IG
sen fuirent sarrasin de toutes mont. Alors les Sarrasins pri-
pars et li cri et li hu leuerent (le toutes pars sour aus. llluec fu oçliis li rois Ebraïni de Sébile a toutvij. mile Sarrasins. Laumacours sen rentra en Cordes a tout iij. mile.
Et lendemain rendi se cite a Charlemaine p si ql recheuerait baptesme et q de lui le tenroit diluée en auant et esterait a son comandemet.
Qnt Charles ot toute Espaigne conqse il deuisa et depti les t'res achians q la uauraient manoir si co v oes chi selonc le latin de listore.
Le tVe de Nauare et de Bascle douna Charles as Btons. Le tierre de Castiele douna il as Fnchois. Celé de Nardres et de Sarragouche douna il as Griers et as Lombars q erent en sost. Et le tVe dArragoune douna* il as Poiteuins. Le tVe a lAudalief douna il as Tiois.
Le tVe de Portingal as Fiamens. Le tVe de Galisse as Fnchois. Il ne uaurent mie îiuoir Espuigno. Car Iroi) cri
rent la fuite de toutes parts, et de toutes parts s*élevèrent sur eux des cris et des vociférations. Là futoccis le roi Ebraïm de Séville avec 7,000 Sarrasins. L'Almachour i^entra à Cordoue avec 3,000 hommes , et le lendemain il rendit la cité h Charlemagne. Il fut convenu qu'il recevrait le baptême, que dorénavant il tiendrait la ville comme vassal et serait à son commandement.
Quand Charles eut conquis toute TEspagne , il divisa et partagea les terres à ceux qui voudraient y demeurer , comme vous pou vez l'apprendre ici , selon le latin de l'histoire. La terre de Navarre et des Basques, Charles la donna aux Bretons, la terre de Castille, il la donna aux Français , la terre de Nar dres et de Sarragosse, il la donna aux Grecs et aux Lombards qui étaient en son armée, la terre d'Arragon , il la donna aux Poitevins, la terre de l'Andalousie, il la donna aux Allemands, la terre de Porlugal aux Flamands, la Icrro dr (ia-
aspre p habiter puis entr en Espaigne contre Charlemaine. Qnt Charles ot ensi ses gens laissies en Espaigne et lés tVes depties si sen reuint a mon signeur s. Iakemb en Galisse et le edia.
Les crestiens ql trouua il les fist riches. Et chiaus q estoiet retourne a le loi paiene.
Les uns fist ochire. Les autres par Franche fist mener en essil.
Par les cites de Galisse establi Charles vesques et prestres.
Et auna a Compostele j. mit gnt concilie de uesques et de pnches et dautres psounes hautes. En cel concile establi Charles p lounour de mon signour s. Iakeme q tout li uesques et li pnche et li roi dEspaigne et tout li galissien q erent psent a auenir fuissent obéissant a larcheuesque de mon signeur s. Jakeme.
Au riche liu q estoit cites ne mis il mie ueske p chou ql ne tint mie dont a cite. Ains le comanda cstre sougite a Com-
— <68 — Nus nosa lice aux Français. Ils ne voulurent pas avoir TEspagne, car elle était un séjour trop rude. Nul n*osa depuis entrer en Espagne contre Cbarlemagne.
Quand Charles eut ainsi laissé ses gens en ce pays et partagé les terres^ il s'en revint à Monseigneur saint Jacques en Galice et le réédifia. Les chrétiens qu'il trouva il les fit riches, et de ceux qui étaient retournés à la loi payenne, il fitoccirles uns et mener les autres en^xil en France.
Par les cités de la Galice , Cbarlemagne établit des évéques et des prêtres. Il assembla à Compostelle un grand concile d'évêques , de princes et autres grands personnages.
En ce concile , Charles décréta en rhonneur de Monseigneur saint Jacques, que tous les évoques, les princes, les rois chrétiens d'Espagne et tous les Galiciens présents ou avenir, fussent obéissants à l'archevêque de Monseigneur saint Jacques. Dans les cités opulentes de ce pays , il ne plaça point d'évcque , parce qu'on ne les
poslele. Et iou Tpins archeucske de Rains dédiai en cel concile a tout ix. euesques le glise de mon signeur s. Jakeme et sen autel p le comandément Charlemaine es chalendes de juin. Toute le tVe soumist Charles a larcheuesque de Compostele. et comanda q chascune uile dEspaigne et de Galisse dounast cascun an a le glise de mon signeur s. Jakeme iiij. d. et fuissent franc tous autres seruiches. En cel meisme concilie establi Charles et comanda q celé glise fust tous iours mais apelee sièges aspostle p chou que me sires s. Jakeme li beneois apostles j giet. et comanda q li concile de tous les uesques dEspaigne fuissent la tenu, et les croches des uesques et lee courones des rois fuissent par le main larcheuesque de Compostele. Et se fois estoit amenuisie en autres lius par les pechies de pule ne le comandement de dame Diu defali illucques fuissent reconciliiet par le consel larchcucsque car p droit doit illucc
tenait pas pour villes épiscopales, et les assujétità Téglise de Compostelle. Ainsi le voulut , et moi, Turpin, archevêque de Rheims, j'ai fait la dédicace en ce concile, avec neuf évêques , deFéglise de Monseigneur saint Jacques et de son autel, par le commandement de Charlemagne,des calendes de juin. Charles soumit toute la terre à Tarchevêque de Compostelle, et commanda que chaque ville d'Espagne et de Galice donnât chaque année à l'église de Monseigneur saint Jacques quatre deniers et fût affranchie de tous autres services. En ce même concile , Charles établit et commanda que cette église fut toujours appelée par la suite le siège apostolique de Compostelle , parce que Monseigneur saint Jacques » le bienheureux apôtre, y gît, et il ordonna que tous les conciles d'Espagne y seraient tenus , que les crosses des évêques et les couronnes des rois seraient décernées par la main de l'archevêque de Compostelle. Il voulut, si la foi venail ùs amoin
estrc fois rcconciliie et establie. Car si com par mon signeur s. Jehan leuangeliste frère mon signeur s. Jakemc uint fois en auant en Ephese.
Autresie fu sièges dapostles establis en Galisse. Cist doi siège Ephese q est a désire partie dorient et Compostele q est a senestre ptie doccident et siéent en le deuise dcl monde. Car il auoient a Diu reqs q li uns sesist a diestre en sen règne, et li autres a senestre et il sisuntenchiel et en iVe. Troi principal siège sunt deuant tous les autres del monde. Romme. Compostele et Ephese. Si com Nostre Sire establi deuant tous lesautres apostles. Pierron. Jakemon. Et Jehan, a cui il reuela et demoustra sessecres si com li euangile moustrent. Ausi sunt cil troi siège par ces iij. deuant tous les autres sièges en reuerensce.
Rome p chou q me sires s. Pierres li prinches des apostles j preccha. Et si larousa de sen precieus sanc. Compostele p chou- q mesires s. Jakemc 'ki fu (Milre les autres do plus
drir end autres lieux par les péchés du peuple, et si les commandements de la dame de Dieu venaientàdéfaillir, que l'archevêque en fit la réconciliation , car il est de droit que la foi doit être réconciliée et rétablie.
De même que Monseigneur saint Jean, Tévangéliste, frère de Monseigneur saint Jacques, propagea la foi en Ephese , de même fut un siège d'apôtre établi en Galice. Ce sont deux sièges , Ephese qui est en la partie de droite de l'Orient, et Compostelle qui est en la partie de gauche de TOccident. Ce sont les symboles de ce monde, car ils avaient demandé à Dieu que Fun serait à sa droite en son royaume , et l'autre à sa gauche , et ainsi sont au ciel et en la terre. Il y a en effet trois principauxsiégesqui sont au-dessus des autres de ce monde : Rome , Compostelle et Ephese. Notre-Seigneur établit au-dessus de tous les autres apôtres Pierre, Jacqueset Jean, auxquels il révéla et montra ses secrets , comme nous l'apprend l'Evangile. Aussi ces
gnt dignité le saintefia de se sainte sépulture. Encore j fait miracles et fera dusqua le fini de sieucle. Ephese p chou q me sire s. Jehans leclaira primes et prescha sen euangile. In principio erat Verbum. Et si fu illuec se propre sépulture. Se aucun jugement ne pueent estre détermine en aucun liu par le monde. En lun de ces iij.
sièges doiuenl estre traitie et define.
Ensi com uous auez oi fu coqse Espaigne et Galisse par le uertu de Diu et de mon signeur s. Jakeme et par laiue Charlemaine. Or fait boin a sauoir quel Charles estoit si com li latins (Je lestore le deuisè. Charles li rois estait noirs de caniaus. Rouche de fâche et de cors biaus et nobles et cruons de regard.
trois sièges sont en vénération au-dessus de tous les autres.
Rome, parce que Messire saint Pierre, le prince des apôtres , y prêcha et Tarrosa de son précieux sang; Compostelle, parce que Messire saint Jacques qui fut entre les autres de plus grande dignité, le sanctifia de sa sainte sépulture, et il y fait encore des miracles qu'il fera jusqu'à la fin dessiècles; Ephese , parce que Messire saint Jean Téclaira d abord et prêcha son Evangile In principio erat Verbum, Il fit de ce lieu sa propre sépulture. Si aucun jugement ne peut être défini en aucun lieu du monde, il doit être traité et défini en Tun de ces trois sièges.
Ainsi que vous l'avez ouï , l'Espagne et la Galice furent conquises par la vertu de Dieu et de monseigneur saint Jacques et par l'aide de Charlemagne. Or, il est bon de savoir comment était Charles d'après ce qu'en devise le latin de l'histoire. Le roi Charles était noir de cheveux , rouge de face , beau et noble de corps , de re-
Pour uoir auoit viij. pies de lonc a sen pie q gns ert. Amples ert de rains. Gros de bras et de cuisses, et fors de tous ses membres. Sages ert ml't en p le. ChVs aigres. Se fâche estoit despane et demie. Se barbe dune espane. Sen front estoit dun pie. Si oel estoient samblant a oeus de lion estincelant com escarboucle. Si sourchil estoient de demie espane. Grant paour auoit cil cui il regardoit par ire. Li chais dont il se chaingnoil auoit viij. espanes de lonc.
Sans chou q pendoit hors de le boucle. Moût mainioit de pain et plus de char. Son li aportoitj. mouton il en mainioit j. quartier. Son li aportoit char de porc il en manioit vue espaule. Ou ij. gelines.
ou vne oue. ou ij. capoun. ou vne grue, ou j. Heure. Peu de uin beuoit et toudis tempre a liaue. Moût se delitoit a faire lire douant lui les estoires et les anchienes gestes, et les Hures s. Augustin. Nus ne lisoit douant lui ql nen eust boin mérite. Dosi gnt forche
gard redoutable, Il avait huit pieds de long à la mesure de son pied qui était déjà grand.
Il était ample de reins» gros de bras et de cuisses et fort de tous ses membres. Pardessus tout était sage en paroles et brave chevalier.. Sa face était d'une paume et demie, sa barbe d'une paume, son front d'un pied. Son œil était semblable aux yeux du lion , et étincelants comme escarboucles.
Ses sourcils étaient d'une demipaùme. Il faisait grand'peur à ceux qu'il regardait avec colère. La ceinture dont il se ceignait avait huit paumes de long, sans ce qui pendait hors de la boucle. Il mangeait beaucoup de pain et plus encore de viande. Si on lui apportait un mouton , il en mangeait un quartier; si on lui apportait du porc , il en mangeait une épaule ; ou deux poules , ou une oie, ou deux chapons , ou une grue , ou un lièvre. Il buvait peu de vin, et toujours tempéré par de l'eau. Il se délectait à faire lire en sa présence les histoires, les ancien-
estoit qi coupoit j. chV et son cheuai pmi de loiouse sespéé.
Quatre fiers de cheuai estendoit iegierement. Vn chV arme leuoit tout droit de tierre sour se paume desi a son chief îsnielement a j. seul brach.
Moût ert larges en donner.
Droituriers en jugement. A iiij. fiestes en lan portoit coùrone. Au Noël. A le Paske. A Pentencouste. A le fieste de mon signeur s. Jakemes deuant lui une espee nue selonc lempial costume. Cascune nuit uelloient entour sen lit a lui garder, vj" chVbien othodoxe cou est a dire bien sage et bien uaillat xl. le première eure de le nuit. x. a son chef et X. as pies. x. a destre et x.
a senestre. Cascuns tenoit espee nue en se main diestre. et en le senestre vne candoile ardent. A le seconde eure de le nuit venoient autre xl. et cil sen repairoiet. A le tierche eure . de le nuit reuenaient autre, xl. desi au iour.
nés gestes, et les livres de saint Augustin. Nul n était admis à lire devant lui s'il ne lavait mérité. Il était d'une si grande force, qu'il coupait en deux un chevalier et son cheval d'un coup de Joyeuse son épée. Il renversait facilement quatre chevaux ferrés, levait tout droit de terre un chevalier armé sur la paume de sa main jusqu'à la hauteur de sa tête , rapidement et d'un seul bras. II était très large en ses dons. Droiturier en jugement. A quatre fêtes de l'an il portait sa couronne, à Noël , à Pâques , à la Pentecôte , à la fête de Monseigneur saint Jacques , et devant lui l'épée nue selon la coutume impériale. Chaque nuit veillaient autour de son lit pour le garder six-vingts chevaliers bien orthodoxes , c*est-à-dire bien sages et bien vaillants , 40 à la première heure de la nuit , 40 à sa tête et 4 à ses pieds , 4 à droite et 40 à gauche. Chacun tenait une épée nue en sa main droite et en la gauche une chandelle ardente. A la seconde
lieuic de la nuit venaient 40 autres chevaliers , et les autres s en retournaient. A la troisième heure de la nuit venaient les 40 derniersde là jusqu'an jour.
Chi comenche le (raison Ici commence la trahison de Gnenelon de le bataille Guenelon en la bataille RaincheuaV'S. de Roiicevaux.
Puis q Charles li renoumes ot conqse Espaigne a lonnour Diu et mon signeur s.
Jakeme. Il repaira a Pampelune a toutes ses os. Adont demourerent a Sarragouche doi sarrasin. Marsiles et Baligans sen frère. Li arairaus de Babilone. Les j auoit enuois de par soi et sougit erent a Charlemaine partout le seruoient.
Mais chou estoit faintisement.
Charles lor manda par Guenelon quil venissent recheuoir baptesme ou il enuoiaissent treu. Guenes satourna et erra tant ql uint a Sarragouche. Il sambla bien estre preudom.
mais li cuers se desparella ml't de sen samblant. Marsiles lonnera mlH le nui. et qnt uint au mangier Marsile lapela
Depuis que Charles le renommé avait conquis TEspagne en l'honneur de Dieu et de Monseigneur saint Jacques, il était retourné à Pampelune avec toute son armée. Alors demeuraient à Sarragosse deu!L sarrasins, Marsile etBaligand, son frère. L'amiral de Babylone les y avait envoyés de leur volonté ; ils s'étaient soumis à Charlemagne , ils le servaient partout. Mais c'était une feinte.
Charles leur manda par Guenelon qu'ils vinssent recevoir le baptême ou qu'ils envoyassent leur promesse. Guenelon s'apprêta et marcha tant qu'il vint à Sarragosse. Il semblait bien être un homme loyal , mais son cœur trahit beaucoup cette apparence. Marsile lui fit
a coDsel. el si H dist p ml't iatraians pôles q sil le metoit en aise de Charlemaine ochire.
Il li donroit xx. soumiers carchies dor et dargent ne iamais ni li faurroit p rien.
Ains seroit a se uolente a tous iours et il elses pooirs. Illuec fu decheus Gueneles par le conuoitise de lor et de l'argent dont maint home ont este decheu et sunt enchère et mené a le ppetuel mort denficr.
Illuec afferma Gueneles et deuisa ql diroit a Charlemaine q Marsiles le siuroit en Fnche p soi baptisier et il embuisseroit se gent es pors dAspre. si quai passer les desconfiroit.
Ensi affermèrent le nuit et deuiserent entraus. Lendemain douna Marsile a Guenelon xx.
somiers carchies dor et dargent et dautes nichoises et xxx. en enuoia a Charlemaine et xl.
soumiers carchies de plus douch uin et del millour q onques hom beust. el mil Sarrasines de gnt biaute enuoia a ch'rs del ost. Moût se pourpensa de gnt boisdie. Car p chou le fist q il jeussent
beaucoup d'honneurs pendant la nuit, et quand il vint à sa table, il lappela en conseil, et lui dit, par des paroles fort attrayantes, que s'il lui donnait la facilité de tuer Charlemagne, il lui donnerait vingtsommiers chargés d'or et d'argent ; qu'il ne lui manquerait jamais en rien , et qu'ainsi il serait à sa volonté à toujours, lui et ses hoirs. Guenelon fut séduit par la convoitise de l'or et de l'argent , dont bien d'autres ont été déçus et sont encore ainsi , puis sont tombés dans la mort étemelle de l'enfer. Guenelon y consentit, et proposa qu'il dirait à Charlemagne que Marsile le suivrait en France pour se faire baptiser , tandis qu'il mettrait ses gens en embuscade au port d'Asprepour le déconfire quand il le passerait. Ainsi ils convinrent la nuit et devisèrent ensemble. Le lendemain Marsile donna à Guenelon vingt sommiers chargés d'or et d'argent et d'autres richesses , en envoya trente à Charlemagne , et quarante, sommiers chargés du vin le plus doux et
as Sarrasines par le forche dcl uin q tous ert et q par cel pechie les laissast Dix mort recheuoir. Guenelon se pti de Marsille et repaira a Pampelune si uint a Charlemaine et si li dist tous pôles com uous ores chi. Marsiles uous mande salus : et si uous mande q tous est près de uous servir et recheura baptesme. la ou uous plaira et tenra de uous plainement toute se tre. Si sachies q il saparelle de uenir après uous com chil q ueut estre del tout a uostre amour et a vostre uolente. estre chou. 11 v» enuoie XXX. soumiers carchies dauoir.
Charles ot gnt ioie des nouvueles du baptisier. Guenelon enuoi par lost as haus hommes les xl. soumier de vin et les mil Sarrasines p iureche.
Car tant com li hom est jures est il desuoies de toutes raisons et de toutes mesures.
Apres Charles aparella sen oirre de uenir en Fnche par leconsel Guenelon. Puis comanda Reliant et Oliuier larierc garde a faire et tout as
ii) — le meilleur qu'un homme eut jamais bu ; de plus , il envoya aux chevaliers de Tarmée mille Sarrasinesd*unegrande beauté.
Il préméditait une grande perfidie y car il agissait ainsi pour qu'ils eussent commerce avec les Sarrasines dans la force du vin qu'il avait donné en abondance. Guenelon quitta Marsile et retourna à Pampelune. Il vint trouver Charlemagne , et lui dit en ces termes, comme vous- allez le voir:
« Marsile vous salue et vous « mande qu'il est prêt de vous « servir et qu'il recevra le bap- « teme là où il vous plaira, et « tiendra de vous pleinement <( toute sa terre ; sachez qu'il « s'apprête à vous suivre com- « me un homme qui veut être « en tout de votre amitié et à « votre volonté ; aussi il vous « envoie trente sommiers char- « gés de richesses. » Charles eut grande joie de la nouvelle de ce baptême. Guenelon envoya aux grands personnages de l'armée les quarante sommiers de vin et les mille Sarrasines pour les eni>Ter ; car
plus haus hommes de lost.
Eotrementres q Charles et ses os passoient les pors dAspre p uenir en Fnche. Au quart iour passa Charles les pors a tout xx. mile crestiens et Guenelon auec lui et Turpins larcheuesques et li autre haut home furent en lariere garde si com nous aues oi.
Harsiles et Baligans q ses frères ert issirent a tout L mile Sarrasins des bos et des montaignes ou il erent repus par ij. iours et par ij. nuis, si corne entre Marsile et Guenelon lauoient deuise. Marsiles fist ij. eskieles. Lune de xx.
mile Sarrasins lautre de xxx.
mile. Le bataille des xx. mile Sarrasins courut sus nos xx.
mile Crestiens q lariere garde faisoient. Li Crestien guen-
en tant que l'homme est ivre, il est dévoyé de toute raison et de toute retenue. Charles s'apprêta avec son armée , par le conseil de Guenelon , à venir en France , puis il commanda à Roland et à Olivier et aux principaux personnages de son armée , de former Tarrièregarde.
Pendant que Charles et son armée passaient leportd'Aspre pour venir en France , au quatrième jour il passa le port avec vingt mille chrétiens , et Guwielon , et Turpin , Tarchevêque , l'accompagnaient. Les plus vaillants guerriers étaient en l'arrière-garde , ainsi que vous l'avez ouï. Les frères Marsile et Baligans sortaient avec 50,000 Sarrasins des bois et des montagnes où ils s'étaient cachés pendant deux jours et deux nuits , d'après l'accord qui avait été fait entre Marsile et Guenelon. Marsile fit deux corps d'armée, l'un de 20,000 Sarrasins , l'autre de 30,000.
Le bataillon de 20,000 Sarrasins courut sur nos 20,000
Chrétiensqui faisaient l'arrière-
chirent sour aus si se combatirent des le matinée desi a tierchc. Ausi corne li lous q de faim est erragies deueure les brebis la ou il treuue. Tout autresi les ochioit Rollans de toutes pars. La fu esprouues Rollans. La fu esprouée le proeche Oliuier. Car onqs uns seus cors dôme ne rechut tant de caus ne tant nen dona a j. jour et q peut auoir mis en escrit tous chiaus q il ochist illuec. Il nen fust mie creus. Ensi les ochisent illue li nost conqs de païens nen escapa près. Qnt Marsiles uit chou il lor courut sus a toute seskiele q de xxx™ hommes estoit. Li nostre q agreue erent et las de le bataille q il auoient douant souffert ne le pooient souffrir. Li paien les aloient de toutes pars ochiant. Li j. furent delanches.tue. Li autres despees déchoies. Li autres de tronche de haches. Li autres de dars et de saietes. Li autre froissie de perches et de mâches.
Li autre furent de coutiaus escorchie. Li autre ars en fu.
garde. Ceux-ci se ruèrent sur eux et les combattirent depuis le matin jusqu'à neuf heures.
Ainsi comme le loup que la faim rend enragé , dévore les brebis là oîi il les trouve , de même Roland les tuait de tous cotés. Là fut éprouvé Roland , là fut éprouvée la prouesse d'Olivier, car jamais corps d'homme ne reçut et ne donna tant de coups en un jour,et qui peut avoir mis en écrit tous ceux qui furent tués en cet endroit ne serait pas cru. Les nôtres y firent si grand carnage des payons qu'il n'en échappa aucun. Marsiles'en apercevant, courut sur eux avec toute son autre suite, qui était de 30,000 hommes. Les nôtres qui étaient accablés et fatigués du combat qui leur avait été livré, ne purent tenir à cette nouvelle attaque. Les payons leur portaient la mort de toutes parts.
Les uns furent de lances tués, les autres décolés à coups d'épée, les autres eurent la tête tranchée par la hache, d'autres furent tués par les dards et flèches, d'autres furent lacérés
Li antre pendu as arbres. IIluec fu ochis Oliuiers et férus de toutes armes eteschorcies de chol desi as ongles des pies. Ensi furent illuec ochis de diuers tourmens onqs nen escapa fors Rollans et Bauduins et Tierris. Chil iij. se tapi4soient en un boscage. et RoIIâns les aloit poursiuant de loing dolans de le mort de tant preudoume. et tant se traisent li paien ariere vne liue joiat de le mort de nos crestiens.
Chi fait boin a sauoir si com lestoire dist selonc le latin p choi Nostre Sire laissa chiaus illuec ochire q nauoient mie geu as Sarrasines. Pour chou ql ne uoloit mie ql repairassent en lor pais q par auenture ne pecaissent plus legierement si lor uaut rendre el chiel courone pour lor trauaus. Et chiaus q lurent as Sarrasines soufri il mort recheuoir p effachier lor pechies par martire despee. Chi puet on ueir cler q Nostre Sire
à coups de perches et de massues , d'autres meurtris des pieds à la tête , d'autres brûlés, d'autres pendusauxarbres.
Là fut occis Olivier , frappé de toute sorte d'armes, déchiré de coups de la tête aux ongles des pieds. Ils périrent ainsi en divers tourments. Il n'en échappa guère, sinon Roland, Bauduin et Thierry, qui tous les trois se tapirenten un bocage. Roland, affligé de la mort de tant d'hommes courageifx, poursuivait de loin lespayens qui se retirèrent à une lieue de là, joyeux de la mort de tant de nos chrétiens.
Ici il fait bon de savoir, comme l'histoire le dit, selon le latin , pourquoi Notre-Seigneur laissa occire en ce lieu ceux qui n'avaient pas eu commerce avec les Sarrasines, parce qu'il ne voulut pas qu'ils retournassent en leur pays pour y pécher plus facilement par aventure, et, pour cela, il voulut leur rendre au ciel une couronne pour leurs travaux ; et ceux qui avaient couché avec les Sarrasines, il souffrit qu'ils reçussent la mort pour effacer
est mrt plus, et ql ueiit bien guerre douner les tuaus a q en le (in reconnoissent sen non et regehissentlor pecbies.
Car j a soit choa q chil eusset fait fornication si furent il en le fin ochis p Diu. Chi esclaire le letre le latin de lestoire q moût est poure copaignie q de famé a chiaus q uont en bataille ne en ost.
Daires ne Antones q menèrent jadis lor famés en bataille auec aus en furent ambedoi mort. Alixandres ocbist Daire p se famé. Oteuieus Antoine.
Et si nest raisons droiture dauoir famé en ost. Ne en herberges la ou luxure ne doit estre. Mais castees. Car gns empêchement est as cors et as âmes. Et chil q fornication fisent par yureche. Senefient les prestres et les religieus homes q ne se doiuet en nule manière enjurer ne jesir a famé. Car sil le font : Il sunt ochis de lor anemis. Cest del diable et embrachent le perpétuel mort dinfier. Si com Rollans retournoit après le bataille sens uers les paiens
scieurs pèches parle martyre de lëpce. On peut voir clairement ici que Notre-Seigneur est très clément et quMI veut bien récompenser les travaux de ceux qui, à la fin, reconnaissent son nom et confessent leurs péchés.
Car , bien qu'ils eussent commis une fornication , ils reçurent la mort pour Dieu. Ici le latin de l'histoire enseigne au lecteur, que c'est une très pauvre compagnie que celle des femmes à ceux qui vont en bataille ou en guerre. Darius et Antoine , qui jadis menèrent avec eux leurs femmesdans les combats,périrent tousles deux.
Alexandre tua Darius pour sa femme, et Octave tua Antoine.
Il n'y a ni raison ni droiture d'avoir femme à la guerre ou dans les camps, là oii luxure ne doit être, mais bien la chasteté , car c'est un grand empêchement pour le corps et pour l'âme. A ceux qui font fomica^ tion par ivresse , il est remontré par les prêtres et les hommes religieux,qu'ils nç doivent en aucune manière s'enivrer ni jouir des femmes, car s'ils le
el il esloit auques loig deus : font ils sont occis de leurs cn- II troua j. paien noir el bos nemis, c est-à-dire du diable , repus nil't las de bataille. Il etembrassent la mort éternelle lepst et le lia ml't fort a j. de l'enfer. Comme Roland rearbre de iiij. fors hars. Il se tournait seul après la bataille parti adont de lui et monta vers les payens, et était encore sour j. mont pour lor gent loin d'eux, il trouva un payen ueir. Il uit ql en j avoit moût, noir, caché dans le bois et fort Si retourna ariere vers le uoie fatigué de la bataille. Il s'en de Raincheuaus. ou li fuiant empara et le lia très fort à un aloient q desiroient a passer arbre par quatre grosses corles pors pour aus garer. Adont des. Il le quitta et monta sur souna Rollans sen cor et ra- un mont pour voir la gent samblerent a lui par loue del payenne. Il vit qu'elle était cor dusqua c. crestiens. Puis nombreuse. Il retourna en arretouma Relias a tout chiaus rière vers lavoiedeRoncevaux p le bos desi au paien q auoit où se dirigeaient des fuyards loiet a larbre. Il le desloia qui désiraient passer le port esrament et leua sespee toute pour se garer du danger. Alors ïiue sour sen chief si li dist. Roland sonna son cor et il Se tu uiens auec moi et tu me se rassembla auprès de lui jusmoustres Marsille iou te lairai qu'à cent chrétiens parle son de aler vif et se tu ne le fais iou ce cor. Puis Roland retourna tochirai orendroit. Li paiens avec eux dans le bois au payen otpaourde mort si li acrean- qu'il avait lié à l'arbre. Il le ta et ala auec lui si li moustra délia aussitotet,levant son épée Marsile de loing entre les Sar- toute nue sur sa tête, il lui dit : rasins. Veele la di li paiens « Si tu viens avec moi et que sour chel cheual rous a cel « tu me montres Marsile , je escu reont. Dont le laissa « te laisserai aller vif , et si tu Rollans aler si se feri a tout « ne le fais je t'occis sur-lcc. crestiens entre les Sarra- « champ. » Le payen eut pour
siiis. Il eo ochist j. CDtraus de la mort , et lui promit de
grignour de tous les autres si li douna tel caup par laiue de Diu ql le trencha parmi a lespee et lui et son cheual.
Qnt Sarrasin uirent chou errament laissierent Marsile en camp a petit de gent et comenchierent a fuir cha et la.
Rollans siui Marsile a diestre et a senest ferant et par le poissanche de Diu lochist entre les autres a j. seul caup. A celé bataille furent ochis li c. compaignon Rollant q il auoit amenés auec lui. et il meismes fu naures de iiij.
lancbes. et de makes. et de pierres férus et defroissies si q paines sen ala. Qnt Baligans uit que Marsiles ses frères fu mors. Il sen ala diluée uers Sarragouche.
faire ce qu*ii demandait. Il alla avec lui et lui montra Marsile, de loin, entre les Sarrasins. — « Le voilà, dit le payen, sur ce cheval roux arec cet écu rond. » — ^Alors Roland le laissa aller et s'élança avec ses cent chrétiens entre les Sarrasins. Il en occit un entre autres plus grand que tous les autres et lui donna un tel coup par laide de Dieu , qu'il le partagea en deux , lui et son cheval,avccson épée.Ce voyant, les Sarrasins abandonnèrent aussitôt Marsile en son camp avec un petit nombre des siens et commencèrent à fuir cà et là. Roland suivit Marsile, frappant à droite et à gauche , et parla puissance de Dieu Toccit entre les autres d'un seul coup.
En ce combat furent occis les cent compagnons que Roland avait amenés avec lui. Luimême fut percé par quatre lances, froissé par les massues, blessé et meurtri par les pierres, et c'est à grand'peine qu'il put s'en aller. Quand Baligand vit que son frère Marsile
Bauduins et Tierris se tapissoient forment par leboschage.
et li autre passoient les pors.
Charles q ia les auoit passes ne savoit niet de chou q estoit auenu derrière lui. Rollans sen uint tous seus desi au pie del mont dolans de le mort de tant preudoume et agreues de chiaus ql uit mourir des plaies q il meismes auoit recheus et des orbes caus. Il cescendi desous j. arbre a paines de son cheual. Jouste une gnt pierre de marbre q estoit illuec drechie en j. pre au chief de Raincheuaus. Il auoit encor sespee q si ert et biele et boine q on apeloit Durendal.
Durendal dist il tant dur caup iai de toi donne. Car anchoi falist bras kespee. Il le traist et tint eii sa mai. et lesgarda mFt piteusement et dist en plourant si com uous ores chi.
Ha : boine espee de longeche couuignable de clarté. Plentiue di forche. Très ferme de heut diuoire blanc. De crois dorée replendissans. Aornee
était mort,il se retira de là vers Sarragosse.
Bauduin et Thierry restaient couchés dans le bocage , et les autres passaient le port. Charles, qui déjà Favait passé, ne savait rien de ce qui était arrivé derrière lui. Roland s'en vint tout seul au pied du mont, tout affligé de la mort de tant de vaillants hommes et abattu du spectacle de ceux qui succombaient des plaies que luimême avait reçues et de celles qu'on ne voyait pas. Il descendit avec peine de son cheval sous un arbre , près d'une grande pierre de marbre qui était dressée là en un pré, en tête de Roncevaux. Il avait encore son épée qui était belle et bonne , qu'on appelait Durandal. — « Durandal , dit-il , « j'ai de toi donné des coups si « terribles que le bras a fait « défaut avant l'épée. » Il la tira , la tint en sa main , la regarda avec pitié et dit en pleurant , comme vous verrez ici : « Ah ! bonne épée, de lon- « gueur suffisante , pleine do « clarté, pleine de force, très
— 18i — des gns nons Nostrc Signeur « ferme , dont la garde est
alpha et do. et garnie de deiiine poissanche q te gardera des ore mais, q te lenra. q tauera. q ert saisis de toi. q de toi ert saisis ia niert esbahis ne espoentes p paour danemi ne de fantosme. Mais tous jours ert de le uertu Diu auirones. Par toi est destruite et ochise li gens paiene. et li lois crestiene ensauchie. et le loengc de Diu. et le gloire aqse del chiel. Par tantes fies ai uengie p toi le sanc Nostre Signeur Ih*u Crist et tant en ai ochis de anemis Diu et tant .
sarrasin, et tant mescreans detrenchie et ochis. Par toi est li iutiche emplie, et li pie et les mains coustumiers de larcehin detrenchies. Ha : espee boine evreuse. De sour toutes trenchaus. De sour toutes ague. A cui nule ne fu onques samblans ne jamais niert. -Nus q de toi fust naures ne peut ten uiant uiure. Se mauuais hom ta ne cremeteus ne paiens ne mescreans mFt en sera marne dolente.
« d'ivoire blanc , resplendisse santé de croix dorées, ornée « des grands noms de Notre- « Seigneur, Alpha et Oméga , « garnie de divine puissance , « qui te gardera désormais ?
« qui te tiendra ? qui t'aura ?
« qui se saisira de toi ? Qui « te possédera ne sera plus ni « stupéfait ni épouvanté d'un « ennemi ou d'un fantôme, <( mais sera toujours environ- « né de la vertu de Dieu. Par « toi est détruite et anéantie « la gent payenne, par toi la « loi chrétienne est assurée, et « la louange et la gloire de « Dieu sont obtenues du ciel; « par toi j'ai tant de fois vengé « le sang de Notre -Seigneur « Jésus-Christ , par toi j'ai c occistantd'ennemisdeDieu, « par toi j'ai occis et taillé en « pièces tant de Sarrasins et « tant de mécréants , par toi « justice a été faite , et tu as « coupé les pieds et les mains « coutumiers du larcin. Epée « bienheureuse, sur toutes les « autres tranchantes , sur tou- « tes les autres aiguë , qui
A ches proies feri Rollans de sespee le pierre de marbre j. caup si com chil q le uoloit depechier p chou ql crenioit quele ne uenist en main de paien. En ij. parties fend, le pierre conques sespee nen fu frainte ne maumise. Adont comencha a sonner sen cor se par auenture aucuns des crestiens loist q pour le paour des paiens se tapesist el bos uenist a lui. ou chil q les pors auoient passes retournaissent par auenture et uenissent a se mort et presissent sespee et sen chenal et si siuissent les paiens. Adont souna sen cor par tel effort ql le fendi de le forche de salaine et les naines de col et li nierf li rompirent.
Ichiele unis del cor porta li angeles as orelles Charlemaine q auoit fichée ses tentes en
« n eut jamais sa pareille, qui « ne Taura jamais. Nul ne « peut vivre encore qui de toi <i fut atteint. Mon âme ne se a consolera jamais si tu es pos- « sédée par un mauvais hom- « me , un poltron , un payen « ou un mécréant. »
A ces mots Roland porta sur la pierre de marbre un coup de son épce comme s*il voulait la mettre en pièces, dans la crainte qu'elle ne tombât aux mains de quelque payen. Il fendit la pierre en deux parties , sans que son épée en fut ébréchée ou endommagée. Alors il se mit à sonner du cor , afin que s'il était entendu de quelquesuns des chrétiens qui se cachaient dans le bois , par peur des payens, ils vinssent à lui , ou par hasard pour faire revenir ceux qui avaient passé le port, pour assister à sa mort , prendre son épée et son cheval et s'en servir contre les payens. Il sonna du cor par un tel effort qu'il le fendit de la force de son haleine , et il se rompit les veines et les nerfs du cou. Un ange porta la voix
val q on apiele ual Charlon uers Gascoigne. Entour j auoit viij. Hues de tre ou Rollans ert. Sitost corn li rois loi il sesmeruella mrt dont sen uaut retourner. Qnt Guenes q toute sauoit le maie œure li dist.
Sire ne retournes ja. Car Rollans suent cascun iour buisiner p noient. Sachies ql na mestier daic. Àins cheurt après aucune bieste par chel bos.
Ha : si dolereuse traison q deust estre coparee a le traison Judas. Rollans se choucha a le tre aprochies de le mort, et int sour lerbe desirans del iaue dont peust restindre sen soif ql auoit mFt gnt. Estes uous Bauduin sen frère si li dist ql alast qre del liaue et il iala mais nen troua point et qnt uit ql nen poroit point trouer il reuint douant lui et uit ql ert près de morir. Adont le soigna de se main et p le doute des paiens monta sour le cheual Rollant et prist sen cor et sespee si se mist aie uoie vers lost. Si tost com il s*en pti. estes uour Tierri. et sour lui commcncha a plou-
du cor jusqu'aux oreilles de Charlemagne, qui avait posé ses tentes dans un vallon qu'on appelle Val Charlon , vers la Gascogne. Il y avait environ huit lieues de pays de là où Roland était. Sitôt que le roi Fouît, il en fut fort surpris et voulut alors repartir, quand Guenelon , qui savait tout ce malbeur-là, lui dit : « Sire, ne « retournez pas, car Roland a « coutume de corner chaque « jour pour rien ; sachez qu'il « n'a pas besoin de secours , «, ainsi il poursuit quelque « bête dans le bois. » Oh 1 la douloureuse trahison qui devait être comparée à la trahison de Judas ! Roland se coucha par terre aux approches de la mort et s'étendit sur l'herbe , cherchant de l'eau dont il put éteindre sa soif qui était bien grande.
Alors arriva Bauduin , son frère, à qui il dit d'aller chercher de l'eau. Il y all^ , mais il n'en trouva point , et quand il vit qu'il n'en pouvait trouver, il revint auprès de lui et s'aperçut qu'il était près de
rer et dist a Roiiant que il garncsist same de foi et de confession. Rollans auoit le iour recheu corpus Domini et confes fu anchois ql uenist a le bataille as prestres dont asses auoit en lost. Car ceus ert le coutume anchois ql alaissent a le bataille.
Rollans li vrais martyrs Diu leua ses œus vers le chiel et dist. Sire Ihesus Cs p cui foi iou laissai men pais et uing en ces estranges contrées ensauchier te crestientc. Par laiue de toi ai iou uaincu mainte bataille de mescreans et souffert p toi maint caup et mainte trebucheure et mainte plaie. Reproces escarnis semés trauaus. Caus et frois. et faim et soif, et mainte angoisse. Sire a toi
mourir. Alors il fit sur lui le signe de la croix ^ et dans la crainte des payens , il monta sur le cheval de Roland , prit son corps et son épée et se mit en marche vers Tarmée. Sitôt qu'il fut parti, arriva Thierry.
Il commença à pleurer sur lui, et dit à Roland de mettre son âme en foi et confession. Roland avait pendant le jour reçu corpus Domini et s'était confessé, avant d'aller au combat, aux prêtres dont il y en avait un assez bon nombredans l'armée. Car ils avaient la coutume de confesser les guerriers avant la bataille.
Roland , le vrai martyr de Dieu, leva les yeux vers le ciel et dit : ^ Seigneur Jésus-Christ <( pour la foi de qui j'ai quitté « mon pays et suis venu en « ces contrées étrangères sui- « vre ta chrétienneté, par ton « aide , j'ai' gagné mainte « bataille sur les mécréants , « j'ai souffert pour toi et des « coups, et des chutes, et des <i plaies , des offenses , des « peines de corps et travaux , « le chaud, le froid, la faim ,
comanc joii marne. Si corn tu «
daignas p moi naistrc de le «
Uirgene. et souffrir mort en «
le crois, et el sépulcre estre «
enseuelis et au tierc iour re- «
susciter. Au quaratieme jour «
monter es chius. et li psente «
de le deite ne te guerpi onques. «
Ensi com chou est uoirs si «
daignes tu marne deliurer de «
le ppetuel mort denfier. A toi «
me regehis coupable et pe- «
cheour q pius pdoneres ies. «
De tous les pechies de chiaus a
q en foi et en repentanche te «
claiment. Sire qui de toutes «
les felenies des pecheours en «
quelconques eure il se con- «
uertissent a toi lor pdounes «
lor mesfais qnt il se conuer- «
tirent, et le famé a adultère «
délaissas ses pechies et a Ma- «
rie Madalaigne les siens, et «
mon signeur s. Pierre qnt tu «
lesgardas et au laron recla- «
mant merchi aouuris padis. «
Tu me fâches pdoun. Tout cou «
q iai pechie en toi me pdou- «
nés et mame mèches en pdu- «
rable repos. Sire a cui li cors «
ne périssent mie pour le mort «
ains sunt mue en mix. Sire «
la soif et mainte angoisse.
Seigneur, je te confie mon âme, puisque tu es né pour moi de la vierge Marie et daignas souffrir la mort sur croix, au sépulcre fus enseveli , au troisième jour ressuscitas , au quarantième jour montas aux cieux et ne quittes jamais la présence de ladi vinité. Tout ainsi comme c'est la vérité, daignes délivrer mon âme de la mort perpétuelle de l'enfer ; à toi je me confesse coupable et pécheur, à toi, clément Rédempteur de tous les péchés de ceux qui te réclament en foi et en repentance. Seigneur, qui pardonnes à tous les pécheurs leurs trahisons et méfaits à quelque heure qu'ils se convertissent , qui remis à la femme adultère ses péchés, à Marie-Magdeleine les siens , à Monseigneur saint Pierre quand tu eus égard à lui , au larron réclamant merci, ouvres-moi le paradis, et te pries de me faire pardon de tout comme j'ai péché, et de mettre mon
q lame dessoiures del cors, et fais uiure en millour uie. et q desis iou uuel mius le uie delpecheour q le mort. Jou croi de cuer et regehis de bouche q p xhou ueus tu marne mener hors de ceste vie quapres le mort le fâches uiure en millour vie. Le sens et lentendement qle a ore ara ele millour de tant com il a entre lombre et le cors. Rollant pst dont se piel entre sen cuer et ses mamieles et dist gémissant plains de larmes si q Tierris en fu tiesmois q puis le raconta tout si com il le uit et oi.
Diux urais pères fius de le beneoite uirgene Marie. De tout men cuer regehis et croi que mes cors deuenra tre. et q au iourdel juise resuscitera de tre. et en ceste char meisme uerrai men sauueour dame Diu. Ceste parole dist par iij.
fois si ql tenoit se piel et se car fortement. Apres mist se main a ses ieus et dist par iij.
fois cist OBul meisme te uerront ensement. Adont comencha a oais ouers esgarder le chiel et faire crois sour sen pis et sour
« âme en repos éternel ; Sei- « gneur , par qui les corps ne « périssent pas, mais sont mis « en meilleur état , Seigneur, « qui séparez 1 ame du corps, « qui la faites vivre en meil- « leure vie et qui voulez plu- « tôt la vie du pécheur que sa « mort, je crois de cœur et con- « fesse de bouche que parce que « vous voulez mettre mon âme « en dehors de cette vie , vous « la ferez vivre en meilleure « vie après ma mort. Le sens « et Tentendement qu'elle a « mai»tenant,elle les aura par « la suite d'autant meilleurs « qu'il y a grande distance en- « tre l'ombre et la réalité. »
Roland prit alors son épée entre son cœur et son sein, et dit en gémissant et en pleurant devant Thierry, qui raconta depuis comme il l'avait vu et entendu : « Dieu,vrai père, fils « de la bienheureuse vierge « Marie I de tout mon cœur je « confesse et crois que mon « corps deviendra terre et « qu'en cette chair même je « verrai mon Sauveur, fils de « Dieu. » Il prononça ces pa-
tous ses membres et ilist toutes choses mondaines me sont uius. Car or esgar jou par le uolente de Diu chou q oeus ne puet ueir ne ôrelle ne puet oir. Ne en cuer doume onqs nentra chou q Nostres Sires aparelle a chiaus q laiment.
Apres tendi ses mains a Diu et fist proiere p tous chiaus q en celé bataille estoient mort.
Sire dist il li douchours de miséricorde soit esmene sour tous tes fins q en ceste bataille sunt hui mort q des lontains pais en estranges contrées uinrent combatre contre le gent mescreant et ensauchier ten saint non et vengier ten precieus sanc et esclairer ta foi. Il gisent chi mort p toi par les mains des Sarrasins mais tu biaus Sire esleue par te pitié lor pechies et oste lor âmes des tormens dinfier. Enuoie tes sains archangeles sour aus qui ostent lor âmes de lerion des ténèbres et mecherit lor âmes en règne du chiel ql puissent régner o tes angeles saintismes q uis et règnes o le Père et o le Fil et
rôles par trois fois, en tenant fortement pressées sa peau et sa chair. Après il porta sa main à ses yeux et dit par trois fois :
« Ces yeux mêmes te verront « en même temps. » Il commença alors à regarder le ciel à œil ouvert , à faire le signe de la croix sur sa poitrine et sur tous ses membres , et dit :
« Toutes choses mondaines « sont nulles pour moi, car je « vois par la volonté de Dieu « ce que les yeux ne peuvent « voir, ce que Tôreille ne peut « ouïr, ce qui n'entra jamais « que dans le cœur des hom- « mes auxquels Notre -Sei- « gneur raccorde par amour.» Puis il tendit ses mains à Dieu et fit sa prière pour tous ceux qui étaient morts dans la bataille : « Seigneur, dit-il, que « la douceur de miséricorde « descende sur tous tes fils « qui en cette bataille ont suc « combé, qui étaient venus de « lointainspays en ces contrées « étrangères pour xx>mbattre « la gent mécréante , sauver « ton saint nom , venger ton « sang précieux et éclairer ta
le s. Esprit pardurablcment.
In scFa scrorum. Amen.
En ceste confession et en ceste proiere issi H beneoite ame del cors Rollant li beneoit martyr, et fu portée des sains angeles en pardurable repos, ou ele règne et es en ioie sans fin coiointe as compaignes des sains martyrs par le dignité de se déserte. Apres chou q Rollans fu trespasses se parti Tierris dlUuec q tout chou uit et oi et urais tesmoins en fu.
Entrementes q lame RoUant le beneoit mtvr issoit del cors.
« foi. Ils gisent ici morts « pour toi par les mains des « Sarrasins, mais toi , mon bon « Seigneur, remets leurs pé- « chés par ta miséricorde et « délivres leurs âmes des tour- <( ments de Tenfer. Envoies « tes saints archanges pour « ôter leurs âmes de la nuit « des ténèbres et les mettre « dans le royaume des cieux , « qu'ils puissent régner avec « les saints anges, toi qui vis « et règnes avec le Père , le « Filsel le Saint-Esprit et pour « Tétemité. In smcula sœcu- « lorum. Amen. »
En cette confession et cette prière , s'envola Tâme bienheureuse de Roland , le bienheureux martyr , et fut emportée par les saints anges dans le repos éternel où elle règne et est en joie infinie , conjoipte aux compagnies des saints martyrs , par la dignité de sa grâce. Après le trépas de Roland, Thierry, qui avait tout vu et entendu, quitta ces lieux et en fut le témoin véridique.
Pendant que Tâme de Roland , le bienheureux martyr ,
Jou Turpins archcuesques de Rains cantoit le roi messe del fiu Diu en ual Charlon. Cel iour erl sixte kalende de juin.
En celé eure ausi corn rauis en lautre siucle oi unes compaignes cantans lasue con cil trespassoiet en haut. Estes uous après une compaigne de malignes esperis q passa par deuant moi ausi chargie co sil repairassent de proie. Jou lor dis errament q chou est q uous portes. Nous.portouns disent il Marsiles en infier.
Et nostres buisineres Mikieus li archangeles emporte es chius lame Rollant et moût dautes auec lui. Qnt iou Tpins eue cantee le messe. Jou uing esramment au roi si li dist.
Sire sachies certainement q li beneois s. Mikius li archangeles emporte lame Rollat es chius et moût des autres crestiens. Mais iou ne sai de quel mort il est mors. Et li diable emportet en enfîer lame Marsile et mrt des autres. Si com iou Tpins ploie si faitement au roi. estes uousBauduins sour le cheual Rollant a tout le cor
Oise dégageait de sa prison corporelle, moi,Turpin, archevêque de Rheims , je célébrais pour le roi la messe du fils de Dieu dans le val Charlon. Ce jour était le six des calendesde juin. A cette heure,comme aussi emporté dans un autre monde, j'entendis une compagnie qui chantait au-dessus de moi , comme si elle passait. Apparut bientôt une compagnie de malins esprits qui passèrent pardevant moi chargés comme s'ils venaient de faire une proie.
Je leur dis aussitôt : « Qu'est- « ce que vous portez? — Nous « portons , dirent-ils , Harsile « en enfer , et notre archange « Michel , qui sonne de la « trompette , emporte au ciel « rame de Roland et de beau- « coup d'auti-es avec lui. » — Lorsque moi, Turpin, j*eus chanté la messe , je vins sans tarder auprès du roi et lui dis:
« Sire, tenez pour certain que « le bienheureux archange « saint Michel emporte aux « cieux rame de Roland et de <( beaucoup d'autres chrétiens, « m^is je ne sais de quelle
et a toute lespee. Cil aconta si corn il ert auenu et cornent il auoit laissie Reliant ioastc le pierre. Adont leiia par toute li cris et li plours si gns conqs si gns ne fu ois. Ensi repairierent ariere criant et plourat.
Premièrement troua Charles Reliant ses bras mis en crois sour sen pis. Si cai errament sour li plains de seglous et de souspirs. et comencha forment a plorer et a détordre ses mais, se fâche a depechier et esraichier se barbe et ses chauaus a hans cris tout emplorant.
Desmesureement comencha a dire. He biaus nies destre de de men chors. Honors de Fnche. Espee de iustiche.
Hantes nient flekissable. £1mes de salu. Sanlans de proeche a Judas Machabeu et de
« mort il a péri. — Les diables « emportent en enfer Tâme de « Marsile et de beaucoup d'au- « très.» Et comme moi, Turpin , je parlais au roi de ce fait , arriva Bauduin sur le cheval de Roland avec le cor de chasse et Tépée. Il raconta ce qui était arrivé et comment il avait laissé Roland auprès de la pierre. De toutes parts, il s'éleva des cris et des gémissements si grands que jamais pareils ne furent ouïs.
On retourna en arrière en criant et en pleurant.
Premièrement Charlemagne trouva Roland les bras mis en croix sur sa poitrine. A l'instant il se jette sur lui en sanglottant, en soupirant, et commence à pleurer abondamment, à tordre ses mains , à se déchirer la face, à arracher sa barbe et ses cheveux en pleurant à hauts cris et démesurément.
« Ah I beau neveu, bras droit « de mon corps , honneur de « France , épée de. justice , « lance qui ne fléchissait pas, « heaume de saint, semblable
« de prouesse à Judas Macha-
forche a Sansson. ChVs très «
aigres. Sages de bataille. Fors «
sour tous les fors. Roiaus de m
lignie. Destruisieres de Sarra- «
sins. Deffenderes de crestiens. «
Murs de clers. Bastions dorfe- «
nins. Réfections et viandes de «
ueues. Releuerre de sainte «
Eglise. Langue bn disans sans «
menchoigne. Droituriers en «
jugement. Cuens nobles sour a
tous frans cuens. Sires des «
os. Pour choi te uoi iou mort. «
Pour choi ne muir iou auec «
toi. Pour choi me laisses tu «
tristre et uain. Ha las q ferai «
q dirai iou de toi. Tu soies «
auec les angeles. Tu aies ioie «
auec les martyrs. Tu aies re- «
pos auec les sains. À tous «
iours mais sans fin plouerrai «
sour toi. Ausi com Dauid fist «
sour Saul. et sour lonatan et «
sour Absalon. Tu q ies en le «
ioie des chius nous laisses «
tristres en cest siucle. Le sale «
resplendissans de ioie te tient «
et nous li iours plains de «
plours. Tu q xxxviij. ans «
auoies. ies ore de le tre esle- «
ues el chiel. De chou dont li «
mondes pleures. Sesleeche ore «
bée, de force à Samson, chevalier redoutable, sage dans les combats , fort sur tous les forts , de lignée royale , destructeur de Sarrasins, défenseur des Chrétiens, rempart du clergé , bastion d'orphelins, réfection et soutien des veuves , restaurateur de la sainte Eglise, langue bien disant sans mensonge, homme droiturieren justice, comte noble sur tous les comtes de France , seigneur des armées, pourquoi te vois-je mort? pourquoi ne puis-je mourir avec toi ?
pourquoi me laisses-tu triste et impuissant ? Hélas ! que ferai-je , que dirai-je de toi ?
que tu soies avec les anges, que tu aies joie avec les martyrs, que tu aies repos avec les saints. Je pleurerai sur toi éternellement , ainsi que fit David sur Saul , sur Jonathas , sur Absalon. Toi qui es en la joie des cieux , tu nous laisses tristes en ce monde. La salle resplendissante de joie te contient maintenant et nos jours sont
V\ ceslestins sales.
Par ces proies et par autres teus autres samblans a cestes et asses plus q iou ne poroie dire plora Charles p Rollant tant corn il uesq. En cel liu ou RoUans gisoit mors fichierent le nuit lor tentes. Charles fist le cors embaxemer de basme et de mirre et daloen.
Toute le nuit uilla H os illuec en plours et en proieres.
Entour le cors ot mYi de luminaire. Honerement le gaitierent et as gns fus. Lendemain a laube creuant cou conte lestore en alerent tout arme en Raincheuaus ou le bataille auoit este et li cors de tant de preudome gisoient mort. Il trouèrent les uns mors et les autres demi mors. Oliuier trouèrent mort gisant tout estendu en crois loiet deiiij.
hars a iiij. fors peus fichies en tre. Escorchies del chol
9r> — « pleins Je pleurs. Toi qui « n'avais que trente-huit ans, « tu es maintenant de la terre « élevé au ciel ; de ce dont le « monde pleure, la salle ( la « cour ) céleste se réjouit en a ce moment. »
Par ces paroles , et par toutes autres semblables, et aussi par plusieurs que je ne pourrais dire, Charlemagne pleura Roland autant qu'il vécut. En ce lieu ou Roland gisait inanimé, on dressa les tentes pendant la nuit. Charles fit parfumer le corps de baume, de myrrhe et d'aloës. Toute la nuit l'armée veilla en pleurs et en prières. Autour du corps on plaça un grand nombre de torches, et on le garda honorablement et avec de grands feux. Le lendemain , à l'aube naissante, ainsi que le raconte l'histoire , ils s'en allèrent à Roncevaux , qui avait été le lieu du combat et ou gisaient les cadavres de tant de braves guerriers. Ils trouvèrent les uns morts , les autres demimorts; le corps d'Olivier, ils le trouvèrent étendu en croix et
desi as ongles des pies et des lié par quatre cordes à quatre
mains de coutiaus agus et tout depechie de dars et de saietes et de lanches et despees et de caus debastonstout defroissie.
Dont leua gns li cris et H plours. et li uois des plaignans et des caitis ert si gns si con cascuns plouroit p sen ami q li bos et les ualees erent toutes plaines de plours et de cris q il faisoient.
Charles fist sen cierement adont de par le Roi paissant de sour tous rois ql ne cesseroit daler après les Sarrasins desi q il les troueroit. Il sesmut a toutes ses gens chou tesmoigne lescriture q li solaus aresta. et li iours fu alongies lespassce de iij. eures. Il errèrent tant ql uinrent a vne iaue q aiioit anon Ebra jouste Sarragoucbe. Illuec les troueret arestes les uns dormans.
les autrea manians. Dont lor coururent sus ausi com li lions famillans keurt a proie.
forts pieux enfoncés en terre. Il avait été écorché depuis la tête jusqu'aux ongles des pieds et des mains par des couteaux aigus , il avait été percé de dards et de flèches , de lances et d*épées , il était tout froissé de coups de bâton. Alors s'élevèrent de grands cris et de grandes lamentations; la voix des plaignants et des captifs était d'autant plus grande que chacun pleurait pour son ami, et que les bois et les vallons en retentissaient.
Charlemagne fit alors le serment de par le Roi puissant sur tous les rois, qu'il ne cesserait de poursuivre les Sarrasins jusqu'à ce qu'il les rencontrât. Il se mit en mouvement avec toute son armée.
Selon ce que témoigne l'écriture, le soleil s'arrêta et le jour fut allongé de l'espace de trois heures. Ils errèrent tant qu'ils vinrent près d'une rivière qui s'appelait l'Ebre, non loin de Sarragosse, Là, ils trouvèrent les payens qui s'y étaient arrêtés, les uns donnant, les autres
lUuec ot Turpins tant de caus mangeant. Ils coururent des-
et tantes blecheures ql en fu mrt empiriesdel cors et moins en uesq. Ensi le le fist la Charles et ses gens. Onques des iiij. m. Sarrasins ql estoient nen eschapa uns seus. Adont repairierent et uinrent ariere en Raincheuaus. Les mors les naures fist Charles prendre et porter desi au cors Reliant.
Iluec fu dont dit et affreme q cis damages estoit auenus par Guenelon et ql en auoit meserre contre Charlemaine.
Charles le fist amener deuant lui et Tierris len apela lues, et il sen deffendi par Pinabel
sus comme des lions affamés courent sur leur proie. Là,Turpin reçut tant de coups 'et de blessures qu'il en eut le corps tout délabré et que ses jours en furent abrégés. Charlemagne et ses gens firent si bien que des 4,000 Sarrasins qu'ils étaient, il n'en échappa un seul. Alors ils repartirent et revinrent à Roncevaux. Charles fit relever les morts et les blessés, et les fit porter auprès du corps de Roland.
Dès lors, il fut dit et affirmé que ces dommages étaient arrivés par Guenelon , et qu'il avait messervi Charlemagne.
Celui-ci le fit amener devant lui, et Thierry l'appela coupable et le provoqua. Il s'en déqlimist p lui. Il sarmerent «fendit et envoya Finale/ en sa et uinrent ensanle. Ne de- place. Us s'armèrent et s'atta-
moura gaires q Tierris lochist si com lestore dist q uoire est.
Qnt Charles uit q le uerites fu esclairie il fist loier Guenelon par les iiij. menbres a iiij.
des plus fors ronchins de lost.
et iiij. fors homes seir sus. Si le fist detrairc a iiij. pars del
quèrent. Celui-ci ne put résister longtemps contre Thierry , qui le tua ainsi que le dit l'histoire qui est vraie. Charles voyant que la vérité était éclaircie , fit lier Guenelon par les quatre membres à quatre des plus forts chevaux de rarniée„
monde. Si faitement morut sur lesquels il fit monter qua-
Guenelon de laide mort et despile.
Apres chou aparellierent les cors de lor amis. L*un de basme. lautre de mirre. Il les ouurirent et jetèrent fors les entrailles. Et chil q nauoient les chiers ongemens les aparelloient de sel. Selonc chou q cascuns estoit atourna sen ami pour porter a plus gnt aise. Li vn les emportèrent sour bières de fust. Li autre sour cheuaus. Li autre lor espaulles. Li autre entre lor mains. Li autre sour lor chol en eskieles et li un en fucent les autres illuec. Ensi se ptirent de Rainscheuaus a tout lor amis a gnt dolour et a gns * en ce lieu. C'est ainsi qu'ils cris. Adont estoient doi cime- quittèrentRoncevauxavecleurs
tre des hommes les plus robustes, et il le fit écarteler. Ainsi périt Guenelon de mort ?ile et ' infamante.
Ensuite on appareilla les corps des amis, les uns de baume, les autres de myrrhe.
Ils les ouvrirent et tirèrent dehors les entrailles. Ceux qui n'avaient point de précieux parfums les appareillèrent de sel.
Selon les facultés que chacun avait , il arrangea son ami de façon àleporterplus aisément.
Les uns les emportèrent en des cercueils de bois, les autres sur des chevaux, les autres sur leurs épaules, les autres entre leurs mains , les antres sur leur cou en manière d'échelles.
Il y en eut qui les enterrèrent
tiere de haute dignité. Li uns estoit a Arsle en Alixandre et li autres a Bordiaus q nostre Sires benei par les mains de vij. euesques dont bien nous sai dires les nous. Li uns eut a non sains Maximiens dAqtaine. Li autres sains Trophins
amis, la douleur dans l'âme et poussant de grands cris. Il y avait alors deux cimetières des plus distingués. L'un était à Arles, en Alexandre , l'autre à Bordeaux, que Notre-Seigneur bénit par les mains de sept évêques, dont je vais vous dire les
dÀlle. Li tiers sains Pol de noms Nerboune. Li quars sains Saturnins de Nerboune. Li quins saint Frontins de Pieregort.
Li sixtes saint Marciaus de Limoges. Li sitiemes s. Aitropesde Saintes. Voir est que de ces vij. cors sains gist gnt plie en ces ij. cimetières. Et chil meismes q Charles troua mors en le capiele si com iou uous ai dit deuat qnt il fu repairies de le bataille de Naruale.
Le cors Reliant le beneoit martyr fist Charles porter a filaues sour ij. mulsen j. lit mFt bien aourne dor et couuert dun paile. et sen cor et sespee auec lui. Illuec le fist li rois enseuelir honerecment en monstier. Saint Romain ql auoit fonde et mis canoines riules. En se sépulture fist li rois mètre sespee a son chief et sen cor a ses pies en lonour de Diu et de se proeche. Puis emporta on le cor a mon é-
Fun sappelait saint Maximien , d'Aquitaine ; l'autre , saint Trophin, d'Aile ; le troisième , saint Paul, de Narbonne; le quatrième, saint Saturnin , de Narbonne; le cinquième , saint Frontin , du Périgord ; le sixième , saint Martial , de Limoges ; le septième , saint Eutrope , de Saintes. Les corps de ces saints gisent pour la plupart en ces deux cimetières^ ainsi que ces mêmes guerriers que Charles trouva morts en la chapelle , comme je vous l'ai dit précédemment , à son retour de la bataille de Navarre.
Charles fit porter le corps de Roland , le bienheureux martyr , à Blaies , sur deux mules , en un lit bien orné d'or et couvert d'un poêle , et son cor de chasse et son épée avec lui.
Là, le roi le fit inhumer avec honneur dans le monastère de saint Romain qu'il avait fondé et doté de chanoines réguliers.
En sa sépulture, le roi fit mettre l'épée auprès de la tête et le cor de chasse au bout des pieds, en l'honneur de Dieu et
gneur s. Seuerin a Bordiaus.
Mais lestoire ne dist mie q chil fu q la porta le cor. Vous q lestoire oes nenqres mie q lespee deuint. Car Dix ne uaut soufrir qle fust puis ueue. Pour chou qle ert aornee des sains nons Nostre Signeur. Si ne uaut mie Nostres Sires qle fust trouuee q desloiautes nen fust faite p li auoir et q uous en diroit el : ne le cressies mie. Boine eureuse est le vile de Blaues q desi haut hoste est honorée con de RoUant. Bien se doit esleechier del soûlas de sen cors. A Belin le Castel fu portes et enseuelis Oliuiers. Et Gondebues li rois de Frise et Ogiers li rois de Danemarche et Aristans li rois de Bretaigne et Garins li dus de Loerrainne et mit autres. Boine eureuse est le uile de Belin q de tant baron est honorée. Ensi furent la entière. Et a Bordiaus el cimetière fu s. Seuerin entières Gaifiers li rois et Engliers li rois dAqtaine et Lambers li prinches de Bouorges. et Geriers, et Gerins. et Renaus
de la prouesse de Roland. De> puis le cor de chasse fut emporté à Monseigneur saint Séverin àBordeaux,maisrhistoire ne dit pas quel est celui qui remporta. Vous qui écoutez cette histoire, ne tous enquerrez point de ce que Tépée devint ; car Dieu ne voulut pas qu'elle fut retrouvée depuis , ni qu'on usât de déloyauté pour se la procurer, et quiconque vous en dirait quelque chose , ne le croyez pas. Bienheureuse est la ville de Blaies qui possède un hôte aussi illustre que Roland , bien se doit êtrQ en joie du bien-être de son corps. Olivier fût porté el enseveli au château d'Abelin , ainsi que Gondebuf , le roi de Frise ; Ogier , le roi de Danemarck ; Artston , le roi àe Bretagne ; Garin , le duc de Lorraine, et beaucoup d'autres. Bienheureuse est la ville dTAbelin , qui est honorée de la sépulture de tant de barons. A Bordeaux , dans le cimetière où saint Sevérin fut enterré lui- niême , furent inhumés le roi Gaife ; Angelier , le roi d'Aquitaine ;
— 21) dAubespine et Gautiers de Termes et Guielins et Beges et bien xv. mil autre. Hoiaus li cuens fu portes a Nantes se cite et illuec fu entières et mFt autre Bretoun.
Qnt en ces cimetiers furent entière Charles douna pour le salu de lor âmes en le ramenbranche de Judas Machabeu xij. mil onches dor. et autretant dargent et uestemens et penture et toute le tierre enuiron vj. Hues de Blaues et tout le castel et tout chou ql iapent. Nis le mer q desous est douna Charles a le glise de mon signeur s. Romain de Blaues en Alues pour lame de Rollant. Et si comanda as canoines de le glise ql ne fesissent nul seruiche a nule psoune laie. Mais tant seulement li canoine q erent présent vestissent cascun an xxx.
poures et dounaissent a mangier au iour de sen obit ppetuelement. Et desissent xxx.
sautiers et xxx. messes et xxx.
comandasses et xxx. uegiles.
Lambert, le prince de Bourges; Gérier, Gérin et Renaud d*Aubespine , Gautier de Termes , Giselin, Oie^onetbien 15,000 autres guerriers. Hœl , le comte , fut porté à Nantes , sa cité, oii il fut inhumé avec beaucoup d autres Bretons.
Après ces inhumations en ces cimetières, Charles donna pour le salut de leurs âmes, en mémoire de Judas Machabée ^ 12,000 onces d'or et autant d'argent , vêtements et peintures, et toute la terre des environs à six lieues de Blaies , et tout le château et tout Qe qui en dépend, sans en excepter la mer qui est en dessous; Charles en fit don à Téglise de Monseigneur saint Romain » de Blaies , en Aines , pour Tâme de Roland , et il recommanda aux chanoines de Téglise de ne faire aucun service pour personnes laïques , mais i\ mit seulement la condition que les chanoines qui étaient présents vêtissent annuellement trente pauvres , leur donnassent à manger le jour de son obit à perpctuité,qu ils diraient trente
et tout le seruiche des mors psaumes, trente messes , trente
commendaces , trente vigiles , tout le service des morts, premièrement en rhonneur de Roland le jour de son trépas, et pour toutes les âmes de ceux qui à Roncevauxeten Espagne avaient succombé au service de Dieu , et de ceux qui devaient mourir, afin qu'ils fussent participants aux avantages célestes. Tout cela, les chanoines de Féglise le promirent , et ils s'engagèrent par serment à l'exécuter et à Faccomplir.
Ensuite de ces événements', moi , Turpin , archevêque de Rheims, et Charlemagne, nous avons quitté Blaies avec toute l'armée , et sommes venus à Arles , par la Gascogne et par Toulouse. Là, nous trouvâmes les Bourguignons qui nous avaient quittés dans le vallon.
Ils venaient voir les mortsqu'on apportait dans des lits et en charrettes pour les enterrer en Alise , dont la ville d'Arles est voisine. Dans le même cimetière , nous avons inhumé de nos mains , le comte de Langres, Salomon et Samson,ducs
premièrement en le ramenbranche de lame Rollant au iour de sen trepassement. Et pour toutes les âmes de chiaus q en Rainscheuaus et en Espaigne estoient mort el seruiche Diu et qui auoient amorir et q il fuissent parchoimgnier des celestins biens. Tout chou li promisent li canoine de celé glise et conuenencherent a tenir et a faire par sierement.
Apres iou Turpins archeuesques de Rains et Charles nous deptimes adontde Blaues atoute nostre ost et uenimes a Arsle par Gascoigne et par Toulouse. Illuec trouuames les Bourgignons q de nous erent deptien nostre ual. Sestoient uenu veir les mors con aportoit el lis et en karetes pour aus entierer en Alixans dont Arsle est près. En cel cimetière entierames nous de nos mains estout le conte de Lengres.
Salemon et Sanssons le duc de Bourgoigne. Et Ernaut de Biaulande et Aubri le Bor-
guignoD. Berengier et Gui- de Bourgogne
nart et Estorminn. Haton et Yuoire et Berart de Nubles.
Namlon le duc de Baiuiere et bn entour x. mil de nostres et Coustentins fu aporles a Rome entierer et ml't dautre pule.
Apres chou uenimes ensanle a Yiane et iou Tpins remains illuec mVt agreues de mes plaies et des oolps q iou auoie soufert en Espaigne. Dont priai a Charlemaine et reqs pour lamonr ql auoit a moi ql me fesist sauoir le iour de sen trespassement sil trespassoitenchois de moi. Et iou H creantai q iou li feroie sauoir le mien se iou trespassoie anchois de lui. Iou Tpins archeuesques remens ensi a Viane. Et li rois q ert auques afeblis sen parti a toute se gent et uint a Paris.
Adont assambla j. concile de uesques et dautres haus homes a mon signeur s. Denise. Il rendi grases a Diu de
Amoud de Biaulande, Aubry le Bourguignon , Bérenger , Guenart , Estormin , Haton , Yvoire et Berart , de Nubles; Namlon, le duc de Bavière ; et environ •10,000 des nôtres. Constantin fut emporté à Rome pour y être enterré avec beaucoup d'autres.
Après nous arrivâmes tous ensemble à Vienne , où moi , Turpin, je fus obligé de rester fort souffrant de mes plaies et des coups que j'avais reçus en Espagne. Alors je priai Charlemagne et le requis par Famitié qu'il avait pour moi , de me faire savoir le jour de son trépas , s'il trépassait avant moi , et je lui promis que je lui ferais savoir le mien si je mourrais avant lui. Moi , Turpin , l'archevêque, je demeurai donc à Vienne , et le roi , qui était aussi fort affaibli , continua sa route avec tous les siens et arriva à Paris.
Il assembla alors un concile d'évêques et d'autres grands personnages à Monseigneur saint Denis. Il rendit grâce à
chou ql auoit Espaigne conqse Dieu de ce qu'il avait conquis
a lonnor de sen non. Li rois Charlemaine douna toute Fnche a le glise de mon signeur s. Denise. Si corn s. Pois li apostles lauoientdeuant doune et mesires s. Climens. A mon signeur s. Denise. Charles manda et comanda q tout li roi de Fnche et tout li uesque q dont estoient a auenir es> toient fuissent obéissant en Diu et au pastour de le glise de mon signeur s. Denise. Ne rois ne fust couronnes en Fnche se par sen consel non. Ne nus uesques dampnes a Rome ne rechus se par sen consel non. Apres comanda q cascune maison dounast iiij. deniers par an a édifier le glise de mon signeur s. Denise. Ensi le fissent de toute Fnche. Et tous ses siers q uolentiers doroient ces d* relaissa de seruaige. Dont sestut Charlemaine deuant le cors de mon signeur s. Denise si li pa ql fesist proiere a Diu p tous chiaus q ces deniers donroient uolentiers et p chiaus q en Espaigne et en Rains-
TEspagne en l'honneur de son nom. Le roi Charlemagne accorda toute franchise à Téglise de Monseigneur saint Denis , comme Favaient donnée auparavant Tapôtre saint Paul et Messire saint Clément. Charles manda et commanda que tous les rois de France et tous les évêques présents et à venir , obéiraient en Dieu et au pasteur de Féglisede Monseigneur saint Denis ; qu'aucun roi ne serait couronné en France que par son conseil ; qu'aucun évêque ne serait ordonné à Rome ni reçu sinon par son conseil.
Il ordonna^deplus, que chaque maison donnât quatre deniers par an pour édifier l'église de Monseigneur saint Denis » et ainsi pour le reste de la France, et il releva du servage tous les serfs qui feraient volontiers ces dons. Alors Charles se tint devant le corps de Monseigneur saint Denis, et le pria d'intercéder auprès de Dieu pour tous ceux qui feraient volontiers ces dons et pour ceux qui en Espagne et à Roncevaux avaient
cheuaus auoient recliut mar- souffert le martyre. tyre.
Ghele nuit après saparut me sires s. Denises au roi en son dormant. II lesuella et si li dist. Rois saches q tout chil q par ton amenestement et p teprotere sunt mort en Espaigne et aillours sunt sauf. Et tout chil q les deniers donnent et donront uolentiers a edefiier me glise si con tu las atire de lor grignours pechies sunt iaquite par me proiere.
Qnt chis miracles fu reueles de par le roi aporterent de toutes pars et rendirent uolentiers le deniers. Partout estoient apele franc saint Denise pour chou q deliure estoient de toutes autres seruiches.
Dont vint celé coustume q celé tierre q deuant estoit apelee Gaulle est ore apelee Franche.
Chis mos frans dist autant çome deliures. Qnt Charles ot ensi esploitie il sen ala uers Liège droi a Ais le Capiele et fist faire en le uile bains diaue caude et tempree de froide et le glise nostre dame sainte Marie ql auoit illuec comen-
La nuit suivante , apparut Messire saint Denis au roi pendant son sommeil , et lui dit :
a Saches , ô roi , que tous « ceux que tu as emmenés à « la guerre et pour lesquels tu « as fait ta prière , qui sont « en Espagne et ailleurs, sont « sauvés, et que tous ceux qui « donnentet donneront volon- « tiers pour édifier mon église, « ainsi que tu Tas demandé , « sontdéjàquittes de leurs plus « grands péchés , en vertu de « ma prière. » Quand ce miracle fut révélé par le roi , on apporta de toutes parts et on donna volontiers les deniers. Partout on les appelait Francs de saint Denis , parce qu'ils étaient par là libérés de tous autres services. De là vint la coutume d'appeler France cette terre qui, auparavant, avait le nom de Gaule. Ce mot franc dit autant que délivré. Après ces exploits , Charles s'en alla vers Liège droit à Aix-la-Chapelle et fit faire en la ville des bains d'eau chaude tempérée
cliie aorna honerablement dargent et dor et de toutes autres aornemens ql conuenoit a sainte glise. Destoires de le uiele loi et de le nouiele le fist mrt richement paindre et sen palais autresi q de iouste le glise estoit. Toutes les batailles dEspaigne fist paindre es palais et les vij. ars de meruilleuse œure.
Art de gmaire.
Premièrement fist paindre li rois Charles. Gramaire ki mère est de toutes les ars. Elle ensaigne qntes letres sunt et queles eles sunt. et cornent eles doiuent estre escrites et par quels lettres les sillabes et les dictions se deuisent. En quel liu li diction doiuent estre. Si com li liure dorthographie le demoustrent q pmes furent ent® les autres. Ortho en griu ches droit en latin.
Graphia cest escripture. Orthographie chest droite escripture. Par chest art entendent li liseour en sainte glise chou
de froide , et Téglise de Notre- Dame sainte Marie, qu'ily avait commencée ; il Toma honorablement d'argent et d*or et de tous autres ornements convenables à sainte Eglise. II y fit peindre à grands frais des histoires de l'ancien et du nouveau Testament , ainsi que ions son palais qui était tout auprès de l'église. Toutes les batailles d'Espagne, il les fit peindre en son palais , ainsi que les sept arts àe l'œuvre merveilleuse.
Art de grammaire.
Premièrementyle roi Charles fit peindre la grammaire qui est la mèrede tous les arts. Elle enseigne combien il y a de lettres, ce qu'elles sont, comment elles doivent être écrites , par quelles lettres les syllabes et les mots se composent et , comme le livre d'orthographié le démontre , quels furent les premiers entre les autres. Ortho, en grec , c'est flroit en latin ; graphia, c'est écriture. Orthographie , c'est droite écriture.
Par cet art, le lecteur en sainte Eglise entend ce qu'il lit. Et ceux qui lisent et ne compren-
— 2()7 — ql lisent. Et chil ql list et ne nent pas , sont comme celui
lentent sest ausi corne chil q aie le clef del trésor et ne set ql a dedens.
Miisique, Apres fu painte musike q ensaigne par choi li seniiche Damediu sunt plus biel. Car par cheste art cantent et orgênent li clerc. Q cheste art ne set si maines se uois ausi coni chil fait torte ligne cl parkemin. Nest mie cans q nest selonc musike et q ne lèsent par iiij. lignes. P cheste art canta Dauid les saumes del sautier. et en le harpe et en le gligle et el timbre et es autres estrumens. P cheste art furent li estrument de musique. Chest art fu primes trouée par les uois des angles.
Si ne doiuent mie a nuier li cant de sainte glise puis ql uinrent pmes de le uois des angeles. En chest art si a gnt sacrement et gnt pourfit. Car les iiij. lignes par choi ele est escrite senefient iiij. uertus.
Chest prudenche. Forche. Atempranche. Justiche. Et li viij.
ton senefient viij. boines ver-
qui a la clef d'un trésor et ne sait ce qu'il renferme.
Musique.
Après fut peinte la musique qui enseigne comment le service de Dieu devient plus agréable , car par cet art les clercs chantent et jouent des orgues.
Celui qui ignore cet art conduit sa voix comme celui qui trace une ligne tortue sur parchemin. Il n*y a pas de chant sans musique et qui ne soit écrit par quatre lignes. Par cet art David chanta les psaumes du psautier sur la harpe , le gligle , les timbales et autres instruments. Cet art a donné naissance aux instruments de musique , cet art a été trouvé d'abord par la voix des anges.
On ne doit donc pas changer le chant de la sainte Eglise , puisqu'il vint d'abord de la voix des anges. En cet art réside un grand sacrement et un grand profit , car les quatre lignes par lesquelles il s'écrit signifient quatre vertus qui sont : la Prudence, la Force ,
tus qui sunt en lame.
Dyaletike.
Apres fu painte dyaletike q aprent a discerner le faux del noir et a desputer de sens et de parole.
Rectorike.
Apres fu painte rectorike q ensaigne a parler plaine pôle et droite. Rectorike dist autant comme plente empole.
Géométrie.
Apres fu painte géométrie.
Géométrie dist autant come mesure de tre. Geste ars ensaigne a mesurer les hauteches des tours par esgart et a mesurer les espaisces des mons et des uaus. et des mers. Q plainement set cheste art il set bien quans pies ou qntes Hues aen j. camp de tre ou en vue contrée. Par cheste art seurent H senatour de Rome et des autres cites les uoies dune cites a autre. Et li fil Israël en amesurerent le tre de promission et de lonc de le.
la Tempérance, la Justice , et les huit tons désignent huit bonnes vertus qui sont dans lame.
Dialectique.
Après fut peinte la dialectique qui enseigne à discerner le faux du vrai et à discuter de sens et de parole.
Rhétorique,
Après fut peinte la rhétorique qui enseigne à parler de parole pleine et droite. Rhétorique dit autant qu*abondance de parole.
Géométrie.
Après fut peinte la géométrie. Géométrie dit autant que mesure de la terre. Cet art enseigne à mesurer la hauteur des tours par examen, et à mesurer les espaces des monts , des vallées et des mers. Qui pleinement sait cet art, sait combien il y a de pieds , combien il y a de lieues en un champ de terre ou dans une contrée. Par cet art, les sénateurs de Rome et des autres cités surent le chemin d'une cité à une autre , et les fils dlsraël en usèrent pour mesurer la
Arrismetikè.
Apres fu painte arrismetike q pôle de nombre de toutes choses. Q bien set cheste art il set bien qntes pierres il a en j. mur et en vne tour. Ou qntes goûtes diaue il a en j.
hanap. ou quans homes il a en vne ost.
Astrelogie, Âpres fu painte astrelogie par choi on set q on fait en autes lius et les biens et les maus q sunt et q aueriir sunt.
Q set bien cheste art il conoist bien sil a vne gnt chose a faire ql en est a auenir. Ou sil uoit ij. campions ensamble il sara bien li queluaincera ou li quel iert vencus. Li senatour de Rome conurent'les batailles q erent auenues en estnges pais.
Li troi roi et Herodes meismes Gonurent par cheste art qnt Nostres Sires nasq p lestoile q aparut.
terre promise en long et en large.
Arithmétique.
Après fut peinte rarithmëtiquequifaiten nombres l'équivalent de toutes choses. Qui sait bien cet art sait combien de pierres il y a en un mur et 0(1 une tour , ou combien de gouttes d*eau il y a dans un hanap , ou combien d'hommes il y a dans une armée.
Astrologie,
Après fut peinte l'astrologie, par quoi l'on sait ce qu'on fait en d'autres lieux , et les biens et les maux présents et futurs.
Celui qui connaît bien cet art sait , s'il a une grande entreprise à faire , ce qui doit en advenir, ou s'il voit deux champions qui vont se battre, il saura bien quel sera le vainqueur , quel sera le vaincu.
Les sénateurs de Rome connu* rent les batailles qui s'étaient livrées en pays étranger. Les trois rois et Hérode même connurent par cet art quand naquit Notre-Seigneur par l'étoile qui leur apparut.
Ingremanohe, Ingremanche est enchore rne ars. On le puet sauoir.
mais on nen peut ouorer se par le diable non et pour chou est apelee ars de diable et ses nons le preuue bien. Car ningremanche dist autant corne noire deuisions ou noirs deuisemens et li tikes en est teus.
Chi comenche li mors de lame.
Ensi furent painte» les vij. ars el palais le roi en ordene.
Nécromancie.
La nécromancie est encore un art. On le peut savoir, mais on ne peut en faire usage sans le secours du diable. Son nom le prouve bien, car nécromancie veut direnoiresdivinations, et le titre en est ainsi conçu :
Ici commence la mort de l'âme. Ainsi furent peints les sept arts dans le palais du roi et dans leur ordre.
Che sunt chi li signe de le Ici sont les signes de la mort mvrt Charlemaine. de Charlemagne.
Ne demeura mie lonc tans après q Nostres Sires demoustra signes a Charlemaine de se mort iij. ans deuant chou ql morust. Ensi com nous ores chi. Huit jours se tint li solaus et le lune en obscurte. Et ses nons q estoit escris en le glise a Ais en le pierre et a cisiel. Effacha tous par lui. Et le porte q estoit entre se glise et le palais kai par lui meismej. jour dAscention. Et li pons ql auoit fait a Haienche.
La ou on auoit mis vij. ans
Il ne s'écoula pas longtemps sans que Notre-Seigneur ne fit voir à Charlemagne des signes de sa mort troisans avant qu'il mourut, ainsi que vous allez le voir ici. Pendant huit jours le soleil et la lune se tinrent en obscurité, ses noms qui étaient écrits et ciselés sur la pierre en l'église d'Aix-la-Chapelle se trouvèrent effacés, la porte qui était entre l'église et son palais tomba d'elle-même un jour d'Ascension, le pont qu'il avait fait à Mayence , et auquel on
au faire sour liaue aret tous par lui meisme et kai. Et si coin il aloitj. iour dun liu a lautre li oscurchi et vne flame de fu trespassa p douant lui si q il chai de son cheual dune part et les resnes ql. tenoit en sa main chairent dautre part. Dont coururent chil q erent auec lui si le redrechierent mais nol adonques point de mal. Apres chou afeblia moût li rois et amaladi tant ql au chief de iij. ans aprocha au lit de le mort. Et qnt il se senti a le mort aprochier il li ramembra de le proiere q Tpins li auoit faite qnt il se pti de lui a Yiane. Adont comanda j.
sien nori anchois ql morust ql retenist sour samour leure et le iour de se mort, et ql le nonchat a Tpins. Chil li creanta boinement. Ne demoura mie gnment q li rois par le uolente de Diu mourut.
En chele eure q Charles trespassa. Jou Turpins arche-
avait mis sept ans à le faire sur l'eau , brûla entièrement par lui-même et s'écroula, et comme il allait un jour d'un lieu à un autre , ses yeux furen^ éblouis et une flamme de feu passa devant lui , il tomba de son cheval d'une part , et les rênes qu'il tenait en sa main tombèrent d'autre part. Ceux qui l'accompagnaient coururent à lui et le redressèrent , mais il n'avait aucune blessure. A la suite d^ cet accident, le roi devint trèà faible et malade , et au bout de 4rois ans il approcha de sa fin. Quand il sentit qu'il approchait de sa mort , il se ressouvint de la prière que Turpin lui avait faitequand il lequittaàVienne.
Alors, avant de mourir, il commanda à un homme de son service qu'il retint par amitié pour lui l'heure et le jour de sa mort , et qu'il l'annonçât à Turpin. Il le promit de bon cœur. Peu de temps après le roi mourut par la volonté de Dieu.
A l'heure où Charles trépassait , moi , Turpin , l'archevê-
uesques ère a Yiane deuant j. que, j'étais à Vienne devant un
autel ou iou cantoie vne sau- autel où jechantais un psaume
me del sautier q ensi comen- du psautier qui commence ain-
che. Deus in adjutorium meum si : Demain adjutoriummeun
intende. Entrementes q iou di- intende; en même temps que
soie cheste saume estes nous je disais ce psaume, passa par
p deuant moi trespassans vne devant moi une compagnie de
compaignie de malignes espe- malins esprits qui allaient vers
ris q aloient uers Loerraine. Si la Lorraine. Pendant qu'ils
com il trespassoient jou esgar- passaient, j'en r^rdai un d'en-
dai j. daus q sambloit ethyo- treeuxqui semblait éthiopien
pien de noirte il siuoit les au* par sa noirceur ; il suivait les
très lentement. Et iou li dis autres lentement. Je lui dis :
ou aies vous. Nous alons dist « Oii allez-vous ? — Mous al-
il a Ais le Capiele p Charle- a Ions, dit-il, à Aix-la-Chapelle
maine si lamporterons en in- « pour emporter de là Charte-
fier. Et iou Turpins li dist a magne en enfer. » Et moi ,
dont. Jou te coniur de Diu Turpin , je lui dis : <i Jeté
Nostre Signeur Jhesu Crist « conjure par Dieu« Notre-
q tu reuiegnespar moi et q tu « Seigneur Jésus-Ghrist,de re-
me dies q tu aras fait. Il ses- <( venir par ici , et de me dire
uanui de moi et iou remes il- « ce que tu auras fait. » 11
luec me saume disant. Jou ne disparut et je restai là disant
leue mie dite qnt il repaira a mon psaume. Je ne l'avais pas
moi. Jou li demandai quaues fini quand il revint à moi ; je
uous fait. Uns galissien dist il lui demandai : « Qu'avez-vous
vint la sans tieste et mist es « fait? — Un galicien, dit-il ,
balanches tant de pierres et m est venu là sans tête et a mis
tant de mairiens des glises ql <( dans la balance tant de pier-
auoit faites q li bien pesèrent « res et tant de matériaux des
plusqli mal. Ensi le nous a a églises qu'il avait faites, que
tolu. A chel mot sesuanui. « le bien a pesé plus que le
demoustre Charle- « mal. C'est pourquoi il nous
Ensi fu
tnaine a Turpin larcheuesque
Av quinsime jour de le mort Charlemaine uint a Uiane H messages a cui li rois auoit comande deuant se mort ql nonchast a Tpin le iour de sen trespas. Illi conta le iour et leure meismes chel iour q Turpns auoit ueu le uision.
Yoirs est q au sietisme iour q Charlemaine achoucha trespassa del sieucle qnt il ot rechute toute le droiture de sainte glise a Uerche de jour en le quinte kalende de feurier. A Lxij. ans de son âge. axlvij.
ans de son regnement. a viij^ ans et xiiij. del incarnation Nostre Signeur Ihesu Crist.
Ensi trespassa Charles deliures de ppetuens paines dinfier p mon signeur s. Jakeme.
et p se déserte. Pour chou fait q sages q edefie glises en lonor Diu. Car il edefie el chiel se propre maison. Voirs est q Turpins vesqui petit après le mort Charlemaine et trespassa del sieucle a Vianc. Ses cors
« Ta enlevé. » C'est ainsi que Charlemagne se montra à Turpin Tarchevêque.
Au quinzièmejour delà mort de Charlemagne, arriva à Vienne le messager auquel le roi avait recommandé avant de mourir d'annoncer à Turpin le jour de son trépas. Il lui annonça le jour et Theure même qui étaient ceux où Turpin avait eu sa vision. Il est ie vérité que le septième jour où Charlemagne s'était couché sur.
son lit de mort, il avait rempli tous les devoirs de la sainte Eglise, le troisième jour de la cinquième calende de février , à 62 ans de son âge , à 47 ans de son règne, en 814 de llncarnalion de Notre-Seigneur Jésus -Christ. Ainsi trépassa Charles,délivré des peines perpétuelles de Tenfer par Monseigneur saint Jacques et par sa grâce. On voit par là que le sage qui édifie des églises en l'honneur de Dieu , édifie dans le ciel sa propre maison.
Il est certain que Turpin survécut peu à Charlemagne el
fu mis en vne glise iouste le trépassa à Vienne. Son corps
cite outre le Rosne. Lonc tans fut déposé en une église près
après chou fu trouues en char de la cité, au-delà du Rhône,
et en os en sen sarchu veslu Longtemps après, on le trouva
de uestemens de uesques si en chair et en os dans son tom-
com il fu tesmoignie dautre beau , vêtu de ses ornements
escripture. et de pluisours an- d*évêque, ainsi que Font témoi-
chiens clers q certainement le gné certaine écriture et plu-
seurent p cui il est mis en es- sieurs anciens clercs qui le su-
crit et en mémoire. Ensi très- rent d'une manière certaine ,
passa Turpins larcheuesques par ce qui avait été mis en écrit
après sen signour le boin roi et en mémoire. Ainsi trépassa
Charlon la cui ame est par le Turpin l'archevêque, après son
mérite de se déserte iointe a le seigneur le bon roi Charles ,
celestiel compaignie auec Diu dont l'âme est, par le mérite de
le Père q vit et règne et règne- sa grâce , jointe en la céleste
ra per infinita sd'a. Amen. compagnie avec Dieu le Père
qui vit et règne et régnemper infinita smcula. Amen,
Le geneologie de rois de Franche.
La généalogie des rois de France.
Il premiers rois q onques fn en Fnche après le destruction de ïroies et anon Farramons. Apres lui fu Cloduis ses fius. Apres Cloduis fu Meroneus. De cui non li roi de Fnche furent apele Moroinge.
Chius Moroneus engenra Clinderinchc q fu rois après lui.
Le premier roi qui fut en France après la destruction de Troie eut à nom Pharamond ; après lui , Clodion , son fils.
Après Clodion , fut Mérovée dont les rois de France furent appelés Mérovingiens. Ce Mérovée engendra Childeric qui régna après lui et qui fut en-
Mais puis fu châcbies de Fnche par se luxure. Chius Clinderinche engenra Cloeuis q premiers fu rois des crestiens cui mesires s. Remis baptisa.
Cloeuis engenra Clotaire. Clotaires engenra Cilperiche. Cilpenches engenra ij. Clotaires.
Qotaires engenra Dagombert le douch roi et le renome. Dagombert engenra Loey. Loeys engenra iij. fius de sainte Bateut le roine. Clotaires li meures en fu li uns. Clideriches li secons. Theoderiches li tiers.
Theoderiches engenra Childebert. Childebert engenra Dagombert le menour. Dagombers li meures engenra Clotaire. Apres le trespassement de chele lignie. Lambers engenra Ernoul. Emous engenra Emoul q fu vesques de Miaus.
Emous engenra Anchise q les laies gens apelerent Ansseys.
Chius Ansseys engenra Pépin le grignour. Pépins engenra Charlon Martiel. Charles Martiel engenra Pépin q puis fu rois. Pépin li rois engenra le gnt. Charles li gns engenra Loey \\ piu. Loeys li plus en-
suite chassé de Fi*ance pour sa luxure. Ce Childeric engendra Clovis qui fut le premier roi chrétien et que Messire saint Rémi baptisa. Clovis engendra Clotaire, Clotaire engendra Chilpéric , Chilpéric engendra deux fils du nom de Clotaire.
Clotaire engendra Dagobert le bon roi et le renommé. Dagobert engendra Louis , Louis engendra trois fils de sainte Bathilde la reine. Clotaire Taîné en fut un , Childeric fut le second, Thierry le troisième.
Thierry engendra Childebert , Childebert engendra Dagobert le puîné.Dagobert le plus jeune engendra Clotaire. Après Textinction de cette lignée, Lambert engendra Arnoul , Arnoul engendra Arnoul qui fut évêquedeMeaux. Arnoul engendra Ensseyse que les laïques appelèrent Ansseys. Cet Ansseys engendra Pépin Tancien , Pépin engendra Charles-Martel , Charles-Martel engendra Pépin qui depuis devint roi.
Le roi Pépin engendra le Grand , Charles-le-Grand engendra Louis-lc-Pieux , Louitx-
genra Charies le cauf. Cbaries le-Pieox engendra Charies-le-
le cauf engenra Loey q fu pères Charion le simple. Charles li simples engenra Loey le tiercb.
Loeys li tiers fu li daerrains rois de le lignie et qnt il fu mors li baron de Fnche establirent roi sour aus. Huon Ca* pet q fu fius de duc Huon.
Huon li rois engenra Robert le très piu roi. Robers engenra iij. fius. Robert le roi et Huon le roi et Robert le duc deBourgoigne. Henris engenra fluon le gnt et Phelippe le roi. Phelippes engenra Loey le douch roi. Loeis engenra Cosstancbe le comtesse de S. Gille. et Pierron de Courtenai et Phelippe le clerc, et Robiert le conte et Henri larcheuesques de Rains et Phelippe le roi et Loey le roi. Loeys engenra de le roine Lienor ij. filles, et de le roine C^onstache ij. filles.
Fille le roi dEspaigne et de le sereur le comte Tiebaut ij.
filles et Phelippe le noble roi de Fnche. Phelippes li rois engenra Loey. Loeys engenra le roi Loey et Robert le comte d.Vrlois et Dagomherl cl Anfour
Chauve, Cbarles-le-CbaiiTe engendra Louis qui fut le père de Charies4e-Simple, Charies-le* Simple engendra Louis le troisième , Louis le troisième fut le dernier roi de la lignée , et quand il fut mort , les barons de France établirent roi sur eux Hogues-Capet qui était fils du duc Hugues. Le roi Hugues engendra Robert le roi très pieux. Robert engendra trots fils , Robert le roi , Hugues le roi , et Robert duc de Bourgogne. Henri engendra Hugues-le-Grand et Philippe le roi , Philippe engendra Louis le doux roi , Louis engendra Constance la comtesse deSaint- Gille , et Pierre de Coprtenai > et Philippe le duc, et Robert le comte , et Henri Tardievêque de Rheims, et le roi Philippe, et le roi Louis. Louis engendra de la reine Éléonore deux filles, et de la reine Constance, fille du roi d*£spagne , deux filles et Philippe le noble roi de France. Le roi Philippe engendm Louis, Louis engendra le roi Louis , et Robert le
et Cbarlon de me dame Blanche le roine. Fille le petit roi dEspaigne q uiaent et viueroDt tant con Diu plaira.
Il premiers rois q fu en Fnche après le destruction de Troies ot anon Farramons.
Cloenis fu li premiers rois de Fnche des crestiens. Si régna XXX. ans. Clotaires ses fius régna Ivi. ans. Chilperiches ses fius r^a xxiij. ans. Dagombers ses fius régna xl. ans.
Loeys ses fius régna xvi. ans.
Lotaires fius Loey régna iij.
ans. Tierris frère Lotaire régna XIX. ans. Cloevis H fius Tieri r^na iij. ans. Childebert le frère Clotaire régna xvij. ans. Dagombers le fius Cbildebert v. ans. Tierris le fius Dagombert v. ans. Charles le fius Pépin le seneschal xxviij. ans. Pépins ses fius régna xvi. ans. Charles li gns fius Pépin xlvij. ans. Loeys li pius ses fius xxvi. ans. Charles li caus ses fius xxv. ans.
Loeys li biaus ses fius ij. ans.
Charles ses fius x. ans. Loevs
comte d*Artois , et Dagobert , et , et Charles, de ma-,
dame Blanche la reine , fille du petit roi d*Espagne , qui vivent et vivront tant qu*il plaira à Dieu.
Le premier roi qui fut en France après la destruction de Troie eut à nom Pharamond.
Clovis fut le premier roi chrétien en France et régna 30 ans.
Clotaire, son fils, régna 56 ans.
Chilpéric , son fils , régna ii ans. Dagobert, son fils, régna 40 ans. Louis, son fils, régna 1 6 ans. Lothaire, fils de Louis, régna 3 ans. Thierry, frère de Lothaire , régna 19 ans. Clotaire, le fils de Thierry, régna 3 ans. Childebert , le frère de Lothaire , régna 27 ans. Dagobert , le fils de Childebert , 5 ans. Thierry , le fils de Dagobert , 5 ans. Charles, le fils de Pépin le sénéchal, 28 ans.
Pépin, son fils, régna 16 ans.
Charles-le-Grand , fils de Pépin , 47 ans. Louis-le-Pieux , son fils, 26 ans. Charles-Ie- Chauve , son fils , 25 ans.
Louis-le-Bel , son fils , 2 ans.
Charles, son fils,10ans. Louis,
ses fius vi. ans. Oedes xxviij. son fils, 6 ans. Eudes, 28 ans.
ans. Raous ses fins xiij. ans.
Charles ses fins x. ans. Loeys fins Charlon le piu xix. ans.
Lotaires ses fins xxx. ans.
Charles vi. ans. Lotaires vij.
Raoul, son fils, 1 3 ans. Charles, son fils, 40 ans. Louis, fils de Charles-le- Pieux , 4 9 ans.
Lothaire , son fils , 30 ans.
Charles , 6 ans. Lothaire , 7
ans. Hues Capes xx. ans. Ro- ans. HuguesCapet , 20 ans.
biers xxix. ans. Henris ses fius Robert, 29 ans. Benri, son fils,
xxviij. ans. Phelippes ses fius 28 ans. Philippe, son fils, 48
xlviij. ans. Loeys li gros ans. Louis-le-Gros , 33 ans.
xxxiij. ans. Loeys ses fius xlvi. ans. Phelippes ses fius xxxiij. ans. Loeys ses fius iij.
ans. Loeys' ses fius li dons rois de me dame Blanche fille le petit roi dEspaigne q uit et
Louis , son fils , 46 ans. Philippe, son fils, 33 ans. Louis, son fils, 3 ans. Louis, son fils, le doux roi , né de Madame Blanche, fille du petit roi d*Espagne , qui vit et vivra
viuera tant q Diu plaira a sen tant qu à Dieu plaira, fut roi
dousime an fu rois xxxij. ans en sa douzième année, et a eu
et en lan de llncarnation mil 32 ans en Tan de l'Incarnation
et ijc et xlviij. 4248.
Finis.
Fin.