‹ Précis historique sur les codes français: accompagné de notesChapitre 1 sur 60 · U PUCE DU PANTHÉON · texte numérisé non relu

U PUCE DU PANTHÉON

Ce travail était destiné tout entier A l'Encyclopédie du Droit (1) ; mais le cadre essentiellement pratique de cet ouvrage ne lui ayant permis de l'accepter que dans certaines parties, je me suis décidé à le publier séparément, tel que je l'avais présenté. J'ai été guidé dans cette détermination par le désir d'être utile aux jeunes élèves en droit, qui, transportés tout à coup des collèges dans nos écoles, ignorent complètement l'his-* toire de nos codes, leur influence sur la législation

(i) Bépertoire raisonné de législation st ds jurisprudence, publié sous la direction de MM. Sebire et Carteret, avocats à la Cour royale; chei Videcoq père et fils, place du Panthéon.

étrangère, les noms des auteurs dont les ouvrages vont désormais remplacer entre leurs mains Virgile et Homère, et n'ont aucune idée de la lutte juridique qui existe entre les deux pays de l'Europe où les armes de l'intelligence sont le plus exercées, l'Allemagne et la France.

Ce précis historique les initiera à la connaissance de l'ensemble de notre législation , leur apprendra les principes qui y dominent, ceux que des modifications postérieures y ont apportés , et ceux même que les législations étrangères ont acceptés ou repoussés. Le bulletin bibliographique français qui suit la notice bis* torique sur chaque, code, leur fera connaître les noms vénérés des maîtres de la science du droit actuel et les différents mérites qui les distinguent ; le bulletin bibliographique étranger, en leur désignant les travaux de l'Allemagne sur les diverses parties de notre droit» leur inspirera le désir de les connaître ; enfin la dissertation sur la codification qui clôt cet opuscule, en leur exposant les principes de l'école historique allemande, ceux de l'école pratique française, leur permettra d'apprécier les avantages immenses de notre législation, et

surtout la position véritable de la France^ qu'un ancien ministre de l'instruction publique nous semble avoir très-justement déterminée dans les termes suivants :

ce La France a passé, si on peut parler ainsi, l'âge des spéculations et des théories ; les idées générales, les principes abstraits ont fait leur temps chez nous. Avant 1789, l'esprit français était éminemment philosophique ou croyait l'être. La philosophie était invoquée partout, dans l'histoire, dans les sciences, dans la politique , et, si l'on s'en souvient, dans les finances mêmes. On la trouvait dans les écoles, dans la magistrature, au barreau. Cest le propre des peuples en travail. Mais lorsque les révolutions sont venues, lorsque surtout elles ont donné les biens dont on était préoccupé, conquis les droits qu'on ambitionnait, alors les esprits s'arrêtent, ils redescendent des hautes théories k des idées plus positives et désormais plus utiles ; ils ne spéculent plus, ils appliquent. Les sciences d'application prennent pour longtemps la place de toutes les autres. Voilà le point où est la France. Ce caractère n'est pas un signe de faiblesse et d'infériorité ; c'est le résultat de toutes nos conquêtes, c'est le témoignage de tous nos progrès, d

En nous appropriant ces paroles, avons-nous besoin de dire, que nous ne voulons pas^ non plus sans doute que leur illustre auteur (1), repousser les études philosophiques ou ce qu'on appelle la philosophie du droit? Nous reconnaissons bien au contraire leur utilité et les appelons à notre aide, pour donner plus d'ascendant à nos lois, pour leur créer une interprétation à la fois plus large et plus élevée, mais non pas pour les mettre perpétuellement en question, comme le fait Fécole historique allemande.

En commençant mes études de droit, j'ai senti moimême le besoin d'un petit livre qui, lu en quelques jours, pût me donner des idées d'ensemble sur l'étude à laquelle j'allais désormais me livrer, me fit connaître le milieu nouveau où j'allais vivre. Messieurs les savants professeurs de l'Ëcole de Droit, se renfermant chacun dans sa spécialité^ ne m'ont présenté que des fragments.

(1) C'est ce qu*a prétendu M. Edouard Laboulayeen critiquant ces paroles de M. de Salvandy, dans un écrit du reste fort remarquable intitulé : De renseignement du Droit en France et des réformes dont il a besoin, 1839.

et j'ai dû suivre leurs cours pendant trois ans au moins, avant de pouvoir me reconnaître et acquérir ces vues d'ensemble si nécessaires, comme introduction à Télude du droit. C'est à ce besoin que je crois répondre en publiant ces pages. Puissé-je ne m'ètre pas trompé I Je n'ignore pas qu'une sage prévoyance a fait créer, depuis quelque temps, une chaire d'introduction à l'étude du droit, à rËcole de Paris, et qu'elle est dignement occupée par l'un des plus savants professeurs; mais son but est beaucoup plus vaste, beaucoup plus scientifique que celui modeste et tout pratique que je me suis proposé.

Page 1