‹ Précis historique de la Révolution française. Assemblée législativeChapitre 10 sur 25 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

L B premier acte de TassetDbMe le- :gi8latîve, fut un serment de fîdclile', pre'té par chacun de ses membres, à la constitution qu'elle de'truisit. On ti'avoit alors, ni le genre, ni le goût descérémoaies. A défaut d'appareil , on prodigua l'enthousiasme , et les magnifiques épithètes, et les protes* tations eommande'es. On imagina de faire Tenir la constitution , pour prêter sur ejile les serments. L'arcUi*

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viste (Camus), qui ne voulut pas se dessaisir de ce dépôt, vint l'apporter avec un recueillement religieux. Les constitutionnels eurent la bonne-foi de croire que cette journée leur valoit une grande victoire sur les républicains : Condorcet et Brissot souriaient.

Dès le lendemain ^ on put mieux connaître le véritable esprit de rassemblée législative. Le roi annonça riulention de s*y rendre , pour y prêter le même serment. A peine la lettre fut lue, qu'on entendit s'élevwr des voix formées dans le tumulte des .clubs : c'était Couthou , c'était Cbabot , qui se faisaient connaître, ^'allons pas, disait l'un, renouveler le scandale de la dernière séance de l'assemblée constituante, où l'on vît le président, Thouret, parler, pres-«

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que à genoux, au roi. li est temps, disait l'autre, de proscrire ces dénomîuatious créées par le despotisme :

sire , votre majesté. On discuta sur le fauteuil du roi , Ton ne pouvait le trouver assez abaissé. L'assemblée céda, avec entraînement, à de telles représentations , elle crut avoir signalé sa fierté; le lendemaiu , ello éprouva de la honte ou du repcn-»

tir. Cette provocation de guerre aveo le pouvoir exécutif, faite sans aucun prétexte, et pour le plus misérable sujet, excita des murmures univcr-* sels, et parut précipitée à ceux me*' mes qui voulaient aller plus loin. Le cérémonial fut laissé tel qu'il était auparavant.

La première faute de l'assemblée (et sans doute, on la lut lit commettre avoc iuteution ), fut de ne s'im-»

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poser aucan ordre de délibération , aucun but de travail; elle conserva ^ dans sa discipline intérieuiie, tous les désordres auxquels rassemblée constituante s'étai' familiarisée^ avec une lionteuse faiblesse. Elle crut voir uno seconde représentation du peuple »

dans des tribunes composées d'hom-* mes et de femmes , que Tesprit de sédition, ou qu'un salaire. assuré y faisait séjourner. Les deux partis, qui devaient se combattre dans son sein ^ se partagèrent les deux côtés de la salle, et mirent une espèce de honte ' et de scrupule, à franchir la barrière qu'ils s'étaient imposée. Les objets de législation étaient écartés avec soin , ou traités avec indifférence. Les ministres avaient le droit de se présenter à la barre de rassemblée , ils n'y paraiùaieut que pour y répondre k

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des interpellations injurieuses , à des dénonciations qu'on venait de faire contre euf. On leur témoignait , à la fois , et la haine qu'inspire un poa<* voir absolu, etie mépris qu'inspire une autorité sans force. On recevait , avec une complaisance adulatoire , touf»

les pétitionnaires , et surtout lorsqu'ils Tenaient dénoncer la cour , les ministres , et ceux qu'on supposait leurs défenseurs. On n'était préoccupé que de mesures de salut public , tous les dangers étaient présentés sous les cou* leurs les plus sombres , on semblait entrevoir la crise la plus prochaine , la plus terrible; on s'eftbrcait de la faire naître.

La première discussion importante, Toula sur la nécessité d'arrêter les progrès de l'émigration; il régnait dans la France j une inquiétude uuiyer-f

«elle à cet égard. L'assemblée témoî^ gna bientôt qu'elle l'éprouvait ellemême très -vivement. Les républicains, résolus à ne suivre ^ d'abord contre la cour, qu'un plan d'attaque indirect mais pressant, saisirent, avec avidité, une occasion de l'accuser et de l'éprouver. Ils savaient, d'ailleurs^ que le meilleur moyen de s'assurer de la faveur du peuple , c'est de l'exalter dans ses craintes et dans sou indignation. Brissot^ Vergniaud , Gensouué et Guadet , demandèrent une loi de rigueurcontrelcsémigrés. La rapidité liistorique ne permet point de rapporter leurs discours : j'en vais seulement faire connaître l'esprit, pour donner une idée de la manière dont ils commencèrent leur attaque , et dont ils se trouvèrent conduits à entrer dans le fatal système des lois révolutionnaires.

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« La faculté d'alkr d'un pays dans « un autre y est un de ces droits pri- «( xuitifs de rhomme, que nous ayons « dû reconnaître et proclamer , mais « le droit cesse où le crime cornac mence. Est-^il un crime plus juste- «^ ment dévoue' à l'indignation des «c peuples, que celui d'aller provo- « quer une guerre étrangère contre •c sa patrie ? Tel est le but de ceux •t qui désertent aujourd'hui la Frauce.

« Vous n'en pouvez douter; écoutez «c leurs menaces , lisez les manifestes «c des princes qui les appellent, li?C4 « ces libelles, ces écrit» scandaleux , « par .je^quels ils «e provoquent , au «c nom derhoniicur, à ce que toutes « les nations ont regardé comme le « comble de la lâcheté. Nous est-ii «c permis d'ignorer ce que l'EuropQ « publie, ce dput eUe frcmit pouç

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«t noas-mémei ? Ne savons- nops psm « que, dans tie moment même, le»

«c cabinets étrangers sont obsédés de « leurs conseils , et que peut-être , «t déjà , ils se.disposaient à les suivre ? « Faut-il citer les noms des coupa- « blés ? Toute l'Europe vous les ap- «c prend ; que dis-je , leur impudence « même vous les fait connaître. Le»

« frères du roi sont- ils arrêtés par « aucune pudeur, par aucun respectte pour lui ? Us osent bien se dire ses •t interprètes. Quel» noms encore h m vous citer? Celui de deux ex -rai- « nistres abhorrés parmi nous , M. de #t Calonne , M. de BreteuU j et ce « Bouille , fauteur du projet désas* m treux , qui conduisit le roi à Va- #t rennes. Les émigrants ne formcn^ « ils pas déjà actuellement des légiom tf( armées , qui s^avaocent jusques lur

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* notre territoire ? Leur menace sera «t vaine y oui saas doute ; mats qui « «ait par combien d'efforts, par com- « bien de combats , il faudra repousser « Jes étrangers y aux armes desquels « ils mêlent leurs armes parricides ?

« Et quand même vous supposeriez , « ce qui est difficile a croire , que les « rois de TEurope soient arrêtés dans « leur haioe , ou par la peur, ou par la •c sagesse , combien d*autres fiéaux ré- •c sultent pour nous de Féniigration !

« Voyez la France qui tombe , par de- « grés , dans un affreux épuisement.

« La confiance se perd chaque jour.

« Le rapide discrédit des assignats dé« « concerte les plans les plus utiles do «finances. Enfin , comment opposer ^^^■HHÉj^des lois aux factieux do Y^^^^^^Kf^ ' ^ oeux mêmes qui por* «1 t^Rut la guerre civile dans plu-

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•t sieurs départements , taudis qu'otv « laisse impunis , et qu'on protège « encore les propriétés de ceux qui « suscitent une guerre étrangère?

« Eh bien , malgré des crimeis si •c prouvés, que vous propose -t-ou^ « aujourd'hui ? Ce n'est point de frap- « per, c'est d'avertir. Il n'y a point « ici à craindt-e le mélange des ia- «c nocents et des coupables; puisque « tous seront avertis, puisque les in- « nocents se sépareront eu\-mêmesdes *t coupables , en profitant d'un délai « qui, peut-être, sera inutilementpro- « posé à l'orgueil féroce des autres.Ea- « fin, cette conspiration extérieure a « un chef, c'est Stanislas-Xavier, frère « du roi , c'est à lui , surtout, que doit « être adressée cette dernL| «c tion d'uii peuple outrage #1 meut, à des français ingrS

3Ut, que doit mgratsr»

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Le parti constitutionnel partageait ces alarmes , mais il craignait les suites de cette. première démarche à laquelle on vouloit l'entraîner. Ramond , Vau blanc , Dumas et le Montey , prononcèrent des discours qu© je ne puis rappeler également que par un extrait rapide :

« Un nouveau pacte de concorde te vient d'être donné aux Français ; «c il a été jusqu'à présent sans effet, « sur des cœurs ulcérés et vindicatifs. « Ils' profitèrent d'une liberté sans « bornes; eh bien , il faut la restreinte dre. On s'exprime ici avec craint© «e sur les émigrants, et sur leurs pro- « jets ; sincère ou non , cette épouvante doit accroître le mal. On t mettre le roi à une épreuve violente, en lui faisant rompTÏ tous les liens du sang. Les puis-

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« sancesde l'Europe ont besoin d^a voir « une conviction plus entière de la « liberté dont il jouit au sein de ]a « nation , et c*est par un tel acte « qu'on veut la manifester! Une li- «c gue aussi insensée , que celle qui se «c forme , doit se dissoudre par Tim- « puissance où elle sera d'agir. Quel « effet produira le dernier et fatal «c avertissement qu'on propose? Calfc mera-t-il les passions, et surtout « l'orgueil révolté? Non, il l'irritera « davantage. Ce décret ramènera peu « de fugitifs , et créera , même au « milieu de nous, de nouveaux milm liers de mécontents. Par quoi les « émigrants seront-ils bien sûrement « avertis? C'est par le temps, par la «< misère , qui déjà s'avance vers mix^ «( et les dévore. C est par la dur^B^ «( pitalité des étrangers; c'est par ces

BB LA aÉTOtUTrOW FRAWÇ. 85 m affections natives , qui ne peuvent «c être interrompues longtemps dans « le cœur de Fliomme , et surtout du « Français. L'assemblée constituante, « plus sage et plus ficre que nous, a « dédaigné ce vain rassemblement « que forment , autour de notre fronm tière, des hommes qui seraient peut- « être plus dangereux dans notre sein.

« Un signal d'alaxme ', donné si pré»

« maturément, doit accroître J'au-.

«r dace des rois jaloux, qui croiront « lire dans nos terreurs^ le sentiment m. de notre faiblesse. Oui , sans doute , « il y a ici un crime , mais ou trou* « ver les criminels , et par quels « moyens les atteindre? Elles seront « bien vastes et bien terribles les listes m de proscription qu'on veut ouvrir* « La peine de la confiscation est ^ odieuse dans tous les gouverne-*

« ments , mais dans les gouverne- « ments libres, elle est surtout xm « poison qui corrompt toute inorale , « toute probité ; elle offrô , pour le « moment, une ressource à laquelle « on veut souvent revenir, et on n'y « revient que par de l'oppression et •c par des crimes. Tous les émigrés, * d'ailleurs, sont-ils coupables, ou •c le sont-ils au même degré ? Il en est «( qu$ la crainte seule a chassés loin «c de leur patrie. Montrons-leur une « révolution qui. se calme par la sait gesse, ils reviendront ; montrons-- «c leur une révolution qui se perpétue «c sans objet, et avec des désordies « toujours, croissants , nos décrets, •< nos menaces , ne suffiront pas pour «c les rappeler.

« L'émigration existait avant la ré- «c solution même. L'activité des Frau^

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