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140 LOUIS-PHILIPPE Le", chose de bien essentiel et de bien précieux, sur tout pour le duc d'Orléans : c'était la présence de madame la duchesse sa mère. Aussitôt il part avec sa sœur pour Mahon. La traversée est heureuse ; il arrive , et se trouve enfin dans les bras de cette tendre mère, qu'il n'avait pas vue depuis plus de seize ans. On ne tarde pas à se rembarquer pour Palerme, où l’on était vivement attendu. Toute la famille y est enfin réunie pour la première fois, et le mariage, célébré le 29 novembre 1809, complète le bonheur de cette réunion. Le jeune époux goûtait en paix les charmes d’une existence bien différente de celle qu’il avait eue jusqu'alors, quand les Espagnols, en proie aux horreurs d’une guerre d’extermination , vinrent le prier de les aider de ses conseils , de son bras et de ses talens militaires. La Régence retirée à Cadix lui envoie , en mai 1810 , une frégate, et lui offre le commandement d’un corps d'armée en Catalogne. Le prince accepte, et part dans le mois de juin. Mais le gouvernement espagnol, agité par mille factions diverses , soumis à tant d’influences et de variations, n'avait fait passer en Catalogne aucun ordre de confier des troupes au duc d'Orléans.
Le prince arrive à Tarragone, y est reçu avec tous les honneurs dus à son rang et à sa réputation militaire ; il visite les fortifications de cette
ville ; mais ne recevant aucun ordre de commandement pour l’armée , il part aussitôt pour Cadix. Quelle est sa surprise en arrivant d'apprendre que l’on avait changé d'avis, et qu’on n’était plus dans l'intention de lui confier un corps d'armée. Le prince rappelle les démarches que l’on a faites près de lui, les lettres qu'on lui a écrites , et témoigne hautement son mécontentement. L'Espagnol, altier et surtout opiniâtre dans les momens de crise, s’en tient à sa dernière décision ; et le prince, peiné de ne pouvoir donner à la cause des Bourbons d'Espagne une preuve de son dévoüment , revient à Palerme, où il arrive peu de jours après la naissance de son fils aîné , qui date du 5 septembre 1810. Madame la duchesse douairière d'Orléans retourna à Mahon le 21 janvier 1811.
Éloigné de tous les mouvemens politiques qui agitaient l’Europe, heureux fils, heureux époux , heureux père, le duc d'Orléans jouissait au sem d’une famille chérie de toutes les douceurs de la plus tendre union, lorsque des troubles se manifestèrent en Sicile en 1811, par suite de la mésintelligence qui survint entre la reine Marie-Caroline et les Anglais, dont elle avait été la plus constante alliée. Marie-Caroline avait toujours eu beaucoup d'influence sur les affaires, et tenait à la conserver. Les Anglais voulant commander en
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maîtres dans l’île, refusèrent de traiter avec elle. La lutte s’engagea sérieusement : deux partis se formèrent , et 1l fallut absolument que la Reine ou les Anglais quittassent l’île. Marie-Caroline G) 4 eut le dessous; les Anglais, malgré le peuple et les troupes napolitaines, qui tenaient pour la Reine , l’obligèrent à partir, et Ferdinand IV se D 5 b > vit contraint de se soumettre à cette cruelle séparation. La malheureuse Reine s’embarqua dans la saison la plus rigoureuse, au mois de décembre
1811, et, après une longue et dangereuse naviga-
tion, qui l’entraina jusqu'à Constantinople, elle
débarqua enfin à Trieste, et de là se rendit à Vienne (1). Dans ces circonstances délicates , le
(x) Cette princesse, furieuse contre les Anglais, écrivit une lettre où elle se plaignit d'eux de la manière la plus amère. Cette lettre, tombée entre les mains de Napoléon, fut aussitôt rendue publique par la voie des journaux. L’infortunée Marie- Caroline se retira dans un château près de Vienne, où, dévorée de chagrin par le souvenir de sa grandeur et de son influence passée, elle mena une vie très retirée. Elle y mourut le 5 octobre 1814, âgée de soixante-deux ans, sans jouir de la consolation de voir dans ses derniers momens ni un époux qui l’aimait , et de la bonté duquel elle a peut-être abusé, ni ses enfans, ni même aucun membre immédiat de sa famille.
Ferdinand IV, son époux, se remaria en 1816 avec madame d’Artiano, duchesse de Florida. Il régna paisiblement jusqu’en 1820, où survinrent de nouveaux troubles insurrectionnels qui durèrent jusqu’au mois d'avril 1821. La tranquillité fut alors rétablie. Le Roi rentra à Naples et continua à régner paisible-
due d'Orléans, placé entre son attachement aux intérêts de sa nouvelle patrie et ses devoirs envers Leurs Majestés Siciliennes, se conduisit avec une prudence que toute l'Europe a admirée.
Près de quatre ans s’étaient écoulés , et déjà sa famille s'était accrue d’un prince et de deux princesses , lorsque la nouvelle du rétablissement de la maison de Bourbon sur le trône de France parvint à la cour de Palerme. Aussitôt le prince, impatient de revoir sa patrie, part de Sicile , aborde en Fr:nce, et se hâte de se rendre à Paris. Il y reçoit de la famille royale l'accueil le plus affectueux. Il retourne à Palerme pour y prendre madame la duchesse et ses enfans; il les amène à Paris et les installe dans le palais de ses pères (le Palais-Royal). Louis XVII, par ordonnance du 15 mai 1814, le nomme colonel général des hussards. L'union la plus étroite régnait entre les princes de la famille royale , et le duc d'Orléans état heureux et tranquille au milieu de ses enfans , lorsque le retour de Napoléon , s’'échappant de l’île d’Elbe, vint troubler le bonheur dont le
ment jusqu’à sa mort, arrivée en février 1895. Il était âgé de soixante-quatorze ans, et fut très regretté. Son fils ainé, FRançois, prince héréditaire, lui succéda. Il est le frère de madame d'Orléans, Reine actuelle des Français, et père de madame la duchesse de Berri.
prince commençait à jouir. Aussitôt que la nouvelle de son débarquement dans le golfe Juan (le 1 mars 1815) fut arrivée le 5 à Paris, S. A. R. se rendit à Lyon le 7, par ordre du Roi, pour y seconder les opérations du comte d'Artois. Tout espoir de résistance sur ce point étant perdu, le prince revint à Paris, et y arriva le 12. Le Roi l’envoya le 16 prendre le commandement de la frontière du nord. Accompagné du duc de Trévise (Mortier), il arriva le 19 à Lille (et mademoiselle d'Orléans le 21). S. A. R. rassemibla les troupes , et n’omit aucun moyen de Îles engager à soutenir la cause royale. Mais forcé de céder aux circonstances , il partit de Lille le 24 mars, quelques heures après le Roi, traversa à la hâte la Belgique et la Hollande , puis alla rejoindre en Angleterre sa famille, qui l’y avait précédé. Quoique la révolution occasionnée par le retour de Napoléon n'ait duré que cent (onze) jours, du 20 mars au 8 juillet 1815, le duc d'Orléans resta en Angleterre jusqu'au 25 septembre 18:15, qu'il revint à Paris pour assister à l’ouverture de la prochaine session des deux Chambres. Ensuite il retourna en Angleterre, où il avait laissé sa famille. Madame la duchesse y accoucha à Twikenam d’une princesse, le 8 mars 1816. Quand elle fut parfaitement rétablie, toute la famille revint à Paris vers la fin de la même anrée 1816, et des lors elle y
est restée, offrant chaque jour un vrai modèle d'union conjugale, de tendresse paternelle et filiale, de bienfaisance, de générosité , de bon ordre, enfin de toutes les vertus, qui, placées dans un haut rang , Ont une si puissante influence, pour l'exemple , sur toutes les classes de la société.
M. le duc d'Orléans, qui parle plusieurs langues et qui possède des connaissances variées dans les sciences et dans les lettres , a toujours accordé une protection particulière aux beaux-arts. Possesseur d’une riche galerie de tableaux, il a permis qu'on en publiât les dessins accompagnés de notices intéressantes (1). On l’a vu sans cesse prodiguer des secours aux malheureux, et accorder sa protection à tous ceux qui avaient à se plaindre du sort. Depuis quatorze ans , il menait au sein de sa famille cette vie douce, tranquille et agréable, lorsqu'un événement du plus haut intérêt vint
(1) Le Recueil de ces dessins est intitulé GALERIE LITHOGRAPHIÉE des tableaux de S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans ; publiee par MM. J. Varour et J. P. Quéwnor. (Paris), Imprimerie de Gaultier-Laguionie, 1824-1829, in-fol., comprenant cinquante livraisons de trois à quatre planches chacune, avec un frontispice gravé; un tableau d’assemblage et une vue du Palais- Royal, outre le texte imprimé aussi £7-fol., et qui est d’environ douze pages par livraison.
M. Vatout a en outre publié les Notices historiques et descriptives des Tableaux appartenant à $. A.R. Monseigneur le
l’arracher à ce calme heureux pour lui prouver la haute confiance que le peuple avait en lui.
Le roi Charles X rendit le 25 juillet 1830 , sur le rapport de ses ministres, cinq ordonnances , dont plusieurs ne pouvaient avoir été sugoérées que par la plus grande ineptie , ou, on serait tenté de le croire , par la plus coupable perfidie. La première était relative à la suspension de la liberté de la presse périodique ; la seconde, à la dissolution de la Chambre des Députés ; la troisième, à un nouveau mode d'élection; la quatrième, à la convocation, des colléges électoraux, et la cinquième à quelques nominations de conseillers d'État. Ni l'effet, ni l'exécution de ces ordonnances, n'avaient été calculés, surtout dans la disposition où depuis long-temps étaient les esprits. Aussi, quand le lendemain 26 on voulut mettre
duc d'Orléans. (Paris, même Imprimerie, 1825-1825), 4 vol. in-8.
Ces deux ouvrages sont soignés et curieux, et font honneur au talent et au goût de l’auteur.
Un autre livre a paru sous le titre d'Histoire du Palais-Royal, sans nom d'auteur. (Paris, 1830, in-8.)
Cet ouvrage a dû naissance à l’idée conçue par $S. A. R. M. le duc d'Orléans de faire représenter, dans une série de tableaux, les principales scènes historiques dont le Palais-Royal a été le théâtre, depuis sa fondation par le cardinal de Richelieu jusqu’à nos Jours.
ROI DES FRANCAIS. 1/49 à exécution la première de ces ordonnances, un soulèvement général eut lieu dans la capitale. Des attroupemens considérables se forment de tous côtés ; on veut les repousser par la force, composée des gendarmes, de la garde royale et des Suisses. Le peuple s’arme ; des combats meurtriers s'engagent dans la plupart des quartiers de Paris, et continuent pendant les journées des 27, 28 ei 29. Le désordre est à son comble, le sang coule de toutes parts, et les rues dépavées sont jonchées de cadavres; on compte par milliers les victimes de ce terrible mouvement. Cependant le peuple est vainqueur, et le vendredi 30 juillet le roi Charles abdique verbalement en faveur du duc d'Angoulême son fils , et le duc d'Angoulême abdique en faveur du duc de Bordeaux. Le même jour, on offre la lieutenance-générale du royaume à Louis-Philippe , duc d'Orléans. Le 2 août , une lettre de Charles X et du duc d’Angoulème, écrite de Rambouillet, annonce au duc d'Orléans qu'ils abdiquent en faveur du duc de Bordeaux , et lPinvitent , en sa qualité de lieutenant -général du royaume, à faire proclamer l’avénement de Henri V au trône. Cette lettre, portant sur la suscription : A mon cousin le duc d'Orléans, lieutenant-général du royaume, est communiquée au Gouvernement provisoire, et déposée par ordre du prince aux archives de la Chambre des Pairs. La Chambre