‹ Précis iconographique des maladies de la peauChapitre 17 sur 120 · DE RM ATONE U ROSES · texte numérisé non relu

DE RM ATONE U ROSES

Définition. — Par dermatoneuroses, disent H. Leloir et E.YiDAL, nous entendons toute affection cutanée secondaire à une modification du système nerveux central, ganglionnaire ou périphérique.

Ces auteurs en distinguent un certain nombre déclasses et en font une étude que nous résumons ici.

Première classe : les dermatoneuroses sensitives pures, constituées seulement par des troubles de la sensibilité.

i" Les difFérentes variétés de l'hyperesthésie cutanée : hyperesthésie proprement dite, dermalgie, prurit, hyperalgie, paresthésie, etc.

2° Les différentes variétés de l'anesthésie cutanée.

Deuxième classe : les dermatoneuroses motrices pures, caractérisées par un seul phénomène : la contraction des fibres musculaires cutanées, et en particulier des fibres musculaires glandulaires des follicules pilo-sébacés, et dont le type est la u cutis anserina ».

Troisième classe : les dermatoneuroses vasculaires ou dermatoneuroses vaso-motrices pures, caractérisées par les phénomènes résultant de la dilatation ou de la constriction anormale des vaisseaux sanguins et des troubles de nutrition qui peuvent en être la conséquence, comme certaines hyperémies cutanées, certains érythèmes, certaines anémies cutanées, l'urticaire, certaines hémorrhagies cutanées.

Quatrième classe : les dermatoneuroses trophiques ou

DERMATONEUROSES.

TROPHONÉvHOSEs CUTANÉES proprement dites, en général liées à des modifications assez permanentes et prononcées de l'influx nerveux, comprenant :

l°Desérytlièmeschroniques(éry thème trophoneurotique, glossy-skin (1), pellagre).

Des dermitcs plus ou moins superficielles (panaris nerveux de Morvan, de Quinquaud, certaines dermatites, encore mal connues (2) ;

2° Des aiïcctions papuleuses (certains eczémas) ;

3° Désaffections vésiculeuses (certains eczémas^ certains herpès, le zona) ;

4" Désaffections huileuses (certaines éruptions huileuses localisées, certains pemphigus);

5° Des affections pustuleuses (certains ecthymas) ;

6° Des ulcérations (certaines ulcérations trophiqucs peu étudiées, le mal perforant) ;

7" Des gangrènes (gangrènes symétriques des extrémités, gangrènes d'origine nerveuse centrale comme le décuhitus aigu, gangrènes d'origine nerveuse périphérique);

8° Certains œdèmes chroniques durs ou demi-durs ; certains états éléphantiasiformes;

9° Certains sclérèmes ;

10° La sclérodermie? la morphée? la trophonévrose faciale? certaines atrophies cutanées ?

11" La lèpre systématisée nerveuse ; la lèpre mixte ;

12" Certains états ichthyosiques de la peau ;

\ 3° Certaines hyperkératinisations ; callosités ;

14° Des troubles de la pigmentation cutanée (aug-

(1) Peau parcheminée, peau luisante, Liodermie essentielle d'AuspiTZ, Dermite nerveuse essentielle de Kaposi, affection décrite par WeirMitchell et constituant un état spécial de la peau des extrémités, lisse, luisante, amincie, atrophiée, avec des altérations glandulaires, unguéales, etc., douleurs névralgiques [causalgie).

(2) Dermatite exfoliative généralisée ?

DERMATONEUHOSES.

mentation du pigment, diminution du pigment, vitiligo).

Cinquième classe : les dermatoneuroses glandulauies, caractérisées par une perturbation de la sécrétion glandulaire secondaire à un trouble de fonctionnement du système nerveux, comprenant :

1" Les dermatoneuroses glandulaires sudorales (hyperidrose, anidrose ? hématidrose ?) ;

2" Les dermatoneuroses glandulaires sébacées (certaines acnés rosées ? certaines séborrhées?) ;

3° Les dermatoneuroses glandulaires pilaires (certaines variétés de canitie, certaines variétés d'alopécie, les peladoïdes trophoneurotiques) ;

4" Les dermatoneuroses glandulaires unguéales (chute des ongles, déformations et altérations diverses des ongles).

Les lésions du système nerveux central ou périphérique qui ont présidé aux dermatoneuroses ont été constatées anatomiquement (dermatoneuroses cum materia) ou non (dermatoneuroses sine materia).

Les premières sont des affections permanentes, en général des dermatoneuroses trophoneurotiques, des trophonévroses ; sous la dépendance de lésions de l'encéphale, de la moelle (en particulier des zones radiculaires postérieures et de la substance grise postérieure et centrale), des racines postérieures, des ganglions spinaux, des nerfs périphériques (nerfs sensitifs et peut-être sympathiques).

Les secondes sont en général caractérisées par de simples troubles sensitifs, vaso-moteurs, moteurs, isolés ou concomitants. Lorsque l'action nerveuse a été plus intense, assez intense pour produire une véritable lésion trophique permanente de la peau, l'affection cutanée est néanmoins toujours superficielle, non destructive, et encore peut-on se demander si, dans ce cas, il n'existe pas de lésions du système nerveux tellement légères, parfois, qu'elles échappent

DIABÉTIDES.

à nos moyens actuels d'investigation. Telles les dermatoneuroses réflexes (eczémas de la dentition, eczéma, urticaire, acné rosée secondaires aux affections utérines), les dermatoneuroses par choc moral (des anémies et hyperémies cutanées, érythèmes, urticaire, hémorrhagies cutanées, eczéma et psoriasis, herpès, dermatoses huileuses et pemphigoïdes, troubles pigmentaires de la peau et des poils, peladoïdes trophoneurotiques, etc.).

Les lésions cutanées précitées peuvent, dans certains cas, faire diagnostiquer une affection nerveuse qui, sans elles, serait passée inaperçue ou n'aurait été reconnue que plus tard; le traitement et le pronostic se trouvent ainsi complètement modifiés.

Ces dermatoneuroses ont été désignées sous le nom de dermatoneuroses indicatrices (H. Leloip. et E. Yidal).

Traitement. — Le traitement doit avoir pour hut d'agir sur le système nerveux soit par une médication interne (arsenic, sulfate de quinine, ati'opine, ergotine, bromures), soit par une médication externe (électricité, révulsion) dont les éléments varieront dans chaque cas particulier.

DIABÉTIDES

Définition. — M. le professeur A.Fournier désigne sous le nom de diabétidesles éruptions cutanées qui se manifestent chez les sujets diabétiques.

Symptomatologie. — Ces manifestations peuvent être

DYSIDROSE.

d'ordre crythéraaleux, vôsiculeux, pustuleux, papuleux, gangréneux, etc, ; les plus intéressantes et les plus fréquentes sont, sans contredit, les éruptions eczématiformes ou le simple prurit généralisé ou localisé aux organes génitaux. On a constaté l'astéatose et l'anidrose diabétiques.

Traitement. — Les diabétides réclament, outre le traitement local variable suivant la lésion, et une hygiène appropriée, le traitement général du diabète.

DYSI DROSE

. Synonymie. — Dysidrosis de Tilbury Fox. — Cheiro-pompholix d'HuTCHiNSON. — Pompholix de Robinson.

Définition. — C'est une affection qui se présente sous l'aspect de vésicules plus ou moins volumineuses (voir la planche I, fig. 3, c), parfois môme de bulles, contenant un liquide limpide et siégeant surtout aux extrémités des membres.

Symptomatologie. — Les éléments éruptifs sont souvent précédés par des démangeaisons, des sensations de brûlure, de cuisson, variables d'intensité, mais qui manquent rarement. Les vésicules sont perlées, comparables à des grains de sagou cuit, d'un volume variant de celui d'une tête d'épingle à celui d'une lentille et situées profondément sous l'épiderme.

Isolées et discrètes au début, elles se groupent ensuite,

DYSIDROSE.

deviennent confluentcs, formant par leur cohérence des ampoules de couleur jaunâtre; elles se multiplient sous l'influence des grattages (L. Brocq) et finissent, à lalongue, par se rompre en laissant le derme à nu.

Siège. — La dysidrose siège surtout à la paume des mains, dans les espaces interdigitaux, sur les bords latéraux des doigts et à la plante des pieds, souvent d'une façon symétrique, on l'a notée à leur face dorsale (Broamhead) et au visage (Jackson, Rosp:nthal), une fois au nez (H, Hallopeau).

Marche. — Durée. — La dysidrose, dont les récidives sont fréquentes, se termine généralement en deux septé= naires.

Diagnostic. — Les vésicules de Veczéma plus petites, éphémères, reposant sur une surface inflammatoire, ne ressemblent en rien à celles de la dysidrose qui peut toutefois être compliquée d'un véritable eczéma.

Les sudamina se diff'érencient des vésicules dysidrosiques par leur généralisation, leur volume moindre et leur durée plus longue.

Étiologie. — Plus fréquente au printemps et en été, la dysidrose semble atteindre de préférence les arthritiques; elle est, en tous cas, sensiblement en rapport avec les sueurs profuses; les sujets qui en sont atteints ont souvent les mains humides, moites, froides et gluantes.

Nature. — On a placé le siège de la dysidrose dans les glandes sudoripares (Tilbury Fox et Crocker) ; on en a fait de l'eczéma (Hardy, Herra, Kaposi) ou des sudamina, ou

DYSIDROSE.

bien encore la résultante de troubles trophiques (J. Hut-

CHINSON et RoBlNSOis).

Traitement. — La médication générale a pour but de ralentir la transpiration; c'est dans cet ordre d'idées que l'on a donné la tisane de feuilles de sauge.

Localement, le mieux est de ponctionner et de vider les vésicules, puis d'envelopper les régions malades dans du coton hydrophile imbibé de Uniment oléo-calcaire borique ou de les recouvrir d'une pommade à l'oléate de zinc (R. Crocker).

ECTHYMA

(Voir la planche IV.)

Définition. — On désigne, encore actuellement, sous ce nom une lésion de la peau à marche aiguë, caractérisée cliniquement par une pustule souvent isolée, volumineuse, régulière, arrondie, entourée d'une aréole inflammatoire pustule phlyzaciée d'AuBEux), dont le contenu, inoculable, se répand sur le tégument et forme, assez rapidement, une croûte brune ou jaunâtre qui laisse après elle une cicatrice indélébile plus ou moins marquée.

Symptomatologie. — Au début, la pustule d'ecthyma est précédée d'une petite tache rouge, punctiforme, prurigineuse, devenant bientôt papuleuse, puis vésiculeuse ; ce n'est que le quatrième jour, environ, que le contenu de la vésicule devenant louche et purulent, la pustule se trouve véritablement constituée ; sa grosseur est alors variable, elle peut avoir la dimension d'une tète d'épingle, le volume d'un pois ou même atteindre quelques centimètres de diamètre.

Quelquesjours encore, et l'épiderme qui formait l'enveloppe extérieure de la pustule se rompt, le pus s'épanche au dehors pour se concréter en forme de croûte jaune ou brune, épaisse et assez saillante ; au-dessous d'elle, existent une exulcération [ecthyma simple, ecthyma viilgare, de

Pl. IV. — Ecthyma.

ECTHYMA.

WiLLAN et Bateman, ecthyma à ulcération superficielle de H. Leloik et E. Vidal) ou une ulcération {ecthyma ulcéreux) très douloureuse au contact de l'air.

Suivant la profondeur de rulcération,rafrection ne laisse comme trace, quand la croûte est tombée, qu'une tache violette s'effaçant peu à peu, ou une cicatrice déprimée.

Les pustules d'ecthyma sont en général discrètes, se succédant souvent les unes aux autres, formant cependant parfois de véritables placards plus ou moins larges; elles sont ordinairement volumineuses, entourées d'un cercle érythémateux.

Les symptômes subjectifs consistent en un peu de cuisson, de chaleur, de démangeaison, de picotement, de douleur, qui cessent lorsque la croûte est formée.

Comme symptômes généraux, on note, dans certains cas, des frissons, du malaise, de l'inappétence, de la fièvre et, comme complications, des lymphangites, adénites, phlegmons, etc.

Siège. — L'ecthyma se développe sur toutes les régions, mais de préférence sur les mains, les pieds, les fesses et les membres; il est plus rare au tronc, exceptionnel à la face et au cuir chevelu (Hardy).

Durée. — Dans l'ecthyma vulgaire, la durée d'une pustule prise en particulier est relativement courte, chaque élément évoluant en seize ou vingt jours, mais l'affection peut persister longtemps grâce aux auto-inoculations successives (ecthyma diutinum de Devergie).

Variétés. — On a distingué plusieurs espèces d'ecthyma dans lesquelles la marche de l'affection est modifiée surtout par le terrain sur lequel elle se développe.

ECTHYMA.

C'est ainsi que chez les enfants très jeunes, âgés de quelques mois, on a décrit sous le nom à'ecthijma chronique des enfants, à'ecthyma infantile, à'ecthyma ulcéreux des nouveau-nés (Lailler et Jarry), à'ecthyma térébrant, de rupiaescharotica (Batejian), pemphigus gangréneux{\ikz\'s), une forme d'ecthyma caractérisée par des pustules petites, souvent sans aréole rouge ou entourées d'un cercle livide et violacé [ectlnjma hiridum de Bateman, ecthyma constitutionnel scrofuleux de Bazin), donnant naissance à des ulcérations profondes, à marche lente, suivies de cicatrices indélébiles et déprimées.

En même temps existent des phénomènes généraux graves : douleurs violentes, lièvre, gastro-entérite et phénomènes athrepsiques, comportant un pronostic grave, souvent fatal.

Cet ecthyma, ordinairement plus ou moins généralisé, siège surtout aux cuisses, aux fesses, aux régions inguinales, au dos ; on Ta observé sur le tronc et, d'une façon exceptionnelle, à la face et à la tête.

Les muqueuses buccale et labiale sont fréquemment atteintes d'ulcérations.

Cette forme, ainsi que la suivante, est désignée par H. Lelou\ et E. Vidal sous le nom A'ectliyma à idcératiùn •profonde.

Chez les sujets débilités [ectlnjma cachecticum, ecthyma arthritique ou dartreux de Bazin), les pustules, qui siègent surtout aux membres inférieurs, sont discrètes mais larges et contenant un liquide formé de pus, de sang et de sérosité mélangés qui se dessèche sous forme de croûte noirâtre; elles sont entourées d'une aréole inflammatoire (cercle escharotique), s'étendant peu à peu sur l'épiderme avoisinant qui se soulève, distendu par le liquide sécrété ; ce dernier forme bientôt une croûte saillante, de dimension

ECTHYMA.

plus considérable que la première [rupia proeyninens de Hardy) ; sous ces croûtes existentdesulcérations aloniques, profondes, qui suppurent indéfiniment; c'est à cette forme que l'on peut rattacher Vecthijma gangreneux de Hardy.

Les symptômes généraux sont rares ; les symptômes subjectifs, bénins; mais les membres atteints sont souvent le siège de lymphangite et de phlébite. Le pronostic est mauvais.

Pronostic. — Ce qui rend le pronostic de l'ecthyma essentiellement variable suivant ses diverses formes, c'est qu'il dépend absolument de ses conditions pathogénétiques.

Diagnostic. — Assez tacile à diagnostiquer dans les cas ordinaires, l'ecthyma peut néanmoins offrir quelquefois certaines ressemblances avec plusieurs affections :

Le furoncle, au début, ressemble à l'ecthyma, mais sa pustule initiale est plus petite, plus acuminée, l'aréole inflammatoire est plus étendue et de couleur plus foncée ; la douleur est beaucoup plus forte.

L'acné pustuleuse vulgaire a des pustules petites et acuminées; Vac/ié indurée a une base résistante qui n'existe pas dans l'ecthyma ; enfin, l'acné a des sièges de prédilection tout autres.

Les pustules de Vimpétigo sont plus petites, plus nombreuses, plus confluentes; les croûtes forment de vastes placards jaunâtres et réguliers ; l'affection siège habituellement à la face.

Le pemphigus, lorsque le contenu des bulles est transformé en croûtes, ressemble à l'ecthyma; mais, dans le premier, les croûtes sont moins volumineuses et moins adhérentes ; les ulcérations consécutives sont moins pro-

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EGTHYMA.

fondes et donnent lieu à une suppuration moins considérable; enfin, l'afTection est plus généralisée et l'on constate, soit de visu, soit dans les renseignements fournis par le malade, l'existence de lésions huileuses.

Les sypJiilides ulcéreuses diffèrent de l'ectliyma par la profondeur de leurs ulcérations, l'aspect de leurs croûtes inégales, verdâtres, leur mode de groupement, leur aréole brune et cuivrée.

Toutefois, il est quelquefois impossible de différencier objectivement l'un de l'autre le cliancre induré QiYectJnjma scabieux.

Étiologie. — L'ectliyma est toujours dû à l'inoculation. Celle-ci est favorisée par la débilité du sujet atteint, que cette débilité tienne à la vieillesse, aux excès, aux maladies [ecthyma syinptomatique de Bazin).

Les parasites (pous et acares), en déterminant des lésions de grattage, ouvrent des portes d'entrée aux microbes pyogènes vulgaires et favorisent la production de l'ecthyma [ectliyma de cause externe de Bazin).

Anatomie pathologique. — La pustule de l'ecthyma forme dans le corps de Malpighiune <( petite cavité anfractueuse, remplie de pus, de liquide fibrineux... et de micrococci » (IL Leloih et E. Vidal).

C'est une pustule renfermant des micro-organismes.

Traitement. — En dehors des soins spéciaux que peut exiger l'état général du malade et qui consistent surtout en toniques, l'ecithyma réclame un traitement antiseptique. Après la chute des croûtes, les ulcérations seront lavées avec les solutions de sublimé ou phéniquées, l'alcool salolé à 1/100% saupoudrées de poudre d'iodoforme, d'aristol,

ECZÉMA

d'iodol, etc., ou recouvertes de bandelettes imbriquées d'emplâtre rouge d'E. Vidal ou, ce qui nous a bien réussi encore, d'épithème adhésif à l'ichthyol. Chez les enfants, les pansements se font surtout avec les poudres astringentes : ratanhia, quinquina, écorce de chêne.

Dans les cas d'ecthyma gangreneux, il y a lieu de se servir de lotions toniques avec l'alcool camphré, le vin aromatique, et de couvrir les plaies d'onguent Canet.

Dans tous les cas, le repos de la région affectée est absoment indispensable.

ECZÉMA

Synonymie. — Herpôs squameux (Alibert). — Dartres squameuses humides (Alibert). ■ — Crusta lactea (Plenck). — Herpès miliaire. - Dartres vives, etc.

Définition. — On décrit encore aujourd'hui, tant en France qu'à l'étranger, sous le nom d'eczéma des affections qui, objectivement plus ou moins semblables, diffèrent cependant d'une façon considérable par leur cause, leur nature, leur marche, leur durée, leur terminaison et les indications thérapeutiques qu'elles comportent.

Depuis quelques années, néanmoins, l'immense groupe des eczémas tend à se dissocier et, en France particulièrement, existe une tendance à réserver le nom d'eczéma à une affection de nature inflammatoire, aiguë, subaiguë ou chronique, caractérisée par des rougeurs, des vésicules, des croûtes et des squames existant simultanément ou successivement, accompagnée de prurit et prenant sa

ECZÉMA AIGU

source dans la constitution propre de l'individu lui-même.

Pratiquement, les eczémas doivent être étudiés surtout au point de vue de leur siège; c'est celui-ci, en effet, qui, la plupart du temps, détermine l'aspect objectif, influe considérablement sur la marche, la thérapeutique, etc., de l'affection ; toutefois, il est bon de décrire classiquement V eczéma en soi, afin d'en faire bien saisir les aspects multiples et divers, véritablement protéiformes.

L'eczéma est aigu ou chronique, généralisé ou localisé et peut affecter toutes les formes connues des lésions élémentaires.

, ECZÉMA AIGU

PREMIÈRE PÉRIODE. — PÉRIOnE DE VÉSICULAïlON

Symptomatologie. — Précédé ou non de symptômes généraux : anorexie, malaise, courbature, fièvre, frissons, — et locaux : sensations de chaleur appréciable àlamain et au thermomètre qui montre une différence de un et même de deux degrés entre la température des régions saines et celle de la région malade, de tension, de démangeaisons, etc., l'eczéma débute sur une partie limitée ou sur plusieurs points du corps à la fois par une tuméfaction de la peau brûlante et douloureuse et une rougeur plus ou moins accentuée [eczéma érythémateiix), diffuse ou punctiforme, sur laquelle se manifeste un semis de vésicules {eczéma vésiculeux) extrêmement petites, acuminées, fines comme des pointes d'aiguille et serrées côte à côte, parfois confondues et donnant lieu à des sortes de bulles, arrondies ou irrégidières, simulant l'éruption caractéristique du pem-

ECZÉMA AIGU

phigus, comme cela se voit dans les régions du corps (pieds et mains) où l'épiderme dur et épais se rompt difficilement.

Les vésicules contiennent un liquide clair et transparent, du moins au début, sorte de sérosité alcaline, parfois acide (dans l'arthritisme goutteux, J.-B. HiLLAiRET),citrine, collante et poisseuse au toucher, empesant le linge d'une façon assez caractéristique ; son odeur est fade.

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