CORPS THTROÏDE OU GOÎTRE
Sous le nom âe goitre ou bronchocèle, on désigne le gonflement du corps thyroïde. Cette tuméfaction qui s'opère lentement, acquiert souvent un volume assez considérable pour gêner la respiration et la déglutition. Dans la grande majorité des cas, le goitre n’est produit que par l’hypertrophie du corps thyroïde, mais il peut être aussi formé par des tumeurs érectiles , tuberculeuses , calcaires, carcinomateuses, etc., etc. Il importe donc avant de recourir à un procédé opératoire , de reconnaître la nature du mal, afin d’employer préalablement les moyens thérapeutiques convenables. En général, les préparations iodées réussissent dans le cas d’hypertrophie simple et peu ancienne ; la ponction trouverait une indication dans le cas de kystes séreux ou purulents. Mais quand le tissu de la tumeur est solide, il faut recourir aux opérations que nous allons décrire. On a employé la cautérisation, le séton, la ligature des artères thyroïdiennes, l’extirpation et la ligature en masse.
Cautérisation — La cautérisation seule ne saurait être employée utilement contre les goitres volumineux ; combinée avec les autres procédés opératoires, elle peut rendre de véritables services. La potasse caustique sera préférée aux autres agents , et le Chirurgien ne devra la manier qu’avec prudence pour ne pas léser les organes importants qu’on rencontre dans la région où siège le mal.
Séton. — Employé avec succès par Monro l’ancien , par Adisson; plus récemment par Flajani , Maunoir de Genève et Dupuytren , le séton n’est applicable qu’à certaines tumeurs dont la nature est bien déterminée ; il favorise une suppuration qui entraîne l'affaissement du goitre. Ce moyen pourrait être dangereux dans les cas de tumeurs carcinomateuses. Quand on a recours au séton il faut en passer un dans chaque lobe de la tumeur et retirer les mèches dès qu’une diminution apparente s’est effectuée.
Ligature des artères thyroïdiennes. — Cette opération serait surtout indiquée dans le cas de tumeurs érectiles, de simple hypertrophie et quand les artères sont rendues superficielles par le développement de la tumeur. Il faut alors lier des deux côtés pour assurer le succès de Ce procédé, qui fut employé par Carlisle et Chelius.
Ligature en masse. — Cette opération fut pratiquée pour la première fois par Moreau en 1779. Depuis, Mayor (de Lausanne) en généralisa la méthode.
Procédé de M. Mayor. — La tumeur est mise à nu par une double incision elliptique, qui permet de rabattre la peau à droite et à gau-
che; ensuite on la traverse à sa base avec une double ligature eotn posée de deux liens de différente couleur; les deux extrémité» d un même lien sont rassemblées afin d’étreindre chaque moitié de la tumeur isolément. Si le goitre était volumineux et se présenta.! sous la forme d’une tumeur lobulaire, on pourrait appliquer une ligature à chaque lobe, en traversant la tumeur en différents sens avec de longues aiguilles armées de doubles fils, de manière a etre.ndre isolément chaque lobe.
Procédé de MM. Bullard et Rigal de Gaillac. - Trois ligatures souseutanées furent appliquées à la base d’un goitre volumineux. Pour donner une idée de ce procédé nous avons figuré pl. 52, une ser e de figures schématiques, afin de montrer le trajet des aiguilles et la disposition des fils à la base de la tumeur.
Procédé de M. Affinée. -(Voy. pl. 54.) Par un procédé plus simple et moins long à exécuter que le précédent, M. Manec a lie le pédicule d'une tumeur volumineuse, au moyen de quatre ligatures agissant chacune du centre de la tumeur vers la périphérie. .
L’appareil instrumental se compose de deux aiguilles droites, dont la longueur doit excéder de quelques centimètres le grand diamètre delà tumeur. L’une d’elles, que nous appellerons aiguille femelle pour faciliter la description, doit être plate, tranchante et percee au milieu de sa tige d’un chas assez large qui doit être traversé librement par l’autre aiguille, ou aiguille mâle; cette seconde aiguil e porte à l’une de ses extrémités un chas destiné k recevoir deux fils très-forts et de couleurs différentes. .
On commence par embrocher la tumeur à sa base avec 1 aiguille femelle, de manière, à ce que l’œil de cette aiguille soit au milieu de la tumeur; l’instrument reste en place, ensuite la tumeur est traversée de nouveau à sa base avec l’aiguille mâle, qui porte les fils perpendiculairement à la direction de l’aiguille femelle, afin d en traverser le chas. Quand on est sûr que l’aiguille mâle a traverse 1 œil de l’aiguille femelle, et que les fils sont engagés dans cet œil, on retire l’aiguille mâle et on ne laisse en place que les fils dont les extrémités sortent à droite et à gauche de la tumeur.
On pousse alors l’aiguille femelle qui entraîne l’anse des fils passés dans son chas, on coupe l’un des fils près de l’aiguille et la moitié de la tumeur se trouve ainsi partagée en deux autres moitiés, dont chacune est comprise entre deux anses de fil. On répétera la même manœuvre en sens inverse pour opérer la ligature de la seconde moitié et la tumeur sera étreinte à sa base par quatre ligatures agissant du centre vers la périphérie.
Extirpation. — Cette opération, l’une des plus graves de la chirur-
gie, ne doit être tentée que dans les cas extrêmes où le malade est menacé d’une suffocation imminente. L’anatomie chirurgicale de la région thyroïdienne vend compte des dangers qui menacent le malade pendant l’extirpation du goitre. Les hémorrhagies) l'introduction de l’air dans les veines sont à redouter. Aussi la science a-t-elle enregistré peu de succès, et Ce n’est que dans les cas impérieux vendant l’opération urgente que le chirurgien devra la pratiquer. Les détails anatomiques (pi. 55) indiquent suffisamment les précautions à prendie pour éviter la lésion des gros vaisseaux et des nerfs qui sont en rapport avec le corps thyroïde. En combinant la ligature à l’extirpation l’opérateur se mettra sans doute à l’abri de plus d’un péril. Mayor a employé avec succès ce procédé mixte.