‹ Précis historique de la Révolution françaiseChapitre 27 sur 44 · PRÉCIS HISTORIQÜE V · texte numérisé non relu

PRÉCIS HISTORIQÜE V

fussent leurs succès. Mais leur alliance , en changeant tous leur^ •• rapports et leurs différences entre eux , jetait à l’avenir dans leur politique un embarras plus grand que celui de la situation présente. La France est én èfiet une pièce si im-r portante à tous dans l’équilibre de l’Europe) que sa destruction les aurait tous dérangés; èt, lors même • qu’ilé seraient parvenus à se la partager entre , eux ) 1 comme on croit qu’il leur avait été proposé, ils ignoraient ce qui serait résulté d’un partage aussi difficile et d’une guerre générale qui se serait élevée ; çar janâais les guerres d’alliance n’ont '' fini comme les alliés l’avaient espéré.

Il aurait été d’une politique plus franche, et surtout plus sûre, de

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laisser ta France faire sa révolution avec rimpétuosité nationale 9 et de la tempérer chez soi par des moyens convenables à des peuples plus flegmatiques. Mais cette politique n*est pas celle des rois, et les ministres ne savent guère donner que l’ordre facile de lever des troupes et de tuer : quand on est fort, on se croit dispensé d’étre sage. Les révolutions particulières ne sont devenues générales que par celte universelle étourderie des grands , des puissans , et même des nations entières qui se sont précipitées après eux. Les émigrans, en se répandant dans l’Europe , y portaient la révolution , si l’Europe adoptait le projet de leur croisade.

Elle y paraissait disposée. L’Allemagne, oubliant son équilibçe in-

346- PBÉCIS HISTORIQUE térieur , semblait sacrifier la seule puissance qui puisse le inaiiitenir.

L’Espagne, déjà impuissante à faire fleurir ses portions des deux mondes, fournissait un ► peu d’or et un peu de troupes ; mais elle coioriptait sur les forces spiritùelles de Rome et sur la haine religieuse des Espagnols :

elle oubliait que, dans notre détresse apparente , nous avions armé quaranle-cinq vaisseaux pour elle. Le roi de Sardaigne, pouvant peu,. risquant peu, espérant peu, comptait sur un de ces légers agrandissemens qui ont fait successivement la politique de celte couronne. Le midi de l’Europe rêvait une guerre de religion, et il anatliémalisait , en attendant , les journaux et les gazettes de France. La Prusse, dont au moins

l’intérêt du moment était de soute-

nir la France pour contre-balancer l’Autriche, ne disait point son secret,' pouvait beaq^oup, promettait peu, mais elle ne désarmait pas. L’impératrice de Russie quittait les Turcs , dont la proie était presque assurée^ et sacrifiait des vues certaines sur l’Orient pour s’occuper de l’Occident, et de cette Méditerranée où il ne lui convenait pas d’entrer par le détroit de Gibraltar. L’empereur, embarrassé par des états séparées et toujours prêts à se détacher de sa couronne , voyait dans Louis xvi tout-puissant un grand appui contre les Belges , mais qui de long-temps nç pouvait le servir : on eût dit qu’il n’avait point d’aftaires > le voyant prêt à se mêler de celles des autres sans savoir comment il s’en tirerait.

£n Angleterre, la nation, dont l’in- <

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térèt est déjà de s’allier avec la France , et qui risque de s’en aviser trop tard, la nation paraissait satisfaite de voir naître et croître un peuple libre, et le ministère ' occupé de l’empêcher. Pitt armait et désarmait, préparait des flottes , passait des revues, donnait plus à penser qu’il ne pensait lui -même, faisait une belle parade , et perdait les Indes orientales. Les Suisses, dont la France ^ soit libre , soit esclave , est l’alliée naturelle , semblaient écouter des insinuations étrangères et se ménager des alliés , tous plus éloignés et moins utiles. Quelques, princes ecclésiastiques distribués sur les bords du Rhin imploraient la religion , le globe de l’empire , la diète de Ralisbonne et les foudres de Rome pour ne pas perdre leurs dîmes. Ils don-

DE LA RÉVOLDTIO» FAANÇ.

naient asile aux ennemis de la Fran- |2e , faisaient maltraiter les Français qui passaient chez eux , et enseignaient aux émigrés l’exercice prussien et hessois. Ils insultaient la France, comme des enfans se joue- . raient d’un géant malade. On voyait les routes couvertes de courriers, qui parcouraient tous les chemins depuis Pétersbourg et Venise jusqu’à. Rome et à Madrid. Partout on annonçait la ligue universelle ; et, sortant- de son’ pays *de lacs et de frimas, le roi de Suède devait en être le chef.

Dans ce mouvement général , et qn’exagéraient les privilégiés , la révolution française ^agrandissait dans l’esprit des autres peuples, précisément parce que tous les rois se croyaient intéressés à s’y opposer ;

55o PRECIS BISTO&IQCE .

tant de bruit était un éloge. Et cependant , sans numéraire , sans alliés^ sansappui , la France n^était pas disparue de dessus le globe y comme le disait Burke dans le sénat anglais , mais elle était seule ; et c’est peutêtre le seul peuple de l’Europe qui , dans un même instant , ait été abandonné de tous les autres.

Des mouvemens , qui lui étaient en quelque manière étrangers , rajoutaient cependant à ses sollicitudes.

Les pays d’Avignon et du Comtat , enclavés dans le royaume , et dépendant autrefois du comté de Provence»

aliénés au pape par une princesse obsédée , mineure » et qui , devenue majeure , protesta contre cette aliénation , ces pays voulurent être libres. Ils résolurent de se réunir à l’empire français» dont la Provence

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!>£ LÀ ftévOLimON FRINÇ. 55 1

faisait partie. Nos rois les avaient' souvent repris et souvent rendus, mais toufoursen se réservant leurs droits.

L*assemblée nationale fut sollicitée par eux de les incorporer à l’empire français ; et long-temps elle s’y refusa , se réservant néanmoins les droits de la nation. Mais'ces pays , sans chefs , sans juges, sans pohvoir exécutif , se virent bientôt désorganisés. Des partis opposés s’y élevèrent , et une guerre civile ensanglanta ce beau territoire. La France, protectrice naturelle de ces voisins abandonnés, qu’elle regardait comme des concitoyens , n’y porta ^ que de faibles secours et une autorité mal soutenue; les ravagesy devinrent affreux. Les départemens voisins s’en ressentirent, et la guerre du comlat devenait une guerre na-

lion ale par le fanatisme qui s’y mêla. Alors l’assemblée nationale réunit ce pays à l’empire français, et fit offrir au pape les remboursemens qui seraient jugés convenables.

Elle ne devait plus trouver qu’un pays ruiné pour long - temps, une dette considérable , les biens de l’église dissipés , et des campagnes ravagées; mais' elle écartait du Midi les flaqibeanx de la guerre civile.

Les colonies, qui tiennent à la France par les liens précieux, et qui contribuaient à sa prospérité, étaient un objet bien plus intéressant. Mais la révolution devait être funeste à la métropole et aux colonies. Des privilèges furent la cause de ces malheurs , et les prétentions prématurées des hommes de couleur, et l’orgueil hors de saison des

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DB LA BÉVOLVTIOM FBÀNÇ. 555 hommes blancs , perdirent de concert la superbe colonie de Saint- Domingue. Les. mulâtres ou hommes de couleur libres sont les enfans d*un blanc et d'une négresse à qui leurs pères ont don né laliberté, et dont le plus grand nombre est propriétaire. Leur race) en se propageant, voit son teint s'éclaircir, et elle se multiplie plus que celle des blancs, qui d'ailleurs aspirent tous à retourner dané leur patrie^ Ils vivaient dans un état d'abjection tel, que le père blanc ne mangeait pas avec son fils colo^^. Ce préjugé était fondé sur ce que ces hommes sortaient en partie d'une race esclave , et il était entretenüper la politique; car les blancs n'étant qu'un contre dix nègres ou noirs, ils s'étaient constamment attachés à leur per-

554 fRÉClS niSTORIQVE suàderla sapériorité de la race blan»

che , destinée par le ciel à comman- ' der h la race noire. Ils avaient cru nécessaire à leur politique ou agréable à leur orgueil de jeter le même dédain sur les hommes de couleur quoique libres , parce, qu’il y en a aussi. qui sont esclaves.'

A la première nouvelle de la révolution de la France , les colonies se livrèrent àxine joie d’autant plus vive, qu’elles souffraient encore plus que la métropole du régime despot ique. Mais bientôt le mot de liberté, i

si étranger à ces climats, y porta le | trouble et les dissensions. Le nom de dtoy&ii excita dans les hommes de couleur qui* gémissaient sous le mépris le' désir de l’obtenir. Les colonsbiancss’en alarmèrent; etleUr alarme s’accrut par la crainte que

Jes esclaves noirs et mulâtre» ne demandassent aussilaliberté,dontleur ignorance ne pouvait leur permettre qu*un ' usage barbare et fatal à la colonie. Cette crainte était soutenue par la connaissance quMls avaient d’unèsoçiété desannis des noirs existant en France, qui désirait leur liberté , mais dont on exagérait les principes.

Les gens de couleur libres envoyèrent des députés en France pour demander d’être assimilés aux co-lons blancs ; et ceux-ci se réunirent pour l’empêcher. Ces débats, longtemps prolongés et transportés d’un monde à l’autre , aigrirent des esprits si propres à s’enflammer sous un ciel brûlant. L’assemblée natib-.< nale , occupée de cette question qu’il lui fut impossible d’écarter, l’était

en même temps à faire rentrer dans le devoir une assemblée coloniale qui aspirait à Tindépendance de la métropole , et que le commandant pour le roi parvint à dissoudre. Cependant rassemblée nationale déclara que la constitution française n’était pas faite pour les colonies , auxquelles il fallait un régime particulier ; qu’il ne leur serait pas donné sans les consulter ; et qu’elle ne prononcerait sur l’état des hommes dans les colonies que sur leur demande précise et formelle. Heureuse si dès-lors elle eût envoyé des commissaires ! ce qui ne fut décrété que quatre mois après , et ne fut pas exécuté. Quelques gens de couleur , à la tête desquels se mit un des députés envoyés en France* et nommé Ogé, tentèrent une insurrection:

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mais iis furent battus , etOgéseré* fugia chez les Espagnols de Saint- Domingue , qui le rendirent : il expira sur la roue. Tout parut calmé, mais la haine ne le fut pas.

La 'France avait envoyé des troupes dans la colonie ; mais elles y portèrent Tesprit d^insubordination qui existaitalors dans le royaume, et des insinuations étrangères.. Un régiment de nie, nommé le' régiment du Port - au - Prince , imbu de ces principes, qu'il exagéra, et poussé par les ennemis des officiers, assassina son propre colonel. Mais bientôt ce régiment indiscipliné fut enveloppé, embarqué et envoyé en Europe. Les pouvoirs étaient désor- .

ganisés : des municipalités étaient formées ; maislescommandans pour

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le roi n’exerçaient qu’une autorité difficile et soupçonnée.

Avec un de ses décrets, l’assemblée nationale avait envo^^é une instruction dont un article fut une source de divisions. 11 portait que toutes personnes dgéesde vingt-cinq ans accomplis , propriétaires d’immeubles, ou au moins domiciliées depuis deux ans, se réuniraient pour former les assemblées paroissiales.

Les hommes de couleur n’étant pas exceptés de celle loi , qui appelait toutes les personnes, prétendaient y être compris. Ce fut aussi un sujet de débat dans l’assemblée nationale, au mois de mai suivant, lorsqu’elle s’occupa d’une loi qui fournît aux colonies un moyen de communiquer légalement leur vœu à la métropole,

DE Là ùfcvOLVTlOX FKANÇ. 55g

en formant une assemblée coloniale'.

Les défenseurs des gens de couleur, en alléguant les motifs tirés de la raison et de la justice, prétendaient que rassemblée nationale avait déjà accordé , dans ses instructions, les droits de citoyens actifs aux hommes de couleur libre. Les débats sur cette question furent très - longs et trèsvifs. Les députés et les défenseurs des colons blancs avouaient que le préjugé contre les hommes de couleur était absurde et injuste; mais ils disaient qu’il ne pouvait pas être .détruit en un jour par un décret; que ce serait le fruit du temps et de leurs propres soins, et qu’une loi qui tout à coup éleverait ces hommes à côté des blancs exposerait les colonies aux plus grandes calamités. L’assemblée voyait que ,

36o PRÉCIS HISTORIQUE

quelque loi qui fût portée, elle exciterait la haine , et peut - être la vengeance d’un des deux partis, dont chacun aurait deux cent mille nègres pour le soutenir , et que la fureur des uns et des autres était également funeste. £lle était d’ailleurs affectée de l’esprit d’indépendance qui avait régné dans l’assemblée générale, laquelle avait même ouvert ses portes aux étrangers, ainsi que des menaces que faisaient plusieurs colons blancs de se donner à l’Angleterre. Elle voyait ces colonies prêtes à se détacher de la métropole, quoi que ce fût qu’elle ordonnât.

Dans cet embarras, et n’ayant à son pouvoir ni les moyens de force , puisqu’on n’osaity envoyer des troupes , dans la crainte qu’elles ne fussent

débauchées ; ni ceux de persuasion ,

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DE LÀ RÉVOLimON FRINÇ. . 36 1

puisque ses commissaires ne par-^ taient pas , elle se jeta du côté de la ' .

justice : elle rendit, le i5 mai, un décret par lequel elle statuait sur les 'hommes non-libres et sur les hommes libres. Elle décrétait sur les premiers, qu’aucune loi sur l’état* des personnes non - libres ne^ pourrait être faite par le. corps législatif que sur'la demande spontanée* et formelle des assemblées coloniales.

Elle ordonnait’, sur les derniers , que . les gens de couleur nés de pères et mères libres seraient -admis dans toutes les assemblées ,. et que,, pour ceux qui ne seraient pas nés de pères etmères libres, le corps législatif ne prononcerait sur leur état politique que sur le voeu préalable , libre et spontané des colonies. ^

Ce décret, arrivé à St.-Domingue,

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ne plut, dit -on, à personne. Les hommes de couleur eux-mêmes n’en furent pas satisfaits , parce que le plus grand nombre n’est pas^né de pères et mères libres. Les colons blancs craignaient toujours, sur les nouvelles qui leur venaient d’Europe, que l’assemblée ne rendît quelque jour la liberté aux noirs. La haine la plus violente se manifesta entre les blancs' et lés hommes de couleur. En France, tout nuisait au succès de la loi. Les colons blancs l’avaient envoyée sur-le-champ par un bâtiment léger , et avaient devancé de beaucoup l’envoi officiel.

La lenteur des opérations et la faiblesse d’un gouvernement suspendu , arrêtèrent le départ de l’instruction, qui aurait pu rapprocher les esprits - et celui des commissaires. On n’en-

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( ' de la. révolütion franç. 563

voyait aucune force pour soutenir

la loi J et , au point de leur départ ,

les commissaires nommas se démi-

- rent de leur commission.

Cependant les nouvelles les plus alarmantesarrivaient de St.-Domingue. Toutes disaient que la loi était inexécutable , et que la colonie était exposée aux plus affreux dangers.

L’assemblée nationale rendit alors un décret qui remédiait aux incoiivéniens qu’on lui présentait dans le premier. Mais il n’était plus temps :

des mains perfides avaient brisé les ' . chaînes des noirs; on leur avait fourni des armes et des pli’ovisions de guerre ; des chefs déguisés les menaient au combat, ou plutôfau massacre. Ils ravagèrent quinze lieues de pays, et se livrèrent aux plus horribles barbaries contre les

blancs.! Ces .événeinens .sont si récens, qu!ü nous est impossible d*en donner ui^^écit fidèle ; mais Thistoire..<ferar connaître un* jour les maîtres qui ont ourdi ces perGdes 'trames. • s

V ^Tandis que l'assemblée prenait ét reprenait ces grandes questions , elle faisait une multitude dé lois administratives et iudiciaires, et termi^ , nait , par des décrets , une foule de différons et de. désordres que suscitait en divers lieux Tesprit de parti.

Elle élevait en même temps un monument à la mémoire des hommes

qui’ont bien mérité.de la patiûe. Le défenseur éloquent de la liberté, Mifabeau , était mort au plus haut terme de la gloire," emportant les regrets de Tun et de Tautre parti. Sa , perte fut une, calamité -publique.

L’assemblée nationale le déclara di- - §ne des honneurs décernés par la nation aux grands hommes. Ses obsèques furent honorées d’une pompe funèbre digne de lui , et ses restes furent transportés dans l’église de Sainte-Geneviève, devenue le Panthéon français. Ainsi, depuis, ce temple fut le dépositaire descendres de Voltaire , dont le génie avait fait éclore tant de germes de liberté et dissipé les ténèbres épaisses qui couvraient l’Europe. J. J. Rousseau fut jugé digne des mêmes honneurs :

déjà l’assemblée avait décrété qu’il lui serait érigé une statue. Les jardins d’Ermenonville garderont sa froide dépouille ; un cénotaphe consacrera le souvenir de son nom et de la reconnaissance des Français.

Tandis que l’assemblée élevait

ainsi des monumens aux apôtres de la liberté, et qu’elle décrétait des lois qui devaient la rendre durable , le despotisme s’occupait à renouer les anneaux brisés de sa chaîne. Les princes voisins faisaient, sous divers prétextes, «approcher des soldais de nos frontières. La France était cernée de toutes parts de troupes étrangères; les Allemands au nord, les Espagnols au midi, les Italiens à l’orient. L’Océan seul était libre; mais les Anglais, avaient en armement une flotte considérable qui pouvait à chaque instant bloquer nos ports. On parlait en même temps du prochain départ du roi pour Metz , où l’on disait qu’il serait entouré d’une partie de l’armée et soutenu par celle de l’empereur.

Là, il devait, en conquérant ,

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DE néVOIXmON mNÇ. 1567

dicter’ des lois à son peuple ‘sd«>mis , ou marcher pour le subjuguer rebelle.' Les privilégiés , conquérans avec lui , dêvaient reprendre' tous leurs droits. • ‘ .

Il ne devait rester personne en France de la famille royale , dans la crainte des vengeances -du peuple.

Mesdames ÿ tantes du roi , partirent lespremières, etSe rendirent à Rome.

Le peuple , qui prévoyait le but de leur départ , voulut inutilement s*y opposer; mais, sur le bruit- que Monsieur frère du roi , se disposait ''aussi à' partir , il se poi|;ta en foule à son palais , et exigea sa parole qù’il nè:partirait point. Le prince le promit,'-et fut couvert d^applaudissemeiis. * , . J '

Peu après arriva la fameuse journito des' poignards. Tandis qu^un

56$ 9RÉC1S BISTOftlQVl .

mouvement populaire était excité à ”Vincennes pour la démolition de ce fameux donjon , il se préparait une scène horrible au chdteàu des Tuileries. Des poignards , faits à l’avance , et d’une forme particulière , annoncent que le complot avait été tramé de longue main ; un fort anneau servait à les tenir , et il en sortait une lame à deux tranchans , se terminant en langue devipère. Le rendez-vous était donné au château: là devaient se réunir une foule de prétendus amis du roi : ils devaient

crier que sa, vie était en danger , et se servir des armes qu’ils auraient apportées. Un hommoqui arriva deux heures trop tôt découvrit le complot. La garde nationale aperçut un poignard sous son habit. Il fut arrêté et fouillé : on lui trouva des pisto-

DE LA RÉVOLUTION FRANÇ. 36g

lets , et il fut conduit au district. La garde, ainsi avertie, vil arriver, deux heures après , des hommes suspects :

elle les fouilla à mesure ; et leur ayant trouvé beaucoup de pistolets, elle se contenta de les désarmer et de les chasser. Il y en avait un grand nombre dans le jardin : ils reçurent le même traitement. Quelques personnes furent arrêtées, et bientôt élargies. Personne n’avait reçu* de mal , les jours du roi surtout étaient hors de péril ; l’aflront que les conjurés avaient reçu fut la seule vengeance qu’on en tira, et les tribunaux ne dondèrent aucune suite à cette affaire. Mais les citoyens furent toujours plus convaincus qu’on voulait enlever le roi.

Leurs craintes s’accrurent sur la nouvelle du prochain voyage du roi

SyO PRÉCIS HISTORIQUE '

à Saint-Cloud. Ils regardèrent ce voyage , qui n’avait pour objet apparent que d’y aller faire ses pdques, ce qu’il pouvait faire à Paris, comme un prétexte pour son évasion. L’idée des maux affreux qui^ résulteraient de la fuite du roi et des horreurs d’une guerre civile échauffa tous les esprits. Le peuple se porta en foule au château au moment où le roi était déjà en- carrosse, et s’opposa à son départ. Vainement M. Bailly et M. de la Fayette voulurent user de leur ascendant pour maintenir au roi la liberté de partir , ils ne furent point écoutés. Des orateurs ardens criaient que, si le roi venait à fuir , le sang des citoyens ruissellerait dans les rues , et que la France serait livrée aux horreurs de la guerre civile.

Ces images affreuses leur donnèrent, \

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1>E LA BÉVOT.UTION ÉRiNÇ. 3n |

et même à la garde , une telle per* sévérance , qùe le roi et la reine fu* rent obligés de rentrer dans le palais r « Nous savons bien, disaient « des grenadiers, que nous violons « la loi ; mais le salut de la patrie est la première de toutes. »

te roi alla communiquer à Tasoiî àlo qu’il persistait dans le dessein d’aller à Saint-Cloud, et que l’on ne devait pas^y^ôpposer> pour ne pas laisser dDt^«^>qu’il était pas libre. Il y allaen cÉTét; et , prenant le moment le moins propre à se faire croire , le ministre des affaires étrangères écrivit une lettre à tous les ministres de France dans les cours de l’Europe. Il les chargeait' d’une manière précise d annoncer à tous les souverains 1 attachement du roi pour la éon-

5^2 ruÈCIS HISTORIQUE

stîtution ; il rappelait ses engagemens , ses promesses , et tous les actes libres qu’il avait faits pour ma-^ nîfester ses intentions. Pendant que le ministre , qui n’était peut-être ' pas dans le secret du comité autrichien 5 parlait ainsi , et que l’assemblée, applaudissant à son langage,

, ordonnait l’envoi de celte lettre dans )tout le royaume , on songeait réellement à iaire partir le roi.

Le serment exigé des prêtres était un des prétextes dont on se servait pour essayer une de ces grandes querelles que l’on appelle schisme, et dans lesquelles les hommes se divisent et puis se battent pour des abstractions qu’ils n’entendent pas.

L’assemblée nationale avait appelé constitution dviic du clergé ce qui n’en était que l’organisation. Ilsem-

blerait même qu’elle aurait mieuK fait de ne pas s’en occuper , parce que chaque prol'ession et chaque professeur peut s’arranger à sa manière , sauf l’inspection du gouver- ' nement. Elle s’exposait au danger de recréer sous une forme un corps’ qu’elle avait détruit sous une autre.

Mais les prêtres tiennent tellement à toutes les affaires temporelles , et se rattachent si bien à celles du gouvernement , qu’il est difficile de les en détacher , et que , quelque manière que l’on s’y prenne, on les retrouve partout : ce qui forme un embarras dans tous les pays où le souverain, quel qu’il soit, veut sé^ “ rieusement être le maître.,

L’assemblée , ayant donc organisé le clergé selon les principes de la constitution française , exigea

des prêtres le serment prêté par tous les citoyens , de maintenir la constitution : mais elle exigea en même temps qu’ils jurassent de maintenir la constitution civile du clergé. Tant de militaires qui ont prêté et faussé leur serment civique ne se sont pas avisés de dire que le ciel était blessé de l’organisation militaire : leur prétexte a été qu’ils avaient déjà prêté un serment au roi, ce qui rendait le dernier nul :

mais les prêtres 'ont coutume de s’identifier aveg Dieu , et qui les offense , offense le ciel. Les esprits subtils découvrirent donc ici le moyen de faire un schisme en disant que cette constitution temporelle était une constitution spirituelle , et même une autre religion ; que c’était •gêner les consciences, tourmenter

DE LA BÉVOLttlON PBi^NÇ. 5^5 , '

les prêtres , les exposer au martyre,.

Ils demaudâient même la mort,' et qu^on les conduisît au supplice, bien assurés que l’assemblée ^ nationale n’en ferait rien. . ' ^

Il se trouva dans le royaume nn assez grand nombre de personnes de ^ bonne foi qui s’imaginèrent qu’en^ effet leur conscience était blessée dans cette organisation du clergé; car ce que l’on croit le plus est très-7 souvent ce que l’on entend le moins.

Cependant on déplaçait les prêtres^ qui ne juraient point , et on leur donnait une pension : mais ceux-ci cherchaient à consérver leuw paroissiens', et à les intéresser en leur

faveur par tous 'ceS' moyens qu ont à la main ceux auxquels les hommej ont donné leur raison à gouverner.. • Cette division fit espé^r aux enae-

mis de la constitution qu’on amènerait les Français à une guerre pour les prêtres , puisqu’ils ne voulaient pas la faire. pour les nobles , qui véritablement n’avaient pas des idées abstraites à présenter aux esprits subtils. Les courtisans et les privilégiés devinrent tout à coup dévots ; on le fut à la cour ; on le fut même à Worms et à Coblentz. Mais les ci-

toycns de Paris , même les moins éclairés 5 n’étaient point dupes de cette naomerie : or sans Paris l’on ne fait point de guerre civile.

La paix de l’empereur donnait de grandes espérances aux privilégiés de France. L’Europe entière avait suspendu ses querelles ordinaires, et rien ne faisait diversion à l’attention que la moitié des cours donnait à la Pologne et toutes à la France.

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DE L4 JlÉjOLTmON'FRANÇ. >. 5(77

\ ^ Les émigrés, que recevaient e*t caressaient quelques princes de l’Empire , faisaient de petites recrues et de grandes menaces. Mais on mûrissait depuis long-temps un projet • ' -

bien plus dangereux pour la nation française ; la cour de Vienne et celle d’Espagne, c’est-à-dire les plus proches parens du, roi et de la reine , en étaient le ressort. C’était, dit-on, l’objet de cette suspension d’armes de tous les souverains. Les courriers qui allaient et venaient sanjs cesse d’une cour à l’autre , et les visites que se firent quelques rois , sem- ^ filaient n’avoir pas d’autre objet.

M. de Breteuil conduisait la trame :

M. de Galonné agissait auprès du • ministère anglais pour avoir des secours , et les princes voyageaient partout. Le Piémont , Y enise, Vienne,

les virent tour à tour chercher et obtenir des promesses d’hommes et d’argent. Ils revenaient ensuite à AVorms et à Coblentz. Ils s’y étaient ^fbrmé une cour, qu’ils ont agrandie depuis, afin que personne ne pût douter que c’était toujours la cour de France qui faisait la guerre à la nation. Versailles s’était transporté à Worms. > '

Mais personne n’employait des moyens plus dangereux et plus perfides que M. deBouillé, parce qu’il tramait ses complots dans l’intérieur du royaume. C’était lui qui, après avoir long- temps refusé de prêter le serment à la constitution exigé de tous les militaires, le prêta ensuite avec une apparence de franchise qui séduisit la moitié de la France. Le roi parut le juger digne que la garde

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des frontières lüi fût confiée, et il,' eut le commandement de la Lorraine. C’est à lui que l’on a repro-ché depuis le massacre inutile de quelques régimens égarés par un excès de patriotisme , les désastres de la ville de Nancy , et une guerre civile de quelques jours entre les cÉÉ|| . toyens et -les'^loldats , laquelle poiS^ vait irriter toute l’armée et l’aigrir contre la nation. 11 profita de la place de confiance qtii lui avait 4té donnée pour ménager au roi unie retraite sur les frontières de Luxem-^ bourg , pays appartenant à l’empe- .

reur , afin que l’armée qu’aurait le roi pût être ‘soutenue de toutes les forces de l’Allemagne. Dégarnir la frontière, laisser les places sans défense et les arsenaux sans munition , s’entoiurer de régimens étrangers à

38o PRÉCIS HISTORIQUE

la solde de la' nation , diviser les troupes nationales, s’assurer des intelligences dans les villes avec les partisans de l’ancien régime , préparer un- camp fortifié sur la frontière : tels furent les moyens employés par iM. de Bouillé pour faire ^Ja guerre à la nation qui le payait.

^iVlontmédi, place forté?, était la ville où lé roi devait être conduit pour commander la noblesse , et se faire chefde parti contre son peuple. Mais on dit qu’on préparait une retraite plus sûre au roi dans une ville située en terre étrangère , à deux lieues de la frontière. Vainement les citoyens de ces pays donnaient des avis sur la faiblesse de leur défense et sur les préparatifs dont ils étaient témoins , le ministre de la gueire disait toujours que tout allait bien :

Bï Ik RÉVOLUTION FRANÇ. 38 1

celui des affaires étrangères nous rassurait sur les dispositions des 'autres cours. JLe pouvoir exécutif, qui .

ordonnait tout et disposait de tout, avait les plus grands avantages contre la nation , et il savait en profiter. . ‘

A rapproche du moment où le roi devait fuir , les émigrations redoublèrent ; on fit disparaître le plus d’argent qu’il fut possible ; on tâcha , dans chaque ‘ régiment j de débaucher beaucoup de soldats ; les pré-^ très redoublèrent de soins pour di- " viser les familles ; plusieurs officiers . quittèreUt leurs régimens ; les chefs ,

■ des gardes du roi usèrent de leur ' autorité et de d’influence de l’esprit de corps pour les entraîner dans la conjuration ; et l’on vit accourir à Paris une grande quantité de ceux

58a PRÉCIS HISTORIQUE

qui autrefois portaient en France le

titre de nobles. .

Lti nouvelle de la, fuite du roi était répandue à l’avance' dans les pays étrangers, et plusieurs^personnes la reçurent à Paris. -La crainte de la fureur des citoyens quand cet événement éclaterait dépeuplait les châteaux * et les gentilhommières.

Leurs habitons titrés allaient à Paris, où Us pensaient que leurs bras et leurs épées pourraient être utiles, ou ils sortaient du royaume, emportant avec eux beaucoup d’argent.

De-là ils invitaient leurs amis à quit- • ter la France. . La municipalité et M. de la Fayette reçurent des avis de la prochaine évasion du roi; les journalistes l’annoncèrent ; et la reine elle-même en plaisantait avec les officiers de sa garde, la veille de

sa fuite. Les municipaux et M. de la Fayette parurent avoir pris des précautions suffisantes pour prévenir cet événement; mais elles ne le furent pas. Le roi , la reine et leurs enfans, et madame Élisabeth , sœur du roi, s’enfuirent dans la nuit du •20 juin , précisément la plus courte nuit de Tannée : Monsieur s’enfuit aussi. Ils prirent la roule de Montmédi, et Monsieur celle de Mous.

Quand on sut cette nouvelle dans les pays étrangers, on n’y douta pas que la France ne fût livrée à toutes les horreurs de l’anarchie et de la guerre civile. Mais certes, s’il y eut jamais un grand et beau spectacle, c’est celui que présenta la nation française depuis Calais jusqu'aux pj rénées. Le premier moment fut de surprise * et le second de calme

et de repos. Tout se rallie autour de rassemWée nationale , unique mais puissante ressource d’un grand peuple. Jamais la majesté d’une nation n’a été , jamais elle ne sera plus imposante. A Paris , il sembla que les citoyens étaient déchargés d’un pesant fardeau ; ils n’avaient plus de roi. Le peuple, par un mouvement général, effaça de partout son nom et son effigie ; ils le furent de celte multitude d’enseignes que , sous le despotisme , on décorait de son titre ou de sa couronne, et le soir il n en restait pas une seule trace. Les gardes nationales se réunissent sous leurs drapeaux, et vont prêter serment de fidélité à rassemblée nationale au . bruit d’une musique militaire. Les citoyens de Paris les imitent, et, pendant trois heures entières , iU

défilèrent dans la salle , haussant la inain et prêtant le serment.

L’assemblée cependant se montrait digne de la confiance de la na^ tion. Elle manda sur-^le-cbamp les ministres pour leur ordonner d’exécuter les lois. Elle envoya des courriers dans tous les départemens pour^donner l’ori^e d’arrêter toute personne sortant du royaume , et pour les instruire de ses dispositions.

Elle exigea de tous les militaires , fonctionnaires publics, le serment de fidélité à la nation. Dans sa mémorable^séance , qui dura sept, jours et sept nuits, elle s’occupa de, prévenir les désordres, d’entretenir le courage des citoyens, et de montrer par son sang-froid et sa fernaeté' qu’elle était digne de commiftider aux circonstances. 11 est remarqua-

58G précis historique ble que , dès le second jour , après qu’elle eut pris toutes les précautions qu’exigeait la sûreté de l’empire , elle reprit tranquillement l’ordre de son travail interrompu , et discuta le code pénal.

Trois jours se passèrent ainsi sans roi. La France était unie , forte et tranquille. Les de*ix partis s’étaient même rapprochés dans tout le royaume , et partout les forces nationales ■ s’étaient mises dans un état imposant. Mais quand on se réprésentait le roi fugitif, manquant à sa parole

solennelle et tant de fois donnée;

quand on pensait qu’il allait rentrer dans le royaume à la tête d’une armée étrangère ; que les rois voisins ’ n’attendaient que ce moment pour faire ^ine invasion en plusieurs endroits à la fois, et qu’il serait suivi

de cette foule de nobles et de grands seigneurs qui disaient qu’il leur tardait de s’abreuver de notre sang , l’indignation et la fureur étaient au comble. En quelques lieux du royau-’.

me on s’assura de la personne des mécontens, mais sans violence ni mauvais traitemens ; et peut-être ils n’ont jamais été plus sûrs de leurs biens et de leurs vies. Cependant les fugitifs triomphaient à Mayence , à Coblentz, à Luxembourg à Bruxdles , à Londres , en Allemagne / en Italie. Les témoigpàges de leur joie allèrent jusqu’à l’extravagance 5. ils étaient persuadés que le temps dès proscriptions èt des vengeances était ' arrivé. Des courriers sont expé^és dans toutes les cours , et les Français émigrés se mettent en marche pour aller joindre le roi. ^ .

388 PRÉCIS HISTOBIQVB

C’est un des inconvéniens du gouvernement monarchique , que le salut de toute une nation y dépend de l’existence de son chef. La France allait être livrée à toutes les fureurs de la guerre civile , parce qu’un homme était sorti de l’empire. Les destinées du royaume étaient en suspens, et l’Europe, attentive, regardait comment allait commencer celte longue suite de- scènes sanglantes. Mais un petit nombre de citoyens sauva l’état en arrêtant le roi à quelqueslieues de la frontière.

Depuis long-temps oh avait dit que les quarante mille municipalités du royaume étaient autant de sentinelles de larévolution : on l’éprouva.

Les municipaux de Ste. - Menehould étaient alarmés de quelques mouvemens 4^ troupes dans leur ville ,

»E LÀ BÉVOLÜTION FBÀNÇ. SSq quand le sieur Drouet , maître ‘ de poste , alla leur annoncer qu*U avait vu passer un^ voiture qui lui avait paru suspecte. On lui ordonna de la suivre. Il avait crurecoiinaîtrele roi et/la reine : leur voiture était escortée de dragons. Il^prend un chemin de traverse , devance le roi à Vatennes , avertit le maître de poste ; et comme c’était au milieu de la nuit, avant que de demander du secours et de réveiller personne , ils allèrent au pont par où’ le roi devait passer, pour le barricader. Heureusement ils y trouvèrent une voilure chargée de meubles ; ilâ la renversèrent à rentrée du pont. Ils allèrent ensuite , avertir léproem'eur de la commune; le maire et le commandant de la garde nationalé? Huit hornmes de * cette garde arrêtent le roi , malgré

■ 5yO PRÉCIS HISTORIQUE

(les hussards qui accourent le sabre

à la main : ils leur crièrent que , si

on voulait l’arracher ^ on ne l’aurait

que mort. Le commandant de la ' «

garde nationale avait fait amener deux pièces de canon sans' poudre ni boulets ; il feint de les décharger sur les hussards : tout cède ; et le roi est prisonnier. Le tocsin sonnait . partout ; les gardes nationales arrivaient de toutes, paris; les soldais eux-mémes se joignirent à’ eux; et !\l. de Bouillé,, renonçant à l’idée d’enlever le roi , s’enfuit hors du royaume.

Le roi fut conduH; à Paris par des 'milliers de gardes nationales qui se , relevaient sur la route. Les braves citoyens de Varennes qui l’avaient • arrêté le suivirent» jusqu’à la capitale , dont les citoyens armés allé-

DigitiZ'.'i i

Googl.

rent le recevoir hors de son enceinte.

Cinq cent mille hommes étaient sur son passage ; et le roi n’entendit ni reproches ni murmures : mais un

silence improbateur régnait partout ;

toutes les têtes restèrent couvertes ; toutes les> armes étaient baissées ; et le roi dut apprendre en ce jour que c’est le peuple qui est le souverain.

Il iut conduit à son château des Tui- ^ ' leries , où l’assemblée lui avait or- ^ . donné une garde dontle commande- .

ment fut confié à M. de la Fayette.

L’assemblée, voulant informer contre le délit national qui .avait été commis', ou par l’enlèvement du roi, ou en favorisant son évasion ,

fit mettre tous ceux de sa suite en état d’arrestation, Ils furent interrogés, et on reçut simplement la déclaration du roi;. Le roi déclara.

Sga PRÉCIS HISTORIQUE

entre autre choses , qùe son intention était d’aller à Montmédi, afinde prouver qu’il . était libre , pour

veiller sur la frontière à la sûreté du

royaume contre les étrangers qui ' pourraient tenter -une invasion, et se porter partout où il jugerait convenable. Plusieûrsfurentcoûvaincus

fl-

de la sincérité du roi , auquel on n’a jamais présenté d’un projet que ce ' qui pouvait intéresser son cœur : l’on

n’aurait pas osé lui confier qu’il allait faire l2f guerre à son peuple. D’ail- , leurs on ne pouvait guère douter qu’il

n’eût été proposé aux grandes puissances de l’Europe de profiter de ' l’occasion pour envahir la France et se la partager. C’est à l’électeur de Mayence qu’on faisait honneur de cette idée. .

L’assemblée nationale avait à se

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DE LÀ IIEVOKVTION ÿBA1!7Ç. 5^5

garantir de rimpression générale qu'avait faite la1[‘uite du roi , et de IMndignation des peuples , dont il lui venait chaque jour des preuves. • Dé jà plusieurs faisaiententendre que désormais on ne pourrait plusse fier àHa parole du roi ; que les Français ne pourraient plus obéir à un mo»

• narque qui leè avait trahis ; que le roi devait étire mis en cause, puis« qu'il avait abandonné la nation , et que sa' fuite devait ètrevFoccasion d’une guerre civile; qué.l^BoW-bons regretteraient' toujours le dës-‘ potisme ennobli par les noms . de Louis XIV et Louis xv , et se regarderaient à jamais comme déchus et dégradés; qii’il resterait dans le cœur de cette famille un ressentiment éternel , et qu’elle chercherait et trouverait les occasions de se venger et

UiQiîir.rd hy Gnogk

d’opprimer la liberté que les peuples / avaieut conquise a^ec tant de peine.

Ils disaient qu’il fallait profiter de l’occasion pour ôter du sein de la France un ennemi naturel qui ne lui laisserait jamais de repos; que la liberté ne pouvait compatir avec la monarchie héréditaire , et qu’il convenait d’établir un conseil de ré- • gence , éligible par la nation, et responsable , auquel serait confié le pouvoir exécutif.

Maisl’assemblée nationale ne crut pas que le royaume fût en état de . supporter une seconde révolution.

Les finances étaient en désordre, le . numéraire avait disparu , l’organisation nouvelle était mal affermie , les impôts ne se percevaient pas , et le peuple'soupirait' après le repos.

De plus longues agitations auraient

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DE LA RÉVOLUTION FRANÇ. SqS

fait disparaître l’indüstrie, qui ne peut être long-tempssuspenduesans se perdre et s’anéantir. L’âssemblée avaitdéclaré d’ailleurs que la France était une monarchie; et il ne fallait pas penser qu’un pays d’une' aussi vaste étendue pût être soumis à la forme purement républicaine. De si grandes di^ances , des peuples si divers, même de langage, d’habitudes et de mœurs , des idées si nouvelles pour la plupart d’entre eux, le nom de 7'oi, qui toute leur, vie avait résonné à leurs oreilles, rattachement que donne l’habitude , tout fit penser à rassemblée nationale que la France devait être monarchie*, et ‘ que , dans la constitution nouvelle , où les ministres seuls sont responsables , Louis XVI était le roi qui con- : venait aux Fiançais. ' ‘

396 PRÉCIS HÏSTORIQF» ’ r

Quipouvait prédire d’ailleurs comment finirait cette nouvelle révolution ? Le roi , la noblesse et le clergé , réunis , avaient encore assez de moyens pour jeter le trouble dans le royaume. La captivité du monarque le rendait intéressant ; et des informations judiciaires faites contre lui auraient attiré à sa cause un très-grand nombre de partisans , et auraient attisé les feux d’une guerre civile. Les princes étrangers pouvaient nous surprendre dans cet état de faiblesse et de division; et quoique aucun d’eux n’eût assez de moyens pour nous attaquer dans l’état ordinaire des'choses , une réunion devenue facile pouvait déchirer la France., si elle ne la démembrait pas.

Le projet d’un conseil de régence , en éveillant l’ambitioa de tous ceux

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DE LA AÉTOLVTION EBàl?Ç.

qui auraient prétend a. à j cet honneur , aurait divisé l^assemblée nationale , déchiré Vempire , et multiplié les .sources y déjà: trop' nombreuses , de divisions et de 'partis.

D'après ces considérations:, .rassemblée se persuada qu'il fallait achever la constitution comme elle avait été commeniîée. Louis xvi, roi d’un peuple libre et qui se donne .lui-même ses lois « devait être satisfait des prérogatives at^chées. à sa couronne : son évasion Hii ayant été évidemment suggérée , il devenait digne de la nation d’oublier cette faute ; et le roi -pouvait en être touché.. Il devait avoir appris enfin, après des tentatives inutiles , qu'il lui était impossible dé résister à la :volonté' nationale , ' et que^ son A. C. .34

3g8 PHÉCI8 HISTGEIQUE . ^

intérêt • était ’ de »e réunir , à -son

peuple. ' • • ' t •

En rendant le repos à laEéance 9 il se Içf donnait à luir-méme. Sa familie régnait infailliblement sur le peuple français : les rois deTEutope n’avaient plus de prétexte pour le soutenir 9 ou 'plutôt pour' le détrôner ; et , réuni avec la nation , il n’en était que plus fort pour empêcher le déinembreinent de l’empire»; il pouvait prévoir le '.temps où les autres, rois seraient obligés aussi de rendré aux peuple au moins quelques-uns de ‘leurs droits y et que , puisque l’époque de celle • révolution était marquée par lès des^nées, il.valait toicûx êtré.le premier roi qui.la.subîti < • ’

L’assemblée! national©: ordonna

DE LA BÉVOlüTIOS EMNÇ.

donc que -la révolution fût finie. Ce, fût le Irait d’une grande s^esse, et qui ne,ppuyait être justifié que par.

une grande puissance. Elle fit la révision de . ses décrets , et rédigea Pacte constitutionnel qui devait être présenté à l’acceptation 4û roi.. Elle lui laissa la liberté du temps et du lieu pour l’examiner et l’accepter ou la .refuser. Plusieurs intrigues vinrent à la traverse. Les privilégiés , effrayés de la tournure que.prenaient les choses , recommencèrent leurs intrigues accoutumées. Les frères du roi , maintenant réunis^ gardèrent toujours leur politique , de déclarer que le roi.n’était pas libre, et de ne. pas reconnaître ce qu’il ferait., Quél-, ques cours étrangères leur fourni-^ rent de l’argent et leur facilitèrent l’enrôlement des hommes elles

400 PBÉCIS inSTOBigüE

étaient étonnées de voir sitôt la fm de ces événemens sur lesquels les faux calculs des émigrés leur avaient donné de fausses espérances. La France semblait prête à se rasseoir sur de nouvelles bases et à reprendre toute la vigueur d’un peuple rajeuni ; et les intrigues du dedans et du dehors se réunirent pour arrêter le cours de ces destinées qui effrayaient presque tous les puissans de l’Europe.

Mais enfin le roi accepta la constitution française, et cette démarche éclatante décida la révolution.

Sans doute nous ‘serons agités encore ; les privilégiés auront encore des moyens de troubler notre repos, et notre passion pour la liberté entretiendra long-temps les défiances, et même les exagérations qui l’ac-

Digili.rùd

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DB tA RÉVOLUTION FRANÇ. 4^*

compagnenl. Les nouvelles autorités constituées balancerontencoreavant de se renfermer dans leurs limites ou de se mettre en pleine activité.

Nos finances attendront cette lumière et ce cours facile et habituel que l’expérience seule peut donner.

Les cours étrangères reconnaîtront ou ne reconnaîtront pas notre constitution , selon que leurs vues politiques leur feront espérer ou désespérer de profiter de nos dépouilles.

Mais la puissance de la révolution française résistera par elle-même à tout , car elle est l’ouvrage des siècles , de la nature , de la raison et de la force.

Un JOUR nous pourrons développer avec plus de détail des événemens aussi intéressans pour la na-

tion française , et auxquels elle a concouru tout entière : notre intention aujourd’hui n’a été que de tracer un tableau rapide de la révolution , comme on décrit un combat le lendemain du jour où il a été donné. Le vulgaire des observateurs n’a vu , dans ce spectacle étonnant que la France a présenté à l’Europe , que des hommes acharnés contre des hommes , et des passions luttant contre des passions. Mais les hommes éclairés de .tous les pays ont aisément aperçu que c’était ici la cause de l’humanité tout entière, et leur cœur s’est ému en attendant l’issue de ce combat. L’espèce humaine peut être long-temps dégradée et avilie dans les pays où il n’y a qu’un maître , une opinion , une loi et un livre ; car le despotisme

DE Li. RÉVOLUTION FAANÇ. 4^5

s'emparant de ces rênes faciles , il retient à jamais sous le joug des troupeaux d’hommes dont la raison ne fait aücun progrès. Là, changer d’opinion est un crime , parce qu’en effet c’est désobéir au maître et à la loi. Mais chez les peuples qui lisent et qui étudient, les hommes se dé-, gagent insensiblement de l’ignorance, et de l’erreur, pire qu’elle , pour arriver infailliblement à la vérité;

cairil n’y a point de bornes à la perfectibilité de notre raison. Là, changer d’opinion est une vertu , parce qu’en effet c’est secouer le joug de l’erreur. Là , les tyrans de la pensée sont les plus odieux des hommes, parce qu’on les regarde comme les ennemis de l’espèce humaine , dont ils voudraient retarder les progrès :

ils dégradent , autant qu’il dépend

4o4 pbécis historique d’eux, le chef-d’œuvre de la nature.

La révolution française a donc été le produit des lumières , qui avaient pénétré , plus que chez d’autres peuples , dans toutes les classes de citnyens. Elle a commencé du moment où les hommes ont réfléchi; les fautes de trois règnes l’oût mûrie, la résistance des privilégiés l’a accélérée , et l’impétuosité française l’a consommée.* Lorsque Bacon faisait ses premières expériences , lorsque Montaigne doutait, lorsque Bailly se faisait l’avocat-générarde la philosophie , ils préparaient la révolution de France. Mais les lumières de la raison appartiennent à tous les peuples et à tous les pays , et il n’est au pouvoir d’aucun potentat et d’aucun corps d’en retarder aujourd’hui

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les progrès. Elle coDtinuera donc son ouvrage avec cette lenteur et cette sagesse qui font mûrir les événemens sans les précipiter; et tandis que la France achèvera la lutte pénible dans laquelle elle est engagée, les peuples de l’Europe ne verront pas sans émotion s’accomplir ces destinées étonnantes de qui dépendent les destinées de l’univers.

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