‹ Précis iconographique de médecine opératoire et danatomie chirurgicaleChapitre 53 sur 86 · TACHES DE LA COKNEE · texte numérisé non relu

TACHES DE LA COKNEE

Les taches de la cornée sont habituellement le résultat de kératites ulcéreuses anciennes. Elles peuvent être entretenues, dans la grande majorité des cas, par un état inflammatoire de la cornée, pendant lequel on observe des réseaux vasculaires convergeant vers la tache. On a pensé que les vaisseaux entretenaient l'opacité, et que leur résection serait suivie de la résolution des taies.

L'opérateur ne devra cependant se décider à porter des instruments tranchants sur la cornée , qu'après avoir épuisé les traitements ordinaires. Les procédés que nous allons décrire réclament à la fois une grande prudence et une grande habileté. Leur emploi est dangereux, et peut être suivi de la perte de l'œil.

1" Scarifications. — Elles furent employées pour la première fois, par Demours, qui portait obliquement sur la tache la pointe d'une lan-

cette ou d'un bistouri fin, avec lequel il faisait quatre on cinq mouchetures isolées et profondes. Holsrher parvint par ce procédé à rendre transpai'ente une portion de cornée qu'il voulait accommoder à une pupille artificielle.

M. Richet circonscrit toute la cornée par un sillon circulaire, en promenant autour de la tache un couteau à cataracte dont la pointe est obliquement enfoncée à mi-épaisseur de la cornée. Il résèque ensuite le petit lambeau circulaire qui résulte du premier temps de l'opération.

2" Selon. — Pelîier etDelarue ont publié des observations dans lesquelles un fil plat, passé entre les lames de la cornée opaque, aurait ramené la transparence. Le fil était passé avec une aiguille fine et plate. Ce procédé d'une exécution difficile expose aux accidents les plus graves. Il est complètement abandonné aujourd'hui. Il en est de même de la trépanation, proposée par Érasme Darivin , et de la résection du lambeau opaque, exécutée par Dieffenbach. Nous ne rappelons ici que pour mémoire ces procédés périlleux.

3° Abrasion de la cornée. — Cette opération dans laquelle on remplace une tache par un ulcère, est condamnée par la majorité des praticiens. Cependant elle fut pratiquée avec succès par M. Malgaigne, sur une jeune fille. On ne devra la tenter que sur des yeux complètement aveugles, et après avoir échoué dans l'emploi de tous les autres moyens (Desmarres).

Les paupières étant relevées et l'œil maintenu immobile , soit avec des pinces soit avec des érignes implantées dans la sclérotique , l'opérateur saisit la cornée avec des pinces à dents de souris et dissèque la lame superficielle avec un couteau à cataracte ; par ce procédé, toujours long et très -douloureux, on est fréquemment exposé à pénétrer dans la chambre antérieure. On devra le réserver exclusivement pour enlever les taches métalliques , produites par l'usage intempestif de collyres métalliques mal préparés.

PTERYGION ET PAXNUS.

Le ptérygion est une sorte d'excroissance qui envahit la cornée et se présente presque constamment sous la forme triangulaire et dans l'angle interne de l'œil.

Le pannus, moins régulier dans sa forme , est susceptible de .se présenter sur tous les points delà cornée. Les mêmes procédés opératoires sont applicable? à l'un et a l'autre.

On saisit la petite excroissance avec une petite érigne double ou avec des pinces à dents de souris , et on l'incise avec un petit scalpel ou avec des ciseaux courbes sur leur plat; on cautérise ensuite avec le nitrate d'argent. Ces affections récidivent fréquemment et sont sujettes à laisser une tache opaque sur la cornée après leur guérison.

HYPOPYOX. — PHLEGMON . — HYDROPHTHALMIE.

§ 1. Les épancliements purulents qui se forment dans la chambre antérieure (hypopyon) se résorbent facilement dans la grande majorité des cas ; aussi la ponction de la cornée est-elle généralement rejetée. Si l'ensemble des accidents en fait une nécessité , on peut la pratiquer avec une simple aiguille à cataracte plongée dans le point le plus déclive de la cornée transparente.

§ 2. Dans les cas de phlegmon aigu de l'œil , où les douleurs causées par l'accumulation du pus deviennent intolérables, il faut ouvrir une issue au liquide amassé. Scarpa incisait la cornée à son centre et taillait un lambeau circulaire , procédé long et douloureux. Il est préférable d'ouvrir la cornée à sa partie inférieure par une simple incision faite avec un couteau à cataracte. On a, par ce procédé , quelque chance de conserver la transparence de la cornée dans un point quelconque de son étendue.

§ .3. 'Uhydrophthalmie, lorsqu'elle distend outre mesure le globe oculaire ou qu'elle est accompagnée d'accidents inflammatoires intenses, nécessite également la ponction de l'œil. Suivant les cas, on peut évacuer le liquide en partie ou en totalité par une ponction pratiquée soit sur la cornée soit sur la sclérotique.

M. Desmarres se sert, pour la ponction de la sclérotique , d'une aiguille en forme de lancette présentant, à peu de distance de sa pointe , deux arêtes saillantes , qui l'empêchent de pénétrer trop avant. L'épaisseur de la lame est creusée d'une gouttière par laquelle le liquide peut s'échapper

EXTIIÎPATION DE l'œIL.

Extirpation de l'œil en conservant les paupières. — Procédé ordinaire. — Prolonger par une incision de deux ou trois centimètres l'angle externe des paupières; relever celles-ci en les disséquant par leur face interne; saisir avec une érigne ou avec les pinces de Musenx

l'œil malade, plonger un bistouri vers le grand angle et raser de dedans en dehors la face inférieure de l'orbite , puis la face supérieure, afin de bien circonscrire et détacher la tumeur; abandonner le bistouri atiu d'exciser avec des ciseaux courbes le pédicule qui retient encore la tumeur au fond de l'orbite; tel est le procédé le plus simple et le plus i-apide.

Dupuytren commençait par détacher la tumeur de la face supérieure de l'orbite, excisait son pédicule, et , renversant la tumeur d'arrière en avant, il eu achevait la dissection.

Les paupières doivent-elles être enlevées avec le globe oculaire ? Il suffit alors de les circonscrire par deux incisions semi-lunaires et d'achever ensuite l'opération comme il a été dit,

POSE d'un œil artificiel.

Le moignon laissé par l'ablation de l'œil étant parfaitement cicatrisé , on prend un œil d'émail convenablement choisi ; il faut d'abord introduire sous la paupière supérieure qu'on relève la partie la plus bombée de la pièce arti^!cielle. La paupière inférieitre est abaissée , puis les deux paupières étant abandonnées à elles-mêmes maintiennent l'œil d'émail. L'œil artificiel ne sera laissé en place que peu de temps , afin d'habituer peu à peu le moignon à son contact. On pourra ultérieurement , s'il est trop lâchement maintenu ; le remplacer par une pièce plus volumineuse.

\J extraction de l'œil artificiel se fait à l'aide d'une aiguille mousse d'or ou d'argent courbée en crochet ; on insinue cet instrument entre l'œil et la paupière inférieure , préalablement abaissée. On imprime ensuite à l'aiguille un petit mouvement de bascule qui déplace l'œil artificiel et le fait glisser hors de l'orbite.

— IGO —

OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR l'oREILLE.

Fig. 1. Coupe montrant la direction anguleuse de la trompe d' Eustache et du conduit auditif externe. — a, cornet inférieur des fosses nasales; b, cornet moyen; c, ouverture de la trompe d'Eustache au niveau de l'insertion du cornet inférieur; d, premier coude formé par la trompe d'Eustache qui , à partir de ce point, se dirige plus brusquement en dehors; e, membrane du tympan; f, conduit auditif externe vu en fuite; il complète en se dirigeant de dedans en dehors l'arc que formerait sur un plan horizontal la projection de la direction de la trompe d'Eustache; g, carotide intei-ne.

Fig. 2. Perforation du lobule de l'oreille. — a, trocart; b, bouchon de liège appliqué derrière le lobule auquel il forme un point d'appui.

Fig. 2 bis. Trocart pour la perforation du lobule de l'oreille et servant à introduire les anneaux.

Fig. 3. Extirpation d'un polype du conduit auditif externe.

Fig. 4. Perforation de la membrane du tympan; ab ^ perfora teur de M. Deleau ; c, membrane du tympan.

FioM.

fur. 2.

Fitr.

OPERATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR L'OREILLE EXTERNE. ( PL. 43, Fia. 2 et 2 bis.)

PERFORATION DU LOBULE.

Cette opération dont le but habituel est la pose des boucles d'oreilles, peut se pratiquer avec un poinçon ou tout autre instrument aigu. On se sert généralement d'un petit trocart, fig. 2 lis, dont la canule est armée d'une pointe mobile, et d'un bouchon de liège qui, placé derrière l'oreille, sert de point d'appui au lobule.

L'opérateur commence par engourdir le lobule en le pinçant fortement entre ses doigts; le bouchon étant mis en place et tenu de la main gauche, le trocart doit traverser d'un seul coup le lobule d'avant en arrière et s'implanter dans le bouchon. On retire alors le bouchon et la tige du trocart; la canule reste en place, pour servir à passer un fil de plomb ou de soie qu'on noue en anneau et qu'on laisse temporairement jusqu'à ce que la petite plaie soit cicatrisée et convertie en ouverture permanente propre à recevoir les boucles d'oreilles.

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