‹ Précis historique, généalogique et littéraire de la maison d'Orléans: avec notes, tables et tableauChapitre 8 sur 12 · DB 1785 A · texte numérisé non relu

DB 1785 A

LOUIS-PHIWPPE-JOSEPH, duc d'Orléans, de Yalois, de Chartres, de Nemours, de Montpensier, etc. , est né à Saint-Gloud , de Louis-Philippe , duc d'Orléans , et de Louise-Henriette de Bourbon-Conti , le i3 avril 1747-

Il eut le titre de duc de Chartres jusqu'à la mort de son père, en 1785 j il prit alors celui de duc d'Orléans. '

Il se maria , le 5 avril 1 769 , avec Louise-Marie- Âdélaïde de Bourbon-Penthièvre, née le 25 mars 1 753, du vertueux duc de Penthièvre et de Marie- Charlotte-Félicité de Modène. Cette digne duchesse d'Orléans-Penthièvre est morte à Ivry-sur- Seine, près de Paris, le 23 juin 1821.

De ce mariage sont nés :

i^. Louis - Philippe d'Orléans , aujourd'hui Roi des Français , né à Paris , le 6 octobre 1773.

2°. Antoine-Philippe d'Orléans , duc de Montpensier, né le 3 juillet 1775 ; il n'a point été marié , et est mort à Londres en 1 807 .

3"*. Alphonse-Léodgar d'Orléans , comte de Beaujolais ,

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né le 7 octobre 1779 y mort (sans avoir été marié) à Malte en mai 1808.

4**. LouiSE-MiRiE-ADÉLAÏDE-ËOGéNiE d'Orléans , Mademoiselle , née le aS août 1777. (1)

5°. N — , princesse d'Orléans , soeur jumelle de la précédente , et qui n'a pas survécu à sa naissance.

Louis -Philippe -Joseph, duc d'Orléans, est mort , instrument et victime de la révolution , à Paris, le 6 novembre 1793.

(i) L'éloge que Ton a fait, il y a quelque temps, de cette princesse, l'un des omemens de la cour actuelle de son auguMe frère, trouve naturellement sa place ici. « S'il était permis « de louer chez S. A. R. d'autres perfections que ses vertus, fc nous parlerions de son esprit, de ses grâces, de ses rares tait leus pour la musique et pour la peintur^^ nous dirions que « les artistes les plus distingués se feraient honneur de son exé- «t cution sur la harpe, et des fleurs qui naissent de son pinceau. n Mais nous imiterons sa modestie, qui semble ignorer ces heu- « reux dons, et nous nous permettrons seulement de soulever le « voile dont elle couvre les éminentes qualités de son âme ; la « sensibilité, la bienfaisance, la piété douce et indulgente qui <c rendent Mademoiselle le modèle de son sexe , comme elle est « celui des princesses par cette affiaible dignité qui sait allier les « respects du cœur à ceux que commande le noble sang du « meilleur et du plus grand des Rois, m

NOTICE HISTORIQUE, (i)

L'éducation de Liouis-Philippe- Joseph^ duc d'Orléans, fut confiée au comte de Pont-Saint- Maurice , qui lui donna tous ses soins. Le jeune élève en profita d'abord , et l'on peut dire que , dans sa première jeunesse, il captivait les suffrages universels : on admirait ses heureuses dispositions, son esprit naturel, son penchant à la bienfaisance, ses manières affables, et tout cela était encore relevé par un beau physique, une taille élevée et bien prise , une physionomie ouverte, des traits agréables et réguliers.

Mais ce prince avait malheureusement hérité de ce goût irrésistible pour les plaisirs, que nous avons déjà remarqué dans la plupart de ses aïeux; et bientôt, cédant à la voix des passions (surtout dans un temps où la cour et la ville ( vers 1 760 ) , faisons-en le pénible aveu^^ commençaient à don-

(f) Nous ne nous dissimalons point tout ce que notre tâche a de pénible dans la rédaction de cette notice. Mais, ami de la vérité, et toujours guidé par la plus scrupuleuse impartialité, nous parlerons avec franchise des qualités de Philippe , car il en avait, mais en même temps nous ne dissimulerons rien de ses faiblesses et de ses torts. Au reste , nous ne serons que l'écho de l'histoire ; déjà elle l'a jugé : et quoique en général il soit dans notre caractère d'être plus enclin à plaindre qu'à condamner, nous n'appellerons point de ce jugement.

ner de funestes exemples de relâchement de mœurs, de manque de réserve, etc.), il ne tarda pas à altérer tous les avantages que la nature lui avait prodigués. Une union contractée en 1769 avec une princesse qui joignait à la vertu la plus pure les grâces de la jeunesse et les charmes de la beauté , ne fut pas un frein assez fort pour l'empêcher de se livrer à la fougue de ses penchans. Ce n'est pas qu'il ait manqué précisément d'égards envers sa digne épouse, mais il préférait souvent la société de femmes qui ne jouissaient pas de l'estime générale , et elle ne l'ignorait pas , comme le prouve la Correspondance publiée en 1800, dont nous aiu^ons occasion de parler.

Le duc de Chartres (car il n'était pas encore duc d'Orléans) excellait dans les exercices du corps; il montait supérieurement à cheval, faisait des armes , dansait à ravir, et conduisait un char avec la plus grande dextérité à travers les embarras des rues de Paris (i), qualité dont un prince

(1 ) C'est pent-étre à ce sujet que parut une petite plaisanterie en quatre pages i/t-4^v intitulée Les Cabriolets justifies, sans date et sans nom d'auteur ; c'est une ironie continuelle sur le peu de solidité de ces sortes de voitures et sur Timportance que l'on mettait, dans le temps, à les conduire soi-même. Cette facétie n'a rien de commun avec la maussade Lettre de Brutus (Delisle de Sales) sur les chars anciens et modernes, Londres (Paris), 1771 , in-S. de xvi et 287 pages.

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ne peut pas tirer grand lustre ; et certaines parties^ qui rappelaient parfois celles du Régent , étaient encore moins dignes de lui ; mais tout cela était couvert du manteau d'une affabilité et même d'une popularité peu commune.

Quoique puissamment riche , le duc de Char^ très fit des dettes. Cela lui donna l'idée de so livrer à une spéculation qui déplut aux Parisiens : ce fut celle de convertir en boutiques à louer tous les alentours du jardin du Palais-Royal, que son père lui avait donné en apanage. De sorte que ce vaste jardin , qui était une promenade publique où l'on venait respirer le grand air, et où l'on était admis pourvu que l'on fîlt vêtu décemment, devint, par suite des portiques couverts en avant des nouvelles boutiques , une espèce de marché ou foire perpétuelle , réceptacle de ce que la capitale renfermait de plus commun et de plus pervers. C'est en 1786 que tous les bàtimens environnant le jardin furent terminés , et que les boutiques furent louées , ce qui prociu^ au prince une augmentation de revenus , mais lui attira en même temps beaucoup d'épigrammes et de sarcasmes de la part des vieux Parisiens mécontens.

Cependant, à travers toutes ces occupations, soit de plaisir, soit de spéculation , ou peut-être à cause de ces occupations, le duc de Chartres ne jouissait pas à la cour d'une très grande considé-

ration , et il semble qu'il y ait toujours eu quelque chose de froid et d'antipathique entre lui et Marie-Antoinette. Divers incidens qui survinrent pe furent pas propres à les rapprocher. Par exemple , l'archiduc Maximilien d'Autriche , frère de la Reine, était venu la voir à yeEsa^les$ cette jeune I princesse, ennemie de la. plupart des étiquettes ( et c'est un r^prdchq ipicn lui a fait ) , crut que son frère pouvait se dispenser de rendre des visites aux princes de la Cour : il n'en fit pas. Le duc de Chartres regaixk cela comme une insulte , et l'attribua k la Reine; premier grief ostensible. En3uite il voulut avoir la charge de grande amiral , dont était en possession M. le duc de Penthièvre son beau-père, qui consentit à la lui céder ; mais il fallait aussi le consentemetit du Roi, et ce consentement frit diâëré. La conduite du duc de Chartres , montant le vaisseau le Saint- Esprit ^ au combat d'Ouessant, le 27 juillet 1778, frit interprétée de différentes manières; et, en résultat , ni la charge de grand-amiral , ni la survivance, ne fru*ent accordées. Loin de là, comme par une espèce d'ironie , on le nomma colonelgénéral des hussards. Nouveau grief contre la . Reine, que le duc accusa de toutes ces menées. On prétend encore que cette princesse s'opposa à un projet de mariage que le duc avait formé , de sa fille avec un fils de M. le comte d'Artois.

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Tout cela l'aigrit y et il ne parut presque plus à la cour.

Quelque temps après , il fit un voyage à Londres, et se lia avec le prince de Galles (depuis Georges IV, mort à Windsor le 26 juin i83o). Il rapporta de ce pays une sorte d'engoûment pour les opinions , les moeurs et les costumes anglais. Bientôt toute la jeunesse parisienne partagea cet engoûment. Plus de somptuosité, plus de broder ries sur les habits des grands seigneurs, simpii^ cité dans les manières et familiarité avec tout le monde; de sorte que la ligne des rangs et des dignités, tracée par l'étiquette, s'efiàça insensiblement, et l'égalité régna à l'extérieur entre les classes supérieures et les classes inférieures.

Au retoiu* de l'expédition d'Amérique, qui procura ou plutôt qui assura l'indépendance des États-Unis, les jeunes officiers français qui en avaient fait partie parlèrent avec enthousiasme de la LIBERTE, mot nouveau en France dans le genre qu'on l'entendait, et qui germa bientôt. Le duc de Chartres ne fut pas moins sensible que les autres au résultat de cette expédition. Il s'empressa, comme tout le monde, d'accueillir avec distinction le jeune Lafayette, qui, d'abord de simple volontaire dans l'armée auxiliaire sous les ordres de M. de Rochambeau , revint en France couvert de gloire, avec le grade de maréchal-de-camp, et fut

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reçu à Paris avec un enthousiasme égal à la reconnaissance que lui témoignèrent les Américains, (i)

Après la. mort du comte de Clermont y le duc de Chartres se fit recevoir grand-maître de toutes les loges des francs-maçons de France (2); ce qui , dit-on , lui donna par la suite une grande influence dans les affaires publiques.

Dès 1787, les premiers symptômes de la révolution s'annoncèrent : les esprits commençaient k fermenter. Le Parlement de Paris était en opposition ouverte avec le Roi à l'occasion des édits bursaux. Le duc d'Orléans (car depuis la mort de son père il avait quitté le titre de duc de Chartres ) se prononça hautement poui' le Parlement

(i) Avant que Louis XYI se déterminât à secourir ces insulaires, M. de Lafayette, qui jouissait d'une fortune considérable, avait fait équiper secrètement un vaisseau qu'on remplit d'armes , qui édiappa aux surveillans , et il fit voile pour l'Amérique ; il arriva à Charles-Town en avril 1777 , et servit d'abord comme simple volontaire dans le parti des insurgés , sans autre dessein que de se distinguer comme militaire. Il devint l'ami de Washington; et lorsque M. de Rochambeau arriva avec son corps d'auxiliaires, instruit du courage et de l'activité de M. de Lafayette , il le mit à la tête d'un détachement de volontaires qui , réuni aux habitans, contribua puissamment aux succès de la révolution américaine.

(2) Madame la duchesse son épouse , qui , pour lui plaire , se prêtait à tous ses goûts , quoiqu'ils fussent bien différens des siens, s'était fait recevoir franc-maçonne à la loge de la Folie- Titon , à Paris, le 28 février 1776.

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dans la séance royale ou lit de justice du 19 novembre 1787, et rédigea une protestation qui le fit exiler le lendemain à quinze lieues de Paris. Les conseillers de grand'chambre Freteau et l'abbé Sabatier fiirent également exilés, mais ce ne fiit pas pour long-temps. Le prince revint triomphant à Paris; il continua à jouir de la faveur publique, qui abandonna bientôt le Parlement, parce que celui-ci s'était toiu'né du côté du Roi poiu* contenir le parti de Son Altesse. Lorsque les États- Généraux furent résolus, le gouvernement adressa aux bailliages des instructions que l'on a qualifiées de maladroites ; mais celle qui fiit répandue dans les domaines de l'apanage du duc d'Orléans se fit remarquer par la hardiesse et l'énergie des délibérations qui sont à la suite de l'instruction (i); on assure qu'elles sont de l'abbé Sieyes, et même que le prince n'en a pas eu connaissance. L'hiver de 1788 à 1789 £ut excesMvement rigoureux; le duc d'Orléans y fit de nombreux actes de charité.

(i) Cela a fait beaucoup de bruit dans le temps; on en a publié trois éditions de suite , voici le titre de la troisième : In- STiucTioif donnée par S. A, S. Monseigneur le duc d'Orléans à ses représentons aux bailliages ( par le marquis de Limon, dont nous parlerons plus bas) , suivie de délibérations à prendre dans ces assemblées {1^ l'abbé Sieyes). Troisième édition , corrigée, 1789, m-8. de 8 pages pour r/zt^/mc^n , et 68 pages pour les Délibérations.

sans doute par pure bienfaisance y car cette yertu a toujours été héréditaire dans la famille; mais une partie du public n'y vit de la part du prince qu'un moyen d'obtenir une plus grande popularité. En eflet^ la classe malheureuse le portait aux nues y et ne cessait de publier ses louanges et ses bienfaits. Lorsque l'insurrection du faubourg Saint-Antoine arriva, le 27 et le 28 avril 1789, que la manufacture de papier peint de Réveillon fut brûlée , et que trente-six personnes y périrent , on attribua cet événement tumultueux aux suggestions du duc d'Orléans. Mais rien ne le prouve , et la justice n'informa point , quoique le Parlement ne f&t pas très porté pour le prince.

Cependant on s'occupait des élections aux États- Généraux, et la noblesse, craignant de se montrer en opposition avec la cour, ne témoignait pas beaucoup d'empressement à nommer député le duc d'Orléans ; mais le marquis de Limon étant venu à Crépy déclarer à l'assemblée de la noblesse de ce bailliage que, quand on nommerait Son Altesse, elle n'accepterait pas; que pourtant il était dans les convenances de lui donner cette marque de déférence , le prince fut nommé par acclamation député de la noblesse du bailliage de Crépy en Valois ; et aussitôt il vint à l'assemblée la remercier et prêter son serment. Arrivé dans la Chambre de la noblesse , il se rangea toujours

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du parti de la minorité , soit contre la délibération qui portait qu'on voterait par ordre, ^it contre toutes les protestations que faisait la Gham* bre y soit lorsque cette minorité , après la séaioiçe royale du a5 juin , se réunit, le 25 , au tiers-état ; soit enfin dans tous les votes qu'elle a émis depuis en faveur du parti populaire. Le 5 juillet, le prince fut nommé président de l'Assemblée Nationale , mais il n'accepta pas , et il fut remplacé par l'archevêque de Vienne (Jean-Georges Le Franc de Pompignan). Le 1 1 du même mois, le Roi avait renvoyé M. Necker du ministère , et lui avait intimé l'ordre de quitter la France dans les vingtquatre heures. Ce renvoi excite à Paris la plus grande fermentation; le lendemain tout s'agite; on promène dans les rues le buste de M. Necker et celui de M. le duc d'Orléans , qu'on avait pris dans le cabinet de Curtius , et qu'on avait couvert d'un crêpe en signe de deuil. La force armée régrima ce mouvement tumultueux; le buste de M. 'Necker fiit brisé à coups de sabre par des soldats; celui du prince fiit sauvé. On prétend que la veille de la fameuse journée du 1 4 juillet , où la Bastille fut prise et ensuite démolie , on désignait dans difiërens groupes ^ à Paris, le duc d'Orléans pour lieutenant'^général du royaume, et en même temps les couleurs vertes (symbole de l'espérance), arborées la veille, furent foulées

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aux pieds , et remplacées par le bleu , le rouge et le blanc, qui étaient les couleurs de la maison de Son Altesse Sérénissime. Le surlendemain, il ne fiit plus question de cette proposition de lieutenance-générale.

Le duc d'Orléans assistait régulièrement à l'Assemblée Nationale, mais toujours à l'extrême gauche, que Mirabeau désignait par les trente voix (i) , et que le côté droit nommait le Palais- Royal.

Le 5 octobre, une foule immense de femmes et d'hommes du peuple de Paris se transporte k Versailles sous prétexte de la disette , et assaillit le ( château; on sait les détails et l'issue de ces terri-

' blés journées. Le Roi et la famille royale furent

emmenés à Paris , et dès-lors ils furent obligés d'y fixer leur résidence ; la veille , la disette était dans la capitale, le lendemain l'abondance reparut. Peu de jours nprès , le duc d'Orléans , à la suite

</ (i) Ce fut à Foccasion de la loi sur les émigrans, en février

1791 , que Mirabeau se servit de cette dénomination.. Rapproché, de la cour à cette époque , il s'opposait à cette loi. M. Merlin de Douai la soutint avec force; il en fut de même de tous ceux de rextrêmc gauche, parmi lesquels était confondu Roberspierre alors peu connu. Aussitôt Mirabeau s^écrie avec force : silence aux TRS7ITS VOIX, et le mot est resté. H désignait sans doute par là ceux qui songeaient déjà à la république; car pour les constitutionnels , il y en avait certainement plus de neuf cents à I^Âssemblée, qui était alors composée de douze cents membres.

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d'une convei^sation très vive avec le marcpiis de La Fayette, se déteniiina à passer en Angleterre. Mirabeau, impliqué eu quelque sorte, ainsi que le prince, dans les affaires des 5 et 6 octobre, s'opposait à ce voyage; mais c'était moins, dit-ôii, dans l'intérêt de Son Altesse que pour balancer l'influence de M. de La Fayette avec une influence rivale. Quoi qu'il en soit, il ne réussit pas; cela le picpia , et dès-lors il rompit avec le duc d'Orléans, qui^ ayant obtenu ses passe-ports de l'Assemblée, partit le i4 octobre. Lorsqu'il lut arrivé à Boulogne , le peuple soulevé en sa faveur, s'opposa k son embarquement; il recourut à l'autorité de l'Assemblée, qui ordonna de le laisser passer, arrivé en Angleterre, il envoya par écrit son adhésion au serment civique, (jui fut prononcé par le Roi à la séance du 4 février 1790. Lorsqu'il fut cpiestion de la fédération du 14 juillet , il écinvit à l'Assemblée Nationale, et lui demanda l'autorisation de rentrer dans son sein ; elle lui fut accordée. Il partit immédiatement de Londres, malgré, diton , les démarches que fit faire près de lui M. de La Fayette, poiu* prolonger son absence. 11 revint à Paris le 7 juillet , et le 1 1 il renouvela h la tribune le serment qu'il avait envoyé par écrit. Cependant depuis plusieurs mois, on avait commencé une empiète au Châtelet, contre les auteurs et instigateurs des journées des 5 et 6 octobre. Les

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noms du duc d'Orléans et de Mirabeau figuraient dans cette procédure; mais le 2 octobre 1790, l'Assemblée Nationale, ayant entendu le rapport de M. Chabroud sur cette affaire , déclare, après une longue discussion , qu'il n'y a pas lieu à accusation coiitre' MM. d'Orléans et Mirabeau. Le prince avait publié un mémoire où étaient repoussées avec indignation les inculpations dirigées contre lui dans ce fameux procès. Il faut dire que le duc de Lauzun , son ami , l'avait défendu avec chaleur dans l'Assemblée; et le marquis de Ferrières, député très royaliste, avait aussi pris sa défense par écrit ; et l'on a la conviction que ni l'un ni l'autre de ces deux députés ne pouvait être accusé d'avoir participé h ces déplorables journées.

-Après les événemens de Varennes, c'est-à-dire après le départ secret du Roi , dans la nuit du 20 au 21 juin 1791 , son arrestation à Varennes le 2 1 , et sa rentrée à Paris le 25 , ceux qui désiraient la république , ou du moins un changement de dynastie, firent une pétition ou adresse aux départemens, dans laquelle on demanda que Louis XVI fôt mis en jugement, et déchu du trône. On prétend que cette pétition avait été rédigée par Laclos (i), secrétaire du duc d'Or-

(i) C'est le fameux Chauderlos de Laclos, né à Amiens en

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léans, et par Brissot , qui avait été spécialement protégé par madame de Genlis y institutrice des enfans d'Orléans. Cette pétition fut le signal d'une réunion tumultueuse au Champ -de- Mars, que Bailly, maire de Paris , fit dissoudre par la force , après avoir fait proclamer la loi martiale ( i). L'Assemblée Nationale délibéra sur la question de savoir si le Roi pouvait être mis en cause; huit

1741 > officier d'artillerie, auteur du roman liœncieux intitulé Les liaisons dangereuses, qui parut pour la première fois en 1782. On a dit de cet écrivain, très spirituel d'ailleurs, qu'il était un prodige d'immoralité dans un siècle immoral. Avant la révolution il était déjà secrétaire des commandemens de S. A. S. On sait que c'est lui qui, en 1789, imagina là fable des brigands qui causa tant de terreur aux femmes et aux esprits faibles, mais qui eut pour résultat de soulever et faire armer tous les habitans des villes et des campagnes. On assure qu'il eut une grande part aux journées des 5 et 6 octobre ; et dans la procédure du Cbâtelet, plusieurs déposèrent l'y avoir reconnu déguisé en femme et dirigeant les mouvemensde la foule qui se précipitait sur le château. Quand le duc d'Orléans fut envoyé à Marseille , Laclos fut arrêté et mis en prison , mais il eut l'adresse de se rendre utile à Roberspierre , même sous les verroux ; il lui survécut, et recouvjra sa liberté. D est mort à Tarente en i8o5. Napoléon l'avait fait inspecteur général de l'artillerie à l'armée de Naples.

(i) Cet acte d'autorité du 17 juillet 1791, indispensable pour le moment , approuvé par l'Assemblée Nationale et par les amis de l'ordre et du maintien des lois , fut cependant l'un des principaux motifs de la condamnation du malheureux Bailly, le II novembre 1795, et fut cause qu'on l'exécuta an Champ-dc- Mars, après l'avoir abreuvé d'outrages.

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députés seulement sur douze cents se levèrent pour raffirmative ; ce qui annonce qu'on était encore éloigné de songer à la république^ et qu'on tenait à la monarchie toute chancelante qu'elle était. Alors cette espèce de déclaration de principe fit que la société des Jacobins (i) fut presque entièrement dissoute. Il se forma une autre société dite des Feuillans ( du nom de l'ancien couvent où l'on se réunit), composée de ceux qui, espérant pouvoir arrêter la révolution , se déclarèrent en faveur du trône et firent leurs efforts pom' en sauver les débris. Le duc d'Orléans se présenta à cette société , où dès le principe on attaqua avec force les instigateurs de la réunion du Ghamp-de^ Mars, et nommément Laclos, l'auteur de la pétition. M. de Sillery déclara que c'était sans l'avis du duc d'Orléans que son secrétaire avait rédigé cette pétition , et que dès ce moment ce personnage avait cessé de lui appartenir. Mais le lendemain , Je prince se rendit lui-même aux Feuillans,

^ - ir II ■ ■ I Il j

(i) Cette société se forma, le 6 novembre 1789, à Paris, sons le nom de Club des Amis de la Constitution, C'était une dérivation du Club breton , formé d'abord à VersaiDes par des curés de Bretagne. Le lieu de ses séances, à Paris, fut le couvent des Jacobins, rue Saint-Honoré , ou deux cents ans auparavant, presque années pour années, se tinrent les assemblées de la ligue, où l'on prêchait déjà le régicide, avec cette différence, que jadis c'était au nom du fanatisme de la religion, et qu'en 1795 c'était au nom du fanatisme de la liberté.

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où^ sans parler de la pétition, il déclara que M. de Sillery avait été mal instruit, qu'il n'avait jamais cessé d'estimer M. Laclos , et de le croire digne de sa confiance. Dès-lors Son Altesse ne parut plus aux Feuillans, et plusieurs députés voyant chaque jour l'horison politique se rembrunir, abandonnèrent cette société, et, soit par crainte, soit par ambition , retournèrent à celle des Jacobins , qui bientôt ne gardant plus aucune mesure posa en principe la destruction de tous les trônes à l'extérieur, et la mort de tout ce qui n'était pas de son parti , dans Tintérieur.

Cependan t le duc d'Orléans fiit nommé amiral ou lieutenant-général des armées navales , par le Roi. Sensible à cette faveur, il s'empressa d'aller remercier Sa Majesté, et il eut avec elle une conférence, dont l'un et l'autre furent satisfaits. Mais le dimanche suivant, le duc d'Orléans s'étant présenté au lever du Roi, essuya de la part des courtisans, qui ignoraient sans doute ce qui s'était passé , des mortifications si insultantes, qu'il fut obligé de se retirer sans avoir vu personne de la famille royale. Dès-lors il ne reparut plus au château; et, le cœm* ulcéré, il se jeta dans le parti de Danton, accueillit chez lui ce chef fougueux, et l'admit à sa table ainsi que tous les républicains enrôlés sous sa bannière. Malgré cela , nous devons dire que le duc d'Orléans fut étranger à la journée du 20 juin

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( 1792 ) , où le Roi ftit abreuvé d'outrages par une populace effrénée ^ et à la terrible journée du i o août qui suivit de près y et où la chute du trône fut consommée. Le nom d'Orléans ne iiit pas même prononcé dans ces événemens ; et si , peu après y les Dantonistes firent quelques tentatives en faveur de ce prince y cela n'eut aucune suite. Les projets de république étaient trop bien arrêtés, poiu* que l'on songeât à relever un fantôme de royauté qui n'eût pas subsisté huit jours.

Pour en venir à l'exécution , une nouvelle assemblée, sous le nom de Convention, succéda promptement à l'Assemblée Législative. Le duc d'Orléans fiit nommé par le département de Seine-et-Oise , membre de la Convention sous le nom de Philippe Égalité (1). Il y prit place, et ne porta la parole que dans deux ou trois occasions où il était question des siens ; par exemple , il demanda que sa fille ( Mademoiselle ) , qui voyageait

(i) C'est à l'instigation de Manuel, procureur de la commune et du parti de Danton , que ce nom fut donné au prince. Manuel lui fit entendre que pour dissiper les soupçons qui pouvaient s'élever contre lui , il devait renoncer au nom de sa famille , et accepter celui d'Éc alité, qui lui serait proposé par la commune de Paris. Un i*efus eût été suivi d'une proscription immédiate. Philippe d'Orléans accepta donc ce nom , et dédara dans sa lettre de remercîment qu'il était conforme à ses sentimens.

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avec sa gouTemante^ ne fût pas considérée comme émigrée ; et une autre fois , le premier^ il rendit compte de la victoire de Jemmapes gagnée sur les Autrichiens par Dumouriez^ et à laquelle le duc de Chartres son jeune fils (Louis-Philippe P', Roi actuel des Français ) ayait contribué par ses talens et sa bravoure, (i)

On assure y et je me plais à le croire y que lorsqu'il fut question déjuger le Roi , le duc d'Orléans était dans l'intention de ne point paraître aux séances de la Convention destinées à ce jugement; mais on le menaça de le mettre immédiatement à mort s'il s'abstenait de voter; intimidé y il se décida y et l'on sait quel fut son vote. Le 20 janvier 1795, lendemain du décret de mort porté contre Louis XVI , Philippe d'Orléans eût été poignardé par le nommé Paris , si cet ex-garde du Roi eût pu s'introduire dans son palais ; mais à son défaut^ ce fut Pelletier de Saint-Fargeau qui, ayant voté dans le même sens, fut frappé par l'assassin.

Cependant la révolution prenait chaque jom* un

(i) Singulier rapprochement : c'est le 6 novembre 1792 que le duc de Chartres obtient à l'armée des succès brillans , que son père le duc d^Orléant- s'âtopresse d'annoncer à la Convention ; et c'est le 6 novembi^ 1795 que cette même Convention fait condamner à mort le àxLt d'Orléans (qui , toujours à la Convention , ou dans les prisons de Marseille, n'avait guère songé à conspirer contre la liberté).

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caractère plus chaud , plus terrible, plus effrayant. La défection de Dumouriez ajouta encore à l'exaspération des esprits; lui-même l'annonça le 27 mars 1795 , en déclarant ouvertement qu'il était décidé à marcher siu* Paris avec son armée. , pour y rétablir la royauté constitu^tionnelle. Aussitôt la Convention prend texte de là pom' accuser Philippe d'Orléans, dont le fils était avec Dumouriez, d'avoir provoqué cette défection, et elle le comprend dans le décret du 6 avril, qui met tous les membres de la famille de Boui^bon en arrestation. Le 8, elle ordonne lem' translation à Marseille. Les Dantonistes, anciens partions et soutiens du duc d'Orléans, non seulement provoquèrent son arrestation , mais ils demandèrent et obtinrent celle de toutes les personnes attacHées à son service. Telle est la reconnaissance sur laquelle on peut compter en révolution. Philippe d'Orléans eut beau réclamer en sa qualité de député, contre l'insertion de son nom dans le décret qui proscrivait les Bourbons, il fiit envoyé à Marseille dans la nuit du 9 au 10 avril, et le 16 ses biens fiirent confisqués. C'était sans doute le principal motif de sa proscription.

II fit encore depuis sa prison' plusieurs réclamations, mais toujours en vain. Après le 3i mai, jour où les Girondins , ses proscriptem's , avaient subi un sort pareil au sien , c'est-à-dire avaient

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été arrêtés , le tribunal criminel desBouches-du- Rhône fut chargé de le poursuivre ou plutôt de le condamner; le procès s'instruisit , mais l'absence de tout grief fondé , le fit absoudre. Malgré le rapport de Rhull^ qui n'avait rien trouvé dans ses papiers qui pût le compromettre , malgré un mémoire publié par Voidel en sa faveur, le comité de salut public défendit de le mettre en liberté à Marseille , après le jugement qui l'acquittait ; au contraire, il ordonna de le resserrer plus étroitement dans la prison du fort Saint-Jean. Enfin , décrété d'accusation le 3 septembre sçvec les vingt-deux Girondins ses premiers proscripteurs , il fiit amené à Paris pour être jugé. Le 6 novembre il parut devant le tribunal révolutionnaire; il répondit avec calme à ses interro-*. gatoires et entendit de sang-froid son arrêt de mort. Les Annales catholiques (tom. m, p. 4^3, et Suppl., p. 167) rapportent qu'il se rencontra dans la prison mi prêtre allemand nommé Lothringer, qui lui donna les consolations de la religion et lui inspira au nom du ciel cette force d'âme et cette résignation si nécessaire dans un pareil moment. Il est certain que le prince montra beaucoup de fenneté. Un particulier renfermé aussi à la Conciergerie , et qui l'a vu dans cette circonstance, raconte que le duc d'Orléans, après sa condamnation , traversa la cour et les guichets

1 1 o LOUIS-PHILIPPE-JOSEPH.

de la prison y escorté de six gendarmes le sabre nu à la main y et qu'à sa démarchje fière et assurée , et à son air vraiment noble , on l'eût pris plutôt pour un général qui commande à ses soi* dats que pour un infortuné que Ton va mener au su{^lice. Il y fîit Conduit avec un garçon serrurier. Dans le trajet, depuis la Conciergerie jusqu'à la place Louis XV, on fit , par un raffinement de barbarie , arrêter la charrette devant le Palais- Royal y dont l'aspect devait causer tant de souvenirs douloureux au prince. Il leva les yeux sans paraître ému. Quand il entendit les injures grossières et les malédictions dont Taccablait une populace sur laquelle il avait répandu tant de bienfaits, il se contenta de dire : Ils m'applaudiijent I Arrivé au pied de l'échafaud, il y monta avec assurance et reçut la mort avec courage. Telle fut la fin de L. P. J. d'Orléans, dont la faiblesse de caractère eut plus de part que le cœur aux maux dont il fut l'auteur et la victime.

^kjfl^P A V^^^^KÊ^^H^L ^ *-* 'u ' ^^JA ^tm^^^^r^MeMÊÊ^^^ - » ji]i£< fr ^^

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE, (i)

i». Histoire de la Conjuration de Louis-Philippe-Joseph d'Orléans y surnommé Égalité, etc. (par Montjoje). Paris, 17969 3 vol, in-S°.

Il s'en faut beaucoup que cet ouTrage, qui a eu plusieurs ëditioDS, soit ëcrit ayec l'impartialité' qui devrait caraciëriser tout historieu. Le fond du tableau ^tait assez sombre par lui-mdme pour que l'auteur ne cherchât pas à le rembrunir encore. Au reste Montjoje ( mort le 6 avril 1816) ne s'est jamais pique d'une grande exactitude dans ses productions historiques; il se montra constamment le défenseur zëitf de la monarchie française , de Louis XYI et de sa &mille j mais cet intérêt, très louable sans doute, lui a quelquefois fait envisager les événemens sous un faux jour, ou du moins il les a racontes avec nn esprit prévenu, avec une certaine aigreur rarement fitvorable à la yërité. Son Histoire de L. P. J. tt Orléans a donné lieu à un ouvrage excessivement rare , dont Toici le titre :

2?. Explication de l'énigme du roman intitulé Histoire de la Conjuration de Louis-Philippe-Joseph d'Orléans. yeredishteal. {Paris, Barrois Pafné, sans dcUe,) 4 vol, in^\ On assure que ce livre , qui est de M. Rouiet, comte de Folmon , a été imprimé aux frais de madame la duchesse d'Orléans douairière , et qu^i n'a jamab été mis en circulation ni en vente. Je le croirais volontiers , car je n'en ai trouvé aucune annonce dans les nombreux catalogues de vente de bibliothèques modernes que je possède , si ce n'est dans celui de feu M. Barbier, i8a8 , 111-8*, où

(i) Nous ne parlerons que des principaux, car si nous voulions énumérer toutes les diatribes, tous les pamphlets, tontes les brochures , qui , pendant les trois premières années de la révolution , ont paru sur l'objet en question , ce serait à n'en plus finir.

1 1 a LOUIS-PHILIPPE-JOSEPH.

il est dit, p. 1 34 , que cet ouvrage est très rare , qu'il a ^te imprime aux frais de madame d'Orléans , etc. Le même M. Barbier en avait parité déjà dans ses Anonymes , dernière édition , n** 63aa , mais il n'indiquait pas son auteur. M. Beuchot nous Ta révélé dans son excellent Journal de la Librairie, année i8a3 , p. 364 î ®^ cette révélation est répétée dans une note de M. Mahul. {yojret Bon Annuaire nécrologique àt i8a4; p* a68.)

L'auteur, M. Rouzet , comte de Folmon , né à Toulouse en 1743, avocat , a été membre de la Convention , où il s'est fait remarquer par la sagesse et la modération de ses principes , ce qui l'a fait pro-scrire, comme plusieurs de ses Collègues, sous le régime de la terreur. Il se trouva en prison avec M. le duc de Nivemois, qui le donna pour conseil à madame la duchesse d'OiJéans , prisonnière comme eux. M. Rouzet s'intéressa au sort de cette princesse , et dès qu'il fut délivré, après le 9 thermidor, il se consacra à sa défense, prit en main ses intérêts dans les temps les plus difficiles, devint son homme de confiance , ne la quitta plus , et fut placé par la suite à la tête de son conseil ; il est mort dans cette place , le a5 octobre 1 8ao , comblé des témoignages les plus flatteurs et les plus nombreux de la reconnaissance de cette excellente princesse , qui voulut le soigner elle-même dans sa dernière maladie. ( f^oyez des détails sur la vie de M. Rouzet, dans la Biographie des hommes vii'ans, article FoLMOR , t. III , p* 109, et dans V Annuaire nécrologique de M. Mahul , année i8ao , p. vcfi , et i8a4 , p. 268.)

3°. La Vie privée , ou Apologie de Mk' le duc de Chartres.

{Sans date,) Irt-Sf*, C'est une satire.

4°. Procédure criminelle sur les forfaits des 5 et 6 octobre 1 789. Paris , Baudouin, 1 790 , 2 parties in-S**.

S*, Les Forfaits du 6 octobre , ou Examen approfondi du Rapport de la procédure du Châtelet y sur les faits des 5 et'ô octobre 1 789 , (ait à l'Assemblée par Chabroud ; suivi d'un Précis historique de la conduite des gardesdu-corps. Paris, 1790, m-8®.

6^. Mémoire justificatif pour Louis-Philippe d'Orléans ,

LOUIS-PHILIPPE-JOSEPH. ï 1 3

écrit et publié par Itii-méme , en réponse à la Procédure du Châtelet. 1790, m-8*' de Z^ pages.

7^ Exposé de la conduite de Ms' le duc d'Orléans dans la révolution de France, rédigé par lui-même. 1790, iVi-8° de 28 pages,

Oo trouve encore cet expose, avec un Mémoire a consulter, parmi les éclaircissemens qui terminent le premier volume des Mémoires de M. de Ferrières.

11 existe une re'fiitation assez forte de cet ouvrage ; elle est intitule Examen impartial de l'Exposé de la conduite de M. le duc d'Orléans dans la révolution actuelle , 1/1-8" de vingt-une pages. Cette brochure est signée J. G. D'A***. L'auteur ëcrit d'un style décent , modéré , mais ses raîsonnemens n'en sont pas moins très forts contre les assertions du duc d'Orléans.

On peut encore consulter sur les tristes cvénemens d'octobre , récrit de M. Mounier, intitulé Examen du Mémoire du duc WOnléans , et nouveaux éclaircii^emens sur les crimes des 5 et 6 octobre, X791, m- 8.

8**. Récit de la Translation de L. P. J. d'Orléans des prisons de Marseille à la Conciergerie de Paris , en 1 798 , par Louis-François Gamache. Paris, 1827, w-S** de 16 pages.

Je ne connais cette brochure quç par son titre.

9**. Correspondance de Louis-Pbilippe-Joseph d'Orléans

avec Louis XVI , la Reine , Montmorin , Liancourt ,

Biron , Lafayette , etc. , avec des détails sur son exil à

Villers-Coterets , et la conduite qu'il a tenue aux 5 et

6 octobre; par L. C. R. (Rousselet, avocat). Paris,

Le Rouge, Debray, Marchand, 1800, 171-8°.

Cet ouvrage, qui a eu une sccoude édition, 1801 , Vkvol. m-iS,

est divisé en trois parties : la première renferme la correspondance

du duc d'Orléans avec Louis XVI, Montmorin et quelques autres

ministres. La seconde partie contient celle avec sa famille ; on y

trouve des lettres du duc de PenthièTre , de madame la duchesse

d'Orléans , du duc a ses deux fils , de madame de Sillery au duc

j ii4 LOUIS-PHILIPPE-JOSEPH.

d'Orlëans , et de sa fille au duc de Chartres. La troisième partie offre un journal du duc de Chartres où il dëyeloppc sa conduite priTëe et politique.

]' Les lettres les plu^ intéressantes du recueil sont celles du Roi , de

M. de Montmorin, et les réponses du duc. Il y en a peu qui datent

I du régime de la Convention. Parmi celles-ci , est un billet de Tabbë

Fauchet qui réclame une somme de laoo fr., qu'il prétend lui être due par le duc d'Orléans pour l'Oraison funèbre de son père , dont

^ nous avons parlé précédemment , page 87.

I On serait tenté de croire, d'après quelques passages de cette cor-

respondance , que l'envie de se venger du Roi et de quelques mépris de la Reine, aurait été le principal mobile des actions du duc d^Orléans pendant la révolution , mais cela n^est pas démontré.

Les lettres de la duchesse peignent admirablement sa bonté, sa douceur et sa résignation relativement aux torts de son mari , soit dans sa conduite politique , soit dans ses liaisons avec mesdames de RuiTon et de Sillery.

10''. Journal de la Vie de son alté^sc sérénissime madame

la duchesse d'Orléans douairière, par E. Delille, son

secrétaire intime. Paris, /. /. Biaise, 1822, 1 voL

iVi-8^ at^ecportr. et fac-similé.

Cet ouvrage très détaillé sur la vie de cette princesse , se lit avec le plus vif intérêt, et ne peut qu'ajouter aux sentimens qu'inspiraient déjà généralement ses vertus , ses malheurs et surtout cette bienfaisance (i) et cette charité qui formaient le fond de son caractère, et qui, à sa mort, ont fait répandre tant de larmes aux malheureux.

y (0 ^ dernier trait de cette vertu si familière à cette prin-

j cesse , est marqué au coin d'une attention si délicate que nous

ne pouvons nous refuser à la douce satisfaction de le rapporter. ^ Un de ses valets de chambre fut , par mégarde , il est vrai , cause

l du malheur qui détermina sa maladie ; je crois que c'est un coup

qu'elle reçut au sein. Lorsqu'elle fit son testament , elle assura

une pension de 1000 francs à cet homme, en disant : « On ^ n pourrait savoir un jour qu'il est la cause de mon accident, et,

tt quoique ce soit innocemment , il pourrait peut-être devenir

Des exemplaires de cet ouvrage portent pour titre : La vie reii" gieuse et bienfaisante de S. A, R. madame la duchesse dCOr» léanSf etc.

Madame Gui^nard avait publie en i8oa la f^ie de Monseigneur le duc de Penthièure , père de madame la duchesse d'Orlëans. Paris , IJujardinj iSoa, a vol. i/t-ix La quatrième édition a paru en i8i5.

Cette dame Guënard , auteur plus fëcond encore que madame de Crenlis , mais d'un talent bien inférieur, a publié des ouvrages très estimables sans doute f mais il en est d'autres où elle a supprimé ou déguisé son nom et qui paraissent destinés aux casernes ou aux tavernes. Nous croyons pouvoir mettre de ce nombre le suivant : le PalaiS' Royal ^ ou Mémoires secrets de la duchesse d'Orléans, mère de Philippe ; par D, F, Hambourg, ( Paris , Lerouge ). 1806 , a voL

1 1*'. Oraison funèbre de S. A. S. madame la duchesse douairière d'Orléans , prononcée dans l'église Notre-Dame de Paris, le 7 août 1821 , par M. Tabbé Feutrier, vicairegénéral de la grande-aumônerie de France. Paris, chez Leclerc^ 1821, inrS'*, de 48 pages.

11 y a eu en même temps deux éditions de ce morceau d'élo-

« malheureux ; je veux qu'il ait au moins de quoi se metti*e à R Tabri de la misère. »

ce En général , le testament de madame d'Orléans présente le plus touchant accord des sentimens de la religion , de la nature et de Tamitié ; ses premières affections se portent sur celui qu'elle appelle à différentes reprises son cher fils, et sur sa chère fille. Elle lègue à M. le duc d'Orléans le tiers de ses biens par préciput, mais elle prend soin d'expliquer à sa fille la cause de cette libéralité. Cela ne tient point à une préférence injuste ; la testatrice chérit également ses enfans. M. le duc d'Orléans est père d'une nombreuse famille , dit la testatrice , et la tendresse de mademoiselle d'Orléans pour son frère est telle qu'elle aurait elle-même conseillé cette disposition. » {Annuaire hisL de 182 1 , p. 723.)

ii6 LOUIS-PHILIPPE-JOSEPH.

quence , Tune in-/^, et l'autre i/i'8. L^orateur a très bien tire parti du beau sujet qu'il avait à traiter. M. Tabbë Feutrier, nomme depuis ëvéque de Beauvais, sacre le a4 a^ril i8a5, ensuite appelé au ministère des cultes, est mort le 27 juin i83o, âge de quarantecinq ans,

M. le cardinal de la Farc , arcbevâquc de Sens , qui avait prësidë à l'inhumation de la princesse à Dreux , a prononcé trois courtes harangues à l'occasion de cette cëre'monie. Elles ont été imprimées à Dreux, chez Guillot, in-4* ^^ quatre pages.

12°. Lettres à S. A. S. Madame la duchesse douairière d'Orléans, par le chevalier Rigault de Rochefort, ancien magistrat , secrétaire des commandemens de Son Altesse.

Paris, 1821 , m-S*.

Je n'ai point vu cet ouvrage.

i3°. Mémoires de S. A. S. Louis-Antoine-Philippe duc de Montpensier, prince du sang. Paris, imprimerie de Cra^ pclet, chez Baudouin frères , voL inS^.portr, Cet ouvrage a eu trois éditions dans la mâme année : la première, faisant partie de la Collection des Mémoires relatifs h lit Résolution française ( xv« livraison ) , forme 1 vol. de ai4 P^g* *'''^' *oo' '® titre de Louis-Antoinb-Philippb , comme nous Tavons rapporté. La seconde édition a 3o4 pages sous le même titre ; et la troisième , revoe et corrigée , de 3o4 pages aussi , n'offre plus que les prénoms Avtoinb-Philippe , et je pense que ce sont les seuls dece prince.

Nota. Il a paru en 1824 nn ouvrage intitule Notices biographiques des princes et princesses de la maison d* Orléans. Paris, Plassan, 1834, i roi. in-S*. Jiovu regrettons de n'avoir connaissance de ce volume qu*en oemoaient, et de n'être plus k portée de nous le procurer et de le consuIt«r. Il nous eût sans doute fourni quelques détails qui ont pu nous échapper, et dont nous aurions profité.

SIXIÈME PIIHCE DE LA BRAIICHB HÊIÉDITAIIB DES BOUIBOHS-ORLÉaHS.

( DBPVU 1773. )

LOUIS-PHILIPPE, duc d'Orléans, premier prince du sang, né de Louis-Philippe-Joseph, duc d'Orléans et de Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon-Penthièvre , le 6 octobre 177 3.

Il reçut d'abord le titre de duc de Valois, parce qu'à sa naissance, son père avait celui de duc de Chartres, qu'il conserva jusqu'à la mort du grand-père, arrivée en 1785. Alors Louis-Philippe-Joseph prit le titre de duc d'Orléans , et le jeune Louis-Philippe , âgé de douze ans , celui de duc de Chartres, qu'il garda jusqu'en 1793, où, par la mort de son père, il devint duc d'Orléans, titre qu'il a conservé jusqu'au 9 août i83o, jour où il a été proclamé Roi des Français.

Il se maria , le 25 novembre 1 809 , avec Marie- Amélie de Naples, née à Caserte, le 26 avril 1 782, de Ferdinand IV, roi desDeux-Siciles, et de Marie- Caroline-Louise , archiduchesse d'Autriche (sœur de feu Marie- Antoinette , reine de France).

ii8 LOUIS-PHIUPPE P%

^ De ce mariage sont nés ,

1 ". Ferdinand-Philippe-Louis-Chârles-Henri-Joseph d'Orléans , duc de Chartres , ne à Palerme le 3 septembre 1810 (et duc d'Orléans depuis l'ayénement de son père au trône).

2°. Louise-Marie-Thérèse-Gharlotte-Isabelle d'Orléans , Mademoiselle , née à Palerme, le 8 avril 181 2.

Z^. Marie-Christine-Caroline- Adélaïde - Fran çoise- Léopoldine d'Orléans , Mademoiselle de Valois , née à Palerme le 1 2 avril 1 8 1 3.

4"*. Louis-Charles -Philippe-Raphaël d'Orléans, duc de Nemours , né à Paris le 25 octobre i8i4*

5^ Fbançoise-Louise-Caroline d'Orléans , Mademoi- I selle de Montpensier, née à Twikenam le 28 mars i8ï6;

} morte àNeuilly le 21 mai 181 8.

6°. Marie-Clementine-Caroline-Léopoldixe-Clotilde d'Orléans , Mademoiselle de Beaujolais , née à Neuilly le 3 juin 1817.

7°. François-Ferdinand-Philippe-Louis-Marie d'Or^ léans, prince de Joinville , né à Neuilly le i4 août 181 8.

8®. Charles -Ferdinand -Louis -Philippe -Emmanuel "J^ d'Orléans, duc de Penthièvre , né le i** janvier 1820,

mort le....

9°. Henri-Eugène-Philippe-Louis d'Orléans , duc d'Aumale , né à Paris , le 16 janvier 1822.

\. lo*». Antoine-Marie-Philippe-Louis d'Orléans, duc de

j Montpensier, né à Neuilly le 3i juillet 1824.

NOTICE HISTORIQUE

Si un début glorieux dans les armes , si l'école du malheur, si de longs et pénibles voyages dans les contrées les plus éloignées des deux mondes, si le retour à une meilleure fortune, si enfin tant de chances variées de bien et de mal peuvent contribuer à former l'homme, à développer toutes les qualités qu'il a reçues de la nature, à élever son caractère, et à le rendre maître de soi-même , des événemens et des choses, il est certain que personne n'a été plus dans le cas de réunir ces avantages (Jue Louis-Philippe duc d'OrJéans. Sa vie offre une espèce d'Odyssée dont bien certainement les nombreux incidens sont très supérieurs à celui où le poète grec célèbre les aventures du prince d'Ithaque. Tâchons d'en faire connaître sommairement les principaux détails.

Louis-Philippe, duc de Valois, était dans sa sixième année, lorsque le chevalier de Bonnard (i ),

(1) M. de Bonnard fut présenté, rn 1779, au duc d'Orléans pour la place de sous-gouvemcur de ses fils , par le maréchal de Maillebois et par Buffbn. Lorsqu'il fut nommé , il jouissait d'une telle estime que le duc d'Orléans dit : « Il faut bien que ce soit un bon choix, car tout le monde nous le dit. » Et lorsqu'il

officier d'artillerie , homme instruit et poète aimable^ fut chargé de son éducation. Il la soigna de 1 779 à 1 782 , époque où quekjues désagrémens qu'il éprouva, le firent remplacer dans cette charge par madame de Genlis (i), qui était déjà

quitta cette éducation en 1782 , il ne perdit rien de cette estime. U est mort peu après, le i3 septembre 17849 généralement regretté. Garât a donné un Précis de la vie de Bonnard. (Paris) y 1785, 1/1-18, tiré à petit nombre d'exemplaires, pour les amis de l'auteur, qui , à raison de ce petit nombi^ , ne crut pas devoir soumettre l'ouvrage à la censure. Quelques passages de ce Précis ayant déplu à madame de Genlis, le livre fut dénoncé, interdit, et Didot jeune, l'imprimeur, faillit aller à la Bastille. Cependant il en fut quitte pour trois mois d'interdiction , sous le prétexte d'une lettre du duc d'Qrléans imprimée dans l'ouvrage sans son agrément. Madame de Genlis n'a pas beaucoup gagné à cette petite tracasserie, car, en 1787 , il parut une contrefaçon du Précis , dans laquelle on ajouta quelques pièces où se trouvèrent des traits satiriques et piquans contre cette dame.

(i) Madame de Genlis eut accès dans la maison d'Orléans par le moyen de madame de Montesson , sa tante , qui , comme nous l'avons vu précédemment, avait épousé secrètement M. le duc d'Orléans, grand-père du duc de Valois.

Madame de Genlis se dit née le 25 janvier 1746, dans une petite terre en Bourgogne, prèsd'Autun, et qu'on appelle Champceri ; mais elle n'a pas désigné le lieu précis de sa naissance, car il n'y a aucune commune en Bourgogne, ni en France, qui se nomme Champceri ; et c'est à tort qu'un auteur moderne a cité dernièrement dans une nomenclature géographique. Champceréy et un autre, dans une très bonne Bibliographie, Champcerif comme une commime où madame de Genlis a reçu le jour. V Annuaire de Saône-cl-Loire , Mâcon, 1829, m-12, qui donne une liste très exacte de toutes les communes du départe-

gouvernante des soeurs du jeune prince. Cette dame, qui avait fait preuve de connaissances étendues et de talens agréables, devenue, chose assez singuKère^ gouverneur du duc de Valois, continua cette éducation , soit par de nouvelles méthodes d'instruction , soit par de nouveaux exercices de gymnastique. Elle y a sans doute réussi, car son auguste élève a toujours conservé pour elle une bienveillance qui ne peut être que le tribut de la reconnaissance.

Dans les commencemens de la révolution , le duc de Chartres ( il ne portait plus le titre de Valois) , âgé de dix-huit ans, partageant les opinions de son père sur la liberté, s'apprêta à donner des preuves de son patriotisme et de sa bravoiu'e. Colonel , en sa qualité de prince du sang, du quatorzième régiment de dragons (Chartres), qui était en garnison à Vendôme , il se rendit à la tête de son corps , dans cette ville , en juin 1 79 1 • Peu de jours après son arrivée , il sauva de la fiireur du peuple un malheureux prêtre insermenté que l'on accusait d'avoir souri de mépris en voyant passer une procession dirigée par un curé constitutionnel. Ce beau trait fut suivi d'une action qui

ment, ne fait aucune mention de Champceri; il n'en est point question non plus dans Tancien Dictionnaire des Postes , de 1782, a vol. 1/1-8., où toutes les communes et hameaux de France se trouvent.

prouve que le jeime prince joignait au zèle pour le bon ordre un grand amour de l'humanité. Un ingénieur^ se baignant dans le Loir^ disparait et allait périr ; le duc de Chartres se précipite dans les flots et l'arrache à une mort certaine. La ville de Vendôme lui offrit une couronne civique pour ces deux actions.

Après avoir séjourné quelque temps dans cette ville , le prince conduisit son régiment à Valenciennes , où il commanda la place comme le plus ancien colonel. De là il passa à Laon, puis à l'armée du Nord, où il prit part aux premières hostilités dans le corps d'armée de Valenciennes et de Maubeuge, commandé par le général Biron.

Il se trouva à l'affaire de Quiévrain le 28 avril 1792 , combattit le lendemain à Boussu , et contribua par son courage et son sang-froid , à rallier les fuyards qui , frappés d'une vaine terreur, couraient sur Valenciennes sans être poursuivis. Le 7 mai, il fut nommé maréchal-de-camp, à son rang d'ancienneté; et il commanda en cette qualité une brigade de cavalerie composée des quatorzième et dix-septième régimens des dragons, sous les ordres du général Luckner. Ce général ayant fait, au milieu de juin , xm troisième mouvement, le duc de Chartres s'avança avec l'avant-garde de l'année française , combattit devant Courtrai , et entra dans cette ville. Au mois

ROI DES FRANÇAIS. ia3

de juillet , l'armëe du Noixl fut divisée en deux corps : run, commandé par Dmnouriez, pour garder la frontière du côté de Maulde ; l'autre , sous les ordres du général d'Harville, pour s'opposer à l'invasion des Prussiens ^ que commandait le duc de Brunswick. La brigade du duc de Chartres fit partie du corps du général d'Harville auquel succédèrent d*abord d'Aboville et ensuite Kellermann.

Les Prussiens, forts de plus de quatre-vingt mille hommes, se dirigeaient sur Paris. Le 25 août, ils s'emparent de Longwy ; le 22 septembre, Verdun leur ouvre ses portes. Kelleriùann , qui n'avait guère que vingt-cinq mille hommes à leur opposer, se retire successivemient à Metz , à Pontà-Mousson , à Toul et à Bar-le-Duc. Le duc de Chartres accompagna l'armée dans cette retraite, et commanda, pendant ces marches rétrogrades sa brigade de cavalerie. Les Français pom^suivis s'étaient retirés , le 4 septembre , à Chàlons-sur- Mame. Domouriez^ qui était resté dans la Flandre, k la tète du corps destiné à couvrir cette frontière , le quitte pour prendre le commandement de l'armée du général Lafayette , qui , décrété d'accusation le 19 août précédent, était passé le 20 à l'étranger. Dumouriez se propose d'aller concentrer cette armée dans les défilés de la forêt d'Argonne, et montrant cette forêt sur la

é-mV-il

ia4 LOUIS-PHIUPPE 1",

carte à Thouvenot , habile tactitien : « Voilà , lui « dit-il, les Thermopyles de la France ; si j'ai le « bonheur d'y arriver avant les Prussiens , tout « est sauvé. »

Dans ces entrefaites , on avait proposé au duc de Chartres le commandement de la ville de Strasbourg, parce qu'on craignait qu'elle ne tombât au pouvoir des Autrichiens. Il refusa , disant qu'il ne voulait point se séparer de ses compagnons d'armes, et qu'il regardait comme indigne de lui d'aller occuper une place où il serait dans l'inaction. Le II septembre, il eut le grade de lieutenant-général. Revenons à Diunouriez. Attaqué et repoussé à la Croix-au-Bois, il se porte par une manœuvre hardie sur Sainte-Menehould, et appelle Kellermann. Celui-ci s'empresse de venir renforcer sa gauche, et après s'être emparé, le 19, des hauteurs de Valmy (en Champagne) , livre le lendemain 20 un combat où il remporte une victoire signalée sur les Prussiens. Le duc de Chai>tres y eut part ; il commandait la seconde ligne de l'ai'mée, et avait défendu avec beaucoup de courage le moulin placé en avant du village de Valmy , contre lequel se dirigèrent long-temps les efforts de l'ennemi. Remplacé peu après dans l'armée de Kellermann , il passa à celle de Dumouriez, et commanda la seconde Solonne qui se portait sur la Flandre. Il arriva le 26 octobre

ROI DES FRANÇAIS. laS

à Valenciennes , où se trouvait déjà la première colonne, sous les ordres du général Beurnonville. Une partie de Favant-garde ayant été battue à Thulin , le 2 novembre , le duc de Chartres vola à son secours avec une partie de sa division. Il attaqua vivement l'ennemi, emporta, le 5, le moulin de Boussu et la batterie qui le défendait^ occupa le village, et, conjointement avec les généraux Beurnonville, Dampierre, Stengel et Fregeville, il chassa les Âutricniens jusqu'à Saint-Ghislain. Le 4 9 il avança avec toute l'armée sous le commandement du général Dumouriez. Le 5, il bivouaqua sur les hauteurs de Jemmapes avec sa division, qui faisait alors partie du centre de l'armée , et le lendemain 6 se donna la mémorable bataille de ce nom (Jemmapes), où il s'acquit tant de gloire. Entrons dans quelques détails :

Les troupes françaises, sur les deux ailes de l'armée, avaient fait plier les ennemis; déjà*, à la gauche , le village de Jemmapes était pris par le général Ferrand. Alors le duc de Chartres s'avance vers le centre et marche en bon ordre contre les Autrichiens. Mais comme ceux-ci occupaient une position très avantageuse et défendue par des redoutes meurtrières , le désordre se mit dans les rangs français au débouché du bois , et une partie des troupes se débanda. Aussitôt le prince s'élance au-devant des fuyards, et par sa froide valeur

parvient à les rallier. Mais ne pouvant les reformer régulièrement , il en fait une colonne , à laquelle il donne le nom de Bataillon de Morts y marche à sa tête contre l'ennemi , et avec ces soldats que rien ne pouvait arrêter dans leiu* fuite un instant auj^aravant , il pénètre avec impétuosité dans les redoutes y et les enlèye à l^ bayonnette. Dès lors la victoire est assurée, et les Autrichiens se retirent sur Mons. Après quelques heiu*es de repos , on les poursuit; le i o , battus au Pont-Rouge , à Commines , à Varleton , ils quittent leurs postes retranchés. Le duc de Chartres eut alors le commandement de Taile droite de l'armée; et c'est avec elle qu'il comibattit à Anderlecht , le 1 5 du même mois de novembre , et à Bruxelles, pris le i4- U Ait employé au siège de Maestricht sous les ordres de Miranda. Mais le prince de Cobourg ayant obligé les Français à lever ce siège , l'armée passa la Meuse, et se rttira siu" Louvain. Dumouriez, qui s'était porté siu* la gaudhe, vient au secours , marche sur Tirlemonjt, force à la retraite les Autrichiens campés près de cette ville, et y entre le 22 novembre. Puis, après avoir battu leur arrière-garde, il pénètre le 27 dans Liège. Le duc de Chartres, qui avait pris part k toutes ces actions , y entre avec lui.

Conunandant le centre de l'armée, composé de deux divisions ( celle du général Diettman et celle

du général Dampierre), il devait ayec ce corps attaquer Nerwinden , tandis que la droite devait inquiéter l'ennemi sur sa gauche , et que l'autre aile avait reçu l'ordre de se porter sur le poste fortifié de Leau. Dès le matin les colonnes se mettent en mouvement , l'armée française eut d'abord l'avantage aux deux extrémités ; elle l'eut même sur toute la ligne. Le général Neully entre dans Nerwinden ; mais seul avec sa division il ne peut s'y soutenir, et est bientôt obligé de se retirer. Le duc de Chartres accourt à la tête des quatrième et cinquième colonnes , et s'empare du village ; malgré toutes les précautions qu'il prend , il ne peut non plus s'y maintenir. Une troisième attaque est aussi infiructueuse. Cependant les Français ne s'éloignaient pas dR champ de bataille , ils conservaient sur ce point la supériorité qu'ils avaient eue au commencement de la joiu^née ; mais le général Miranda est battu à l'aile gauche , lé 18 mars ( lygS) , par le prince Cobourg; et par sa fuite précipitée , il entraîne avec lui sur la route de Bruxelles les Allemands qui le poiu'suivaîent ; et c'était le seul point où l'on pût se retirer. U fallut donc songer à la retraite ; mais on ne l'exécuta que le lendemain ; on avait conservé le champ de bataille jusqu'au dernier moment.

Après cette malheiu*euse afiàire , le duc de Chartres se tint toujours sur les derrières de l'armée

pour la protéger. A Tirleraout, il déploya beaucoup de sang-froid et de courage, en osant, avec une faible arrière-garde , s'opposer aux nombreux bataillons des vainqueurs. Il fit fermer les portes de la ville, plaça des troupes sur les remparts, et par sa bonne contenance les décida à tenir fenne en face de l'ennemi. Ici se termine la carrière militaire du duc de Chartres. Les événemens politiques, qui venaient de prendre un caractère si rapidement épouvantable ( i ) , le forcèrent à abandonner l'armée et à fuir une proscription qui ne pouvait manquer de l'atteindre. Retraçons cette circonstance aussi fâcheuse qu'impérieuse pour le prince.

Dumouriez , qui avait plus d'ambition que de moyens , et plus d'audace que de prévoyance , ne dissimulait point son mécontentement des opérations du gouvernement français. Dès le 1 2 mars (1793), on publiait à Paris une de ses lettres à la

(I) Un de nos généraux disait en 1793 : « Les Français, par « suite de leur caractère si bien dépeint par César, mais sur- 1 tout depuis la révolution , adoptent sans hésiter et avec faci- « lité tous les partis violens et extrêmes. » Et ailleurs il ajoutait : « Quand , dans une république , les services sont trop grands , (c ils deviennent des crimes. La France naissante a les vices de <t Rome décrépite , et ne pardonne pas à ses généraux leurs <t victoires : Custine , Houchard , Biron , Brunet , ont été les n victimes de cette pernicieuse ingratitude. »

ROI DES FRANÇAIS. iig

Convention , portant « qu'il était sur le point de « marcher avec son armée sur la capitale pour ce exterminer les factieux qui portaient le trouble ce dans l'intérieur et surtout dans le sein de l'As- « semblée. » Cela ne devait pas disposer les esprits en sa faveur. Mais ce fiit bien autre chose , lorscpie , le 27 mars, il déclara ouvertement qu'il était décidé à marcher sur Paris (i) pour y réta-

(i) U paraît certain que le duc de Chartres n'avait nulle connaissance du projet de Dumouriez ; car dans une lettre du 5o mars, au duc d'Orléans son père, il ne lui en parle pas; il se plaint seulement du mauvais état de l'armée et des causes de ce mauvais état. Voici cette lettre, qui, dans son style simple, est d'un bon fils , d'un ami de la liberté et d'un brave militaire ; je ne la rapporte que pour prouver que le duc de Chartres ignorait le projet inexécutable de Dumouriez.

De Tournay, le 3o mars 1793.

n Je vous ai écrit de Lpuvain , cher papa, le 21 . C'est le pre- « mier instant dont j'ai pu disposer après la malheureuse baie taille de Nerwinden. Je vous ai encore écrit de Bruxelles et (c d'Enghien. Ainsi vous voyez qu'il n'y a pas de ma faute. Mais a on n'a pas d'idée de la promptitude avec laquelle les adminisa trations et la poste font la retraite. J'ai été dix jours sans (c lettres et sans papiers publics ; et il y a dans ces bureaux-là A comme dans tout le reste un désordre admirable.

(C Mon couleur de rose est à présent bien passé , et il est changé « dans le noir le plus profond. Je vois la liberté perdue ; je vois ft la Convention nationale perdre tout-à-fait la France par l'oubli (C de tous les principes ; je vois la guerre civile allumée ; je vois (t des armées innombrables fondre de tous côtés sur notre mal- « heureuse patrie , et je ne vois pas d'armée à leur opposer. Nos

i3o LOUIS-PHILIPPE I",

blirla royauté constitutionnelle. En conséquence, il négocie le 5 1 mars avec le prince de Cobourg et lui livre Breda et Gertruydemberg.

Il fait , le 5 avril , arrêter les quatre commissaires (i) que la Convention avait envoyés pour se saisir de sa personne , et les livre à l'Autriche. On pense bien qu'après de pareilles opérations , il n'avait rien de mieux à faire qu'à passer à l'ennemi; et c'est ce qu'il fit le 4 avril, avec une partie de son état-major. Un décret avait été rendu

« troupes de ligne sont presque détruites ; les bataillons les plus

«t forts sont de quatre cents hon^mcs. Le brave régiment de

« Deux-Ponts est de cent cinquante-neuf hommes , et il ne leur

n vient pas de recrues. Tout va dans les volontaires ou dans les

n nouveaux corps. En outre le décret qui a assimilé les troupes

ft de ligne aux volontaires , les a animés les uns contre les autres.

« Les volontaires désertent et fuient de toutes parts ; on ne peut

« pas les arrêter ; et la Convention croit qu^avec de tels soldats

«t elle peut faire la guerre à toute l'Europe ! Je vous assure que

« pour peu que ceci dure , elle en sera bientôt détrompée. Dans

« quel abîme elle a précipité la France ! Ma sœur ne se rendra

« pas à Lille , où on pourrait Pinquiéter sur son émigration. Je

« préfère quVUe aille habiter un village aux environs de Saint-

« Amand. »

« Signe Egalité. »

(i) Ces quatre commissaires, députés, sont Camus, Lamarque , Quinette et Bancal ; on leur avait adjoint le ministre de la guerre Beumonville. Livrés au prince de Cobourg , ils furent d'abord conduits à Maestricht , puis à Olmutz , où ils (îirenl étroitement resserrés jusqu'au 19 décembre 1795, jour où on les échangea contre Madame , fille de Louis XYI , depuis duchesse d'Angoulême.

ROI DES FRANÇAIS. i3i

contre lui ; mais il y en a-vait aussi un d'arrestation rendu contre le duc de Chartres, et il lui fut notifié au milieu de ses troupes incertaines et divisées d'opinion. Quel parti devait prendre ce prince? Il n'y avait pas à balancer : se soumettre au décret, c'était aller à une mort certaine. Il fallut donc , sans partager les projets du général en chef, suivre son exemple. Le duc /qui s'était rendu à Saint-Amand, où était sa sœur, en partit le 6 avril avec elle, et arriva le même jour à M ons, où était le quartier-général du prince de Cobourg. Aussitôt on lui offrit le commandement d'une division en sa qualité de lieutenant-général. Mais ne voulant point porter les armes contre sa patrie , il remercia , demanda des passe-ports et partit , n'emportant avec lui que de trop faibles ressources poiu* assurer son existence au-delà de quelques mois. Suivons maintenant le jeune exilé dans ses longs et pénibles voyages.

Il dirigea d'abord ses pas vers la Suisse , dans l'espoir d'y trouver un asile pour lui et pour sa sœur, qu'un concours de circonstances avait mise sous sa protection. Il espérait pouvoir se fixer à Zurich, mais on lui en refusa l'autorisation. Il en fut de même à Zug. Enfin arrivé à Bremgarten , il y trouva le général Montesquiou (i), qui pro-

(i) Ce général était à peu près dans la même position que le

i3a LOUIS-PHILIPPE I",

cura à mademoiselle d'Orléans l'entrée dans le couvent de Sainte-Claire de cette ville. Madame de Genlis accompagnait cette princesse (i). Quant au duc de Chartres , il ne put résider non plus a Bremgarten , et M. de Montesquîou lui dit : « J'ai « placé mademoiselle votre sœur, mais pour vous, « il n'y a d'autre parti à prendre que d'errer dans (( les montagnes , de ne séjourner nulle part , et « de continuer cette triste mianière de voyager « jusqu'au moment où les circpnstances se moni< treront plus favorables. » Le prince seutit la justesse et l'importance de cet avis, et en profita. Accompagné d'un seul domesticpie , et toujours à pied, il voyagea pendant plusieurs mois, et visita ainsi divers cantons , pénétrant jusqu'aux parties les plus sauvages des Alpes. Parvenu , un soir, à l'hospice du Saint-Gothard , il y demande l'hospitalité pour lui et pour son domestique. Un religieux met la tête à la fenêtre, et indique aux deux étrangers un hangar sous lequel ils peuvent

duc de Chartres : après avoir comhattu pour la république , et avoir obtenu des succès brillans en Savoie , il fut forcé , le 1 6 novembre 1792, de fuir en terre étrangère, pour éviter le mandat d^arrêt et l'acte d'accusation décernés contre lui par la Convention.

(i) Quelque temps après, mademoiselle d'Orléans alla rejoindre à Fribourg madame la princesse de Conti , sa tante , qui y était réfugiée ; et madame de Genlis se rendit à Altona.

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ii«:

ROI DES FRANÇAIS. i33

passer la nuit; car la porte du couvent ne s'ouvre pas à gens de leur espèce. Cet événement a fourni à M. Horace Vernet le sujet d'un joli tableau. Cependant les moyens d'existence du prince diminuaient tous les jours , et il sentait ({ue bientôt il aurait besoin d'y pourvoir par son travail. Aussi c'est avec plaisir qu'il reçut une lettre du général Montesquiou qui lui annonçait qu'une place de professeur de mathématicpies était vacante au 'Collège de Reichenau, petite ville des Grisons. Notre jeune voyageur s^y rend aussitôt; c'était vers le mois d'octobre 1795. Versé dans la partie des sciences exactes , il se présente avec assurance , mais sous un nom emprunté , à l'examen préalable qui doit le faire admettre ou reje- ♦ ter. Ses réponses sont satisfaisantes ; il est reçu professeur , et entre en fonctions. C'est pendant qu'il donnait ses leçons k Reichenau , qu'il apprit la fin tragique de son père. Il a dû voir par là cpiel sort lui était réservé s'il n'eût pas quitté la France. Après six à huit mois, pendant lesquels il s'acquitta de ses devoirs de professeur avec autant de zèle que d'exactitude , il sortit de l'établissement, emportant les regrets de ses élèves et les témoignages de l'estime générale des habitans. U jugea à propos de quitter la Suisse, parce que sa retraite commençait à n'y être plus un mystère. De Reichenau , il part pour HamJjourg , et y

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arrive , toujours incognito , vers le mois de juin 1794; il y séjourna quelque temps. Mais s'ennuyant bientôt d'un stérile repos, et désirant augmenter ses connaissances, il parcourt le Danemark, la Norwège , la Laponie, et va jusqu'au Cap Nord ; puis revient par la Suède à Hambourg, où il passa encore quelques mois. Ces voyages, que le prince faisait sans suite et presque toujours à pied , durèrent jusqu'en lygS.

Depuis la mort de son père , le duc de Chartres, devenu chef de la famille , avait pris le titre de duc d'Orléans. Sa mère, la duchesse douairière, et ses deux frères , le duc de Montpensier et le comte de Beaujolais, étaient toujours détenus eu France , l'une dans une maison de santé dite de Belhomme prèsdç Paris, et les deux autres à Marseille dans le fort Saint-Jean. Cependant, depuis le 9 thermidor (27 juillet 1794) ks mesures révolutionnaires avaient beaucoup perdu de leur rigueur. En septembre 1 795, MM. Marec et Rouzet, membres de la Convention , obtinrent du comité de salut public la mise en liberté de madame d'Orléans. Mais il paraît que cette liberté et celle des deux frères retenus a Marseille (1) fiirentac-

(i) Peu avant cette époque, il se passa entre ces deux frères un événement qui mérite d'être rapporté, comme un des plus beaux traits de Tamour fraternel. Les jeunes princes impatiens

F t M.^.

ROI DES FRANÇAIS. i35

cordées à condition^ÉQue le duc d'Orléans, qui était alors à Hambourg , cjuitterait FEui'ope ainsi que ses deux frères. Madame d'Orléans engagea donc son fils aîné a passer en Américpie; ce qu'il fit. Il s'embarqua pom- Philadelphie , muni d'un passe-port que lui avait envoyé le gouvernement français , et il y amva dans le mois d'octobre. Le duc de Montpensier et le comte de Beaujolais l'y rejoignirent au commencement de 1796. Quelle fut la joie de ces bons frères de se retrouver, de se revoir, de s'embrasser, sur une teire libre , tranquille , hospitalière , après tant de malheurs et une si cinielle séparation ! Ils parcoururent enseinblc tout le nord de l'Américpie, visitèrent les grands lacs des États-Unis , pénétrèrent jusques dans les pays habités par les sauvages, passèrent quelques jours avec eux , puis revinrent à Philadelphie. Mais ils furent bientôt obligés de

de recouvrer une liberté dont ils étaient privés depuis si longtemps , teutt'rent de s'évader à la faveur de la nuit. Le comte de Beaujolais passa heureusement les portes du fort , mais le duc de Montpensier fut reconnu et reconduit dans son appartement. Il ne se décourage pas ; il ouvre la fenêtre , et , sans calculer le danger au milieu d'une profonde obscurité, il se préci])ite. Blessé malhenreuFemcnt dans la chute qui éveille les gardes, il est rapporté à la citadelle. Le comte de Beaujolais apprenant cet accident , re>'ient de lui-même et demande à rentrer dans sa prison , ne voulant point d'une Ubei-té dont il aurait joui sans son frère. Un pareil dévoùment rut fait grand bruit chez les anciens.

i36 LOUIS-PHILIPPE I",

s'éloigner de cette ville, oùrJa^èvre jaune faisait de grands ravages. Ils gagnèrent New-York, puis allèrent à Boston. Ils apprirent dans cette dernière ville que par suite du décret du 19 finctidor an V (5 septembre 1797), qui prescrivait l'expulsion du reste de la famille des Bourbons hors du territoire français , leur mère, madame la duchesse d'Orléans , venait d'être déportée en Espagne (i). Alors ils résolurent de se rendre dans

(i) Elle y fut déportée avec le prince de Conti et madame la duchesse de Bourbon. M. Rouzet, député de la Haute-Garonne, qui de la Convention avait passé au Conseil des Cinq- Cents, l'y accompagna, et fut, comme nous Pavons dit, toujours chargé de l'administration de seis affaires. Cette princesse avait été remise en possession de tous ses biens, le 24 juin 1797» par un décret du Corps Législatif, adopté à l'unanimité par les deux Conseils ( des Cinq-Cents et des Anciens ) , qui ordonnait la levée du séquestre apposé sur ses propriétés. Mais deux mois et demi après , le 5 septembre , le Directoire en l'expulsant de France , lui donna en échange de ses biens immenses , une pension de 100,000 francs. Elle se retira d'abord à Barcelone, et fixa son séjour au village de Saria , à un quart de lieue de la ville. En 1800, elle alla s'établir à Figuières, où elle reçut en 1807 la reine d'Étruric , tombée comme elle du faîte des grandeurs. En 1809 , les événemens de la guerre la forcèrent de quitter Figuières pour se rendre à Mahon, où elle se fixa. Cependant elle quitta momentanément cette résidence, pour aller assister au mariage du duc d'Orléans à Palerme ; eHe revint à Mahon, le t2i janvier 1811, et y resta jusqu'à la restauration. Le 1 4 juillet 181 4 elle rentra en France, et n'en est plus sortie , même pendant les cent jours. Sa famille désolée et les pauvres ont eu le malheur de la perdre le 25 juin i8ai.

ROI DES FRANÇAIS. i^j

une des provinces d'Amérique soumises au roi d'Espagne, espérant avoir plus facilement par cette voie des relations avec leur mère et pouvoir se procurer ainsi des ressources dont ils avaient le plus grand besoin. Us se mirent aussitôt en route (vers la fin de 1797), et, après avoir fait plus de deux cents lieues à cheval , parvinrent à Pittsbourg , où ils s'embarquèrent malgré les rigueurs de la saison et les glaces qui obstruaient la navigation. Ils descendirent ainsi l'Ohio, puis le M ississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans , et de là gagnèrent la Havane , où ils arrivèrent à la fin de mars 1 798. Le duc d'Orléans s'empressa d'écrire au roi d'Espagne , son parent, pour lui demander la permission de passer dans ses États avec ses deux frères, afin de pouvoir y rejoindre leur mère. Non seulement il ne reçut aucune réponse, mais on Jui insinua de quitter les possessions espagnoles, et aucun secours ne lui parvint. Après être resté dix-huit mois à la Havane dans une vaine attente, les trois frères partirent pour l'île de la Providence , d'où ils allèrent sur un vaisseau anglais à Halifax dans la Nouvelle-Ecosse. Le duc de Kent , alors gouverneur de cette province, reçut parfaitement les illustres voyageurs , et les engagea à se rendi'e en Angleterre , où ils arrivèrent en 1800.

Le bon accueil que le duc d'Orléans et $es deux

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firères reçurent des Anglais leur fut infiniment agréable. Ils eurent aussi beaucoup de satisfaction à revoir les princes français réfugiés alors en Angleterre, et qui les accueillirent très bien. Cependant le duc d'Orléans désirait vivement revoir une tendre mère dont il était séparé depuis plus de dix ans. Après un court séjour en Angleterre , il s'embarqua pour l'Espagne , et cingla vers Barcelone , où était la princesse. Mais quelle fut sa douleur ! Il ne put voir que de loin sa demeure. Un enchaînement de contre-temps ou quelque intrigue sourde le priva du plaisir d'embrasser sa mère et l'en éloigna pour long-temps encore. La lettre par laquelle il lui annonçait son arrivée ^ fut remise deux heures trop tard , et les Espagnols^ qui étaient alors en guerre avec les Anglais^ ne voulant pas permettre qu'un vaisseau de cette nation restât plus long-temps devant leurs côtes , forcèrent le prince a retourner sur-le-champ en Angleterre. Alors, il se fixa dans cette contrée, et y passa sept ans avec ses deux frères. Ils y menaient une vie tranquille et agréable, lorsque, en 1 807, la mort du duc de Montpensier, occasionnée par une maladie de poitrine, vint mettre la consternation dans la petite famille. Le comte de Beaujolais était attaqué de la même maladie; le duc d'Orléans crut que le climat de Malte , au milieu de la Méditerra^iée , lui serait favorable. 11 l'y con-

ROI DES FRANÇAIS. iSg

duisit Tannée suivante ; mais le malheureux pritice y mourut au mois de mai 1808, quelques jours après son arrivée, (i)

Le duc d'Orléans ne pouvant supporter le séjour où il venait de perdre le dernier de ses frères, s'embarqua sur une frégate faisant voile pour Messine. Il n'avait pas l'intention de visiter Païenne , où se trouvait la cour de Naples , mais il était dans les convenances qu'il informât le roi Ferdinand IV qu'il se trouvait momentanément dans ses États : en conséquence il lui écrivit. Le Roi s'empressa de lui répondre , et l'invita de la ratanière la plus afiable à venir à la cour de Païenne. Le prince s'y rendit au mois de juin 1808.

Napoléon venait de s'emparer de l'Espagne.

Ferdinand , roi des Deux-Siciles , frère de Charles IV, roi d'Espagne , oncle et beau-père de Ferdinand VU , nouvellement roi d'Espagne par l'abdication forcée de Charies son père, Ferdinand IV, dis-je, devait soutenir les eflfortsque les Espagnols allaient faire pour leur indépendance. Il envoya donc en Espagne son second fils Léopold , que le

(i) Au moment de la mort de ce prince, on n'avait pu lui faire des funérailles conformes à sa dignité ; et ses restes n'avaient point encore reçu les honneurs funèbres. D'après les ordres de la cour de France , son corps a été enterré avec toute la pompe convenable dans l'église cathédrale de Saint-Jean de Malte.

i4o LOUIS-PHILIPPE I",

duc d'Orléans accompagna. Ces deux princes forent reçus à Gibraltar; mais les Anglais s'opposèrent à leur entrée en Espagne. Pendant que Léopold était retenu à Gibraltar^ le duc d'Orléans fot reconduit en Angleterre, où il resta quelques mois.

C'est dans ces entrefaites que la ville de Figuières, habitée par madame la duchesse d'Orléans depuis 180T , fot assiégée par les Français en juin 1808. La maison de la princesse fot détruite par l'effet des bombes. A peine eut-elle le temps de s'enfoir a pied pendant la nuit , et de se réfogier parmi les insurgés espagnols. N'ayant pas cru devoir conserver près d'elle mademoiselle d'Orléans sa fille, dans de telles circonstances, elle l'avait envoyée a Malte près de son fils, qu'elle y croyait encore; mais la jeune princesse ne l'y trouva plus. Elle apprend qu'il est à Gibraltar; elle va l'y chercher : il venait d^en partir pour l'Angleterre. Elle y court; enfln elle le Fehcontre à Portsmouth , au moment où il aUait s'embarquer pour retourner dans la Méditerranée. Elle monte avec lui sur la frégate. L'un et l'autre sentaient la nécessité d'aller tirer leur mère de la cruelle position où elle se trouvait ; mais le commandant du vaisseau avait l'ordre exprès de ne point laisser approcher le duc d'Orléans de l'Espagne. Le hasard leur offrit l'occasion bien inat-

tendue de voir seconder leurs vœux , sinon par eux-mêmes, du moins par un tiers. Pendant la traversée on aperçoit de loin un petit bâtiment qui cinglait du côté de l'Espace ; le chevalier de Broval , qui était sur la frégate avec le prince et la princesse, s'offre de les quitter et de passer sur le petit bâtiment; la proposition est acceptée. Les signaux sont donnés , le chevalier change de vaisseau , part , aborde la Péninsule , va trouver madame la duchesse d'Orléans et la conduit en sûreté au Port-Mahon , tandis que le prince et la princesse, continuant leur traversée, arrivent en Sicile, et se rendent à Palerme.

Us sont parfaitement accueillis à la cour, et bientôt la plus étroite amitié s'établit entre mademoiselle d'Orléans et la princesse Marie-Amélie , fille du Roi. Dès son premier séjour à Palerme , M. le duc d'Orléans avait remarqué cette jeune princesse , et , frappé de ses éminentes qualités , il en devenait de plus en plus épris. De son côté, Marie-Amélie n'avait pas tardé à éprouver aés sentimens conformes à ceux qu'elle avait inspirés. La reine de IN aples, Marie-Caroline, voyant ces deux coeurs et ces deux caractères si bien assortis, adopta le projet d'union qu'ils désiraient vivement, en fit part au Roi, et le lui fit approuver. Les deux amans furent au comble de leurs vœux; mais' il leur manquait encore quelque

i4a LOUIS-PHILIPPE P',

chose de bien essentiel et de bien précieux , surtout pour le duc d'Orléans : c'était la présence de madame la duchesse sa mère. Aussitôt il part avec sa sœur pour Mahon. La traversée est heureuse ; il arrive , et se trouve enfin dans les bras de cette tendre mère , qu'il n'avait pas vue depuis plus de seize ans. On ne tarde pas à se rembarquer pour Palerme , où l'on était vivement attendu. Toute la famille y est enfin réunie pour la première fois , et le mariage , célébré le 29 novembre 1809, complète le bonheur de cette réunion.

Le jeune époux goûtait en paix les charmes d'une existence bien différente de celle qu'il avait eue jusqu'alors^ quand les Espagnols, en proie aux horreurs d'une guerre d'extermination , vinrent le prier de les aider de ses conseils , de son bras et de ses talens militaires. La Régence retirée à Cadix lui envoie , en mai 1 8 1 o , une frégate , et lui offre le commandement d'un corps d'armée en Catalogne. Le prince accepte, et part dans le mois de juin. Mais le gouvernement espagnol, agité par mille factions diverses , soumis à tant d'influences et de variations, n'avait fait passer en Catalogne aucun ordre de confier des troupes au duc d'Orléans.

Le prince arrive à Tarragone, y est reçu avec tous les honnem^s dus à son rang et à sa réputation militaire ; il visite les fortifications de cette

ville; mais ne recevant aucun ordre de commandement pour l'armée , il part aussitôt pour Cadix. Quelle est sa surprise en arrivant d'apprendre que l'on avait changé d'avis, et qu'on n'était plus dans l'intention de lui confier un corps d'armée. Le prince rappelle les démarches que l'on a faites près de lui , les lettres qu'on lui a écrites , et témoigne hautement son mécontentement. L'Espagnol , altier et surtout opiniâtre dans les momens de crise, s'en tient à sa dernière décision; et le prince , peiné de ne pouvoir donner a la cause des Bourbons d'Espagne une preuve de son dévoûment , revient à Palerme, où il arrive peu de jours après la naissance de son fils aine , qui date du 3 septembre 1810. Madame la duchesse douairière d'Orléans retourna à Mahon le 21 janvier 181 1.

Éloigné de tous les mouvemens politiques qui agitaient l'Europe , heureux fils, heureux époux , heureux père, le duc d'Orléans jouissait au sein d'une famille chérie de toutes les douceurs de la plus tendre union , lorsque des troubles se manifestèrent en Sicile en 181 1, par suite de la mésintelligence qui survint entre la reine Marie-Caroline et les Anglais, dont elle avait été la plus constante alliée. Marie- Caroline avait toujours eu beaucoup d'influence sur les affaires, et tenait à la conserver. Les Anglais voulant commander en

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maîtres dans l'île, refiisèrent de traiter avec elle. La lutte s'engagea sérieusement : deux partis se formèrent, et il fallut absolument que la Reine ou les Anglais quittassent l'Ile. Marie-Caroline eut le dessous ; les Anglais , malgré le peuple et les troupes napolitaines, qui tenaient pour la Reine , l'obligèrent à partir, et Ferdinand IV se vit contraint de se soumettre à cette cruelle séparation. La malheureuse Reine s'embarqua dans la saison la plus rigoureuse, au mois de décembre 1 8 1 1 , et, après une longue et dangereuse navigation , qui l'entraîna jusqu'à Constantinople , elle débarqua enfin à Trieste, et de là se rendit à Vienne (i). Dans ces circonstances délicates, le

(i) Cette princesse, furieuse contre les Anglais, écrivit une lettre où elle se plaignit d'eux de la manière la plus amère. Cette lettre, tombée entre les mains de Napoléon, fut aussitôt rendue publique par la voie des journaux. L'infortunée Marie- Caroline se retira dans un château près de Vienne , où, dévorée de chagrin par le souvenir de sa grandeur et de son influence passée, elle mena une vie très retirée. Elle y mourut le 5 octobre i8i4) aîgée de soixante-deux ans, sans jouir delà consolation de voir dans ses derniers momens ni un époux qui l'aimait , et de la bonté duquel elle a peut-être abusé , ni ses enfims , ni même aucun membre immédiat de sa famille.

Ferdinand lY, son époux, se remaria en i8i6 avec madame d'Artiano, duchesse de Florida. D régna paisiblement jusqu'en 1820, où survinrent de nouveaux troubles insurrectionnels qui durèrent jusqu'au mois d'avnl 1821. La tranquillité fut alors rétablie. Le Roi rentra à Naples et continua à régner paisible-

ROI DES FRANÇAIS. i45

duc d'Orléans , placé entre son attachement aux intérêts de sa nouvelle patrie et ses devoirs envers Leurs Majestés Siciliennes, se conduisit avec une prudence que toute l'Europe a admirée.

Près de quatre ans s'étaient écoulés , et déjà sa famille s'était accrue d'un prince et de deux princesses , lorsque la nouvelle du rétablissement de la maison de Bourbon sur le trône de France parvint à la cour de Païenne. Aussitôt le prince , impatieiit de revoir sa patrie , part de Sicile , •aborde en France, et se hâte de se rendre à Paris. Il y reçoit de la famille royale l'accueil le plus affectueux. Il retourne à Palerme pour y prendre madame la duchesse et ses enfans; il les amène à Paris et les installe dans le palais de ses pères (le Palais-Royal). Louis XVIII, par ordonnance du i5 mai i8i4^ le nomme colonel général des hussards. L'union la plus étroite régnait entre les princes de la famille royale , et le duc d'Orléans était heureux et tranquille au milieu de ses enfans , lorsque le retour de Napoléon , s'échappant de Tile d'Elbe , vint troubler le bonheur dont le

ment jusqu'à sa mort, arrivée en février i8a5. D était âgé de soixante-quatorze ans , et fut très regretté. Son dis aîné , François, prince héréditaire, lui succéda. D est le frère de madame d'Orléans, Reine actuelle des Français, et père de madame la duchesse de Berri.

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prince commençait à jouir. Aussitôt que la nouvelle de son débarquement dans le golfe Juan (le i" mars i8i5) fut arrivée le 5 à Paris, S. A. R. se rendit à Lyon le 7, par ordre du Roi , pour y seconder les opérations du comte d'Artois. Tout espoir de résistance sur ce point étant perdu, le prince revint à Paris, et y arriva le 12. Le Roi l'envoya le 16 prendre le commandement de la frontière du nord. Accompagné du duc de Trévise (Mortier), il arriva le 19 à Lille (et mademoiselle d'Orléans le 21). S. A. R. rassembla les troupes , et n'omit aucun moyen de les engager h soutenir la cause royale. Mais forcé de céder aux circonstances , il partit de Lille le 34 mars , q[uelques heures après le Roi, traversa à la hâte la Belgique et la Hollande , puis alla rejoindre en Angleterre sa famille , qui l'y avait précédé.

Quoique la révolution occasionnée par le retour de Napoléon n'ait duré que cent (onze) jours, du 20 mars au 8 juillet 181 5, le duc d'Orléans resta en Angleterre jusqu'au 25 septembre 181 5, qu'il revint à Paris pour assister à l'ouverture de la prochaine session des deux Chambres. Ensuite il retourna en Angleterre, où il avait laissé sa famille. Madame la duchesse y accoucha à Twikenam d'une princesse, le 8 mars 1816. Quand elle fut parfaitement rétablie , toute la famille revint à Paris vers la fin de la même année 18 16, et dès lors elle y

est restée , offrant chaque jour un vrai modèle d'union conjugale , de tendresse paternelle et filiale y de bienfaisance , de générosité , de bon ordre , enfin de toutes les vertus , qui , placées dans un haut rang, ont une si puissante influence, pour l'exemple , sur toutes les classes de la société.

M. le duc d'Orléans , qui parle plusieurs langues et qui possède des connaissances variées dans les sciences et dans les lettres , a toujours accordé une protection particulière aux beaux-arts. Possesseur d'une riche galerie de tableaux, il a permis qu'on en publiât les dessins accompagnés de notices intéressantes (i). On l'a vu sans cesse prodiguer des secours aux malheureux , et accorder sa protection à tous ceux qui avaient à se plaindre du sort. Depuis quatorze ans , il maiait au sein de sa famille cette vie douce , tranquille et agréable , lorsqu'im événement du plus haut intérêt vint

(i) Le Recueil de ces dessins est intitulé Gâlebib lithographies des tableaux de S A, R, Monseigneur le duc d'Orléans; publiée par MM. J. Vatout et J. P. Quknot. (Paris), Imprimerie de Gaultier-Laguionie, 1824-1839, in-fol., comprenant cinquante livraisons de trois à quatre planches chacune , avec un frontispice gravé ; un tableau d'assemblage et une vue du Palais- Royal, outre le texte imprimé aussi in-fol.y et qui est d'environ douze pages par livraison.

M. Vatout a en outre publié les Notices historiques et descriptives des Tableaux appartenant àS. A.R. Monseigneur le

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l'arracher à ce calme heureux pour lui prouver la haute confiance que le peuple avait en lui.

Le roi Charles X rendit le 25 juillet i83o, sur le rapport de ses ministres y cinq ordonnances y dont plusieurs ne pouvaient avoir été suggérées que par la plus grande ineptie , ou , on serait tenté de le croire , par la plus coupable perfidie. La première était relative à la suspension de la liberté de la presse périodique ; la seconde ^ à la dissolution de la Chambre des Députés ; la troisième , à un nouveau mode d'élection ; la quatrième , à la convocation des collèges électoraux, et la cinquième à quelques nominations de conseillers J d'État. Ni l'effet, ni l'exécution de ces ordon-

) nances, n'avaient été calculés, surtout dans la dis-

position où depuis long-temps étaient les esprits. Aussi , quand le lendemain 26 on voulut mettre

duc d Orléans, { Paris ^ même Imprimerie, iSoS-iSoS), 4 voL 1/1-8.

Ces deux ouvrages sont soignés et curieux, et font honneur au talent et au goût de l'auteur.

Un autre livre a paru sous le titre d^ Histoire du Palais-Royal, sans nom d'auteur. {Paris , 1 85o , in-8.)

Cet ouvrage a dû naissance à Pidëe conçue par S. A. R. M. le duc d^Orléans de faire représenter, dans une série de tableaux, les principales scènes historiques dont le Palais-Royal a été le théâtre, depuis sa fondation par le cardinal de Richelieu jusqu'à nos jours.

à exécution la première de ces oixlonnances ^ un soulèvement général eut lieu dans la capitale. Des attroupemens considérables se forment de tous côtés ; on veut les repousser par la force , composée des gendarmes, de la garde royale et des Suisses. Le peuple s'arme; des combats meurtriers s'engagent dans la plupart des quartiers de Paris, et continuent pendant les journées des 27, 28 el 29. Le désordre est à son comble , le sang coule de toutes parts, et les rues dépavées sont jonchées de cadavres ; on compte par milliers les victimes de ce terrible mouvement. Cependant le peuple est vainqueur, et le vendredi 3o juillet le roi Charles abdique verbalement en faveur du duc d'Angoulême son fils , et le duc d' Angouléme abdique en faveur du duc de Bordeaux. Le même jour, on offre la lieutenance-générale du royaume à Louis-Philippe , duc d'Orléans. Le 2 août , une lettre de Charles X et du duc d' Angouléme, écrite de Rambouillet , annonce au duc d'Orléans qu'ils abdiquent en faveur du duc de Bordeaux , et l'invitent , en sa qualité de lieutenant - général du royaume, à faire proclamer l'avènement de Henri V au trône. Cette lettre, portant sur la suscription : A mon cousin le duc d'Orléans ^ lieutenant-géné rai du royaume y est communiquée au Gouvernement provisoire, et déposée par ordre du prince aux archives de la Chambre des Pairs. La Chambre

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des Députés , qui s'était réunie le 2 août y adopte ^ dans sa séance du 8 du même mois y plusieurs modifications à la Charte constitutionnelle y et le lenj 't demain , 9 août 1 83o y

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