NOTICE HISTORIQUE SUR CE PRINCE
La carrière de Philippe d'Orléans offre des disparates singulières : à la cour des goûts eflëminés et à l'armëe un courage à toute épreuve (i). Ce fiit en partie le résultat de l'éducation que lui fît donner M azarin , qui voulait faire du jeune Louis un homme ^ et du jeune Philippe une femme (2). Confié à Lamothe- le- Vayer , il devait acquérir sous cet habile précepteur une instruction soignée sous le rapport moral et littéraire ; mais malheureusement il profita peu de ses leçons , car son adolescence se passa dans des plaisirs frivoles , et ^
( 1 ) Aussi Charlotte de Bavière, sa seconde femme, raconte dans 1
sa Correspondance , qu'à Parmée , les soldats disaient de lui : fc n craint plus que le soleil ne haie son teint, qu'il ne craint la <Y poudre et les coups de çiousquet. »
(a) Il était bien secondé en cela par la Reine, car on assure que ft cette princesse s'amusait à voir son fils Philippe adolescent , (c habillé comme Achille à la cour de Scyros. Elle le faisait pa- « raître en jupes devant les courtisans , tandis que Louis était « accoutumé de bonne heure à faire le Roi. Aussi PhiUppe n'aima « ni les chevaux ni la chasse ; il se plaisait à se parer, à tenir « cercle, et il faisait consister son bonheur dans les mascarades , « dans les cérémonies , même dans les pompes funèbres. » Le bruit des cloches avait pour lui un tel attrait qu'il ne manquait jamais de se trouver à Paris la nuit de la Toussaint ; il n'aimait pas d'autre musique.
chose étonnante^ il se distingua toujours à Tannée. En 1667, il accompagna Louis XIV son frère dans les campagnes de Flandre , et contribua aux conquêtes rapides qui j du 2 juin au 5 1 août , en furent le résultat. L'année suivante^ il accompagna encore le Roi dans la Franche-Comté , qui fut subjuguée en dix-sept jours (du 5 au 22 février 1668). Il commanda une armée en Hollande en 1672, et s'empara de la place d'Orsoi, puis de celle de Zutphen le 25 juin. U assista au siège de M aestricht en 1673, étant à la tète d'un quartier de l'armée du Roi. Il fut encore en 1674^ avec S. M. , aux sièges de Besançon et de Dôle^ et en 1675 ^ aux sièges de Limboiu'g et de Condé. U réduisit Bouchain à l'obéissance du Roi le 11 mai 1676. Il gagna sur le prince d'Orange la bataille de Gassel^ où il se couvrit de gloire, le 1 1 avril 1677 , ^yant sous ses ordres le duc de Luxembourg. Il s'empara de Saint-Omer, et se trouva, la campagne suivante, à la conquête de Gand, d'Ypres, à la prise de M ons en 1 69 1 , et à celle de Namur en 1692.
On voit que ce prince fut presque toujours pré- 'sent aux glorieuses actions de Louis XIV et qu'il ne le quittait que pour commander des années séparées. Comment concilier tant d'héroïsme avec des goûts de femme, desbizan^eries et des faiblesses d'enfant ?
Quelc[ues historiens ont préteitdu (]i;ie Louis XIV ayait été jaloux de sa gloire. Gela est faux. Le monarcpie a bien donné quelquefois des avis à son frère y mais il Im a toi;y ours témoigné beaucoup de bonté. Un jour, le duc d'Orléans lui parlant du chevalier de Lorraine , qu'il aimait beaucoup y et qui avait été exilé, parut s'intéresser en sa faveur. (( Je veux , lui dit le Roi , que vous l'aimiez pour (( l'amour de moi ; il y a deux jours que j'ai fait (( partir un courrier pour le rappeler ; je fais plus, « car je le fais maréchal-de-camp. » A l'instant , Monsieur se jette aux pieds du Roi , et lui embrasse les genoux. Louis XIV s'empresse de le relever en lui disant : w Mon frère, ce n'est pas « ainsi que deux frères doivent s'embrasser » j et il le serre tendrement dans ses bras.
Philippe d'Orléans fut marié deux fois : la première , comme nous l'avons dit , avec Henriette d'Angleterre , qui fut malheureuse dès le berceau, car sa mère accoucha d'elle à Exeter, dans un camp , au milieu des ennemis qui la poursuivaient avec autant d'acharnement que Charles son mari. Obligée de fuir, cette mère abandonna sa fille, qui demeura prisonnière quinze jours après sa naissance (en 1644)' A^ bout d'environ deux ans, délivrée de cette captivité par l'adresse de sa gouvernante , elle fut transportée en France , et élevée sous les yeux de sa mère. Elle devint bientôt l'ad-
miration de la cottr par les oharmes de son esprit , par sa beauté , et par ses bonnes manières. Cependant son mariage ne fut pas heureux ^ quoique y ou peut-être parce que Louis XIV lui témoignait beaucoup d'égards et se plaisait dans sa compagnie, entretenant avec elle un commerce de belesprit et de petits vers (i). Peu de temps après qu'elle fut de retour d'un voyage en Angleterre, où elle venait de rendre un service important au Roi (en 1 670), elle mourut subitement à Saint-Cloud, emportant les regrets de toute la coup. On a fait courir le bruit qu'elle avait été empoisonnée dans un verre d'eau de chicorée. Les présomptions ont été assez fortes , mais jamais on n'a accusé son mari d'avoir pris part a ce crime, s'il a existé.
(i) On racoDte à ce sujet quelque chose d^assez plaisant. Louis Xiy et Henriette ne s^entendaient pas beaucoup en vers ; ils avaient donc recours chacun très secrètement à une personne de conûance qui rendit poétiquement leurs pensées, a II arriva , « dit Voltaire, que le même homme fut à la fois le conûdent du M Roi et de Madame dans ce commerce ingénieux. C'était le mar- « quis de Dangeau ; le Roi le chargeait d'écrire pour lui, et la « princesse l'engageait à répondre pour elle. U les servit tous <t deux sans laisser soupçonner à l'un qu'il fût employé par l'autre, « et ce fut une des causes de sa fortune. Cette intelligence si ina time jeta des alarmes dans la famille royale ; le Roi fut obligé de a réduire l'éclat de ce commerce à un fonds d'estime et d'amitié a qui ne s'altéra jamais. » On connaît les curieux Mémoires de Dangeau.
PHILIPPE l'\ 9
Il se remaria avec une princesse de Bavière , dont il eut Philippe II (le Régent). Celle-ci ne brillait pas par les charmes de la beauté; c'était une grosse Allemande^ virile, tout d'une pièce j' comme elle le dit elle-même dans sa correspondance (i) , mais elle était considérée pour sa fermeté et sa justice. Hautaine seulement avec les grands y elle se fit aimer des autres par son caractère doux, afiàble, compatissant et charitable. '
Son mari aimait assez les lettres ; il avait même un fonds d'instruction et possédait assez bien la langue latine (2). L'abbé le Vayer fit paraître un Epitome de V Histoire Romaine de Florus^ mis
( i) Ailleurs elle fait son portrait avec une candeur et une franchise qui doivent lui faire trouver grâce sur son peu d^attraits : « Dans l'univers entier, dit-elle , on ne peut, je crois , trouver de ti plus laides mains que les miennes ; mes yeux sont petits , j'ai le « nez court et gros, les lèvres longues et plates ; de grandes joues « pendantes, une figure longue. Je suis très petite de stature, n ma taille et mes jambes sont grosses ; somme totale , je dois être (c une assez vilaine petite laideix)n. J'ai pris ^ parti de rirela pre- « mière de ma laideur, ce qui m'a fait grand bien. »
Elle dit ailleurs : « Je n'ai jamais eu l'dr d'une Française , et « n'ai voulu ni pu en prendre les manières. Je ne prends jamais n ni chocolat, ni café , ni thé ; pour la table, je suis toujours Alle- « mande , et de la vieille roche. » Elle aimait beaucoup les chiens, montait souvent à cheval, et s'habillait en homme pour cet exercice.
{1) Mais son écriture était illisible. Charlotte-Elizabcth de Bavière , sa seconde femme, s'exprime ainsi à ce sujet : <c Monsibur « écrivait si mal, que souvent il m'apportait ses propres lettres
lo PHILIPPE P'.
en français par Philippe de France, duc d'Orléans j Paris, i656, in-8°; on en publia une seconde édition en 1670; malgré cela, cette traduction n^est plus recherchée , quoique Lenglet Dufresnoy en fasse l'éloge.
Depuis l'instant où Philippe quitta l'armée , c'est-à-dire pendant les neuf dernières années de sa vie , il retomba dans ses anciennes habitudes d'afléterie , de mollesse , et il finit par y ajouter quelques pratiques superstitieuses ou du moins d'une dévotion si minutieuse qu'elle approchait de la superstition . Au reste il était bon , et lorsqu'il mourut , il fut regretté tant pour son affabilité que pour son humanité et sa charité envers les pauvres.
NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE
DES OUVRAGES 1ELAT1P8 A CE PRIMCB.
Ceux qui désireront connaître plus particulièrement Philippe P*^ d'Orléans , et ses deux épouses , pourront consulter, outre les diverses histoires de
« ea me disant : Madame, vous êtes accoutumée à mon écriture ; « lisez-moi un peu cela ; je ne sais ce que j'ai écrit. »
Il avait cela de commun avec le maréchal de YiUars, dont l'écriture était absolument illisible non seulement pour les autres, mais pour lui-même ; il ne pouvait pas même reconnaîti*e sa signature, tout-à-fait indéchiffrable.
France au xvii* siècle , outre les Mémoires du temps et les biographies y pourront , disons-nous y consulter les ouvrages suivans^ qui regardent plus spécialement cette famille y puisqu'ils ont été composés sur ses diflërens membres.
I®. Les dits Notables de Monsieur, frère unique du Roi
(d^uis l'âge de sept ans jusques à quatorze), par le
sieur Révérend, son aumônier. Paris , Soubron (i655),
Cet ouvrage De peut être d'uo grand intérêt Listorique.
a°. Abrégé de la Vie et des Actions héroïques de Philippe de France , frère unique du Roi , duc d'Orléans. Paris , Moreau, 1 7 o i , i/i-4***
3®. Oraisons funèbres de Philippe de France , duc d'Oi^
léans, frère unique du Roi. Paris, 1701, i/i-4 • Ce recueil renferme les oraisons funèbres composées par François de Clermont-Tonncrre , évéque et duc de Langrcs; par Jean Grancolas , docteur en théologie , aumônier de S. A. K. \ par François Bretonneau , jésuite ; par Jacq. Bochart de Saron , trésorier de la Sainte-Chapelle de Vincennes j par l'abbé d'Estampes, et par le P. Cosroe Laurenceau , récollet.
4^. Oraison funèbre de M. le duc d'Orléans, prononcée à
Saint-Corneille de Compiègne , par dom Jean Thiroux ,
bénédictin de Saint-Maur. 1701, ïn-4**.
5**. Oratio funebris Philippi Aurelianensis ducis , dicta ab
Andréa Le Camus, soc. Jes. Parisiis , 1701, //1-12. 6**. In Philippi Aurelianensis ducis obitura poemata varia ,
à patribus soc. Jes. (^sine anno), In^fy», 7^. Caroli Aubrj, ecloga in obitum ducis Aurelianensis.
Parisiis, 1701, i/i-4**.
8°. Histoire de madame Henriette d'Angleterre, première
13 PHILIPPE l".
iêninje de Pbaippe de France, duc d'Oriéaus, jusqu'à sa mort en 16^0 ; par Marle-MagdeUîne de la Vergne, comtesse de Lafaj'elte. Amsterdam, 1720, in-12. Col un des plui faibles ouTrages àt l'autear de Zejde et d«
la Princeiie de Clivea ; OU j trouTG peu de parlicnUrit^s inUres-
g°. Bëcit de ce qni s'est passé à la mort chrétienne de Henriette-Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans, et son Oraison funèbre , par Nie. Fenillet, dianoine de Saint- Goud. Paris, Auiouj-n, i€86, i'n--4''.
(Jet ouTrage a tti TÎTcmeot ceosurri dans deux ^critJ qui ont paru dans le temps, sans nom d'auteara, de lieu, ni d'imprimeur; le premier a pour titre : Narré txmpU et trit véritabU âe queUiuêt circomtancet arrivée* à la dentiire maladie de madame ta duchtue d'Orléani contre tafauiteté de quefquei écrits et imprimés sur ce sujet. /n-4° de 4 P>gBS. Le tecnnd est intitnlë : Copie d'une lettre écrite de la campagne , par un docteur en théotngie, à une dame de qualité. In-^' de 9 pages. M. l'abbé FeuiQet est mort à Parii le <] décembre i6g3, S^i de 71 ans. '
10°. Relation de la Mort de Madame.
Cette relntioD est imprima i la fin des Lettres du comte d'ArliugtoD au cheTalier Temple. Utreeht , 1701, i/i-ia.
1 1". Oraison fiinèbre de Heorielte-Ame d'Angleterre , duchesse d'Orléans, prononcée i Saint-Denis, le 21 aoilt 1670, par Jacques-Bénigne Bossuet, évéque de Gondom (depuis de Meaux). Paris, 1670, i»-4°> Que pouirions-DODS dire de ce chef-d'œuTre , qui n'ait d^jà ^të dit et redît raille et mille fais F Mail si l'on Tcnt avoir une idée juste et de la prince^ae enleva de si bonne heure à tous ceux qui ]■ chûriiuient , et de la manière dont elle est morte et dont clic a ilé ctïMbr^e par ion éloquent pamfyriste, il faut lire ce qu'en dit le cardinal de Bausset dani la fie de Bottuet, 4* édition de Le Bel, i8ij, 4 W. in-ii.V. ton. I, p. ig8-3t3.Il cit impossible de retenir ses larmes en lisant ce beau morceau. On j voit quelle diflerence existait entre le dur et implloj'able abbé Feuillet, qui avait
PHILIPPE I^'. i3
administre la princesse , et Bossuet , qui survint après pour lui apporter les dernières consolations et recevoir ses derniers soupirs. Il avait toute la confiance de Tinfortuncfe Henriette, surtout de-
Îuis qu'il avait prononce, le 16 novembre 1669, Toraison funèbre ^sa mère Henriette, reine d'Angleterre, morte le 30 septembre de la même ann^ 1669.
12°. Oraison funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre, duchesse d'Orléans, prononcée à Pontoisc, le 26 avril 1670, en présence du clergé de France, par Pierre de Bertierj évêque de Montauban. Paris, yitré, 1670 , i/i-4°-
i3<>. Autre Oraison funèbre, prononcée par Jean Mascaron,
prêtre de l'Oratoire.
- Cette pièce d'ëloquence est dans le Recueil des oraisons funèbres de l'auteur. Paris t 1704» i/i-ia. J. Mascaron est mort e'véque d*Agen, en 1703.
i4°« Autre , par Le Maire, chanoine et archidiacre de Dunois, en l'église cathédrale de Chartres. Paris , Pépin" gué, 1670, m-4**.
I S**. Discours prononcé dans l'église de Saint-Denis , en présentant le corps de Madame ( Élizabeth-Charlotte de Bavière , duchesse d'Orléans ) , avec l'Abrégé de sa Vie , par'M. de Saint-Géry de Magnas. Paris, veupeMergé, 1723, 1/1-4®.
i&*^ Oraison funèbre de madame Elizabeth-Charlotte Palatine de Bavière, duchesse d'Orléans, prononcée dans l'église de Laon , le 18 mars 1723, par le P. Cathalan, jésuite. Paris, veiwe Mazières , 1723, i/i^4***
On voit en tête de cette brochure le portrait de la princesse, peint par Rigaud et grave par Drevet.
1 7^. Fragmens ou Lettres originales de madame Charlotte-
Élizabeth de Bavière , veuve de Monsieur, frère unique
de Louis XIV, écrites à S. A. S. Mk' le duc Antoine
Ulric de B.... W.... , et à S. A. R. madame la prin*
er
i4 PHILIPPE r
cesse de Galles Caroline , née princesse d'Anspach. Pa-
ris , Maradan, 1788, 2 vol, in^m.
Ces fragmens , qai paraissent authentiques , dit Anquelil , furent attribui^s, lors de leur publication, à M. Senac de Meilban ; nmà depuis on a su que M. de Maimieux en ^tait IVditeur.
18^. Mélanges historiques, anecdotiques et critiques sur la fin du régne de Louis XIV et le commencement de celui de Louis XV, par madame la princesse Élizaheth-Charlotte de Bavière , seconde femme de Monsieur, frère de Louis-le-Orand , précédés d'une Notice sur la Vie de cette illustre princesse. Paris, Léopold Collin, 1807, un vol, 1/1-8°.
Cet ouYrage-ci est le même que le pr^c^ent ; c'est une réimpression dont on a changé le titre. On y a seulement ajouté quelques fragmens tirés des Mémobvs de Saint-Simon. Ce recopil est asses curieux ) le style en est parfois original , comme on a pu en juger par quelques unes de nos citations précédentes. Dans la liberté (Tune correspondance intime , la princesse peint avec franchise , et surtout avec beaucoup de sens , les principaux personnages de la cour de Louis XIV et de celle de son fils le R^ent. Quoiqu'il n'y ait aucune espèce de comparaison à faire entre ces lettres et cdles de madame de Séyigné , on peut dire que les unes et les autres plaisent et amusent d'autant plus qu'elles n^ont point été faites pour le public. On aime , dans ce genre de littérature , cette absence de toilette de style , cet abandon , ces épanchemens que l'esprit ne dénature pas, et dont le cœur et le naturel font tous les frais.
PHILIPPE II. i5
SECOND PBllfCS DE LA BRANCHE uÉrÉDITAIRB DES BOURBONS-ORLEANS.
(os 1674 à 1723 )
PHILIPPE U, petit-fils de France, duc d'Orléans y de Valois , de Chartres y de Nemours et de Montpensier y chefalier des ordres du Roi y fils de Philippe 1" et de Charlotte-Élizabeth de Bavière, est né à Saint-Cloud , le 2 août 1674* A
U porta le titre de duc de Chartres jusqu'à la mort de son père (1701) , alors il prit celui de duc d'Orléans. La régence du royaume pendant la minorité de Louis XV appartenait a lui seul par le droit de sa naissance; le Testament de Louis XIV ( qui établissait un conseil de régence ) ayant été cassé , elle lui fut déférée par arrêt du parlement du :i septembre 17 15.
U fiitmarjié, le 18 février 1692 , à Françoise- Marie de Bourbon , légitimée de France , en lêSx^ dite Mademoiselle de Blois , née de Louis XIV et de la duchesse de Montespan (i) le 9 mai 1677; morte le i*' février 1749*
(i) Fnnçoife-Atliéiiàls de Rochecboiuat de Mortamart,
i6 PHILIPPE II, RÉGENT.
Il eut de ce mariage :
I®. N — d'Orléans, Mademoiselle de Valois, née le 17 décembre 1698, morte le 17 octobre 1694.
a"". Marie-Louise-Élizabeth d'Orléans , dite Mademoi-
marquise de Montespan, née en 1641, commença, vers 1667, à plaire à Louis XIV, épris alors de la ducbesse de La Vallière. Elle resta à la cour jusque vers 1686; elle eut sept enfans du Roi ; cinq furent légitimés et deux moumrent très jeunes. La mère du Régent dit dans aes/ragmens ; « La Montespan était un R démon. » Et ailleurs : « La Montefptn était jAua ambitieuse R que débauchée. » We était parfois très violente. Quand elle s'aperçut de l'inclination du Roi pour mademoiselle de Fontanges , elle en conçut une jalousie qui alla jusqu'à la fureur : elle menaça le Roi de déchirer sous ses yeux les enfans qu'elle avait eus de lui. Cet acte d'exaspération la perdit. Après sa disgrâce , elle alla vivre comme pensionnaire au couvent de Saint- Joseph qu'elle avait fait bâtir à Paris , et ût des voyages pour se désennuyer. Elle mourut aux eaux de Bourbon-L'Archambault, au mois de mai 1707. Elle fut l'avant-demière maîtresse de Louis XrV.
Le P. D'Avrigny nous a ainsi tracé l'histoire abrégée des amours de ce monarque. <c Dans sa première jeunesse, il aima la R Beauvais,^ femme de chambre et favorite de la Reine. Après R elle, il s'attacha à Marie de Mandni, et l'aurait épousée si le R cardinal Mazarin l'eût permis. Dès qull la vit marier hors du R royaume , il jeta la vue sur mademoiselle de La Mothe-Hou- « dancourt, puis sur Olympe de Mancini, comtesse de Soissons. R Jusqu'ici sa passion n'avait guère été que dans ses yeux, sur R sa langue et dans son cœur : de ces quatre maîtresses , son âge R avait sauvé les unes, l'honneur peut-être avait préservé les R autres. Madame de La Vallière, fille de la maison de Madame j R fut la première dont la faiblesse éclata d'une manière qid ne c pouvait «tre équivoque. La {Nrincesse de Monaco , qui avait
selle y née le 20 août 1695, mariée, le 6 juillet 17 10, à Charles, fils de France (né du grand dauphin et de Victoire de Bavière , le 3i août 1686), duc de Berri ; veuve (i) le 4 mai 1 7 14 9 ^^^ mourut au château de la Muette , dans le bois de Boulogne, le 21 juillet 17 19. (C'est à elle que l'on doit le mot courte et bonne, en parlant d'une vie qui peut être abrégée par l'excès des plaisirs.)
3"*. Louise-Adélaïde d'Orléans , Mademoiselle de Chartres, née le i3 août 1698, abbesse de Chelles , sous le nom de Sainte-Batilde (2), morte le 20 février 1743.
<c paru sur la scène , l'ayant occupé peu de temps , madame de «c Montespan s'y plaça en 1667 ; elle régna seule treize à quatorze n ans , grâce à la mort qui enleva mademoiselle de Fontanges à R sa première couche (le 28 juin 168 1 ). Madame Scarron mit a fin à sa faveur et fit cesser le scandale. »
(i) On a parlé d'un mariage secret de cette princesse avec le comte de Riom, pour lequel elle avait beaucoup d'inclination; et de leur union (antérieure à l'acte de mariage) serait provenue une fille, qui a été religieuse à Pontoise avec trois cents livres de pension. Dudos dit avoir vu cette religieuse dans sa jeunesse. Le Régent n'a pas donné son approbation à ce mariage , quoiqu'il l'eût promise à sa fille ; elle est morte peu de temps après ses couches et ce mariage.
Ce comte de Riom était neveu du duc de Lauzun , et il tenait , dit-on, avec la duchesse de Berri , une conduite aussi cavalière que celle de son onde avec la duchesse de Montpensier.
(2) y oici comment on raconte la vocation monastique de cette princesse. Yers 17 16, elle avait pour maître de chant un nommé Gauchereau. Un jour que cet acteur chantait à l'Opéra une scène très passionnée , la jeune princesse , qui était dans une loge avec la duchesse d'Orléans sa mère , s'écria : n Ah ! mon « cher Gauchereau ! » A l'instant même sa vocation fut décidée ; elle fut destinée au couvent. Sa famille choisit l'abbaye
i8 PHILIPPE II, RÉGENT.
4^. Charlotte-Aglaé d'Orléans , Mademoiselle de Valois, née le 22 octobre 1700 ; mariée, le 21 juin 1720, à François-Marie d'Est , prince héréditaire de Modène , et duc de Modène le 26 octobre suivant ; elle meurt le 19 janvier 1 761.
5^. Louis d'Orléans , né en 1708, l'héritier du nom, dont l'article suivra.
6°. Louise- Élizabeth d'Orléans, Mademoiselle de Montpensier, née à Versailles le 1 1 décembre 1709; mariée dans la ville de Lerma, le 20 janvier 1722 (i), à Louis, prince des Asturies , devenu roi d'Espagne par l'abdication de son père, le i5 janvier 1724 ; veuve le 3i août 1724» elle part de Madrid pour la France le 3o mai 1725, est reçue partout avec les honneurs dus à une tête couronnée , arrive le i'' juillet au château de Vincennes^ fixe sa rési-
de Chelles , ordre de Saint-Benoit. Elle prit l'habit le 3o mars 1717, fit profession le 23 août 1718, fut installée abbesse le 6 juin 17 19, et reçut la bénédiction du cardinal de Noailles le 24 septembre suivant *. La nomination paraissait régulière , mais madame de Villars, ancienne abbesse, ne s'était pas démise de plein gré. En 1754, la princesse eut des remords, elle se retira au prieuré de la Madelaine-de-Tresnel, où elle mourut en 1743. **
(i) On a publié à ce sujet un petit ouvrage intitulé : Route de mademoiselle d' Orléans, princesse des Asturies, Bourdeaux, 1722, m-4'.
' On peut ooniulter Lettres d'un Ecclésiastique sur la 'vocation et profession dé Madame d'Orléans, abbesse de Chelles, Dijon, 17 19, 111-12.
** On trouTera dam le Mercure de France, 1743, août, p. 1869-83, une DeS" criptioH de la pon^ funèbre et du service solennel, célébré en VégUse de Chelles, pour le repos de l'dnu de Louise-Adélaïde tT Orléans, religieuse professe et ancienne abbesse de cette abbe^e; morte à Paris au prieuré de Traism/, I0 aoyêVHer 1743-
dence à Paris, et meurt au palais du Luxembourg le 16 juin 1742. (i)
7<>. Philippe- Élizabeth d'Orlëans, Mademoiselle de Beaujolais, née le 18 décembre 1714» accordée le 26 novembre 1722 , à don Carlos (depuis roi de Sicile) , elle fut * conduite en Espagne le i'^'' décembre suivant, pour y être élevée; elle arriva à Madrid le 16 février 1723. Le mariage ayant été rompu , elle revint en France le 3o mai 1725 avec sa soeur, veuve de Louis, dont nous venait de parler, et mourut de la petite-vérole à Bagnolet, sans avoir été mariée, le 3 mai 17 34'
8^. LoDisE-DiANE d'Orléans, Mademoiselle de Chartres, née à Paris le 27 juin 17 16; mariée en 1734 à Louis de Bourbon , prince de Conti, morte le 17 septembre 1736.
(i) Dudos a fait de cette princesse un portrait bien peu flatteur.
«t La princesse des Astunes, dit-il, fit voir dès les premiers n jours de son arrivée à la cour d'Espagne les preuves d'une a humeur sombre et maussade. E iallait presque la violenter « pour qu'elle rendît visite* au Roi et à la Reine. On avait fait les « plus superbes préparatifs pour un bal dont Leurs Majestés Ga- <c tholiqoes et toute la cour se faisaient une fête. La princesse <r refusa constamment d'y paraître, sans aucun motif de cha- « grin, mais uniquement par l'humeur d'un plat et sot enfant. <c Ou elle ne répondait rien aux représentations qu'on lui faire sait , ou sa réponse était que le Roi et la Reine pouvaient vivre «( à leur fantaisie, et qu'elle voulait vivre à la sienne. Le détail a de scènes tristement ridicules serait dégoûtant, même dans de « sitaiples mémoires tels que ceux que j'écris. Pour finir en peu « de mots ce qui la regarde , elle continua d'être à Madrid aussi <c sotte , aussi plate, aussi maussade que nous l'avons vue depuis « à Paris, où elle vint végéter reine douairière d'Espagne, de- « puis 17^5 jusqu'en 174^, qu'elle mourut au Luxembourg. »
j Le duc d'Orléans, Philippe II, eut encore de
Marie- Louise- Victoire-Lebel de la Bossière de Sery , comtesse d'Argenton , trois enfaus natui'els, dont le second seul fut légitimé. Ces trois enfans sont :
I 9"*. Charles de Saint-Albin , né en 1698, sacre évéque
j de Laon le 26 avril 1722, et archevêque de Cambrai en
1723, avec conservation des honneurs de la pairie. Nous o'avons pas trouve la date de sa mort ; mais son successeur, Léopold-Charles de Choiseul-Stainville, a été nommé par le Roi à cet archevêché, le 19 mai 1764* Voici les propres expressions du Journal historique du règne de Louis XV, in-i2 , y. page 198 de la seconde partie , sous cette date : H Le Roi nomme l'abbé de Choiseul, archevêque d'Albj, à M l'archevêché de Cambrai , vacant par la mort de l'abbé de u Saint- Albin. » Il est donc présumable que celui-ci est mort dans les premiers jours du mois de mai 16649 car on ne laisse pas long-temps chômer de telles places.
10°. Jean-Philippe, dit le chevalier d'Orléans, grandprieur de France , de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem , abbé de Hautvilliers, grand d'Espagne et général des galères de France, né à Paris en 1702, légitimé en juillet 1706, mort le 24 mars 1749*
it*. Philippe-Angélique de Froissi«, mariée au comte de Ségur.
Philippe II , duc d'Orléans , régent de France , mourut subitement d'un coup d'apoplexie , à Versailles^ le 2 décembre 17^5 ^ et (ut inhumé à Saint-Denis le 4 février 1 7 ai4-
PHILIPPE II, RÉGENT. ai
NOTICE HISTORIQUE
Voici encore un exemple extraordinaire des contrastes les plus opposés qui peuvent se rencontrer dans un seul individu. Philippe d'Orléans y plus connu sous le nom de Régent y reçut de la nature les dispositions les plus heureuses /et montra dès sa jeunesse un génie supérieur et universel. Mais si de grandes qualités se développèrent en lui de bonne heure , il en fut de même de ses penchans aux plaisirs; et ces derniers surtout prirent un accroissement effrayant à mesure qu'il avança en âge ( i ) , sans cependant que cela l'empéchàt de s'acquitter en homme d'état des devoirs
(i) Sa mère, Ëlizabeth-Charlotte de Bavière, qui mourut peu de temps avant lui (en l 'jii ) , gémissait de voir une conduite dépravée et des faiblesses excessives ternir de si brillantes qualités et de si grands talens. Aussi cette femme sage et vertueuse caractérisait son fils dans cette allégorie aussi ingénieuse que vraie : A Les fées, dit-eUe, furent conviées à mes couches, et chacune « douant mon fils d'un talent, il lèsent tous. Malheureusement « on avait oublié une vieille fée, qui , arrivant après les autres , ff dit : n aura tous les talens , excepté celui d'en faire un bon ff usage. » Cette princesse mourut sans avoir eu la consolation de voir son fils modérer son ardeur pour les plaisirs. C'est ce qui donna occasion aux satiriques du temps de proposer pour l'épitaphe de cette bonne mère, l'épigramme suivante :
Cl GIT l'oISIVKTB.
aa PHIUPPE II, RÉGENT.
importans que lui imposa la Régence dans des temps difficiles.
Philippe débuta , comme son père , par la carrière des armes. U fit sa première campagne en 1691 , et se signala sous les yeux de Louis XIV y son oûcle, au siège de Mons dont nous avons parlé à 1 article de son père. Ensuite il accompagna le duc de Luxembourg, général de l'armée de Flandre. Chargé l'année suivante de commander le corps de réserve au combat de Steinkerque , il y fit des prodiges de valeur, et fut blessé à l'épaule. Le 29 juillet 1 693 , il montra le plus grand courage à la sanglante journée de Nerwinde , près de la Guette à quelques lieues de Bruxelles ; il faillit être prisonnier, s'étant trouvé cinq fois au milieu des ennemis. Cette victoire remportée par le duc de Luxembourg, coûta plus de sept mille hommes à la France. C'est à cette occasion que Ton dit qu'il fallait chanter plus de De profundis que de Te Deum.
De retour à Paris , Philippe , qui n'était encore que duc de Chartres , s'occupa , pendant la paix , à cultiver les sciences et les arts ; rien ne lui fut étranger : géométrie, chimie , peinture, gravure , musique (i) , littérature , poésie ; il embrassa tout
(i) Il a fait la musique de deux opéras , dont Lafare composa le poème , et qui furent joués dans son palais ; on lui doit la gra-
et réussit en tout , du moins autant qu'il est possible en appliquant ses facultés à tant d'objets divers (i). Il se livrait à ces doux loisirs, quand Louis XIV l'envoya en 1 706 , commander l'armée en Piémont. Elle était alors devant Turin , dont die formait le siège. Le prince Eugène le suivit de près y venant au secours de la place. Fallait-il l'attendre ou marcher à lui ? Philippe était de ce dernier avis; on suivit l'autre, et l'armée fiit battue. Ce qui contribua à cette défaite , fut que le duc
vnre des estampes du roman de Daphnis et Chlotî (nous en parlerons ailleurs ) ; et avant la révolution , on voyait sur les murs du château de Meudon de très beUes peintures de sa composition.
(i) C'est sans doute alors qu'il répara ce que son éducation ou plutôt son instruction primitive pouvait avoir de défectueux. « Car, dit un historien, par une déplorable fatalité , la mort lui «( enleva successivement cinq gouverneurs qui tous avaient comic mencé à diriger vers le bien les qualités précieuses dont le n ciel l'avait comblé ; il ne lui resta plus que l'abbé Dubois , qui «r devint , après la mort de Saint-Laurent , son sous-précepteur, « et qui devait avoir sur la destinée de ce prince une influence « si funeste. »
Les cinq gouverneurs dont il est ici question sont : le maréchal de Navailles, mort en i684; ^^ maréchal d'Estrades, mort en 1G86; le duc de La Yieuville, mort en 1689, ^^ marquis d'Arcis , mort en 1694 ; et enfin Saint-Laurent , le plus vertueux des précepteurs , qui eut toutefois le tort d'introduire auprès de son élève le trop fameux Dubois. Madame de Sévigné écrivait à sa fille, au sujet de la mopt de ces cinq messieui*s : « On ne pourra donc jamais élever un gouverneur pour le neveu du Roi. » Le mot est de Benserade.
d'Orléans y reçut une blessure considérable au bras. Il fut obligé de se retirer pour aller se faire panser, et, pendant son absence^ on perdit la bataille le 7 septembre. L'année suivante , 1707, il passa en Espagne^ et y arriva le lendemain de la bataille d' Almanza y donnée le 26 ayril ; mais s'il n'eut pas part à cette grande victoire , il sut du moins en profiter en habile capitaine. Il soumit, presque en les parcourant, les provinces de Valence et d'Aragon. Recpiena se rendit le 3 mai; Valence, le 8, Saragosse, le 24 ; 6t Serpa en Portugal, le 26; Alcita , le 18 juin; Mequinença , le 7 juillet; M onçon , le 7 août ; Puycerda , le 1 2 septembre ; Ciudad-Rodrigo , le 1 4 octobre ; la ville de Lérida fut prise le 1 3 octobre , par le duc d'Orléans en personne ; et le château , devant lequel avaient échoué nos plus grands capitaines (Condé et le comte d'Harcourt) , subit le même sort le 1 2 décembre. Le même prince s'empara de la ville et du château de Tortose, le 1 1 juillet 1708.
U courut dans ces temps le bruit que Philippe V (second fils du grand dauphin, nouveau roi d'Espagne par le testament de Charles II) allait abdiquer , et que le duc d'Orléans songeait à obtenir la couronne d'Espagne pour lui-même. Il est certain que ce trône lui appartenait au défaut des enfans du dauphin. Il prenait déjà des mesures, dit-on , pour disputer à l'archiduc le sceptre au
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moment qu'il échapperait à Philippe. La princesse des Ursins , pénétrant ces projets , les présenta à Louis XIV et à Philippe V sous la forme de la plus odieuse conspiration. Le monarcpie français ne pardonna jamais au duc d'Orléans ces manœuvres (i), quoiqu'il s'opposât à ce qu'on lui fît son procès y ainsi que l'avait demandé dans le conseil le dauphin, père de Philippe V. Voilà le motif pour lequel , dans les arrangemens que Louis XIV prit à sa mort (arrivée le i" septembre lyiS), il eut grand soin de priver le duc d'Orléans de la Régence y qui lui appartenait de droit y tout ayant l'air de la lui conserver y puisqu'il le plaçait à la tête du conseil de Régence. Mais il mettait en même temps la personne du jeune Roi sous la tu-
(i) Ajoutons que par la suite il y eut bien d'autres sujets d'inquiétude. La mort promena rapidement sa faux dans la famille de Louis XI Y. Le dauphin, son fils unique , meurt le i4 avril 171 1 ; le duc de Bourgogne, devenu dauphin, meurt Tannée suivante, le 18 février 1712 , n'ayant survécu que six jours à sa femme, morte le 12; trois semaines après, le duc de Bretagne , leur fils aîné , les suit au tombeau. Paris vit le même char funèbre renfermer le père , la mère et l'enfant. Le duc d'Anjou, depuis Louis XY, unique rejeton de la ligne directe , fut à deux doigts de la mort. On assure que la duchesse de Yentadour, sa gouvernante, par un amour d'autant plus courageux qu'elle osait se charger de l'événement , éloigna les médecins, et pleine des idées funestes qui naissaient de tant de morts précipitées , lui donna du contre-poison que lui avait apporté de Turin la comtesse de Yérue, qui en avait fait usage. Eh bien, tant de
telle et garde du conseil ^ ayant le duc du Maine pour surintendant de son éducation. Le duc d'Orléans, qui connaissait ses droits^ piqué de ce que le défunt Roi les blessait , ne perdit pas de temps; le lendemain de la mort du monarque , 2, septembre y il fait casser son testament en plein parlement et se fait déférer purement et simplement la Régence.
Alors tout changea de face. Le duc d'Orléans donna aux afiàires une direction diamétralement opposée à celle que Louis XIV avait suivie. Les controverses et les divisions qui agitaient alors le clergé , et auxquelles on attachait une grande importance, fixèrent son attention. Ses premiers soins furent de gagner les jansénistes et de pacifier
malheurs arrivés coup sur coup , avaient fait planer sur le duc d'Orléans les plus afireux soupçons , d'autant plus que , dans ses loisirs, il se livrait à Fétude de la chimie, science à laquelle on s'était adonné naguère pour y apprendre la préparation des poisons. Le prince, incapable de pareils forfaits , fort de sa conscience , demanda au Roi de se constituer prisonnier, avec Hombert, célèbre chimiste , son maître dans cette partie. Le Roi , prévenu par les ennemis de son neveu , était pi*ès d'accepter la proposition , lorsqu'il en fut détourné par le fameux Maréchal, son médecin , qui connaissait à fond le duc d'Orléans ; et il finit par dire à Maréchal , qui l'avait convaincu : « Savez-vous ce que <c c'est que mon neveu ? c'est un fanfaron de crimes. » La conduit^ du Régent à l'égard de Louis XY, enfant, prouve combien tous les soupçons dont nous venons de parler étaient absordte et calomnieux.
les querelles de l'Église; il y réussît en partie. Il rendit aux parlemens l'usage des remontrances. Il maintint la paix avec les puissances étrangères ; il s'unit avec l'Angleterre , abandonna la cause des Stuarts^ et rompit avec l'Espagne.
Le czar Pierre P' vint visiter la France en 1 7 1 7 ; il arriva à Paris le 7 mai , et n'en partit que le 21 juin. Il y fiit reçu , logé et défrayé avec une grande magnificence. L'état de sa dépense était de 1^800 livres par jour. Rien de plus touchant que ses entrevues avec le jeune Roi , âgé de 7 ans. Le Régent lui témoigna continuellement les plus grands égards , et eut pour lui les attentions les plus délicates, (i)
En 17 18, le cardinal Alberoni, premier ministre de Philippe V, dressa en France des batteries secrètes pour enlever la Régence au duc d'Orléans y et la procurer au Roi son maître y dans un pays où il ne pouvait plus régner. La conspiration
(i) Uq jour il le conduisit à PHôtel des Monnaies. Le Czar , après avoir examiné la structure , la force et le jeu du balancier, se joignit aux ouvriers pour le raettre en mouvement. Rien n'égala sa surprise quand il vit sortir de dessous le coin son portrait, supérieur pour la ressemblance et pour Tart à toutes les médailles qui avaient été frappées pour lui. D parut aussi fort satisfait du revers , qui représentait une renommée passant du nord au midi, avec ces mots de Virgile : Fires acquirit eundo , par allusion aux connaissances que ce prince acquérait en voyageant.
était près d'éclater, lorsqu'elle fut découverte par une courtisane ( la Fillon). Les lettres interceptées et les papiers saisis chez le duc de Cellamare , ambassadeur d'Espagne à Paris , la prouvèrent jusqu'à l'évidence. Le Régent pardonna aux conjurés avec une clémence digne de Henri IV. Mais ses ministres moins indulgens en firent mettre plusieurs à la Bastille (i). Le duc du Maine fut arrêté le 29 décembre et conduit au château de Doulens ; la duchesse du Maine fut envoyée au château de Dijon ; et c'est sur les révélations qu'elle
(i) De ce nombre fut le comte de Laval , qui , dans sa prison , prenait deux lavemens par jour, moins pour sa santé que pour avoir le droit de voir plus souvent son apothicaire qui lui servait de confident. Le cardinal Dubois voulut le priver de cette satisfaction. Le duc d'Orléans s'y opposa en disant : puisqu'il ne lui reste que ce plaisir, il faut le lui laisser.
Quelques autres conjurés n'en furent pas quittes pour la Bastille, et furent traités beaucoup plus sévèrement. « Le mardi a6 mars 1720, MM. de Guer-Pontcallet , Du G>ëdic , de Montlouis et Le Moyne dit le chevalier de Thalouet , eurent la tête tranchée à Nantes , pour avoir entretenu des correspondances secrètes avec le cardinal Alberoni , et avoir sollicité la noblesse à se soulever contre le Régent*. Le lendemain 27, la maréchaussée se rendit au Boufiisiy, place de Nantes , devant le palais , et on attacha à la potence dix-sept tableaux représentant dix-sept gentilshommes condanmés à être décapités. Ces messieurs avoient fui en Espagne , où ils furent assez malheureux par la suite. »
* 11 ett certain que la conspiration arait éié plus fomentée en Bretagne , parce f{ue c'était là que devaient être reçiu les vaineaux espagnols^
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fit à la fin pour obtenir sa liberté , que les malheureux Bretons dont nous avons parlé dans la note précédente furent exécutés, les uns réellement, les autres en effigie. Il y eut aussi des beaux esprits satiriques ou soupçonnés de l'être qui furent également enfermés ; mais le prince adoucit leiu* prison autant qu'il put.
Quant aux finances , elles étaient dans le plus grand délabrement lorsque le duc d'Orléans prit la Régence. L'État avait à payer goo millions de dettes , et les revenus du Roi n'en produisaient pas 69, à 3o francs le marc. Le duc de Noail- Ics, président du conseil des finances, eut recours , en 1716,3 l'établissement d'une chambre de justice contre les financiers. On rechercha la fortune de quatre mille quatre cent dix personnes, et le total des taxes ou des restitutions auxquelles on les assujettit, fut d'environ 219,400,000 liv. ; mais de cette somme imniense , il ne rentra que 70,000,000 dans les cofli^es du Roi. Le gaspillage ne fit que changer de mains. Cette chambre, établie le 12 mars 17 16, fut supprimée le 22 mars 17 17.
C'est dans cette année que le Régent fit, pour la couronne , l'acquisition du diamant le plus gros et le plus parfait qui existe en Europe (i). On le
(i) Ce bijou est un brillant blanc , de forme carrée , les coins arrondis, ayant une petite glace dans le filetis, et une autre à un
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nomme le Régent et quelcpiefois le Pitt, parce que le duc d'Orléans l'acquit de Thomas Pitt, gouverneur de Madras , beau-frère de Stanhope , secrétaire d'état d'Angleterre , et oncle du célèbre Pitt, dont le fils, plus célèbre encore , est mort en i8o5, âgé de 46 ans. Revenons aux finances.
Le 2 mai 17 16, parut un édit portant établissement d'une banque générale pour tout le royaume , sous le nom de Law ( écossais ) et compagnie. Cette banque prend de la consistance en 1 7 1 7 ; elle est déclarée banque royale , le 4 d^ cembre 17 18. Quoique les billets fussent déjà en émission considérable , on en ordonna , le 22 avril 17 19, une nouvelle fabrication de 100 millions. Vers le mois d'août , le bruit se répandit qu'on venait de découvrir des mines d'or à la Louisiane. Le 23 septembre, un arrêt du conseil affîdblit d'un douzième la valeur des espèces d'or, et d'un
coin dans le dessous. D a 1 4 lignes de long, i3 lignes i quart de large, et 9 lignes i tiers d'épaisseur. Il pèse , tout taillé, i36karats quatorze seizièmes. On prétend que brut, il pesait 4io Carats. Les frais de taille ont été considérables : on les fait monter à ^Soo livres sterling ; et les pièces que Ton en a coupées , à la valeur de 8,000 livres sterling. On en demandait quatre millions ; faute d'acheteurs , le duc d'Orléans l'a eu pour deux millions. Le physicien Brisson dit qu'en suivant la progression du prix des diamans, quant au poids, le Régent vaut 3, 753,800 fr., mais à cause de sa grosseur, de sa beauté et de la régularité de sa forme y il l'estime six millions.
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trentième celle des monnaies d^argent ; et cela , à raison de la découverte (imaginaire) des mines de la Louisiane. Le 2 octobre , Law fait ordonner, par un arrêt , nouvelle création de trois cent mille actions de 5,ooo livres chacune ( i ,5oo,ooo,ooo livres). Un autre arrêt du 21 décembre défend défaire des paiemens en argent au-dessus de 10 livres , et en or au-dessus de 3oo livres. Le discrédit des espèces et la confiance dans le papier forent tels qu'on enleva sur-le-champ les nouvelles actions. Ceux qui n'en pouvaient avoir témoignaient hautement leurs regrets , et les enchérissaient à l'envi. Cependant il y en avait une telle quantité que, à la fin de 1 7 19 , leur valeur chimérique équivalait à trois fois tout l'argent qui pouvait être dans le royaume, et qu'on estimait à 1,200 millions; c'est-à-dire qu'il pouvait y avoir des billets pour environ 3 milliards 600 millions, (i)
Cependant les yeux commencèrent à se dessiller, lorsque parut un arrêt du 2 février 1720, qui dé-
(i) On lit dans les Mémoires sur la Bastille , tome ii , p. 238 , « qu'on a reconnu dans le temps qu'il avait été livré à la circuit lation pour deux milliards six cent quatre-vingt-seize millions tt quatre cent mille livres de billets de la banque de Law, et « qu'il en a été brûlé pour sept cent sept millions trois cent (c vingt-sept mille quatre cent soixante livi'es , qui ne furent pas « admis à la liquidation. »
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fendait à tout particulier de garder dans sa maison plus de 5oo livres en argent ou en or , sous peine de 10,000 livres d'amende. Bientôt ces billets si recherchés tombèrent dans le discrédit , et le mécontentement général vint à son comble à la vue de deux arrêts, l'un du i5 août 1720, qui mit hors du commerce les gros billets de banque , et l'autre du 1 o octobre suivant , qui proscrivit les petits billets. On prétend qu'un tumulte populaire s'étant alors élevé à Paris , le cardinal Dubois se proposait de faire dissiper par la force armée les attroupemens , où déjà trois hommes avaient été tués ; mais le Régent s'y opposa , en disant : « Le cr peuple a raison s'il se soulève ; il est bien bon de « soufirir tant de choses. » Le prince était assez tranquille , sans doute parce qu'il savait que dans cette émeute le peuple n'avait pas de chef, qu'aucun plan ne le dirigeait ; et , comme l'a dit Saint- Simon : « Pour faire des révolutions , il faut des (c chefs, des têtes et de l'argent; et il n'y avait rien (c de tout cela en France. » Tout s'apaisa donc promptement , et c'est ainsi que finit ce brillant système de Law , homme habile , qui eût réussi en se bornant au tiers de ses opérations , mais qui devint excessivement coupable en donnant une telle extension à son système. Le 10 décembre 1720 , il s'enfuit chargé de l'exécration publique , et se retira d'abord à Bruxelles, puis à Venise. U
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n'emporta, dit-on, que deux mille louis, et mourut le 21 mars 17495 dans un état voisin de l'indigence. (Nous nous sommes un peu étendu sur cette partie, parce que le peuple français s'est laissé prendre au même piège (i) au commencement de la révolution.)
Les afiaires de la guerre avec l'Espagne sous la Régence n'offrent rien de bien important.
On s'est toujours assez accordé à louer l'admi* nistration du Régent; il était fait pour gouverner^ quoi qu'en dise Duclos. Le fameux lit de justice tenu le 26 août 17 18, contre le parlement, et où il harangua et dirigea la plus imposante assemblée^ avec tant de fermeté et de présence d'esprit, le
(i) C'est le 17 décembre 1789 que l'Assemblée Nationale or- . **^ V.
■ *■*'■* domia pour la première fois une création de papier-monnaie * ^;' ^^
nommé assignats. Ce système d'assignats dura jusqu'au i5 fé- "^^
vrîer 1796 , jour où un décret ordonna le brisement de tous les objets qui avaient servi à la fabrication de cette sorte de billets^ on en avait émis pendant ces six ans pour une somme qu'on évalue à quarante milliards , dont il restait trente-deux en cir-r culation y qui par la suite furent déclarés bors de cours. Le 18 mars 1796, on créa un nouveau papier-monnaie, nommé mandats territoriaux^ pour être échangé contre les assignats. On en a fabriqué pour deux milliards quatre cents millions. Enfin le 16 juillet 1796, les mandats territoriaux sont retirés de la circulation. On voit que notre système a fini comme celui de Law, et il en sera toujours de même tant qu'il n'y aura aucune proportion entre l'émission du papier et l'bypotbèque sur laquelle elle est fondée.
prouve bien. On ne peut disconvenir que ce prince offre un assemblage de vertus magnanimes et de faiblesses humaines poussées à Texcès (i). Mais si on lui reproche de grands défauts, on admire encore plus ses grandes qualités ; et Ton peut affirmer que son courage, son afiabilité, sa générosité, sa droiture, sa clémence, relevèrent audessus du vulgaire des princes. Cependant sa clémence n'allait pas jusqu'à blesser les droits et -le coxu*s de la justice , et dans une certaine circon- '.^f^f^siSLUce y il montra un caractère qui rappelle celui de l'inflexible Sixte-Quint. Voici le fait.
Le comte de Horn , petit-fils du prince de Ligne, duc d'Âremberg , d'une des premières maisons de Flandre , allié à l'empereur d'Allemagne et au Régent lui-même, commit le vendredi 22, mars 1720,
(i) Sa conduite dans son intérieur, et particulièrement ce qu'on nommait ses soupers , furent ce qui ût le plus de bruit dans le temps. Le duc de Saint-Simon en dit un mot dans ses Mémoires: « Les soupers du Régent, dit-il , étaient toujours avec « des compagnies fort étranges , avec ses maîtresses, quelquefois (c des filles de l'Opéra, souvent avec la duchesse de Berri , quelce ques dames de moyenne vertu , une douzaine d'hommes que , « sans façon y il ne nommait pas autrement que ses roues, et « quelques gens sans nom, mais brillans par leur esprit.... La <c chère était exquise.... les galanteries passées et présentes de la <c cour et de la ville , les vieux contes , les disputes , rien ni per- « sonne n'était épargné.... On buvait beaucoup, et du meilleur n vin , on s'échauffiiit.... et quand on avait fait du bruit et qu'on « était bîea ivre, on allait se coucher. »
uii crime où la bassesse était unie à la scélératesse. Il assassina^ ayec deux complices (i), un agioteur à qui il avait Tolé 200,000 livres en billets de banque ; on l'arrêta sur le fait y on instruisit très promptemcnt son procès , et , d'après les lois y il devait être condamné à être rompu vif. Aussitôt, les parens y particulièrement le prince de Robec- Montmorenci y et le maréchal dlsenghen y et les amis, surtout le comte de Saint-Simon, se mettent en mouvement pour obtenir la grâce du coupable , alléguant la honte d'un tel supplice pour un gentilhomme ; le Régent répondit : u L'infamie H est dans le crime et non dans le supplice. » Alors on lui représenta sa parenté avec ce malheureux : « Eh bien, messieurs, i^eprit le Régent, j'en par- « tagerai la honte ; cela doit consoler les autres « parens. » Tout ce qu'il y avait de plus considérable à la cour sollicita en vain ; le Régent refusa toute grâce et même la comimutation de peine , c'est-à-dire la décollation au lieu de la roue. Le comte de Hom fut condamné à ce dernier supplice , et le subit , le 26 mars 1 720 (2) , sur la place de Grève à Paris.
(i) Un nommé Laurent de Mille, capitaine réformé, et un nommé Lestang. Laurent de Mille fut pris et exécuté avec le comte , et Lestang parvint à se sâtuver ; il a erré dans difiercns États sous le nom de Grandprt, et est passé aux Indes hollandaises.
(q) Cest à ce sujet que Maximilien-Emmanoel » prince de
Le duc d'Orléans avait un don particulier qui répandait de la grâce sur son administration , c'était celui de bien connaître les Français. II aimait les lettres y les sciences y et les arts ; non seulement il les protégeait 9 mais il les cultivait (i). Il avait Taccueil facile y obligeant. Lorsqu'on avait à lui parla:* , on était sûr de trouver chez lui une politesse, une attention, une patience inaltérable. L'air débouté, la douceur, l'agrément, accompagnaient toujours ses réponses , cl même il savait mêler du charme jusque dans ses refus.
Horn, frère aîné du condamné , écrivit la lettre suivante au Régent , qui lui avait adjugé la confiscation des biens du comte.
n Je ne me plains pas , Monseigneur, de la mort de mon frère ; « il avait commis un crime si horrible , qu'il n'y avait punition « qu'il ne méritât. Je me plains de ce que vous avez violé en sa « personne les droits du royaume , de la noblesse et des na- « tions. Je vous remercie de la confiscation de ses biens, je me « croirais aussi infâme que lui , si je recevais la moindre grâce « de Y. A. R. An surplus , j'espère que Dieu et le Roi vous ren- « dront un jour une justice aussi exacte que celle que vous avez «c rendue à mon malheureux frère.
A Signe f le Prince de Hokii. »
(i) On connaît les vingt-huit dessins qu'il a faits pour le Roman de Longus ( DaphrUs et Chloé) , gravés par Benoît Audran , et insérés dans l'édition de ( Paris ^ Quillau) 1718, peL inS", tirée, dit-on, à deux cent cinquante exemplaires, aux frais du Régent, qui se les est réservés pour en faire des présens. (En 1 782, on en à retrouvé, chez M. de Cangé de Billi , cinquante-deux exemplaires qui étaient restés oubliés dans le garde-meuble. ) Quoique cette édition n'ait paru qu'en 1718 , les dessins du duc
Le i5 février 1725, jour où Louis XV entra dans sa majorité , le Régent vint à son lever se démettre en ses mains de l'autorité souveraine , et ce fiit là que finit la Régence. 11 ne survécut pas long-temps h cet acte solennel y car , à la fin de cette même année , il moiunt , regretté de quelques uns et oublié ou maltraité par beaucoup d'autres , comme il arrive presque toujours à ceux qui ont tenu le timon de l'État. Marmontel finit ses Mémoires sur la Régence ^ par ces lignes :
« Le peuple ne songeait qu'à ce système frau-
« duleux qui avait ruiné tant d'honnêtes familles, (c et ne voyait dans le duc d'Orléans ou que le com-
d'Orléans avaient été faits long-temps avant quHl fût Régent , car le frontispice gravé par Andran a été terminé en 1714. Il en existe un exemplaire sous cette date à la Bibliothèque du Roi ; et il est facile , en examinant de près les exemplaires ordinaires , de voir que de 1714 on a fait 1718. La vingt-neuvième gravure , connue sous le nom des Petits pieds , ayant pour titre Conclusion DU Roman, n'a été donnée qu'après coup, et ne se trouve pas dans les anciens exemplaires , à moins qu'on ne l'y ait insérée postérieurement. On a employé deux sortes de papier pour l'édition de 1718 : l'un plus grand, plus blanc et d'une meilleure qualité que l'autre.
Dy a une édition de 174^, petit i/i-8*. avec les mêmes planches retouchées. Comme on a laissé sur le frontispice gravé de cette réimpression la date de 1718 , on pourrait la confondre avec l'ancienne ; mais pour les exemplaires où la friponnerie a fait supprimer Iç frontispice imprimé portant 174^, la supercherie est facile à reconnaître : l'édition de 171 8 a 164 pages de texte, et celle de 1745 n'en a que i5g.
« plice de Law, ou qu'un prince étourdi, négli- « gent et facile, que ce £ripon avait trompé. Ainsi, « sans le haïr, il ne l'estimait pas assez pour être afc( fligé de sa mort. Les étrangers furent plus justes, « et , à travers ce qu'il avait été , considérant ce (( qu'il pouvait être , ils parurent sentir le prix de « ses talens éclairés par de grandes fautes, et en- « levés dans l'âge de leur maturité ( à 5o ans ). Le ce Roi , dit Saint-Simon , touché de son inaltérable ^ (c respect et de ses attentions à lui plaire , fut véri-
u tablement affligé de sa perte; il le pleura, et (c depuis il n'en a jamais parlé qu'avec estime , « afièction et regret. »
NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE
Passons maintenant aux ouvrages qui ont été publiés sur le duc d'Orléans, sur la Régence, etc.; c'est là qu'on pourra puiser les renseignemens sur sa personne , sur son administration , et sur tout ce qui regarde la niinorité de Louis XV.
i". Vie de Philippe d'Orléans, petit-fils de France, régent du royaume pendant la minorité de Louis XV. Londres {Amsterdam), aux dépens de la compagnie (1736). 2 voL m^i2, at^ec portrait.
Cette vie est de Tez-jësuite Lamothe , dit de La Uode. L'abbe' Lenglct-Dufresnoi , qui était assez tolérant en fait d« liyres saliriques, dit, dans son supplément , « qu'il y a dans celui-ci du trop hardi, et qu'il va même jusqu'à la calomnie. • En effet, ce malhen-
reux réfugié porte, contre leRëgent, les accusatioiis les plas odieuses avec l'intention apparente de les réfuter. A l'eu croire , ce prince aurait été accusé par ses contemporains non seulement de tous les empoisonnemens de la famille royale, mais encore de l'incendie de Rennes, d'inceste avec ses trois Glles , tetc. , etc. ; ensuite il emploie de grands mouremens oratoires pour réfoter ces infâmes calomnies, bien persuadé que si le coup n'est pas mortel , la cicatrice du moins restera.
2°. Abrégé de la Vie du Régent et de celle de Law.
Cet abrégé se trouve dans le tome I de V Histoire du système des finances , sous la minorité de Louis Xy, pendant les années 1719 et 1730 ; p€U* Barthélemi Marmont du Haut-Champ ^ ci-devant fermier des domaines de Flandre. La Haye , 1 739 , 6 parties en 3 Tfol, m-ia. (1)
On dit ce livre curieux , et qu'il renferme des traits historiques que la postérité aura peine à croire , quoique véritables. C'est le jugement qu'en porte Fabbé Lenglet-Dufresnoi.
3**. Procès- verbal de ce qui s'est passé au Parlement le
lundi 2 septembre i^iS. Paris, Muguet, in-foL C'est le récit de ce qui s'est passé lorsqu'on a déféré la Régence au duc d'Orléans.
(1) n existe plusieurs autres ouvrages sur le déplorable système de Law ; nous ne citerons que les trois suivans :
Mémoires pour servir à l'histoire du système de Law en 1719, contenant sommairement tout ce qui donna lieu à ce système, et quel en fut le succès en 1720 , i/t-12. On trouve au commencement un état des dettes que le feu Roi (Louis XIY) avait laissées à son successeur.
Le Secret du système de M. Law^ dévoilé en deux lettres écrites par un duc et pair de France et un milord anglais. La Haye, 1721, in-ii.
Mémoires de la Vie et du caractère du grand M, Law, par un gentilhonmie écossais. Londres y 1721, f/i-8<». (en anglais). Que Law sût été an habile homme en Gnances , cela se peut , mais lui donner le nom de grand, c^est tomber dans le ridicule.
4°. Arrêt de la Cour du Parlement , qui confirme à M. le dm d'Orléans la Régence du royaume ^ du 2 septembre l'jiS. Paris, 17 15, 1/1-4*'- 5°. Lit de justice du Roi (Louis XV, âgé de cinq ans), tenu en son Parlement le 12 septembre 17 15, où il confirme la Régence due à M. le duc d'Orléans par sa naissance , avec Tordre des séances et les harangues q|ii se sont lors prononcées. Paris , Muguet ( 1715), in-foL 6°. Mémoires de la Régence de S. A. R. Me* le duc d'Orléans , durant la minorité de Louis XV^ roi de France ; par le chevalier de Piossens. La Haye {Rouen), 172g, ZvoL ih-12; 1733, 3 voL I/1-I2; 1736, 3 vol. m-12; et Amsterdam, 1749» 5 vol. iw'iT.jfig, Ces Mémoires sont intëressans. J'ai sous les yeux un exemplaire de l'ëdition de xySô, enrichie de figures. Il se trouve, p. 341 du second volume, une grande planche offrant une caricature sur le papier-monnaie, qui est assez plaisante. La description en serait un peu longue; nous nous contenterons de rapporter les vers prosaïques qui sont au bas de l'estampe :
Qui le croira ! qui Teût jamaif pensé 1
Qu'en mi siècle fi sage , tin syst^e insensé
Ftt da commerce nn jea de la fortane 1
Et que ce jea pernicieux ,
Ensoroelant jeunes et yieax,
Remplit tons les esprits d*ane ivresse commune !
Ensuite vient Texplication en prose de la gravure ; elle est assez bonne , mais mal écrite et mal gravée.
Quant à l'édition de 17491 elle a été donnée par Lenglet-Du fresnoi \ elle est en cinq volumes. On trouve à la fin de l'ouvrage de nouvelles pièces relatives au système de Law, et a la conspiration du prince Cellamare, à la découverte de laquelle Lenglet-Dufresnoi a eu quelque part. Il est bon d'avoir l'ëdition de 1786 et celle de 1749, à cause des changemens que l'éditeur a faits à la dernière. 7<*. Mémoires sur la Régence , par Dudos.
Cet ouvrage , entièrement tiré des Mémoires du duc de Saint-
Simon , se trouve uomifaatÎYeroent dans Jes Mémoires secrets sur les règnes de Louis XI y et de Louis XV^ ouvrage posthume de Duclos, Paris, Buisson , 1791, a vol, in-S^, et dans l'ëdition des Œuvres complètes du même auteur, donnée par M.Auger. Paris, Colnet et Fain , 1806 , 10 vol. 1/1-8''; puis dans Tëdition des mêmes OEuyt^es complètes , Paris , fielin , 1831 , 3 forts vol. in-S**, Voyez le tome lil , première partie. Les Mémoires secrets occupent les pag. 3-4o^ y ^^ 1^> Mémoires sur la Régence , les pag. ga-3oo.
On voit que la Régence occupe la pins grande partie des Mémoires secrets. En effet , l'auteur, quoiqu'ayant resserre la matière , n'omet aucun des détails essentiels pendant les sept ans que Je duc d'Orléans a tenu les rênes de l'État. Mais , en général , l'esprit de causticité , assez naturel â Duclos , qui courait après les anecdotes les plus piquantes , a présidé à la rédaction de ces Mémoires ; et on s'apercevra facilement que le Régent y est jugé sévèrement , et quelquefois avec partialité.
8°. Eloge de Philippe , duc d'Orléans , régent de France (par M. de Landine). Amsterdam {Lyon, Cellier) y 1778, i/ip-8®.
9°. Histoire de la régence du duc d'Orléans y par Marmontel. Paris, 1806, avo/. t/ip-8®, ou 2 vol, in^m.
Cet ouvrage posthume, dirisé en huit chapitres subdivisés en sections, est fort bien écrit. Le premier chapitre traite du testament de Louis XIV ; le second , de l'assemblée du parlement après la mort du Roi ; le troisième , de la forme du gouvernement donnée à la Régence; le quatrième, de l'état des finances en 1715; le cinquième, des opérations de finances sous le Régent ; le sixième , des affaires politiques ; le septième, des affaires intérieures, et le huitième, des événemens particuliers sous la Régence. Cet ouvrage se trouve dans les différentes éditions complètes des Œuvres de Marmontel , dans celle de Paris, 1 787-1806, Si vol. i/i-8* ou in-ia; dans celle de 1818^18x9, 18 vol, inr%^ ; dans celle de 1819-1830, dite compacte , 7 forts vol. in-8*. Voy. celle-ci, tom. I, p. 399-784'
10°. Mémoires de la Minorité de Louis XV, par J. B. Massillon. Paris, 179a, 1/1-8** et m-12.
Ces Mémoires sont- ils vraiment de Massillon ? On a élevé, â cet égard , des doutes qui paraissent bien fondés.
42 PHILIPPE n, RÉGENT.
II**. Oraison funèbne de Philippe de France, duc d'Orléans, régent du royaume, prononcée en l'église de Saint-Denis, le 4 février 1724» par Poucet de la Rivière, évêque d'Angers. Paris, 1724» m-4**- Les oraisons funèbres de ce prince n'ont pas é\À très multipliées ; nous nous trouvons réduit à la nécessité de ne citer que celle de M. Michel Poncet de la Rivière.
12°. Médailles sur la Régence^ avec les Tableaux symboliques du sieur Paul Poisson de Bourvalais, premier maltôtier du royaume , et le songe funeste de sa femme. A sipar {Paris) , chez Pierre le Musca , rue des Cent Portes, à la maison percée, 17 16, petit in^m deZup. Ce livret doit Hre rare à raison de son exiguïté. C'est une diatribe contre Bourvalais. L'auteur commence par la description de cinq médailles frappées en l'honneur du duc d'Orléans; la cinquième est relative à l'établissement de la chambre de justice pour faire regorger les agioteurs. On y voit Aman accroché à une haute potence , avec cette devise :
lUSTITIA ELBTAT 08RTE8.
C'est de là , pag. 8 , que part l'auteur pour turlupiner Bourvalais dans la description qu'il ftiit de son hôtel.
Je ne partage pas tout-à-fait l'opinion de mon ami feu M. Barbier, qui attribue cet ouvrage à Mahudel , parce qu'il en avait vu un exemplaire sur lequel étaient écrits ces moi^s : « Ceci n'est qu'une ff partie d'un grand ouvrage auquel je travaillais. Elle m'a été « volëe ; je soupçonne l'abbé de Vajrrac de l'avoir fait imprimer » ; et M. Barbier ajoute : « Ce volume se trouvait à côté de quelques « autres qui avaient appartenu à Mahudel. » Cette présomption me paraît porter sur une base bien légère. Il est vrai cependant que Mahudel a travaillé sur les médailles ; mais c'est dans un genre un peu différent de celui du petit livre dont il est ici question.
L'existence du cardinal Dubois a étë tellement liée à celle du Régent , qu'on ne peut guère prononcer le nom de l'un sans songer à Tautre. Nous indiquerons donc sur ce ministre les deux ouvrages suivans :
i3°. Vie privée du cardinal Dubois, premier ministre,
i:'*Vi#.
PmUPPE II, RÉGENT. 43
archevêque de Cambrai. Londres {Paris) j 178g, i vol. in^o de 38Qpagesy at^ec portrait.
On attribue cet ouvrage à M. Mougez , membre Je l'Institut. Il y a une édition in-iS» en deux volumes.
i4°- Mémoires secrets , et Correspondance inédite du cardinal Dubois, preinier ministre sous la régence du duc d'Orléans, recueillis , mis en ordre et augmentés d*lin Précis de la paix d'Utrecht , et de diverses Notices historicpies, par M. L. de Sevelinges, chevalier de Saint- Louis. Paris, Pillet, 181 4» 2 vol, inrS* at^ec portrait. Il doit exister à la Bibliothèque du Roi un recueil manuscrit intitule anecdotes de l'élévation de l'abbé Dubois aux premières dignités de ^Église et de VÉtaU 3 vol. in-4^* Ce manuscrit avait passe de la bibliothèque de M. Chauvelin à celle de Saint-Germain-des-Prés. C'est sans doute U que l'on aura puisé une infinité de' traits sur la vie du cardinal , et dont la plupart sont bien éloignés de lui faire honneur.
Il n'est pas surprenant que sous la régence, avec l'esprit qui dominait, esprit d'indépendance littéraire entièrement opposé â l'esprit de réserve qui existait sous Louis XIV, il n'est pas surprenant , dis-je , que des écrits satiriques aient été répandus dans le public, n s'en faut beaucoup qu'ils aient été autant multipliés que du temps de la Fronde ; mais ils gagnaient en malignité ce qu'ils perdaient en quantité. Nous allons parler de ceux qui sont venus â notre connaissance , parce qu'ils font partie de l'histoire de la Régence ; mais nous ne nous rendrons pas l'écho du public dans les jugemens qui en ont été portés.
1 5". Les Philippiques , par Lagrange-Chancel.
Toute virulente , toute calomnieuse , tout infSme que soit cette diatribe , nous croyons devoir en parler avec quelques détails , parce que son histoire littéraire n^est pas encore bien éclaircie , et que les bibliographes ne sont pas d^accord sur le nombre des éditions furtives qui ont pu paraître avant la révolution.
C'est vers 1720 que la Grange-Chancel (i), poét« plein de fiel ,
(i) Je ne puis mieux faire que de placer ici Partidequ'a con-
d^jà connu par plusieurs pièces dramatiques , s'avisa de composer contre le Rëgent trois odes dont l'excessive mëchancetë lait le principal mërile , quoiqu'elles ne soient point dépourvues de verve poétique autant que l'ont prétendu La Beaumelle et Duclos. La première , la plus forte de toutes , est relative a la mort de tous les
sacré aux Philippiques y dans ses Mémoires, 1^ duc de Saint- Simon, témoin oculaire des hits. Voici cet article, qoiiGera connaître le caractère franc et loyal du duc d'Orléans à l'égard du jeune Roi.
K n parut , dit Saint-Simon, sous le nom de Philippiques une satire qui fut distribuée avec une pvomptitude et une abondance extraordinaire. La Grange , élevé autrefois psge de madame la princesse de Conti , fille du Roi (Louis XIV ) » en fat l'auteur et ne la désavoua pas. Tout ce que l'enfer peut vomir de vrai et de faux, y était exprimé dans les plus beaax vers ,4e style le plus poétique, etc. M. le duc d'Orléans le sut, voulut voir ce poëme, et n'en put venir à bout, parce que personne nVsa le lui montrer. U m'en parla plus d'une fois , et à la fin il exigea si fort que je le lui apporterais qu'il n'y eut pas moyen de m'en défendre , je lui présentai donc cette satire ; mais de la ku lire, je déclarai que je ne le ferais jamais. Il la prit et la lut bas , debout , dans la fenêtre de son petit cabinet d'biver où nous étions ; il la trouva, en lisant, telle qu'elle était; car il s'arrêtait de fois à autre potu* m'en parler, sans en paraître fort ému. Mais tout d'un coup je le vis changer de visage , et se tourmer vers moi les larmes aux yeux et près de se trouver mal. ^ Ah ! me dit-il , c'en est trop , cette horreur est plus forte que moi. » Cest qu'il était à l'endroit où le scélérat montre M. le duc d'Orléans dans le dessein d'empoisonner le Roi , et tout près d'exécuter son crime. C'est où l'auteur redouble d'énergie, de poésie, d'invocations, de beautés effrayantes et terribles, d'invectives, de peintures hideuses, de portraits touchans de la jeunesse , de l'innocence du Roi et des espérances qu'il donnait , d'adjurations à la nation de sauver une si chère victime de la barbarie du meurtrier, etc. , etc. Je voulais profiter du morne silence où M. le duc tomba , pour lui ôter cet
enfans de Louis XIV et aux dangers que court le royal eni'ant ( Louis XV ) 'j dans la seconde , l'auteur peint les intrigues de la cour, et la troisième regarde le faste et la vie licencieuse que Ton menait , dit-on , au Palais-Royal. Il parut ensuite une quatrième ode assez faible, et qui, assure- t-on, vî^est point de La Grange; elle a
exécrable papier, mais je ne pus en venir à bout. Il se répandit en . justes plaintes d'une si horrible noirceur, en tendresse sur le Roi, puis voulut achever sa lecture, qu'il interrompit encore pIUs d'une fois pour m'en parler. Je n'ai jamais vu honune si pénétré , si inGniment touché , si accablé d'une injustice si énorme et si suivie. Moi-même je m'en trouvai hors de moi^ à le voir, les plus prévenus, pourvu qu'ils ne le fassent que de bonne-fpi, se seraient rendus à l'éclat de l'innocence, et de l'horreur du crime dans laqueUe il était plongé. Cest tout dire que j'en fus dans le plus grand trouble à me remettre, et que j'eus' toutes les peines du monde à le remettre un peu.
« Ce La Grange, qui de sa personne ne valait rien en quelquf genre que ce fût , mais qui était bon poète et n'était que cela et n'avait jamais été autre chose , s'était par là insinué à Sceaux , où 3 était devenu un des grands favoris de madame du Maine ( ennemie du Régent ) ; elle et son mari en connurent la vie , les mœurs et la mercenaire scélératesse , et la surent bien employer. Il fut arrêté peu après et envoyé aux îles Sainte-Marguerite, d'où à U fin il obtint de sortir avant la fin de la Régence. U eut l'audace de se montrer partout dans Paris , et tandis qu'il y passait aux spectacles tous les jours ainsi que dans les lieux publics , on eut l'impudence de répandre que M. le duc d'Orléans l'avait fait tuer. Les ennemis de M. le duc d'Orléans et ce prince ont été infatigables , les premiers en toutes les plus noires horreurs , et lui à la plus infructueuse clémence , pour ne lui pas donner un nom plus expressif. «
Joseph de Chancel de La G|:ange est né en 1676 à Antoniat prêt de Périgueux ; il se livra au théâtre , et sa tragédie de Jugurtha^t représentée et imprimée en 1694. U donna Ortste et Piffik en 1697 ; Mclcagrt, puis Athàuûs, en 1699; Arnasis en
pour objet la réception de Philippe au Tarlare. £nfin*long-tempt après, La Grange fit ane cinquième ode adressa â madame la princesse de Conti , dans laquelle il parle des productions monstrueuses dont il est ici question, et des malheurs qu'elles lui ont attires, €'est4dire de sa réclusion aux Iles Sainte- Marguerite , de sa fuite , de ses courses dans dirers États de l'Europe et de son retour. Cette ode est écrite d'un style bien différent de celui des précédeatae» on peut du moins en citer quelques ttrophcs. Dans la suirante, il s'adresse aux Muses :
in.
Que de jours remplis d^amertume M'attira le courroux au ciel.
Quand je laissai couler le fiel Où TOUS aries trempé ma plome !
N*aarait- je pas perdu le joar Dans l'horreur d'un affreux séjoar, VoiMn de l'empire des mânes , Si met Tœux s'étaient reposés Sor Tos Hercules supposés , Ou sur Tos feintes Ariaaes?
J'adressai mes hnaiWes regrets Au Dieu q«*a4ore une princesse Dont on prise autant la sagesse Qu'on fnt charmé de ses attraits.
1 701 ; Alceste en 1 7o3 , Ino et M&ictrU en 1713. Ici il y t longue interraption; son Érigone fiit doimée en 1731 » et sa dernière pièce, Çassùis et Ftc]lorinuSf snjiel sacré dédié à la princesse de Conti, premiers douairière ,, fut représentée le 6 octobre 173a. La Grange-Oiancel est mort au château d'Ântoniat le a7 décembre 1758 ; et sa protectrice, la princesse de Conti , née de Louis XIV et de la duchesse de La Yallière le a octobre 1666, légitimée, mariée au prince de Conti en 1680, veuve en iflBS, est morte le 3 mai 1739.
Alors f agréable surprise!
L'airain de mes portes se brise ;
Ma fuite defance les vents.
Et je vois la plaine liquide
M*ouTrir nne route solide
A travers deux remparts mouvaus.
Armé d'un si puissant secours (Je Dieu) , J*ai rendu ma course célèbre Depuis le P6, le Tage et l'Èbre, Jusqu'où l'Amstel finit son cours. De l'Apennin aux Pyrénées J*ai vu des tètes couronnées Relever mon sort abattu : (i) Souvent les âmes généreuses Donnent aux fautes malheureuses Les éloges de la vertu.
Sorti des terres étrangères, Où j'ai vu dix ans s'écouler, (i) Qu'il m'est doux de ne plus fouler Que l'héritage de mes pères !
(i) On assure que le roi d'Espagne lui offiît un régiment d'in&nterie ; que le roi de Pologne lui fit présent d'une superbe montre d'or, et l'invita à se rendre près de lui. La ville d'Amsterdam lui avait déjà donné des lettres de Bourgeoisie.
(2) n est difficile de concilier ces dix ans , avec le récit de Saint-Simon qui compose la note précédente. D y est dit que La Grange reparut à Paris avant la fin de la Régence , qui a cessé le i5 février 17:13 ; or ces PhiUppiquts datent de 1720. L'exil forcé de La Grange n'a donc été que de trois ans ; à moins que ne pouvant supporter la présence de Louis, duc d'Orléans, filsidu Régent , il n'ait de nouveau quitté Paris et n'y soit revenu que sept ans après , époqne où il a donné son Érigone.
jr#
Je Tis sons lean antiqoet toits, Qa*anx superbes ptlaU des rois Préfère mon âme charmée, Où, plus heureux et plus chrétien , Mon coeur ne se plaint plus de rien , Que d'un peu trop de renommée.
Des dix strophes de cette ode voilà les quatre meilleures.
Voyons maintenant quel a été le sort des cinq odes eu question, c'est-à-dire des Phiiippiques , depuis leur composition jusqu'à ce jour. On pense bien que la malignité du piublic en a , dès le principe , fait répandre des copies multipliées , surtout des trois ou quatre premières odes j aussi en trou¥e-t-on beaucoup de manuscrits plus ou moins amples dans les différentes bibliothèques , soit publiques, soit particulières (i). Mais on connolt peu d'éditions im-
(i) J'en vais citer quelques uns qui sont venus à ma connaissance.
Les Philippiquks par M. de La Grange-Ghancel, seigneur d'Antoniat en Périgord, en 1720 ; prises sur l'original de l'auteur, avec des notes au bas de chaque page ; manuscrit très bien écrit , 1/1-8*. encadre, mar. r. , vendu chez M. Filheul, en 1779, M liv. 6. ( Fqyez son catal. , n** ioi3. )
Les Philippiquks , odes par La Grange-Chancel , avec des remarques; i/t-8*. V. f. , manuscrit singulier, auquel on a ajoute' beaucoup de portraits et figures qui ont rapport à t ouvrage^ et à la fin duquel on trouve une strophe des plus hardies , écrite de la main de Mirabeau , supprimée dans le temps avec le plus grand soin, et qui n'a jamais paru dans les Philippiques imprimées. Vendu en 1793, chez Mirabeau, ii51iv. 10 s., vc^ez son catalogue, n** Siq. La strophe en question se trouve dans le Dictionnaire des livres con€lamnés au Jeu , 1806, a vol, in-S**. , tom. I , p. 2i4; et dans l'édition des Philippiques ^ Paris, 179$ , i/i-ia.
Recueil contenant ce qui s'est passé au parlement le lendemain de la mort de Louis XIV, avec son testament, etc. , etc. -, et les
PHIUPPE II, RÉGENT. ' 4g
primées de ce scandaleux ouvrage. La première nous a été rë?âëe soit par le manuscrit de Mirabeau , soit par une note de Chaudon, que M. Barbier a insérëc dans ses anonymes y n** t4»i3i ; elle date de 17^3 , et a été imprimée en Hollande , in-ii. Cela ne doit former qn'un très petit livret; car on n*y trouve que les trois premières odes. Quelle est la seéonde édition ? C'est ce qui n'est pas facile à déterminer. Je trouve dans le catalogue des livres ordinaires de M. le duc de La Vallière , en 61^0/. 1/1-8*^, n* i6,o4t, un ouvrage intitulé : Recueil de pièces touchant la Régence f en prose et en vers, parmi lesquelles sont les IVoëls , les Philippiques , etc. Amsterdam (sans date ), in-11. Voilà donc une seconde édition ancienne ; car ce volume a dû être publié en 17^4 ou 1735, époque où ont paru
Philippiques m six odes, par La Grange, i/i-8**. mar. r. manuscrit sur papier. Vendu , chez Belin Junior, 1797, 5 liv. ; voyez le catalogue de Belin , n** 24^8. (Je n'ai vu mentionner six odes que dans ce manuscrit et dans les Aventures de Pomponius , édition de 1725, m- 12, où il est dit, en parlant du poète La Grange : « n écrivit en six odes, qu'il qualifia de Philippiques ^ toutes les n injures , les faux bruits , les médisances , les calomnies que le « peuple avait répandus contre le prince , qui ne ût que s'en mo- « quer. » Voyez Aventures, p. 187. )
Les Philippiques , poëme par M. D. L. G. ( de La Grange ) , 1755 , 1/1-4*. mar, r. manuscrit , vendu 5o liv. i s. chezM.Delcroz, en 1802 ; voyez son catalogue, n^ 2i5.
Les Philippiques par La Grange-Chancel, manuscrit i/t-4''. de 12 feuillets, copié de la main de Gresset, dans le cabinet de M. Renouard père.
Les Philippiques, divisées en quatre odes, dédiées à S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans, régent de France. Manuscrit in-i* existant à la bibliothèque publique de Vesoul.
(J*ai fait, en 18 15, acquisition d'un manuscrit i/z-4*) dont récriture assez courante , et faite à la hâte , annonce une copie faite sur deux imprimés de 17449 ce que semble prouver le premier feuillet présentant le frontispice suivant ) :
Les Philippiques de La Grange avec des notes de M. le baron
5o PHILIPPE II, RÉGENT.
plusieurs pamphlets sur radministration du Rëgent ; mais je dotite fort de l'exactitude dans rannonce de ce livre ; car je possède dans
m ma bibliothèque un volume ayant aussi le titre de Recueil de
Pièces touchant la Régence , in^ii , et il y a , comme dans le prëcë-
i dent , des noies, des pièces de vers et de prose ; mais les Philippin
ques n'y sont point; et je crains bien que le rédacteur du catalogue La Vallière n'ait ajoute, de son chef, les mots Dfoëls et PhUippiguôS^ Â l'annonce du livre. U est vrai que la première pièce est intiiulëe les JVoëls de la Régence; mais , je le répète , les PhUippiques ne sont point dans l'ouvrage , parmi les pièces en vers et en prose qui le composent.
La manière dont a été transcrit le dernier manuscrit mentionné dans la dernière note placée ci-dessous , annoncerait , comme je l'ai dit, qu'il a été copié sur deux imprimés. Or, la première partie
(Miostens) de Montepine^e, et de M, le chevalier de Fallerans. A Brunsvi^ick , chez Abraham Tonderfeld ^ 1744* On trouve à la suite de ce frontispice ; V*, une EpUre dtdicaioire de M. de Montépineuse à S. A. S. M. le duc de Brunswick ; a**, une Notice biographique sur le même de Montépineuse, né en Languedocle 26 juillet 1694, mort dans le duché de Brunswick le ag novembre 1758; 3**. le texte des cinq Philippiques ; et 4*. les notes sur les cinq odes (elles vont depuis la page 53 jusqu'à la i34*)* Ici commence la copie d'un nouveau recueil, dont le frontispice porte : le Retour d'enfer de la duchesse de Beaufort (favorite de Henri-le-Grand ) , seconde édition; à Momusie, chez Juvenal , à t enseigne de la satyre ^ i744« Cette pièce, en vers , est précédée d'une préface et suine de notes et d'épigrammes. Vient ensuite : Parodie de la dernière scène de Mithridate (dialogue entre le duc d'Orléans, le duc de Bourbon, et Law) ; Parodie du Pange lingua , en latin, mêmes strophes, même mesure de vers ; r Histoire du prince Papyrius, surnomme' Pille- Argent , gouverneur des Francs- Sots y avec la clef, suivie de plusieurs épigranunes contre le Régent et le cardinal Dubois. Telles sont les pièces que renferme mon manuscrit, qui, je le répète , me semble bien être la copie de deux imprimés.
PHILIPPE II, RÉGENT. 5i
de ce manuscrit renfennant les Philippiqubs , et annonçant au frontûpice : A Brunswick , chez Abraham Tonderfeld , 1 744 > donne* rait bien à penser qu'il y a eu une édition de cet ouTrage imprimée chex ce libraire, vrai ou supposé. Peut-être, dirait-on, que ce manuscrit pouyait être destiné à l'impression ; mais l'écriture en est si courante , si précipitée et si peu en ordre , que cela n'est pas présumable ; tout annonce plutôt une copie faite à la bâte sur un imprimé : ce serait donc encore une édition des PhUippiques inconnue jusqu'alors.
L'auteur de la y'ie privée de Louis XV ^ i779» 4 '^^^* t/i-i^ (M.Moufle-d'Angeryille), a inséré les Philippiques dans les pièces justificatives de cette bistoire, et a prétendu qu'elles n'avaient point encore ifté imprimées. Cette assertion est fausse, comme nous Tenons de le voir. Au reste , cette prétendue première impression est pleine de fautes typogràpbiques , d'omissions, d'erreurs et de contresens.
La plus belle , la plus correcte et la plus complète de toutes les éditions de cet ooyrage est celle qui a paru sous ce titre : Les pHiLipPiQuss, odeSf par La Grange-Chancel^ avec des notes critiques ^ historiques et littéraires, Paris, 1795, ira-ia de i3a pages, dont 65 pour les notes , papier yélin , tiré à deux cents exemplaires» Je présume que cette édition a été faite sur le manuscrit qui existait dans la bibliotbéque de Mirabeau , puisque la fameuse stropbe qui n'était que dans ce manuscrit , s'y trouve. Elle renferme les cinq odes, dont la première a trente^uatre stropbesj la seconde, yingtquatre; la troisième, quatorze; la quatrième, seize; et la cinquième , dix. ^'aurait-on pas pu ajouter à cette jolie édition la Fie de Hauteur et les pièces littéraires relatives aux P/tilippiques , telles que YEpiire au Régent , toute faible qu'elle est , et qui se trouve dans les œuvres de La Grange; VÉ pitre a madame la princesse de ConlÀ , qui est en tête de la tragédie de Cassius et Flctorinus , et d'autres morceaux qui auraient complété tout ce qu'il y avait è dire sur cet ouvrage ?
Il existe enfin une dernière édition des Philippiques, qui devrait être sinon la meilleure , du moins la plus authentique , car elle a été donnée à Bordeaux, en 1797 > '""S'^i P^r 1® ^1^ ^^ l'auteur, qui alors était âgé de près de quatre-vingt-dix ans, et qui est mort vers la fin du dix-buitième siècle. La moitié de ce volume contient des
■^•re •
52 PHIUPPE U, REGENT.
pièces de sa façon , assez médiocres , qui cependant annoncent une certaine fiiçilitc.
Si nous nous sommes un peu ëtendu sur Thistoire des éditions des PhUippiques , c'est qu'il est surprenant que ces éditions aient ^ été aussi peu nombreuses , après le bruit , le scandale et l'indigna-
tion qu'avait causés ce trop fameux ouvrage.
16®. Histoire du prince Papyrius , surnommé Pille~Ar^ gent, gouverneur des Francs-Sots, avec la clef^ suivie de plusieurs épigrammes (sans date, mais vers 1721 ). /n-12.
Cet écrit satirique , au sujet des billets de banque - et du système de Law, est annoncé dans la Bibliothèque historique de France, tom. II, n^ a4>^^' ^ ^^^ ^^^^ ^® stjXe de Rabelais et est fort plaisant , quoiqu'il ne renferme que les titres des chapitres qui forment toute l'histoire. Il pouvait être très mordant autrefois; mais maintenant oe n'est plus qu^une plaisanterie amusante par sa tournure , et qu'on peut reproduire sans conséquence comme monument historique de l'esprit satirique du temps. Comme elle n'est t pas très longue , nous allons la donner avec l'explication des noms
déguisés.
^ « Chapitks I. Comme quoi le prince Papjrius (1) fit patte de
I velours aux Druides (a) pour être gouverneur des isles (3) des
Francs-Sotf , et leur fit entendre par biaux semblans qu'il voulait qa*on Ijii rognât les grifies pour l'empêcher de prendre ne faire mal ; et qae même son vouloir ^tdt que ses Druides pussent ouvrir la bouche quand il leur plairait pour crier au chat (4) ; et comme quoi , après mainte harangue et maint biaux sermonages mis en pa-
(i) Papyrius, ce nom s'explique de lui-même par les billets de banque, dont l'excessive abondance a remplacé le numéraire pendant une partie de la régence.
(a) Druides, les membres du parlement.
(3) Iles, c'est-à-dire villes de France.
(4) Crier au chai , faire des remontrances. Ce droit avait été interdit au parlement sous Louis XIV .
rôles et écritures , le prince Papy ri us entra dans Tisle pour icelle
gouvemer. i' »
« Chàp. II. Comme quoi Papyrius , à son entrée , Gt moult belle mine aux Francs-Sots, et prenait consultation des Druides, qui lui firent remonstrations que plusieurs harpies du temps passe (i) avaient mangé tout ce qu'il y avait de bon dans les isles; sur quoi fut tant procédé que lesdites harpies furent pourchassées.
Mais leurs plumes furent mises dans les poches de plusieurs p
et roaq.... dont se serrait souvent ledit Papyrius pour sVbaudir, si bien â doncques que toute la chevance s'en alla à rien du tout, comme si de rien n'avait été , ains au contraire arriva pis que devant.
« Chàp. IU. Où le lecteur verra le prince Papyrius prendre ses ébats avec gentes donzelles et passer les nuits â moult manger et .^>
grandement boire , et d'autant dormir la grasse matinée. En après crachera au nez des Druides \ et lui faisait beau voir jurer et outre-
cuider lesdits Druides, disant qu'il ne se voulait meshui servir d'enx^
mais quMl monterait son cheval écossais (a) qui porterait tout son
conseil.
« Ohap. rV. Comme quoi le prince Papyrius se gouvemait
comme il entendait , et n'en voulait faire qu'à sa guise , prenant
tout l'argent des Francs-Sots, le diminuant et augmentant à son
vouloir, pour faire accointancc à toutes sortes de gens \ et avait
grand dessein de gabir un jour les États du petit Ascagne (3), pour
quoi tramait tout ce qui était en lui pour l'ouvrer à son escient, (c Chap. V. Comme quoi tous les barons et preux chevaliers du
petit Ascagne mirent en soûlas le gouverneur des Francs-Sots , et
faisaient plusieurs engins et machines pour le chasser de ses isles;
mais n'en vinrent à leur honneur par faute d'accord ; et par trahison grande furent découverts et mis en désarroi, et barons et
Druides, dont moult cuisait aux Francs-Sots d'avoir pris à gouverneur le prince Papyrius.
(i) Harpies; ce sont les partisans et agioteurs, qtii, sous Louis XIY , avaient fait des fortunes aussi rapides qu'immenses ; on créa une chambre de justice pour les faire regorger. Nous en avons parlé phis haut, voyez page ag.
{i) Cheval écossais y Law si connu par son système.
(3) Petit Ascagne f Louis XV encore enfant.
54 PHIUPPE II, RÉGENT.
« Chàf. VI. Où Ton yerra le prince Papyrius grandement cooT' roacë contre le Soudan dlbërie (i), qui lui mandait par ses écrits que son cheval n'était qu'une bâte , qu'il aurait affaire i lui s'il touchait tant seulement du bout du doigt au petit Ascagne. Sur quoi Papjrrius aurait empoigne une grande pique ou hallebarde ^ et envoyé sur-le-champ une grosse troupe de Francs-Sots pour guerroyer le Soudan dlbérie et le mettre i déconfiture. Il en coûta braves soldats et maints écus oui Francs-Sots pour contenter le prince Papyrius en sa malice.
« Chap. VII. Gomme quoi le prince Papyrius retint bien joyeusement en ses isles le fameux droguiste et grand charlatan Pille- Avoine (a), pour lui aider à piper et duper les Francs-Sots ; et Cuisait ledit Pille- Avoine de jolis tours de souplesse , et faisait des bottes de papier, dans lesquelles il disait y avoir de bonnes drogues et remèdes admirables pour bien manger, boire et dormir ; puis quand on les ouvrait , n'y trouvait-on souventesfob rien du tout , et parfois donnait ledit charlatan à plusieurs p et maq ribauds et
flagorneurs du prince Papyrius, vaisselle d'argent a leur contentement , et grand nombre de châteaux , ce qui faisait grandement rire ce charlatan Pille- Avoine et lesdils ribauds , tandis que les pauvres Francs-Sots avalaient moult poires d'angoisse.
« Cbap. Vm. Où l'on verra choses surprenantes et prodigieuses, la face des Francs-Sots se changer en papillons et papillottes , et tous les arbres de leurs manoirs, jardins et vergers, ne porter aucun fruit et n'avoir plus qu'une simple écorce en forme de papier mâché que chacun tâchait de débiter à sa guise pour se garder du mauvais temps , et mâchaient la plupart des Francs-Sots a vide , et vendaient lesdites écorces à leur profit.
« Cbap. IX. Où Ton voit comme quoi le corps entier des Druides reconnut qu'il était bridé comme un veau , et qu'il était chu sans y avoir mie pensé en tels entraves et machines endiablées ; il alla trouver en corps le prince Papyrius, et lui fit sermon ou harangue plaintive sur l'état des Franos-Sots; mais s'en soucia peu Papyrius,
(i) Soudan d'Iberie, le roi d'Espagne, Philif^ V, fils de Louis XIV.
(2) PilU-Avoine , c'est encore Law.
et lear fit pétarades au nez, jurant par Dieu comme il faut , et le» conduisant comme truandailles , avec menaces de les faire courre si loin qu'il n'en serait question de pië ça , voulant , lui prince , tout besogner â sa guise.
« CuÀP. X. Où le lecteur ne yerra rien de bon , car toute la cheyance des Francs^ots allant toujours en empirant , le prince Papyrius et son charlatan Pille-Ayoine faisaient courre si drôles pancartes es isles principales des Francs-Sots , et firent accroire que vessies ëtaient lanternes ; et braillait tant haut le charlatan qu'il avait trouvé un pays où croissait l'or (i) et maisons étaient de sucre fin , qu'il ne manquait audit pays que d'être peuple des filles et garçons â l'avenant; mais quant à partie des Francs-Sots, tant idiots fussent-ils , ne voulaient rien croire du tout , ni daigner d'y aller voir. Ce qui alluma si fort ledit pipeur et charlatan, qu'il conseilla au prince Papyrius d'empoigner de force hommes , femmes et filles f et même de bon aloi , et furent envoyés aussitôt bandits et satellites qui faisaient main-basse sur les Francs-Sots , et ce n'était pas chose trop belle a voir (a); mais à parfin furent occis grand nombre de satellites et bandits, et le prince Papyrius et son charlatan furent transis de peur et d'eflroi , encore pour tout point n^en devint-il meilleur et plus accord â l'endroit des Francs-Sots»
« Cbàp. XI. Comme quoi Papyrius prit en amitié grande un certain grand nègre (3) ayant mine et figure de Plu ton , et lui donna une tant belle robe de satin cramoisi (4) et une cassette dans quoi il y avait de quoi seller et brider les Francs-Sots; et parfois le prince Papyrius se servait , pour s'ébaudir, dudit nègre pour donner nazardes , croquignoles et camouflets aux Druides ; et disait le grand nègre ne voir que du noir ; pour ce vivait-il en
(i) Pajrs où croissait l'or, la Louisiane ou le Mississipi, comme on l'appelait alors.
(2) C'est le 18 mai 1718, que partirent pour la Louisiane, six navires chargés d'hommes et de femmes avec des subsistances.
(3) Grand nègre, d'Ârgenson, garde des sceaux, et non pas le cardinal Dubois, comme on le prétend dans une ancienne clef.
(4) JRoùe de salin cramoisi; la dignité de garde des sceaux et la cassette où ils sont renfermés.
hibou , âins en chauye-soaris; et Tenait, allait et ne parlait que de nait en huis-clos, chambrettes closes, et se retirait du jour quant et quant en une autre où se trouvait une yestale dont il était féru ; et prenait ainsi ses ébats toujours en cachette et sans qu'on le sût mie. ,
« Chap. Xn. Où le lecteur sera ébahi lisant Tordre et la marche d'une troupe de Francs-Sots yétus de bleu, les uns ayec des galons sur poches et manches (x), les autres ayec croix blanches deyant et derrière (2) , et yerront après ladite troupe de Francs-Sots faisant le métier de pousse-cul, mauyais garnemens, et yont assiéger, par ordre du prince Papjrrins , les pierres de taille d'assaut (3) , entrer dedans , y commettre noises et yergognes , faisant des chambres des Druides et de leurs lits , un pot à pisser et autres ordures déplaisantes à sentir, dont ayint au prince Papyrius et auxdits pousse-cul mauyais lots et renoms de poltrons et lâches , de faire si haut bruit et fracas pour assi^er pierres et maisons sans que soldats ne autres quelconques fussent là pour défendre , ains seulement quelques dogues qui les happèrent et mordirent brayement aux jambes.
a Chap. Xm. Comme quoi les Druides , suiyant le youloir du prince Papyrius et du charlatan Pille-Ayoine coursirent la prétentaine (4) sur le bord de l'Oise , et ne faisaient autre chose que s'ébaudir au lieu de tenir plaids , sur quoi clameurs furent grandes parmi les Francs-Sots de yoir manquer et défaillir justice; mais pas un n'osait en marmoter, ne rien jaboter au prince Papyrius , et tout allait son maltrain comme deyant.
« CuAP. XIV. Où le lecteur yerra le camp Chareotonnois commandé par le prince Papyrius, qui pétait et yessait dans ses chausses ou maraignes , et youlait ledit campement pour faire plusieurs brides-à-yeaux à tous les Francs-Sots ^ et allaient-ils en plusieurs gondoles yiser et coucher en joue le camp de Papyrius , et s'en
( I ) Galons sur poches et manches , les gardes-du-corps.
(2) Croix devant et derrière , les mousquetaires.
(3) Pierres de taille d' assaut , les hôtels de plusieurs membres du parlement.
(4) L'exil du parlement à Poatoise.
PHILIPPE II, RÉGENT. 5j
retournaient rîaât et chansonnant; si bien que tel fracas ne serrait que risses et ëbats aux habitans de Liitèce , surtout à ceux de risle des Francs-Sots, qui saisirent au départi plusieurs recrues dont le service sera bon au demeurant quand il plaira à Dieu.
« Cdàp. XV. Comme quoi le cbarlatan Pille-ATOÎne manqua d'être pourchassé de son théâtre (i) pour ayoir empoisonné sa drogue un jou^ d'honorable fête, ce qui aurait fait mourir plusieurs Francs-Sots ; et comme le droguiste se releva et distribua d'autres drogues pas meilleures que devant , et prit pour compagnon le tartufe Carcellarius (a), afin d'aviser a renommer ses bottes de papier; et faisait bon voir l'un et l'autre avec le prince Papjrrius donner une pièce d'argent au bout d'un bâton que les Francs-Sots attrapaient en Pair comme chiens barbets , et avalaient sans mot dire.
a CuAP. XVI. Comment survinrent noises et querelles et grands débats entre le charlatan Pille- Avoine et le grand nègre, s'accusant l'un et l'autre d'avoir jeté poison et malencontre sur la drogue des Francs-Sots , pour se guerroyer et se donner grands assauts et combats ; et à la fin le grand nègre fut déconfit , mis par terre lui et sa séquelle , mais n'en furent pas mieux les Francs Sots.
« Chap. XVII. Comment les Cicérons (3) faisaient la nique et force huées sur le gouvernement des Francs-Sots, et vivant à leur gré , prenaient soutane et la quittaient a leur fantaisie ; et ne disaient mot ni en paroles ni en écritures quand ledit gouverneur leur ordonnait de parler, et parlaient quand il leur ordonnait de se taire , n'agissant en tout point que selon leur bon plaisir et grande liberté sans dépendance ; ce qui faisait jurer et pester le gouverneur des Francs-Sots; et disait-il qu'oncques n'avait été assez
(i) Par suite des remontrances du parlement, sur les opérations aventurées de Law. Le parlement avait déjà nommé des commissaires pour faire le procès à Law , et se proposait de le faire pendre dans Tenclos du Palais-de-Justice, mais le Régent le retira chez lui.
(i) Carcellarius , le chancelier d'Aguesseau.
(5) Cicérons ; je crois que Fauteur entend par là les hommes de lettres , ou peut-être les avocats.
58 PHIUPPE II, RÉGENT.
dérobe suivant son appétit , et que pour ce emploierait force et yiolence , quand même raison ne serait en façon quelconque ; et s'écriaient haut les Cicërons que le gouyemeur rivait en Sardanapale , et ne devait ni ne pouvait ainsi croquer de la sorte à belles dents les Francs-Sots ni leurs isles , ains au contraire qu'il devait régir hautement et comme un bon père , et , pttr faute de lojral gouvernement , il devait être honni , chassés ensemble tous les charlatans ; et sur ce étaient de bonnes lois , mais se moquait tout haut et bien fort le gouverneur des saintes lois , ains les renversait sens dessus dessous , de façon qu'on ne connaissait plus rien dans l'isle des FrancS'^ots ; et n'avait le beau sire d'autre soin ni règle que faire sa volonté pléniére , tant fût-elle déloyale et déraisonnable. Ce n'est pas la parGn de leur misère , puisqu'il j a encore de l'argenterie dans la maison de Dieu. »
Telle est VHUtoire du prince Papjrrius ; je l'ai trouvée dans un manuscrit , et je doute qu'elle ait été imprimée.
1']^, Les Avantures (sic) de Pomponius, chevalier romain,
ou l'Histoire de notre temps. Rome , chez les Héritiers
de Ferrante Pallatficini , 1 7 24 > *'*" ^ ^ •
— Les mêmes (seconde édition). Rome ( Rouen ) , chez les Héritiers de Ferrante Pallat^icini , 1725, 1/1-12.
— Les mêmes , nouvelle édition , augmentée d'un Recueil
de Pièces concernant la minorité de Louis XV. Rome
( Rouen) ^ chez Momini, pour les Héritiers de Ferrante
Pallai^icini , 1728, «/1-12.
Ce roman satirique et licencieux , dont une partie seulement porte directement sur le Régent (chap. xxiv et suiv., Histoire du prince de Relosan) , n'est pas mal écrit; mais les allusions malignes en font tout le prix. On l'avait d'abord attribué à Belair Themiseuil de Saint-Hyacinthe, puis au bénédictin Guy- Alexis Lobineau , parce que l'on savait que celui-ci , dans le temps, s'appliquait a l'étude de certains auteurs anciens où l'on trouve quelques passages assez libres (t). Il n'est ni de Saint-Hyacinthe ni de
(i) Entre autres, Aristophanes, dont il a laissé une traduction complète , avec une préface curieuse sur les mœurs des Atht-
PHILIPPE II, RÉGEHf. 59
Lobineaa. On 8ait maintenant qu'il a été composa par un des confrères de ce dernier, dom LabadSe , bénédictin , mort à Samer, à deux lieues de Boulogne , en Picardie (i). 11 en est qui pensent que Labadie n'a fourni que le fond de ce roman , et que l'abbé Prévost l'a reru , corrigé et publié. Cela n'est pas présumable. On a toujours regardé l'abbé Prérost comme éditeur de la troisième édition. Cbardon-la-Rochette assure que les exemplaires d'amateurs sont accompagnés de pièces manuscrites qui n'existent pas dans l'imprimé, et d'une clef marginale écrite à la main* Le Duchat en a une qui est dans le Ducatiana , pag. 108-110; mais elle tst jnal faite et incomplète \ j'en connais une manuscrite , beaucoup plus étendue et par ordre alphabétique ; elle doit faire partie d'une bibliographie sur les ouvrages è clef. Le Duchat parlant dès Aven*
niensj préface très érudite, mais renfermant des endroits où il semble que Fauteur n*a pas conservé les ménagemens que loi imposaient les devoirs de son état. Cette traduction est manuscrite. M. Chardon de la Kochette en a donné une bonne notice (surtout delà Prtface) dans ses Mélanges de philologie, tomelll, pages 178-260. Elle avait déjà été insérée dans le Magasin encyclopédique , deuxième année, 1796, tome I , pages 437-507.
(i) Dom Tassin, si exact dans son Histoire littéraire de la congrégation de Saint-Maur, Paris , 1770, m- 4*^. , nous donne à entendre , page 464 , à l'article de D. Denis db Saimtb-Makthx , que Labadie est auteur du roman en question.
« Il n'y a eu , dit-il , que les Jésuites, dans leurs Mémoires de « Trévoux, et l'auteur du misérable roman allégorique intitulé : « les Aventures de Pomponius , chevalier romain , qui aient osé « déprimer le mérite et les ouvrages du P. de Sainte-Marthe. On « attribue, au moins en partie, les Aventures de Pomponius , où « cç père est si maltraité , à frère Labadie , qui mourut repentant « dans l'abbaye de Samer, après avoir demandé qu'on jetât au ft feu tous ses écrits. » Dom Tassin , pour l'honneur du corps , s'est servi du mot on attribue ; mais à coup sûr s'il n'en eût pas été convaincu , il eût passé l'allégation sous silence , comme il l'a fait pour l'abbé Prévost, qui alors était du même ordre.
6o PHILIPPE II, REGENT.
tures de Pomponius .dit : « On sait , à n'en pouvoir douter, que « ce petit roman fut envoyé de Paris , en manuscrit , en Hollande, a en 1733, avec une lettre anonyme, et que le libraire à qui il fut « adressé le fit offrir à feu le cardinal Dubois , qui fit peu de cas « de cette offre et du manuscrit , craignant peut-être qu'on ne lui « jouât un tour pareil à celui de Chavigny, au sujet du Cochon « rnitré» » (i)
Le roman de Pomponius est divisé en xxx chapitres , dont quelques uns sont assez licencieux et d'autres fort mëçhans. J*avoue franchement qu'il j a, dans plus de la moitié' du volume, des récits allégoriques et des noms dont je n'ai pas toujours trouvé la clef, malgré celle de Le Duchat ; mais tout le reste est très facile à comprendre , puisque la plupart des noms sont de^ anagrammes, et d'ailleurs les actions de la vie du duc d'Orléans , sous le nom de Relosan , n'y sont presque pas voilées.
A la suite de l'histoire de Pomponius , on trouve le Sommaire des chapitres contenus en la chronique du chevalier Sotermelec. Cette chronique , écrite dans le style de l'Histoire du prince Papyrius , est assez plaisante. Elle est composée de xux chapitres , et n'est pas complète, puisqu'elle finit à la promotion de l'abbé Dubois au cardinalat ; mais on peut y suppléer par la grande chronique de Sotermefec , d'où elle est tirée , et qui , renfermant cxv chapitres , va au-delà de la mort du Régent. On la trouve dans le Recueil des pièces touchant la Régence , dont nous parlerons par la suite. Comme les sommaires dos chapitres de la petite chronique ne sopt pas longs , nous allons les donner, d'autant plus volontiers
(i) Le Cochon mitre', dialogue entre Scarron et Furetière , 1689, in-ii de 28 pages , avec la figure du cochon. Il y en a une édition sans date ; Pane et l'autre sont également recherchées et estimées. C'est une satire violente contre Louis XIY, madame de Maintenon, veuve Scarron, le cardinal. d'Estrées, et Charles- Maurice Le Tellier, archevêque de Reims. L'auteur de cette satire est François de la Bretonnière, bénédictin de Saint-Denis, réfugié en Hollande sous le nom de Lafond. Il fut trahi par un juif, et transporté au mont Saint-Michel, où il fut renfermé dans une cage ; il y est mort.
PHILIPPE II, RÉGENT. 6i
qu'ils sont exempts de ce fiel amer qui caractérise ordinairement toute satire injurieuse.
« I** Comment Sotbrmblic (i) fut mis entre les mains des précepteurs , à^celle fin d'être élevé en toutiionnenr et yertu. De ses ébats et passe-temps , et comment il donnait bon témoignage de sa suffisance.
« lif Gomment Sotbrmblec , devenu grand , commençait a se confesser à Dieu, à la Sainte-Vierge et â tous les Saints , et leiir détaillait par le menu ses péchés, puis ne s'en cbaillait, et retournait pécher.
« * Comment Sotbkmelbc trop déTOtement ne comptait ses patenôtres , et commençait à pécher aux huîtres.
« iii^ Digression sur la dévotion des femmes , des enfans , des vieillards et des gens de cour.
« !▼** Comment une nuit Sotbriiilbc yit en songe une couronne , et cuidait que r^ner pourrait , puis s'éveillant ne trouva que bran.
« v^ Comment Sotbrmblbc , après le décès du roi den Sadik (a) , son oncle, amadoua les bonnets-ronds (3), et les supplia dolentement de vouloir dérompre les tables testamentaires dudit roi den Sadick.
^ Comment de prime abord furent chassés certains gouver-
ars ef aucuns solipses (4], lesquels, par conseils précipités , aunt rois l'État en péril.
« vi<> Comment Sotbiselic requit les bonnets-ronds de lui octroyer la gouverne des Gaules sous tel pacte qu'il ferait tout bien , qn'oneqaès en nul rien mal ne ferait , ce qu'en son cœur ne pensait , tft qu'au partir de là n'en tint cure.
« vn^ Comment Sotbrmblec fit démolir la citadelle de Dicmar (5) pour complaire au roi d'Albion. (6)
( I ) Sotermeiec , mot composé de grec et d'hébrea , Soter Sauveur, et Melec Roi , c'est-à-dire Sauveur du Roi, (1) Den Sadik , Louis XIV.
(3) Bonnets-Bonds , le parlement.
(4) Solipses, les Jésuites.
(5) Dicmar, Dunkerque et le fort de Mardik.
(6) Albion , Angleterre.
6a PHILIPPE II, RÉGENT.
« * Gonim«Dt Jalie (i) , fille de Sotbrmblbc , arait force Uboarears.
« Tiii* Comment Sotsbmslbc humait le piot en fiiisant la béte à deux dos , et aacanes fois donnait gourmades a ses compagnons de plaisir, pois se repatriait avec iceox.
« IX* Comment SoTBaiisLBc entreprint de faire pénitence et ▼isiter les lieux saiqts ; item , comment il allait en pâerinage a l'abliaye de Tetemu (a) , et ]à faisait longues retraites , puis j consolait abbesse et nonnains.
« x^ Comment étaient réglés les nonnains de Tetemu.
ff xi^ Comment la régie était que feraient tout le rebours de ce que autres religieux et nonnains doivent faire.
« xii^ Comment dévots et déyotes allaient soi marier à Tetemu.
« XI ti» Comment Sotsxmslxc inventa an grand creuset (3) pour y fondre or et argent.
1^ xxT* Comment SoTsaMSLic fit nombre de detteurs et d'emprunteurs.
« xv« Comment Sotiemilbc et les detteurs payaient leurs dettes avec son et donnaient fumée pour or.
« xvi« Comment de pays lointains vinrent coquilles de noix , peaux d'anguilles, allumettes (4)» etc., et furent les profits de cettui trafic baillés à une compagnie.
« XVIII® Comment Sotbrhblbc , malgré mis^e , menait bombance et joyeuseté, marchandait fiUes , achetait femmes, consolait veuves, et se solaciait.
« xviii* Comment il était entouré de vaticins, aruspices et autres , tels gens qui effaçaient le passé , et lui faisaient voir un bel avenir par le pertuls d'une bouteille.
« XIX* Comment il créa la charge de grand calculateur es mar-
( 1 ) Julie , la duchesse de Berri .
(a) Tetemu , tantôt le château de la Muette , Untèt Tahbaye de Chelles. Le château de la Muette ( autrefois de la Meute ) avait été donné à madame la duchesse de Ben*i.
(5) Creuset , la banque.
(4) Les mines d'or imaginaires du Mississipi.
ch^B des Gaules , et en accoutra certain charlatan transfuge calédonien, (i)
« xx*" Comment un beau jour il débouta son grand-rëfërendaire et son financier, et des deux n'en fit qu'un. (2)
« xxi^ Comment princes et autres grands seigneurs se firent marchands de papier, et baillèrent torche-c... pour monnaie; aucuns Tendirent épices , autres Tendirent joyaux , etc.
« XXII® Comment un beau jour le pontife de Cambrai (3) Toulut se faire cardinal, et supplia Sotsrmblsc de l'assister auprès du pape de Rome.
« XXIII* Comment fut conclu par le pontife de Cambrai qu'il £sllait honorer la diTe pancarte du pape romain. (4)
« xxiTO Des choses étranges qu'aucuns théologiens gallicans découTrirent en ladite pancarte.
« xxT» Comment en fait de disputes , théologiens Toient trouble , et font naître hérésies.
« xzTi® Pronostication des maux et calamités qui adTieodront en religion par dispute et controTerse , et comment un temps Tiendra que de christianisme ne restera qu'une belle écorce.
« xxTii® Comment fut la di?e pancarte honorée par ceux qui auparaTant n'en tenaient compte , et furent iceux mis au nombre des couTertis.
« xxTiii** Comment ceux qui ne Toulnrent honorer la dÎTe pancarte furent relégués en Vile des Papefigues. (5)
« xxTx*^ Comment le pape romain fit le pontife de Cambrai cardinal , et lui octroja dix-huit quarantaines de pardons pour les péchés à Tenir, aTcc rémission des passés.
« * Comment le pontife de Cambrai ne disait messe , et jurait comme un payen.
(i) Charlatan calédonien, LxWy écossais.
(1) D'Argenson , garde des sceaux , que le Régent dépouilla du contrôle des finances.
(3) Pontife de Cambrai, Tabbé Dubois , archevêque de Cambrai.
(4) La dive pancarte , la bulle Unigenitus,
(5) Papefigues , les Hollandais.
(c * Comment le pontife de Cambrai mourut , et conmmt , auparavant que de mourir, il fut tâtonne et fleuret^ (i) en sa partie malade sans ]K>uyoir gu<$rîr.
« * Comment SoTBaMBLBc trépassa , et ne fut dans son mal secouru à temps (a); et comment d*aupuns fut interpr<5t^ cettui défaut de remède et mëdecins. »
Les articles précèdes d'une étoile * ont été tirés de 1« grande Chromi^ , poor rendre celle-ci moins incomplète.
i8**. Recueil de pièces touchant la Régence {^sans date y simple Jaux-4itre) , 1/1^12 , ai^ec deux paginations , charcune de 84 pages.
Ce recueil renferme dans la première |Virtie ou pagination \ i*> Us Noëls de la Régence ( un seul ), pag. 3 ; — a*^ Chanson sur la Régence, pag. 10; — 3^ Relation de V enregistrement , etc. (en rers), pag. 14 ; — les Adieux du parlement , pag. 18 ; — 4** Sommaire des chapitres contenus en la ^ande chronique de Sotemielec (ayec beaucoup de chansons et ëpigrammes , en notes), pag. aa; — 5** Suivent les Prophéties du temps (en yers), pag. 61; — Relation abrégée de t établissement de la calotte (en prose), pag. 69; — 'f Couplets ^ pag. 78} — 8* Parodie de la dernière scène du t* acte de Mithridate de Racine (entre Sabatier et de Mirepoix) , pag. 8a.
La seconde partie du recueil commence, i« par des Notes sur les aventures de Pomponius, pag. a ; — Tiennent ensuite, a^ Remarques
(i) Tâtonne et JleureUi le cardinal Dubois fut sondé et opéré par de la Peronie, le plus célèbre chirurgien du temps.
(a) Et ne fut secouru à temps ; le Régent était seul dans son cabinet avec la duchesse de Phalaris au moment où il fut frappé d'apopleûe ; il était sur le point de monter chez le Roi pour travailler avec S. M. ; ses gens sachant cela étaient' dispersés de côté et d'autre. La duchesse de Phalaris eut beau appeler au secours, personne ne vint ; elle fut obligée de descendre jusque dans les cours pour amener quelqu'un. La foule fut bientôt dans Tappartemcnt ; mais il se passa plus d'une demi-heure avant qu'on trouvât un chirurgien ; enûn il en arriva un , lé prince fut saigné , il était mort.
PHILIPPE n, RÉGENT. 65
sur les prophéties , pag. 34 ; — 3^. Lettre de Monseigneur l'éwéque de Montpellier au Roi (en très petit caractère) , pag. 40; — 4'*> Dia'lûgue ( entre ) Hercule et Thésée (en prose) , pag. 66 ; — 5o. Mandement du cardinal de JYoailles pour faire accepter la constitution Unigenitus (en vers) , pag. 74 > — 6^* ^^^ ''*'' (contre) la chambre de justice (elle est très forte et dans le genre des Philippiques ; mais le Rëgent n'y est point nomme; il n'en est même pas question. La dernière strophe finit par un appel à la liberté ) , pag. 70 j — 70. le recueil est termine, pag. 84» par une turlupinade de Voltaire en sept yers, adressée au Régent, au sujet des j'ai yu , qui l'avaient fait mettre à la Bastille.
i']**. Chronique de dom Philippe d'Aurélie, et des Prouesses . des Bonnets-Ronds en icelui temps.
Nous avons déjà vu plusieurs facéties , celle du prince Papyrius, celles des grandes et petites chroniques de Sotermelec ; en voici encore une du même genre , mais qui est dirigée contre le parlement. C'est encore un monument historique du temps : son peu d'étendue nous permet de le donner en entier.
« Chap. I". Comment sous Robillardus Grosse-Tête (i), chef des bonnets-ronds (a) , lesdits bonnets-ronds voulurent faire les Rami nagrobis (3) , et s'acquérir grande renommée.
(i) Robillardus, Jean- Antoine deMesmes, premier président du parlement depuis 17 12 ; il est mort le 23 août 1723.
(2} Bonnels-Ronds f les membres du parlement.
(3) Le Raminagrobis , c'est-à-dire les gros-dos , les hommes importons, par des remontrances qu'ils faisaient contre les édita du Roi. Yoici l'étymologie qu'on donne au mot Raminagrobis ; on prétend qu'il vient de Raoul qui voulait dire chat , à^ hermine et de grobiSf deux fois gros ( bis gros); ainsi Raminagrobis signifierait un chat qui fait le gros dos , le gros monsieur sous sa robe d'hermine. Quant à Robillardus^ on a changé une lettre, le vrai mot est Rodillardus , Rodillard , qui rôde autour du lard pour en attraper bribes , ou qui ronge le lard.
« Cbaf. II. Comment Robillardiu , au demeurant grand clerc , souUit dormir (i) aux plaids et répandre deniers  foison.
« Chap. III. Comment les bonnets-ronds résolurent de proposer a dom Philippe moult beaux et salubres avis pour TaTancement de la chose publique, tirés pour la plupart du Glossator juris f Bal-' dus , jiccunius , et autres têtes pleines de sens.
(c Chap. IV. Comment ils furent courtoisement écondtiits par dom Philippe , et , par droit de raison , renvoyés & leurs sacs et paperasses.
« Chap. V. Du débat et contention qu'en cettui temps fut entre les Tieux bonnets-ronds et les jeunes (a), et de ce qui s'en ensuivit.
« Chap. VI. Comment par un matin la grand'chambre fut scolastiquement assaillie par les jeunes bonnets-ronds (3) , à grand renfort de compagnies d'ordonnance , sous la conduite des ^néraux Bertlam , Montblas (4) et autres.
« Chap. VII. Comme la grand'chambre se rendit a composition , faute de munitions ; et de la paix qui s'en ensuivit.
« Chap. VllI. Comme depuis la paix faite et conclue entre les bonnets- ronds , ils soûlaient employer le temps en belles et politiques délibérations.
« Chap. IX. Comme par un matin fut rendue une plantureuse ordonnance (5) par les pères conscrits , tendante  grands pas au bien de la chose publique. Item , de la belle police qui par eux fut mise en avant pour tenir la main à l'exécution et promulgation d'icelle.
<c Chap. X. Comme le peuple gaulois reçut comme évangile de
( I ) Soûlait f vieux mot français du latin soUbat , avait coutumi de dormir.
(2) Broaillerie des enquêtes avec la grand'chambre, qui enregistra le traité avec la Lorraine sans eux.
(3) Les enquêtes et les requêtes s'emparèrent un matin tumultueusement de la grand'chambre, et dirent qu'ils n'en sortiraient pas qu'on ne leur fit raison. Cela se termina par un accommodement.
(4) Les présidens Lambert et de Blasmont.
(5) L'arrêt contre l'édit des monnaies.
Dieu la monlt beUe ordonnance des bonneto-ronds. /cent, du grand respect que chacun portait à ladite ordonnance , dont ils s'acquirent grand los et renommée parmi le peuple.
« Ghâf. XI. Des beaux propos de Tailport la Rouge-Huppe , arriére-petitrfils du capitaine carabin Razas. (i)
« CnAV. XII. Comme ledit Tailport ayant scientifiquement retroussé ses korrifiques moustaches, cita force belles lois , et conclut  ce que les pères conscrits se transportassent piteusement à pied , en robes et chaperons rouges , au logis de Liouisot (a) , pour lui faire tout plein de belles remontrances.
« Chap. XIII. Comme l'avis ci-dessus fut improuyë de la plupart des bonnets*ronds , le tout pour des crottes, et comme fut doctement conclu d'y aller en coches. Item , comme sire Montaver (3) , chàteUin de Clugoy, fut surpris chevauchant nuitamment sur les rues de Lutéce, déchirant à belles dents les Chartres et commandemens du roi Louisbt , et fut appréhendé en son corps et ses compagnons , et conduit par les gens du capitaine Coupe-Téte , es noires prisons du Chlet.
« Cbap. XIV. Comme Robillardus en robe compétente , bien et dûment accompagné de force messieurs , se transporta au palais da jeune roi Louisot , où , faute de mémoire , il fit judicieusement lecture d'une belle et magnifique remontrance.
a Chap. XV. Comme quoi , dans le contexte de ladite oraison , Robillardus fit mention d'une belle et petite pancarte trouvée es ruines de l'amphithéâtre de Vérone , écrite en lettres tadesques, et accordée par le père grand et bon catholique Pharamond , roi
(i) Le président Portail, arrière-petit-fils du chirargien de Charles IX ; alors les chirurgiens étaient en même temps barbiers.
(a) Le P. Portail ouvrit Favis d'aller à pied , en robes rouges, au Louvre , faire leurs remontrances.
(3) C'est le conseiller au parlement Yertamont; ayant soupe avec deux de ses amis , et étant gris, tous les trois montèrent à cheval et aUèrent déchirer les arrêts du conseil d'état, qui annulaient celui du parlement. Il n'y eut que lui de pris, et il passa la nuit au Châtelet.
i 68 PHILIPPE II, RÉGENT.
I des Gaulois , par laquelle appert que ledit Roi , dont le nom se
I trouve , par le laps de temps , eflacë, a constitue et établi les bon-
nets-ronds en qualité de tuteurs des Rois ses successeurs, et de pères putatifs du peuple gaulois (i) ; s'ensuit la teneur de la pancarte. *
« Chap. XVI. Comme quoi Robillardus avec sa brave compagnie «Retournèrent juridiquement comme ils étaient venus; ce qui fat
I moult beau à voir.
f <c CflAP. XVII. Comme quoi Louisot fît semondre les bonnets-
ronds de venir à son palais , pour réponse y être faite à leur docte remontrance ; et ensuite comme ils furent joyeusement accueillis et fêtés par ledit Louisot et ses barons. »
Nous terminons ici ce que nous avions à dire sur Philippe 11^ duc d'Orléans, régettt. Comme il a eu pendant huit ans une grande influence sur le gouvernement , nous avons cru devoir donner plus d'extension à son article ; nous n'avons point hësité à accorder à ce prince les éloges dus à ses hautes qualités ; nous n'avons point dissimulé ses Êiiblesses; et si^ en citant les ouvrages qui regardent la Régence, nous avons rapporté quelques passages assez Êicétieux, mais sans conséquence maintenant, c'est queiious avons pensé qu'il était bon de mettre un peu de diversité dans un Recueil historique particidièrement consacré aux dates, et qui , dans son aridité , ofFre plus d'utilité que d'agrément.
(i) Cette plaisanterie a un fond très vrai; les parlemens, et surtout celui de Paris , se sont toujours dits tuteurs des Rois et pères du peuple.
TROISIEME PRIHCI DE LA BRANCHE HEREDITAIRE DES BOURBONS-ORLSAfUS .
( DX 1733 à. 175a.)
LOUIS , duc d'Orléans , de Valois , de Chartres, ^
de Nemours , de Montpensier, etc. , premier prince ^fP
du sang , premier pair de France , chevalier des ordres du Roi et.de la Toison-d'Or, colonel-gé^ néral de l'infanterie française et étrangère , grandmaître des ordres royaux militaires , hospitaliers de Notre-Dame de Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, gouverneur du Dauphiné, est né à Versailles , de Philippe d'Orléans et de Mademoiselle de Blois, le 4 août lyoS.
(Il porta le titre de duc de Chartres jusqu'au 2 décembre 1723, que, succédant à son père, il prit celui de duc d'Orléans. )
Il épousa, le 14 juin 1724, Auguste-Marie- Jeanne, princesse de Bade. Le comte d'Argenson, chargé des pouvoirs du prince , signa le contrat k Rastadt. Le mariage fut célébré le 1 3 juillet suivant à Sarry, maison de campagne de l'évéque comte de Châlons ( Nicolas de Saulx-Tavannes ) , qui donna la bénédiction aux deux époux. Cette jeune
I princesse mourut en couches à Paris ^ le 8 août
/ Les enfans nés de ce mariage sont :
$ i**, Louis-Philippe d'Orléans, né le 12 mai 1725, dont
if l'article suivra .
2?. Louise-Madeleine , princesse d'Orléans , née le 5 août 1726, morte en 1728.
I > Louis^ duc d'Orléans^ mourut à Paris^ le 4 fë-
pi vrier 1752, dans un appartement qu'il avait pris
à l'Abbaye de Sainte-Geneviève , où il vivait retiré f depuis 1730, il s'y était fixé définitivement en
174^^ dix ans avant sa mort.
si
NOTICE HISTORIQUE
Louis d'Orléans a parcouru une carrière bien différente de celle de son père , quoiqu'il eût également reçu de la nature un esprit pénétrant et d'heureuses dispositions pour tous les genres de connaissances. Mais il eut un goût particulier poiu* l'étude , goût qui prit sa source dans l'éducation soignée que lui donna l'abbé Mongault^ homme de beaucoup d'esprit et d'érudition. Ce sage précepteur s'attacha à inspirer à son élève des principes religieux qui se gravèrent profondément dans son cœur. Si d'abord ils ne garantirent pas
la jeunesse du prince d'un certain penchant aux fdaisirs, penchant assez naturel lors de Tefieryescence des passions dans le jeune âge, ils se réveillèrent ensuite avec force, et ne l'abandonnèrent plus jusqu'à la fin de sa vie. Nous conviendrons donc que Louis d'Orléans , encore duc de Chartres , séduit par l'exemple qu'il avait sous les yeux, mena dans le principe une conduite peu régulière. Mais frappé de la mort subite de son père (en 1723), et de la perte d'une épouse chérie (en 1726), il fit un retour sur lui-même , résolut de quitter le monde , et se consacra entièrement aux exercices de la pénitence , aux oeuvres de charité et à l'étude de la religion et des sciences qui y ont rapport, sans négliger les autres. Comme à la cour et dans le monde , il se trouvait naturellement gêné pour suivre le plan que sa piété et son ardeur pom' l'étude lui avaient tracé , il se décida, en 1730, à prendre un appartement entre l'église de Sainte - Geneviève et celle de Saint- Étienne du Mont , mais tenant à l'abbaye ( i ) , puis s'y établit entièrement en 1742 , remettant l'administration de ses afiaires à la duchesse d'Orléans
(i) « Là, dit un historien ecclésiastique moderne, le premier <r prince du sang assistait aux offices , récitait le bréviaire , corn- « muniait fréquemment , couchait sur une simple paillasse , se « levait à quatre heures du matin , ne buvait que de l'eau , jeu- « nait rigoureusement , donnait souvent audience aux pauvres ,
sa mère , et ne se réservant sui' ses revenus qu'une somme de i ,800,000 livres , pour pourvoir à ses besoins et aux oeuvres de bienfaisance qu'il projetait.
Le prince savourant de plus en plus les douceurs de la retraite , continua à se livrer à ses goûts favoris , et à se perfectionner dans les langues anciennes. L'hébreu, le chaldéen, le syriaque ,. le grec , lui devinrent familiers ; il s'appliqua à la géographie et à l'histoire universelle ; il trouva d'heureuses distractions dans l'étude de la physique, de l'histoire naturelle, de la botanique, de la chimie; il cultiva aussi les arts, tels que le ' dessin , la peinture , etc. Avec tant de connaissances acquises , et un goût si prononcé pour la retraite , il n'est pas surprenant que ce prince ait éprouvé le désir et même le besoin d'écrire sur diffërens objets conformes h ses sentimens religieux et à son genre d'études. Aussi a-t-il laissé un certain nombre d'ouvrages marqués au coin de l'érudition et de la piété. Mais sa modestie s'est toujours opposée à ce qu'on les publiât. Ses travaux relatifs h l'Écriture Sainte consistent dans
a visitait même les malades, relevait de pauvres familles, cqa voyait des aumônes à Berlin, en Silésie... il distribua de « grosses sommes en 1753, en lySg et en 1740. U lisait et étu- « diait beaucoup. »
LOUIS D'ORLÉANS. yS
des traductions littérales ^ des paraphrases et des commentaires sur une partie de FAncien-Testament. Parmi ces traductions on remarque celle des Psaumes y faite sur l'hébreu, avec une paraphrase et de3 notes. On y trouve des explications savantes, ingénieuses, et une saine critique. Il a aussi des dissertations très remarquables par la profondeur des recherches, entre autres une dans laquelle il est le premier qui ait prouvé que les notes grecques sur les psaumes , insérées dans la Chaîne des Pères grecs du P. Balthazar Corder, et qiû portent le nom de Théodore d'Héraclée , sont de Théodore de Mopsueste. Notre pieux auteur a encore plusieurs dissertations contre les Juifs , pour réfiiter le fameux livre hébreu intitulé Bouclier de la Foi y qui avait été déjà réfiité, mais faiblement, par Jacques Gousset, en 17 12. On lui doit de plus une traduction littérale des Épitres de saint Paul , faite sur le texte grec ; un Traité contre les Spectacles ; une Réfutation des Hexaples ; plusieurs autres Traités et Dissertations curieuses sur toutes sortes de sujets. On doit regretter que des manuscrits aussi précieux n'aient pas été imprimés.
Le duc d'Orléans ne bornait pas ses occupations à bien penser , à bien dire , à bien écrire ; ses actions étaient encore au-dessus de ses ouvrages. Il ne sortait de sa retraite que pour aller visiter les
églises et les hôpitaux ; il marquait tous ses jours par de bonnes œuvres variées à l'infini , telles que pourvoir aux frais de l'éducation de pauvres enfans ^ leui' faire apprendre un métier ; marier des filles indigentes ; doter des religieuses ^ fonder des écoles et des collèges , répandi^e ses bienfaits sur les missions , sur les nouveaux établissemens utiles. Gomme il ne pouvait tout faire par luimême y il avait un homme de confiance qui , à sa prière y visitait les prisons y pénétrait dans les tristes réduits de la misère y payait les dettes des pères de Êimille détenus pour cet objet ^ faisait desipensions à des veuves^ assurait la subsistance des orphelins y secourait de vieux soldats ou d'anciens ofiiciers ; et le secret voilait toujours tant d'actes de bienfaisance. C'est donc à bien juste titre que la Reine, lorsque ce prince mourut, dît : w C'est H un bienhem*eux qui Is^sse après lui beaucoup (c de malheureux. »
Far son testament , qui est de décembre 1 749 et qui renferme une grande quantité de dispositions pieuses, son altesse légua son médailler à l'abbaye de Sainte - Geneviève , sa bibliothèque ainsi que ses manuscrits aux Dominicains , et son cabinet d'histoire naturelle à Guettard, célèbre naturaliste, qu'il s'était attaché en 1748. Mais celui-ci le remit au duc d'Orléans, héritier de Louis, et le duc accorda à Guettard le titre de
garde de ce cabinet ^ avec une pension et un loge-^ ment au Palais-RoyaL L'excès du travail et Faustérité de Louis d'Orléans avaient sensiblement et rapidement altéré sa santé. On rapporte que cette austérité avait fini par échauflër son cerveau au point que y par une manie singulière y il s'était imaginé <{u'il ne naissait ni ne mouïrait personne l(sans doute qu'il prenait le genre himiain en masse pour un seul individu^ identifié avec le Créateur) ; et il voulait persuader cette rêverie aux autres , à tel point que Silhouette^ son chancelier^ fut obligé d'avoir l'air d'y croire. Malgré cela , le prince vit approcher le terme de sa vie avec calme et résignation. Ayant réglé ses aflàires^ il se prépara à la mort. U avait fait appeler le curé de Saint-Étienne-du-Mont , nommé Bouettin. On a prétendu que cet ecclésiastique avait voulu lui faire rétracter quelques opinions suspectes de jansénisme , que le prince résista , et que le curé lui refusa la communion. Gela^ dit-on^ n'est point exact. La lettre que ce prince écrivit à M. de Gaylus , évéque d'Auxerre , et dans laquelle il blâme ce prélat de sa résistance à reconnaître la bulle y lettre qui est dans la T^ie de Cajrlus (par Dettey) , tom. 11 , p. ^65 , prouve que son altesse ne partageait pas les opinions réprouvées. La discussion entre le prince et le curé de Saint- Étienne-du-A^ont y était relative aux enfans na-
turels du duc de Chartres, son fils, qu'on désirait qu'il reconnût; ce à quoi il s'opposa. On eut beau lui représenter les conséquences de ce refus , il persista , et mourut pendant cette discussion sans recevoir les sacremens. Mais on sait combien il était animé de cette piété douce et de cette foi ardente qui firent la tranquillité et le bonheiu* de sa vie. U fut inhumé sans pompe, comme il l'avait prescrit, dans l'église du Val-de-Grâce , sépulture des ducs d'Orléans. On assure qu'il avait exprimé le désir que son corps fiit livré à l'école rojrale de chirurgie, pour servir à l'instruction des élèves. Vaugelas, cent ans auparavant (en 1 65o) , avait exprimé un sembld^le vœu dans son testament, (i)
NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE
i*^. Histoire de Louis, duc d'Orléans, premier prince du
sang , fils du Régent ; par Louis Balthazar Néel. Paris ,
Cette histoire est la seule que nous connaissions de ce prince ; l'auteur était de Rouen , et est mort en 1754*
2?. Oraison funèbre de Louis , duc d'Orléans , premier prince du sang , prononcée dans l'église des Jacobins
(i) Voyez Choix de testamens anciens et modernes j etc. , par Galf, Peignot; Paris, Renouard, 1829, 2 vol. m-8*^. T. I, p. 34 1.
de la rue Saint-Honoré, le 1 4 avril 1752, parle P. Jouin. Paris , 1752, ï/i-4**' 3**. Eloge funèbre du même prince, par l'abbé J. B. Louis
De la Roche, prédicateur du Roi. 1763 , in-^^. 4''- Oraisons funèbres du même , par le P. Bernard , chanoine régulier ; par le P. Renaud , jacobin ; par l'abbé Barathier; par M. PouUin ; par M. de la Tour du Pin. Paris , 1762, 1/1^4** • Parmi ces oraisons funèbres , celle de M. Poullin excita quelques réclamations. On connaît une Lettre d'une dame retirée a la campagne ^ au sujet de P éloge funèbre de M, le duc d'Orléans , prononce par M. PouUin ( sans date) , i/i-i3 ; puis une Seconde lettre sur le même sujet ; par M, Johanneton , greffier au criminel a Orléans ; 1753, i/i- 1 3 .
S"*. Oraisons funèbres du même prince , par M. Besault , prononcées dans l'église de Sainte-Croix d'Orléans , le 28 mars , et par M. Jean-François Colas ; prononcée à Saint-Aignan d'Orléans, le 20 avril. Orléans, 1752, in-4**.
6''. Oraison funèbre de S. A. S. M^ le duc d'Orléans
( Louis) , premier prince du sang (par J.-J. Rousseau ) ,
avec ce texte : Modiciun plora suprà mortuum, quoniam
requievit; « Pleurez modérément celui que vous avez
perdu , car il est en paix. » ëcclés. , c. xxii, v. 1 1 .
Cette oraison funèbre se trouve dans les OEuvres de Rousseau ; Paris, Belin, 1817, 8 vol. 1/1-8^, tom. V, pag. 54^-553. Elle est très bien faite j on y reconnail l'ongle du lion. Composée pour être débitée dans la chaire de vérité , elle est parfaitement dans le j^enre ; et le théologien le plus rigoriste n'y trouverait certainement rien a redire , ni pour l'expression des sentimens religieux et catholiques, ni pour les citations de l'Écriture Sainte, et encore bien moins pour le talent. Comment se fait-il , dira-t-on , que Rousseau 1 l'auteur du f^icaire Savoy nrtl ^ ait fait une e8i)èce de sermon destind à être débité dans une église catholique? Le voici : Il exis-
tait dam ce temps un abb^ d'Art/, nereu de madame Dapin , qui ëtait assez bien avec Voltaire et Rousseau. Il n'avait pas grand talent » mais il voulait en faire parade , et allant aux emprunts littifraires , il ne s'adressait pas maL Charge, en 1749» du Panégf' rique de Saini'Louis  prononcer devant l'Académie Française , il pria Voltaire de le lui faire , et , pare des plumes de paon , il le débita , le aS août , avec beaucoup d'assurance. A la mort du duc d'Orlëans , voulant rendre publiquement hommage à la mémoire de ce prince , il pria Jean-Jacques de lui en faire Téloge funèbre , moyennant salaire compétent. Rousseau y consentit , composa cet éloge , et fut payé \ mais , selon toute apparence , l'abbé recala devant cette nouvelle forfanterie, car le discours ne fut point prononcé, n n'a été imprimé que dans les OEuvres de Rouiseau. C'est de cet opuscule que parle l'auteur (Jean-Jacques) dans sa lettre du la décembre 1761 , à son amiMoultou : « J'ai trouvé parmi mes chif- « fons I dit-il , un petit morceau que je vous destine, puisque vous « l'avez souhaité. Le morceau est très faible , mais il a été fait « pour une occasion où il n'était pas permis de mieux faire ni de « dire ce que j'aurais voulu ; d'ailleurs il est lisible et complet ; « c'est déjà quelque chose ; de plus , il ne peut jamais être im- « primé , parce qn'il a été fait de commande et qu'il m'a été payé. « Ainsi c'est un dépôt d'estime et d'amitié qui ne doit jamais passer « en d'autres mains que les vôtres, et c'est uniquement par là « qu'il peut valoir quelque chose auprès de vous. Je voudrais bien « espérer de vous le remettre ; mais si vous m'indiquez quelque « occasion pour vons l'envoyer, je vous Tenverrai. »
Je me suis un peu étendu sur cet objet , parce que l'anecdote est singulière , en ce que cet abbé d'Arty» homme obscur et inconnu , a eu pour auxiliaires en littérature les deux plus grands écrivains du XVIII* siècle. Cela prouve que, s'il manquait de talens littéraires, il avait du moins celui de bien choisir ses faiseurs.
QUATIIIME PlUfCI DE LA BRAMCHE HKBBSITAIRE DES BOUIBOUS-OILÉANS.
( DX 175a A 1785.)
LOUIS-PHILIPPE, duc d'Orléans, de Valois, de Chartres, de Nemours, de Montpensier, premier prince du sang , cheyalier des ordres du Roi et de la Toison d'or, etc., est né à Versailles, le 12 mai 1725, de Louis, duc d'Orléans, et d'Auguste- Marie-Jeanne, princesse de Bade.
Ce prince, titré duc de Chartres à sa naissance, ne prit le titre de due d'Orléans qu'à la mort de son père en 1762.
Il fot marié , le 17 décembre i745> à Louise- Henriette de Bourbon-Conti (née le 20 juin 1 7 26). Le contrat de mariage avait été signé la yeille, 16 décembre, dans le cabinet du Roi, où la cérémonie des fiançailles , faite par le cardinal de Rohan, eut lieu de suite. Le lendemain 17, son éminence donna la bénédiction nuptiale aux deux époux. La princesse est morte le 9 février 1759.
De ce mariage sont nés :
I**. Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, né le i3 avril 1747» doï^t Tarticle suivra.
2"*. Louise-Marie-Thérèse-Batilde , princesse d'Or-
8o LOUIS-PHILIPPE.
léans, dite Mademoiselle^ née à Saint-Cloud le 9 juillet i^So (i); mariée, le 24 avril 1770, à Louis -Henri-Joseph , duc de Bourbon, né le i3 avril 1756 (2). Cette princesse est morte subitement à Paris , au milieu d'une procession qui se faisait à Sainte-Geneviève , le i o janvier 1822 ; et son époux, le duc de Bourbon, est mort subitement, ou plutôt de mort violente (la strangulation), dans la nuit du 26 au 27 août i83o.
Louis-Philippe d'Orléans a eu dans sa jeunesse des enfans naturels : les abbés de Saint-Far et de Saint-Albin ^ ainsi qu'une fille , leur sœur^ qui a été mariée a ).
Mais il épousa de la main gauche, c'est-à-dire secrètement, le 25 avril 1773 , madame de Montesson. Dès 1771 , il en avait obtenu du Roi la permission, mais avec certaine restriction (3). Il n'y a point eu d'enfans de ce mariage.
(i) Cette princesse et son frère Louis-Pbilippe-Joseph , furent inoculés le 25 mars 1756, par le célèbre Tronchin, que le duc d'Orléans fit venir exprès de Genève. Cette opération , regardée alors comme très courageuse de la part du prince , fut le résultat de la révolution produite dans les esprits par La Condamine, qui venait de publier son Mémoire sur Finoculation de la petite vérole. Le succès de l'opération assura en France le triomphe de cette découverte, à laquelle a succédé celle de la vaccine, que l'on doit au docteur Edward Jenner.
(2) C'est de ce mariage qu'est né, le 2 août 1772, Tinfortuné Louis-Antoine-Henri de Bourbon-Condé , duc d'Enghien , fusillé à Yincennes , le 21 mars 1804.
(3) Cette restriction était, selon toute apparence, que le ma-
'■; Ce prince est mort le i8 novembre 1785, à Sainte-Assise, château en Brie. Madame de Montesson (i) lui a long -temps survécu (jusqu'en 1806).
riage resterait secret autant qu'il se pourrait. Un édit de Louis Xin avait défendu à tous les prélats du royaume de marier aucun prince du sang, avant qu'ils n'eussent reçu une lettre écrite de la propre main du Roi qui les autorisât à faire la cérémonie. ( Cet édit avait sans doute sa source dans le mariage de Gaston d'Orléans avec Marguerite de Lorraine , qui se fit contre le gré du Roi. ) La lettre de Louis XY à l'archevêque de Paris, pour l'autoriser à célébrer le mariage du duc d'Orléans avec madame de Montesson , ne contenait que ces mots : « Monsieur a l'archevêque , vous croirez ce que vous dira de ma part mon «t cousin le duc d'Orléans, et vous passerez outre.
« 5(g/te Louis. »
Madame de Montesson , femme de beaucoup d'esprit et qui a laissé plusieurs ouvrages, est morte à Paris, le 6 février 1806, âgée de 69 ans. Son acte de décès porte : «c veuve , en secondes « noces , de Louis-Philippe d'Orléans. »
(i) A la mort du prince , on agita la question de savoir si cette dame draperait , c'est-à-dire prendrait le deuil. Le Roi décida qn^elle pourrait porter dans son intérieur le deuil comme bon lui semblerait, mais nullement en public. Alors elle se décida à se retirer dans un couvent pendant l'année de son veuvage ; on croit qne'ce qui s'est passé à la mort de Louis XTV a réglé cette étiqnette. Madame de Maintenon ne drapa point; elle habilla ses gens couleur de feuille morte, et se i*etira à Saint-Gyr, où elle mourut le i5 avril 17 19, âgée de quatre-vingt-trois ans. Elle a survécu trois ans et huit mois à Louis XIV, mort en 1715, à l'âge de soixante-dix-sept ans. Leur mariage, non avoué, ayant en lieu sur la fin de i685 , a duré près de trente ans.
LOUIS-PHIUPPE.
NOTICE HISTORIQUE
Louis-Philippe d'Orléans, n'étant encore que duc de Chartres , obtint , par commission du 28 mars lySy, un régiment d'infanterie qui porta son nom. La carrière militaire ne lui fut point étrangère, et il prit part aux différentes campagnes qui eurent lieu de 1742 à lySy. Héritier du courage de son aïeul et de son bisaïeul , il débuta par commander la cavalerie dans la campagne de Flandre en 1742. Il ne s'y passa rien de bien rcr marquable , parce qu'on se tint sur la défensive. Mais en 1743, se trouvant à notre armée d'Allemagne , il exécuta trois belles charges à la tête de la maison du Roi ; et le 27 juin , il eut un cheval tué sous lui àla malheureuse batailledeDettinghen. Il fut fait maréchal-de-camp au mois de juillet suivant, et lieutenant-général le 26 juin i744> après avoir assisté aux sièges de Menin , qui s'était rendu le 4 juin, et d'Ypres, conquis le jour même de sa nomination, le 26; Fimiesfut pris le 1 1 juillet. Il se trouva à la tranchée deFribourg (en Brisgavr), ouverte le 5o septembre de la même année 1744- La ville se rendit le i*' novembre, en présence du Roi, qui venait de Metz, où la plus grave maladie l'avait mis aux portes du tombeau. Les
'rf.AZ
LOUIS-PHIUPPE. 83
châteaux se rendirent le 25, et la garnison fut prisonnière de guerre. Le prince fit h campagne de 1745, assista au siège de la ville et de la citadelle de Toumay, puis se distingua à la fameuse bataille de Fontenoi y qui eut lieu le 1 1 mai de la même année i745«
Le Roi lui accorde, en 1747^ 1^ gouvernement général du Dauphiné , en survivance de son père , par provisions du 8 novembre; il prend séance au parlement le 22 novembre 1760. Le roi d'Espagne lui donne l'ordre de la Toison d'or, le 9 juin 1762 (il avait alors le titre de duc d'Orléans), et le Dauphin le reçoit chevalier de cet ordre le 9 décembre suivant.
Employé à l'armée du Rhin en 1757, Louis- Philippe marche , le 4 juillet , à la tête de trois bataillons et de vingt-deux escadrons pour s'emparer de Gassel, que les ennemis avaient évacué. A la tête de cent compagnies de grenadiers et de tous les dragons , il prend Winkelsen , et ensuite se distingue à la bataille d'Hastembeck, qui fut gagnée le 26 juillet 1757 , par le maréchal d'Estrées sur le duc de Cumberland. Ici se termine la carrière militaire du prince; et dès-lors il se livre atix douceurs de la vie privée.
Pour varier ses plaisirs, il fit construire un théâtre dans sa maison de campagne de Bagnolet, et, chose qui eût sans doute paru inconvenante
dans tout autre temps ^ il y joua lui-même la comédie avec les personnes admises dans son intimité. 11 excellait , dit-on , dans les rôles de financiers et de paysans. C'est lui qui, le premier, remplit le rôle de Michau, dans la Partie de Chasse de Henri IV, charmante pièce que Collé fit en 1 766 pour ce théâtre , et que l'on revoit toujoiu^s avec plaisir. Il s'était attaché , en qualité de lecteurs, Collé, Saurin et Carmontelle, hommes de lettres dont le genre de talent convenait parfaitement pour embellir les fêtes de Bagnolet.
Le duc d'Orléans ne prit qu'une très faible part aux démêlés du parlement* avec la cour, lors des affaires du chancelier Maùpeou. On désirait beaucoup qu'il se mit a la tête de la noblesse pour en^ gager le Roi à renvoyer ce chancelier, et même un parti considérable en Bretagne demandait ce prince pour son chef; mais, attaché de cœur au monarque , il déclara qu'il ne voidait point entendre parler de guerre civile, et il ne tarda pas à se réconcilier avec la cour.
C'est en 1784 qu'il céda au Roi le château de Saint-Cloud, d'après une lettre très affectueuse de la Reine, qui lui demandait la cession de ce château , comme le lieu estimé par la Faculté le plus propre à la santé et à l'éducation physique du dauphin.
Louis XVI était très attaché à Louis-Philippe
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duc d'Orléans. Lorsque ce prince tomba dangereusement malade au château de Sainte-Âssise , le Roi envoyait de quatre heures en quatre heiwes savoir de ses nouvelles , et il fut très sensible à sa perte (i). Les Parisiens le regrettèrent aussi beaucoup à cause de sa bonté y de son afiàbilité et de sa popularité. Quoiqu'il aimât les plaisirs, il avait hérité de la bienfaisance et de l'inépuisable charité de son père. Mais ses bonnes œuvres étaient enveloppées d'un tel mystère , que ce n'est qu'à sa mort que l'on a su les droits qu'il avait à la reconnaissance des malheureux. Il leur donnait chaque année deux cent quarante mille francs au moins , sans compter les pensions et les gratifications qu'il acquittait, soit en son nom, soit au nom de son père et de son aïeul. Citons un trait de son excessive bonté : Parmi ses valets de chambre, l'un d'eux vint à mourir; le prince demanda sur-le-champ s'il avait une femme et des enfans , et il dit en soupirant : « Il y a vingt « ans que cet homme me sert et qu'il me dé- (c plaît. » Quelqu'un. reprit : « Comment Votre
(i) Dans le temps , on a attribué la mort de ce prince à la mal adresse de son premier médecin, qui a mal vu sa maladie; d'autres prétendent que ce prince avait Pestomac usé. Il était gros mangeur, comme tous les Bourbons ; il faisait des tours de force dans ce genre, et Ton compte vingt-sept ailes de perdreaux qu'il a mangées dans un repas , outre d'autres mets.
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u Altesse a-t-elle pu le garder si long-temps? c( — Chez qui, riposta le prince, aurait-il trouvé (c à se placer en quittant mon service? » Puis il ajouta : « J'aurai soin de sa femme et de ses en- « fans. »
U eut, avant de mourir, la satisfaction de voir son gendre le duc de Bourbon , avec lequel il était brouillé, venir lui rendre visite et opérer une réconciliation à laquelle il tenait beaucoup. La duchesse de Bourbon était cause de cette brouillerie; cette princesse était douée des dons de l'esprit joints aux charmes de la figure , mais sa grande causticité a répandu un nuage à peu près continuel sur son union. Louis-Philippe d'Orléans est mort dans des sentimens d'une sincère piété , après avoir reçu les sacremens du curé de Saint-Eustache , son pasteur.
NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE
Nous n'avons découvert aucune histoire spéciale qui soit consacrée à ce prince ; et la raison en est toute simple, d'après l'opinion très judicieuse du savant qui a rédigé son article dans la Biographie uniiferselle de MM. Michaud, tom. xxxii, pp. 1 22- 1 24 • « Prince éminemment bon et affable , dit (c M. Hipp. Delaporte en terminant cet article.
« LfOuis-Philippe d'Orléans n'eut point un de ces (( caractères qui fixent l'attention des hommes. i< Dégoûté de bonne heure , pour son propre « compte , de la gloire des héros , il préférait les (( qualités qui attachent dans la vie privée; et Ton « a dit avec raison que la sienne offrait plus à « louer qu'a blâmer. » Ne soyons donc point surpris si nous sommes forcé de nous en tenir ici aux seules oraisons funèbres que l'étiquette et la religion prescrivaient dans le temps. Voici celles dont le Catalogue hebdomadaire de 1786, tom, XXIV, me fournit la liste.
1**. Oraison funèbre de très haut, très puissant et très excellent prince M^ Louis - Philippe d'Orléans , duc d'Orléans , premier prince du sang , prononcée dans l'église de Saint-Eustache sa paroisse, le lundi 20 février 1786, en présence de M^ le duc d'Orléans , de Mp" le duc de Bourbcîn , et de M^ le duc d'Ënghien ; par M. l'abbé Fauchet , vicaire-général de Bourges , prédicateur ordinaire du Roi. Paris y chez Lottin, 1786, 1/1.4°.
L'auteur de cette oraison funèbre est le trop cdlèbre abhe' Fauchet, qui, d'une exaltation incoDcevable sous TAssemblëe Constituante et TAssemblëe Législative , a fini à la Convention par une modëration qui Ta conduit à l'e'chafaud le 3i octobre 1793. Cor^ respondance de Crimm, 3* partie , page 36i.
2**. Oraison funèbre de très haut, très puissant, etc., Louis-Philippe d'Orléans , prononcée au service solennel que MM. les maire et échevins de la ville d'Orléans, ont fait célébrer en l'église cathédrale , le 8 mars
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88 LOUIS-PHIUPPE.
1786, par M. De la Fosse, chanoine de ladite église^ et bachelier en théologie. Orléans, Couret de yUleneuue, 1786, m-4**.
3^. Oraison funèbre du duc d'Orléans , prononcée à Saint- Agnan d'Orléans , par M. Rozier, chanoine de la cathédrale de cette ville. Paris , veut^e yalade, 1786, m-4**-
4°. Oraison funèbre de M. le duc d'Orléans , prononcée
au Val-de-Grâce , le 17 février 1786, paf M. Veminac
de Saint-Maur. Paris , chez Knapen et fils, 1 786, in^^* Outre ces quatre oraisoDS funèbres annoncées dans VUebdomadairc , il en existe encore deux autres qui n'y sont point mentionnées. Les Yoici :
5°. Oraison funèbre de M. le duc d'Orléans, prononcée
dans l'église Notre-Dame , en présence de la fafnille du
prince , par M. l'abbé Maury. (i) L^orateur , si connu par le rôle qu'il a joué à TAsseroblëe Constituante , et si mortifié , dans la suite , par celui qu'il a joué sous l'empire , avait déjà un peu manqué de jugement dans la composition de l'oraison dont nous parlons. 11 s'y était étendu avec beaucoup trop de complaisance sur le mariage secret du prince avec madame de Montesson ; c'était plutôt le panégyrique de cette dame que celui de son époux. Ces détails parurent tellement déplacés, que le Roi défendit l'impression du discours , et il n'a pas vu le jour.
6**. Discours aux enfans du duc d'Orléans sur la mort de
leur aïeul (Louis-Philippe), par Simon-Jacques Bourlet
de Vauxcelles. 1786, m-S**.
Ce morceau est écrit avec une douce sensibilité , et un abandon plein de grâce. Son auteur, Simon-Jacques Bourlet de Vauxcelles, né à Versailles en i734t est mort le 18 mars 1803.
(i) Jean Siffrein Maury, né à Vauréas, dans le comté Venaissin , le a6 juin 1746, est mort cardinal dans une profonde et obscure retraite, à Rome, dans la nuit du 10 au 11 mai 1817.
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