CHAPITRE ni
TopografiMlf iaê enviii»i)s de Lyeu et des roules qui y aboutunsaient en 18i4.* — Position de Va,rmée du Rhône après l'affaire deMâcou, le ii mars. — Affaires de Belleville et de Saint- Georges, les 17 et 18. — Préparatifs aeTennomi le 19, dispositions du duc de t!astîglioiiê. — Bataillé j^fensîvêf de Linrioriést. — Etacuatio^n dé Lyon. — Réfléxtehs.
Pour biéd (iitë totAytéûdtè là §taitë dé n(ytr6 rééit, nous croyons utile dé Aùriitër itm l'âpidé dëscfiptirifi topogrâphiqtie du pays; situé siir là rive droite de la Saône, entre Mftéoii et L^oti, ainsi ({ué dé^rotitM ^i, M 1814, renaiefit aboutir paf lé stid ét'paf Tblfest à cette dernière \ille.
De MàéMi à Villéft'afiéhe , c'est^^fei dâiM titi patcoirrs de 9 Keues, li Sâdtie cotite daAf !é fbfad iTufie Vallée bëné et lâi^ge. Là plaidé, etitrecoupUdd légèrp^fftéj^aiif es pendant leë quatre prertiières Kétfés, est parfaitement unie dans lescinq lieues suîfifKëé. h/H
260 PRECIS ÛISTORIQUE
berges, en pentes presqu'insensibles, ne commencent à s'élever qu'à 8 kilomètres de la rive droite de la rivière.
Après Yillefranche, le terrain devient plus ondulé ; la vallée se resserre ; la ligne de hauteurs se rapproche de la Saône jusqu'au confluent de l'Azergues, au-dessous de la petite ville d'Anse. La Saône fait alors un coude prononcé, se dirige vers le sud-est, puis se redresse à Neuville-l' Archevêque pour couler du nord au sud, et vient tomber dans le Rhône, en formant avec le fleuve un angle très aigu.
Le pays situé entre l'Azergues et la Saône, assez plat jusqu'à Lissieu , change ensuite d'aspect. A mesure qu'on s'avance vers Limonest, il se montre plus accidenté, plus mamelonné, c'est le résultat de la proximité où l'on se trouve de la Ugne départage des eaux de la Saône et de celles de son affluent. Cette ligne se dirige par portions brisées, par Saint-Germain-au-Mont-d'Or, Limonest, Dommartin, et court sur une foule de petits sommets de forme oblongue.
Si l'on s'éloigne vers l'ouest, en prenant pour point de départ la Saône, on voit le terrain devenir difficile et coupé. Les pentes sont rapides, les ravins profonds et encaissés. I^a cause en est aux affluents nombreux qui se jettent dans l'Azergues. De MàconàVillefranche h\ Saône ue re^^oil que quelques petits ruisseaux sans importance.
DES OPÉRATIONS DE L* ARMÉE DE LYON. ^6i
Autour de Lyon, dans un rayon d'un myriamètre de la ville, et sur la rive droite de la Saône, la structure du sol est telle que, plus on s'avance vers les faubourgs, et plus le pays est propre à une guerre de défense. Si donc les plaines qui s'étendent de Màcon à Belleville, Villefranche et Lissieu, laissent à une armée forte en cavalerie et en artillerie légère, une liberté d'action redoutable, d'un autre côté, après Lissieu, la multiplicité des accidents de terrain permet à une bonne infanterie, aguerrie et solide de lutter avec avantage contre un ennemi bien supérieur par le nombre.
Pour marcher au duc de Gastiglione, les alliés avaient plusieurs lignes. D'abord la grande route de Paris à Lyon, ensuite le chemin qui, à la hauteur de Belleville, rejoint cette grande route, puisque maîtres du pays de Mâcon à Semur, rien ne les empêchait de déboucher par Beaujeu. Enfin ils pouvaient encore étendre leur mouvement du côté de l'ouest, faire côtoyer à un détachement le pied des montagnes du Charolais, lui ordonner de gagner la route de Moulins et se présenter devant Lyon par Latour-de-Sahagny.
Décrivonsmaintenant le plus succinctement possible la partie des deux routes de Paris à Lyon qui avoiùnent cette dernière place, en les prenant dans la situation où elles se trouvaient au commencement de
La prw»^r«i k pAFtir de W^^} ^^^^ ^^^ ^^ rpu-
laiilq p^ndaqt l'été, mm m Invisr, époque où f|p pa»» sijiiant }€i» faits que nQi)« raçontonsv ^lle était SMJettQ aMx boues à cause dp la naturel grasse des terrçs @t 4e la pépurle des [qatériaux. Ëllç ne cessait 4e hn^ gi^r? d'un cuté, larivepccideat^l^'de la Saâne, {{pnlt Qlle était toujours séparée par 4e vastes prairieSi 4e Tautre^et 4aDs un grand élûignement^ les montagneu 4u Çbarolais qui s^ cppfQn4ept avec c^llf^ 4" P^AijiT joiais vis-^v» la Maison^Blançhe. M^ p«reo«rait «nt plaine riche et fertile parsemée da beauf cbt^tew^» ^ traversait un chemin conduisant au port Saînt-iRO'^ nnain.
A six kilomètres au^çlà de la lfaisQQ*]Slancbit li route passait au milieu di) villagç 4a la Crpîsièr#i et coupait une route faisant çoffimuniqyer Iqs 46ux p^ tites villes de Belleville et JBeaujçu. Cettie dernière, ûtuée dans les montagnes at à trois liapas vers l'oiMSlf Tautre placéasur la rive droite de la Sa4ne à uo.qvail de lieue 4e la Croisière*
Cinq kilomètres plus loin se trouvait lo vîUaSfi 4« Suint-Gfioi^es» construit sur la berga sud qui 498|iQ8 le petit cours d'eau de Yatixonne. A mi-^aiBifl de SaintrGeorges ^l de la ville d'AJise, !a rouis fKanfibil^ sail YilUfrancbe par |ine rua tr^ larga» QrfEle rw wmfinedfiait parune descente et se terminait lu» we côte en pente douce formant un long défilé i|ir<il
DBS OPÉRATIONS DE l'a|||ÉE DE LYON. |HI9
front duqupl eoi^l^it 1^ fui^sgfiu du Niz^r$in4- Qq ar^ rivait eqsuite à Anse, cpnAueut ^e l'Azergues. ])/bs vignQl>l§s tapissai^pt au Iqjp )e» 4iYeps çpteavi^. (Jqs innombrable quantité de ]:{iaisQps d.e cuiiqpçgne oiv naient les sinup^ités des collines. Quelquesruae^, plqs groupées qi|e les autres, composaient, pqr lciur féi^-r nion, le joli village de («ucen^y, dpipipé par up $114 perbe château.
D^ r^utre côté de la Saôqç, qui cpule è^ une d§pni^ lieue, s'élevait en amphithéâtre 1^ petite yille de Ti*é' voiix, ancienne capitale de l^pnnoip^yt^ dePornb^. D'Anse ^u village des Échelles, la route courait au tr^T vers d'une plaine plus étroite. Aux Échelles , elle était tracée sur qne pente en ligne droite, médipcre-r ment longue, mais fort rapide, s' élevant à mi*«:p|e du Ment d'Or jusqu'à une hauteur de 300 nt^tres, et dont le ^onimet était tapissa de bois magnifiques.
ËUe atteignait ainsi les premières maisons de l^irr mpnest, laissait à g4ucbe et ^ droite des niasses de pierres et de blocs provenant de la roche coquilliçre dont %e eopipose le qoyau de la montagne du Uo^ld'Or* pe ce point élevé on distingue \^v^ le nord-re^t les belles plaipes arrosées par ^ S^ôpe» vers le su4'' opest les crêtes des mamelons qui forquepl les soqin^e^ 4^ 1.4 h£Q6 de partage.
Une descente rapide et presque continuelle CQPdM)^
264 PRÉCIS HiSTORiOur.
lins^ un pou en avant du faubourg de Vaise, au travers des vignes, des bosquets, des vergers, des jardins et des maisons de campagne qui décoraient les rives de la Saône autour de Lyon, et rendaient facile la défense des approches de cette place. La route longeait, pour arriver à ce dernier point, les deux petits plateaux de Balmont et de la Duchère, l'un et l'autre d'une grande imporlance militaire, à cause de leur position à l'angle de deux grandes routes qu'ils dominent. Cette importance s'augmentait encore, pour le plateau de la Duchère, de l'existence d'un château, vaste édifice irrégulier placé au point culminant .
Sept lieues avant d'arriver à Lyon, la route de Paris par Moulins franchissait la petite ville de l'Ârbresle, elle se dégageait alors du pays montagneux qu'elle venait de parcourir pour travei^ser des contrées beaucoup moins accidentées, bien que présentant encore des mouvements assez considérables. Au sortir de l'Ârbresle on gravissait la montagne du même nom. par une pente très rapide. On atteignait ensuite Latour-de-Salvagny après avoir dépassé plusieurs autres rampes plus ou moins difficiles tant par leur raideur que par leur détestable pavé. Cette partie de la route était, en 1814, bien loin de présenter la facilité de parcours que des rectifications nombreuses lui ont donnée depuis.
Une pente douce et presque continuelle conduièaiit
DES OPÉRATIONS DE l'aRMÉE DE LYON. 265
de LatouràLyon par un pavé dont rextrème dégra^. dation avait lieu d'étonner aux approches d'une aussi grande villeXyon ne tardait pas à s'annoncerau loin par la richeenceinte de maisons de campagne qui l'entourait, et se laissait deviner en outre par le dôme des Chartreux situé entre la Saône et le Rhône, sur la colline et dans le quartier de la Croix-Rousse. On gagnait alors l'embranchement de la route de Clermont. Une allée de platanes d'une demi-lieue, dominée par le château et les terrasses de Grange-Blanche, menait aux premières maisons du faubourg de Yaise, dont l'entrée, indiquée par la place de la Pyramide, était elle-même à 2 kilomètres du centre de la ville.
Tel était l'ensemble du pays que le duc de Castiglione avait à défendre, telles étaient les deux principales lignes stratégiques par lesquelles il devait nécessairement être attaqué.
Son armée, faible en cavalerie et en artillerie, comparativement à celle du prince de Hesse-Hombourg, pouvait opposer avec orgueil à l'ennemi 12,000 hommes de la meilleure et de la plus solide infanterie du monde, soutenus par 3 régiments de cavalerie. Il était possible d'écraser ses troupes, mais non pas de les vaincre. Le général en chef de l'armée de Lyon savait en outre, que sous très peu de jours il allait être renforcé d'une nouvelle et magnifique division de vieux soldats, arrivant de Catalogne et brùlaut d'en venir
PRÉCIS HISTORIQUE. i8
1266 PftRnS HlfiTORIOUff
aux mains pour défendre le sol sacré de It patrie. Sa conduite était donc bien dessinée, bien nette. U devait chercher à contenir l'ennemi en avant de Lyon, le plus longtemps possible , pour gagner quelques jours et donner aux renforts en marche le tem|>s de le rejoindre , mais ne pas s'engager de manière à compromettre sa petite armée. Contraint de céder du terrain, il choisissait autour de Lyon une position avantageuse, s'y défendait avec la vigueur que comportait le courage et les dispositions héroïques de ses trospes, puis une fois à la tête de la seconde colonne d'Espa* gne, il reprenait l'offensive, dégageait complètement Lyon, rejetait le prince de Hesse-Homboui^ au-delà de Màcon, menaçait le flanc gauche de la grande armée alliée, et mettait enfin à exécution le plan que lui avait tracé TEmpereur.
On objectera sans doute que même aprèsavoir reçu la nouvelle division d'Espagne, l'armée d'Ai^ereau n'aurait pas compté plus de 30,000 hommesen lîgne, et eût été encore d'une grande faiblesse numérique comparativement aux alliés; mais quelle différence entre les vieilles bandes de Suchet et les troupeg allemandes, autrichiennes et hongroises du prince de Hesse ; les premiers combattant dans leur pays )KMir l'indépendance du sol, et avec l'ascendant que donne à de vieux soldats l'habitude de vaincre; les seconds s'avançant avec hésitation dans des provinces. déiM-
DES OPÉRATIlOfiiâ DC LAUlfiK DE I.YON. 267
dues par cet Français, auxquels d^^is ^îngt ans ilf n avaient exi aucune occa^ian pu résister avec avaiH* tage?
Au reste, la lutte que soii tinrent autour de Lyon les faibles divisions d'Augereau, mal engagées, quelque*» fois mal commandées, diront mieux que nous se saurions le faire ce qu'on pouvait attendre de l'armée du- Rhône portée à 30,000 combattant.
Après Tattaque infructueuse et inoppttrtiine de Musnier sur >làcon, te duc de Castiglione concentra à quelques lieuesen avant de Lyon les troupes qu'il avait sur la rive droite de la Saône.
Le général Pannetier, avec la brigade Ëstève (4 ba^ taillons présentant 2,2iOObayonnettes, déduction faite des pertea éprouvées dans les combats précédents) , prit position à Believille-sur-Saôno, occupant la grande route de Màcon et se liant par Saint-Lage» avec 1^ brigade Ordonneau. Le 4*de hussards, attadiè à la division , fut destmé au service dea a¥Mt«postes^ et à éclairer les deux routes de Lyon et Beaujeu. Il avait eu ligne 500 chevaux.
La brigade Gudin, d'une foi*ce à peu près égale à celle de la brigade Ëstève, fut placée un peu en ar^ rière.
Le général Musnier, avec sa première brigade et le 13* de cuirassiers, occupa, oomiDe réserve, les hauteiuradeSaint-4ieorges, tmdis quesa seconde iMrign^
208 PEÉC1S HISTORIQUE
SOUS les ordres du général Ordonneau (4 bataillons des 20*" et 67^ de ligne), renforcée du 12*" de hussards, se porta à rexlrème gauche à Beaujeu.
Le général Bardet, avec 5 bataillons de la division de Nismes et la brigade Pouchelon (4,000 fantassins et 200 chevaux) , obligé de battre en retraite le 1 1 et le 1 2 devant les forces trop considérables du général Hardeck, prolongea son mouvement sur Meximieux d'abord, puis bientôt après sur Monlluel, et vint s'établir le 17 à Miribel, entre la Saône et le Rhône, à cheval sur la route de Genève par Pont-d'Ain.
De leur côté, les colonnes destinées à former l'armée ennemie, dite du Sud, n'éprouvant aucun obstacle depuis la Franche-Comté jusqu'à Màcon, ne tardèrent pas à rejoindre dans cette dernière ville le général Bianchi. Le 11 au soir, le prince de Wied- Runckel y entra avec 4,000 hommes. Le 15, plusieurs régiments de cavalerie légère, vélites, hongrois, croates, opérèrent également leur jonction, et enfin le 16, le général en chef prince de Hesse-Homboui^ arriva lui-même, suivi de 8,000 hommes. Le 17 au matin, les alliés avaient sur la rive droite de la Saône plus de 40,000 combattants, et 8 à 10,000 sur la rive gauche, sous les ordres du prince de Cobourg et du général Hardeck.
Le prince de Hesse-Hombourg, fier de sa grande supériorité numérique, se décida alors à attaquer le
duc de CastigHone. Maître des ponts de la Saône à Màcon, il avait sur nous un avantage immense, celui de pouvoir à volonté jeter des troupes sur Tune ou l'autre rive. Le maréchal Augereau, au contraire^ n'ayant pour franchir la rivière que les ponts de Lyon, était obligé à un long circuit pour obtenir le même résultat (1). Le prince avait, d'après cela, à choisir entre trois plans pour nous aborder. Laisser en face de Belleville un fort détachement pour nous contenir, passer avec le reste de ses troupes sur la rive gauche, écraser le général Bardet et se présenter devant Lyon par la Croix-Rousse entre la Saône et le Rhône ; ou bien mettre à profit sa nombreuse cavalerie légère et nous livrer bataille dans les plaines que traverse la grande route de la Saône ; ou enfin, mas-
(1) On a reproché au duc de Castiglione de n'avoir pas fait sauter les ponts de Hâcon , après s'être emparé de cette ville , afin de ne pas en laisser la libre jouissance à Tarraée ennemie. Mais il ne faut pas oublier qu'au moment où le corps du Rhône chassa les troupes du comte de Bubna, il était impossible à Augereau de prévoir qu'il serait obligé, peu de jours après , d'évacuer le pays et de se replier devant une armée triple de la sienne. 11 ne faut pas oublier qu'au moment oiioeUe armée du Sud entra en ligne contre nous , le maréchal était à Lons-le- Saulnici , que ses forces étaient trop peu considérables pour qu'il lui fut possible d'en laisser une partie a Mâcon, qu'enfui lorsqu'il xnulut uiairluM «le Lons-le-Saulnicr sur le chef-lieu de Saôue- ♦'t -Loire, b^ allit'o occupaient déjà follement li position.
270 HlÉCh» HKTOMQUE
qner sou mouvement véritable par une fausse démonstration sur Belleville, et déborder notre extrême gauche par le pied des montagnes du Charolais.
iiO prince s'arrêta à ce dernier parti : c'était le moins avantageux pour lui, vu les résultats qu*il procurait, puisqu en opérant de celte manière, on paralysait en partie Taction de la cavalerie autrichienne • et on nous rejetait natureltemetU sur Lyon au tîeu de nous en éloigner.
Le 1 7 au matin, quelques troupes légères de Tarmée alliée se présentèrent devant Belleville, et attaquèrent faiblement notre avant-^arde, tandis que j^us de vingt mille hommes se déployaient sur une ligne fort étendue, de la Saône à Beaujeu. manœuvrant dans le but de tourner notre gauche, si elle n'était pas fortement gardée, et de se borner, dans le cas où elle le serait , à une simple démonstration.
Le duc de Castiglionc, convaincu de l'impossibilité de tenir à Belleville , se hâta de replier sa droite , et vint s'i3tablir à quatre kilomètres en arrière, en avant du village de Saint-Georges. La brigade Ordonneau , pendant ce mouvement de notre droite , se maintint vigoureusement à gauche, et Tennerni, soit qu'il crUt difficile de la rejeter de sa position, soit qu'il voulût attendre au lendemain pour attaquer sérieusement , ne poussa pas plus loin , et vint bivouaquer en face de nous.
DES OPÉRATIOMS «£ L AEM£E DE LYON. 271
Tout présageait pour le jour suivant une atfrâe importante ; tout indiquait , de la part de l'ennemî , l'intention de tourner notre gauche , et de nous rejeter sur Lyon. Le maréchal le comprit , et prit ses dispositions en conséquence.
Le 17, au soir, il prescrivit à la division Pannetter de se former : la droite sur le petit mamelMi de Mané, entre la Saéne et Saint-Borges; le ceatrfi, sur le plateau qui domine la rive gauche du raissMu de Vauxonne ; la gauche, à Longsard ; le 4* busards occupa la grande route et couvrit ce débouché; la brigade Ordoaneau et le 1 2' de hussards furent laissés sm* les hauteurs qui s'élèvent au-dessus de la petite ville de Beaujeu* Le reste de la division Musai«t' ^t le 13* de cuirassiers, formant la réserve, se rappro^ chèrent de la division Pannetier , et vinrent s'établtr sur le plateau des Àroas, observant l'embrancfaemeat des routes de Beaujev et de Màcon.
Bardet conserva sa position de Miribel , ayant en face de lui la division Hardock qui n'avait pas bougé pendant la recooiiaissance de la journée.
Le 18 9 à dix heures du malin , le prince de Ue«ise^ Uombmirg prononça son mouvement oSensif. lime partie du corps du général Wimphen appuyé parla brigade Hessoi&e, du général Gail (lO^OOU bonitnes d'infanterie et 600 chevaux) , marchèrent piar la grande route droit au général Pannetier. La division
272 PRECIS HISTOIUQL'L
Bianchi (8,000 hommes) se présenta devant Longsard, tandis que la division Wied-Runckel (9,000 combattants) aborda la brigade Ordonneau. Un faible détachement fut dirigé le long de la rive droite de la Saône pour inquiéter notre extrême droite, et le reste du corps de Wimphen (environ 8 à 10,000 hommes) avança en V ligne, manœuvrant pour déborder noti*e gauche et appuyer l'attaque du prince de Wied- Runckel.
Plus de 30,000 hommes et 50 bouches à feu venaient donc heurter les deux faibles divisions Musnier et Pannetier, soutenues par trois régiments de cavalerie et 24 canons ou obusiers. Le duc de Castiglione allait avoir à lutter contre des forces presque triples des siennes* Ce n'était plus assez pour lui du courage du soldat , il lui fallait le génie manœuvrier et le coup d'œil d'un général habile et expérimenté.
Le combat commença par l'attaque du plateau de Marzé. La droite delà division Pannetier, abordée assez franchement par la tête de colonne du général Wimphen , se défendit vigoureusement pendant plus d'une heure. Forcée de céder au nombre, elle se replia en bon ordre sur le centre, aux mains, en avant de Saint-Georges, avec toute la division Bianchi.
Après deux heures d'un engagement des plus vifs , durant lequel tous les efforts de l'ennemi vinrent se briser contre la valeur de nos braves troupes de Gâta-
DES OPÉRATIONS DE l'aRUÉE DE LYON. 273
logne , la réserve allemande , deuxième colonne du général Wimphen commençant à entrer en ligne sur notre gauche, et la division Wied-Runckel ayant profité de ce renfort pour se placer entre le général Ordonneau et notre centre, le général Pannetier fut contraint d'évacuer sa position, et de se replier sur la partie de la division Musnier établie aux Arnas ,' et formant notre réserve.
Le maréchal sentit aussitôt la nécessité d'arrêter les progrès de l'ennemi qui ne tendaient à rien moins qu'à nous couper de notre gauche. Le général Ordonneau tenait toujours à Beaujeu. Il fit soutenir les brigades Gudin et Estève en leur prescrivant de reprendre l'offensive. En ce moment même la brigade hessoise 's'abandonnait , sans discernement , à la poursuite de nos troupes en retraite. Le 4'' de hussards, commandé par le colonel Christophe, profite de cette faute , il se forme en colonne par escadron , se jette sur le général Gall, culbute, sabre sa brigade, dont il détruit presqu'en entier un des régiments. Le 20* de ligne s^arrête , se rompt en colonne d'attaque , et reprend au pas de charge le village de Longsard qu'il vient d'abandonner. En vain , le général Haugwizt , l'un des lieutenants de Bianchi , cherche à s'opposer au torrent , il est grièvement blessé , sa brigade recule , le désordre commence à se mettre dans toute la division. Le général Wim-
274 PEEcis uisTOiiiguK
phen, à cette vue, accourt avec des troupes fraîches, une batterie nouvelle , rallie la division Bianchi , rétablit le combat, et le feu recommence avec acharnement au centre: jusqu'au soir, et malgré notre inférioi*ité numérique, nos braves régiments soutiennent le choc de Tennemi.
Vers les cinq heures , les quatre divisions alliées engagées contre nous, s'étant renforcées des troupes de leurs nombreuses réserves , la division Pannetier fut obligée d'évacuer une fois encore sa position. I^ duc de Castiglione , qui s'était bravement exposé à plusieurs reprises , qui même avait failli être sabré lui et son escorte , par le régiment des dragons de l^tour, au moment où il s'avançait pour reconnaître les mouvements de l'ennemi , le duc de Castiglione , dont la faible armée se battait depuis le matin avec une héroïque constance, convaincu qu'il ne pouvait lutter plus longtemps sans s'exposer à un désastre , douna l'ordre de la retraite.
Il le marqua sur Limonest à une lieue en avant du faubourg de Yaise. Il était temps. La brigade Ordonneau commençait à être tellement coupée qu'elle dut s'ouvrir un passage de vive force au travers de la division Wied-Runckel, tandis que le 1 3^ de cuirassiers, pour favoriser son mouvement et dégager une batterie de réserve fortement compromise, exécutaitune charge des plus brillantes, protégée par le feu du 7* de ligne.
DES OPÉKATtOMS WÊL LAMKE DE L\0^. 275
La retraite eootinya alors sous la protodioii éa la brigade Ordooneau. Elle s'effectua dans \e meillear ordre. Au moment où la gauche d« la division Pannetier franchissait le défilé de Saint-Georges, le général Bianchi, dans l'espoir de culbuter notre arrièregarde, lancia contre elle la brigade des cuirassiers de Lédérer. Le 67® de ligne laissa ces cavaliers s'apptocher jusqu'auprès d'eux, puis faisant brusquement voMe-iice, il les reçut à bout portant par une décharge qui leur démonta 200 hommes. Ce coup de vigueur ralentit immédiatement la poursuite.
Grâce à la valeur de nos vieux cavaliers, grâce à l'aplomb de notre infanterie d'Espagne, le 18 au soir, le duc de Castiglione put s*établir à Limonest* Nul doute cpie cette adaire de Saint Georges n'eût été désastreuse pour nous, si notre petite armée n'avait été composée de sèldats aussi braves et aussi aguerris.
Notre perte (1 ,000 hommes tués ou blessés) , hien que moitié de celle de l'ennemi, n'en était pas moins d'autant plus sensible que nos forces étaient très inférieures aux siennes. Il eut 2,000 homioes hors de combat. Lé viHage de Saint-Georges *était couvert de ses morts.
Pendant toute 4ine journée, la faible armée du duc de Castiglione avait eu la gloire de lutter avec awntage contre des forcés presque triples. Le maréchal, si ses manoeuvres ne sont pas exeouptes de critiqne,
puisqu'une de ses ailes avait été quelque temps compromise, avait au moins retrouvé à ce combat l'énergie de ses premières années.
Dans la nuit du 1 8 au i 9, la première colonne de la 2' division d'Espagne entra à Lyon. Elle se composait d'un bataillon du 32Méger, et un du 116« de ligne, formant 31 officiers et 1,619 hommes de troupes. Elle était sous les ordres supérieurs du général de brigade Beurmann, commandant provisoire de toute la division^ et sous le commandement direct de l'adjudant commandant Ricard. Dans la journée du 19 arriva la 2« colonne, les deux premiers bataillons du 79' de ligne composés de 40 officiers et 1,760 sousofficiers ou soldats sous les ordres du colonel du régiment, Gay, et les deux premiers du 116®, 1,250 combattants.
La journée du 19 se passade part et d'autre en préparatifs. L'ennemi concentrait ses forces pour livrer une bataille décisive dont allait dépendre le sort de Lyon. Le duc de Gastiglione décidé à l'accepter, mais ne se croyant pas assez fort pour prendre à son tour l'offensive, cheVcha à deviner les projets du prince de Hesse, et expédia ses ordres. La position qu'il avait fait occuper à ses troupes sur les hauteurs de Limonest était belle et facile à défendre, elle couvrait les abords de la ville, pouvait être disputée avec avantage par des troupes aussi bonnes que les siennes, et tout
DE» OPÉRATIONS DE l' ARMÉE DE LYON. 277
devait lui faire espérer un succès qui donnerait au reste de la division d'Espagne le temps d'arriver (1).
Le 1 8, après l'affaire de Saint-Geoi^es, l'armée de Lyon avait été formée en avant de Limonest. La division Musnier et le 4* de hussards en première ligne et à cheval sur la grande route de Mâcon. La division Pannetier et les deux régiments de cavalerie du gé^ néral Digeon, avec l'artillerie en deuxième ligne. L'ennemi porta ses avant-postes au village des Échelles.
Les mouvements de l'armée alliée, dans la journée du 19, pour se rapprocher des confluents de la Brevenne et de l' Azergues vers Lozanne, indiquaienttrop son intention d'agir sur notre extrême gauche par la routede Moulins, et détourner ainsi, la position 4e Li-
(i) Le colonel Kock dit dans son ouvrage (tom. 2, pages 254 et 255) : Le marëchai avec ses 10,000 hommes ne pouvait cependant se flatter d*y arrêter les anglais, jusqu'à Tarrivée de la 2e division, tirée de Catalogne, etc.
D'abord nous prouvons par des chiffres pris sur les situations officielles que le duc de Castiglione disposait au 20 mars de plus de iO,000 hommes ;, nous ajouterons qu'une partie delà 2« division d'Espagne arriva assez à temps pour prendre part à l'affaire, et que le reste de ces belles troupes entra à Lyon au moment où l'on se décidait à l'évacuation, que par conséquent il ne s'agissait pas pour le maréchal de gagner plus d'un jour. Enfin, nous prouverons par le récit même de la bataille de Limonest que sans la faute du général Musnier, l'affaire était loin de tourner à l'avantage de Tennemi .
278 9nÈa& ■istmique
mones^pour que le due de CastiglioiMi pût prendre le change. Aussi, le 20 dès l'aurore, nos troupes se rangèrent de la manière suivante :
L'aile droite, sous les ordres du général Musnier, occupa la suite des hauteurs qui s'étendent de Couzon au ruisseau de Semonet par Limonesl, coupant à angle aigu la grande route de Màcon. En première ligne se déployèrent : le 2^ bataillon du 32* léger, 588 combattants; le 1®' du 2® régiment de Toulon, 600; le 6* du 24* de ligne, 700 ; 6 bouches à feu servies par 1 50canonniers de divers corp». En seconde ligne, la bngade Ordonneau, 1*' et 2^ bataillons des 20* ei 67* de ligne, 1,940 hommes officiers compris. Sur les ailes, 1,090 chevaux des 4* de hussards et 13' de cuirassiers.
Le centre sous le commandement du général Pannetier se déploya de DardiUy au ruisseau de Semonet.
11 était formé par labrigadeGudin, 1*' et 2* bataillons des V léger, 16* de ligne, 2, 400 hommes et 6 bouches à feu sei-vies par 120 canonniers.
La 2*" brigade de la division Pannetier, sous les ordres de son chef le général Ëstève, se plaça entre DardiUy et Grange-Blanche. Elle se composait des T'et 2« bataillons des 7* de ligne et 23* léger, 2,200 combattants, 6 bouches à feu) 100 canonniers.
L'aile gauche, sous les ordres du général Digeon, prit position à Grange-Blanche, à l'embranchement
DES OPÉRATIONS DE l' ARMÉE DE LYON. 279
(]es grandes routes de Moulins et de Clermont^ et sur le plateau d'ËcuIly. Elle se composait : de la brigade d'avant*gar(te de la 2"" division d'Espagne, i*' bataillon du 32*» léger, »08 hommes; !•', 2» et 3* du UÔ" de ligne, 2,250, arrivés dans la nuit du 18 au 19, et commandés par le général Beurraann; du 12' de hussards, 420 chevaux, et 6 pièces servies par 130 artilleurs.
Cent chevaux, dont la plupart âhat 4* des gardes- (rhonneur et un bataillon des gardes nationaux en général Rémond, furent envoyés à Latour-de-SaKagny. Le reste de la brigade Rémond fut laissé à Lyon avec 9 pièces de réserve.
Le général Bardet resta en position entre la Sâàne et le Rhône. H se maintint à Miribel avec quatre bataillons de la division de Nîmes, 6** des 60* de ligne, 10- et 23- léger, 7Mu 67% en tout 2,120 combattants ; deux bataillons de la brigade de Pouchelon, 2e ^ 24% détachements des 16' et 145® réunis, 1,080 hommes; 200 chevaux des 1®' de hussards^ 4" et 31*" de chasseurs; 6 bouches à feu servies par 75 canonniers(l).
(I) Ces 6 bataillons de la division de Nimes furent Fobjet des I éckunations du maréchal Augercau, qui trouva ces troupes mal ("'quipées, lorsqu'elles lui arrivèieni à Lyon. Il s'en plaignit au duc de Fcltre ; celui-ci envoya la lettre du duc d« Gasiiglione à
'?H0 PRRCIS HISTORIQUE
I^ V bataillon du 60'' de ligne avait été laissé au général Marchand lors de la marche sur Genève.
Le 6' bataillon du 115* de ligne, fort de 570 combattants, ayant pour s'éclairer 24 gendarmes à cheval, prit position à Caluire, sur le plateau qui commande la rive gauche de la Saône et la rive droite du Rhône, en avant de la Croix-Rousse et à peu de distance de l'embranchement des routes de Genève par Bourg et Pont-d'Âin. Le duc de Castiglione renforça cette troupe par les deux premiers bataillons du 79' de ligne, arrivés à Lyon dans la nuit du 19 au 20 mars, sous le commandement du colonel Gay, 1,800 hommes.
On voit par cet exposé que le maréchal Augereau, au moment de la bataille de Limonest, avait en ligne :
l"" Sur la rive droite de la Saône, 1 1,580 hommes d'infanterie, 1,510 de cavalerie, 24 bouches à feu servies par 500 canonniers, une avant-garde de 500 fan-
Pompereur, ce dernier répondit au ministre de la guerre le 96 février :
« Monsieur le duc de Feltre , écrivez au duc de Castiglione a qu'il est ridicule qu'il croit ne pouvoir pas compter pour la a campagne sur les troupes de Nîmes. Faites-lui connaître que « j'ai à mon année beaucoup de monde en habits de paysans et « beaucoup de troupes de ligne qui ne sont sous les drapeaux que a depuis trois joui*s. Qm si jeune que soit Vinfanîerie française^ « elle est toujours plus brave que Vinfanîerie wurtimbergwUê , « autrichienne ou bavaroise. »
tassins et 100 chevaux à Latour-de-Salvagny, une réde 3,500 gardes nationaux et 9 pièces à Lyon;
2** Sur la rive gauche, 5,570 fantassins, 224 cavaliers, 6 bouches à feu et 75 artilleurs.
Total général , 19 à 20,000 hommes de troupe de ligne, 4,000 de gardes nationaux, et 39 bouches à feu.
Le général Musnier eut ordre de défendre à outrance les hauteurs de Limonest, Saint- Romain , les crêtes du Mont-d'Or et la route de Màcon.
Le général Pannetier d'appuyer , avec la brigade Gudin , soit la division Musnier , soit la brigade Estève, selon queTennemi attaquerait plus ou moins vigoureusement notre droite ou notre centre.
La brigade Estève, placée à Dardilly , au-dessus du ruisseau encaissé des Planches, occupant les.sommets boisés qui commandent la route de Moulins, eut pour mission de tenir dans sa forte position, dé prendre à revers les colonnes qui déboucheraient par Latour^le-^ Salvagny , et de lier les généraux Pannetier et Digeon.
Ce dernier faisait face à la grande route de MouHns et à celle de Clermont , devait couvrir les abords de Lyon , du côté de Fourvières et du faubourg de Yaise. Son poste était des plus importants et des plus périi* leux , puisque les mouvements préparatoires de l'ennemi faisaient présumer que tous ses efforts seraient dirigés contre notre gauche. N'
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Quant au général Bardet , le duc de Gastiglione , pour toute instruction , lui dit que l'armée tout entière se trouverait obligée d'abandonner ses positions sur la rive droite de la Saône , et de rentrer précipitamment dans les murs de Lyon , dès l'instant où luimême quitterait Miribel et Caluire*
De son côté, le prince de Hesse-Horobourg avait fait ses dispositions d'attaque. Après le combat de Saint-Georges, persévérant dans son système de dé* border notre gauche ,v 'Ulant , en outre, couvrir la route de Mâcon , double résultat que la grande supériorité de ses forces lui permettait facilement d'atteindre , il plaça le 6'' corps allemand en réserve à Anse, étendit ses autres troupes sur sa droite, en sorte que le corps de Bianchi s'approcha de Dommartiu , celui de Wimphen gagna Ghasselay, et que, le 19 au soir, ces généraux étaient établis sur deux lignes entre les deux routes de Lyon.
Le prince pouvait , sans nul doute , abréger la ItMK taille qu'il allait livrer, en portant ?a masse de ses forces le long des deux rives de la Saône pour rejeter de Lyon le duc de Gastiglione et le général Bardet ; car, dans ce cas, s'il réussissait à se placer, d'une part, entre la Saône et Limonest, de l'autre entre la Saône et Miribel , il forçait ses deux adversaires a battre en retraite par deux lignes divei^ntes , l'une menant aux montagnes de l'Auvergne, l'autre à celles
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(lu Dauphiné. Dans le cas où il éprouvait trop do résistance, il les inquiétait assez pour les contraindre à se renfermer prompiement dans Lyon. Néanmoins il n'adopta pas ce plan. Peut-être, malgré sa nombreuse armée et sa forte arlillerie , craignit-il de s'engager dans le demi-cercle du pays accidenté et difficile qui s'étend entre la route deMàcon et la Saône, en avant
et sur la gauche de la Croix-Rousse, surtout sachant quels adversaires il avait à combattre.
Quoi qu'il en soit, il préféra opérer par sa droite. Le général Bianchi avec 12,000 hommes d'infanterie, 3,000 chevaujc et 50 bouches à feu, reçut l'ordre de se diriger, le 20 , dès l'aurore , sur Latour-de-Salvagny, d'emporter cette petite ville, et de se déployer innnédiatement' entre la route de Moulins et Doiymarttn ; de former ses colonnes d'attaque partie sur la route , partie en face le col situé entre les sources des ruisseaux de Semonel et des Planches. 11 devait alors marcher sur Grange - Blanche et Lyon , tandis que 6 ou 700 tirailleurs, s'étendant sur les hauteurs cl droite, chercheraient à tourner, ou du moins à inquiéter notre extrême gauche , s'avauçaut par les crêtes depuis Latour-de-Salvagny jusqu'à Saint-Germain et Francheville.
Lue (ois le terrain déblayé entre Dommartin et Lissieu , la colonne du générai Wimphen devait entrer en ligne contre uolre centre. Elle se compo^il
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(le 12,000 fantassins. 1 ,000 cavaliers et 24 bouches à feu.
Une forte brigade de 5,000 hommes détachée de ce corps, celle du général Mumb , avait pour mission de filer, dès le commencement de la bataille, le long de la rive droite de la Saône , d'attaquer et d'enlever les hauteurs de Couzon , de maintenir notre droite et de l'empêcher de porter secours au centre et. à la gauche.
La division Hardeck et la brigade Cobourg (4,500 fantassins, 1,000 cavaliers et 24 bouches à feu), opposées au général Bardet , devaient faire tous leurs efforts pour le culbuter et jeter sur la route de Vienne leur cavalerie , afin d'inquiéter nos derrières , et de compléter au besoin le blocus de Lyon.
Le 6' corps allemand, 16,000 fantassins^ i,200 chevaux et 60 pièces, formant la réserve, ne devait pas abandonner la grande route de Mâcon, et se rapprocha de Limonest.
Le combat s'engagea en même temps vers notre droite et à Latour-de-Salvagny. Ce dernier point , abordé par la tète de colonne du général Bianchi, fut évacué par notre faible avant-garde, tandis que la division Musnier luttait avec la brigade Mumb.
Le corps de Bianchi ne tarda pas à se présenter avec des forces considérables , et surtout une artillerie formidable devant la position de Dardilly. Le général
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Pannelier, malgré l'inégalité du nombre, soutint d'abord le choc; mais par une fatalité déplorable, au moment où nos troupes luttaient avec vigueur au centre, le général Musnier, voyant sur sa droite filer une partie de la brigade Mumb, au lieu de l'atlaquer, de la culbuter des hauteurs de Couzon et de la jeter dans la Saône , prit l'alarme • se figura être tourné , pensa qu'il allait se trouver coupé de sa ligne de retraite sur Lyon . et abandonna sa position. Par une autre fatalité non moins déplorable , le duc de Gasti* glione quittait en cet instant le terrain où sa présence eût été si nécessaire, pour rentrer dans la ville.
Ainsi, les ordres formels du maréchal étaient enfreints par un lieuterant inhabile qui , dans cette circonstance, montra une faiblesse inqualifiable, et le maréchal lui-même, oubliant le premier, le plus simple devoir d'un général en chef, celui de ne pas perdre de vue son armée pendant l'action , s'éloignait du champ de bataille. Qu'allait-il faire à Lyon? C'est ce que nous ne saunons dire; mais il nous est permis de croire que s'il eut agi le 20à Limonest, comme il l'avait fait Je 18 à Saint -Georges , il eût aperçu Musnier se repliant devant la gauche de l'ennemi, mettant à découvert le général Pannetier, il eut pu remédier au mal, se porter à la tête de notre droite, Ja ramener au combat, empocher son chef de cédoi^ son aberration inconcevable, et les conséquence^ de celte
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faulo cîipitalc n'eussenl pas rejailli sur tout le reste de la bataille.
I.e général Pannelier, cependant, voyant la droite laire nno relraile qui le laissait à découvert, ne pouvant qu'avec beaucoup de peine répondre à l'artillerie bien supérieure de renneini, pensant, d'après la con duile du général Musnier, que ce dernier avait été coniraini d(» cédera des forces par tro|) considérables, crui iniilile et n;éine imprudent de prolonger fea résistance. H lui send)la que se maintenir plus longlenips pouvait compromettre le salut de l'armée, celui de Lyon, et il envoya l'ordre au général Estève d'évacuer la belle et forte position de Dardilly. Il suivit en bon ordre le mouvement rétrograde de son collègue, el gagna lentement la route de Mâcon.
Le général Bianclii, étonné de se trouver aussi facilement maître du plateau, objet de ses efforts, s'empressa de le faire occuper par une partie de ses troupes, presque toute son artillerie, et se prépara à poursuivre ses succès en descendant sur Grange-Blanche, tandis que le général Wimphen, prévenu, entrait à son tour en ligne, pour appuyer ses opérations.
A notre aile gauche, les choses étaient bien différentes. Le brave général Digeon, qui comprenait son devoir autrement (|ue le général Musnier, et qu^on avait laissé dans l'ignorance la plus com[)lète de ce qui se passait à l'aile droite, observait avec calme toutes
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les manœuvres de l'ennemi sur son front , se tenant prêt à faire la plus énergique résistance. Vers les onze heures, croyant le moment favorable pour opérer une diversion utile à la brigade Estève, qu'il suppose toujours à Dardilly, il ordonne au général Beurmann de prendre trois de ses quatre bataillons, deux escadrons, 4 pièces, et de marcher sur Latour-de^Sahagny. Ce mouvement offensif, dont le but était de faire une. diversion en faveur du centre, s'effectuait à l'instant même où le général Bianchi se préparait à poursuivre les généraux. Estève et Pannetier, et où la brigade Mumb, continuant à pousser le général Musnier, se rapprochait des faubourgs de Lyon.
Bianchi s'empresse de détacher les 8,000 hommes de la division Wied-Runckel pour les opposer à la colonne de Beurmann, et le combat s'engage vigoureusement sur la route même de Moulins, à la hau* teur de Dardilly. Notre faible détachement soutient d'abord avec' audace le choc de lennemi, mais le gégéral Beurmann ne tarde pas à comprendre qu'il se passe quelque chose d'extraordinaire au centre. En voyant les forces qu'on lance contre lui, il devine l'évacuation de la position pnr la brigade Estève. Le mouvement du major autrichien, Nageldinger, dont les tirailleurs forcent de marche à notre exliême gauche, le confirme dans ses prévisions. Il se replie aussitôt sur Grange-Blanche, toujours combattant et
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mainteDaut le priuce de Wied-Uuuckel qui ne peut l'entamer, et ne tarde pas à rejoindre le commandant de Taile gauche.
Le général Digeon ne se dissimule pas la difficulté de la position, néanmoins convaincu de l'importance de tenir à Grange-Blanche, puisque c'est le seul moyen de rétablir les affaires, il prend immédiatement de nouvelles dispositions pour résister à.toute eltrémité. L'eml)ranchemcnt des routes de Clermont et Moulins sur Lyon est commandée à droite et àgauche par deux mamelons assez prononcés; il placesurle premier l'adjudant commandant Ricard avec le bataillon du 32' et le 3' du 116% se met lui-même à la tête des deux premiers du 116^ qu'il forme sur le second, dispose son artillerie de manière à enfiler la route de Moulins, et ordonne au brave Golbert du 12* de hussards do rompre son régiment en colonne par escadrons, et de se tenir prêt à refouler tout ce qui se présentera sur la route.
Cette manœuvre effectuée, il reçoit avec intrépidité la division Wied-Runckel d'abord, puis bientôt la majeure partie du corps tout entier de Bianchi, remplacé à Dommartin et Dardilly par les troupes du général Wimphen. Jusqu'à cinq heures les alliés ont beau présenter sans cesse de nouveaux renforts, ils ne peuvent Tentamer.
Vers les trois heures cependant, notre droite et notre
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centre ayant été ramenés jusqu'aux portes de Lyon, le bruit du combat finit parfaire sortir le duc de Castiglione de sa singulière léthargie. Avec le courage de soldat qui était un des traits distinctifs Je son carac*. tère, plus propre à un coup de main qu*à de grandes combinaisons, il s'empresse de remonter à cheval et de se porter en avant. Il reconnaît alors par lui-même combien son absence a été préjudiciable à son armée. La retraite de Musnier et dePannelier était trop prononcée pour qu'il fiil possible de remédier complètement au mal, néanmoins le maréchal ne juge pas la bataille entièrement perdue. La gauche tenait toujours, prolongeant une défense héroïque, il comprend que là est son ancre de salut; il se hâte d'envoyer au général Digeon le 13® de cuirassiers, 2 bataillons de la brigade Esté ve, une demi-batterie légère commandés par le général Guillemet. Lui-même harangue les troupes du centre et de la droite, les guide jusque sur les hauteurs de la Duchère et de Rochecardon, couronnées par les masses imposantes de l'ennemi, fait enlever au pas de charge ces deux mamelons, culbute les Autrichiens, et se trouve bientôt maître de nouveau d'une partie des positions qu'il occupait le matin.
Le combat recommence et se soutient sur ces deux points jusqu'à la nuit.
A gauche, le général Digeon, renforcé au moment
'2*^0 PRÉCIS nissTORiQui:
OÙ il allait être obligé de céder au nombre, continue son héroïque défense, mais tout le corps du général Wiraphen avait eu le temps de se déployer, d'entrer on ligne, et de remplacer devant le front de sa posilion la division de Wied-Runckel. Ordre fut donné à ce prince des'ctcndresnrsa droite, en sorte que ses I i railleurs ne trouvant plus d'obstacle du côté de Sainte- Foy, ne tardèrent pas à se trouver presqu'à l'entrée des faubourgs de Lvon.
La position n'était plus tenable, d'ailleurs la longue résistance de notre gauche avait épuisé ses munitions. Le jour commençait à baisser, la droite se repliait sur Lyon, il fallut songera effectuer la retraite et à rentrer dans la ville. L'ennemi devenait de plus en plus entreprenant, un bataillon du H6* en potence au pied du mamelon de gauche, et engagé avec les tirailleurs autrichiens, était vivement pressé; le général Digeon ordonne un mouvement à ses deux régiments de cavalerie, afin de laisser à l'infanterie et à l'artillerie le temps de se former en colonne. Le 13« de cuirassiers prend aussitôt la charge sur la route de Moulins, le 12* de hussards sur celle de Clermont. Le premier sabre sur ses pièces les canon niers d'une batterie ennemie et s'empare des avant trains; le second culbute le régiment de Hiller, lui fait 400 prisonniers, dont le colonel, et tous deux reviennent avec leurs trophés.
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\À se termina la bataiiie de Limonest. Nos troupes s'établirent au bivouac en face de celles de l'enneaii, et tout autour de la ville, tandis que le maréchal rentrait lui-même à Lyon, à neuf heures du^soir. Nous avions perdu près de 1.200 hommes, l'ennemi plus de 3,000. Comme à l'afTaire de Saint-Georges, notre faible armée avait eu à combattre des forces triples. Elle avait montre une contenance, une valeur admirables, mais une partie seulement des généraux avait été à la hauteurs de leur nob e mission et du dévouement absolu delà troupe.
Tout nous porte à penser que si, dans celte circonstance critique et décisive, le maréchal Augereau avait fait son devoir, en restant de sa personne sur le champ de bataille depuis le commencement jusqu'à la fin de Taclion, il eût pu, à l'instant même où elle eut lieu, et non pas trois heures après, remédier à la faute du général Musnier. L'armée eût alors conservé ses positions à la droite et au centre aussi bien qu'à la gauche, et le lendemain, renforcée par le reste de
la 2^ division d'Espagne, elle fût peut-être parvenue à reprendre à son tour l'offensive. Chose bizarre, les positions les plus fortes étaient celles de Limonest et de Dardilly, la lus faible celle de Grange-Blanche. Le premier point abandonné est Limonest, la perte du plateau de Dardilly en est la suite, et c'est à Grange- Blanche que la résistance se prolonge jusqu'à la nuit»
292 PRÉCIS IIISTUKIUUK
malgré les efforts d'un ennemi déjà à moitié victorieux ! La valeur et les talents du général Digeon, pas plus que les dispositions tardives du duc deCasliglione et sa bravoure pei'sonnelle ne purent, hélas! détruire les conséquences d'un premier échec difficile à prévoir, mais dans le principe bien facile à éviter.
Tandis que l'affaire principale avait lieu sur la rive droite de la Saône, sur la rive gauche le généralBardet et le colonel Gay étaient aux prises avec les généraux Hardeck et de Cobourg.
Le général Hardeck, plus fort en cavalerie qu'en infanterie, avait cherché à effrayer le général Bardet par ses manœuvres, mais sans essayer contre lui rien de bien sérieux. Il attendait pour agir le résultat de
l'attaque plus importante du prince de Cobourg sur
la route de Trévoux près Caluire. En effet, si cette diversion réussissait, Bardet, pris à revers et entre deux feux, se trouvait dans une position fort critique. Vers le milieu de la journée, le prince se porta franchement sur le plateau de Caluire, mais il fut arrêté court par une défense à laquelle il ne s'attendait d'autant moins qu'il supposait la position occupée par une partie des jeunes troupes de la division Bardet, et nullement par les vieux soldats de Catalogne. Ordonnant alors à quelques escadrons de hussards de se former en colonne, il les lance sur le 79' de ligne. Le régiment français attend la chargeavec calme et sang-froid.
la reçoit à coups de fusils, culbute la cavalerie autrichienne, marche au pas de charge sur l'ennemi, te ramène jusqu'au-delà de l'embranchement des deux routes, en sorte que cette diversion, essayée par les troupes de la rive gauche, n*a aucun résultat pour te prince de Hesse.
Mous ne croyons pouvoir mieux terminer le récit de celte bataille qu'en mettant sous les yeux de nos lecteurs une partie du rapport officiel du duc de CastigUone au ministre de la guerre.
« Ce brave général (le général Digeon) opposa
« une résistance inébranlable à toutes les attaques, et « se couvrit de gloire ainsi que ses troupes. Leur « conduite est au-dessus de tout éloge. L'ennemi « éprouvait un mal horrible et présentait toujours de « nouvelles troupes qui étaient de suite culbutées. Les « résultats ne furent pas aussi heureuœ à la position a de Limonest. Les généraux qui y commandaient ré- « sistèrent faiblement atAX attaques dirigées contre « euXj et abandonnèrent cette position, dont ils nesen-^ (( tirent pas Vimporlance, pour descendre dans le « faubourg de Vaise. L'ennemi profila de cette faute, « dont il sentit tout le prix, et se hâta de prendre des « avantages quil n'eût jamais dâ espérer d'obtenir.
« Je me portai rapidement sur ce point où tout « était en désordre. Je fis moi-même des dispositions € qui avaient été manquées, mais qui se trouvèrent
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« un peu tardives. Mes troupes tinrent avec une « o[>iniàlrefé admirable contre des forces qua-
« druples
« La nuit a mis fin à cette bataille où reimemi
« a perdu plus de 3,))00 hommes en tués, blessés et « pris. Les deux armées ont bivouaqué en présence, (( en avant du faubourg de Yaise, où Tennemi avait « déjà jeté plusieurs obus. »
Après la bataille de Limonest^ le duc de Castîglione s'empressa de réunir un conseil où furent appelés les principaux fonctionnaires de Lyon, et à h suite duquel l'évacuation de la ville fut résolue et ordonnée. Mais laissons parler le maréchal lui-même
« Je suis revenu le soir à Lyon, écrit-il de Vienne <c le 21, au ministre de la guerre, j'ai convoqué le « sénateur comte Chaptal, commissaire extraordi- « naire, le comte de Bondy, le commissaire général « de police et le corps municipal, et j'ai interpellé le c( maire et le conseil général d'avoir à me déclarer si « la ville était disposée à se défendre. Le maire m'a « répondu qu'il était chargé de me supplier, au nom « de-ses concittiyens, de leur épargner les calamités, « suites inévitables d'une résistance inutile, puisque (( la garde nationale n'avait que 1 ,000 mauvais fusils, « qu'il n'y avait pas pour quatre jours de sabsistances a et aucun espoir de s'en procurer, l'ennemi étant « maître des deux rives de la Saône et Au h Bresie }
DES opRiurnons be l'armée de lton. 29ft
« Que roccupalion momentanée de Lyon, toute dou* « loureuse qu'elle était pour des cœurs français, serait « moins nuisible pour cette malheureuse ville qu'une a attaque de vive force qui entraînerait le pillage, la « dévastation, et serait le prétexte de la ruine irrépa^ c( rable de ses nombreuses manufactures.
« D'après cette déclaration, ajoute le duc de Cas- « tiglione, et d'après le vœu fortement ejiLfNrimé des a habitants, persuadé d'ailleurs moi-mèoie de l'im-^ a possibilité de résister efficacement à une nouvelle « attaque d'une armée qui a offert hier en ligne plus « de 40,000 hommes, et ne voulant pas sacrifier et « enfermer dans une ville, celle que je commande et « qui peut être si utile à l'empereur et à la patrie, je « me suis décidé à ordonner l'évacuation de Lyon, « évacuation qui s'est opérée la nuit dernière dans U) tt plus grand ordre. J'ai passé sur la rive gauche du a Khône, et j'ai pris position en avant de Vienne. )i
Cette détermination du maréchal d'abandonner Lyon était de la plus haute gravité ; ses conséquenc^es pouvaient être des plus funestes. Sans doute elle n'eut pas une influence directe sur les affaires^ les choses étant trop avancées à la fin de mars. D'ailleurs la grande question se tranchait autour de Paris entre les armées de Blucher et de Schwarzemberg et celle de Napoléon, mais la conduite d'Augereau n'en est pas moint blâmable.
390 PRÉCIS HISTOMQUI
Le duc de Cashglione réunissant en conseil les fonctionnaires et les notabilités de Lyon, devait, non pas leur poser des questions dont il connaissait d'avance, la réponse, mais chercher à ranimer leur courage, les engager à lui prêter le concours de leur influence sur la population, les convaincre de la nécessité de défendre la place et de sa résolution à lui-même de le faire, leur persuader qu'ils n'avaient d'autre parti que de l'aider par tous les moyens en leur pouvoir. Le maréchal ne faisait pas la guerre depuis si longtemps sans savoir ce qui (à de rares et glorieuses exceptions près) se passe quand l'ennemi arrive aux portes d'une ville. Alors l'autorité municipale consulte les intérêts matériels de la localité, et s'efforce d'épargner aux habitants et aux propriétés les conséquences d'une attaque ou d'un siège ; tandis que l'autorité militaire, considérant avant tout le bien de la patrie^ son honneur et ce qui peut advenir de sa résohifion pour les opérations ultérieures de la guerre, veut prolonger la défense. Le duc de Castiglione n'ignorait donc pas qu'en demandant au maire de Lyon si les habitants étaient disposés à combattre, il recevrait une réponse négative. Il n'ignorait pas qu'on lui présenterait le tableau des calamités attirées sur la ville par une résistance inutile et désastreuse; qu'on mettrait en avant le manque de vivres, la difficulté de s'en procurer, le peu de citoyens armés et prêts à
combattre ; mais il devait, mieux que personne, connaître la valeur de ces assertions. Une garde nationale, une population, dans un moment suprême, animéesd'un bon esprit, font arme de tout. L'ennemi n'occupant ni ie Rhône, en aval de Lyon, ni la route de Vienne, il était facile de tirer des subsistances du pays situé entre ces deu» vilIes.Xe maréchal ne pouvait-il d'ailleurs, pour toute ré^n^e, rappeler au conseil municipal ce qui s'était passé deux mois auparavant, alors que sans gardes nationaux , sans autre troupe de ligne que 1,500 conscrits, il avait sauvé Lyon? A celte époque, il ne s'était pas enquis auprès des autorités locales du plus ou moins d'opportunité de défendre la ville. Il avait donné ordre au général Musnier de se battre, tandis qu'il courait chercher quelques renforts. Deux mois auparavant, il est vrai, on n'était qu'en janvier, Napoléon était debout, rien ne présageait la chute du colosse.. Le lion s'apprêtait à la lutte. Deux mois plus tard, cette lutte glorieuse avait épuisé ses forces sans lasser son courage, et bien des hommes haut placés pressentaient les événements qui allaient avoir lieu au commencement d'avril.
Le duc de CastigUone, dans sa lettre au ministre , prétend qu'il était persuadé lui-même de l'impossibilité de résister efficacement à une nouvelle attaque, et craignait de renfermer son armée dans la ville. Exa»
1ti»K PRÉ<:iK HISTORigi]£
minons donc si Lyon se Irouvaiten mars 1814 hors d'état d'etro défendu et de quelles forces disposait le maréchal.
La ville , située partie dans une étroite presqu'île de l,000à 1,200 mètres de largeur, comprise entre la rive gauche de la Saône et la rive droite du Rhône, partie sur la rive gauche du fleuve, avait alors en avant de son front nord et sur les hauteurs de la Croix- Rousse une vieille enceinte bastionnée, qui la mettait à l'abri d'un coup de main. Elle était dominée vers l'ouest par le plateau de Fourvières, occupé le 20 au soir par les troupes du général Digeon. Quatre ponts de bois faciles à détruire faisaient communiquer les deux rives de la Saône : deux au-dessous ^e Fourvières, deux du côté du faubourg de Yaise- Un cinquième pont, celui de la Mûlatière, établi au confluent de la Saône et du Rhône, au bout de l'allée de Perrache, aboutissait à la route de Sain t-Étienne. Sur le Rhône, on trouvait le pont Morrand» conduisant de la place Sainte - Clair à la promenade et au faubourg des Brotteaux ; deux autres ponts , en bois comme le premier, et enfin à la Guillolière, un pont en pierre aussi solide que beau.
Lyon était menacé , surtout du côté de la Croix- Rousse , du faubourg de Yaise et de Fourvières. Or , après la bataille de Limonest , le duc de Castiglione avait encore en ligne 18,000 des meilleures troupes
DES OPERATIONS «E I. ARMKF. UE LYoN. i»9
de TKumpe et 40 bouches à fou. Il attendait Je soir luôme 4 à 5,000 hommes de la dernière colonne d'Es* pagne. Quelques milliers de gardes nationaux , une [>opulation belliqueuse et dont il n'était pas impossi^ blede ranimer les instincts guerriers, pouvaient lui servir de réserve. Certes, une fois les troupes du général Digeon reposées M placées à Fourvieres , celle» de Pannetier sur lés h^uteuvs qui commandent le long défilé de la rue du faubourg de Vai^e , celles de Musnier à la Croix-Rousse , celles de la rive gauche de la Saône aux Brottcaux et à la Guillotière, il n'était nullement impossible, ainsi que l'écrivit Âugereauau ministre, de défendre ia ville. En le supposant cQ|i^ traint ^ céder au nombre et de se replier, il faisa^ sauter les ponts et s'établissait à Lyon même. Il est fort douteux que le prince de Hesse Hombourg, avec ses 50,000 hommes, eût osé s'aventurer à franchir la Saône en face de Tarmée et de la population ; il est plus douteux encore qu'il se ftit décidé à chercher à rallier larraée du duc de Wellington , ainsi que le craignait leducdeCastighone, laissant sur son (lanc 22,000 hommes bien organisés qui pouvaient se renforcer du corps de l'Isère.
Enfin , l'ennemi fût-il parvenu à occuper de vive force la ville de Lyon, il restait toujours au maréchal le parti qu'il prit dès le 20 «u soir, celui de se re«plier sur Vienne et Valence. Comment ! AugereM ,
:)00 PRKCIS HISTORIQUE
en janvier, n'hésite pas à lutter sans armée, sans artillerie, sans le concours de la population, contre les 12,000 Autrichiens du comte de Bubna, et deux mois après , lorsqu'il esta la tête de 18,000 hommes, d'une belle artillerie , lorsqu'il va recevoir un renfort de 4,500 fantassins , lorsque rien ne manque à son ar^ mée belliqueuse , il ne croit pas pouvoir défendre la même ville contre 50,000 alliés? Et qu'on ne croie pas qu'il pouvait douter des dispositions de ses troupes , on se tromperait étrangement; cartons, officiers et soldats, pleins d'ardeur, animés du désir de vaincre, appelaient les combats: tous ils. blâmaient hautement la détermination du maréchal, et au milieu des murmures qu'il put facilement distinguer sur son passage , Augereau ne fut pas sans entendre de la bouche même des simples soldats un parallèle peu flatteur pour lui entre sa conduite et celle du duc d'Albuféra.
Vers minuit , les ordres ayant été expédiés et les préparatifs terminés , les bagages , les ambulances et le parc d'artillerie s'acheminèrent en silence par le faubourg de la Guillotière sur la route de Vienne. Les malades, les blessés, les magasins partirent dans le plus grand ordre. L'armée elle-même, très mécontente d'abandonner à l'ennemi une ville qu'il était possible de défendre , se mit en marche entre une heure et deux heures du matin. L'arrière-garde^ for»
DES OPÉRATIONS DE l' ARMÉE DE LYON. 301
mée par les quatre bataillons du général Beurraann, et la cavalerie du général Digeon, fut placée sous les ordres de ce dernier. A son arrivée à Saint- Vallier, le 22 , la brigade Beurmann fut relevée par les troupes de Bardet.