XLII
Pour le dire en passant , c’e^t une coalition îiien remarquable que le projet concerté de restreindre les imprimeries en Europe. Mais le temps approebe où vous^aurcr. une presse pour vingt-cinq louis , où , au lieu d’un secrét;iire, vous prciulrcz un garçon imprimeur. Alors la liberté des presses existera, comme nous avons toujours eu la liberté des écritoircs.
Î1 a paru en France un de ces liou.mc? qui savent s’élancer du présent daus l’ave-
nïr : il a annoncé que le temps viendrait où tous les peuples n’en feraient qu'un , et où les haines nalionalcs finiraient : il a prédit la république des hommes et la nation unique : il s’est fièrement appelé L’oBATSua ' oe GBNKB HUMAIN , et a dit que tous les peuples de la terre étaient ses commcttans : i]
■ a prévu queMa déclaration des droits, passée d’Amérique en France, serait un jour la théologie sociale des hommes cl la morale ' dt’s familles humaines , vulgairement appelées NATIONS. Il était Prussien et'nobic, et il s‘esl fait homme. Quelques-uns lui ont 'dit qu’il était visionnaire. Il a répondu par ces paroles d’un écrivain philosophe : « On «I ferait un volume de fausses maximes ac- *€ créditées dans le monde ; on y vit sur un « petit fonds de principes dont fort peu de « gens SC sont avisés de reculer Ic.s bornes.
« Quelqu’un ose-t-il prendre l’es.sor et voir « au delà,. il effraie ; c’est un esprit dange- « reuxjlc’en est tout au moins un bizarre. »
• XLIY.
Lorsque les Espagnols inquisiteurs dé* couvrirent TAniérique, ils ne s’attendaient pas que le genre humain y retrouvrerait ses droits. Lorsque les fanatiques croisés pri* rent Constantinople, ils ne s’attendaient pas que l’Europe y -puiserait les lumières qui ont rendu les croisades ridicules. Lorsque Léon X dressait le premier théâtre à Borne, ^ il ne s’attendait pas que les théâtres ranimeraient la philosophie. Lorsque les papes accueillirent l’imprimerie , ils ne 's’attendaient pas qu’elle détruirait leur puissance. Lorsque les Arabes chassèrent le valet de chameaux qui osait dire qu’il n’y a qu’un Dieu, ils ne s’attendaient pas que celte hégire ou fuite deviendrait une des plus mémorables époques de | l’histoire. Une vérité est comme lous‘les autres germes de la nature, qui renferment enoin point imperceptible des germes de germes à l’infini.
44> R£FLEX10If«
L’éqoilibre de TEurope était un communccmeot de civilisation et un essai grossier de droit public. Les barbares détruisirent; puis Ils se logèrent ; puis ils se battirent entre eux. Il se forma ensuite des rois puis* sans f et les guerres curent plus de consistance. Ou inventa ensuite les troupes réglées et les ambassadeurs : de là naquirent la diplomatie et l’équilibre. C’est, en peu de mots rhistoit)c de quatorze siècles. Quelqu^up oserait-il dire que ce sont là les bornes, de l’esprit humain F
XLVÏ.
Les peuples sont aux peuples ce qu’un homme est à un homme^ des frères qui ont des droits et des devoirs réciproques. La déclaration des droits des nations est la même ^que la déclaration des droits de l’homme :
LIBBRTiy SCBBTK , radpjUKTÂ , KGlLITé’, ST
bAsistauce a L’oppBB8Si(»f ; r<Hlà le droit .public. Cette vérité est prématurée, mais c'est Doe vérité. La France a fait la con- ' stitution d'ûn peuple : par les mêmes principes , on fera un jour la constitution des peuples.
Celui qui dit quc-les nations et les gouvernemens duivept avoir une autre morale que les individus calomnie l’humanité et fait
preuve d’ignoranoe et d’ineptie.
L’esprit humain est perfectible à l’infini :
, pourquoi voudrait-on qu’il ne le fût pas en politique ? Qu’on observe que • l’bistoirc écrite des sociétés humaines en Occident ne remonte pas à trois mille ans, ce qui ne fait pas cent générations ; que la civilisation d’Europe, àltbmpter de Charlemagne, n’en a que mille , ou trente générations ; que la renaissance des lettres n’a pas deux cent cinquante ans de date^ que la philosophie .
/|44 HÉFIiEXIONS
n’en a pas cinquante ; que la raison avance lentement et à.'pas inégaux, comme ua homme fait peu de chemin , et se croit sou-^ vent arrêté dans la pressé d’une grande foule. JVe dites donc pad que nous sommes arrivés au dernier terme de la raison humaine.
Si la nation avait voulu être déloyale envers les princes possession nés , elle leur au*
rait conservé leurs' droits ; car, leurs vassaux «
s’estimant malheureux en comparaison de leurs voisins, leurs terres auraient été bientôt désertes; ils. auraient été obligés de les vendre :>un cabinet bien jpolitique n’y aurait pas manqué. Mais une nation est franche et ne ruse pas. Elle leur a offert loyalement des indemnités : et ^||la grandeur
d’âme est une, faute , la nation en a commis • ♦
une ; et l’on sait que ce ne serait pas la seule
«lans ce genre. Mais la générosité sera dé*
sermais la vertu nationale : elle trionnpliera de tout , même de Tastucc diplomatique , qu*on a déguisée sous le nom de politiqob.
La France lit, dans le traité de Westphalie , <■ que , du consentement , conseil
■ et volonté des électeurs , des princes et « des états de l’Empire , on est demeuré
■ d’accord que ( les lieux cédés par l’Em*
« pire à la France én Alsacé ) appartiendront « dorénavant et à perpétuité au roi très*
« chrétien et à la couronne de France , c avec toute sorte de .juridiction et ',sodvb-
• BAinsTÉ/sans que l’empereur » l’Empire c et la maison d’Autriche ni aucune autre « y puisse apporter aucune contradiction ;
c qu’ils établissent la couronne de France .
• en une PLEina et juste soüvbhainbtk , "pro- « priété et possession sur eux , renonçant à O perpétuité à tous droits et prétentions Q qu’ils y avaient : qdb lbsditbs seigbkubibs
44(î RÉFLEXIONS
a ET DBOITS SEEOIYT BAYES DE LA MATBICCLE DB
a l’eueibe. p La France lit cela et croit que la souveraineté de l’Alsace lui appartient. Mais l’empereur se rabat sur l’article xlviii, relatif à quelques seigneuries particulières , et qui , par une conlradictipn fondée sur un jeu de mots, maintient la France dans la soüVEBAiNBTÉ, et conscrve^ à l’Empire l’imuédiateté. Et l’on se battTa pour ces pitoyables équivoques 1 Et les rois ressembleront àdes théologiens qui font 'couler des torrens de sang pour des énigmes ! Et les peuples se feront égorger pour les soutenir ! Une équivoque de mauvaise foi, une traîtrise diplomatique , réservée dans une ligne d’un grand traité contre l’esprit et le texte de ce traité, mettrait toute l’Europe en feu 1 Maîtres du monde,, si ç’estDieu qui vous en a donné l’empire , eslrçc pour couvrir vos domaines de sang humain? Si vous le devez aux peuples, est -ce pour les faire égor-
Si l’Alsace est un fîéf de l'Empire ^ le roi des Français avait droit de siéger à la diète : s’il n’a pas le droit de siéger à la diète » l’Alsace n’est pas Gcf de l’Empire.-
Il y a en Europe une féodalité spirituelle; un esprit supérieur et môme divin en est le ‘ roi suzerain; il a le scprkmcm BOMimuM : des esprits inférieurs relèvent de lui : ceux-ci tiennent en ilcf des mouvances spirituelles inférieures; tous les esprits roturiers sont vassaux et attachés à la glèbe spirituelle sous ic nom de laïques. Les vassaux prêtent , serment d’une obéissance implicite ; ' leur ■ servage , c’est le sacrifice de leurs pensées. Les seigneurs ont droit de haute iusfice sur les âmes ; leurs châteaux sont des églises , ^ leurs girouettes sont des, croix « leurs étendards sont des bannières. Cet ordre spirituel
avait jadis une grande puissance temporelle. ' ^