances. L^assemblée constituante avait réprimé les unes , sans pouvoir également contenir les autres. D'affreux souvenirs étaient réveillés, entre les catholiques et les protestants, et alimentaient des fureurs nouvelles. Les protestants étaient presque tous partisans de la révoliition.

Plusieurs aspiraient à la républi-

5o INTRODUCTION.

que. Leurs ancêtres, au temps même de Coligni, exprhnèient souvent ce vœu. Comme ils comptaient parmi eux beaucoup d'hommes industrieux etopulentSyils ne provoquaient point les désordres ; mais , rangés dans Je parti populaire , ils ne pouvaient pas toujours en arrêter les excès. L'esprit républicain dominait à Marseille. On n'y parlait que du bonheur et de la gloire des antiques Phocéens, fondateurs de cette ville.

Cette ville était d'ailleurs jalouse d'enlever à Paris , la gloire de conduire par ses mouvements la révolution. Nîmes , Montpellier , moins agitées , étaient à peu près dans le sentiment de Marseille. Bordeaux était fière des députés (qu'elle

INXmODUCTIOH. 5i avait envoyés à rassemblée législative, elle connaissait leurs intentions , et les secondait de ses vœux. Lyon y moins amie de la révolution y ne lui opposait cependant pas une résistance ouverte. Elle paraissait portée à se reposer dans l'ordre constitutionnel. Arles était en proie à une affreuse anarchie; Avignon répandait autour d'elle , la contagion de ses fureurs et de ses crimes.

Les symptômes étaient moins alarmants au !Nord et à l'Est de Va France. L'ardeur révolutionnaire se concentrait dans les clubs , et ne trouvait pas encore son explosion. Il y avait dans les villes, moins de modération que d'inertie. La

iassitude était extrême dans les campagnes. Les paysans montraient peu de reconnaissance pour lés bienfaits de la révolution , dont eux seuls commençaient â jouir. Ils avaient formé, contre les assignats , une sorte de ligue qui donnait une progression rapide à leur discrédit.

Mais ce qui avait le plus contribué à refroidir leur zèle pour la révolution, c'était ce malheureux schisme qui fut donné à la France, par quelques jansénistes de l'assemblée constituante. Des prêtres rentrés tout-à-coup dans la pauvreté , et l'offrant comme le prix de leur fidélité à la discipline de l'église, acquéraient sur l'esprit du peuple une influence redoutable. Inspirés

ÏNTROBUCTIOIT. 53 OU par le ressentiment de leurs intérêts blessés, ou par le zèle de la foi , ils agitèrent particulièrement les campagnes qui se trouvaient le plus éloignées des communications avec les villes. La Bretagne , qui s'était livrée aux plus grands excès contre les nobles , commençait à embrasser la cause des prêtres. Le département de la Vendée nourrissait déjà le germe de la guerre civile, qui a fait la longue désolation de la France.

Pour achever le tableau de la situation intérieure de la France , après l'assemblée constituante , il faudrait rassembler encore beaucoup d'autres symptômes d'anar^ chîe, car elle était répandue dans

54 INTltODfJCTIOK.

foutes les parties du corps politique. L'insubordination faisait des progrès dans les troupes de ligne.

La désertion ^ à peu près générale des officiers , indignait les soldats, et leur faisait perdre toute discipline. Les impôts établis avec sagc'sse et modération , par l'assemblée constituante , ne se percevaient que sur les grands propriétaires. On vivait d'assignats , on dévorait avec imprévoyance cette ressource. Les bienî du clergé se vendaient peu avantageusement.

Trop occupée de soins révolutionnaires ^ rassemblée législative ne parlait des finances , que pour en xl:é voiler, et non pour en réparer le désordre. La circuiation de» «ib-

ÎNTHODUCTIOÏT. 55 slstances dans l'intérieur éprouvait les plus grands embarras. A chaque instant de nouvelles émeutes presque toujours accompagnées de meurtre et de pillage. On avait la terreur de la Famine , que suit de près la Ëunine elle-même.

Les villes maritimes souffraient beaucoup des troubles qui avaient déjà éclaté dans les colonies, et qui faisaient pressentir à chacune leur embrasement total. La trariquillité de ces villes était menacée par leur population , qu'elles ne pouvaient ni occuper , ni nourrir.

Entouré de tant de fléaux , Parts laissait le soin de calmer ou d'exy citer les troubles à son assemblée , a SCS club» 9 à leurs légions révo*»

Î6 iNTRODircTioir; lutionnaires. On* se livrait aux plapsir« y comme si c'était la dernière fois qu'on eût h les goaiter. L'histoire de cette année montre plus encore , qu'aucune autre de la révolution y combien une longue mollesse , et une philosophie comSplaisaiite à l'égoïsme , avaient flétri les âmes.

Voyons la situation de la France «u dehors. L'assemblée constituante avait épouvanté tous les rois* de l'Europe , et les avaient tenus dans le silence. Ils cherchaient cependant à rapprocher leurs intérêts , à s'en.tre - communiquer leurs alarmes.

Quelques - ims des premiers émir grés , célèbres parle rôle ou le rang qu'ils avaient eu dans leur pays.

INTRODUCTIOlf. Sj animaient leur passion , et cher^ chaient à la porter jusqu'i l'audace. Mais l'Angleterre qui devait leur donner l'impulsion, ne mon* trait encore qu'une- opposition ti« mi de au système français. M. Pitt n'avait paru d'abord qu'un froid contempteur de nos mouvements ré* volutionnaires , mais il s'apercevait que nos principes acquéraient chaque jour, dans son pays , beaucoup de prosélytes ardents, et quelquesuns de recommandables. Il voila ses démarches : il ne fut pas un témo'n inactif de nos premiers troubles. 11 a exercé avec une longue cruauté les représailles de notre conduite en Amérique. Quoi qu'il eu soit, le terrible retour de Varennes^

58 INTROt^UC T ion:, engagea Içs puissances , fusques-1^ irrésolues , à içenger la majesté du trône, L*Angleterre négociait depuis longtemps y avec mystère , maïs avec activité , une alliance entre l'Autriche et la Prusse. L^excès de la terreur, ou celui de l'ambition^ pouvaient seuls rapprocher ces deux puissances , divisées par tant d*in* térê(s et tant de souvenirs.

Des conférences se tinrent à la Haye, à Pilnitss {è). La conventioa qui fut conclue dans cette dernière TÎlle , entre l'Autriche et la Prusse , lut apprise avec le plus grand éton*îiemenr. Elle étoit un avertisseii^eul^ de la ligue qui se formait contre la France. Ce qui fut connu de»

articles de cette convention , jetait

INTRODUCTION. 69 encore moins d'alarme que ce qui en e'tait soupçonné. On y voyait d^abord une garantie réciproque , que se donnaient les deux monarques , contre l'invasion des principes révolutionnaires , et les entreprises directes des Français* Le roi de France était placé sous la protection des alliés ^ la guetr^ devait éclater sur le champ , si la couronne ne lui était pas rendue. Voilà ce que publiaient les puissances elles - métaes ; on ne doutait pas que toutes celles da Nord, et le roi d'Espagne, et ïe roi de Sardaigne , ne dussent bientôt accéder à ce concert. On voyait FAngleterre conduisant cette ligne, sans l'avouer encore. On parlait ,

6ô INTRODUCTION*

inon pas ayec précision , mais avec assez de yraisembldnce, du partage réglé entre l'empereur et le roi de Prusse , de quelques-une& de nos provinees^Tout faisait craindre que, quoique cette ligue ne parût d'abord que défensive , ou une puissante intercession pour Louis, elle ne prit bientôt des caractères d'agression. Les émigrés français prèssaieint vivement pour une prochaine invasion. Leurs intrigues', à la vérité , ne se dirigeaient pas sur un plan uniforme. Ils avaient entre eux beaucoup de divisions , suivant l'aflPection particulière qu'ils portaient à l'un ou à l'autre des princes , suivant le système de gou- Y^rnemeAt qu'Us se proposaient de

IHTHODUCTÏOK. 6f faire adopter à leur retour^ M. de Calonne et M. de Breteuil portaient, sur ce nouveau théâtre ^ leur ancienne inimitié : d'^^utres partis combattaient chacun d^eux^ ]p3ais tous s'accordaieqt à garantir les rapides succès d'une invasion* Cependant les préparatifs des puissances ne répondaient point encore à l'impatience des émigrés. Elles portaient les premières yites de leur ambition sur la Pologne , qui avait osé faire une révolution pour se soustraire à l'anarchie qui la déchirait depuis tant de siècles* On voulait la punir d'avoir établi dans Je Nord les principes de la révolution française.

Xf'Autriche , qui manque plutôt !• 6

6a INTRODUCTION.

d*acti vite' dans les commenCehiënfs d'une entreprise , que de persév éivinee et d'iiabirelé à la soutenir, paraissait- assez portée à se conte- Bir, à l'égard de la Ftatfcë, dans une situation défensive. Léopold régnait. On Pavait vu^ en Toscane ,rechercher la gloire d'aune administration sage. Son caractci*e le portait à une surveillance louable dans son but , minutieuse dans ses réglementa , et qu'il ne pouvait exercer qu'au milieu de la paix ; il avait d'ailleurs à réparer les désordres occasionnés par le génie inquiet et turbulent de son frère.

Nul prince n'était moins fait que lui , pour être à la tête d'une croisade. Le roi de Prusse ( Frëdéric-

Guillaume ) , avait môitis^l'intérét , mais plus de penchant à s'emparer , de ce rôle. Tous les genres d*exaItation agissaient sur lui. 11 cherchait l'extraordinaire, le merveilleux , et montrait une singulière crédulité pour les plus extravagantes rêveries. Son ame avait de l'ardeur; il était susceptible de rehthousiaâtne militaire. Cç roi se fit, pendant quelque temps, chevalier. Une fatale expériencei*avertit ensuite de reptrer dans la politique du grand Frédéric.

Un autre monarque secondait plus puissamment la nouvelle ligue qu'il ambitionnait de diriger ; c'était Gustave i roi de' Suéde. Il se croyait appelé à venger les rois

f4 INTRODtTCTIOir.

humiliés, lui qui, si jeune , avait, par la plus habile et la plus prompte des révolutions , affranchi sa couronne des outrages d'une orgueilleuse aristocratie. Il était avide de gloire , comme ceux de «es ancêtres qui en obtinrent le plus. Son activité était prodigieuse : on lui accordait un esprit étend» et fécond en ressources ; il avait déjà signalé sa bravoure ; il était Tespoir et l'idole des émigrés. . . • Le crime d'Ankarstron -priva la coalitioa du seul roi qui eût pu donner de la franchise à ses intentions, et attacher quelque gloire à ses entreprises.

A n'en juger que d'après les promesses , les princes français

passionné et pluai piiftant que Catterlo^' II, N«r «ou^etaia n'avait exprimé plus fortement Qu'elle ;, ton horreur ' po«Mr3 là? irétolution irançaisé ; elle icfttl éfâit flatté par tant d'hommages «Sciant d'adula^ •tions^ dette philb^èpbî^ fpa»èai8e> doné la révoiïltiôti ééaii l'ouvrage.

Scfdiftts^ par iHk promesses , «t^ paV quelques libérâtes ,' lek royalistes français Pabsolraient de ion- erim«.

Elle troMpaît les. royalistes i elle tlrotDpàit toute Itf tù^YïtiiàÉ^^ Vt^ igaei^t diffieille ^tlèiD^int^ nVIfiVak à sa pûittîqÂe ^ata^uri^ dédommage^ ment , et c*iftaît '^àt le dernier démembrement de la Pologhe*q«e deyait se terftiîfeeriifJglorte de soa

66 f NT ito nrtrc Tf OH.

jr^gne, *t la^fap^rtMPn^e ;ar|iiionce de -ses grandeiiiîWMircprîacsvv ' rr ( *

TaûcUs ,qiije les! principaux em*pit^s du JSorcJ c/àn^îraient , ou feigoaieM drf coo^pirer le renversement de lar.Wv^lutîon f.aixçaisè^ quiplqnes ,faibW étais seuls sej.^6- ,elaraiaat, paVtefait^ -e» ho^tilU4.

Sur. les çoûfti^rde î>anc<e|,:l^Jc6l^ur, ^e Tirév^ ^. le* évéqueS) de .Spire et de| Stfa&feoûrg', :]aîittaient .se.rassenibl^r en armes les éoiîgrés.

l4eu^s.J^ii[>i|9 se grossissaient; On ne poi^vait *çït»y^ qtie-.de tels mouvements, s^-ig^^i^t^salis Tareu :du jchef suprétp^ de l'empire , qui;, pourtant , gardait; obstinément ]fi •siWnce* • \ y.' 'r.

A r^pptocjhie. d'wn tel orage,.

INTRODUCTlOîf. 67

la France , loin de voir venir vers elle un seul allié, ne trouvait pas un .seul état 'qui; ne fût au uioins .son ennemi secret. Vainement l'assemblée constttuanle avait > donné une nouvelle exécution , une nouvelle garantie au pacte de £amîll.e avec l'E&pagne , il était difficile de s^'aveugler sur les profonds ressentiments que devait conserver cette cour contre la révolution.

L'humiliation de Louis devait pe- >er à des r Bourbons. Les émigrés, sûrs de trouvet de la faveur en Espagne , s'y .prccipltaie^ en Jîoule. Tant de haine annonçait la guerre. ,

Le roi de Sardaigpe avait le prç- Xttier donné asile aux piinces fu*

68 INT» OBtrcTTom gitifs, les liens du sang l'unissaient à leur querelle. Son accession à la iigue ne pouvait être regardée comme douteuse. On craignait beau^ coup cette puissance , la seule de l'Italie qui eût une force militaire respectable.

La Hollande , rendue à son sta**thouder par les arme^ du roi de Prusse y et par les secours de l'Angleterre , était devenue tfîbiitaire de cette dernière puissance , qitî en disposait d'une manière presqu'aussi absolue que du Poi^tugal.

L'épouse -du stâthouder, femme active et ambitieuse j s'était convaincue qu'il était aussi facile de renverser la révolution de France , qu'il l'avait été de réprimer le»

troubles de. Holiatide« Ses intrigues eniammaient la Prusse et l'Angte^ 4erre.

La vieille alMaoee de la France avec la Subse , était beaucoup re* frotdie par l'esprit d'opposition que ses principaux gouvernements montraient contre les principes de la révolution française. On devait peu compter sur ses secours , mais on avait alors au moins la certi^ tude de sa neutralité. Celle de Venise tenait tellement à ses principes , à sa sagesse héréditaire , qu'on n'avait rien à craindre de ce côté. Le roi de Naples avait le* mêmes motiÊs de haiiie , et les roé« mes dispositions que celui d'Ës^ pagne. Elles étaient encore forti*

70 HffTHOBtJCT ION.

fiées par les. passions . altières et vindicatives de la reine , qui tes* sentait tous les outrages quVprou* vait sa sœur en France. Naples avait voulu se placer depuis peu y dans le rang des puissances miH* taires et maritimes , et l'on ne pouvait pas tout-à-fait dédaigner cet ennemi, jointe tant d'autres plus redoutables. La cour de Roraç commençait à reprendre avec quelques succès l'usage de. ces arines religieuses , jadi& si redoutées. Le refus £àït par h. pltis; grande partie du clergé de France , de prêter le serment denaandé par l'aeseniblée constituante , était le plus beau triomphe qu'eût obtenu depuis deux «iécksylamétropbledacatiiolicisme.

INTROBUCTIOir. 71

. Lra masse énorme de tant^d'en-* nemis, *Fimpo8sibtlité de leur don-t ner unnaouveitient prompt et uoi^ forme, permettait à la France de les attendre enccMre quelque tem^s, de ie» ralentir ^ de les divisée Taême\ par d'adrottes négociations.

L'assenfïbtée constituante l'eût fait j la crainte' d'une guerre si universelle et si terrible , l'avait portée à sacrifier Toocalâion offerte d'établir la république; L'assemblée législative suivît un système contraire.

Pour marcher à la république , Brissot crut avoir besoin de la guerre, Brisaot décida des destinées de l'Europe j la cour de France eût peut-être été impuissante à résister à ses efforts I quand même

17a INT moi) UC T lOK* elle se fût opposée sincèremenf 3t la guerre ; mais son tjppositixMi fut suspecte, elle parut se «omplaîre aux menaces que tant de puissants intercesseurs faisaient en son aom* Elle se conduisit avec tant de *ialadresse, et si peu de dignité ^qvie ceux <|uî parlaient de 1» vepget , oublièrent entièrement et ses intérêts et ses périls. Ainsi , du dehors et du dedans, tout préparait le 10 août. J'entre dans le récit de»

faits»

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