MORPHÉE
La plaque, bien délimitée, offre à étudier deux parties distinctes, la partie centi^ale et la partie périphérique.
Sur la première qui constitue presque toute l'étendue de la plaque, la peau est de couleur blanche, blanc-jaunàtre ou jaune-brunâtre, ressemblant à de l'ivoire jauni; elle est épaissie, indurée, brillante et lisse ou légèrement squameuse; le système pileux est atrophié; les sécrétions sont amoindries ou disparues; la sensibilité est plus ou moins atteinte.
La partie périphérique, qui entoure la première à la manière d'un cadre, forme une zone pigmentaire plus ou moins foncée, une sorte de ruban périphérique d'une couleur violacée particulière, lilasun peu bleuâtre {lilac-ring des Anglais) ; cet anneau se détache souvent sur une peau plus pigmentée que normalement.
Il existe rarement de la douleur, quelquefois des fourmillements au niveau des plaques.
Celles-ci sont souvent multiples, ordinairement au nombre de deux ou trois; elles peuvent être unilatérales, symétriques, zoniformes.
Siège. — La morphée se développe plus particulièrement au cou, au front, à la poitrine, à l'abdomen, aux bras, aux cuisses.
Marche. — Après être resté stationnaire plus ou moins longtemps, le cercle lilas pâlit et s'efface peu à peu; il se produit au niveau de la plaque un processus atrophique accompagné parfois de petites exulcérations, au cours duquel, après une desquamation épidermique, le derme redevient souple, mais aminci et atrophié; la plaque prend alors l'aspect d'une cicatrice déprimée, sèche et glabre, entourée d'une zone pigmentée plus ou moins foncée. Dans
SCLÉRODERMIE EN BANDES.
certains cas, la tache s'efface spontanément, d'une façon complète, sans laisser ni cicatrice ni parfois même aucune trace pigmentaire.
Pronostic. — Le pronostic ici n'est donc pas grave.
MORPHŒA ALBA ATROPHICA
Dans celte variété de morphée l'élat cicatriciel est non secondaire mais primitif.
SCLÉRODERMIE EN PLAQUES (Vidal, Pautry)
Les plaques de cette forme de sclérodermie sont toujours très nombreuses, se réunissent facilement de façon à envahir la presque totalité des téguments ; la peau est de couleur blanche, déprimée, plissée, mate, sans anneau périphérique lilas; les plaques sont quelquefois saillantes, chéloïdiques même [plaques cliéloidiennes^pseudo-chéloïdes ■scléreuses d'E. Besnier et A. Doyon'), coïncident avec d'autres lésions de la sclérodermie et sont accompagnées de taches dyschromiques.
Pronostic. — Le pronostic est généralement favorable.
SCLÉRODERMIE EN BANDES
Ici les lésions se montrent sous forme de traînées rubanées, de bandes allongées dans le sens du grand axe des
SCLÉRODACTYLIE.
membres ou du tronc; elles peuvent être déprimées ou élevées, plus ou moins superficielles ['plaques 'parcheminées, stries parcheminées, vergetures scléreuses d'E. Besnter et A. Doyon).
SCLÉRODACTYLIE
Synonymie. — Sclérodermie dactylée. — Sclérème cicatrisant de Wernicke.
Localisée souvent aux extrémités supérieures, la sclérodactylie présente une altération particulière des troisièmes phalanges, atrophiées et détruites en partie; les tendons des fléchisseurs, contractés en permanence, coudent la dernière phalange sur la seconde à angle droit. La peau, indurée, adhère au squelette; elle est violette et présente souvent des ulcérations tournioliformes ; les ongles sont détruits en grande partie.
Pronostic. — Cette forme est grave en raison des mutilations qu'elle provoque.
Diagnostic. — La sclérodermie diffère de la lèpre par sa généralisation toujours moins grande; de plus, la lèpre se reconnaîtra à ses tubercules, ses ulcérations, ses troubles de la sensibilité.
\J asphyxie des extrémités ne comporte pas, comme la sclérodactylie, l'atrophie des phalanges; il n'existe pas de llexion des doigts; la peau, non altérée, est lisse et non adhérente au tissu osseux.
La gangrène des extrémités ressemble beaucoup à la sclérodactylie ; mais, dans la première de ces deux affections,
SCLÉRODERMIE.
on constate une mortification et une chute complète des phalanges et non une atrophie spontanée et successive.
La sclérodermie en plaques pourrait être confondue avec Vaplasie lamineusc de la face, mais celle-ci est unilatérale et la peau reste mobile sur les tissus sous-jacents.
La morphée diffère de la chélaïde d'AuBERx en ce que, dans cette dernière, la saillie est toujours plus ou moins considérable, la peau ordinairement colorée en rouge et l'aspect cicatriciel.
Étiologie. — La sclérodermie peut se développer à tous les âges; on l'observe plus souvent chez les femmes que chez les hommes; on a dit qu'elle était plus fréquente chez les nerveux et les rhumatisants ; on la considère actuellement comme une trophonévrose.
Anatomie pathologique. — D'après Méry la « sclérodermie est, au point de vue anatomo-palhologique, constituée par une sclérose du derme accompagnée d'altérations vasculaires (endopériartérite) considérables et fréquentes. Les lésions des nerfs périphériques y sont beaucoup plus rares. On retrouve, chez les malades atteints de sclérodermie, le même processus scléreux, les mêmes altérations vasculaires, dans d'autres organes, muscles, myocarde, utérus, poumons, reins.
Les altérations vasculaires jouent dans la sclérose de la peau le même rôle que dans les scléroses viscérales; elles forment la lésion primitive qui entraîne la sclérose à sa suite ; et sont le lien anatomique commun de toutes les scléroses cutanées.
Elles reconnaissent, elles-mêmes, des causes variées, ce qui explique la diversité d'origine des sclérodermies.
Un premier groupe (sclérodermies généralisées) com-
prend les cas qui ont été rattachés au rhumatisme, et qui sont, peut-être, de nature infectieuse.
Le deuxième groupe renferme surtout les sclérodermies localisées qui sont sous la dépendance d'altérations nerveuses (ataxie, trophonévrose).
On peut enfin voir la sclérose de la peau à la suite do l'artério-sclérose généralisée, et des lésions traumatiques des artères. »
Traitement. — Actuellement, on prescrit dans le traitement de la sclérodermie, outre une hygiène appropriée (exercice, précautions contre le refroidissement, port de la flanelle), tous les agents modificateurs du système nerveux soit internes (bromures, valérianates, ergotine, etc.), soit externes (hydrothérapie, courants continus, la révulsion le long du rachis).
Localement, on conseille le massage, l'électricité, les douches sulfureuses chaudes, l'électrolyse (L. Brocq), les emplâtres résolutifs, mercuriels en particulier, etc.
SÉBORRHÉE
Synonymie. — Slcatorrhùe.
Définition. — Le groupe des séborrhées, de création récente, englobe un grand nombre d'affections de la peau et du cuir chevelu décrites pendant longtemps sous les noms les plus divers. C'est à Hebra et à Unna que l'on doit d'avoir étudié, sous ce titre, les diverses maladies dues à des anomalies de sécrétion des glandes sébacées ou sudoripares.
On a décrit les séborrhées sèches, concrètes, huileuses, circinées, des régions glabres, pileuses.
L. Brocq classe les séborrhées sous quatre types de la façon suivante :
Premier type : Séborrhées sèches, — forme pityriasique, comprenant le pityriasis simples capillitii et le pityriasis simplex des parties glabres.
Deuxième type : Séborrhées concrètes, — forme croûteuse, comprenant les croûtes graisseuses du cuir chevelu et celles des parties glabres divisées elles-mêmes en deux variétés : la variété diffuse, coïncidant souvent avec la séborrhée concrète du cuir chevelu et la variété circonscrite qui doit être séparée des séborrhées vraies et qui comprend les verrues plates séborrhéiques, l'acné sébacée concrète.
Troisième type : Séborrhées huileuses, — forme fluente, nyperidrose huileuse du cuir chevelu et de la face.
Quatrième type : Eczéma séborrhéique, — forme figurée, eczéma séborrhéique figuré du cuir chevelu, du thorax et des grands plis articulaires.
Cliniquement, ce qui importe le plus, ce sont les localisations de la séborrhée qui atteint souvent simultanément le cuir chevelu, la face et le thorax (la séborrhée généralisée des Allemands est une xérodermie).
Au point de vue pratique, il y a lieu d'étudier trois formes de séborrhée :
La séborrhée sèche; 2° La séborrhée huileuse ; 3° L'eczéma séborrhéique.
Ces formes ont une symptomatologie un peu différente suivant qu'on les envisage au cuir chevelu ou sur les régions glabres.
SÉBORRHÉE SÈCHE SQUAMEUSE FURFURACÉE
A. SÉBORRHÉE SÈCUE DU CUIR CHEVELU
Synonymie. — Pityriasis capillitii. — Alopécie pityrode furfuracée de PiNcus. — Acné sébacée sèche de Cazenave. — Séborrhée sèche de Hebra. — Séborrhée pityriasiforme d'E. Besnier. — Variété squameuse de l'eczéma séborrhéique de Unna. — Pityriasis siraplex de Van Harlingen.
Définition. — Symptomatologie. — Désigné communément sous le nom de pityriasis, sans qualificatif, ce genre de séborrhée est caractérisé par une desquamation épidermique généralement abondante du cuir chevelu et parfois de la barbe et des sourcils. Ces squames, blanches ou grises, sèches et cassantes, parfois un peu grasses, sont extrêmement fmes, furfuracées, quelquefois lamelleuses ; elles tombent en général facilement sous forme d'une poussière qui recouvre les cheveux et le col des habits, ainsi que les épaules.
Une démangeaison plus ou moins intense accompagne cette production de squames dont la chute est accentuée par le grattage.
Le cuir chevelu ne paraît pas malade ; toutefois, au cours de cette affection, les cheveux tombent en assez grande abondance [effluvium capillorum), parfois pour ne plus repousser [séborrhée dépilante).
Pronostic et Diagnostic. — C'est une affection tenace dont le diagnostic avec V eczéma est parfois difficile; on s'en tiendra facilement au diagnostic de séborrhée sèche s'il n'y a pas trace d'eczéma ailleurs, s'il n'y a pas de
croûtes, si la région malade ne suinte pas ou n'a pas suinté et aussi si le système pileux paraît malade.