TUMEURS DES PAUPIERES
1° Tumeurs enkystées , — On les observe sur les bords libres et la surface des paupières o'ù elles sont indolentes- bien circonscrites et très-mobiles. Relativement à leur siège , elles sont : 1° sous-cutanées ; 2° sous-musculaires , situées sous le muscle orbiculaire , et alors moins mobiles que les premières; 3° sous-muqueuses, situées entra le cartilage tarse et la conjonctive.
Les moyens chirurgicaux qu’on leur oppose sont: l’incision, la cautérisation et l’excision. On peut attaquer ces tumeurs par la face antérieure des paupières ou par la conjonctive; leur siège fournira les indications du procédé à employer. L’incision et l’extirpation des kystes par la conjonctive ont l’avantage de ne point laisser de cicatrices visibles et de moins exposer les paupières aux érysipèles consécutifs.
L 'incision seule suffit rarement pour empêcher les récidives. On l’emploiera de préférence pour les tumeurs siégeant entre la conjonctive et le tarse quand elles adhèrent à ce cartilage et que leur dissection nécessite des débridements dont la cicatrisation peut déterminer un entropion ultérieur.
L 'incision accompagnée de la cautérisation par le nitrate d’argent est plus efficace ; elle est suivie de l’inflammation adhésive des parois du kyste.
Pour pratiquer l’incision et l’excision des kystes par la conjonctive, un aide tiendra, avec ses doigts ou une pince bifurquée à mors mousses, lapaupière renversée sur un bâtonnet (voy. pl. 37, fig. 8); l’opérateur, armé d’une paire de pinces et d’un petit bistouri, fera sur la conjonctive une incision qui dépassera un peu la tumeur à droite et à gauche; le kyste sera ensuite disséqué et excisé sans être ouvert. Pour enlever les kystes par la face antérieure, on tiendra la paupière avec les doigts , et la dissection se fera comme il a été dit plus haut. Dans tous les cas, la tumeur sera isolée du tarse avec précaution.
Procédé de Desmarres ( pl. 37, fig. 7 ). — Il a l’avantage de faciliter l’opération, en tendant lapaupière, et en arrêtant l’hémorrhagie par une compression exercée autour de la tumeur. Une pince-anneau (voy. Instruments, pl. VIII, fig. 2), dont l’une des branches se termine par une plaque, et. l’autre par un anneau, sert à saisir la paupière. L’anneau rapproché de la plaque au moyen d'une vis circonscrit la tumeur par une compression qui arrête l’hémorrhagie. La pince est confiée à un aide, et l’opérateur dissèque la tumeur comme il a été dit plus haut.
Il" Chalazion petite tumeur indolente peu mobile occupant le bord libre des paupières. Il n’est pas rare d’en rencontrer une série formant chapelet d’un angle de l’œil à l’autre. Les procédés décrits pour les tumeurs enkystées lui sont applicables.
111° Tumeurs érectiles. — La compression, la ligature, la cautérisation peuvent être employées avec succès. La forme et l’étendue de la tumeur fournissent les indications à remplir. Pour la cautérisation , Caron du Villars traverse la tumeur avec plusieurs aiguilles qu’il réunit à une boule métallique. La boule est chauffée à blanc et la cautérisation est suivie d’une suppuration qui détruit la tumeur.
IV° Tumeurs cancéreuses. — Leur ablation ne peut être soumise à aucune règle générale; on peut les circonscrire par une incision courbe
ou entre deux incisions réunies en Y. On réunira ensuite par des points de suture les lèvres de la plaie, quand son étendue et sa forme le permettront.
Y° L 'enchantis, ou tumeur de la caroncule lacrymale, peut être combattue par la cautérisation ou l’extirpation. Le second procédé est préférable. A l’aide d’une érigne ou d’une pince on soulève la tumeur au dehors, puis on l’excise soit avec le bistouri soit avec des ciseaux courbes.
BLEPHAROPLASTIE ( PL. 37, E1G. 3, 4, 5, 6 ).
La blépharoplastie est une opération par laquelle on répare aux dépens des parties voisines les paupières qui ont subi une perte de substance totale ou partielle.
Les procédés décrits pour atteindre ce but se rangent tous sous trois méthodes : Y extension ou glissement , le déplacement ou inclinaison (méthode française) , et la torsion du lambeau (méthode indienne).
1° Méthode par extension. — Procédé de Jones (pl. 37 , fig. 3 ). — Après avoir avivé les bords de la perte de substance qu’on veut réparer, on fait partir de se» deux extrémités deux incisions ad, et bd, qui se réunissent en Y sur le front, pour la paupière supérieure et sur la pommette pour la paupière intérieure, la base de ce lambeau triangulaire devant toujours servir à réparer la paupière endommagée. Ce premier temps de l’opération achevé, on procédera à la dissection du lambeau triangulaire en commençant par son sommet; on le détachera en partie ; puis, par de douces tractions, on le fera cheminer jusqu’à ce que sa base couvre la perte de substance qu'on veut réparer ; des points de suture le fixeront en place, et on réunira par le même moyen les bords de la plaie cd, que laisse derrière lui le déplacement du sommet du lambeau. La figure 3 représente l’opération terminée, le lambeau abc, ayant été remonté pour couvrir la perte de substance.
2° Méthode par déplacement . — Procédéde Dieffenbach. — M. Dieffenbach ayant enlevé un lambeau triangulaire abc (fig. 4) pour réparer la plaie, fit partir de l’angle externe b, une incision bd, et du point d, en abaissant une seconde de, il circonscrivit un lambeau cbde , adhérant par un pédicule ce. Ce lambeau disséqué fut reporté en dedans sur la plaie abc, ou des points de suture servirent à le fixer, et il laissa derrière lui une autre plaie, de bonne nature, qui se cicatrisa rapidement.
3° Méthode par torsion du lambeau (Grœfe et Fricke) fig. 5 et 6. — On enlèvera les cicatrices vicieuses entre deux incisions qui circonscriront une plaie elliptique abcd ; on taillera ensuite un lambeau aux dépens de la région fronto-temporal pour la paupière supérieure, et sur la pommette pour la paupière inférieure. Ce lambeau aura
la forme de la plaie et devra, dans ses dimensions, être plus grand qu’elle de trois ou quatre millimètres. Il sera taillé en faisant partir du pointe, une incision qui sera conduite en e/1, et ramenée au niveau et en dehors du point e ; le lambeau disséqué avec soin sera tordu sur son pédicule pour être placé horizontalement en abcd , ou il sera fixé par quelques points de suture aaa, (fig. 6); les bords de la plaie qu’il laisse derrière lui seront ensuite affrontés cb, par trois points de suture entortillée.
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Pi. 38.