‹ Précis historique de la Révolution françaiseChapitre 26 sur 44 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

XJ N des grands bienfaits de la révolution qui venait de s’opérer en France , était de rendre au peuple une existence civile etpolitique qu il avait perdue depuis tant de siècles, et dont il ' est privé sous la plus grande partie desgouvernemens. On a dit trop long-temps que le peuple est fait pour êti^e gouverné par un sceptre de fer ; qu’il est incapable de connaître ses véritable^ intérêts; que la grossièrélé de son éducation et de ses travaux ne permet pas qu’il s’occupe de la chose publique; et qu’il faut que le soin de le conduire soit confié à des hommes

DE LA BÉVOtüTlON FRÀNÇ. igS

d’une classe supérieure , qui conr naissent ses intérêts mieux que luimême. Dans la révolution de France, on a appuyé ces sophismes de l’exemple. Les violences auxquelles’ le peuple s’est porté en divers lieux , non- seulement contre ses oppresseurs^ mais même quelquefois contre des hommes innocens .et qui ne lui avaient ^pmais fait directement de mal^ ont servi d’argument pour prouver qu’il devait être ^éloigné de toute influence dans l’administratiori de la chose publique. . - :>*

Mais, outre qu’il est barbare de tirer avantage de l’ignorance d’un peuple que le gouvernement rnêtne sous lequel il vivait rendait ignorant , d’une grossièreté, fruit ’de'la politique qui consistait à l’abrutir, et des \ices de la servitude, dont il^

âg4 PBÉCIS HiSTORlQüE '

faut le plaindre, et non le blâmer, puisqu’on la lui avait donnée malgré la nature qui y répugne-, il est aisé de voir que les maîtres des hommes ne tiennent ce langage que parce qu’ils aiment l’autorité.

D’ailleurs, rien ne peut iuslifier

la violation des droits des sociétés % *

et l’injure universelle faite aux hommes, lorsqu’un ou plusieurs d’entre eux prétendent avoir le droit de les gouverner , et de propager de père en fils leur tyrannie. Le contrat social qui d’abord les avait tous réunis comme des égaux ne conférait à aucun d’eux le gouvernement exclusif de tous les aulres : la chose publique était la chose dè tous ; et les lois n’étant , après tout , que des conventions , il est évident que les intéressés doivent tous y participer.

El quand on\ prétend qu’un seul connaît mieux qu’eux ce qui leur convient, c’est avancer une imposture que démentent presque toutes les histoires des rois. Combien qui n’ont songé qu’à jouir, qu’à'satisfaire leurs passions, qu’à^grossir. leurs revenus et accroître leur puissance , qu’à sacrifier leurs sujets pour agrandir leur territoire , et à faire couler le sang de leurs voisins et de leurs peuples pour obtenir le titre menteur dé grands! Si les sujets eussent ^ "été consultés, auraient -ils voulu être gouvernés ainsi ?

Le bon sens et l’expérience s’accordent à prouver que , lorsque le peuple a été admis à gouverner ses propres affaires , il l’a fait avec raison et intelligence. C’est que ce genre même de gouvernement l'appelle à »

s’instruire de ses intérêts, et qu’il apprend à les connaître quand on ne le force pas à s’en reposer sur autrui. L’ignorance est le ressort des gouvernemens despotiques ; l’universalité des lumières est celui des gouvernemens libres. Pour obéir aux lois des premiers, il faut que le peuple ne sache rieii ; pour obéir aux derniers, il faut qu’il sache tout:

, mais, lorsque tous les despotismes se réunissent pour se soutenir réciproquement, et pour avilir le peuple qui les soudoie *et les nourrit , la calomnie dont on veut le noircir retombe sur la tyrannie même qui l’insulte. En vain les prêtres disent aux peuples qu’ils ont abrutis que la puissance de leurs tyrans est une puissance divine, et qu’il faut baiser la verge dont ils nous frappent : ou

DE LA BjÉVOLDTIOK FB^NÇ. 297

sait qu*ils ne prêchent cette doctrine -que lors%ie les tyrans sont leurs amis. . , 0

Ainsi la haine qui s*est manifestée en France contre les ordres privilégiés était fondée sur leur intelli-; ' gence avec la cour, qui s’efforçait de maintenir le, despotisme. Le peu- •pie a vu que ces trois puissances antiques ne se* soutenaient réciproquement que pour l’écraser avecplus ' d’avantage, et se nourrir de ses sueurs et de son sang. Mais . quand la ré<volution a été avancée , quand Ic^ glaive a été tiré dû fourreau , et que les privilégiés ont publié en France et dans toute l’Europe qu’ils allaient tirer une vengeance éclatante des outrages qu’ils croyaient avoir reçus , la nation n’a vu en eux que des ennemis déclarés. Lçs citoyens alarmés

298 ' PRÉCIS HISTmilQTT*

' se sont représenté les proscriptions affreuses qui tombera iSit sur léui^ têtes si celte triple alliance l’emportait : ils ont vu Paris nageant dans le sang et dépeuplé , les échafauds dressés dans toutes les parties du royaumè , et les représentans du peuple livrés aif fer des bourreaux :

ou , si la nation se livrait à l’énér-* gie qu’elle avait développée , ils la voyaient plongée dan s tou tes les horreurs de la gueirè civile , et finir par l’anarchie ou la servitudè. '

Enfin, quand les privilégiés, ne comptant plus sur leurs forces, parcoururent toutes les cours pour appeler les rois à leur aidé , les Français détestèrent la tyrannie davantage; ils s’étonnaient que sept ou huit hommes ou femmes de l’Furopè se crussent 'en droit d’ensan-

DS CA RÉVOLVTIÔR.FSANÇ. 299

glanter la France parce qu’ils por^ taient une couroqne : ils compa« raient la conduite des rois , à qui tout prétexte est bon pour porter le fer et la flamme chez leurs voisins , ' à celle d’une nation libre et juste qui met le respect pour ses voisins au rang de ses premiers devoirs. Us déploraient le sort des nations sou»

piises à la volonté arbitraire d’un seul homme , toujours disposé à sacrifler des milliers d’hommes co^im^ lui à ses intérêts mal entendus. Mais la noblesse surtout leur devenait de plus en plus odieuse. Ils regardaient comme des traîtres à la patrie des privilégiés qui ^ se déshonorant pour reconquérir un faux honneur,, ne s’occupaient que des moyens de déchirer^eur pays et de le livrer aux horreurs de lu guerre civile. Nepou-

Zoo PRÉCIS HISTORIQUE

vaut croire au désintéressement des rois , il leur semblait les voir se concerter pour dépecer la France et se la partager. Ils voyaient Louis xvi , ce roi tjue les bons Français s’obstinaient à maintenir contre ses pré- - tendus amis , privé peut-être de la couronne , et céder la place à des princes qui joueraient un rôle plus éclatant que lui. Ils déploraient son malheur d’être entraîné par des conseils^ perfides, et de ne pas s’apercevoir que cette conjuration était contre lui ; qu’on ne voulait que *se servir de son nom pour couvrir des barbaries, et le faire n^gner sur des déserts. Alors la révolution fut justifiée. On s’estima heureux d’être débarrassé de tels maîtres ; et leurs menaces et leurs vengeances firent apprécier les bienfaits et les services

OL by Coo^i^k

DE Là BÉVOLVTlOJr FKINÇ. 5oi

dont ils se vantaient. On sentît plus que jamais le prix de la liberté ; elle devint Tidole de tous les cœurs , et ,tous les citoyens fiwent disposés à vaincre ou mourir pour elle.

L'assemblée nationale , de son côté, n’en sentit que mieux la nécessité de consolicfer une constitution qui devait préserver la France de toutes les sortes de tyrannie. Elle avait proclamé la déclaration des droits de l’homme et du citoyen dans un temps où, n’étant pas encore sufk fisamment afTermie , elle ignorait si elle aurait celui de poser les lois qui découlent de ses principes. Elle ^ avait donné aux citoyens la connaissance dè leurs droits, comme un père malade et peu sûr de vivre long- ' temps remet à son héritier les titres de ses possessions et de ses créancts.

* 5oa PaÉClS HISTOBIQÜE

Knsuite , à mesure que le temps et ses travaux eurent établi et justifié l’autorité du corps constituant , il fixa les droits civils des citoyens, l’égalité des contributions , de l’admission aux emplois , des récompenses et des peines ; la liberté des actions , des discours , des écrits , des opinions , des religions et. des cultes, sous la protection de la loi , qui ne punit que les torts faits à la société ou aux individus. Il entoura chaque citoyen de toutes les précautions qui garantissent sa liberté individuelle , et qui le préservent des actes arbitraires , de l’autorité et de la vexation des tyrans subalternes , souvent plus cruels et toujours plus insupportables que leurs chefs.

En adoptant le principe de Mon-

DE LÀ- RÉVOLVTIÔN PRANÇ. 5o5

tesquieu, qu’un peuple ne peut être libre si les divers pouvoirs sont réü^ nis dans une seule main , il plàçd lé pouvoir législatif dans la réunion dü corps des représentans du peuple , qui décrètent , et du roi , qui refusé ou consent; le pouvoir exécutif dans la main du roi , et le pouvoir judi- - ciaire dans celles de magistrats choisis à temps par le peuple. Des juges de paix établis par canton y termineront les petits différens ;^ des tribunaux établis par distHcts jtl^pont les causes mafiii res : îl*ÿ àtii^ deux de^és de juridiction , et l’ôh appellëra d’ùn tribunal de district à un autre : un tribunal criminel sera fixé par département , et les citoyens y seront jugés par leùrs pairs.

Enfin un tribunal de cassation ^ qui ue jugera que la violation dés for-

5o4 ' PRÉCIS HISTORIQUE

mes ou des compétences , couronne l’édifice. Cependant une haute cour nationale et des jurés jugent les crimes de lèse-nation j des bureaux de conciliation et de famille accommodent les différens ; l’arbitrage, ouvert à tous les citoyens , est comme le vestibule du palais de la justice , où siège l’humanité pour arrêter et calmer les passions , et la justice est gratuite.

Pour régler l’administration de la chose publique , l’assemblée nationale statua que le corps législatif fixerait annuellement les contributions et les dépenses ; que le roi , par ses agens , ferait percevoir les unes et rendre compte des autres; que , sous les ordres du roi , une administration par chaque département ferait répartir les contribu-

. SE LA. RÉVOLSTIOir FRANÇ. 3o5 lions et recevoir les deniers, et qu’elle administrerait la chose publique ; et que , sous son inspection , une administration par district exécuterait les ordres du roi .dans son ressort.- La. police de chaque ville ou contluunauté fut attribuée à des ma-

gistrats populaires choisis poi* les citoyens. .

L’assemblée nationale , ayant dis> tribué les pouvoirs*, en régla les fonctions , l’équilibre et les bornes respectives. £lle organisa une forcé publique pour la sûreté du dedatis, et pour SC garantir des attaques du ddiors..Et quant à ses relations avec ses voisins, en maintenant les alliances existantes, elle déclara qu’elle n’entreprendrait aucune guerre^ns un esprit de conquête. Une lois particulières réglèrent tous les

5o6 PBECIS H1ST0R1QX5E

détails de ces lois constitutionnelles.

Telle était la constitution que l’assemblée nationale donnait à la France malgré les oppositions de plusieurs des privilégiés que ce corps renfermait dans son sein et les obstacles qui renaissaient chaque jour.

• Plusieurs se sont attachés à soutenir que cette constitution est vicieuse :

mais le prodige , c’est que rassemblée nationale ait pu la faire, composée comme elle était de deux par- ^ tis absolument opposés dans leurs intentions. Telle qu’ellè est, le corps constituant , après avoir posé pour principe* que la nation est le souverain f,et que la volonté générale est la îoi , soumit à Pexanaen des peu- PM’ ^ l’expérience , à la sagesse et â^fp^esoinft des générations siiivanies*, la constitution qu’il avait faite.

Il la gafantit à la fois , et de la précipitation qui sé hûte de réformer, et de la paresse qtii laissé croître les abus.

L’afferitiissenient de la dette publique fut aussi l’objet de ses soins.

Elle avait Veleté avec horreur toute ■proposition de banqueroute , qui, sous prétexte de liquider la nation en un jour, l’aurait couverte d’ignominie, sans la sauver des désordres de toutes les banqueroutes partielle^ et de la ruine générale qu’elles auraient causée. Elle avait donné pOuf garantie aux créanciers de l’état les biens ecclésiastiques et domaniaux, évalués à plusieurs milliards. Pour dédommager le, clergé , elle avait assigné sur les revenus publics , soit des traitemens aux ecclésiastiques exerçans , soit des pensions 'aux e.c-

3o8 PRÉCIS HISTORIQUE ck^siastiques et religieux réformés.

La somine se portait à plus de cent ■ cinquante millions par an : mais les pensions devaient diminuer successivement par la mort des pensionnaires. Elle chargea encore la nation du remboursement de cette multitude d'ofhces et de charges dont nous avons parlé au commencement de cette histoire, et qui ne pouvaient plus subsister depuis que la vénalité des charges était aboUe.

L'assemblée les faisait liquider et remboqrser à mesure. Douze cent millions d'assignats sur les biens nationaux'servaient à leur paiement, soit que les titulaires voulussent acquérir de ces biens, soit qu’ils préférassent^, de garder les assignats ’ comme c^itaux pour les répaniUe dans la circulation.'

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DE LA RÉVOLUTION FRINÇ. Sog

L'assemblée s'occupa aussi des contributions publiques. £lle avait aboli des impôts devenus odieux au peuple par les vexations dont était accompagnée leur perception , d'ailleurs infiniment coûteuse et compliquée. Elle 'adopta la noble idée d'affranchir le royaume de tous cesdroits incommodes et vexatoires qui arrêtaient le voyageur à toutes les portes de ville et sur tous les chemins. La terre de Fr.ance devait être libre ; il n'y avait plus de provinces, et le royaume était un. Elle voulut que les produits de la terre et de l'industrie pussent désormais circuler partout , et que le voyageur ne fût plus tourmenté sur sa route par des recherches inquisitoriales, ni le citoyen dans, sa maison par des visites domiciliaires. Les barrières

furent donc portées aux frontières pour y percevoir les droits sur les marchandises des pays étrangers. Il en fut dressé un tarif.

L*aboiition de ces impôts onéreux laissait un grand vide dans les finances / et il fallait le remplir. Il fallait en même temps substituer un mode d’imposition < qui pût fournir à des dépenses considérables , quoique réduites , et qui n’étonnât pas le peuple , naturellement disposé à se plaindre.de toutes les contributions, quelles qu’elles soient. L’assemblée établit une contribution foncière sur les terres,. une contribution mobilière sur les fortunes en capitaux , un droit de patentes sur l’industrie.

Un droit de timbre et d’enregistrement sur les actes entre les citoyens.

Mais la lenteur inévitable dans la

Diuiîi^. -i L.",' ' ?Ic

DE LA RÉVOLUTION PRANÇ. * 5l 1

confection de ce travail , et surtout dans son exécution , dans la forma- -

tion des bureaux , dans la nomination aux emplois, dans la confection des rôles et la répartition des impôts, en retarda la perccptiom' D’autres circonstances s’y joignirent. Les anr cieiis préposés , sûrs d’être déplacés, ne s’occupèrent plus que de leurs intérêts particuliers ; ils négligèrent le recouvrement qui leur était pre?

gcrit , et quelquefois ils espérèrent que leurs délais retarderaient ou détruiraient le mouvement de cette nouvelle machine. Les directoires, surchargés de travaux , ne purent accélérer ceux concernant les impositions. Là mauvaise volonté des citoyens, en quelques lieux, arrêta souvent les administrateurs. Les malintentionnés se plaisaient à an-

Diùiîiiitaù by Cooglc

nonccr au peuple qu’il paierait beaucoup plus d’impôts qu’auparavant ; et quoique le contraire fût évident aux yeux de ceux qui peuvent embrasser d’un coup -d’œil tout l’ensemble , ils faisaient illusion à cette partie du peuple dont le désir serait toujours de ne rien payer du tout. Enfin plusieurs administrateurs, qui de l’ancien régime avaient passé dans le nouveau, y apportaient assez de malveillance ou de négligence pour retarder les opérations qui leur étaient confiées.

Les contributions étaient arriérées; la nation donnait peu et dépensait beaucoup. Les mécontens et les ; émigrés la forçaient à faire des frais d’armeinens pour se tenir sur la défensive. Ils accaparaient ou emportaient hors du royaume le numéraire

DE Lk RÉVOLUTION FRANÇ. 5l5 pour épuiser la nation 9 et rendaient ainsi le paiement des contributions plus difficile. Nos rapports commerciaux avec les étrangers étant à notre désavantage , et les intérêts de notre dette envers eux devant leur être payés, le numéraire sortait et ne rentrait pas; le change haussait, et les citoyens étaient plus gênés.

La nation, inquiète et non pas effrayée de cette situation , s*en consolait en pensant que Timmensité des biens nationaux suppléerait à ces pertes passagères : elle, suppléait à la monnaie d’urgent qui s’enfuyait par de petits assignats qui ne pouvaient pas sortir. Le gouvernement alors indécis, le ministère suspendu et poussé en sens contraires par l’assemblée et par la' cour, la cour elle-même décidée à renverser le

5l4 PBÉ€IS historique nouveau régime, empêchaîtent, par leurs sentimens très-connus , rétablissement du nouvel ordre de choses. Cet interrègne était un chaos.

La lutte entre le bien public et les privilèges subsistait toujours, et le mouvement général était suspendu, tandis que les combattans étaient aux prises.

' Véritablement l’histoire ne présente aucun exemple d’une révolution intérieure pareille à celle que la France venait d’éprouver : elle n’avait qu’un seul principe ; c’était de* réformer les abus. Mais comme tout était abus dans cet empire , il jen résulta que tout fut changé. En déplaçant les*^ choses, on déplaça les honames; et la constitution fit disparaître ceux qui étaient sur la première, scène pour en amener de

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[de Lk RÉVOtDTlON PR^NÇ. 3 1 nouveaux. Lesplainteset les cris des premiers étaient fondés sur la perte de leur grandeur précédente. Ils ne considéraient pas qu’étant identifiés ' avec l’abus , la loi qui supprimait l’abus ne pouvait conserver la personne , ou que , si elle conservait la personne, il fallait qu'elle gardât aussi l’abus. Chaque corps avouait la nécessité de réformer les autres $ et prétendait ^étre respecté : mais lorsqu’ils se virent successivement attaqués, ils voulurent faire cause commune. Leurs combats néanmoins ne furent que des escarmouches , et leurs vengeances ou leurs intrigues partielles ne causaient que du désordre , et non un retour ,,de-> venu impraticable. En faisant le mal général sans profit pour eux, ils justifiaient eux-mêmes la révolution.

DE LA. RÉVOLUTION PRAKÇ. 3l7

queroute, et ses propres créanciers la poussaient à la banqueroute. Il est incontestable qu*elle aurait eu lieu sans les états - généraux, et ils maudissaient les états>généraux. Le clergé avait avancé qu’il n’avait que cent trente millions de revenu , et il se plaignait de la nation qui lui eu donnait cent soixante. Elle rembouiv sait plusieurs ^centaines de millions aux titulaires , et les titulaires regrettaient l’ancien régime , qui aurait fini par ne pas les rembourser, Qn échauffait les étrangers contre l’assemblée nationale , et celle-ci garantissait à plusieurs d’eux le capital et les intérêts d’une créance immense. Ils redemandaient tous l’ancien gouvernemei)t, qui les aurait incontestablement ruinés , si l’on eu excepte peut-être le clergé accou-

5l8 PRÉCIS HISTORIQUE

tunié à se tirer de partout. A la vérité, le roi de Prusse prédisait, il y a trente ans , que les prodigalités de la cour de France ramèneraient à prendre les biens du clergé pour payer les dettes du roi : mais aucun roi n'aurait' eu assez de puissance.

Cependant la France se présentait , aucc sectateurs et aux étrangers qui yi voyagaient sous une face bien différente de ce qu’ils l’avaient vue autrefois : tobt était changé. Celle cour si fastueuse était momentanément éclipsée , et le château de Versailles était abandonné. La multitude dés pensionnaires titrés qui assiégeaient le trône pour en épuiser le trésor avait disparu. Des jeunes gens , mbilié courtisans et moitié militaifès, avaient cédé la place à

d’obscurs plébéiens. Il n’y avait plus

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DE LA BÉVOLtxiON FRANÇ. 5l9

de pairs j plus de ducs , plus de marquis , plus de comtes ni de barons , et les titres étaient déjà devenus ridicules.

Les parlemens , ces tuteurs et revaux des rois , s’étaient évanouis ; on se souvenait à peine de leur existence , quoiqu’on entendît dire quelquefois qu’ils croyaient exister encore. Tous les autresoffîces de judicature étaient supprimés ; et cette nuée d’hommes de loi qui couvraient et dévoraient la France étaient rentrées dans la cüasse générale dés citoyens ; leur robe même n’existait plus. ^ .

Dans les provinces, les gouvër- ' neurs , les commandans , les états- , v majors , les inteiidans , les subdélé- ^

gbés, les présidons et les tribunaux d’élection J avaient - été supprimés :

520 PRÉCIS HISTORIQUE des administrateurs électifs les rem< plaçaient. Il n’y avait plus de maires „ en titre d’office ; plus d’échevins , de capitouls , de jurats , de consuls :

des municipaux électifs* avaient pris leur place : le nom seul de maire était resté. Les cours des aides , les chambres^ des comptes, les trésoriers , les généraux de finance , les chancelleries , les bureaux de fi-‘ nance avaient également disparu:

une comptabilité simple et générale avait été établie sur l’immensité de leurs débris. «

Ces vastes corps connus sous le nom à'états'provindauxyoxx les privilèges antiques des provinces réunies à l’empire étaient devenus le patrimoine d’un petit nombre d’individus ,* s’étaient fondus dans l’uniié nationale. Il n’y avait plus de pro-

DE LA BÉVOtDTTON FRANÇ. 3a I

vinces ; leurs noms même avaient été sacrifiés comme un préjugé ils sont dé)à oubliés , et nos enfans ne.

les étudieront que dans Thistoire.

L’atlas. de la Erance était devenu inutile , et sa géographie était changée. A la bigarrure confuse des bailliages , des sénéchaussées , des élections*, des généralités ,des diocèses ., des ressorts des parlemens, des gouveroemens militaires, et de tant d’enclaves bizarres qu’avait successivement entassées le chaos des droits, des privilèges , des langues, des coutumes, des peuples et desconquétes; à celle confusion , dont l’étude seule était une- vaste science , avait succédé une division simple et uniforme. La France était le royaume aux quatre-vingt-trois départemens; et la^Corse elle-même , séparée par

322 PHECIS HISTORtQtlE

sa langue et par la mer , semblait se rapprocher de Tempire pour s’incorporer avec lui. , ,

Dans l’église, un système égament simple avait porté à diminuer ’ le nombre des évéclîés , dont l’étendue était d’ailleurs inégale : il y en eut un par département. Les paroisses inutiles furent supprimées , et celles de secours furent augmentées. Cependant le casuel était aboli , d’après le sacrifice même des curés.

Les prêtres étaient tous pasteurs salariés. Les ecclésiastiques inutiles n’étaient plus. L’église avait des présbytères et des maisons pour les évêques et les curés; il n’y avait plus de palais , ni d’équipages , ni ' de titres fastueux.

Dans l’armëe , la paie des militaires 'était augmentée ; le soldat

DE hk EÉVOLUTION FRANÇ. 323

pouvait parvenir à tous lea grades sans exceptions : les oiiiciers n’avaient plus besoin que* des preuves de noblesse leur tinssent lieu de preuves de service : ,Ia discipline était appropriée aux nouvelles lois et aux nouvelles mœurs de l’empire ; les punitions, arbitraires et les peines avilissantes, étaient abolies, . le soldat était jugé par ses pairs:

J’avancçment et la- retraite étaient assurés à celui qui vieiUissait sous les drapeaux , ou qui était blessé pour la défense de la patrie. Le soldats ^devenu citoyen^, après en ; avoir pris le caractère, devait en -prendi'e les vertus.

Dans les campagnes , les citoyens -étaient affranchis de l’esclavage de la féodalité; ils étaient délivrés ^ la dîme, qui, dans la moitié du

Toyaiiine , donnait au clergé le tiei"»

du revenu net des productions de la terre, elle quartoii le cinquième dans une autre moitié ; de la gabelle , qui , en mettant un prix excessilà la plus vile des denrées, occasionnait tous les ans. une miilti-

tilde de supplices. La terre , la culture , les récoltes et les hommes étaient libres ; un code rural plein de sagesse mettait les propriétés sous la sauvegarde de la loi. Une justice facile , journalière et gratuite , terminait tous les diflerens ; ' l'administration et la répartition des contributions étaient sous les-yeux mêmes des contribuables , et ils pouvaient la surveiller. On voyait que l’assemblée nationale avait eu principalement pour but la félicité des campagnes , parce qu'elles sont les

DE I.A aévOLUTION FRANÇ. 5^5 nourricières de l’état , parce que la terre , qui crée et reproduit tous les ans , doit être libre et fécondée.

Aussi beaucoup de citoyens qui , par le changement opéré daus les mœurs, se détrompaient du bonheur de vivre dans les villes , revenaient aux sentimens de la nature , et se félicitaient d’aller habiter la campagne.

Enfin la surface de la France était couverte d’hommes annésdefusils, de canons , d’uniforme ; une foule de sociétés de citoyens s’assemblaient partout pour s’occuper de la chose publique et pour repousser les attaques locales auxquelles elle était exposée. Des tribunes dressées dans toutes les villes y répétaient sans cesse les accens de la liberté : ce n’était plus la France avilie aux A. C. ’ a8

3a6 PhÉClS HISTORIQBR yeux de l’Europe, opprimée par une longue chaîne de pouvoirs dont le premier chaînon était à la coof j c’était un peuple se débattant contre les anciennes lois , et courant embrasser l’autel de la nouvelle constitution.

Mais un grand combat était engagé entre l’ancien régime et le nouveau. D’un côté étaient la cour et les prii^ilégiés , et de l’autre la nation , chacun des deux reprochant à l’autre les efforts qu’il faisait pour remporter la victoire : la cour , adroite dans ses intrigues; les nobles, violens dans leurs mouvemens ; le clergé , perfide dans ses insinuations ; les privilégiés , déclamant contre les nouvelles lois ^ invoquaient le ciel, qu’ils disaient outragé ; le trône , qu’ils disaient avili ;

BE ti BÉVOLtJTION FRANÇ.

rantiquité des abus, quMIs appelaient la majesté des lois. Le peuple ; exalté dans ses passions , pénétrant dans ses conjectures , brusque dans ses mouvemens, prompt et quel’quçfois cruel dans ses vengeances^ employait les moyens qui sont au pouvoir de la multitude. Chacun se servait des armes qui lui étaient propres.

' Cependant la face du combat était éhangée depuis un an ; et au lieu que les privilégiés étaient alors sur la défensive , ils étaient maintenant assaillanst Dans ce nouveau genre de guerre ils avaient l’avantage des richesses , d’un reste de grandeur , d’unelongue habitude de l’intrigue, la facilité d’étendre leurs ressources dans toutes lès cours de l’Europe, ét cette espèce de supériorité propie

à celui qui attaque , et dont les desseins sont cachés. Le peuple avait sa masse de résistance contre laquelle tout se brisait ; ses brusques insurrections qui déconcertaient les complots près d'éclore, et la majorité de l’assemblée nationale qui dérangeait tout par un décret.

On peut Juger , par la résistance que faisaient les privilégiés , de l’immense pouvoir qu’ils avaient en France. Une coalition de deux cent mille hommes en arrêtait vingt-six millions, et la volonté générale était tenue en suspens par les intérêts particuliers. Dans l’armée , ils avaient presque tous les officiers , dont le privilège é^it ci-devant de commander à là roture ; dans l’église , le plus grand nombre des curés, imprégnés de l’esprit de corps et

DE Lk REVOtüTION FRA5Ç. 5^ soumis à leurs évêques nobles ; dans la finance , ceux qui prenaient à bail les revenus de l’état, etla multitude de leurs créatures ; dans les places de guerre, ceux qui avaient le commandement; dans plusieurs villes de commerce, les riches, dont là fortune leur pérmettàil autrefois de singer les grands qui daignaient les admettre avec éux ; ~dans la robe \ presque tous ceux qui avaient "été remboursés ; dans tout le royaumët ceux dont les places ou le caractère les portaient à mépriser le peuple (i). Chacun d’eux tâchait de gagner à son parti ceux des citoyens ‘sur lesquels son crédit ou les divers

« * t • ' • rf

(i) Les étrangers demandent souvent ce qu’on entend en France par AatsTocRATSs ; ce sont les hommes que je viens de citer. '

35f> PBÉCIS HISTORIQUE préjugés pouvaient lui donner quelque influence.

Ce fut de ces efforts des privilé-’ giés dans l’intérieur du ro5Wiiiie que naquirent plusieurs tentatives partielles contre la liberté , qui se terminèrent par l’effusion du sang; car on peut assurer que les privilégiés en ont fait verser, par leurs complots, infiniment plus que le peuple par ses vengeances. Les officiers s’efforcaient de diviser les sol- *

dats entre eux , ou de les opposer aux citoj^ens, ou de les indisposer contre l’autorité civile : ils pensaient que le despotisme militaire devait plaire à des hommes fiers des armes qui leur ont été confiées. Ils donnèrent des milliers de cartouches jaunes et infamantes à tous les sousofficiers. ou soldats dont le patrio-

DE LÀ BEVOLÜTION FKÀNÇ. 55 1 tisme les embarrassait , espérant mieux disposer à leur gré des autres.

D*un autre côté , les soldats , égarés par des insinuations exagérées , ou parleur haine contre leurs chefs ^ se livraient à Tindiscipline et chas> saient eux-mémes leurs officiers.

C^était surtout dans les provinces frontières que ces mouvemens avaient lieu , en Flandre , en Alsace, en Lorraine , en Roussillon , parce que le voisinage des émigrans exaltait ces deux passions contraires , le patriotisme des soldats et la fureur des officiers.

Les prêtres , de leur côté , continuaient à former entre eux cette ligne immense , la plus sôre , la plus forte et la plus facile de toutes 9 parce qiiUls ont aussi leur discipline, leur uniforme, leur tactique , leurs

352 PfiÉCIS HISTORIQUE

ruses de guerre , leur mot du guet; parce qu’ils tiennent les esprits par le, plus fort des préjugés, et que leurs troupes leur sont plus dévouées que des soldats ne le sont au général le plus puissant et le plus habile. Ils disaient au peuple que la religion était perdue. De là vinrent, dans les provinces méridionales , ces scènes tragiques qui retracèrent à nos yeux les horreurs des croisades.

Paris était le centre de tous ces ’mouvemens divers. L’assemblée nationale et la cour étaient conslamment en opposition ; et quoique le roi sanctionnât ou tard ou tôt les décrets , on n’ignorait pas les intentions et les intrigues de ceux qui le conseillaient. C’était de Parisque partaient les projets uniformes* qui se distribuaient dans les déparle-

Digilizca ;

DE LA KévOLDTIOÏT FBA5Ç.

mens. Les députés patriotes avaient' formé une société où ils discutaient,

àTavance les décrets de. rassemblée,

nationale. Ils s’assemblaient puxJa-, cobins<; et comme ils'X; a<^irent‘ ensuite des citoyens* de tous lès. pçr dres , afin déformer l’esprit. ppl^bc,,.

cette société eut la plus grande, influence , et une foule de sociétésdu.

royaume s’affilièrent à.e^ç. Le^ppri-?^ vilégiés , ! de leur ( côté aussi des sociétés, tantôt xïoixiA'im'partiauX i, mais ! j^njt ^la> politilC|ue inactive .était une ^érit^h^ partialité , puisqu’eülô point avancer'^ tantôt' spus le nom^ de ’ctuh.nwnarc^ique. .€eu^, plus découverts , ne cachaient point; leur haine ;lenpm du roi fetir .serya|tr de prétexte, et Ils ne mirent; de hi finesse dans leur conduite que lors^

534 pa^is msîORiQTJE qu’ils ouvrirent , des bureaux pour donner le pain 'à un -sou*' Mais le peuple connut le pi^go et né voulut pas de iéur'^ain. Ils s’en vengèrent eW aiipeiant lèS- jacobins régicides :

iîf^péniaîlérlt fjit’rtn i‘ôî qui n’est pas desiiotë est<Wit''rèl'llïOrt/- r ^ ,

*£iC ‘^liâlèlét^;! vivait encore, éfkît ’tihé' déSf grandes espérances de cë ’pclrtil IldVaifcëté chargé , comme nbdfeTètŸdtis'dit pâr l’assemblée natîbnalé^ d’informer contre les délits Cbmtnisle^octobre 1 789 au château drW^i^èartllés’. «ous^ prétexte dé fecliél^ ferles circonstances et dépend'dîideS’, lé Ghâtélét s’attacha à insihhèr que M. d’Orléans et M. de Mirabeau avaient voulu faire assassiner la reine; et 'il’ rassembla toutes les indîcatlbhS^qu’il lui fut possible de reéü'eillir pour arriver à son but. Il

DE LÀ nÉVOEVTlOK FRANÇ. * 395 reçut les. dépositions des membres du côté droit de rassemblée contre des membres du côté« gauche ; et , -prenant toute la latUude que lui donnait la facilité d^informer, il re> 'cueillit une niultitudede dépositions rapprochées avec, assez d’art, pour offrir aux esprits inatteotifs un fantôme de complot contre la cour.

Il en fit grand bruit à l’avance, dans r^poir d’intimiderles patriotes de rassemblées qui d’ailleurs étaient -disposés à sacrifier ceux d’entre eux qui auraient été coupables.

• Mais celte intrigue du Châtelet tourna contre ceux-mêmes qui l’a- •V aient ourdie : il concluait par décréter quelques personnes; il disait à l’assemblée nationale : Le voilà donc connu ce secret plein d’horreur! les coupables sont assis entre

S36 PRÉCfS^HISTORIQVB

VOUS. Et il lui demandait si l’inviolabilité des députés défendait toute poursuite contre M. d’Orléans et M.

de Mirabeau. Les orateurs qui parlèrent en cette occasion déclarèrent que chaque membre aurait horreur d’un pareil droit. .

Cependant la procédure dn‘ Châtelet lut imprimée : tous les citoyens la lurent ; et leur surprise fut égale à leur indignation. L’instruction fut jugée par le public avant que l’assemblée nationale pût s’en occuper.

Il disait que le Châtelet , en informant contre la journés du 5 , tandis qu’on l’avait chargé d’informer contre celle du 6 , informait contre tout Paris , qui s’était porté à Versailles; qu’il faisait le procès à la révolution, et que son intention était de la déshonorer ; qu’il voulait présenter le

DE JLâ EéVOLtJTlOH FRANÇ. 53^

mouvement généreux d’une capitale indignée de ce qu’on voulait emmener le roi à Metz comme une révolte et un assassinat dirigés par des membres distingués de l’assemblée nationale ; qu’il cherchait à tromper le roi , à apitoyer l’Europe sur son sort en le représentant comme près d’être détrôné par M'. d’Orléans; que c'était là Cc que répandaient partout le parti des émigrans et les privilégiés ; que le Châtelet , maître de faire les recherches dans le sens qu’il lui plaisait , n’avait entendu que les dépositions qu’il croyait pouvoir aller à son but ; qu’il en avait recueilli surtout parmi ceux des députés qui étaient dans le parti de la cour ; qu’il avait écarté des dépositions qui auraient contrarié ses vues; que 9 malgré cet artifice et

55^ PEÉCIS HISTORIQUE

les trois cents qiialre-vingt-liuit témoin'squ’ilavaitpréféré d’entendre , il ne résultait rien contre MiM. d’Orléans et Mirabeau ; qu’il s’était bien gardé de faire des. recherches sur l’orgie de Versailles et la cocarde blanche, véritables causes de l’insurr,ecfcion de Paris, ni sur les mains perfides qui avaient préparé la famine aux Parisiens , ni sur le projet d’enlever le roi à Metz pour décider la guerre civile ; que c’étaient là les crimes de lèse-nalion ( qu’un tribunal impartial aurait dû pour- ..suivre.

Celte procédure , imprimée et répandue partout, servit à persuader qu’il n’y avait point eu de complot, contre la famille royale , puisque , malgré tSint d’artifices , le Châtelet n’avait pu en découvrir. Et lorsque

le rapport, en fut fait à rassemblée nationale^ elle déclara qii’il n’y avait pas lieu à accusation contre M. d’Orléans et M. de Mirabeau. - Tout ie monde applaudit à cés terribles paroles du dernier : « Oui ,■ le secret Œ de cette infernale procédure est « enfin découvert ; il est là tout en- « lier ( désignant, le côté droit de l’assemblée , où siégeaient les amis des privilégiés ); «t il est dans l’in- « tcntion de ceux qui ,ônt cru trom « ver une occasion de signaler leurs « affreux ressentimens ; il est dans « l’iniquité des juges qui se sont a rendus coupables de ce dessein;

il est là tout entier tel qu’il sera « buriné dans l’hîstoSre par la plus « juste et la plus implacable ven-.

« geance. » Après le jugement de cette affaire, il n*en fut plus ques-

34o rnécis iiiSTORiQtE lion , et ce nouveau complot s’évanouit en fumée comme les autres.

Tandis que les privilégiés employaient au-dedans tous les moyens qui étaient en leur pouvoir pour diviser la France , ils en ménageaient au- dehors pour l’attaquer. Ils comptaient sur l’indiscipline des troupes, sur les intelligences ou la défection de leurs chefs , sur la bonne volonté de quelques directoires et de quelques municipalités, sur le rassemblement de tous les gentilshommes en des lieux convenus , sur les intelligences avec les bureaux des ministres, sur les mouvemens fanatiques de quelques villages, sur des enrôleniens qu’on faisait à Paris et dans tout le royaume, sur des préparatifs faits à Metz et dans les environs pour donner la main aux

. DE i.À RÉVOLUTION PRANÇ. 34 1

ti OMpes de l’empereur et à celles du roi de Prusse.

Au-dehors , tous les cabinets de l’£urope étaient sollicités de réuuii^ leurs forces contre la France. Ces propositions y étaient bien accueillies, soit que le mot de Uhetté déplaise naturellement dans toutes les cours , soit qu’elles crussent faire une chose agréalde au roi des Français, soit qu’elles y trouvassent l’avantage présent et futur d’empécher la France de s’élever à de plus heureuses destinées ; car c’est une fausse politique des cabinets modernes, toujours en guerre entre eux , de ne se croire puissans qu’autant que les autres peuples sont faibles : le mal d’autrui fait leur bien. Nos ambassadeurs aidaient à cette intrigud ; l’or de la France^ qui les payait tpu-

043 FAEGIS HISTORIQUE

jours avec grandeur , servait à lui préparer la guerre. Les princes et ^ les pensionnés fugitifs étaient payés avec régularité , et ils recevaient plusieurs millions.

Xe vertige féodal avait passé dans la plupart des têtes nobles de l’Europe ; et cette maladie française était plus réelle et plus contagieuse que lé mal démocratique dont on accusait la nation. Les livres et les journaux des deux partis se répandaient, il est vrai, dans tous lespays, ipais avec cette différence , que les cours ne donnaient un libre accès qu’à ceux qui favorrsaieiit leurs idées. Les éndg^ans , parlant seuls , étaient seuls entendus ; mais leUr présence , en donnant à penser aux peuples étrangers qui les écoutaient, redoublait l’inquiétude des forts et

DE LA RÉVOIÜTION FHANÇ. 343

(les puissaus du pays : elle leur faisait croire a la nécessité de la ligue, qu'ils s'imaginaient faussement devoir les préserver eux-mémes.* Messagers aveugles de la liberté , des émigrans en transplantaient les germes sans le savoir , comme les vents orageux du - midi transportent les semences des plantes bienfaisantes dans les, climats qui en étaient privés. Le fameux équilibre de l’Europe semblait près de se désorganiser complètement; et , au lieu que tous les rois se réunissaient autrefois contre l'état le plus fort , aujourd'hui ils^se ralliaient tous contre celui qui leur'paraissait le plus faible. En affermissant le roi des Français sur un trône despotique , ils se croyaient sûrs de mettre la France hors d'état de leur faire ombrage, quels que

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