STEN
Définition. — C'est une affection parasitaire et contagieuse du cuir chevelu due au champignon de Malmsten et (ÎRUBY, le trichophyton tonsurans.
Symptomatologie. — Les symptômes du début sont variables : tantôt il n'existe qu'un érythème accompagné ou non de vésicules, tantôt ce sont de petites pustules, tantôt des vésico-pustules, manifestations toujours éphémères et rarement constatées par le médecin. Le plus souvent, les seuls symptômes observés consistent en lésions de grattage occasionné par le prurit plus ou moins vif ou les sensations de chaleur et de picotement qui existent au début, en squames fines, de couleur blanche ou jaune sale, sous lesquelles le derme apparaît rosé ou grisâtre; déjà, à cette époque, ce qui accuse la nature parasitaire de l'affection, c'est l'orbicularité des lésions.
En même temps, surviennent des démangeaisons, élancements, picotements, sensations de cuisson plus ou moins intense, mais que nous n'avons jamais vu déterminer le cruel supplice dont parle Bazin qui doit être aussi rare que la faiblesse générale signalée par Hakdy.
Graduellement les cheveux sont envahis par la desqua-
TRICHOPHYTIE DU CUIR CHEVELU
mation qui leur l'orme une sorte de gaine amiantacée, d"un blanc sale [pityinasis alba parasitaire) et bientôt le champignon pénètre dans le follicule pileux lui-même.
La maladie est alors à la période d'état; les cheveux sont altérés : ils deviennent successivement secs, décolorés, ternes, noueux, gonflés, infiltrés qu'ils sont par le parasite qui les rend friables, ramollis, de sorte qu'ils se cassent spontanément à quelques millimètres du cuir chevelu; celui-ci offre alors un aspect tout à fait caractéristique : le derme, un peu tuméfié, présente une teinte d'un gris-bleu tout spécial; il est recouvert de squames furfuracées donnant lieu à une sorte de poussière grise, sale, adhérente, et les cheveux, cassés, forment, en raison de l'orbicularité de la lésion, des cercles tondus rappelant l'aspect d'une barbe faite depuis quelques jours, faisant brosse sous le doigt.
11 peut n'y avoir qu'une seule plaque de tondante, mais ordinairement il y en a plusieurs qui évoluent successivement, les unes montrant le duvet semblable à de la neige engainant la base des poils, les autres consistant simplement en cercles érythémateux, d'autres offrant l'aspect de l'affection à sa période d'état. Quelquefois, on ne peut constater que quelques cheveux altérés et cassés çà et là; d'autres fois encore, chez les sujets blonds, on ne constate que la décoloration des cheveux et quelques squames disséminées. Parfois enfin, la trichophytie du cuir chevelu prend les caractères de celle de la barbe, c'est-à-dire produit une folliculite pilaire profonde ; c'est ce qu'on appelle la teigne kérion deCELSE [Kerion Celsi, vespago del capillitio de DuiîiNi) suivie parfois d'alopécie cicatricielle définitive.
Marche. — Aucune règle fixe ne peut être établie concernant la marche de la trichophytie du cuir chevelu qui
Pl. XL VI. — Trichophytie du cuir chevelu.
TRICHOPIl YTIE DU CUIR CHEVELU.
peut envahir la tcle enlière ou rester limitée à une ou plusieurs plaques avec des périodes d'améliorations ou de récidives inattendues.
Pronostic. — Le pronostic est aujourd'hui considéré comme absolument bénin; l'affection Unissant toujours par guérir même spontanément après un temps variable, de quelques mois à quelques années.
La repousse des cheveux est toujours complète, sauf dans le cas où une médication intempestive ou irritante laisse une alopécie qualifiée de médicamenteuse.
D'après J. Audrain qui a étudié la teigne tondante dans le service de Du Gastel, on pourrait diagnostiquer :
i° Une forme bénigne à invasion lente, à plaques irrégulières, présentant de nombreux cheveux sains d'aspect, la peau est lisse, sans squames; on rencontre peu ou point de spores avec prédominance du mycélium;
2° Une forme grave, à invasion rapide, à plaques arrondies sur lesquelles n'existent que peu de cheveux sains, les autres sont cassés très courts, engainés, le cuir chevelu est couvert de squames dures et grisâtres ; les spores sont en grande quantité.
Il y a lieu, dans tous les cas, d'être prévenu et de prévenir les parents du malade des récidives fréquentes et de ne pas confondre, comme le fait justement remarquer E. Besnier, laguérison apparente, clinique, avec la guérison réelle, histologique.
Diagnostic. — Dans certains cas, le diagnoslic est difficile et la trichophytie du cuir chevelu peut être confondue avec certaines formes de pelade, avec le favus, \q psoriasis, Veczé/na, le pitiji'iasis, Veczéma séboii'héiqiie, le lupus érythémateux.
TRICHOPHYTIE DU CUIR CHEVELU
En dehors des données fournies par l'examen microscopique, il faut savoir que :
La pelade pseudo-tondante (pelade à cheveux fragiles) diffère de la trichophytie par son aspect lisse, éburné, par l'état des cheveux atrophiés, petits, à racines recourbées en crosse qui ne cassent pas ou cassent peu et ne s'écrasent point sous la pince.
Le faviis offre ses godets jaunes, ses croûtes, d'un blanc jaunâtre, ses cheveux lanugineux, décolorés, tombant en entier, mais non cassés.
Le psoriasis a des squames plus blanches, plus épaisses, plus adhérentes ; les cheveux sont intacts, sauf leur état de sécheresse; souvent aussi l'examen des coudes, des genoux, du tronc, éclairera le diagnostic.
Bans Yeczéma et le jnlyriasis , les plaques malades ne sont pas circonscrites; les poils ne sont pas cassés.
Dans Yeczéma séborrhéique, maladie de l'adulte, envahissant souvent d'autres régions (le tronc), les squames sont graisseuses, les circinations irrégulières.
Le lupus érythémateux offrira presque toujours, comme signe de diagnostic, outre l'âge du sujet, des dépressions cicatricielles suffisantes pour le diflérencier de la teigne ton dante.
Étiologie. — La maladie reconnaît comme source unique la contagion qui peut s'effectuer par les coiffures, les objets de toilette, le rasoir, les peignes, les brosses, etc. ; l'air peut aussi servir d'intermédiaire ; enfin on a cité des exemples de contagion par les animaux.
La trichophytie du cuir chevelu ne s'observe que chez les enfants, c'est une affection extrêmement rare au-dessus de quinze ans.
Traitement. — Il n'existe point actuellement encore de
TRICHOPHYTIE DU CUIR CHEVELU
traitement regardé comme sûrement curatif de la teigne tondante, contre laquelle il faut instituer une prophylaxie sévère.
Les principaux traitements à conseiller sont ceux d'E . Bes NIER, d'E. Vidal, d'H. Hallopeau, de Quinquaud, de Unna. Nous les résumerons brièvement.
Traitement d'E. Besnier.
1° Couper les cheveux ras, aux ciseaux, et les maintenir ainsi pendant tout le traitement ;
2° Séparer les parties malades des parties saines, par une zone d'épilation ;
3° Nettoyer la plaque en une séance, par deux raclages, modéré d'abord , plus énergique ensuite et séparés par un lavage avec une boulette de coton stérilisé imprégné du liquide suivant :
Alcool à 00° 100 grammes.
Acide borique 1 —
Chloroforme 5 —
4° Faire ensuite un deuxième lavage avec ce même liquide, lotionner avec :
Liqueur de Van Swieten. ... 100 grammes. Acide acétique cristallisant ... 1 —
et recouvrir exactement d'une rondelle d'emplâtre de Vigo acétique :
Onguent de VijLjo 100 grammes.
Acide acétique 1 —
Les lotions et renouvellements d'emplâtres seront faits par la famille de l'enfant et la rugination répétée par le médecin ou l'infirmier jusqu'à ce que les cheveux de repousse examinés au microscope ne contiennent plus trace de trichophyton.
Traitement d'E. Vidal.
4ti8 TRICHOPHYTIE DU CUIR CHEVELU.
1° Couper les cheveux ras ;
2° Frictionner la tête avec l'essence de térébenthine;
3° Toucher les points envahis avec la teinture d'iode tous les jours ou tous les trois ou quatre jours suivant l'irritation produite, ou les couvrir d'emplâtre de Vigo;
4° Faire matin et soir une onction à la vaseline boriquée ou iodée, à 1 p. 100 et recouvrir la tête d'un bonnet imperméable.
Traitement d'H. Hallopeau.
1° Savonner la tète le matin avec du savon noir; 2° Frictionner avec
Alcool camphre 12o grammes.
Essence de térébenthine 25 —
Ammoniaque liquide o —
3" Une demi-heure après et le soir, application d'une couche de vaseline iodée ;
4° Bonnet de caoutchouc en permanence;
S° Couper les cheveux ras toutes les semaines.
Traitement de Quinquaud.
1° Laver la tête avec du savon, puis une solution de sublimé au 1/1000, couper les cheveux aux ciseaux ou les raser, mais en faisant alors, immédiatement après, une lotion parasiticide ;
2° Racler les plaques malades, d'abord, si l'on veut, insensibilisées;
3° Lotionner la tête et surtout les plaques trichophytiques avec
Mêler dans un mortier et ajouter pour dissoudre :
Biiodure d'hydrargyie .
Bichlorare d'hydrargyre
Oe',1o centigr.
1 gramme.
Alcool à 90», Eau distillée
40 grammes.
TRICHOPHYTIE DU CUIR CHEVELU
4° Appliquer ensuite sur ces plaques une rondelle de
l'emplâtre :
Biiodure d'hydrargyre O'^lo cenligr.
Bichlorure d'hydrargyre .... 1 gramme.
Emplâtre simple 2."i0 —
5° Laisser la tète de l'enfant enveloppée dans un linge de toile pendant quarante-huit heures et refaire le pansement tous les deux jours.
Renouveler le grattage ou pratiquer l'épilation, s'il y a lieu, une ou deux fois.
Plus tard, le même auteur conseille volontiers la pommade aux trois acides :
Acide chrysophanique Acide salicylique. . .
Acide borique ....
Vaseline
appliquée deux fois en quarante-huit heures, puis remplacée pendant trois jours par la lotion mixte, et ainsi de suite.
Traitement de Unna.
1° Couper les cheveux courts aux ciseaux; 2° Badigeonner avec la colle de zinc une zone comprenant le sommet du front, les régions temporales, la nuque ; 3° Appliquer sur le cuir chevelu la pommade suivante :
Chrysarobine 5 grammes.
Acide salicylique 2 —
Ichthyol 5 —
Onguent simple 100 —
4° Recouvrir la tête d'un bonnet imperméable fixé avec la colle et une bande de tarlatane, puis par-dessus un bonnet de flanelle ou de toile cirée solidement attaché;
5° Tous les matins, couper et soulever à un endroit le bonnet imperméable, essuyer la tête et appliquer une nou-
aa 2 grammes.
TRICHOPHYTIE DU CUIR CHEVELU
velle couche de pommade, pratiquer de nouveau l'occlusion complète du bonnet;
6° Au bout de quatre jours, enlever la pommade à la chrysarobine, appliquer une fois par jour la pommade :
Ichlhyol o grammes.
Vaseline 100 —
Recommencer toutes les semaines jusqu'à guérison.
MoRGAN-DocKWEL aurait obtenu des guérisons en vingt jours avec un traitement dont la base est l'hydronaphlol sous forme de savon, de pommade, d'emplâtre.
Saalfeld, sur seize cas, a eu treize succès au moyen du losophane (triiodocrésol) ainsi employé :
Losophane. . .
gramme.
grammes
Butte a obtenu des guérisons dans un laps de temps variant de trois à cinq mois au moyen de frictions faites tous les deux jours avec :
Lanoline 90 grammes.
Protochlorure d'iode 10 —
Verser lentement le protochlorure sur la lanoline et triturer avec précaution.
Enfin, nous-mème avons essayé dans le traitement de la teigne tondante :
1° Les applications de collodion iodé au 1/30, simples ou combinées avec les diverses médications citées plus haut; les résultats observés ont été tellement variables que nous n'osons encore rien affirmer sur l'efficacité de ce procédé ;
TRTCHOPHYTIE DE LA BARBE
2° L'action des vapeurs acides essayées jadis par Vérujski et Lailler et plus récemment par Schuster qui aurait obtenu de bons résultats, dans le favus, avec les vapeurs d'acide sulfureux; mais, cette fois, sur les conseils de notre distingué confrère et ami M. le D"" G. Arthaud, chef du laboratoire de physiologie au Muséum d'histoire naturelle, nous avons employé les vapeurs de brome. Ce traitement, d'une puissance très grande, pourra peut-être réussir; mais, actuellement, nous ne sommes pas encore en mesure de formuler à cet égard une appréciation complète, ni même de tracer la technique exacte de cette médication dangereuse dans certains cas.
TRICHOPHYTIE DE LA BARBE
Synonymie. — Sycosis trichophytique. — Trichophytie sycosique. Trichophytie sycosique folUculitique ou vraie d'E. Besnier et A. Doyon.
Symptomatologie. — Le trichophyton tonsurans peut produire dans la barbe des lésions d'aspects différents.
Au début, coïncidant ordinairement avec quelques démangeaisons, on voit apparaître des rougeurs plus ou moins bien limitées, formant parfois des disques érythémateux ou des circinations analogues à celles de la trichophytie cutanée. Ces placards sont petits et desquament plus ou moins abondamment [pityriasis alba parasitaire).
Quelque temps après le poil s'altère, il devient sec, terne, cassant, recouvert et engainé d'un duvet blanchâtre ; la peau est un peu tuméfiée, rouge et rugueuse, parfois ardoisée.
Plus tard encore, apparaît le sycosis, nom qui, selon E. Besnier et A. Doyon, doit être réservé aux cas dans les-
TRICHOPHYTIE DE LA BARBE
quels le trichopliyton a déterminé une folliculitc pilaire. Il se forme alors de véritables pustules, centrées par le poil, entourées d'une aréole inflammatoire; le derme s'infiltre, se tuméfie et s'indure; des tubercules rouges, arrondis, volumineux {sycosis tuberculeux), dans certains cas même de véritables abcès dermiques [sycosis plilegmoneux) apparaissent. La sécrétion séro-purulente qui s'échappe de tous ces foyers de suppuration se concrète en croûtes plus ou moins épaisses, brunâtres, qui, en tombant, laissent à découvert des ulcérations fongueuses, saillantes, ressemblant assez à des plaques muqueuses et donnant à la figure un aspect vraiment repoussant, l'aspect d'une passoire (Lewin), d'un rayon de miel, de tumeurs noueuses comme le carcinome (MichelsOxN, Neujiana, Kaposi).
Le poil, de plus en plus altéré, finit par tomber spontanément ou par céder à la moindre traction.
Toutes ces altérations peuvent se succéder, coïncider ou même manquer complètement. E. Besmer a, pendant plusieurs mois, montré en 1887, dans ses cliniques, « un hoiume atteint de trichophytie pilaire de la totalité de la barbe, sans qu'il y ait jamais eu chez lui, ni un cercle érythémateux, ni une rougeur, ni la moindre trace defolliculite. Les caractères du poil trichophytiquc : fragilité, cassure, écrasement sous la pince ou la lame de verre, caractères histologiques, etc., étaient tous absolument démonstratifs. »
Lorsque les lésions inflammatoires sont intenses, les malades se plaignent de sensations de chaleur, de cuisson, de démangeaison, quelquefois mais rarement de douleurs vives.
Siège. — Les lésions siègent surtout au menton [me^itagre), sur les joues; on les a observées sur le pubis.
Durée. — La trichophytie pilaire de la barbe est uneaf-
TRICHOPHYTIE DE LA BARBE
fection de longue durée; la guérison spontanée a été constatée lorsque, à la suite de la suppuration, les poils, en tombant, entraînaient avec eux le parasite; ils peuvent alors repousser en plus ou moins grande quantité; mais ordinairement des rechutes plus ou moins fréquentes prolongent la durée de la maladie.
Pronostic. — Ce n'est pas une affection grave en ellemême, toutefois, le pronostic en est assez sérieux par suite de sa durée, de ses localisations, et des cicatrices alopéciques qu'elle peut laisser.
Diagnostic. — Un certain nombre de signes doivent être retenus pour établir le diagnostic; ce sont : la desquamation blanche, pityriasique du début, la présence des cercles herpétiques, le peu d'adhérence des poils engainés, ou cassés très près de la peau. En outre, l'examen microscopique des tronçons de poils engainés éclairera le diagnostic et empêchera de confondre la trichophytie de la barbe avec :
L'eczéma impétigineiix, non limité aux régions velues;
Les aaiés, qui siègent sur les parties glabres et ne sont pas recouvertes de croûtes;
h'ecthyma, rare à la face, et dont les pustules sont régulièrement aplaties, sans induration considérable;
La syphilis pustideuse du visage, accompagnée souvent d'autres manifestations spécifiques ;
Enfin le sycosis non parasitaire dont les pustules sont plus petites, plus uniformes.
Étiologie. — Toujours duc à la contagion, la trichophytie delà barbe, a, comme causes directes, une coupure de rasoir, un blaireau ou un peigne infectés et malpropres, probablement aussi l'air ambiant dans lequel peuvent voltiger les spores du parasite.
TRICHOPHYTIE CUTANÉE.
Traitement. — A la première période (période érythémateuse), les badigeonnages de teinture d'iode réussissent ordinairement. La barbe doit être coupée aux ciseaux, non rasée.
A la période véritablement sycosique, il faut, s'il existe des phénomènes d'irritation, les calmer d'abord et appliquer ensuite les pommades, emplâtres parasiticides, au turbith, au soufre, aux acides pyrogallique et salicylique. La formule ci-dessous, grâce aux propriétés de l'œsipus, serait très efficace, d'après Iule.
Sous-niti'ate de bismuth o grammes.
Oxyde de zinc ]
Œsipus I aa 20 —
Huile d'olives )
L'épilation et les scarifications recommandées par les uns (L. Brocq), déconseillées par d'autres (E. Besnier, Unna), sont à employer dans des circonstances spéciales dépendant de chaque cas particulier.
TRICHOPHYTIE CUTANÉE (Voir la planche XLVII.)
Synonymie. — Olophlyctide miliaire d'ALiBERT. — Herpès circiné de WiLLAN et Bateman. — Herpès tonsurant vésicuieux de Kaposi. — Herpès circiné parasitaire.
Symptomatologie. — Sur les régions glabres, le trichophyton produit des lésions circinées, qui, constituées au début par de petites taches rosées ou rouges, arrondies, légèrement saillantes et squameuses, grandes comme une lentille, comme une pièce de vingt centimes, s'étendent
TKICHOPHVTIE CUTANÉE.
bientôt excentriquement, progressivement et régulièrement de façon à déterminer des cercles parfaits dont le centre est formé par le tégument revenu presque à l'état normal; plus souvent il est légèrement pigmenté, jaunâtre, desquamant; le bord rouge et saillant est papuleux, vésiculeux [hayès circiné), pustulo-vésiculeux, couvert de squames furfuracées ou de fines croûtelles.
Le développement est rapide, le cercle atteint en deux septénaires la dimension d'une pièce de cinq francs en argent; mais, en s'agrandissant davantage, jusqu'à mesurer parfois dix, vingt centimètres de diamètre et plus encore, il devient de plus en plus irrégulier.
L'aspect de la trichophytie est d'ailleurs absolument multiforme, comme disent E. Besnier et A. DoYO^■ qui signalent un grand nombre de variétés :
La trichophyLie auto-inoculée des teigneux à disques complets ou non, érythémateux, érythémato-squameux, eczématoïdes, à bords plus nets à la partie externe qu'à la partie interne, à centre squamulaire, plissé, jaunâtre, prurigineux, situés aux environs du cuir chevelu;
La trichophytie des parties découvertes ; circinée, discoïde , érythémateuse , squameuse, vésiculeuse, pustuleuse, phlycténoïde, eczématoïde, dysidrosiforme, Jichénoïde, etc., trichophytie érythémato-vésiculeuse commune, solitaire ou discrète à bords vésiculeux accentués surtout quand l'affection siège aux mains ou aux avant-bras (face dorsale) ;
La trichophytie érythémato-vésiculeuse, circinée, éruptive, aiguë, disséminée, généralisée, due à des vêtements contaminés, à marche aiguë, en cercles plus ou moins ovalaires ;
La trichophytie à anneaux cohérents, à cercles géants, festonnée, marginée, serpigineuse, exotique {trichophytie des régions tropicales; trichophytie des parties couvertes) ,
TRICHOPHYTIE CUTANÉE.
rare en Europe, à anneaux multiples, cohérents, chaînés, concentriques, à bords effacés aux points de contact;
Uherpès tomurant desquamatif , teigne imbriquée ou herpès imbriqué de Manson, caractérisé par ses lamelles épidermiques larges parfois de deux centimètres et demi, adhérentes à leur bord externe, pouvant envahir tout le corps à l'exception du cuir chevelu et de la face; c'est une affection très prurigineuse et très contagieuse.
En outre, dans certains cas où le trichophyton détermine une inflammation considérable, la lésion, toujours circinée» est constituée par des vésicules, des pustules, des tubercules même rappelant l'aspect du sycosis.
Lorsqu'elle siège aux régions palmaires et plantaires, la trichophytie se présente sous un aspect tout spécial bien étudié par divers auteurs (Tilbury Fox, C. Pellizzari, Ar- ^'0ZA^ et Dubrelh.!!) et en particulier tout récemment par M. le D'' Djélaleddin Mouhktar, de Gonstantinople. Gomme l'a démontré ce dernier, la lésion, qui au début ressemble surtout à la dysidrose grâce à l'apparence des vésicules et un peu plus tard à la syphilis par la netteté et la circination de ses bords, sa durée, etc., se distingue néanmoins de ces affections ainsi que de V eczéma^ du pemphigus, du psoriasis, etc., « par la présence simultanée, au cas de trichophytie, d'éléments divers qui représentent les différents stades de l'évolution de la maladie (vésicules, macules, petites plaques, grandes plaques circinées, à collerette) ou mieux par la présence d'une plaque avec des vésicules à sa périphérie ».
En outre, le trichophyton a toujours, dans ces régions, été constaté en abondance.
Enfin, quelle que soit sa forme, la trichophytie cutanée s'accompagne de sensations de chaleur, de démangeaisons plus ou moins accentuées, parfois de picotements ou
TRICHOPHYTir: CUTANÉE.
d'élancements, surtout au début de l'éruption; plus tard, ces symptômes disparaissent ou ne se montrent que par intermittences.
Siège. — La trichophytie cutanée peut siéger sur toutes les régions du corps; on la rencontre surtout au visage, à la nuque, au cou, aux avant-bras et aux mains, de même que sur les organes génitaux.
Pronostic. — C'est une affection peu grave, mais qui, dans certains cas, peut se prolonger longtemps.
Diagnostic. — Le diagnostic est généralement facile; sa marche progressivement excentrique est un des meilleurs signes diagnostiques; toutefois elle pourrait être confondue avec :
érythème marginé, plus rouge, plus élevé et ne s'étendant pas excentriquement;
\Jecz-(haa nummulaire , à sécrétion abondante, à squames plus larges et plus lamelleuses, ne présentant pas de formes annulaires ;
Le psoriasis circiné [lèpre vulgaire de Willa>' et Bateman), dont les squames sont plus épaisses, plus saillantes et plus adhérentes ;
Enfin \q pityriasis circiné etmargiîie' d'E. Yidal, lefavus, dans certaines formes, les syiphilides circiriées, le pityriasis rosé de Gibert au début, Veczéma séborrhéique, certaines folliculites, etc., peuvent simuler la trichophytie.
Dans ces cas, comme dans tous ceux mentionnés plus haut, l'examen microscopique lèvera tous les doutes, si l'on découvre le parasite, ce qui est parfois fort laborieux,
Étiologie. — La contagion est toujours la cause de la trichophytie cutanée.
TRICHOPHYTIE UNGUÉALE.
Traitement. — En général le traitement de la trichophytie cutanée est facile; le plus simple consiste en applications de teinture d'iode dont l'action, comme le fait justement remarquer E. Bes>ier, est considérablement accrue par une rugination légère pratiquée avec un linge rude, le manche en bois d'un pinceau de charpie, etc.
On peut aussi employer les emplâtres, les savons parasiticides. Nous nous sommes servi avec succès de l'ichthyol pur et du collodion iodé au 1/30.
L. Bertrand, médecin principal de la marine, a obtenu des succès rapides avec des applications tous les deux jours de la pommade suivante :
Poudre de rhubarbe 1 gramme.
Vaseline 10 —
Contre la trichophytie exotique et la teigne de Manson, F. Roux recommande la poudre de Goa, le sulfure de calcium, le bichlorure de mercure, la pommade à l'iodure de soufre.
G. Gao, de Turin, s'est montré fort satisfait des applications de pommade contenant de 5 à 10 p. 100 d'euphorine ou de traumaticine à 5/20.
TRICHOPHYTIE UNGUEALE Synonymie. — Onychomycose trichophy tique.
C'est une localisation assez rare, du moins en France, du trichophy ton.
Elle consiste en une dégénérescence de l'ongle dont les couches profondes prennent « une teinte d'un noir sale tirant sur le vert très foncé » (H. Fournier), et qui devient
TRICHORREXIS NODOSA.
fragile, épaissi, ponctué de points blanchâtres, s'effrite peu à peu.
Diagnostic. — Le diagnostic ne peut se faire que par l'examen complet du malade ou à l'aide du microscope.
Henri Fournier a constaté que le parasite « envahit ordinairement l'ongle un peu au-dessous du point où son bord devient libre, presque toujours du côté externe», puis il gagne « les cellules intercalées entre sa face profonde et les plis et sillons de Henle, cellules qui occupent la place de la courbe génératrice et du corps muqueux de Malpighi et sont envahies successivement par la kératine : le champignon de la trichophytie se développe dans cette courbe et de là gagne le limbe » .
Traitement. — Il faut ramollir la substance unguéale par les lavages, les applications de caoutchouc, d'emplâtres mercuriels, et pratiquer la rugination des parties malades que l'on badigeonne ensuite avec des solutions de sublimé, de créosote, d'acide acétique.
TRICHORREXIS NODOSA (Moritz Kaposi)
Synonymie. — No(io.sitas crinium. — Trichoclasia. — Clasthothrix.
La trichorrexie noueuse consiste en un boursouflement du poil dont les fibres se dissocient et qui éclate au niveau du renflement pour se briser ensuite à ce même niveau, rappelant alors l'aspect d'un cheveu brûlé.