PERCUSSION
Le premier ouvrage d’Avenbrugger, sur cette matiére, parut à Vienne en 1763. Bientôt, en 1770, il fut traduit en français par Rozière de la Chassagne, qui publia cette traduction à la suite de son Manuel des pulmoniques. Cependant, comme le dit Corvisart, qui commençait ses études médicales dans un temps peu éloigné de cette époque, le nom d’Avenbrugger et de sa méthode était resté complétement inconnu.
Parmi les auteurs qui écrivirent aprés Avenbrugger , Stoll est le seul qui se servit de sa méthode avec avantage. Rozière de la Chassagne avoue naïvement qu’il ne l’a jamais employée lui-même.
Ce ne fut que cinquante ans aprés, que Corvisart, lisant les ouvrages de Stoll, eut la curiosité de faire un essai, dont il eut tellement lieu de se flatter, qu’il proclama la percussion comme trés utile, et même, dans beaucoup de cas, comme indispensable au diagnostic et au traitement des maladies.
Corvisart ayant ainsi déterré la percussion oubliée ou plutôt méconnue, même parmi les compatriotes d’Avenbrugger, eût pu revendiquer pour lui la gloire de l'inventeur, d'autant plus , qu’il y avait apporté quelques perfectionnements; mais modeste autant que savant, il se contenta du. mérite d’avoir rendu un grand service au diagnostic des maladies de la poitrine, et en publiant une traduction commentée de louvrage d’Avenbrugger, il rendit justice au talent observateur et au génie inventeur de ce médecin.
La percussion, telle que l'employait Avenbrugger, n'était appliquée qu'aux organes contenus dans le thorax. Sa méthode consistait en une percussion lente et légère, exécutée directement sur le thorax avec les extrémités des doigts rapprochés les uns des autres et allongés.
Pour éviter la confusion du vrai son des organes avec le claquement provenant du choc des deux parties dénudées, Avenbrugger conseillait de se couvrir la main d’un gant et de ne jamais frapper sur les parois nues.
Corvisart percutait avec le plat de plusieurs doigts réunis, Laënnec avec le stéthoscope.
Cependant, quel que soit le procédé qu'on emploie pour exécuter la percussion immédiate, elle offre beaucoup d'inconvénients inhérents, les uns, au procédé lui-même, les autres, aux circonstances d'organisatlon et de maladie,
PERCUSSION EN GÉNÉRAI. 683 car, d'un côté, il est impossible, quoi qu'en dise Avenbrugger, que la percussion immédiate puisse obtenir des sons prononcés sans qu'elle s'exécute avec assez de force et qu’elle ne devienne douloureuse. L’ébranlement qu'elle produit ne sera pas non plus sans danger dans les inflammations des organes respiratoires; ajoutez qu’il devient impossible de comparer des sons inégalement provoqués des deux côtés du thorax, et de limiter rigoureusement des lésions de peu d’étendue.
En outre, il est certaines régions, comme celle des omoplates, des mamelles, de la partie sus-claviculaire, qui seront toujours difficilement percutées de cette manière ; une autre fois c’est l'obésité des sujets, l'anasarque, l'œdème , qui rendront impossible l'application de la percussion immédiate.
Enfin elle sera très douloureuse lorsque la surface percutée sera Couverte d’un exanthème ou d’un vésicatoire, etc.
Ce qui lui fait perdre encore un grand avantage, c’est qu'elle
ne peut être appliquée à l'exploration du ventre. En effet, les parois molles de la cavité abdominale ne produiront jamais de vibrations assezjprononcées pour;qu’on puisse bien apprécier l'état des organes superficiels, et ne pourront être suffisamment déprimés pour l'exploration des organes profondément situés.
‘ Ge sont ces imperfections qui firent abandonner ce moyen de diagnostic des organes abdominaux, de sorte qu’on ne s’en servait plus que dans certains èas pour reconnaître le degré du ballonnement du ventre.
Depuis l'impulsion qu'a donnée Laënnec à la médecine, par une heureuse application de l’acoustique au diagnostic des maladies , plusieurs médecins ont commenté à mieux sentir le rapprochement entre les signes physiques observables au dehors et l’état de nos organes, et ont plus vivement senti l'insuffisance de la percussion immédiate.
La propriété qu'ont certains solides, mis en vibration, de propager ces vibrations aux corps avec lesquels ils sont en rapport, a suggéré à M. Piorry l’idée de la percussion médiate , qui consiste à percuter une plaque de matiére solide et élastique appliquée sur une région du corps, de maniére à y provoquer des vibrations sonores, qui se propagent