POULS FORT, FAIBLE, INÉCAL
et le pouls se laisse facilement déprimer. Ce caractère peut S’allier aussi bien au pouls développé qu’au pouls petit. Le pouls fort consiste dans la réunion du développement et de la dureté : le pouls faible est, au contraire , la réunion de la petitesse et de la mollesse. Le pouls très petit, qui est à peine senti des doigts, s'appelle ordinairement filiforme. ,
En parlant de la fréquence du pouls, nous avons signalé des inégalités de temps qui séparent les deux pulsations successives, et nous avons nommé irrégulier le pouls qui offrait ce caractère. Le développement du pouls offre aussi quelquefois des inégalités. Une pulsation est suivie d’une autre plus faible ; ou, à la suite de pulsations fortes, il en survient une plus faible; c’est la variété du pouls auquel on a donné le nom de pouls inégal. Les inégalités du pouls ne paraissent pas toujours dépendre des inégalités des battements du cœur.
Il est une espèce de pouls qu'on a nommé dicrote ou bisferiens : dans cette ‘espéce , on sent, aprés une pulsation ordinaire, une autre pulsation plus petite, comme si la premiére rebondissait. Cette variété est loin d’être toujours le présage de l’hémorrhagie, comme le voulaient les anciens. L’ayant observé chez quelques malades, nous avons vainement cherché son explication, dans le rhythme des battements du cœur; presque toujours nous n’y avons rien rencontré d’anormal sous ce rapport. Ce fait pourrait militer, comme on voit, en faveur de l'opinion des médecins qui attribuent aux artéres une contractilité dont ils tiennent compte parmi les agents de la circulation.
Dans d’autres cas, une pulsation faible est suivie de quatre autres pulsations devenant de plus en plus fortes pour reparaître de nouveau dans le même ordre. C’est le pouls ondulant. Les anciens prédisaient les sueurs quand ils rencontraient ce pouls. Une autre fois on observe l'inverse : ainsi lon voit les pulsations aller en décroissant, une forte pulsation être suivie de quatre autres de plus en plus faibles. C’est ce qui constitue le pouls de souris, pulsus myurus des anciens, qui leur faisait prédire la crise par les urines. Nous devons avouer que ces variétés de pouls, quoique
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observées quelquefois, sont bien loin d’avoir l'importance que leur accordaient les anciens, et que, dans l’état actuel de la science, il nous est encore impossible de leur déterminer une valeur rationnelle. L’inégalité du pouls dont rous avons parlé jusqu'ici résulte de la comparaison entre Îles pulsations successives de la même artére ; mais il est encore une autre espéce d’inégalité qui est le résultat de la comparaison entre les pulsations isochrones des artères du même nom. C’est ainsi qu'en palpant les deux radiales simultanément, on trouve quelquefois le pouls de la gauche ayant à peime la moitié de la force que présente l'artère du côté droit. Cette inégalité du pouls aux deux bras fut donnée par Corvisart comme un des signes de l'anévrisme de la crosse de l'aorte. Mais il faut le dire, elle ne manquera jamais de se présenter chaque fois qu’il existera, n'importe par quelle cause, compression ou rétrécissement de l'artère sous-claviére, axillaire ou brachiale.
Cette inégalité du pouls peut encore provenir d’une disposition anormale dans la direction de l'artère radiale, qui se renverse alors en arrière, et n’envoie qu'un petit rameau dans la région qu’elle doit occuper à l’état normal. Par suite de cette anomalie poussée plus loin, on voit des personnes qui ne présentent jamais de pouls à la place ordinaire sur un bras, et quelquefois même sur les deux. Nous avons vu deux fois survenir cette particularité sur un membre, dans le cours de fièvre typhoïde. Dans un cas terminé par la mort, l’autopsie nous a expliqué ce phénomène en nous montrant un caillot assez ferme adhérant assez solidement aux parois de l'artère brachiale, qu'il oblitérait complétement au niveau du pli du bras.
Aprés avoir fait l'exposition des principales variétés que présente le pouls dans les différentes affections, si l’on nous : demandait la valeur de ces caractères, nous serions bien embarrassés pour répondre. Tout ce que nous pouvons dire sur les caractères sphygmiques, c’est que toutesles modifications du pouls nous paraissent subordonnées aux modifications diverses que subit l’état physiologique et anatomique du cœur; elles dépendent de la liberté des orifices, de l'énergie et de la fréquence des contractions, de la quantité et de Ja qualité du sang; enfin ils nous paraissent dépendre, au
VALEUR DE DIFFÉRENTES ESPÈCES DU POULSs. 661 moins jusqu'à un certain point, des modifications que peut sl dans les différentes maladies, la contractilité des artères.
Cela posé, et la pluralité des modificateurs du pouls admise, nous ne devrons pas être surpris de rencontrer quelquefois un désaccord entre l’élat du pouls et l’un des éléments dont nous venons de parler, la quantité de sang, par exemple, puisque l’état du sang n’est pas la seule condition qui influe sur l'état du pouls, et que le caractère qui devait étre imprimé au pouls par le sang lui seul a pu être changé par un autre modificateur.
Appliquons d’abord l’exploration du pouls à l’examen de la quantité du sang. L'état du pouls ne permet d'apprécier que la quantité de sang qui se trouve déjà dans l'arbre artériel, ct jamais sa quantité absolue. Ainsi pour prendre l'exemple le plus simple, nous voyons que dans les rétrécissements de l'orifice aortique, les malades, d’ailieurs trés pléthoriques, ne présentent qu'un pouls petit. Il en sera de même, si dans les inflammations des organes thoraciques où l’on trouve le plus souvent le pouls développé, il se forme à l’intérieur du cœur des caillots qui ne permettent souvent qu'à un petit filet de sang de s’écouler par l’orifice aortique. On voit par là combien d'erreurs graves seraient commises, si l'on voulait toujours chercher dans le pouls des indications pour la saignée. Chez un malade pléthorique, si le cœur dont tous les orifices sont libres, se contracte avec une force moyenne, le pouls sera développé: il indiquera alors positivement que les artères contiennent beaucoup de sang; et il fera présumer l'abondance de ce liquide dans les différents organes vasculaires. Mais le pouls ne sera pas toujours aussi fidèle interprête de l'état du sang. Chez le même malade si l’inflammation augmente d'intensité, si elle excite davantage les contractions du cœur , ces contractions alors précipitées ne pourront envoyer que de petites quantités de sang dans les artéres, et alors le pouls deviendra petit, absolument opposé au précédent, quoique les conditions du sang restent toulà-fait les mêmes.
La dureté du pouls paraît tenir,en partie,à la qualité du sang. Le sangriche en fibrine produira sur le doigt l'impression de dureté. Le sang séreux donnera, au contraire, la sensation
de mollesse, Mais le même caractère du pouls peut aussi tenir