VI. — SCORBUT INFANTILE. MALADIE DE BARLOW
Le scorbut infantile ou maladie de Barlow, décrit pour la première fois par Barlow, est une affection propre à l'enfance, caractérisée cliniquement par de Vanémie et des douleurs osseuses, anatomiquemenl |»ar des hémorragies soiis-pn-iostiques (Barlow).
Symptômes. — Le début est généralement brusque, marqué par l'apiiarition de douleurs dans les membres inférieurs. Ces douleurs sont assez fortes pour enq>ècher la station debout, réaliser une pseudo-paralysie et arracher des cris à la moindre exploration ; elles siègent symétriquement au niveau des jambes, dans leur tiers inférieur ou dans leur tiers supérieur, plus rarement au niveau des cuisses, surtout dans leur tiers inférieur. Les régions douloureuses deviennent bientut le siège d'une tuméfaction légère sans rougeur ni chaleur. Souvent il y a de l'œdème, qui ajiparaît aux chevilles et remonte plus ou moins liant. La palpatioii. difficile à jualiqucr. permet de localiser la ilnulcur et la tiiiiiéfaction en un point di's tibias o;i des fémurs.
Les symptômes douloureux prédominent aux membres inférieurs, mais n'y siègent pas exclusivement. Il n'est pas rare dobserver de la douleur et de la tuméfaction aux membres supérieurs, notamment au niveau du tiers inférieur de Tavant-bras et du tiers supérieur du bras, avec ou sans pseudo-paralysie, au niveau des fosses sous-épineuses, de la crête iliaque, parfois au niveau de la tète.
Dans les cas avancés on note une crépitation osseuse en rapport avec des fractures spontanées des extrémités du fémur et du tibia près de l'articulation du genou. Assez souvent le sternum et les cartilages costaux sont enfoncés par suite de la fracture des extrémités antérieures des c«Ues; quel(|uefois il y a de la douleur et de la tuméfaction profonde sur les côtés de la colonne vertébrale.
L'enfant est pâle, anémié, immobile dans le décubitus dorsal. Il n'y a généralement pas de lièvre, quoiqu'il puisse exister une poussée fébrile à SS^-SO" jtendanl un ou deux jours. Les hémorragies cutanées sont rares et peu marquées. Après l'apparition des dents ou voit souvent des stomatorragies et l'état fongeux des gencives; en pareil cas l'haleine est très fétide. Souvent il n'y a jtas de troubles digestifs; quelquefois cependant il y a de légers malaises. La respiration est un peu fréquente. Les urines, habituellement noi'uiales, sont parfois franchement hémorragiques et albumineuses, ou contiennent quelques globules rouges. On peut voir des convulsions, un état semi-comateux, des troubles oculaires, consistant en exophtalmie avec déviation en haut des globes oculaires et s accompagnant d'une ecchymose de la jtaupière supérieure, ])hénomènes dus à une hémorragie méningée ou à une hémorragie sous-périostée intra-ori)ilaire.
Le sanfj présente une diminution du nombre des globules rouges et du taux de l'hémoglobine. Dans deux cas, Lenoble (1904) a noté l'absence de rétraction du caillot, une réaction myéloïde atténuée ('myélocytes neutrophiles et éosinopbiles, globules r<:uges à noyaux), une diminution de nombre et une augnu'utalion de volume des hématoblastes ; ces modilications rapjtrocheni d'après lui la maladie de Barlo^ du purpura juntnp.illiifpic iii\éloïde P.S02.)
Évolution. — La maladie dure 1 à 3 mois (cas légers), G mois et i>lu> cas d intensité moyenne). Les fractures se consolident sans grande di'formation ; la déformation thoracifjue et les troubles oculaires sont curables.
SCORbUT INFANTILE. MALADIE DE BARLOW jOo
Quand la maladie est méconnue, Télat de Teufant s'aggrave et peut aboutir à la mort. Quand elle est bien traitée, elle guérit avec une rajàdité sur[irenante.
Il y a des formes frusles, qui sont fréquentes. Les unes sont caractérisées par une sensibilité excessive des membres inférieurs, un état anémique, parfois une liématurie (Barlow), et simulent une paraplégie, une mouoplégie, le rhumatisme articulaire; d'autres consistent uniquement, au moins au début, eu une ecchymose palpébrale, en une exophtalmie unilatérale, en du purpura, en une lumél'acliou crânienne rappelant le céphalémalome (Hutinel).
Anatomie pathologique. — La lésion essentielle consiste en des hémorragies sous-périostées siégeant surtout au niveau du tibia et du fémur, plus rarement au niveau des autres os longs, généralement à l'union de la diaphyse et de Tépiphyse; les autres os peuvent être également atteints, os iliaque près de la crête, omoplates, côtes, etc. Le périoste est soulevé et sa face interne parcourue par de nombreux vaisseaux dilatés. L'os est dénudé et est parfois le siège de fractures à l'union dia]ihyso-épipliysaire. Le canal médullaire de l'os est [larfois rempli de sang.
Les articulations sont saines.
On peut rencontrer de la [>achy méningite hémorragique, des hémorragies dans la jdèvre, les poumons, le foie, les reins, etc.
Étiologie. Pathogénie. — Le scoibut inlantib'. très rare audessous de o mois, est surtout fréquent de o à 18 mois.
Il ajiparait en toute saison et dans toutes les classes de la société, avec une j^rédominance dans la classe aisée ; c'est une maladie de la ville plus qu'une maladie d'hô]»ital. Surtout observé tout d'abord en Angleterre et en Amérique, il semble devenir jdus fréquent en France dejtuis quelques années.
La syjdiilis héréditaire a été rencontrée 2 fois sur 10 (Steiner) ; mais le diagnostic de scorbut iul'anlile est douteux dans ces cas (BarloNvj.
Le rachiiisme est fréquent, et en Allemagne ou considère la maladie de Barlow connue un rachitisme aigu. Mais le rachitisme manque assez souvcjil ; d ailleurs uièuie dans les rachitisnies très accentués il n'y a pas d'hémorragies sous-périostiques.
Les analogies avec le scorbul des adolescents et des jeunes adultes sont grandes, d'où le nom de scorbut infantile (Barlow) : mêmes hémorragies sous-périostées, mêmes lésions gingivales apparaissant dès que l'enfant a des dents et d'autant jikis
oOA MALADIES DU SANG, DE LA MOELLE. DES GANGLIONS
marquées que la lienlition est plus avancée, mêmes fractures de côtes et eufin mêmes conditions étiologiques. Dans le scorbut infantile, comme dans celui de Tadulle, il faut d'ailleurs incriminer comme cause l'absence d'aliments frais et l'usage prolongé d'aliments de conserves : on ne le rencontre pas chez les enfants nourris au sein, avec du lait de vache frais et même avec du lait stérilisé i)ar la chaleur (Variot). mais chez les enfants alimentés longtemps avec des laits conservés par des procédés plus ou moins compliqués, des farines de conserves, etc.
Diagnostic. — Le diagnostic s'impose généralement, quand il existe les symptômes décrits et quand ou connaît le mode d'alimentation de l'enfant. La pseudo-paralysie syphilitique de Parrot, qui présente également de l'épaississement de l'os, une fracture diaphyso-épiphysaire, n'ap}»arait guère après 3 mois et est moins douloureuse (p. 710).
Quant aux formes frustes simulant une paraplégie d'origine médullaire, une monoplégie, la paralysie infantile, on les différenciera par l'absence des symptômes de ces affections et par l'intensité des douleurs ; lorsqu'elles simulent le rhumatisme articulaire aigu, il faut se rappeler la rareté de cette affection àTâge où existe la maladie de Barlow, etc. (Hutinel).
Traitement. — Ou mettra l'enfant au sein ou on lui donnera du lait frais de vache, de chèvre, d'ànesse. On jtrescrira en outre des légumes frais, tels que de la purée de pomme de terre, de la viande crue, du jus ou des compotes de fruits frais.
Il faudra toujours ordonner de plus le jus de citron ou d'orange à hautes doses, car il a pour ainsi dire une action spécifique; on le fera prendre mélangé à du sucre.
On exposera l'enfant au soleil et au grand air. La bouche sera soigneusement lavée et les gencives seront badigeonnées au jus de citron ou d'orange. L'enfant sera mis au lit et les membres seront ])lacés dans une bonne position, au besoin enveloppés d'un pansement humide. Rarement des attelles seront nécessaires.