‹ Précis historique des opérations de l'armée de Lyon en 1814Chapitre 12 sur 40 · CHAPITRE rV · texte numérisé non relu

CHAPITRE rV

Opérations du comte de Bobna, sa marche de Bourg sur Lyon. — Musnier se replie sur Meximieux, Montluel et Lyon. — Le duc de Castiglione part pour Valence, et Chaptal pour Glermont. — Mollesse des Aulricliiens. — Un petit corps de troupes envoyé par Augereau arrive à Lyon. — L'ennemi se relire au château et sur les hauteurs de la Pape, après avoir essayé en vain de parlementer avec ie général Musnier d'abord, et l'autorité civile en second lieu. — Lyon est sauvé momentanément. — Coup d'oeil sur la position du général de la Roche, en avant de Chamoéry.— Le Dauphiné est menacé par la brigade du général autrichien Zeischmesler. — Le comte de Saint- Val lier, par un décret, remplace le baron de la Roche par le comte Marchand. — Un conseil de guerre décide que Grend)le n*élant pas en état de défense, le matériel que renferme cette place sera évacué sur Valence et les Hautes-Alpes.

Le petit corps de troupes françaises qui, le H janvier, avaient dû se replier devant les forces trop considérables déployées en avant de Bourg, s'était concentré le même jour à Meximieux. Il se composait de neuf cents hommes d'infanterie et cent cinquante de cavalerie. Il avait, pendant sa marche, rallié tous les détachements épars, et s'était renforcé d'une centaine de volontaires ayant à leur tête le préfet de l'Ain.

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C'était une bien faible colonne pour lutter contre la nombreuse division autrichienne du comte de Bubna, et il n'est pas douteux que si ce dernier eût osé mo'ntrer un peu de vigueur, nos troupes auraient été facilement culbutées. Mais Fennemi, comme nous l'avons fait remarquer déjà, semblait presque étonné de se trouver sur le sol de Ik France. Il ne s'y avançait qu'avec hésitation. On eût dit qu'il tremblait de voir à chaque instant la terre s'entr' ouvrir sous ses pas pour l'engloutir.

Cène fut que le lendemain 12, à la pointe du jour, que l'avant-garde autrichienne, composée en grande partie de catatcrie iégère, sortit de Bourg pour se porter en avant par les deux routes de Pont-d'Ain et Chalamont. Le général baron Musnier quitta Lyon le même jour dans l'après-midi, et arriva de son côté à Meximieux, point de jonction des routes de Bourg, Pont-d'Ain et Genève, sur le département du Rhône (1). Ilam^iait avec lui deux cents hommes de la nouvelle légion lyonnaise, cent de la garde départementale et deux fnèces de 4 fort mal organisées.

Son intention avait été d'abord de tenir dans cette position de Meximieux , bien qu'elle fût dominée et mauvaise; mais, ayant reçu l'avis positif que des hussards autrichiens avaient pu traverser sans coup férir la Saône, à Mâcon, sur le pont de cette ville, et pensant

(1) 11 est indispensable, pour l'intelligence des mouvements des tronpes françaises et autrichiennes autour de Bourg, de Lyon, de Chambéry, etc., d'avoir sous les yeux une bonne carte bien détaillée, comme celle, par exemple, du dépôt de la guerre, qui s'achève en ce moment sous la direction da général Pelet.

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que le comte de Bubna, maître de la route de Yj^itefrandie, powfrait déboucher brusquement sur §es 4eriûàres et Le couper de sa ligae de retraite , il ju 'hérita plus à se rapprocher de Lyon.

En conséquence, le 13, il occupa Miribel, distaat des faubourgs de la ville de deux lieues.

Cette nouvelle position, dominant le Rhônei, jtommandait en -outre la route que dexait suivre Teganeflai fMHir nous .aborder de front; elle eiit été excellente pour nos troupes, si la crainte .d -être pris à revers par un fe<M*ps marchant sur la rive gauche de la Saône n'eût inquiûtécoatinuellementle géjaéraJ Musnier^ fort peu coufiant dans les cinq cents .gaixles nationaux jetés sur 1^ roJite de ViUefranche et commandés par le colonel P.ellion. Il résolut néanmoins de tenir là le plus loogte^ip^ possible et d'y attendre rarrivée prochaine du djij^c de Gastiglione.

Dans la journée du 1 4 il apprit que les AutrichiQU^, ayant dépassé Ghâtillon, s'avan^ieot sur lui, mardtt^ut en trois colonnes, dont la principale, celle du centre;, forte en cavalerie et en artillerie, tenait la route de Meximieux et XoiiMluel. Lesoir de ce même jour, on smp^ nonça enfin Feutrée à Lyon d'Augereau, attendu fis^r tout le inonde comme le Messie. Le maréqhal ne &A ^pas loédiocrement surpris, en mettant le pied dans h ville, de trouver les choses dans l'état désespéré où elles étaient. D'après ce qu'on lui avait .dit et écrij Ictrs de son départ, il comptait voir le général Musnier àila tête d'un petit corps de six à sept nulle hommes de ^CMtes armes bieii organisé, et capable de former le jioyau

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d'une armée véritable. En apprenant qu'il n'y avait en avant de Lyon que onze à douze cents conscrits découragés, il entra dans une violente colère et considéra la seconde ville de l'empire comme perdue. Malgré cela il prit l'énergique résolution de tenter tout ce cpii était humainement possible pour la sauver, et il réunit surle-champ auprès de lui le commissaire extraordinaire comte de Chanteloup , le général baron Musnier, le préfet comte de Bondy, et le maire, M. d'Albon, pour aviser aux moyens de faire face aux événements.

De leur côté, les habitants de Lyon, qui s'attendaient à voir Augereau suivi d'une armée assez forte pour les délivrer de l'ennemi, furent stupéfaits en apprenant qu'il n'amenait aucune troupe et qu'il arrivait seul dans leurs murs. Cette nouvelle mit le comble au découragement général. Les propriétaires qui n'avaient pas abandonné leurs maisons ne songèrent plus qu'à les défendre contre les vingt-cinq mille ouvriers jetés sans pain sur le pavé des rues depuis la fermeture des ateliers, et dont les figures sinistres étaient bien propres à porter l'effroi au cœur de citoyens paisibles. Nul ne chercha même à déguiser l'intention où il était de ne s'opposer en rien à l'entrée de l'ennemi, et les proclamations, les arrêtés, les mesures de toute espèce, tentées par les autorités militaires ou civiles, pour ramener le courage des Lyonnais, restèrent sans eflFet.

L'avant-garde autrichienne, cependant, s'approchait de Miribel. Elle occupait Montluel aune lieue des avantpostes français, poussait des reconnaissances jusque sur nos grand'-gardes et ne semblait plus attendre pour

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attaquer que d'être soutenue par le gros de la division. Le comte de Bubna était maître du passage des Rousses, du château de Belley, et ses troupes pouvaient marcher sur Lyon par les deux rives du Rhône et la rive gauche de la Saône.

Le moment était des plus critiques.

Tout devait faire présumer que le lendemain 15, la ville serait assaillie de tous côtés et sans doute prise; car le général Musnier ne se dissimulait pas qu'il ne pourraitse maintenir longtemps en face des Autrichiens, et il en vint à craindre, en restant à Miribel, de les voir pénétrer pêle-mêle avec ses troupes dans les rues de Lyon, s'il était délogé de vive force. En outre il ne se dissimulait pas que si sa petite colonne était coupée de la route de Saint-Étienne, c'en était fait de cette ville et de sa magnifique fabrique d'où l'armée française tirait en partie ses armes et ses munitions. Cette perspective était effrayante.

Le duc de Castiglione s'empressa d'écrire au ministre de la guerre pour lui donner connaissance du danger, lui témoigner son étonuement de n'avoir trouvé à Lyon aucune force réelle, et il termina sa lettre en lui disant : « La vérité n'est qu'une, et Votre Altesse « n'ignore point que je ne sais pas la*déguiser. Qu'elle « regarde donc Lyon comme pris si les mille à douze « cents hommes qui couvrent une partie de ses abords « sont poussés avec un peu de vigueur u

Lorsqu'on réfléchit à une situation aussi extraordinaire pour une place de l'importance de Lyon, lorsqu'on pense à un dénuement semblable, on est prêt à

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révoquer en doute la vérité des rapports écrits à cette époque. Mais ils s'accordent tous si bien à présenter les choses de la même manière, qu'on est forcé de se rendre à révidetïce, et qu'on ne peut que déplorer l'incurie qui s'était introduite dans la haute administration de la guerre.

Il fut décidé dans le conseil réuni par Augereau : i^ Que le maréchal se rendrait immédiatement à Valence, pour tâcher d'y organiser les dépôts qui s'y trouvaient, diriger sur Lyon les bataillons qui devaient arriver dans le département de la Drôme, les 17 et 18, et faire partir en poste tout ce qu'il pourrait réunir de troupe de ligne ou de gardes nationales ; 2^ que Ghaptal irait à Glermont dans le même but ; 3** que le préfet serait investi des pleins pouvoirs délégués par l'empereur au commissaire extraordinaire, et s'entendrait avec le mdre pour seconder les efforts du général Musnier ; 4** que ce dernier se maintiendrait le plus longtemps possible à Lyon, en occupant la position qu'il jugefait la plus favorable, et se replierait sur Glermont, s'il était contraint d'abandonner la ville.

Ces mesures furent à l'instant même mises à exécution.

Le 15, dès le matin, le général Musnier, réfléchissant au danger de rester plus longtemps à Miribel, l'abandonna pour se porter en avant du faubourg de Vaise. Il pensait avec raison que, tel rapproché que Miribel fût de Lyon, il lui serait impossible de s'y maintenir avec une poignée de monde, et qu'alors il serait contraint de se retirer avec des soldats sarts expérience et

DES OPÉRATIOKS W& l' ARMÉE DE LYON. 87

démoraKsés^ pour effectua sa retraite à travers une ^ilfo immense, poursuivi par un ennemi supérieur en nom* bre et surtout en cavalerie. II était de plus tourmenté par la crainte perpétuelle que le comte de Bubna, mat-* . tre de Màcon, ne prescrivit à une partie de ses troupes de filer par la route de Villefranche pour le prendre à revers. Le cas échéant, que deviendraient, se disait-il, quelques centaines d'hommes excédés de fatigue par des «Jertes continuelles, des bivouacs sans abri par un. temps affreux, et qui, cédant au découragement général, abreuvés de dégoût, étaient décimés par la maladie et la désertion ? Au faubourg de Yaise, au contraire, il ne pouvait être tourné par la route de Villefranche, et il se trouvait toujours en mesure de prendre le parti le plus convenable, en raison du plus ou moins de forces que déploierait l'ennemi.

Les journées du 15 et du 16 se passèrent sans au* cune tentative de la part des Autrichiens; ils se renforcèrent du côté de Meximieux, mais ne firent aucune démonstration.

Le 17, cinq mille hommes et vingt pièces de campagne occupèrent cette position, et le comte de Bubna porta son quartier-général à MonteiUier. Il envoya au général baron Musnier un parlementaire chargé de lui remettre à lui-même une dépêche importante. Musnier refusa de le recevoir.

Ainsi donc Bubna, au lieu d'agir, cherchait à parlementer ; les Autrichiens avaient mis sept grands jours (du 11 au 17) pour franchir les quelques lieues qui séparent Bourg de Montluel, et cela sans avoir été retardés

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un seul instant dans leur marche par des combats ou des démonstrations de défense (1) ! Quarante-huit heures encore et l'occasion de s'emparer de la seconde ville de l'empire était perdue pour eux. Le 17, en effet, le duc de Castiglione dirigeait de Valence un premier renfort. Il fallait que le général ennemi crût devoir mettre dans ses mouvements une singulière prudence, pour marcher avec autant de circonspection. Il est impossible de ne pas blâmer une lenteur qui allait être si préjudiciable aux intérêts de l'armée coalisée, et qui aiyraît pu changer les destinées de la France, si, un mois plus tard, le duc de Castiglione avait déployé l'énergie qu'il montrait alors. Mais n'anticipons pas sur les événements.

Le 18, au matin, le général Musnier reçut du maréchal Augereau l'avis du départ de Valence de mille hommes d'infanterie, deux cents de cavalerie et deux pièces de canon. Il s'empressa de répandre par toute la ville cette bonne nouvelle, et voyant qu'elle paraissait produire un moment d'enthousiasme chez les habitants, il voulut tâcher d'en profiter pour les déterminer à prendre les armes et à se joindre à son petit corps de troupes. Beaucoup d'entre eux allaient criant par les rues qu'ils étaient prêts à marcher à l'ennemi; mal-

(1) Le général Vaudoncourt ^page 21 8), prétend que les inondations avaieni empêché le comte de Bubna de déboucher sur Lyon par la route de Heidmieux. Nous n'avons va ce fait consigné dans aucun des rapports détaillés envoyés chaque jour par Chaptal, Musnier et Poucet, et nous sommes d'autant plus disposés k le croire iuexact, que le récit de cet auteur militaire, relativement a la tentative des Autrichiens sur Lyon, est eu dissidence com« plëte avec tous les documents officiels.

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heureusement , c'étaient précisément ceux qui n'avaient pas d'armes. Les Lyonnais auxquels la municipalité en avait distribué, pour la plupart propriétaires et chefs de famille, ne se présentèrent pas, déclarant qu'ils ne voulaient que protéger leurs biens contre l'avidité de la populace, et qu'ils ne marcheraient pas tant qu'ils n'auraient point devant eux cinq à six mille hommes de bonnes troupes de ligne et de l'arlillerie.

Le général Musnicr n'obtint donc aucun secours de ce côté, pas plus ce jour là que les précédents*

Il se trouvait de sa personne à la municipalité avec le préfet et le maire, quand, sur les trois heures de l'aprèsmidi, on vint le prévenir qu'une colonne d'attaque de six à sept cents fantassins et deux cents chevaux ennemis se présentait à l'entrée du faubourg de Bresse. Trois coupures retranchées faites la veille et garnies d'un piquet d'une centainesd' hommes couvraient les approches de ce faubourg. Le^ habitants avaient promis de soutenir au besoin ce détachement. Les Autrichiens l'abordèrent de front, mais sans beaucoup de vigueur, et la position eût été conservée par nos soldats, si des ouvriers. Allemands de naissance, qui habitaient Lyon et avaient des intelligences dans le camp ennemi, ne s'étaient offerts pour servir de guides à une colonne de la division Bubna, et n'avaient mené les Autrichiens à travers des chemins réputés impraticables jusque vers la gorge des retranchements. 11 fallut en abandonner deux ainsi que le faubourg, et se retirer jusqu'à la barrière de Saint- Clair. ConteiUde ce léger succès dû à la trahison, l'en-

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nemi ne poussa pas ses attaques; il parut même craindre de se compromettre en restant aussi près de nos avants-postes, car, à l'entrée de la nuit, il se relira sur les hauteurs voisines de la Croix-Rousse, se bornant à tenir quelques maisons intermédiaires. Le général Musmer profita , dès le point du jour du 19, de ce mouvement rétrograde pour faire occuper le fauboufg par la moitié de son infanterie. Il ne perdit pas un seul instant pour se retrancher fortement et faire déblayer la pre* mière des trois coupures comblée la veille par lés Autrichiens. Ces derniers, au nombre de raille à douze cents hommes d'infanterie et deux cents chevaux environ, passèrent une partie de la journée du 19 à nous obseï^ ver; cependant ils se décidèrent, sur les deux heures, à attaquer notre position , mais ils ne purent nous en déloger et regagnèrent la leur.

A quatre heures de l'après-midi, un officier des hussards de Lichteinsten, envoyé en parlementaire par le comte de Bubna, se présenta à nos avant-postes , demandant à être conduit près du maire de Lyon, pour lequel il avait une lettre. Le commandant des avant-^ postes français, conformément à ses instructions, le retint auprès de lui, et envoya la lettre dont il était porteur au général Musnicr, qui, après l'avoir lue, la renvoya au comte de Bubna, en lui faisant dire qu'il devait s'adresser au commandant des troupes et non aux autorités civiles,.avec lesquelles il ne pouvait avoir aucune communication (I).

(1) Voici ceUe lettre du comte de Bubna.

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Cette réponse fit croire au général autrichien que le maire ayait reçu son message et Fanait remis au baron MwBier, tandis que le dernier seul en airait eu connaissance. Si Ton examine la manière d'agir des Autrichiens depuis k 1 1 9 jour oii ils entrèrent dans la ville de Bourgs oh est étonné de voir leur mollesse et les fautes qu'ils aeeiuDolèr^it les unes sur les autres. Elles parurent telles an duc de Gastiglione, qu'il en conclut que le comte de Bubna n'avait voulu faire sur Lyon qu'une sTisf^e démonstration, pour attirer de ce côté notre atte^ion et favoriser l'attaque tentée avec succès sur Cbaœbéry par ta brigade de Genève. Mais il n'en était rien : Bubna^ en marchant sur Lyon, avait l'intention de 8'en emparer; seulement il n'avait osé, en face de ceitetille^ brusquer le dénouement. Il savait qu'elle n'était défendue que par une poignée de conscrits qu'il croyait incapables d'une résistance un peu prolongée. On lui avait affirmé que les habitants le recevraient à bras ouverts. En conséquence , il avait voulu pariementer. d'abord avec Musnier. Ses ouvertures n'ayant pas même été accueillies de ce côté, il avait essayé d'enlever le dernier des trois retranchements des fauboui^; voyant que là encore il avait échoué, il s'était décidé à

Monsieur le Muire ,

Je désire atoir l'booiiear de vous parler et vous prie de vous rendre à mes avant-postes. Les sauf-conduits vous attendent.

Agréez, Monsieur le Maire, etc.

Le général conimandnnl les troupes autrichiennes,

Bubna.

Miribel, ce 19 janvier 1814.

Sfi PRÉCIS UISTORIQDB

faire des propositions à l'autorité civile ; mais comme le message qu'il adressait au maire fut apporté à Musnier, et que ce dernier lui fit répondre de manière à lui persuader que le premier magistrat de Lyon avait reçu sa lettre et l'avait remise à l'autorité militaire, il montra beaucoup d'humeur, s'écria qu'on l'avait trompé sur les dispositions des habitants, et fut fort embarrassé de ce qui lui restait à faire (1). Telle était la clé de sa conduite. Son hésitation s'accrut dans la soirée, lorsqu'il apprit l'entrée dans les murs de la ville d'un renfort assez considérable de troupes fraîches. En effet, pendant la nuit du 19 au 20 janvier, trois compagnies du 16® de ligne et trois du 145®, en tout sept cents hommes, une pièce de canon et un obusier, arrivèrent en poste de Valence. Les Lyonnais, que commençait à rassurer l'incertitude de l'ennemi, reprirent courage à la vue des forces qu'on leur envoyait, et qu'on annonçait devoir être suivies le lendemain d'un nouveau délâchement. Nos soldais furent reçus avec de grandes démonstrations de joie, les rues par lesquelles ils passèrent se remplirent en un instant d'une foule considérable. La ville parut illuminée et Tespérance succéda

(1) Lef»itdes deux parlemcotaires envoyés par le comte de Buboa, Vun au général Musnier, l'autre au maire de Lyon, est raconté d*une manière complètement inexacte dans Vouvrage du général Yaudoncourt. Aucun pariemcntaire, ainsi qu'il Taftirme, ne fut introduit dans la ^ille et ne faillit devenir victime de Tindignatiou des Lyonnais, qui, au dire de cet auteur militaire, auraient forlmal accueilli l'ofûcicr autrichien.

L) lettre du maréchal duc de Castiglione, en date du %t janvier, adressée au ministre de la guerre, et le rapport du général Musnier, ne laissent aucun doute à cet égard.

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sans transition au plus profond découragement. Le général Musnîer voulut profiter de cette heureuse circonstance et porter Teffroi au cœur des Autrichiens. 11 fit immédiatement attaquer leurs avant-postes, qui occupaient encore les premières maisons (du côté de la ville) du faubourg de la Croix-Rousse. 11 espérait les surprendre, et cela n'aurait pas manqué d'arriver, si la maladresse d'un de nos hommes ne leur eût donné l'éveil. Quoi qu'il en soit, le comte de Bubna, mécontent d'avoir échoué dans ses négociations, persuadé que les habitants de Lyon étaient prêts à se défendre, se décida à la retraite. Il se replia jusqu'au hameau de Yerney, à un quart de lieue de la Croix-Rousse et y prit position.

Ainsi, grâce à l'énergie du général Musnier, à la diligence du maréchal Augereau et à l'hésitation des Autridiiens, le 20 janvier au matin , Lyon paraissait sauvé, contrairement à toute prévision. Le général Musnier, avec les sept cents hommes qu'il venait de recevoir, se trouvait à la tête de dix-huit cents soldats, dont deux cents de cavalerie ; il était parvenu à organiser deux bons escadrons avec les gendarmes qu'il avait retirés des départements voisins ; il possédait en outre quatre pièces d'un petit calibre, et il avait sous ses ordres les généraux de brigade Poucet et Pouchelau , ce dernier arrivé le 19 seulement.

Sans doute cette faible colonne était encore peu imposante, mais enfin, avec elle on pouvait prolonger la défense de Lvon. Le moral des habitants s'était relevé, et il y avait lieu d'espérer qu'au besoin quelques-uns

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d'entre eux fie joindraient à la troupe de ligae. Le terrifele orage prêt à édater sur la vilîe semblait Aonc se dissiper peu à peu.

Le SO, dès l'aurore, les six compagnies de Valenoe relevèrent cdles qui occupaient la GroixrRouase et rentrée du faubourg de Bresse; il était temps. Nos malheureux soldats, sur pied et aux avant-postes depuis près de huit jours, étaient excédés de faUgue.

L'ennemi se maintint toute la journée ea position au château de la Pape, sur des hauteurs, à une lieue delà ville, mais sans tenter aucume démonstration ofiensîfre. Le général Musnier Je fit reconnaître par un escadron et une centaine de fantassins, et apprit que son avantgarde, forte de huit cents chevaux, un bataillon^ uoe batterie de six pièces, avait bivouaqué la nuit précédente autour des villages de Sathonay , Cuire et Fontaines, mff les deux routes de Bourg. Soit que cette reconnaÎKBMne fit présumer au comte de Bubna qu'il allait être attaqué, soit qu'il crût son avanA-^arde compromise «'il la tei^ sait aussi près de Lyon, il la replia le soir imémeisw Miribol. Au moment où il faisait ce nouveau mennie^ ment rétrograde, urne seconde colonne de qutttrejoeftte hommes du 3^2® léger, eent hussards du 1^*^ i!égtaM^.ni et trois pièces de canon entraient en ville venaik de Valence. L'intention du général Musnier itait de ioecoonaître et de tâter, le 21, de grand matin, avec la «Majeure partie de ses forces, le corps en |>06ition ^devant lui, mais il n'en eut pas le temps. Dans la nuit, les A«trichiens s'étaient repliés sur Montluel et MexiotteuK. Rassura, quant au présent, pour Lyon, Musnier songea

DKS OPÉRATIOIIS OE l'aRHÉC DE LYON. fl^

à ccMivrir les approches de la ville par <ies ouvrages (te campagne, afin de retarder la marcfa^ de Teiinemi daas le cas où il se déciderait à un retour offensif. Il donna l'oidre de construire deux redoutes sur Je plateau de k GroiirRoitsse, point dont il faut nécessairement s'en»parer pour attaquer les faubourgs du côté de la Bresse. Il s'occupa ensuite à organiser sa cavalerie et son artililerie, bkn décidé, i^ le maréchal ne prenait pas de «lite le coMMnanidement des troupes, à pousser l'ennemi d^ opi'il «urill {NI réunir <}uelques bataillons et escadrons, ainsi <pi'«fte batterie attelée.

Le 22, le duc de Castiglione revint luinnème, ramenant encore cent cinquante hommes des 4*^, 31® de chasseurs et 1^'de hussards. Il avait déployé pour sauver Lyon une activité et une énergie dont on ne lui a peutêtre pas tenu assez compte, parce qu'elles contrasl^[it d'une manière frappante avec sa conduite quelques semaines pius tard. Sans nul doute, cependant, le maréchal , dont la réputation militaire était faite depucs longtemps, dont la fortune était assurée, aurait pu refuser la Baission plus que difficile qu'on venait de lui confier, en se retranchant derrière Tira possibilité pres^ que absolue et réellement évidente de sauver Lyon . Il aurait pu dire au ministre de la guerre, à l'empereur lutH»éme : Vous m'envoyez de gaieté de cœur commander une armée qui n'existe pas. A mon arrivée dans la 19® division, je ne trouve qu'une poignée de conscrits à peine armés, je n'ai pas de cavalerie, pas une pièce de canon ; les populations, démoralisées, effrayées par les menaces de l'ennemi, me refusent leur concours, et j'ai

en face de moi un corps autrichien de quinze mille hommes, à proximité de ses réserves, tramant à sa suite un parc de trente bouches à feu?.. Or, que voulez-vous que je tente ?.• Croyez-vous donc que je possède un pouvoir surnaturel pour faire sortir de terre une armée ?.•- Non, non, reprenez ces lettres de service, ou donnez-moi les moyens de soutenir la lutte?. ..

Au lieu de tenir ce langage, au lieu d'abandonner la seconde ville de l'empire , Augereau montra une fermeté digne de ses plus beaux jours, et que sa conduite postérieure ne doit pas faire totalement oublier si l'on veut être juste.

Sa position était alors si critique, le gouvernement Fignorait tellement peu. Napoléon lui-même croyait si bien qu'il était impossible de sauver Lyon, que le 19 janvier, il dicta une note fort détaillée d'après laquelle le ministre de la guerre rédigea pour le maréchal un nouveau plan de campagne reposant tout entier sur l'hypothèse de l'occupation de la place (1). La retraite

(1) A Mousieur le maréchal duc de Gastiglione, commandatit en chef Tarmée de Lyon.

Le 19 janvier 1814.

Monsieur le Maréchal ,

L'Empereur me charge de vous faire connaître ses intentions relativement aux mesures qu'il serait nécessaire de prendre, d'après les derniers mouvements de l'enuemisur Lyon.

Sa Majesté me mande que le vrai chemin pour rentrer dans Lyon est de se tenir sur la route de Chauibéry et sur celle de Vienne, parce que la retraite de Tennemi est sur la Suisse, et qu'en menaçant Bourg, il ne peut pas tenir sur Lyon, etc., etc.

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du comte de Bubna rendit heureusement inutile cette nouvelle combinaison stratégique.

Si vers la fin de janvier l'horizon parut s'éclaircir du côté du Lyonnais, il n'en fut pas de même dans le Dauphiné et la Savoie.

Nous avons laissé le général baron de la Roche en position avec dix-sept cent quatre-vingts jeunes soldats, dans les premiers jours de 1814, en avant de Ghambéry, ayant ses avant-postes en face de ceux des Autrichiens à Annecy et Aix. Jusqu'au 15 janvier, il ne s'y passa rien, à l'exception peut-être de quelques escarmouches sans importance. D'un côté, le commandant de la V division militaire, ne recevant aucun renfort malgré ses réclamations réitérées au commissaire extraordinaire de l'Empereur et au ministre, malgré l'exposé véridîque de la faiblesse de ses troupes, ne pouvait songer à prendre l'ofTensive et à marcher sur Genève, ainsi qu'on le lui prescrivait de Paris (1) ; d'un autre, le général autrichien Zeischmester, placé par Bubna dans le Léman, n'osait pas nous attaquer avant de s'être assuré d'une forte position en cas d'échec. Le premier se bornait donc à entretenir avec le comte de Saint-

Ci; Obsédé de recevoir coûtinuclIcmcDt l'injoaction de se porter sur Gc- DèTe, le 16 janvier, le baron de la Roche, qui n'avait plus avec lui que douze eeaU conscrits, parce que six cents avaient été rappelés k Grenoble, écrivit aa dne de Feltre pour lui exposer de nouveau le dénuement dans lequel il se tronvait, et termina sa dépèche par ces mots :

< SI malgré mes observations, Votre Excellence croyait devoir me donner • Tordre démarcher sur Genève sans artillerie, j'ai l'honneur de lui affirmer « qne le même jour où je le recevrais, il serait exécuté avec toute la ponc- « tualité voulue en pareille circonstance. •

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Vallier une correspondance pleine d'aigreur, et à adresser au duc de Feltre des rapports journaliers, tandis que le second s'efforçait de mettre Genève en état de défense. Bientôt, grâce aux soins de ce dernier^ la capitale du Léman fut entièrement palissadée et armée. Des pièces de campagnes, et de gros calibre, montées, les unes le long des courtines, les autres aux angles des bastions, couronnèrent ses remparts. Des armes furent ensuite distribuées à ceux d'entre les habitants qui, en se déclarant pour les alliés, s'étaient le pli|s compromis vis-à-vis du gouvernement français , et deux forts bataillons bien en état de défendre la ville furent complètement organisés.

Ces préparatifs terminés, le général autrichien se mit en mouvement avec sa brigade pour seconder les opérations sur Lyon du comte de Bubna.

Avant de commencer le récit des combats qui eurent lieu dans le Dauphiné, jetons un coup d'œil rapide gur l'état dans lequel se trouvait, au 1 5 janvier, la 7' division.

Elle était, ainsi que la 19®, sous le commandement supérieur du duc de Gastiglione , mais de fait , sous l'autorité plus immédiate du comte de Saint-Vallier.

Le département du Léman, ainsi que la partie nord de celui de Mont-Blanc, se trouvaient au pouvoir des Autrichiens. Les vallées de l'Isère, les routes de la Suisse et de l'Italie n'avaient pour défenseurs que les conscrits du général de la Roche, en avant de Chambéry, et trois cents soixante-seize soldats ou douaniers sous les ordres du commandant des douanes Adine, en position à Ru-

DES OPÉRATiOmS DB L*ARMÉC DE LYON. 99

milly (1). Fort-Barreaux seul, dans le département de i'iflère, avait une garnison de soixante-dix canonniers. Les généraux de division Marchand et Dessaix et le général de brigade Rémond, chargés, les deux premiers de Torganisation des gardes nationales et de l'insurrection, le troisième de celle des troupes de ligne de trois dép6(8, faisaient tous leurs efforts pour arriver à quelque résultat; mais, arrêtés à chaque instant parle manque d'habillements, d'argent et d'armes, ilsn'avançaient pas au gré de leurs désirs, et surtout en raison du besoin que Ton avait de soldats. Un décret impérial du 4 janvier, ordonnant la mise en état de siège des places de la division, et portant à sept mille quatre cents hommes la force totale des garnisons destinées à celles des Hautes-Âipes, n'avait pu recevoir son exécution faute de troupes. En vain le ministre de la guerre et le comte de Saint-Vallier avaient expédié courrier sur courrier, dépêche sur dépêche au vice-roi et au prince Camille, pour obtenir l'envoi de quelques bataillons destinés à défendre c^ postes si importants pour le Piémont et l'Italie; il était arrivé de Turin seulement deux compagnies d'artillerie qui avaient été immédiatement dirigées sur Briançon.

Telle était donc la triste situation des choses, lorsque l'on apprit à Grenoble la marche de Bubna sur Lyon. Malgré la faiblesse de ses ressources, le comte de Saint- VaUier, voulant faire face aux événements et aller au

(1) Le 12 janvier, le comte de Sainl-Vallier, avait, par un décret, organist* en corps franc les préposés aux douanes du Simplon-

plus pressé, envoya l'ordre au général de la Roche dé détacher six cents hommes qu'il mit sous le commandement du général Marchand avec six pièces de campagne , pour voler au secours du duc de Castiglione. Mais ce faible renfort ne put quitter Grenohle, car le 15 janvier, au moment où il allait se mettre en route, le- commissaire extraordinaire reçut en même temps deux fatales nouvelles qui changèrent brusquement sa détermination. Son collègue Çhaptal lui écrivit en partant de Lyon de ne pas envoyer de troupes au secours de la ville, puisqu'elle était à- la veille de tomber entre les mains des alliés, et le général de la Roche le prévint que le général Zeischmester faisait mine de prendre l'offensive pour pousser ses avant-postes.

De toutes parts les choses empiraient. L'avenir devenait menaçant pour les défenseurs du Dauphiné. D'un côté, la prise de Lyon, dont ils ne pouvaient douter, coupait leurs communications avec Paris, et découvrait leur flanc droit ; d'un autre, la marche des Autrichiens de Genève sur Chambéry menaçait leur front mal garanti par les faibles troupes du baron de la Roche, faisait craindre pour la ligne de l'Isère, pour Chambéry, et pour la route de l'Italie par le Mont-Cenis; car il n'était véritablement pas permis d'espérer que le commandant de la 7® division, avec ses douze cents hommes, pourrait tenir assez longtemps devant des forces quintuples, pour qu'il fut possible de lui envoyer des secours efficaces.

Dans ces circonstances critiques. Saint- Vallier ne désespéra pas plus du salut de Grenoble que le duc de

DBS OPÉRATIOMS H^E l'aRMÉE DE LYON. 14)1

Gastiglione n'avait désespéré de celui de Lyon ; mais, prc^tant de la situation de la Savoie et du Dauphiné pour l'exécution d'un projet qu'il caressait depuis son arrivée dans ces provinces, et s'appuyant sur l'autorité dont l'avait inv^ti l'empereur, il ôta, par un décret du 16, le commandement des troupes au général baron de la Rodbe, pour le donner au général comte Marchand. En j^r^nant cette grave résolution, qu'il sollicitait du ministre , et dont il s'empressa de rendre compte au maréchal Augereau, il n'est pas douteux qu'il consulta (dutôt l'intérêt de la patrie que l'intérêt du général Marchand ; toutefois nous n'oserions affirmer que son amitié pour cet officier-général et son peu d'affection pour le baron de la Roche n'ont influé en rien sur sa détermination (1). Il basa, du reste, son décret sur le mauvais état de santé du commandant de la division, et la demande qu'il avait faite lui-même de résigner son commandement. En outré il lui conserva l'administration des troupes, chose fort illusoire , et lui prescrivit de rentrer sans délai à Grenoble.

L'homme dans lequel le pays avait le plus de confiance se trouvant ainsi placé à la tête de toute la force miUtaire, il restait encore un grand embarras pour Saint«*Vsdlier, c'était de savoir ce qu'il devait faire à l'égard de Grenoble. Cette ville, d'autant plus importante qu'elle renfermait un immense matériel d'artillerie

(I; Il est facile de reconnaître, par la correspondance établie entre Saint- Vallier et de la Rocbe, que ces deux hommes ne se convenaient nullement. Sans doute le général mérita quelque blâme, mais nous croyons que bien souvent le sénateur fut injuste h son égard.

(cent cinquante bouches à feu de tout calibre, trente mille kilogrammes de poudrcde guerre), n'étant pas en état de soutenir un siège, une attaque un peu vigoureuse de l'ennemi pouvait même la forcer à se rendre ; et cependant l'empereur, ne voulant pas admettre qu'il était à peu près impossible de la défendre, avait donné l'or^ dre formel de ne point l'abandonner, et de relèvera la hâte les fortifications passagères qui l'entouraient. Désobéir aux volontés de Napoléon était chose grave ; d'un autre côté, laisser le matériel exposé à être pris par l'ennemi était inadmissible. Quant à défendre la place, sans doute de Paris on pouvait bien l'exiger, mais pour cela il fallait en avoir les moyens ; or si Grenoble, direction d'artillerie et du génie, avait dans ses murs des canons et de la poudre , sa salle d'armes ne présentait pas plus de mille fusils. Les Autrichiens, de beaucoup supérieurs aux forces qui leur étaient opposées, menaçaient de replier nos conscrits, et tournant Barreaux, de se montrer inopinément aux portes de la ville. Il fallait donc prendre un parti,

Saint-Vallier se décida à réunir- un conseil de guerre composé des généraux Marchand et Daumas, des colonels Fiereck et d*Haupoul, du commissaire des guerres Bourgeois, du commandant d'armes Bourgade, de l'auditeur au conseil d'Étal Beyle, et lui ayant exposé la position critique dans laquelle on se trouvait, il demanda'^que les questions suivantes fussent* résolues séance tenante :

1^ Si et comment il faut évacuer l'artillerie existante îi Grenoble.

DES OrÉRATlONS DE l'aUHÉE DE LYON. 103

2** Si et comment il faut évacuer les poudres?

3^ Quel est l'état des places des Hautes- Alpes ?

4* La place de Grenoble peut- elle se défendre? Que &iidrait-il faire pour la mettre à l'abri d'un coup de main?

Le conseil, à tunanimiié^ fit les réponses suivantes :

1^ L'artillerie de siège de Grenoble et accessoires sera évacuée surValence, Tartillerie de campagne en bon étai sera évacuée sur les places des Hautes-Âlpes ; celle poavant encore servir restera pour l'armement de Grenoble, celle en mauvais état sera embarquée pour Valence avec l'artillerie de sû^ge.

2* Les poudres, à l'exception de celles reconnues nécessaires pour le service des troupes, gardes nationales et corps francs, seront dirigées sur les places des Baute^-Alpes.

3* Les places de Briançon, Mont-Dauphin, Queyras et Embrun, sont à l'abri d'un coup de main, et seront en état de défense lorsqu'elles auront reçu des garnisons.

4* Grenoble n'est pas même susceptible dans cette saison d'étremis à l'abri d'un coup de main. On ne peut défendre cette place qu'au Fort-Barreaux , à la position du château Bayard et à la position de Yoreppe ou à celle de Pique-Pierre, du côté de Lyon. Cependant, vu les ordres positifs de S. E. le ministre de la guerre, il a été convenu qu'on exécuterait les travaux de campagne ordonnés par lui.

Quant aux moyens d'exécution, les caisses étant vides, on aura recours aux réquisitions.

II fut requis en effet :

Cent attelages de quatre chevaux pour le transport des canons et caissons, cinquante charettes à deux chevaux pour le transport des poudres, vingt gros bateaux pour le transport de rartilierie de siège.

Les habitants du Dauphiné déployèrent pour ces diverses opérations le plus louable empressement ; aussi l'évacuation, commencée le 20, était terminée le 22.

Quatre-vingt-dix-neuf bouches à feu avec leurs affûts, cinq affûts de rechange, neuf m ille six cents kilogrammes de poudre, douze cents kilogrammes de balles de plomb et des plateaux de mitrailla furent embarqués pour Valence.

Trente-et-une bouches à feu de campagne avec leurs caissons, six caissons de rechange, seize mille cent kilogrammes de poudre furent transportés par terre et dirigés sur les places ^es Hautes-Alpes.

Pendant que ceci s'effectuait à Grenoble, le général Marchand courait se mettre de sa personne à la tète de nos soldats qui se repliaient sur l'Isère. L'est et le midi de la France étaient perdus si d'une part le comte de Bubna agissait avec vigueur sur Lyon, et si, d'une autre, les troupes de la septième division ne parvenaient pas à contenir la brigade du général Zeischmester.

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