CHAPITRE IV
Occupation de Lyon par les alliés. — Retraite du duc de Gastiglione sur Vienne et Valence. — Lettre du duc de Feltrc. — Le ministre envoie un de ses aides-de-camp à l'armée du maréchal. — Position des armées de hyon et du Sud. -^ Combat de Romans. «— Suspension d'ftrmes. Attaque du fort l'Ecluse. — La division Marchand se replie sur Grenoble. — » Belle retraite de la brigade aux ordres du colonel de Gubières. — Affaire en avant^de Voiron. — Gombat de Voreppe. — I-a division se concentre sous Grenoble. — Armistice. — Prochmation' d^Augerean. — Dissolution de Tarmée de Lyon.
Le lundi 1 1 mara , à huit heuros du matin , deux parlementaires autrichiens vinrent demander la red^ dition de Lyon , menaçant de pillage en cas de refus. Le maire sortit en voiture à neuf heures, et remit les clefs de la ville au prince de Uesse^Hoiubourg. À dix heures, les alliés firent leur entrée et m rangèrent en bataille place Belle-^our (1).
(1) On doit rendre aux alliés la justice de dire qu'ils ne corn-* mirent aucun excès à Lyon. Logés chez les habitants, ils se contfMilcront de ce (|ui avait été fixé par leurs gaiciaux cuxmémcb.
304 PKKCIS HISrOHiUth.
Le 25 9 l'enapereur d'Autriche, ayant rétrogradé jusqu'à Dijon, reçut dans cette ville les clefs de Lyon.
Les alliés dans leur bulletin sur l'occupation de la place prétendirent qu'ils avaient pris 6 pièces de canon, 1,720 fusils (la plupart neufs), beaucoup de boulets, d'obus et de grenades.
Tout cela est assez difficile à admettre. Que l'armée ennemie, maîtresse du champ de bataille de Limonest , ait ramassé sur le terrain quelques armes échappées à nos soldats morts en combattant , c'est possible ; qu'elle ait trouve dans la ville qijelquesmau-' vaises pièces de position abandonnées comme inutiles par le maréchal, rien de mieux; mais qu'elle se soit emparée de 1 ,720 fusils neufs, alors que la garde nationale n'était pas même entièrement armée , c'est plus que contestable.
Âugereau , d'après ce même bulletin , se serait retiré avec une grande précipitation emmenant les restes de son armée. Gela est si peu vrai , que le duc de Gastiglione ne laissa à Lyon ni malades pouvant être transportés, ni équipages, ni chevaux.
Les Français se replièrent sur Vienne, traversèrent cette ville le 21 , et atteignirent Saint-Vallier sur le- Rhône le 22. Là , le maréchal reçut une dépêche qui lui annonçait l'occupation de Bordeaux par les Anglais, et lui prescriv.iit de faire partir immédiatement et en poste pour Libourne , par Clermont, six des dix
DES OPÉRATIONS DE l' ARMÉE DE LYON. 3Uo
mille hommes de la 2"" division d'Espagne, fin conséquence, le général Beurmann passa le Rhône et se mit en marche avec les 79% 102* et 1 15' de ligne.
En quittant Lyon , Augereau avait envoyé Tordre au comte Marchand d'abaiidonner le mont Blanc et de venir le joindre sur l'Isère. De Saint -Yallier, il écrivit au duc de Feltre pour le prévenir qu il allait prendre provisoirement cette ligne et s'établir à Valence. Il priait en outre par sa lettre le ministre de lui faire connaître les intentions de l'empereur sur ses opérations ulf&rieures.
Le maréchal hésitait entre les trois partis suivants : attendre sur la ligne de l'Isère l'armée autrichienne et s'y maintenir le plus longtemps possible, ou bien se porter dans la Savoie pour réunir ses troupes à celles de Marchand et reprendre Genève-, ou bien entin (et ce dernier parti lui paraissait lé meilleur) franchir le Rhône à Pont-Saint-Esprit , et marcher sur Toulouse contre l'armée du duc de Wellington. Il envoya immédiatement deux bataillons de gardes nationaux pour occuper le Pont-Saint-Esprit , cette place étant désignée par les alliés comme devant être le point de jonction de leurs armées du Sud et d'Espagne.
Sa retraite s'eiTectua du reste sans que l'ennemi s'opposât à la marche de ses troupes, et il atriva le 23 à Valence.
305 PRÉCIS HISTORICITE
I^ jour môme où le duc de Gastiglione évacuait Lyon , le duc de Fellre lui écrivait pour se plaindre (le n'avoir pas de lettres de lui depuis le 12 , pour lui dire que l'eippereur espérait de grands résultats de ses opérations, et éprouvait à cet égard une très juste impatience. Il annonçait en outre au maréchal que Napoléon avait remporté, la veille encore (le 20) , un avantage sur l'ennemi; que S. M. avait fait attaquer (ît emporter de vive force Méry-sur-Seiné, que les généraux Souham et Alix s'avançaient sur Ifi, gauche des alliés, lesquels se disposaient à évacuenfiens et à se replier sur Troyes. «Dans cet état de ehoses, ajoutait « le ministre de la guerre , une bonne et forte diver- « sion de votre part viendrait bien à propos, et je ne « saurais trop vous rappeler qu'elle doit avoir une « influence décisive sur les opérations de la grande « armée. L'empereur en est persuadé et se repose « avec confiance sur votre zèle , votre dévouement , « votre activité pour le seconder convenablement.
« S. M. vous a laissé le choix des dispositions; « c'est donc de vous seul que vous devez prendre con- « seil pour arriver à votre but : rien ne peut vous « gêner.
« Je ne doute point que vous ne répondiez à Tat- « tente de Tempereur, et à la confiance qu'il vous té- « moigne ; mais je dois vous faire observer que tous (( les moments sont précieux pour agir; que le moiiH
\)ES OPERATIONS DE L'AftMKk DE LYÛ>. 307
a dre relard peut avoir des suites incalculable», et « que les plus justes combinaisons resteront saos rô- « sultat , si elles n'étaient exécutées avec toute la ce- « lérité, l'activité et l'énergie que les événemente c< exigent de vous.
« Alix est maître de Sens, l'ennemi s'est retiré, je « rapprends à l'instant. »
Cette lettre écrite le 21 mars semble prouver d'une manière positive que le duc de Feltre ni Temperenr n'avaient une idée exacte de la position dans laquelle se trouvait ilugereau depuis le 5 mars , et que l'un et l'autre s'abusaient encore étrangement, malgré les rapports du maréchal, sur les forces de la nouvelle armée que ce dernier avait à combattre. La vérité ne tarda pas à se faire jour : les deux aifaires de Saint- Georges et Limonest, l'évacuation de Ly&n , dissillèrent eniiu les yeux. Le duc de FeKi^^«aiAerl|déjà depuis quelques jours , par des lettre» aniAfinet et dos avis indirects, des murmures qn'excit|(ift{$lirmi les vieilles troupes d'Espagne la conduite 'd'Augerean , venait de se décider à envoyer de nouveau à Tarmée de Lyon son aide^de-camp, le colonel BaUhazar, et a provoquer le remplacement du duc de Castiglione (1), lors(|u'il reçut à la fois ses deux rapportsdu 1 9 etdu 21 .
« Monsieur le maréchal, s'erapresëa-t-il de lui ré-
(1) Voir pièces justiliralive*, ii" 13 el noie A.
308 PRECIS HisroHiuut
« pondre, j'ai reçu en même temps vos deux lettres « du 19 et du 21 , je les ai transmises à Tempereur. « S. M. n'aura pu apprendre qu'avec beaucoup de « peine et d'étonnement la malheureuse issue des « affaires dont vos lettres rendent compte , mais je « ne veux rien préjuger sur l'opinion qu'elle pourra c( manifester à cet égard. Je me bornerai à rappeler « à V. E. que l'intention de l'empereur, en rassem- « blant un corps d'armée à Lyon , a toujours été de « couvrir le midi de la France, et que ce serait agir « en sens contraire, si , non content d'avoir aban- « donné Lyon , vous vouliez encore vous retirer jus- « qu'au Pont-Saint-Esprit, comme vous en avez ma- « nifesté l'intention. Je ne puis donc ti*op insister sur « la nécessité de ne point céder le terrain à l'ennemi « autrement que pied à pied , ef en le lui faisant ache- « ter aussi cher que possible : c'est la seule manière « d'agir selon les vues de l'empereur, en attendant « de savoir si S. M. a d'autres ordres à donner à Foc- « casion des derniers événements.
« Le porteur de ma lettre est M. le colonel Bal- « thazar, mon aide-de-camp, qui est chargé de se « rendre au quartier général de V. E. , et d'y rester « jusqu'à nouvel ordre. Cet ofBcier supérieur sup- « pléera par sa correspondance aux détails que vos i( occupations ne vous permettent pas de me donner, « et dont S. M. veut être informée. »
DES OPÉRATIONS DE l' ARMÉE DE LYON. 309
Le colonel Baithazar arriva le !•' avril au quartier général du duc de Castiglione (1). Il trouva les troupes établies sur la ligne de l'Isère , et le maréchal peu disposé à essayer de reprendre l'ofifensive. Ordre avait été expédié de nouveau au général Marchand de se retirer sur Grenoble pour opérer sa jonction avec l'armée principale , et dans le cas où les mouvements de l'ennemi ne lui permettraient pas d'atteindre ce but, de prolonger son mouvement par Gap pour gagner le Pont-Saint-Esprit.
Les Autrichiens, de leur côté, fidèles à leur système de lenteur méthodique, avaient perdu trois jours à Lyon , au lieu de profiter des avantages qu'ils avaient obtenus sur nous. Le 23 seulement, le prince de Hesse -Hombourg dirigea sur la route de Saint- Ëlienne à Feurs et Roanne des partis chargés de lever des contributions , et envoya au comte de Bubna la division Hardeck, précédée d'un corps ayx ordres du colonel de Linage. Le 24 , il porta son quartier général à Vienne , tandis que le même jour un détachement commandé par le prince de Gobourg entrait à Saint-Étienue. *
Le duc de Gastiglione, prévenu par le général Pan netier que l'ennemi commençait à montrer de fortes
(i) Voir pièces justificatives], n® 14.
■ Mo l'HKlJs MISTUHIUII-.
tètos fie colonne, doiiiiQ roitlreà son chef d'élat-majov (général de l'aire rompre les ponts de risère, en sorlc que les communications entre les deux rives n'eurent plus lieu qu'au moyen de bacs et de trailles. Jusqu'au 1" avril, il n'y eut aucun engagement sérieux, on avait enlevé quelques petits postesà l'ennemi, échangé avec lui quelques coups de feu d'une rive à l'autre. ]\]aisdans la matinée du deux. 4,000 fantassins, 2,000 chevaux et une batterie se présentèrent en face de Romans à l'cxlréme droite de la ligne française. Nos avant-postes- repassci^ent Tlsère, abandonnant de nouveau la rive droite et laissant les alliés maîtres de la route de Grenoble. L'armée d'Augereause trouvait ainsi coupée en deux parties qui ne pouvaient plus rien l'une pour l'autre, car Marchand n'était pas assez fort pour se porter sur Romans par une marche de Uanc, ftiite devant l'ennemi, ayant en avant et en arrière des forces doubles des siennes, la montagne à droite, l'Isère à gauche, et le duc de Castiglione s'il essayait de passer sur la rive droite pour marcher audevant de la division du Dauphiné, abandonnait aux alliés le cours duRhonc, tout le midi de la France, et s'isolait complètement. Ce fractionnement de nos forces était des plus fâcheux; si lemaœchal avait pu rallier les troupes de Marchand, il se fût trouvé à la télé de près de 28,000 hommes, tandis qu'il n'en avait avec lui, entre Valence et Romans^ depuis le
DKS OPKRATIONS HK L'AttMCti: DK LYON. 'M\
départ d*une partie de la 2« division de Catalogne, que 17 à 18,000(1).
Le combat en avant de Romans fut la dernière affaire qui eut lieu entre les troupes directement sous les ordres d'Augereau et celles du prince de Hesse- Hombourg. Jusqu'au (2 avril, les deux armées manœuvrèrent, cel e du Rhône pour se rapprocher du Pont-Saint-Esprit, celle du Sud, pour se placer tout entière entre le corps du maréchal et celui de Marchand. Dans ce but, les Autrichiens portèrent une grande partie de leurs forces du côté de Grenoble, contre la division du Dauphiné. Le 12, le prince de Hesse avant été inforiné'officiellementdes événemenls de Paris, en fit part au duc de Castiglione. Cette communication amena une suspension d'armes qui termina les opérations militaires de ce côté (2).
Il ne nous reste plus pour clore ce précis historique qu'à reprendre le récit des faits qui se passèrent à la division Marchand pendant les derniers jours de mars et le commencement d'avril. IHous éprouvons dautant plus de plaisir à le faire, que^lev opérations (le cette <livision, sa retraite, les combats qu'elle soutint sur la gauche de Grenoble, semblent un manteau glorieux jeté sur la fin du drame impérial.
(1) Voir pièces justificatives, n"* 15.
(2) Voir pièces justiticatives , n<> 16.
M'Z PIIRCIS HISTORIQUK
Nous avons laissé Marchand en position à Carouge.
f^ 9 mars, il apprit d'une manière certaine la retraite sur Lyon du maréchal Âu^ereau. Cette nouvelle le jeta dans les inquiétudes les plus vives et les mieux fondées. Néanmoins, après avoir adopté pour couvrir son flanc gauche les quelques dispositions que nous avons rapportées plus haut, il conserva sa ligne sur l'Arve espérant toujours un retour offensif du duc deCastiglione et comptant sur l'arrivée prochaine des renforts d'Italie.
Jusque vers le milieu du mois, il n'eut à repousser aucune attaque sérieuse des Autrichiens, mais à cette époque, le général Wimphen ayant fait occuper St-Glaude par un fort détachement de sa division, le comte de Bubna résolut de profiter de cette circonstance pour enlever l'Ëcluse (dans lequel Bardet n'avait pu laisser que cent hommes de garnison), et pour rétablir les communications de Genève avec Tannée du Sud. En conséquence de ce projet, le général Klébelsbcn*g reçut ordre de se porter sur le fort, à la tétc de 2,500 fantassins, quelques escadrons et une batterie de quatre pièces et trois obusiers.
Le 18, les gard3s nationales de Belley et de St-Rambert eurent un engagement assez vif avec un parti de cavalerie ennemi , qu'elles repoussèrent. Elles furent ralliées le jour même par un renfort de 50 homme du 18e léger, envoyé par Marchand vers
I>ES20PÉiiAT10NS DE L*ARMÉK^DE LYOfl. 313
Ambérieu^ pour proléger ces braves gens et tâcher d'obtenir des nouvelles de l'armée de Lyon dont on manquait complètement à Carouge.
Le jour suivant, 19, dès neuf heures du matin, le général Klébelsberg déboucha du côté du fort rÉcluse et commença à gravir l'un des versants de la montagne escarpée qui le domine, tandis que sa batterie brisait le pont-levis et lançait des obus jusqu'au cen^ Ire des bâtiments. Heureusement le général Marchand à qui l'importance du défilé commandé par le fort n'avait pas échappé, avait pris à l'avance quelques dispositions. Par ses ordres, 200 hommes du 79% placés à Bellegarde sous le commandement du chef de bataillon Jomard, doivent, au premier coup de canon, se porter sur l'Écluse, tandis que les maires des communes voisines feront sonner le tocsin et réuniront les hommes de bonne volonté pour soutenir le détachement.
Ceci , joint à l'énergie du capitaine Bonnet du i3« léger qui commande la garnison, sauve momentanément le fort. Sommé de se rendre, le brave cornmandant refuse avec fermeté. Ses quatre pièces de petit calibre répondent à la batterie autrichienne, démontent un obusier et une pièce et donnent le temps aux deux compagnies du 79^ et aux intrépides paysans de Collonge d'arriver. Le général Klébelsberg, qui croit n'avoir affaire qu'aux cent hommes renferméfi
Pft'^ClS HlSTOMQrC. Si
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dans l'Ëclusc^ se trouve lout à coup en face dil commandant Joinard soutenu par près de 3,000 volontairrs qui es4*aladont In montagne. La fusillade s'en- «aj^e bientôt avec vivacité de part et d'autre, le comhal se soutient pendant plus de quatre heures, enliii, rentu^mi , qui ne peut se rendre maître dos hauteurs^ s<» décide à se borner à une canonnade i|ui ne cesse que vei'ssix heures du soir {!;.
Malgré ce succès, la position de la division Marchand devenait de jour en jour plus critique. Les troupes exténuées de fatigue, bivouaquant nuit et jour le sac au dos , n'osaient s'éloigner iK)ur pourvoir à leur nourriture, et ne recevaient de subsistances que (telles fournies par les habitants dévoués à la France. |ja saison rigoureuse ajoutait encore à leurs maux. On n'avait de nouvelles ni de Lyon ni de Grenoble^ en sorte que toutes ces circonstances, jointes aux mau- \aises nouvellesque lesAulrichiens répandaient à dessein^ commençaient à influer d'une manière fâcheuse sur le moral de la division. Déjà des murmures se faisaient entendre, on parlait sourdement au bivouac de trahison (2), il était urgent de prendre au plus vite un parti décisif.
<l) Voir pièces justificaùves, n" 47.
(^) Voilà un irait qui (k^iiit bien ]o soldat français. I^e colonel du 18** Irgcr , après le combat do. Saint-Julion, voulant agir sur rima^inntion de ses soldats, et se souvenant que /uleà fS^i*
DES OPKKATMW» l>r lAilHIRt DK LYON. M'é
Ije colonel de Cubîères du i 8« léger^ à qui légénéral Marchand avait, lors de la reprise de Gbainbéry, ctHh fié le comniandement de sa premiàrê brigade (1), fa^r sait, depuis quelques jours, de vains efforts pour avjQir des nouvelles certaines de Tarmée du duc de Castj^ «riione, quand enfin, dans la nuit du 22 au 23 mar»,
a\ait , à la lete Je laiO<^ légion loiuaine , campé sur les bords de r.Vrve, dit à sa brigade : Si César vous commandait, it voas csn* ddirait à Carouge, car vous valez sa 10* légion , qui oe cnûgiiait pas de camper à It l)ar))e do rennemi. Vingt jours plus tai'd, la lirigadâ établie ve)*s Caiougc se trouva dans une position criti(|ue ; le eolonel , parcourant un soir ses bivouacs , entendit un vieux soldat marraoter entre ses dents : Allons, décidément César nous a f.... dans de vilains draps.
{V, Le colonel de Cubières, dn 18* léger , se rendit auprès dti général Marchand, vers le commencement de féviîer. Cet officier supérieur aixivait de Mayence. Les bataillons sous ses ordres avaient été détruits au village de Costeim qu'il avait défendu 48 heures contre tout le corps russe du généml Sacken. Il ne larda pas à recevoir le commandement de la'!'^ brigttde de la division placée sons les ordres snpériears du généml Dessair. n combattit à la tète de catte brigada depuis Cliambéry jusqii^à Carouge, A Saiot-iulîen , il reprit, à la tête das qualques cava* tiers que nous avions , deux pièces de canon enlevées par les hulans autrichiens. Le colonel de Cubières , un des plus jeunes et des plus brillants officiers supérieurs de Tarmée française , éii 1814 , rendit à la division de Marchand les services les plus si-* gnalés , et eut la gloire d'attacher son nom à la dernière affaire soutenue par nos braves soldats.
319 PRÉCIS JUSTOmOliK
un oiticier envoyé en reconnaissance jusqu'à Nantua vint lui annoncer Tévacuation de Lyon. Au même instant, le général Dessaix quittait l'armée pour entrer à Genève avec un sauf conduit que venait de lui expédier Bubna, disant au colonel d'avoir à effectuer sa retraite comme il le pourrait (1). Le jour commençait à poindre, et cette circonstance rendait plus périlleuse la tâche laissée au commandant de la première brigade. Cependant, Thésitation n'était pas permise, chaque minute de retard pouvait augmenter le danger et diminuait les chances de salut. Il était évident que les Autrichiens, n'ayant plus à craindre l'armée d' Augereau, allaient se hâter de profiter des succès de l'armée du Sud, pour reprendre l'offensive et pousser sur Chambéry et Grenoble la faible division qui leur était opposée. Le colonel de Cubières, laissé seul à Garouge, puisque Dessaix se retirait et que Marchand était à Grenoble où arrivait la division d'Italie, résolut de battre en retraite sans perdre un instant. Il fait prendre les armes aux troupes, dirige vers Sl-Julien une reconnaissance à la suite de laquelle il fait marcher tous les hommes blessés ou malades, confie au lieutenant Vanwelt du 18° l^er la garde du pont sur TArve, et commence son mouvement rétrograde. La retraite était d'autant plus difficile à effec*
(i) Voir pièces justificatiYes, note B.
tuer qu'il fallait, avant d'arriver aux terrains accidentés, franchir une vaste plaine, et que si la cavalerie ennemie parvenait à déboucher au moment où on la traversait, elle pouvait nous faire beaucoup de mal. Grâce à une pluie torrentielle et à la belle défense du lieutenant Yanwelt, qui succomba à son poste après avoir brûlé sa dernière cartouche, les Autrichiens n'atteignirent notre escadron arrière-garde qu'au moment où les troupes gravissaient les hauteurs. La retraite continua en échelons, en bon ordre et sous la protection de nos quelques cavaliers ; néanmoins il était urgent de ne pas se laisser gagner de vitesse, et d'arriver à Albens avant les allies. Nos troupes marchèrent donc trente heures sans autre repos que des haltes de quelques instants. Elles étaient suivies d'un assez grand nombre d'habitants* qui aidaient les soldats, soutenaient les blessés, portaient les sacs des éclopés.
De son côté, le général Serrant opérait sa retraite sur la droite, tandis que Marchand envoyait l'ordre aux détachements de Seyssel, l'Ëcluse et de Bellegarde de rétrograder et d'occuper Moirans.
Bubna avait rétabli à la hâte les ponts sur l'Ârve et lancé contre nous la brigade Zeischmester. Le major Bayer qui se trouvait à St-Claudc voyant nos soldats se retirer s'était porté sur Nantua et n'avait pas tardé à reconnaître que le fort l'itlcluse était évacué
34 R IPRM:!^ llldTOklOLK
iiinsi que tous les postes sur le Rhôue et les avait oc- (Mi|>cs. Ses troupes, celles du général Hardeck, celles i\v la division <le Genève s'élant alors donné la main <*ommen(;aienl à enfermer la division Marchand dans un demi-cerch^ qui tendait à se rétrécir d'instant en instant.
I^e io , ^viu'v à une marche forcée, la divisicni t'ranniise aUeignit Frano:y. Klle y trouva un oflicier d'élat-majnr expédié par le général Du Casse (l)9et portant ries ordres du maréchal. Deux balailloDS de reiitbd |)Ou>sés en avant par le général Marchand la rallièrent au moment où Tennemi montrait sa tête de colonne. Le 18" léger faisant aussitôt volte-face contint les alliés, et la retraite continua jusqu'à la pointe du lac du Rourget. Arrivé là, le colonel de Cubières divise ses troupes. Il dirige deux bataillons sur Ponl- Beauvoisin et les Échelles pour couvrir la ligne du Guicrs, et se jette lui-même avec les autres dans la montagne, tandis que les deux bataillons de renfort continuent leur relraite sur Chapareillan sous les ordres (lu major Thilorié.
Le même jour, la division Hardeck occupait Bourgohi, poussant ses avant- postes du côté de Moirans embranchement des routes de Grenoble sur Lyon et
v'I^ l.'adjutlan» roniiiiaMl?»nl 'Jii ('as*e avait vU\ noiiiiiic géuéi-fil d« biigiiiif pnr un dériet impéiial du 3 nrars.
Valeoce, indiquant ainsi Tinteation bien arirètée ie se placer entre Âugereau et Marchand. Les hauteurs de la Grande-Chartreuse, situées au nord de Greiioblg^ au-dessous du passage des Échelles et sur la droite de Voiron et Voreppe, devenaient, par suite des mouvements de l'ennemi et des nôtres, le pivot des opéralions de la défense de la vallée de l'Isère. Le coloi)^ du li^' léger le comprit parfaitement et s'empressa df détacher sur ce point Tintrépide major Olivel à 1^ jl/^
d'un bataillon du! 26' (1).
Le 28, nos troupes entrèrent à Voiron et se préparèrent à défendre cette petite ville que liave^se la route de Grenoble, contre les forces de la division t)4i:de/clv, avant-garde de la partie de l'armée .<me lia prince de tIes8e*Uombourg avait destinée à agir icp^t^e les défenseurs du Dauphiné.
Marchand venait d'envoyer au colonel de Cubjiérjes un bataillon et un escadron arrivant d'Italiiç, le colo^ nel, de son côté, se Jiàlait d£ira[)paler à lui ses po^^s de Pont-Beauvoisin qui n'étaient plus tenables, et le bataillon placé à la Chartreuse à l'exception de dej^x compagnies, et se préparait à faire tête à l'orage qui le menaçait sur la gauche.
(1; \jO 4*5<i' «le li^nie avait M formn en 18H He la çrarde du MMial «le Haln^^^l^;,^ Ainsi , ces hommos n<»s à rrmhonchnrc fie l'Klbe, |)OUss('s par les circonstances au pied dn^ Ai|H?s, fitieut les dci niers défenseui-s de Napoléon.
:i20 rMAAii iiivroAiuiK
Le lendemain 29, malgré la supériorité numérique des alliés, le colonel de Cubières, jeune, intrépide et plein de confiance dans ses troupes» prend l'offensive, marche audacieusement à la rencontre de l'avantgarde de la division Hardeck qu'il trouve près de Chirens et engage avec elle un combat qu'il soutient jusqu'à la nuit. Apprenant alors que le prince de Hesse-Hombourg se dirige avec des forces considérables sur Moirans, il se replie sur Yoreppe pour couvrir Grenoble, emportant ses blessés. A la pointe du jour, il était déployé sur les hauteurs de Voreppe et se trouvait en mesure de repousser l'ennemi qui cherchait à pénétrer dans la vallée de l'Isère (l).Mai8le8 Autrichiens ne crurent pas prudentde livrer tout de suite un nouveau combat ; ils se concentrèrent à Moirans, laissant à nos troupes plusieurs jours de répit, qu'elles employèrent à fortifier leur position. La maison de poste située à i'angle des routes de Moirans et deVoiron est crénelée. En arrière de ce point, formant le saillant de la défense, dépuis la chaussée de Grenoble jusqu'à l'Isère, on ouvre des boyaux de tranchée ; deux pièces de position et quatre de 12 sont placées en batterie à mi-côte du rocher de Voreppe.
Jusqu'au 9 avril les alliés ne tentèrent rien contre
(l) Il est iDdis[>ciiiiable , pour bien saisir les opérations aiiibur de Grenoble , d'avoir sous les yeux une bonne carte.
DES OPÉRATIONS DE L ARMEE DE LYON. 32i
nous de ce côté, le prince de Hesse-Hombourg manœuvrait contre le duc de Castiglione vers Romans et Valence. Le colonel de Cuhières seulement, par une guerre de chicane, cherchait à fatiguer ses adversaires et à entretenir l'ardeur de ses soldats (1).
Le 9, les Autrichiens se décidèrent enfin à aborder notre ligne de Voreppe, et à nous rejeter sur Grenoble afin de nous isoler complètement du duc de Castiglione. En conséquence, d'épaisses colonnes s'avancent vers nous. Â midi le combat était engagé de toute part. Tandis qu'une partie des alliés marche par la route, d'autres troupes se glissent avec précaution à travers les saules qui couvrent les prairies de l'Isère.
(4) Le 8, M. de Cubières tenta lui-même un coup de main des plus hardis , mais bien imprudent , et qu^excuse seule une ardeur rendue plus grande peut-être encore par la tiédeur de beaucoup d'autres :
Un habitant de Moiraus s*étant offert à introduire les Français dans la maison occupée par le général Hardeck , le colonel du 18' prend avec lui 60 hommes de son régiment , tourne la ligne des sentinelles , et pénètre dans la ville. Éveillé par le coup de feu de son factionnaire, le général autrichien parvint à s^échapper. On ne prend que son portefeuille. Cependant le détachement du 18* n'a plus le temps, avant Taurore, de parcourir le long circuit qu'il a fait autour des postes ennemis. M. de Cubières se décide à opérer sa retraite à travers le camp lui-même, et, grâce au désordre et à la confusion que la présence de nos soldats jette partout, il est assez heureux pour regagner Vorqipe.
322 PRÉCIS HiSTomut'E
Le feu des balaitlons français embusqués daps les boyaux de tranchées arrête quelque temps rennemî et le fait même rétrograder^ mais il revient bienfftt à la charge, cherche à culbuter notre gauche et à se placer entre la rivière et nous. Le colonel de Cubières attendait ce moment pour prendre en flanc les Autrichiens. Un bataillon du 79* se tenait dans ce but massé et caché derrière la maison de poste. II allait s'ébranler (|uand uneconipagniedu 1 8'. placée au saillant des zigzags de tranchée, se croyant tournée par reun(»mi qui se prolonge vei's sa gauche, quitte précipitamment son poste. Cet exemple fatal devient contagieux ; en quelques instants les tranchées i^nt abandonnées, et l'ennemi, se rabattant sur la chaussée, se trouve ainsi maître de la route de Grenoble. Dans cette circonstance critique, où une déroute générale est à craindre, le colonel de Cubières s'efforce de rendre la confiance aux troupes qui lui restent. Le 79* n'est point ébranlé, et ce brave régiment s'élance avec résolution sur les bataillons autrichiens qui déjà interceptent la route de Grenoble. Le H'* de ligne suit le mouvement, et la retraite commence en bon ordre. Le commandant Roberjot cependant est parvenu àrallier le 18% il tombe sur la colonne qui intercepte les communications. A son tour cette colonne ennemie est prise entre fleux feux et forcée de regagner précipitamment les rives de Tlsère, en sorte que nous nV
DES OPbRATiUDi^ DE; LAtli|i^ DE LYON. Ql^S
vons plus jd'advjBrs^ires entre dous et GrenoHe (0*
A dix heures du soir^ nos troupes prennent po$i(iç^n à la Briqueterie où le général Marchand établit son (|uarlier général. L'ordre avait été envoyé, au moment où la retraite commençait, au major Olivet d'évacuer la Chartreuse, de se faire jour en passant sur le corps deTennerai, de traverser les montagnes et de rejoindre la division pendant la nuit, à la Briqueterie ; au capitaine Griinen enfermé dans la maison de poste, des'y défendre jusqu'au lendemain à midi.
A trois heures du matin , un qui vive parti de la montagne et suivi d'nn cri de joie annonce l'arrivée du major Olivet. Cet intrépide officier qu'aucun obstacle n'avait pu arrêter, ramenait le 1 26', après avoir enterré ses canons et brûlé leurs affûts.
Le 10, on s'attendait à une nouvelle atfnire, lorsqu'un parlementaire vient annoncer an général Marchand les événements qui ont eu lieu dans la capitale. Les hostilités sont aussitôt suspendues , et la division campe auprès de Grenoble (2).
Ainsi se terminèrent les opérations des deux corps qui formaient l'armée de Lyon.
î) Pendnnl to'if co rnmhal, on vii le bravo g(^iu^ral en retraite iïv Belle faire Je coup de feu à U tête de nos tirailleur^ et ]e^ diriger, (let iuhcpide oilicier-géiiéral était ^orti en grand nniforinc lie sa niaison poui ne mêler' aux defenscui's de Vurci>|)C. Çlj Voir pièces juêtiAcatives note C.
324 nêcis historique
Le duc de Gastiglione ne rougit pas d'adresser, le 1 6 avril , à ses troupes la proclamatioa suivante :
Valence j le 16 avril.
Soldats !
Le sénat, interprète de la volonté nationale, lasié du joug des* polique de Na|>oléon Bonaparte , a prononcé , le 3 avril , sa déchéance et celle de sa famille.
Une nouvelle constitution monarchique forte et libérale et un descendant de nos anciens rois remplacent Bonaparte et son des- )K)tisme.
Vos grades , vos honneurs et vos distinctions vous sont assurés.
Le coqis législatif, les grands dignitaires , les maréchaux, les j^énéraux et tous les corps de la grande armée ont adhéré aux décrets du sénat, et Bonaparte lui-même a, par un acte daté de Fontainebleau le H avril , abdiqué pour lui et ses héritiers les trônes de France et d'Italie.
Soldats , vous êtes déliés de vos serments ; vous Tètes par la nation en qui réside la souveraineté ; vous Tètes encore, 8*il était nécessaire, par Tabdication même d'un homme qui, après avoir immolé des millions de victimes à sa cruelle ambition, n*a pa su mourir en soldat.
La nation appelle Louis XVIII sur le trône; né Français, il sera fier de votre gloire et s'entourera avec orgueil de vos chefs ; fils de Henri IV, il aura voti*e cœur; il aimera le soldat et le peuple.
Jurons donc fidélité à Louis XVIII et à la constitution qui nous le présente; arborons la couleur vraiment française qui fait disparaître tout emblème d'une révolution qui est finie , et bientôt vous trouvères- dans la reconnaissance et dan» Tadmiratioki de
DES OKMTIONS DB L*ÀMIÉB DE LTO». 3Sâ
votre roi et de votre patrie une juste récompense de vob nobles travaux.
Ne croirait-on pas entendre un émigré de Coblenfa^
Le colonel de Cubières, lui aussi , adressa une proclamation à la brigade dont on lui avait confié le commandement ; mais son langage fut tout autre :
« Laissons , dit-il en parlant de l'empereur , lais- « sons à ceux qui l'ont ridiculement encensé dans la < prospérité , Tinfamie d'outrager le malheur , la « grandeur déchue !
a Que les soldats se rallient tous au gouvernement « royal , sans se souvenir de l'appui que lui prêtent
« les armées étrangères Puisse ce gouvernement
« de paix rester gardien fidèle de Thonneur national « et trouver dans la réunion du peuple et de l'armée a la force de résister à d'injustes prétentions, si les « coalisés voulaient un jour insulter ou démembrer « la France. »
Le 24 avril, l'empereur passant à Valence, fit justice en quelques mots de la ridicule proclamation du duc de Castiglione. S'adressant au maréchal luimême : <x Ta proclamation est bien bête , lui dit-il. « Pourquoi ces injures contre moi? Il fallait simple- « ment dire : Le vœu de la nation s'étant prononcé « en faveur d'un nouveau souverain , le devoir de « Farmée exige de s'y conformer. »
Ma , PKKriN HISTimiQrr. DK:) OpAhAllONS IIR L'ARMÊe 0E LYON.
L'armée de Lyon exista jusqu'au 10 juin , époque oii ollo fut complètement dissoute. Le mouvement des (li\ri^ corps qui la coin|)Osaient avait commencé dès le 2il mai. La ville , jusqu'au 14 du même mois , fut gouvernée par le général autrichien baron de Mylius. O jour même le général remit les rênes de TadmiBit- Iration du département du Rhône aux mainsdu comte de Bondy. Le 30 avril , la brigade d'infanterie des troupes alliées occupant la ville s'était mise en marche pour retourner en Allemagne.
FIN DU PRECIS liJSTORIQUE,