CHAPITRE IIL
Arrivée des sénateurs Cb^ptal et Saint- Vallier à Lyon et Grenoble. — Situation de ces deux villes. — Musnier [urend le conunandement des troupes. — Singulière position dans laquelle le ministère place le général de la Roche. — * Il n^obéit pas aux ordres qui lui sont envoyés. — Réflexions. — Mouvements du comte de Bubna dans les départements de l'Ain et du Jura. -^ Coml^ats de Saint-Etienne et de Xhoirette. — Les alliés entrent à Bourg. — Retraite des détacbements français sur Poni-d*Ain et Meximian. — Tableau de Lyon.— Mesures et arrêtés pris par Le sénateur GbaptaL — Ordres et instructions envoyés au maréchal Augereau, duc de Castiglione, par le major général et le ministre de la guerre. — Arrivée d* Augereau à Lyon^ le 4 4 janvier, à onze heures du soir.
Suivant leurs instructions, le comte de Chanteloup et le comte de Saint-Vallier s'empressèrent de se rendre à leurs nouveaux postes. Le premier arriva à Lyon le 4 janvier. Il trouva les habitants très effrayés ée la marche des Autrichiens, et totalement démoralisés en voyant la faiblesse de leur garnison. Le comte de Bondy, préfet du Rhône, et les autorités civiles avaient bien toute leur sympathie, toute leur confiance; trois à quatre mille gardes nationaux au lieu de quinze cents requis par le décret impérial s'étaienlf^JidLempressês de se rendre à l'appel ; mais les perquisitfons, les recherches les plus minutieuses n'avaient produit dans ht ville et les campagnes environnantes que trois cents'
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fusils ; mais le département ne renfermait pas une seule pièce de canon; mais enfin, Tennemi avait un pied déjà dans les 6® et 7* divisions militaires limitrophes de la 19^
Le général Poncet, brave et digne homme, nesemblait pas réunir toutes les qualités nécessaires pour la gravité des circonstances, n'étant d'ailleurs que général de brigade. D'un autre côté les prisonniers Espagnols occupés aux travaux vers Tarare murmuraient sourdement. On apercevait circulant avec eux dans les rues, cette population hideuse et terrible qui n'a ni feu ni lieu, qui n'aspire qu*au pillage, et qu'à certaines phases critiques, les grandes villes voient surgir tout-à-coup comme de dessous terre, sans savoir d'où elles sortent, pour le malheur et l'effroi des gens honnêtes et paisibles.
Lyon craignait donc d'une part les horreurs d'un siège, les malheurs, suite inévitable de la prise d'une ville par l'ennemi ; d'une autre, le désordre, le pillage même, attendus avec impatience par cette classe abjecte et nombreuse, si ardente à profiter de toute crise pour se livrer aux excès les plus violents.
Regardant autour d'eux, les Lyonnais apercevaient^ il est juste de le iJïre, des autorités fermes ayant de l'énergie et de la bonne volonté, mais pas de troupes pour s'oj^posér à l'ennemi et mettre la ville à l'abri d'un coup de main, pas même de gardes nationaux en armes pour contenir les gens mal intentionnés. Les familles riches quittaient la ville ; les marchands fermaient leurs magasins ; les ateliers étaient à la veille de laisser sans
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ouvrage el par conséquent sans pain les ouvriers ; la terreur régnait partout.
Voilà le tableau effrayant qui s'offrit au sénateur Chaptal lors de son arrivée dans le chef-lieu du département du Rhône. Comme le préfet, comme le maire, comme le général, il comprit le mal, reconnut le peu de ressources dont il pouvait disposer, et sentit qu'il n'y avait pas un instant à perdre pour essayer de conjurer l'orage qui s'amoncelait terrible à l'horizon. Il commença par rassurer les habitants en prenant une mesure de p-udence, ce fut de diriger sur Guéret (Creuse) sous l'escorte des gendarmes disponibles, deux cent cinquante des prisonniers espagnols dont les menaces et les propos séditieux étaient parvenus à effrayer la ville. Ensuite, il distribua les trois cents fusils trouvés aux gardes nationaux les plus fermes ; fit confectionner des cartouches dont manquaient les troupes du département de l'Ain, et les leur envoya; ordonna, de concert avec le général Poncet, le départ pour les gorges de Saint-Rambert des trois cents canonniers du 2^ régiment d'artillerie de marine, et celui pour Bourg, de soixante cavaliers des 4® régiment de gs^rdes d'honpeur et 1^ de hussards. Enfin, il écrivit au général de la 1^ cbe pour le prier d'envoyer de suite et en poste à Lyon, deux pièces de canon qui lui parvinrent peu de jours après. 11 adressa aussi une proclamation aux Lyonnais (1).
On le voit, le comte de Chanteloup ne négligeait
(1) Piioei jutttfUaUxes, n" 7.
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rien pour remplir consciencieusement sa pénible et périlleuse mission.
De son côté, le sénateur comte de Saint-^Yallier , arrivant à Grenoble le 6^ trouva des populations peu rassurées ; cependant, les habitants des campagnes et de la ville, laissaient voir des dispositions meilleures que celles des Lyonnais. L'esprit public était plus favorable qae dans le département du Rhône. Gela résultait de l'hésitation que paraissaient montrer les Autrichiens auxquels la prise de Genève avait ouvert les vallées qu'ils n'avaient pas encore envahies. En outre; tout annonçait que Bubna portait ses regards sur Lyon, de préférence à Grenoble, et cette dernière ville était d'ailleurs couverte, et par le fort Barreaux , entièrement approvisionné, armé, palissade, et par le petit corps, réuni à Ghambéry, sous les ordres du baron de la Roche. Cet ofQcier-général^ malheureusement, n'inspirait aucune confiance ; on lui reprochait ouvertement de n'avoir rien fait pour sauver Genève, il était dur dans ses relations avec les habitants, et son caractère se ressentait des douleurs que lui causaient journellement ses blessures. A.<^é de lui, au contraire, paraissait Iç général Marchâ^l^^, aimé, estimé de toute la population de l'Isère, dont il était un des enfants. Le comte de Saint-Vallier, ne fut pas longtemps à s'apercevoir de la nécessité de remplacer le général de la Roche, et des avantages qu'on retirerait, selon toute apparence, des services du général Marchand.
Néanmoins, malgré les pouvoirs étendus dont il était investi ; il n'osa donner, de sa propre autorité,, le com-
mandement de la 7® diyision à Marchand, mais il écrivit dans ce seûs à l'Ëmpereulc, et ^rit le lendetnain de son arrivée à Grenoble deux arrêtés : le premier pour oon^ fier à ce chef de rinsurrection, le commandement des gardes nationales des départements de l'kèré et du Mont-Blanc; le second, pour nommer Commandant supérieur du fort Barreaux, le colonel d'artillerie en retraite Fiemck. £h , outre, il supplia le ministre de la guerre de Tautoriser à employer, soitô Marchand , MM. Béranger et dô Marcieux cadet, ^i lui en avaient fait la demande, ainsi ()ue le général Chabert^ impliqué dans la capitulation de Bayien^ et depuis cette époque,, mib en surteillance dans son thàteau de Sainte Robert.
Le général PonCet, cependant , avait reçu le 7 , à Lyon, la dépêche du ministre qui lui aunohçait la for-^ mation de la réserve de Genève. Conformément aux instriictionsqui lui étaient adressées, en Fabsence du général Musnier de la Gonverserie, il se prépara à n^ joindre les troupes en position, dànfe le département de l'AiiK En outré, il s'empressa d'écrire au général de lu Roche, de lui eftvoyer à Lyoki,^le petit corps avee l(h quel il tenait Ghambéry/^ au généraliPèiiehdou,^ chargé de l'organisation de nut bataiHons éle iiitmtelle levée à Grenoble, de hâter l'armement et lé d^jport de cette in&nterie; au prince d'Essling, à Totilon, {K^r le prier de nvettr^ en route les homaies destinés à renforcer la cUviiîoû é^ réserve.
Lui-même, déwit lelendemaitt 8, de gfi^d matin, gagnei" les gof^es de Saint-Rambert, sur lesquelles A
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venait de diriger, ainsi que nous l'avons vu plus haut, trois cents hommes de l'artillerie, lorsque le soir du 7 janvier, le général Musnier, arrivant à Lyon, prit le commandement. De concert avec le sénateur comte Chaptal, le chef de la division de réserve s'occupa de l'habillement, de l'armement et l'organisation des troupes. On venait d'envoyer de Saint-Ètienne pour Grenoble trois mille fusils, il les garda. Le 9, il prescrivit à delà Roche, de diriger ses troupes par Seysselet Saint- Rambert sur Pont-d'Ain, où il résolut de se rendre de sa personne, le 1 1, afîn de leur faire occuper la position centrale de l'embranchement de quatre routes de Boui^, Nantua, Seyssel et Lyon. Mais il fut bientôt obUgé de modifier ses projets, par la nouvelle qu'il reçut du refus du général de la Roche et du sénateur Sainl-Yallier, d'envoyer à Lyon ou à Pont-d'Ain, le petit corps cantonné dans le département du Mont-Blanc. Nous allons voir bientôt ce qui avait motivé cette mesure. Le 10, et conformément à de récentes instructions ministérieUes, Musnier tira de Fort-Barreaux quatre pièces de canon, qu'il fit mettre en batterie à Pierre-Châtel , envoysùit en même temps dans oe fort cinquante hommes du 32' léger, douze (^nonniers de marine et deux mille cartouches. Il donna le commandement de ce poste à M. Lebœuf, dief de bataillon en retraite, bon officier, brave et intelligent. Il écrivit ensuite d'une manière encore plus formelle au général de la Roche, pour lui demander ses troupes, et il prescrivit au général de gendarmerie Beteille de partir pour se mettre à la tète des forces réunies à Bourg, décidé à attendre la concentra-^
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tiou, du côté de Pont-d'Âin, de toute sa division de réserve, pour en prendre le commandemant et se jeter au-devant de l'ennemi.
Expliquons, maintenant, la position critique dans laquelle le ministère avait placé le baron de la Roche, en donnant des ordres impossibles à exécuter, et en s'ci)$linant à ne prêter aucune attention au rapport des autorités civiles et militaires.
Le commandant de la 1* division, que nous avons laissé depuis le 2 janvier, à Chambéry, occupant l'entrée des vallées de l'Isère, n'avait pas tardé à voir ses avant-postes en face de ceux de Tennemi, car le comte de Bubna, confiant à deux bataillons de chasseurs, organisés à Genève, le soin de défendre la ville , avait prescrit au général Zeischmeiter, dont il s'était empressé de renforcer la brigade, d'inquiéter et de main-» tenir les troupes du Mont-Blanc et de l'Bpk^e, Son but, selon toute apparence, était de faire en même temps une démonstration sur Chambéry et une sur Lyon. 1^ S^iscbmeiter pouvait culbuter le général de la Roche et pénétrer dans le Daupbiné par le Mont-Blanc et Cham-» béry, Lyon se trouvait attaqué de detfx côtés à la fois^ par un corps descendant du Jura d'une part, de l'autre par la brigade opérant sur Grenoble. Si, au contraire, Bubna réussissait seul dans ses projets sur Lyon, la Roche, maintenu de front par l'ancienne garnison de Genève, était pris à revers, après l'occupation du déparlement du Rhône, et forcé de céder la 7* division toute entière, en opérant une retraite très difficile* Depuis le 6 janvier, les avant-postes français à Annecy.
étaient continuellement aux prises avec ceux des alliés» Or, c'était dans ce moment, lorsque la moindre hésita* tion de notre part à l'entrée des vallées de l'hère^ découvrait et livrait même le Dauphinè et la Savoie, que le baron de la Roche recevait à trois jours de distancQ^ trois ordres différents, partis de trois points distinctB, pour les mille sept cent quatre-vingts hommes à la (6te desquels il se trouvait !....
1® Du général Poncet,le 7, la demande d'envoyer immédiatement à Lyon ses troupes, destinées à former le noyau de la division de Genève. Poncet s'étayait des instructions du ministre.
2^ Du général Musnier commandant en chef la é&^ vision de réserve, l'injonction, le 9, de faire partir, sans retard tout ce qu'il avait avec lui, pour Pont-<i'Âin afin de défendre la 6® division militaire.
3^ Du ministre lui-même, l'ordre de jeter dans Grenoble et fort Barreaux dix-huit cents hommes de bim-
nés troupes! Et pourtant de la Roche, Saint-Yal-
lier, les préfets de l'Isère et du Mont-Blanc avaient mandé dix fois à Paris que le total de toutes les troupei réunies dans la V division, à part l^s Jaibles garnisan» de quelques forteresses, ne se mtSïAaU. qu'k diah^tpt cent quaire-tingts conscrits!....
Placé dans la triste alternative de désobéir ou de It*vrer à l'ennemi sa division, le baron de la Roche prit te parti de référer au commissaire extraordinaire comte de Saint-Yallier des demandes qui lui étaient adressiei de toutes parts. Ce sénateur l'autorisa formellement à n'obtempérer à aucune sommation et à ne peus aban-
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donner ses positions* Alors, de tous les côtés à la fois, on écrivit au ministre pour rendre compte de cette dé-^ dsionr et demander ce qu'il fallait faire. Musnier, Poncety Ghaptal, d'une part ; Saint-Yallier, de la Roche, de Tattire» Comment se termina cette difficulté? Quel arrêt lumineux le ministère, juge en dernier ressort, portart^îl sur ce qui avait été fail ? En un mot quelle «olution donna-t-il? Aucune lé... le duc de Feltre répondit /e 1 8 seulement, à Saint-Yallier, pour lui rép6i^ son éternelle et inutile observation : La garde na^ iioÉole doit faire le service des places Jusqu'à ce qu'eUe soit en état de fermer ta réserve de Parmée de LyoH^ tandis que la troupe de ligne doit former la ptitîie active devant f ennemi
D*où l'on peut conclure que si le général de la Roche s'était laissé aller à exécuter les ordres formels qu'il avait reçus, et si le comte de Saint-Yallier avait été moins ferme, dès le 8 janvier^ les vallées de l'Isère étant sans défense, les villes de Chambéry, Grenoble et Lyon tombaient sans coup férir au pouvoir de l'en^ iiemi?
Tandis que du Mont-Rlanc et de l'Isère on demandait des renfortk, des troupes, des armes ; de Paris on répondait : reprenez Genève, marchez sur Genève, Genève n'a plus que huit cents hommes de garnison^ profitez de la circonstance, culbutez la brigade qui se trouve devant vous, et emparez-vous du Léman !•%.»..
Ordres ridicules, absurdes, Genève à cette époque
semblait être le delenda est Carthago du duc de Feltre ou plutôt de l'Empereur» Ne croirait-on pas voir Un lut^
tcur haletant, prêt à être terrassé, implorant du secoun, auquel on crie : Accablez, anéantissez votreadversaire?..
Le Gouvernement ne pouvait, sans aucun doute, dégarnir les bords du Rhin et les Vosges, pour envoyer des renforts à Lyon et Grenoble, mais il ne devait pas exiger des choses impossibles. Il ne devait pas surtout mettre les généraux dans l'alternative de désobéir ou de hâter la perte de plusieurs provinces, en leur adressant des instructions dangereuses à exécuter. Ou il fallait qu'il eût pleine confiance dans les officierfr-généraux auxquels il donnait de si faibles moyens d'action, ou il fallait qu'il leur ôtât leur commandemeùt.
Elaborer de Paris, du fond d'un bureau, d'après lies cartes, des plans de campagne tardifs, c'était vouloir ajouter des obstacles à ceux, qui, déjà, s'élevaient de toutes parts. C'était joindre le dégoût au décourageineat chez les militaires, décidés à sacrifier tout pour sauver le pays ; c'était en un mot, ne pas vouloir comprendre la position critique oii se trouvaient la Savoie, le Dauphiné, et le Lyonnais. Le général de la Roche et le comte de Sadnt-Yallier montrèrent donc une fermeté digne d'éloges, en conservant les positions d'Annecy, au risque de déplaire à un gouvernémetit absolu , qâi n'avait jamais voulu avoir tort et qui se fût volontien adjugé un brevet d'infaillibilité.
Dans les premiers jours de janvier, le comté de Rubna, tout en cherchant, ainsi que nous l'avons vu, i sçrlier fortement avec la gauche de l'armée du prinêe de Schwartzemberg, avait jeté des partis dans le dépaT" tement de l'Ain. Ces troupes légères, repoussées suc*
DES OFÉRATIONSI DE l'aRMÊE DE LYON. 61
cesûvement deNantua, Châtillon-de-Michaille et Saint- Claude par les détachements des 32* et 24% s'étaient por* tées vers le département du Jura, où elles n'avaient pas tardé à rejoindre la division autrichienne .Bubna, continuant son mouvement sur Pontarlier, occupa le 4 Loiis-le*Saulnier avec six mille hommes, et le même jour, Poligny, avec trois mille chevaux et une batterie de ûx pièces. Il fit en même temps inquiéter Dôle et Quingey, entre Salins et Besançon. A Poligny, sa divi^ sion fut renforcée par la brigade de Longueville , forte de six bataillons, et appartenant au corps du prince Aloys de Lichtenstein, ce qui porta ses troupes à un effectif de dix mille fantassins et six mille chevaux.
Le S, il tourna Salins ainsi que le fort Saint-André, et entra dans la première de ces deux places, tandis que la faible garnison française opérait sa retraite sur Orchamp. Le 9, il se présenta devant le pont de Dôle. Le général Lambert, ^i venait d'être investi du commandement de la 6* division militaire, avait fait enlever à l'avance le taWer de ce pont ; il dut néanmoins céder la ville aux forces considérables déployées par le géi^éral autrichien, et il se retira sur Auxonne. Le 7, l'avant^garde des alliés contraignit le poste d'observation, établi au village de Roche, à se replier sur Beaune.
Enfin, le 8, apprenant que les généraux Musnier et Legrand réunissaient à la hâte, tous les hommes dispo-* niUes des départements de F Ain, du Rhône etdeSaône-' et-Loire, le premier à Lyon, le second à Châlons, Rubna résotat de s'opposer à ce rassemblement des troupes fraïKaises. Envoyant donc un fort détachement de ca-'
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Valérie du côlé de Chàlona, il marcha lui-même à iatèle du reste de sa division sur Saint-Âmour, dans le but d'occuper Boui^, et de faire une tentative sur Lyon. A partir de ce jour, son mouvement sur le département du Rhône, fut bien prononcé.
Le commandant«^upérieur du département de TÂin, qui, lors de son retour à Bourg, après le combat de Chàtillon. avait trouvé un renfort de soixante cavalkn envoyés de Lyon,et appris l'arrivée à Saint^Rambeitde trois cents canonniers du 2® d'artillerie de marine, ne tarda pas à être instruit de la direction prise par FeiH nemi sur Saint-Àmour. 11 s'empressa d'appeler à Boing les troupes de Saint-Rambert, ces gorges n'étairf )pi menacées, et il partit avec tout son petit détachameit, pour aller reconnaître l'avant^garde autrichienne. Tma cents hussards, commandés par le prince Jidzit, ùusxh paient déjà le village de Saint-Etienne du JUm, à ^u lieues de Bourg.
Le commandant Pillioud, bivouaqua avec sa tegi^ifi en dehors de la vtUe, et dans la nuit du 9 au ; 10, ù Ait rejoint par une soixantaine de volontaires de BouT||[^iMS habitants fort aisés, formés en comp^nie fraachQ^ |ftr les soins du prëfiBt de l'Ain. Ces volontaires venittàit offrir leurs services, qui furent, ainsi qu'on le pfiMi bien^ acceptés avec empressement. Gomme ils avaîiBDt une connaissance parfaite du pays, on les fit partir es suite par des chemins détournés, avec mission de délivrer le village de Saint-Etienne, pour le prendre àré«eK% dès que la troupe de ligne l'aborderait de front. AufOHil du jour, les canonniersde marine,électrisésd'aifi0ùe9pir
DES OPÉRATIONS DE I^'aRMÊE DE LYON. 63
l'exemple des citoyens de Bourg, se jetèrent franchement sur ces hussards ennemis. Ces derniers tournèrent bride) et vinrent donner en plein dans Tembuscade des volontaires. Quarante-neuf furent mis hors de combat^ quinze pris, ainsi que dix chevaux. Beaucoup d'hommes et de chevaux, restèrent en outre sur la place.
I^ nuit précédente, le détachement du 24"^ de Ugne, laàmi h Nantua , informé à temps de l'intention d'un pwU ennemi, de remettre à flot le bac de Thoirette, s'était porté vers ce point, sous la conduite du chef de batidlloa Iralde* Il avait culbuté les Autrichiens, les aiwt empêché de remplir leur mission, leur tuant qnfiiwe hussards, au nombre desquels le chef du détachement ; il avait pris dix hommes et dix-neuf chevaux.
Nous éprouvons, ici, une difficulté dont nous devons conpte h nos lecteurs. Si l'on en croit le rapport du commwdant Pillioud, rapport que nous avons sous les yeux^ cet officier, aurait seul ^commandé les troupes du département de l'Ain, opéré à leur tête sa retraite sur Lyw jusqu'à Mirebel, pris toutes les mesures, ordonné tous les mouvements. Nulle part, il ne parle du général BeteiUe, que nous avons vu envoyer de Lyon à Bourg, le 9, ejqprès pour prendre le commandement supériwr de tous les détachements réunis, M. PiUioud alarme aus^i qu'en remettant ses troupes entre les miiiiiB du général Musnier à Mirebel, où ce dernier venait d'arriver, il reçut de lui l'accueil le plus flatteur, aui^i que l'assurance positive qu'il serait rendu compte au ministre, de ta manière 4htinguée avec IcujueUe U OÊHÛt défendu son département. Or, d'un autre côté,
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en lisant le rapport du général Musnier, daté de Mirebel du 1 4 janvier, nous ne trouvons écrit en aucun endroit le nom du commandant Pillioud ; il n'est fait mention que du chef de bataillon Imldi du 24® de ligne, et du général Beteille. Musnier dit même formellement que la petite colonne se retira sur Pont-d'Ain, sous les or^ dres de cet officier-général de gendarmerie. Comment concilier ces deux versions? Parti le 9 de Lyon, le chevalier Beteille pouvait être le 1 à Bourg« Pourquoi n'avait-il pas reçu de M. Pillioud le commandement des troupes? Pourquoi, maintenant, s'il s'est mis à leur tête, le commandant ne parle-t-il pas de lui ? Pourquoi^surtout, Musnier, dans son rapport, ne prononce-t-il point le nom du chef militaire du département de TAJn, et cite-t-il ceux de MM. Beteille et Iraldi. Heureusement, lés événements sont racontés d'une manière identique dans les deux rapports. Là est le point important. Nous continuerons donc le récit des opérations militaires, sans nous occuper davantage de ce fait particulier, qui, cependant, nous a paru ne pas devoir être passé sous silence.
La troupe rentra à Bourg le 10 janvier, à onze heures du matin, de retour de sa petite expédition sur le vil* lâge de Saint-Étienne. Quelques heures plus tard, elle fût renforcée par un détachement du 32® de ligne auquel l'ordre avait été envoyé à Nantua de rejoindre la colonne principale. L'ennemi ne se montra pas de la journée. Le lendemain 11, toute la gendarmerie du département ainsi que soixante hommes d'infanterie partirent pour effectuer l'évacuation de la prison d'Ëtat
de Pierre-Châtel, ordonnée par le ministre de la police générale. A dix heures du matin, peu de temps après le départ de ce convoi, Tavant-garde autrichienne parut aux avant-postes de Bourg. Toutes les troupes, c'està-dire cinq cents fantassins et soixante cavaliers, marchèrent à sa rencontre, et se déployèrent en avant de la ville; malheureusement les volontaires, qui, Tavantveille, avaient montré tant de courage, voyant que l'ennemi était fort nombreux, refusèrent de se joindre à la troupe de ligne.. Une fusillade assez vive commença et se soutint pendant quelque temps. Les Autrichiens paraissaient craindre de tomber dans une embuscade semblable à celle de Saint-Élienne, car ils ne s'engageaient pas franchement, et ils firent même tous leurs efforts pour nous attirer un peu plus loin de la ville. Au bout de quelque temps, voyant que nous ne voulions pas quitter nos positions, et sans doute aussi le gros de leur division étant parvenu à la hauteur de leur avantgarde, ils nous montrèrent une colonne de dix à douze mille hommes et démasquèrent une forte batterie.
Essayer une résistance plus longue sans une seule pièce de canon, eût été de notre part une folie, l'ordre de la retraite fut donc donné et, un cavalier d'ordonnance partit à toute bride pour prévenir le détachement du 24® de ligne de se retirer sur Pont-d'Ain.
Nos troupes se dirigèrent en bon ordre vers cette Yille, où elles arrivèrent sans avoir été inquiétées par la nombreuse cavalerie autrichienne. L'ennemi montrait toujours une prudence extrême, nous dirons même une grande méSance, depuis l'affaire de l'avant-veille.
PRiciS BISTOBIQUB. 5
§^ PBÉCIS HISTORIQUE
Une piôMte pplonne détachée pour garder les routes 4^ Viriat et ^e Mâcpn se retira par Chalamont sur Ifgximieux où ejle rejoignit le corps principal qui déjà, i Pont-d'Ain, avait rallié les trois cents hommes du iv 4e ligne.
Le comte de Bubna entra le jour même à Bourg, à onze heures et demie du matin, et fut s'installer à la préfecture que le préfet avait quittée pour se rendre avec une centaine de gardes nationaux, à Meximieux. Ses troupes montrèrent le plus grand ordre. Aucune exécution militaire n'eut lieu, bien que l'affaire de Saipt-Ëtienne où les volontaires avaient fait le coup de fcp, eût donné beaucoup d'humeur au général autriphieQ. Aidé par le général de division Klopstein, jl ipaipjtint la discipline la plus ferme parmi les soldats. l^ yUle ne f^t donc nullement livrée au pillage, ainsi gi>p Taffirinent Vaindoncourt et Kock (1).
^^biiiaL rejçpt )e rnajre diB la ville et demanda même à ce qujB ]^. (fflutliier, \e plus ancien membre du conseil de pr/^efîture dp l'Ain, remplit provisoirement les fonc* (Û^ffs de préfet. JA. iQautbier y consentit, mais à la condition foriîjelle qu'il eacerçerait au nom de TEmpereiiir, ce ({fti lui )[ut ^cco^dé. Pouze ipille hommes couchèreqit 1@ f 1 4^ps la plapept aux ep virons. Le parc aux bœuf^ pt Fartillerie (trente pièces dont trois de siège) y arrivèrent 4aqs la soirée. Le 12, les })iyQuap^ furent levés, les troupes eptréos danslja yiU§ sp porbèren^ en avanf; sur les rou- ^^46Popt-d'Ain, Mexipiieui:etGhàlillon, tandis qi^'upe
(1) Pièces jvstlgcatives , n? 8.
DES OPÉRATIONS PB I^'aç^I^ pE LTON. ^^
seconde colonne vint coucbier d^ps Ij^s mHrsd(B Bourgs Revenons maintenant h Lyon, pu }a nouvisIlQ de ^ marche de l'ennemi avait répandu la plus vive inquiet tude, et dont la position devenait, de jour en jour, d'heure en heure, plus critique.
Le général Musnier s'y trouvait encore, et l'on ^ttjendait le duc de Castiglione qui n'arrivait pas. En voyant l'attitude craintive des habitants, leur peu d'epipressement à défendre leurs foyers, le comipandant de I4 ^\^ vision de réserve songea un instant à rappeler se^ trgi^ pes, et à se jeter avpc elles dans les montagnes voisinas, abandonnant une ville qui offrait wiie aussi manvaisp position militaire, puisqu'elle e^t dominéi^ de toutes parts et qu'on ne peut la défendre qu'en occupant ses approches. Le sénateur Chaptai et le préfet ouvrirent \\n avis contraire, et ij fqt décidé qu'on tiendrait juisqu'êj l'arrivée d'Augere^u, si la chose était possible. Musnier résolut même de partir le 12 au point du jour, ppur ise posteràPont-d'Ain, mais un verglas tel, quenihonjimes, ni chevaux, ne pouvaient tenir sur pied, le força ^ rester jusqu'à onze h<^ures dans la place.
La ville, cependant, offrait alors l'image de la dé^so^ lation. Elle était presque déserte. Tout ce qui avait Iq moyen de la quitter, s'enfuyait vers les montagnes, (^es boutiques se fermaient ; on ôtait les enseignes, les écrîteaux. Les caisses pubhques étaient complètement vides. En outre, l'esprit des ouvriers des fabriques était dé^ testable, et donnait de jour en jour des craintes plus sérieuses. Déjà on avait été obligé d'employer la force pour les contenir. On redoutait toitt de cette populace,
plus dangereuse mille fois que l'ennemi lui-même. La garde nationale ne s'armait que pour défendre ses propriétés contre ces hommes terribles, et refusait de se porter contre les Autrichiens, d'autant qu'elle n'ignorait pas la menace de ces derniers, de passer par les armes tous les prisonniers de guerre n'appartenant point à l'armée de Hgne,
Le cardinal-archevêque s'apprêtait à partir, les administrations avaient emporté leurs caisses et leurs pièces de comptabilité, les tabacs fabriqués étaient dirigés par le Rhône sur Avignon. Les magasins militaires avaient reçu la destination de Valence, Tous les bateaux et moyens de transport étaient, depuis huit jours, mis en mouvement, pour opérer le déplacement par terre et par eau, des habitants et des marchandises. Enfin Lyon paraissait un véritable tombeau. Seuls , le sénateur Chaptal, le préfet, M. le comte de Bondy et le maire, M. d'Albon, montraient un calme et une fermeté inébranlables.
Le 12, le comte de Chanteloup remit à la garde nationale et à quelques centaines de recrues arrivées de la veille, les mousquetons destinés à la garde urbaine. Il prescrivit au commandant de la gendarmerie, de faire venir à Lyon tous les gendarmes qui n'étaient pas indispensables au service des localités. Il fit enlever par réquisition tous les chevaux des propriétaires. Il en obtint ainsi deux cents, en donna douze à des gendarmes démontés, en garda quelques-uns pour former l'attelage de deux obusiers trouvés dans l'arsenal, et pour lesquels on fabriqua à la hâté des affûts en bois, et
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distribua les autres aux hussards du le' régiment. En outre, il prit les deux arrêtés suivants : •